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Si j’étais à la place de Philippe Couillard, Françoise David, François Legault et Pauline Marois, je récupérerais un vieux truc de la communication politique : un programme en 5 points simples et clairs. Un programme économique en 5 points, qui pourrait avoir l’air de ceci :

  1. Améliorer la productivité et les exportations.
  2. Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population.
  3. Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables.
  4. Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités.
  5. Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population.

En fait, ces 5 points représentent, je pense, les défis économiques du Québec, ceux dont les partis devraient parler et qu’ils vont probablement aborder. Ce sont des enjeux fondamentaux, qui exigent des engagements à long terme. Les politiciens, qui solliciteront votre vote le 7 avril prochain, en sont-ils capables?

Améliorer la productivité et les exportations

La productivité, c’est le niveau de production par heure travaillée. Ce n’est pas travailler plus pour moins. C’est travailler mieux, avec des technologies utiles, avancées, qui permettent d’être plus efficace. Qui a un plan pour améliorer la productivité et aider les entreprises à produire et exporter davantage? Le Québec importe plus qu’il n’exporte. Et le déficit ne fait que grandir. Qui a un projet à long terme pour améliorer ce bilan?

Regardez ces chiffres de HEC Montréal. L’apport à l’économie par heure travaillée au Québec est plus faible qu’ailleurs.

Productivité du travail – 2012

PIB/nombre d’heures travaillées

  • Norvège : 106,24 $
  • France : 72,97 $
  • États-Unis : 72,62 $
  • Allemagne : 71,47 $
  • Canada : 59,56 $
  • Québec : 54,95 $
  • Japon : 49,17 $

source : HEC

Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population

Pour la première fois en plusieurs décennies, il y aura plus de sorties que d’entrées dans la catégorie des 15-64 ans. C’est clair : la population vieillit, la population active va baisser, les coûts de santé ne cesseront d’augmenter. Et donc, la soutenabilité des finances publiques est en jeu. Alors, que faire?

Faut-il générer plus de richesse, plus de revenus, pour éponger les coûts qui augmentent? Est-il possible de trouver de nouvelles sources d’efficacité dans l’appareil public? Ou faut-il penser à revoir le panier de services offerts à la population?

D’autres chiffres, ceux de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques :

Nombre de personnes de 15-64 ans pour chaque personne de 65 ans et plus :

  • 1971 : 9,4
  • 2013 : 4,1
  • 2050 : 2,1

source : Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques

Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables

Les Québécois paient beaucoup d’impôts et de taxes. Mais, en retour, ils ont de généreux services et des programmes uniques comme les garderies à tarif réduit, l’assurance médicaments, les congés parentaux, etc.

Faut-il repenser la fiscalité au Québec?

Faut-il baisser les impôts, baisser les taxes?

Ou, au contraire, faut-il poursuivre la hausse de la taxation des mieux nantis?

Et pour les entreprises, doit-on repenser également la fiscalité?

Nos finances publiques permettent-elles de proposer un allègement fiscal aux individus et aux entreprises? En avons-nous les moyens?

Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités

Créer de la richesse est un concept bien relatif. Qu’est-ce que ça veut dire exactement? Est-ce que c’est d’exploiter les ressources du Québec? De baisser les impôts afin que les consommateurs aient plus d’argent à dépenser? D’investir dans l’économie du Québec à l’aide d’incitatifs fiscaux?

Il sera intéressant de lire les propositions des partis pour créer de la richesse. Et comment vont-ils faire pour que l’ensemble de la population profite de cette création de richesse? Nos sociétés occidentales se sont beaucoup enrichies depuis 35 ans, mais les inégalités ont considérablement grandi en parallèle. Est-ce que cette création de richesse est la bonne?

Le Québec est considéré comme l’un des endroits en Amérique du Nord parmi les moins inégalitaires et où la qualité de vie est particulièrement élevée. Comment conserver ces palmes tout en augmentant la richesse des individus, des entreprises et de la collectivité?

Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population

Près de la moitié des personnes de 65 ans et plus ont besoin du supplément de revenu garanti pour arriver à joindre les deux bouts. C’est un signal de pauvreté. Pourquoi? Parce que le Canada est l’un des endroits dans les pays avancés où le remplacement du revenu de travail est le plus faible à la retraite.

Environ le tiers des gens n’ont pas de REER ou d’épargne pour la retraite. Et quatre travailleurs sur cinq dans le secteur privé n’ont pas de régime de retraite complémentaire.

Deux enjeux sur cette question :

  1. Comment améliorer la protection des personnes à la retraite? REER obligatoire? RRQ plus généreux, donc hausse des cotisations?
  2. Et jusqu’où doit-on repenser la capitalisation des régimes de retraite à prestations déterminées? Faut-il poursuivre dans la voie annoncée, qui est celle de demander aux travailleurs du secteur public de contribuer à 50 % de leur régime de retraite et d’abaisser ainsi la contribution de l’employeur? Vaut-il mieux partager les risques?

Le défi de cette élection ne réside pas dans des mesures à court terme, qui pourraient s’apparenter à des bonbons électoraux. Les Québécois attendent des propositions réalistes, structurantes, innovantes. Pour y arriver, il faudra du courage.

« Des informations plus détaillées »

Mercredi 19 février 2014 à 11 h 42 | | Pour me joindre

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Quand le ministre des Finances Nicolas Marceau affirme qu’il y aura beaucoup de lecture dans le budget 2014-2015 – c’est ce qu’il a déclaré mardi –, j’ose le croire! J’espère, 18 mois après son premier budget, que ce document essentiel et important sera étayé, touffu et complet, même s’il n’est pas déposé, débattu, ni adopté. Qu’il y ait des élections prochainement ou pas, et peu importe qui est au pouvoir, le Québec fait face à des défis de taille : la productivité, la croissance des dépenses en matière de santé et le vieillissement de la population.

Il nous faut un plan de match générateur de revenus récurrents et qui permet un contrôle serré et sérieux des dépenses. Le ministre Marceau affirme qu’il maîtrise les dépenses, ce que réfute l’opposition. On peut en débattre longtemps, mais je vous dirais que l’état des lieux se résume en bonne partie à un paragraphe essentiel dans le rapport du vérificateur général sur l’analyse de la mise à jour économique du gouvernement Marois.

Page 70 :

« Le contrôle rigoureux et responsable des dépenses est l’une des mesures importantes définies par le gouvernement pour atteindre le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Toutefois, Le Point [ la mise à jour de novembre] ne contient pas d’information permettant de voir comment les dépenses seront contrôlées et quels sont les risques associés à l’objectif ambitieux de faible croissance des dépenses. Compte tenu de l’ampleur des montants en cause, il aurait été pertinent que le gouvernement produise des informations plus détaillées. »

Voilà : « des informations plus détaillées », c’est ce qu’on attend du deuxième budget du ministre Marceau. Il nous faut beaucoup d’informations sur les quatre enjeux suivants :

  1. Contrôle des dépenses : Le gouvernement veut réduire la croissance des dépenses à 2 % par année. Pour l’exercice qui se termine, le ministre vise 2,5 %. Pour les sept premiers mois de cet exercice, nous sommes à 3,1 %. C’est ambitieux de croire qu’on va arriver à limiter la croissance des dépenses à 2 %. Il faut faire des efforts d’économies. Souhaitons que le ministre nous dise comment il va y parvenir, quels seront les moyens adoptés.
  2. Création de richesse : Le gouvernement mise sur une fiscalité active et dynamique pour stimuler les investissements au Québec. Est-ce une bonne stratégie pour créer de la richesse et générer de nouveaux revenus pour le gouvernement? Faut-il baisser les charges fiscales des entreprises pour les pousser à investir davantage? Faut-il taxer davantage certains services?
  3. Vieillissement de la population : Pour la première fois depuis des décennies, il y a plus de gens qui sortent de la catégorie des 15-64 ans qu’il en entre. La population active va baisser, les baby-boomers partiront massivement à la retraite dans les prochaines années. Il y a longtemps qu’il faut un plan de match chiffré et prévisible à ce sujet.
  4. Productivité : Le Canada est en retard sur les États-Unis en matière de productivité, et le Québec est en retard sur le reste du pays sur ce point. Comment stimuler les investissements des entreprises dans du matériel et des technologies innovantes? Faut-il en faire plus pour arrimer la recherche avec les besoins du marché du travail et des entreprises? Comment améliorer la productivité dans la fonction publique?

