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Depuis plusieurs décennies, c’est toujours le consommateur qui soutient l’économie. Comme sa rémunération a peu augmenté au fil du temps en tenant compte de l’inflation, il a dû s’endetter. Et, aujourd’hui, il est très endetté.

L’État aussi est très endetté. Et il compte sur la croissance de l’économie pour toucher plus de revenus, qui proviennent essentiellement des impôts des particuliers, des entreprises aussi, mais dans une moindre mesure, et des taxes à la consommation. Pour s’assurer que ces revenus vont continuer d’augmenter, les décideurs comptent sur qui d’après vous?

Sur vous!

Nous sommes en 2015. Bien que les consommateurs, qui sont par ailleurs des travailleurs, des citoyens, des parents, des voisins, des chômeurs et j’en passe… bien que les consommateurs soient endettés jusqu’aux oreilles, on continue de tenter de stimuler votre consommation pour faire tourner l’économie et générer des revenus supplémentaires pour l’État.

Mais, attention. Je ne dis pas qu’il faut cesser de consommer. Votre beau-frère, qui est propriétaire de sa quincaillerie, et votre sœur qui a son salon de massothérapie, a besoin de votre consommation. La roue doit tourner pour que tout le monde mange!

Ce qui est embêtant, c’est la consommation à crédit. À très gros crédit. La Banque du Canada nous disait avant les fêtes – et avant de baisser ses taux d’intérêt! – que parmi les ménages endettés, 12 % étaient très endettés et responsables à eux seuls de plus de 40 % de l’endettement au Canada. Ces gens ont des dettes qui représentent 250 % de leurs revenus disponibles. Ça comprend les hypothèques, les prêts automobile, qui ont fortement augmenté dans les dernières années, les prêts personnels, le crédit.

La firme de recherche McKinsey Global Institute nous apprend aujourd’hui que le processus de réduction de l’endettement qui suit habituellement des crises et des récessions a été très limité depuis l’effondrement qu’on a connu en 2008 et 2009. En fait, la dette des pays, des individus et des entreprises est plus élevée aujourd’hui qu’avant la crise dans la plupart des 47 pays étudiés. Ce constat est inquiétant. Nous sommes, plus que jamais, exposés aujourd’hui à d’autres crises et à des menaces plus fortes à la stabilité financière internationale.

Depuis 2007, la dette globale a monté de 57 mille milliards de dollars à près de 200 mille milliards de dollars, 286 % du PIB planétaire. Les pays les plus touchés par la crise, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande ont vu l’endettement des ménages baisser. Mais, ailleurs, notamment au Canada, le taux d’endettement n’a cessé de grimper.

Ce rapport met en lumière la situation du Canada en soulignant que le pays a maintenant un taux d’endettement des ménages plus élevé que les sommets atteints aux États-Unis et au Royaume-Uni avant l’éclatement de la crise immobilière. La dette des ménages canadiens représente 92 % du PIB du pays, comparativement à 77 % aux États-Unis et à 54 % en Allemagne.

Le Canada fait partie des pays où la dette des ménages a le plus augmenté depuis 2007. Le ratio dette/revenus disponibles a monté de 22 points de pourcentage au Canada, tout juste derrière… la Grèce. Regardez ce graphique :

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N’est-ce pas inquiétant?

Comment augmenter les taux d’intérêt dans un tel contexte sans provoquer des faillites à la chaîne? Comment les pays les plus endettés vont-ils parvenir à surmonter ce poids financier sans mettre à risque leur économie et le bien-être de leur population? Comment peut-on aujourd’hui gérer correctement les dettes des gouvernements et les dettes des ménages? Comment la locomotive de la consommation à crédit peut-elle poursuivre sa route à toute vitesse?

Les architectes et bâtisseurs contemporains de l’ouverture des marchés sont, à n’en pas douter, Ronald Reagan et Margaret Thatcher. C’est ainsi qu’on s’en souvient aujourd’hui et c’est ainsi qu’on s’en souviendra dans 50 ou dans 100 ans encore. Celle qu’on surnommait « la dame de fer » vient de mourir à l’âge de 87 ans, près de 9 ans après l’ancien président des États-Unis. Elle a dirigé avec autorité et conviction le Royaume-Uni de 1979 à 1990, laissant une marque indélébile sur son pays, son peuple et le monde.

Margaret Thatcher après sa sortie de l'hôpital en juin 2009.Femme conservatrice, elle a frayé son chemin dans un monde d’hommes, pour devenir la première et seule femme à diriger le Royaume-Uni. Plusieurs analystes s’intéresseront à toutes les facettes de sa personnalité, mais attardons-nous ici au libéralisme économique. Sa conviction profonde était celle d’accorder beaucoup plus de « liberté » à ses citoyens pour leur permettre d’avoir une plus grande maîtrise de leurs décisions économiques.

