Billets classés sous « Rona »

Le choix des mots est important. Le ministre des Finances Nicolas Marceau a annoncé il y a quelques jours la création d’un comité de réflexion sur le maintien des sièges sociaux de joyaux de l’entrepreneuriat québécois et l’a nommé : « Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises. » Le ministre a choisi le mot « protection ». Pourquoi?

Nicolas Marceau à QuébecEn fait, il faut protéger quoi et contre qui? Faut-il protéger CGI, Couche-Tard ou Valeant, qui enchaînent les acquisitions à l’étranger? Faut-il protéger Rona d’une offre d’une chaîne américaine et assister passivement à son déclin financier? Ou faut-il, en réalité, donner plus de pouvoirs et de responsabilités aux administrateurs afin qu’ils jugent de façon indépendante de l’intérêt global d’une offre venant d’un groupe étranger?

Faut-il le rappeler, la Caisse de dépôt et placement du Québec investit dans les grandes entreprises du Québec. Et une offre généreuse d’une société étrangère pour une entreprise d’ici pourrait être très payante pour l’ensemble des Québécois.

Yvan Allaire a créé, avec Michel Nadeau, l’Institut sur la gouvernance, une organisation qui a pour objectif de réfléchir aux principes et aux règles, à l’éthique et à la saine gestion des entreprises et des institutions, que ce soit dans le secteur public ou dans le privé. Nicolas Marceau n’a pas jugé bon faire appel à ses lumières. Il n’a pas été consulté et n’a pas été approché pour faire partie du groupe de travail. Pourtant, il est probablement l’un des intellectuels du milieu économique qui a le plus réfléchi au rôle des administrateurs et au maintien des sièges sociaux au Québec.

En entrevue à RDI économie jeudi, il a d’abord précisé que l’enjeu n’est certainement pas de protéger les entreprises québécoises, mais bien de « relever les pouvoirs des conseils d’administration », ce que précise par ailleurs le communiqué annonçant le groupe de travail du gouvernement. « Le titre est inopportun, selon Yvan Allaire. Je pense même que les entrepreneurs québécois ne veulent pas être protégés. Ils veulent avoir les moyens de défendre la propriété de leur entreprise. »

Montréal a perdu beaucoup de ses sièges sociaux au fil du temps. Mais, aujourd’hui, les grandes entreprises québécoises se battent à armes égales avec leurs concurrentes étrangères. Et elles sont nombreuses à faire des acquisitions à l’étranger et à faire croître leur rayonnement à partir de leur siège social à Montréal ou ailleurs au Québec. Évoquer la « protection » des entreprises québécoises n’est-elle pas la représentation d’un sentiment d’infériorité, de repli sur soi, d’inquiétude face à des prétendus envahisseurs, dévoreurs de petits Québécois?

Yvan Allaire affirme qu’il y a 24 entreprises québécoises en bourse qui pourraient être visées par une tentative d’acquisition étrangère. Ce qu’il faut selon lui, c’est d’élargir le mandat des administrateurs et d’exiger que toute décision prise dans le cadre d’une offre d’acquisition s’appuie sur l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes : actionnaires, employés, fournisseurs, société civile. Dans le cas de Rona, par exemple, la question des fournisseurs était essentielle : est-ce que l’Américaine Lowe’s aurait maintenu le même réseau de fournisseurs (dont plusieurs sont Québécois) que Rona si l’offre d’acquisition déposée avait été acceptée?

Aussi, le président de l’Institut sur la gouvernance ne comprend pas très bien pourquoi le gouvernement Marois forme un comité sur cette question, alors que l’Autorité des marchés financiers du Québec tente de convaincre les différentes commissions des valeurs mobilières dans les provinces canadiennes d’adopter de nouvelles règles pour augmenter les pouvoirs des administrateurs.  Une entente pancanadienne aurait du poids, puisqu’elle forcerait Ottawa a modifié la loi. Sur les 24 entreprises québécoises exposées, 16 sont incorporées sous la loi fédérale et 8 sous la loi québécoise.

Les 10 évènements de 2012

Mardi 18 décembre 2012 à 13 h 49 | | Pour me joindre

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C’est l’heure des bilans. Voici mon classement des 10 évènements économiques de l’année :

  • 1- Budget fédéral : compressions de 5,2 milliards, âge de la sécurité de la vieillesse à 67 ans.
  • 2- Ottawa accepte la vente de Nexen et Progress à des sociétés d’État étrangères
  • 3- Budget Marceau : hausse d’impôts, fermeture de Gentilly-2, équilibre budgétaire.
  • 4- Mark Carney annonce qu’il va passer de la Banque du Canada à la Banque d’Angleterre.
  • 5- La crise s’étend à l’Espagne et à l’Italie, danger de récession mondiale.
  • 6- Le CRTC empêche Bell d’acquérir Astral.
  • 7- SNC-Lavalin : paiements non autorisés, démission du PDG Pierre Duhaime, accusé de fraude.
  • 8- Fermeture d’Aveos au Canada : 2400 emplois supprimés.
  • 9- Dégringolade de Research in Motion.
  • 10- Lowe’s tente d’acheter en vain Rona; démission du PDG Robert Dutton.

Qu’en pensez-vous? Quels sont les évènements qui ont marqué l’année à votre avis?