Et vous, quelles sont vos attentes?

À jeudi 16 h (HNE)!

Reportage absolument épatant dimanche soir à 60 minutes sur CBS à propos du développement immobilier de la Chine. La mythique émission américaine dresse un portrait fascinant d’une femme du nom de Zhang Xin, qui s’est spécialisée dans le développement d’immeubles de bureaux.

Elle est milliardaire : 3,6 milliards de dollars, c’est sa fortune. Elle est au 15e rang à ce chapitre en Chine. Elle au 376e rang du dernier classement des milliardaires de la planète de Forbes.

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clairEn raison des craintes réelles de voir éclater une bulle immobilière en Chine, Zhang Xin explique qu’elle est très prudente et qu’elle concentre ses activités sur Pékin et Shanghai. « Le développement de la propriété résidentielle en Chine est vraiment arrivé à sa fin, explique-t-elle à 60 minutes. […] Je pense que dans le détail, les centres commerciaux, il y a une offre excédentaire. Mais les bureaux, c’est le seul secteur qui va bien. »

C’est une femme simple, accessible, qui vient d’un milieu pauvre et difficile, devenue aujourd’hui une vedette en Chine, une femme acclamée comme une star d’Hollywood. Voyez le reportage ici, c’est très intéressant.

Et quand Zhang Xin dit que c’est fini pour le marché résidentiel, voyez pourquoi ici. Des milliers de tours et de quartiers résidentiels, des villes entières construites et non habitées. L’éclatement d’une bulle immobilière et une crise de la dette sont à craindre nous disent des experts dans le reportage.

Avec ce développement inconsidéré, où les prix des maisons sont hors de portée pour la vaste majorité des Chinois, le gouvernement vient d’annoncer une hausse de la mise de départ requise et des taux d’intérêt pour l’achat d’une seconde propriété toujours dans le but de ralentir le marché.

Pékin prévoit aussi imposer une taxe de 20 % sur le bénéfice encaissé à la vente d’une propriété ou encore une taxe de 1 à 3 % sur le prix de vente. Ainsi, une maison, achetée 100 millions de yuans, vendue à 200 millions de yuans, entraînerait une taxe de 20 millions de yuans. En ce moment, c’est entre 2 et 6 millions de yuans. Un million de yuans = 163 000 $CA.

Le gouvernement veut éviter une crise sociale. Pékin doit maîtriser les attentes de sa population qui sont immenses. Il y a ceux et celles qui veulent accéder à un meilleur niveau de vie, mais qui n’y arrivent pas en raison des prix trop élevés. Il y a ceux et celles qui se sont lancés dans le développement et l’acquisition de propriétés et qui n’accepteraient pas de voir s’effondrer la valeur de leurs avoirs et de leurs investissements.

Le tabou de la richesse

Lundi 28 janvier 2013 à 12 h 35 | | Pour me joindre

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Il est difficile de parler d’argent et de richesse, c’est connu. En fait, il est surtout difficile pour ceux qui sont riches de parler de « leur » richesse et de « leur » argent. Dès qu’une personne apparaît « en moyens », on ressent un peu de gêne ou de l’envie. D’un coup, le ton change, le regard porté sur la personne nantie devient à la fois admirateur et interrogateur, suspicieux et respectueux.  

