Les partis politiques, au cœur de la campagne électorale, promettent de mieux protéger les sièges sociaux du Québec. On veut le faire en donnant plus de pouvoir et de responsabilités aux conseils d’administration ou en demandant à la Caisse de dépôt et placement d’intervenir et d’investir davantage au Québec. Ces promesses tombent au moment où l’on courtise l’électorat nationaliste, que Rona vient de refuser une offre de l’Américaine Lowe’s et, il faut le dire, après des décennies de déclin à Montréal en ce qui à trait au nombre de sièges sociaux.
Perdre un siège social, c’est perdre des emplois et du pouvoir. Vendre une entreprise à un groupe étranger tout en maintenant des activités importantes ici, c’est bien, mais c’est tout de même le déplacement d’un centre de décisions.
Selon le Fraser Institute, sur les 500 plus grandes entreprises au pays, Montréal est passée de 96 sièges sociaux en 1990 à 81 en 2010, une chute de 15,6 %.
La disparition de ces sièges a entraîné dans plusieurs cas des pertes d’emplois au Québec. Si on prend la totalité des sièges sociaux au Canada, selon le Conference Board, Montréal comptait 596 sièges sociaux en 1999 et 443 en 2009, une dégringolade de 25,6 %.
Au-delà de ces chiffres, certains sièges sociaux à Montréal ne sont que des façades. Les vraies décisions se prennent à Toronto. C’est le cas de la Royale et de la BMO. Certains sont d’avis que c’est le cas aussi pour Bell.
Voici une liste non exhaustive des ventes d’entreprises québécoises à des intérêts extérieurs depuis 20 ans :
- 1994 : le détaillant et fabricant américain d’articles de sports Nike achète la société montréalaise Canstar sports, fabricant des équipements Bauer, mais aussi Micron et Daoust notamment. Daoust avait été acquis en 1992. Transaction de 395 millions de dollars américains.
- Décembre 1998 : le détaillant ontarien Loblaw achète le plus important détaillant alimentaire du Québec, Provigo, créé en 1969 par les grossistes Antoine Turmel, René Provost, Jean-Louis Lamontagne et J.-Arthur Tremblay. À noter que Provigo a récupéré les magasins Steinberg, qui ont fait faillite en 1992.
- Novembre 2004 : la société ontarienne Rogers achète le fournisseur de téléphonie cellulaire Microcell, connu pour ses téléphones Fido. Transaction de 1,4 milliard.
- Avril 2006 : le groupe norvégien Akzo Nobel achète Sico, entreprise québécoise vieille de 70 ans et premier fournisseur de peinture au Canada. Transaction de 290 millions.
- Août 2006 : l’Américaine Weyerheauser, située dans l’État de Washington, devient propriétaire de 55 % des actions du producteur forestier Domtar, transaction présentée comme une fusion. Transaction de 3,3 milliards de dollars américains.
- Janvier 2007 : Abitibi-Consol et l’Américaine Bowater s’associent. Le siège est à Montréal, l’incorporation est dans le Delaware. L’entreprise est nommée AbitibiBowater et est devenue récemment Produits forestiers Résolu. Transaction évaluée à 2,4 milliards.
- Mai 2007 : les cafés Van Houtte sont achetés par la société américaine Littlejohn du Connecticut. Transaction de 600 millions de dollars américains. Green Mountain Coffee Roasters du Vermont rachète Van Houtte pour 915 millions en septembre 2010. Van Houtte est aussi propriétaire de la Brûlerie Saint-Denis, des cafés Orient-Express et de la Brûlerie Mont-Royal.
- Octobre 2007 : La société anglo-australienne Rio Tinto achète le producteur d’aluminium québécois Alcan, dont les racines sont au Saguenay et à Shawinigan. Alcan avait acheté la Française Pechiney en 2003. Transaction Rio Tinto-Alcan de 38 milliards de dollars américains.
- Décembre 2007 : la Bourse de Toronto achète la Bourse de Montréal. Transaction de 1,31 milliard. Le Groupe TMX est formé et son siège social est établi à Toronto. Un groupe d’investisseurs canadiens, sous la houlette du Groupe Maple, viennent d’acheter le Groupe TMX.
Les faits parlent. Maintenant, que faire? Faut-il agir et bloquer la vente de nos sièges sociaux? Comment inverser la tendance? Et faut-il s’en inquiéter quand on voit des groupes comme CGI, Genivar et Couche-Tard faire des acquisitions majeures à l’étranger, donnant ainsi plus de pouvoir à des sièges sociaux bien installés au Québec?
Faut-il donner plus de pouvoir aux conseils d’administration, à la Caisse de dépôt ou encore adopter un processus de révision des acquisitions, comme Ottawa le fait, ce qui lui a permis de bloquer la vente de Potash Corporation pour des raisons stratégiques?