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Gonfler la bulle

Mercredi 19 août 2015 à 13 h 28 | | Pour me joindre

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Y a-t-il une bulle immobilière au Canada et prend-elle de l’ampleur? Il faut rester prudent quand on évoque la possibilité d’une bulle afin d’éviter d’exagérer ou d’alarmer les gens. Mais on peut penser que s’il y a une bulle, elle est probablement en train de se gonfler, et ça pourrait malheureusement se poursuivre. Les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), les baisses de taux à la Banque du Canada et certaines propositions faites durant la campagne laissent poindre à l’horizon des moments difficiles si une bulle devait éclater.

D’abord, plusieurs marchés présentent des signes inquiétants au Canada. Selon la SCHL, les risques d’éclatement d’une bulle immobilière sont élevés à Toronto, Winnipeg et Regina. Et ils sont modérés à Québec et à Montréal, même si dans la Vieille Capitale le marché est jugé comme étant largement surévalué. Feu rouge à Toronto, feu jaune à Montréal et à Québec. Ailleurs au pays, les risques sont plus faibles.

Mais Toronto et Montréal dans le haut des marchés où les risques augmentent, c’est inquiétant. Et pourtant, à Ottawa, on juge bon d’encourager la consommation, les emprunts et l’endettement en baissant les taux d’intérêt et en proposant des mesures fiscales pour motiver les jeunes couples à s’endetter pour acheter une maison. Pour alimenter une bulle immobilière, il est difficile de faire mieux… ou pire!

tableauschlLa Banque du Canada a abaissé à deux reprises son taux directeur cette année en raison du ralentissement de l’économie. Et comme l’inflation n’est pas un facteur d’inquiétude en ce moment, la banque centrale a choisi la méthode traditionnelle, qui est celle d’abaisser les taux pour stimuler les prêts et la consommation pour relancer l’économie. C’est vrai qu’on est très dépendant de la consommation de ce côté-ci de l’Atlantique…

Pour en mettre un peu plus dans le panier du citoyen, la campagne électorale, lancée au coeur de l’été, apporte son lot de propositions stimulantes pour ceux qui pensent acheter, rénover, consommer, emprunter, s’endetter. Comme s’il fallait en rajouter!

La palme (pour l’instant, parce que la campagne sera longue!) revient aux conservateurs, qui proposent un crédit d’impôt à la rénovation et une augmentation du montant possible de retrait dans le cadre du Régime d’accès à la propriété.  Si le crédit à la rénovation a des vertus intéressantes, comme stimuler la construction et économiser un peu d’impôt, faire passer de 25 000 à 35 000 $ le retrait possible d’un REER pour acheter une première demeure est un véhicule d’accélération de l’endettement pour les jeunes familles.

Ce n’est pas une mauvaise chose de s’acheter une maison, loin de là. Mais est-ce le bon moment pour l’État de stimuler ce type de consommation? Alors que la Banque du Canada et plusieurs autres économistes affirment que le marché immobilier canadien est surévalué, est-il raisonnable et responsable de proposer d’en faire plus pour stimuler la consommation immobilière et l’endettement qui y est associé?

Le défunt ministre des Finances Jim Flaherty a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires au Canada pour éviter qu’une bulle se forme et éclate. Ces actions sont remplacées aujourd’hui par des gestes et des promesses qui vont dans le sens contraire.

Bulle à retardement?

Mercredi 9 mai 2012 à 10 h 58 | | Pour me joindre

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Un condominium à vendre à MontréalLes statistiques de la SCHL portant sur la construction résidentielle au mois d’avril suscitent l’inquiétude. Bien que les données mensuelles demeurent très volatiles, la tendance est claire : la construction à Toronto s’accélère à un rythme quasi démentiel, tout comme les mises en chantier de condominiums dans la grande région de Montréal. Les économistes sonnent l’alarme.

D’abord, le portrait général : au rythme d’avril, on aurait 245 000 mises en chantier d’habitations au Canada en 2012, une cuvée qui serait la meilleure en près de cinq ans. Les analystes affirment que ça devrait ralentir et revenir à un niveau un peu plus normal. Mais, pour l’instant, ce chiffre exceptionnel exprime l’emballement des acheteurs et des constructeurs qui veulent profiter des faibles taux d’intérêt, toujours en vigueur.

Quand on regarde les données par province, la situation du Québec saute aux yeux. La hausse de mars à avril est de 43,1 % en raison principalement d’un bond important dans la construction de logements locatifs et de copropriétés dans les centres urbains, à commencer par Montréal. Depuis le début de l’année, 3567 unités ont été mises en chantier dans la Région métropolitaine de Montréal, une hausse de 27 % par rapport aux quatre premiers mois de 2011.

C’est un marché en pleine folie, diront les plus inquiets. Les économistes de Desjardins affirment qu’à ce rythme, l’atterrissage pourrait être « douloureux ». Autrement dit, si on construit trop, trop rapidement, on pourrait manquer d’acheteurs, ce qui pourrait entraîner une chute des prix dans les copropriétés. Il suffit de se balader dans les quartiers centraux de Montréal pour constater qu’à peu près chaque parcelle de terrain disponible est la proie des promoteurs et des grues.

Les économistes de Desjardins prévoient ou souhaitent une accalmie en mai « dans la mesure où les promoteurs se disciplinent suffisamment pour limiter l’offre de nouveaux condos afin d’éviter un surplus qui pourrait mettre du temps à se résorber. » Vraiment?

À Toronto, pendant ce temps, la hausse annualisée en avril est de 19 %! En fait, ce dernier mois est complètement sorti de la moyenne des six derniers mois. On parle carrément d’une explosion de construction dans la Ville Reine. Depuis le début de l’année, la hausse de construction de tous types de logements avoisine les 30 %. Dans le segment des logements collectifs, hausse de 97 % des maisons en rangée, de 30 % des appartements, de 23 % des maisons jumelées.

Ça fait des années que le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney avertit les Canadiens quant à leur niveau élevé d’endettement et quant à un choc possible d’une hausse des taux d’intérêt qui finira bien par arriver, bien qu’elle pourrait encore être retardée compte tenu de l’état de l’économie mondiale.

À quelques reprises, le Globe and Mail a évoqué la crainte qu’une bulle immobilière soit en train de se former dans certains marchés. Récemment, le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty a exprimé sa préoccupation quant à la vigueur du marché immobilier de Vancouver, de Toronto et maintenant de Montréal.

Les dernières données sur la construction résidentielle nous laissent comprendre que tous ces appels ne sont absolument pas entendus…