Ça m’a frappé vendredi soir dernier. Je reçois un homme d’affaires, l’entrepreneur Louis Têtu, qui a bâti plusieurs entreprises et qui a vendu récemment sa société Taléo pour 2 milliards de dollars à l’Américaine Oracle. Je lui parle de sa richesse et il me parle de son équipe sur le ton de la modestie.

Moi : Mais, vous êtes riche, quand même! Vous avez réussi, vous venez de vendre votre entreprise Taléo pour 2 milliards de dollars à Oracle. Vous êtes même peut-être milliardaire! 

Louis Têtu : Non, pas du tout! Il est vrai qu’on a créé de la richesse, on l’a créé pour un ensemble d’actionnaires, d’abord. Nos entreprises, c’est l’œuvre d’une équipe, moi je travaille avec une équipe, je ne suis pas un cavalier seul, du tout, du tout! […] On a créé de la richesse pour des actionnaires d’ici. Certains sont plus connus que d’autres. Et on a créé cette richesse-là qu’on réinvestit présentement dans la création d’autres entreprises parce qu’on a une recette qu’on pense qui peut fonctionner.

Après l’émission, j’ai reçu des courriels de gens me disant qu’il y a eu un malaise quand j’ai évoqué le fait qu’il était riche. L’entrevue était très intéressante, me dit-on gentiment, mais il aurait été préférable de ne pas lui dire qu’il est riche. C’était déplacé ou mal posé, semble-t-il.

Peut-être! Mais pourquoi ne pas en parler, au fait? Pourquoi ne peut-on pas parler de richesse, d’argent et de ce que l’on en fait surtout? Que fait-on avec 1 million de dollars? Avec 1 milliard? Que fait-on quand on réussit, qu’on a du succès? On crée des emplois, on se paie des grosses maisons sans doute, on achète une autre entreprise, on donne à des organismes, on investit dans l’art, on fait quoi? C’est fantastique d’avoir ce choix dans la vie, de vouloir et de pouvoir se faire du bien et faire du bien aux autres. Pourquoi ne pas en parler? 

Il me semble que c’est tout à fait d’intérêt. D’ailleurs, on a réalisé toute une émission avec l’entrepreneur Alexandre Taillefer, émission présentée à RDI Économie au début du mois de janvier, sur la richesse et sur ce qu’elle permet : créer des entreprises, stimuler l’emploi, développer des projets, soutenir les artistes, collectionner, etc.    

L'entrepreneur Alexandre Taillefer en compagnie de Gérald FillionVous êtes riche? Et puis après? Ce n’est pas une insulte! Ce n’est pas non plus une salve d’applaudissements! C’est le constat qui me permet d’ouvrir la porte et d’aller là où il faut aller avec les gens qui se sont bâti une fortune : vous en faites quoi de cet argent? Quels sont vos rêves? Quels projets deviennent possibles avec cet argent? Quel est votre impact? Vous donnez, vous redonnez à qui et comment? 

Il me semble que c’est tout à légitime, non?

La richesse et le bonheur

Mercredi 16 janvier 2013 à 10 h 14 | | Pour me joindre

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J’ai lu récemment une entrevue très intéressante sur la richesse et le bonheur, et j’aimerais partager avec vous quelques extraits de cet entretien. L’interview a été réalisée par Thierry Pech du magazine français Alternatives économiques avec le professeur Daniel Cohen, fondateur de l’École d’économie de Paris. C’est dans le numéro de novembre 2012.