Moins d’État, moins d’impôts, moins de règlements, moins d’intervention du gouvernement dans la vie des gens, c’est ce qu’elle prônait, c’est aussi la politique qu’elle a appliquée à un moment où elle pouvait compter sur un puissant allié dans cette vision idéologique du monde et de l’économie en Ronald Reagan aux États-Unis. Son pouvoir s’est aussi exercé au moment où déclinait l’URSS, l’ennemi juré, et la puissance communiste, qui s’est écroulée avec le mur de Berlin en 1989.

Plusieurs sont d’avis que sa vision économique est porteuse de création de richesse et d’égalité sociale. C’est le cas d’un ministre comme Maxime Bernier à Ottawa, c’est le cas aussi de l’Institut économique de Montréal, qui privilégie une approche de l’économie de marché comme solution et réponse aux différents enjeux.

L’IEDM a publié il y a trois ans un document intitulé : « Les 10 leçons apprises de Margaret Thatcher ». Dans ce texte, on salue sa dure politique face aux syndicats (on pense surtout à son affrontement avec les mineurs de charbon en grève), la privatisation de plusieurs industries et son travail pour une plus grande adhésion mondiale au capitalisme. « Le capitalisme populaire n’est rien de moins qu’une croisade pour libérer la majorité dans le cadre de la vie économique du pays, disait-elle. Nous, les conservateurs, redonnons le pouvoir au peuple. »

La dernière crise financière a jeté un sérieux voile sur les politiques préconisées par Reagan, Thatcher, Greenspan et d’autres. La réduction continuelle de la réglementation des marchés financiers depuis 30 ans a conduit les banques à des excès qui ont mené à la crise de 2007-2009 et à la Grande Récession.

Elle est et sera longtemps l’inspiration des ardents défenseurs du libéralisme économique. Également, elle est et sera longtemps l’incarnation des excès et des ratés du capitalisme, producteurs d’inégalités et de crises.

Et vous, qu’en pensez-vous? Qu’allons-nous retenir de Margaret Thatcher?

La bonne étoile de Mark Carney

Lundi 26 novembre 2012 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Le Canada perd sa star du monde de la finance internationale. Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada depuis février 2008, s’était fait remarquer durant la dernière crise financière au point d’en devenir un acteur pivot dans la recherche de solutions durables pour l’avenir de la finance, des banques et de l’économie mondiale. Sa nomination au poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre le place parmi les financiers les plus influents de la planète.

Mark CarneyAprès avoir terminé des études en économie à Harvard et à Oxford au tournant des années 90, Mark Carney a travaillé dans les grandes capitales financières pour Goldman Sachs : Londres, Tokyo, New York avant de prendre la tête de Goldman Sachs Canada à Toronto. Rapidement, Ottawa a mis le grappin dessus : à la Banque du Canada, puis au ministère des Finances comme sous-ministre associé avant d’être nommé au plus haut poste à la banque centrale du pays, peu de temps avant l’accélération de la crise qui a provoqué la « grande récession ».

Il faudra attendre l’avis des spécialistes de la banque centrale pour évaluer sa gestion de la politique monétaire canadienne. Au cours des dernières années, il a surtout travaillé à utiliser les bons mots et les bonnes formules pour tenter d’assurer un équilibre entre le niveau d’inflation, la force du dollar canadien, la préoccupante dette des ménages et les contraintes économiques internationales.

C’est sur la scène internationale qu’il a le plus brillé. Le modèle bancaire canadien l’a bien servi. Les banques d’ici ont bien résisté à la crise, appuyées par les institutions publiques. Une certaine maîtrise de la dette et une croissance dopée par le pétrole ont fourni des assises solides, une sorte d’autorité morale à Mark Carney pour exposer la vision canadienne des solutions à adopter.

Cette autorité morale a poussé le G20 à lui donner le poste de président du Conseil de stabilité financière, une organisation regroupant 26 entités réglementaires financières de la planète. Il a travaillé à un encadrement plus serré des banques afin qu’elles maintiennent plus de capital en réserve et qu’elles s’exposent moins à une défaillance. Les banquiers de Wall Street ne se sont pas gênés pour le critiquer vertement, l’accusant de nuire à la prise de risque et donc à la croissance économique.

Le 1er juillet prochain, il deviendra gouverneur de la Banque d’Angleterre, à un moment crucial de l’existence de cette institution vieille de 318 ans et dans un contexte économique difficile, le Royaume-Uni étant aujourd’hui en récession. Il dirigera une banque centrale qui s’est vue confier de nouveaux pouvoirs de supervision des banques à dépôt, des assureurs et des firmes d’investissements, en plus de devoir poursuivre la politique monétaire du pays. Il se retrouvera surtout au cœur d’une économie qui tente de se reconstruire et d’un continent qui n’arrive plus à se relever.

Mark Carney a rendu la Banque du Canada peut-être un peu moins froide et moins austère. Souriant, affable et accessible, le gouverneur a probablement contribué à moderniser quelque peu l’image de l’institution.

Cela dit, sa bonne étoile brillera-t-elle encore dans le ciel de Londres tandis que son prochain défi risque d’être bien plus difficile et complexe à relever?