Billets classés sous « Robert Poëti »

ubreDes gens s’insurgent contre les prix exorbitants du service UberX la veille du jour de l’An, de 5 à 9 fois le prix habituel. Le ministre Robert Poëti a même crié au « vol », demandant à la population de ne pas utiliser les services de transport Uber, jugés illégaux étant donné qu’il s’agit dans les faits d’un service de taxi offert sans obtenir les permis nécessaires.

Un appel à la cohérence s’impose. Bien des gens aiment ce service et ne se soucient guère de la réglementation qui encadre actuellement les services de taxi au Québec, les permis et les tarifs. Ils aiment ce service pour différentes raisons : c’est moins cher, c’est plus convivial, les voitures sont propres, etc. Mais, si vous aimez le service UberX, vous devez savoir que vous êtes obligés d’aimer aussi la possibilité de payer 65 $ pour un trajet de 5 km en période de pointe. Ça s’appelle l’offre et la demande. Quand l’offre de service est faible et que la demande est forte, les prix montent!

Vous voyez, le service fonctionne à l’écart de la réglementation balisée du monde du taxi, en contravention de la loi sur le taxi. Ainsi, en fonction de l’offre et de la demande, votre 5 km peut vous coûter 10 $ ou 65 $. Vous considérez que c’est exagéré? C’est votre droit . Le ministre est d’avis que c’est du vol? C’est son opinion! Mais, l’envers de la médaille d’UberX, c’est ça : la loi du marché à 3 heures du matin, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, frappe fort!

Un autre appel à la cohérence s’impose en ce début d’année. Quelqu’un peut-il nous expliquer pourquoi le service UberX fonctionne toujours alors que le gouvernement dit, depuis plus d’un an, qu’il est illégal? À quel moment le ministre Poëti va-t-il passer de la parole aux actes? Doit-on comprendre qu’Uber, avec les milliards de Google et de Goldman Sachs, est plus puissant que le gouvernement du Québec et ses lois? Et, dans les faits, ce mouvement, qui s’inscrit dans l’économie du partage ou l’économie collaborative, peut-il et doit-il être bloqué ou l’entreprise a-t-elle raison d’agir comme elle le fait pour faire bouger l’État?

Les façons de faire d’Uber sont controversées partout dans le monde. Mais, l’inaction face à Uber n’est pas la norme partout. En Allemagne, par exemple, pourquoi Uber a-t-il mis fin à ses services dans plusieurs villes au cours des derniers mois? La raison est simple : le rapport de force d’Uber et ses avantages pour les chauffeurs des taxis et les consommateurs ne sont pas les mêmes qu’en Amérique du Nord. On a constaté en Allemagne qu’Uber avait du mal à recruter des chauffeurs parce que les permis de taxis sont vendus à de faibles prix. Chez nous, ces permis coûtent cher. Le système actuel étouffe les chauffeurs de taxi et Uber tente d’en profiter en recrutant des chauffeurs et des clients sans se munir de permis.

D’un côté, le ministre dit qu’Uber vole la population. De l’autre, l’industrie du taxi dit être le « dindon de la farce. » Des moyens de pression sont en train de s’organiser. Il est plus que temps que Robert Poëti prenne les choses en mains.

Sur ces premiers mots de 2016 dans ce blogue, permettez-moi de vous souhaiter une bonne et heureuse année! Santé, bon temps et réussites pour vous. Merci de contribuer depuis maintenant 10 ans… oui, 10 ans déjà, à ce blogue! Merci sincèrement.

La désobéissance civile d’UberX

mercredi 29 avril 2015 à 13 h 32 | | Pour me joindre

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Avec l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents, nous assistons depuis quelques années à l’émergence d’une nouvelle stratégie commerciale qui ressemble, en langage familier, à du rentre-dedans. Parce qu’un secteur est réglementé, encadré, parfois figé et contrôlé par trop peu d’acteurs, des entrepreneurs adoptent des stratégies agressives et parfois illégales pour casser un moule, pour faire tomber un système, pour pousser les gouvernements à changer les lois.

C’est ce que font les sociétés Airbnb et Uber. Ce qu’ils proposent n’est pas révolutionnaire. Ce qu’ils veulent faire, c’est d’ouvrir les marchés de l’hébergement et du transport, de les rendre plus flexibles, de briser des monopoles. Comme les lois et les règles sont faites pour être changées, diront certains, il faut donc foncer, s’installer, amener l’État à bouger sous la pression de l’offre et de la demande. C’est une forme de désobéissance civile du capitalisme : on fait fi des règles et des lois, on fonce, on abat les murs, on met tout le monde devant le fait accompli.

Airbnb permet à de simples citoyens d’offrir en location des logis dont ils sont le propriétaire. Ce service est en marge des hôtels et des gîtes, il est nouveau et oblige donc les législateurs à se pencher sur la question. Il y a un flou légal ou réglementaire, et c’est pourquoi la ministre québécoise Dominique Vien a décidé d’encadrer Airbnb. Pourquoi? Parce que cette entreprise œuvre dans une « logique commerciale » sur le terrain des hôtels et des gîtes, qui doivent, eux, payer des permis et des taxes.

Dans le cas d’UberX, c’est un service qui existe déjà qui est offert par des citoyens : celui du taxi. Mais, contrairement aux chauffeurs de taxi conventionnels, ils n’ont pas de permis pour faire ce travail. Ils contreviennent ainsi à la loi concernant les services de transport par taxi qui précise que « pour offrir ou effectuer un transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile, une personne doit y être autorisée par un permis de propriétaire de taxi », UberX offre un service illégal. Le maire de Montréal, Denis Coderre, le dit. Le ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, l’affirme également.

En entrevue à RDI économie, le directeur d’Uber Montréal, Jean-Nicolas Guillemette, a répété à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’un nouveau service, d’une nouvelle technologie, qu’il y avait un flou légal et il invite le gouvernement à changer ses lois. Uber a tout à fait le droit de faire toutes les représentations qui lui semblent nécessaires pour pousser le gouvernement à accepter de modifier ses lois. Mais pourquoi, entre-temps, Uber offre-t-il illégalement le service UberX?

Pourquoi l’offrir avant d’avoir le droit de le faire? Parce qu’Uber veut pousser le gouvernement « dans ses derniers retranchements », nous a dit Jean-Nicolas Guillemette. Et Uber a les moyens de jouer à ce jeu : l’entreprise est déjà installée dans une cinquantaine de pays et est appuyée par des investisseurs de taille, notamment Google et Goldman Sachs. Uber est capable de se défendre en cour et de défendre les citoyens dont les autos ont été saisies parce qu’ils offraient le service UberX.

Uber se revendique de l’économie du partage. Mais il n’est pas clair qu’UberX se qualifie pour faire partie de cette catégorie. L’économie du partage consiste pour un citoyen à prêter ou à louer un actif dans les moments où il ne l’utilise pas. Louer son chalet ou son condo, prêter son auto en retour d’un service, c’est de l’économie du partage. Les services d’Airbnb, par exemple, sont une illustration adéquate de l’économie du partage. Car2go ou Automobile, qui proposent des autos en location pour une courte distance, c’est aussi de l’économie du partage.

Mais « offrir un service de transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile », c’est une activité commerciale à but lucratif et ça s’appelle du taxi. Et c’est que fait UberX.

Alors, trois questions :

  • L’État doit-il adapter ses lois pour permettre le service UberX?
  • UberX doit-il cesser ses activités en attendant d’avoir le droit légal d’offrir son service?
  • La stratégie d’UberX est-elle la bonne pour faire changer la loi?