En voici quelques extraits, qui portent à réflexion :

  • « Malgré une multiplication phénoménale de la richesse, le bonheur stagne dans les sociétés riches, voire régresse dans le cas des États-Unis! Les problèmes de pouvoir d’achat restent prioritaires pour 70 % des personnes interrogées. »
  • « L’espèce humaine est dotée d’une capacité d’adaptation tout à fait exceptionnelle, qui finit par rendre banale toute situation de manque ou de prospérité. […] Cette capacité d’adaptation, l’homme ne la comprend pas! C’est ce qu’on appelle le biais de projection dans la littérature économique. […] Du coup, je pense constamment qu’un surcroît de richesse parviendra à me combler mais toujours en vain. L’autre facteur tient au fait que toute richesse est relative. »
  • « Amartya Sen [qui a reçu le prix de la Banque royale de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1998] disait que pour un pauvre, une télévision n’était pas un luxe, mais une manière de participer au monde commun. De même, aujourd’hui, les téléphones portables. »
  •  « Lorsque le travail est constamment guidé par des primes financières, il se transforme en ce qui est décrit dans les livres d’économie, en une souffrance qui permet exclusivement de gagner de l’argent. »

Voilà. Ce sont des extraits en vrac. L’article complet est ici, mais il faut être abonné : http://www.alternatives-economiques.fr/homo-economicus–animal-triste_fr_art_1172_61098.html

Il a publié un livre en 2012 : Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, chez Albin Michel.

Et puis, Daniel Cohen était l’invité de mon collègue Jean-Sébastien Bernatchez, animateur de l’émission Classe économique, l’automne dernier, émission diffusée le 5 novembre 2012.

Alors, qu’en pensez-vous?

Impôts rétroactifs pour les nantis?

Lundi 24 septembre 2012 à 13 h 51 | | Pour me joindre

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Si le nouveau gouvernement du Québec décide d’augmenter les impôts de façon rétroactive au 1er janvier dernier, il répétera un geste qu’avaient fait Gérard D. Lévesque et Robert Bourassa en 1993, et que le PQ avait alors vertement dénoncé. Le gouvernement, à l’époque, avait annoncé en mai une surtaxe de 5 % sur les revenus dépassant 32 000 $ par année, rétroactive au 1er janvier 1993. Près de 20 ans plus tard, l’opposition officielle, formée par le Parti libéral, se battra à son tour contre une décision rétroactive, mais elle le fera pour dénoncer une mesure qui touche les 3 % les plus riches de la société québécoise.

La première ministre du Québec, Pauline MaroisPolitiquement, le Parti québécois a beau jeu. En annulant la contribution santé, qui était une taxe régressive, il baisse les impôts de plus de 90 % des contribuables. Une grande majorité de couples paiera donc 400 $ de moins en impôts par année. En augmentant les impôts des plus riches, le PQ touche 145 000 personnes à différents niveaux, soit 3,1 % des contribuables.

On ne sait pas si le Parti québécois rendra aussi rétroactive son ambition d’augmenter la taxation des gains en capital et la réduction du crédit d’impôt sur les dividendes. Si tel est le cas, celui ou celle qui aurait vendu son chalet en mars dernier serait tenu d’inclure non pas 50 % de son gain en capital, mais 75 % dans sa déclaration de revenus. Si les changements s’appliquent dans le prochain budget, c’est une chose. Si on revient en arrière, plusieurs auront des surprises au moment de remplir leur déclaration de revenus. Mais c’est important de le souligner : le PQ n’a jamais évoqué une telle chose. On suit ça de près.

En plus de la question de la rétroactivité, une autre question est posée en regard du plan de match fiscal du nouveau gouvernement : est-ce que les mieux nantis vont quitter le Québec ? À cette question, la fiscaliste Brigitte Alepin nous disait à RDI Économie la semaine dernière qu’il n’y avait pas assez de littérature et d’expériences réelles pour répondre clairement à cette interrogation. « La personne qui va répondre à cette question-là de façon définitive parle à travers son chapeau, nous a-t-elle dit. On ne le sait pas. »

Il faut dire que beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte dans le choix de rester ou non dans un pays, une province, une municipalité : la langue, la qualité de vie, l’éducation, la main-d’œuvre, l’accès à la santé, les coûts de logements, les politiques sociales comme les garderies à 7 $ chez nous, etc. Pour un citoyen qui gagne 150 000 $ comme pour un PDG qui gagne 1 million par année, les impôts font partie d’une liste de plusieurs facteurs qui influent sur leurs choix.