Il sera intéressant de voir la suite de ces évènements en 2013 :

  • D’autres compressions dans le budget Flaherty probablement en mars?
  • D’autres hausses de contributions pour le RPC et la RRQ?
  • D’autres offres de société étrangères au Canada?
  • Qui va remplacer Mark Carney à la Banque du Canada?
  • La zone euro vivra-t-elle d’autres drames?
  • Bell réussira-t-elle à acheter Astral?
  • Est-ce que d’autres révélations sont à venir sur SNC-Lavalin?
  • RIM rebondira-t-elle avec la sortie de son Blackberry 10 le 30 janvier?
  • Et une nouvelle offre sera-t-elle déposée pour acheter Rona?

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Ne manquez pas notre émission spéciale : RDI économie – bilan/perspectives avec nos journalistes. Ce sera diffusé les jours suivants :

  • dimanche 30 décembre               12 h 30 et 17 h 30
  • mardi 1er janvier                            18 h 30 et 23 h 30

Comment protéger nos sièges sociaux?

Mercredi 22 août 2012 à 15 h 30 | | Pour me joindre

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Les partis politiques, au cœur de la campagne électorale, promettent de mieux protéger les sièges sociaux du Québec. On veut le faire en donnant plus de pouvoir et de responsabilités aux conseils d’administration ou en demandant à la Caisse de dépôt et placement d’intervenir et d’investir davantage au Québec. Ces promesses tombent au moment où l’on courtise l’électorat nationaliste, que Rona vient de refuser une offre de l’Américaine Lowe’s et, il faut le dire, après des décennies de déclin à Montréal en ce qui à trait au nombre de sièges sociaux.

Affiche de RonaPerdre un siège social, c’est perdre des emplois et du pouvoir. Vendre une entreprise à un groupe étranger tout en maintenant des activités importantes ici, c’est bien, mais c’est tout de même le déplacement d’un centre de décisions.

Selon le Fraser Institute, sur les 500 plus grandes entreprises au pays, Montréal est passée de 96 sièges sociaux en 1990 à 81 en 2010, une chute de 15,6 %.

La disparition de ces sièges a entraîné dans plusieurs cas des pertes d’emplois au Québec. Si on prend la totalité des sièges sociaux au Canada, selon le Conference Board, Montréal comptait 596 sièges sociaux en 1999 et 443 en 2009, une dégringolade de 25,6 %.

Au-delà de ces chiffres, certains sièges sociaux à Montréal ne sont que des façades. Les vraies décisions se prennent à Toronto. C’est le cas de la Royale et de la BMO. Certains sont d’avis que c’est le cas aussi pour Bell.

Voici une liste non exhaustive des ventes d’entreprises québécoises à des intérêts extérieurs depuis 20 ans :

  • 1994 : le détaillant et fabricant américain d’articles de sports Nike achète la société montréalaise Canstar sports, fabricant des équipements Bauer, mais aussi Micron et Daoust notamment. Daoust avait été acquis en 1992. Transaction de 395 millions de dollars américains.
  • Décembre 1998 : le détaillant ontarien Loblaw achète le plus important détaillant alimentaire du Québec, Provigo, créé en 1969 par les grossistes Antoine Turmel, René Provost, Jean-Louis Lamontagne et J.-Arthur Tremblay. À noter que Provigo a récupéré les magasins Steinberg, qui ont fait faillite en 1992.
  • Novembre 2004 : la société ontarienne Rogers achète le fournisseur de téléphonie cellulaire Microcell, connu pour ses téléphones Fido. Transaction de 1,4 milliard.
  • Avril 2006 : le groupe norvégien Akzo Nobel achète Sico, entreprise québécoise vieille de 70 ans et premier fournisseur de peinture au Canada. Transaction de 290 millions.
  • Août 2006 : l’Américaine Weyerheauser, située dans l’État de Washington, devient propriétaire de 55 % des actions du producteur forestier Domtar, transaction présentée comme une fusion. Transaction de 3,3 milliards de dollars américains.
  • Janvier 2007 : Abitibi-Consol et l’Américaine Bowater s’associent. Le siège est à Montréal, l’incorporation est dans le Delaware. L’entreprise est nommée AbitibiBowater et est devenue récemment Produits forestiers Résolu. Transaction évaluée à 2,4 milliards.
  • Mai 2007 : les cafés Van Houtte sont achetés par la société américaine Littlejohn du Connecticut. Transaction de 600 millions de dollars américains.  Green Mountain Coffee Roasters du Vermont rachète Van Houtte pour 915 millions en septembre 2010. Van Houtte est aussi propriétaire de la Brûlerie Saint-Denis, des cafés Orient-Express et de la Brûlerie Mont-Royal.
  • Octobre 2007 : La société anglo-australienne Rio Tinto achète le producteur d’aluminium québécois Alcan, dont les racines sont au Saguenay et à Shawinigan. Alcan avait acheté la Française Pechiney en 2003. Transaction Rio Tinto-Alcan de 38 milliards de dollars américains.
  • Décembre 2007 : la Bourse de Toronto achète la Bourse de Montréal. Transaction de 1,31 milliard. Le Groupe TMX est formé et son siège social est établi à Toronto. Un groupe d’investisseurs canadiens, sous la houlette du Groupe Maple, viennent d’acheter le Groupe TMX.

Les faits parlent. Maintenant, que faire? Faut-il agir et bloquer la vente de nos sièges sociaux? Comment inverser la tendance? Et faut-il s’en inquiéter quand on voit des groupes comme CGI, Genivar et Couche-Tard faire des acquisitions majeures à l’étranger, donnant ainsi plus de pouvoir à des sièges sociaux bien installés au Québec?

Faut-il donner plus de pouvoir aux conseils d’administration, à la Caisse de dépôt ou encore adopter un processus de révision des acquisitions, comme Ottawa le fait, ce qui lui a permis de bloquer la vente de Potash Corporation pour des raisons stratégiques?