Une fois en application, la hausse d’impôt pour un contribuable qui gagne 135 000 $ par année pourrait atteindre environ 200 $. Pour celui ou celle qui gagne 150 000 $, il faudra débourser une somme d’environ 800 $ de plus. À 200 000 $, c’est près de 3 000 $ de plus à contribuer au trésor public. À 300 000 $, il faut ajouter plus de 8 000 $. Et à 1 million par année, c’est au moins 50 000 $ de plus qu’il faudra payer en impôts. Ces chiffres sont approximatifs. Je les ai fait vérifier par le fiscaliste Luc Godbout, qui sera à RDI Économie ce soir lundi, entrevue à ne pas manquer.

Questions :

  • Le PQ doit-il abandonner la rétroactivité ?
  • La discussion sur la rétroactivité a-t-elle pour objectif stratégique de faire passer la hausse des impôts des mieux nantis ?
  • La hausse des impôts devrait-elle toucher des revenus qui sont beaucoup plus élevés que ceux qui commencent à 130 000 $ ? Au-dessus de 350 000 $, par exemple?
  • Faudra-t-il un budget automnal ?

Il faut comprendre que la hausse d’impôts des mieux nantis n’a pas pour but d’améliorer le système de santé, ni les finances publiques du Québec. Elle vient combler une partie du manque à gagner provoqué par l’abandon de la contribution santé.

Nous avons hâte d’avoir des réponses à ces questions alors que les décisions du nouveau gouvernement tombent rapidement. Il serait intéressant d’entendre le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, bientôt, espérons-le.

Les classes sociales, selon Mitt Romney

Mardi 18 septembre 2012 à 13 h 37 | | Pour me joindre

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Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine du 6 novembre prochain ne juge pas nécessaire de rallier 47 % des Américains qui dépendent, selon lui, de l’État et ne paient pas d’impôts. Mitt Romney,qui a fait cette déclaration sans savoir qu’elle allait se retrouver dans les médias, a affirmé, après coup, que tout cela manquait d’élégance et qu’il aurait dû trouver une formulation plus appropriée pour exprimer sa réflexion.

mitt-romneyCes mots nous ramènent à une vision de la société par classes : les riches, les pauvres; les créateurs de richesse, les personnes à charge, les assistés sociaux ; ceux qui ont du pouvoir, ceux qui subissent et attendent le soutien de l’État. Et dans l’esprit de Mitt Romney, un homme très riche, qui a bâti son succès dans les fonds d’investissement, il n’est pas nécessaire de dépenser de l’énergie pour gagner à sa cause une (grosse) partie des Américains.

Il y a un an s’amorçait le mouvement Occupons Wall Street, qui visait à dénoncer les inégalités de richesse. On a polarisé le débat en parlant du 1% représentant les plus riches de la société contre les 99 % formés par la classe moyenne et les démunis. Mitt Romney introduit une nouvelle dynamique : il y a les 47 % perdus d’avance pour lui, dépendant de l’État et ne payant pas d’impôts. Et il y a les 5 à 10 % d’indépendants qu’il juge réceptifs à ses arguments.

On peut estimer que ces propos ne font qu’exacerber les divisions et les tensions entre les uns et les autres. Le bureau du budget du Congrès américain, un organisme indépendant, a publié il y a près d’un an, des chiffres qui confirment que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de grandir. Les voici :

Croissance des revenus après impôts – 1979-2007

Groupes de revenus      0-20 %                  21-80 %                81-99 %                     1 %

Croissance                      18 %                      37 %                      65 %                      275 %

Ces données expriment une réalité économique qui n’améliore pas la paix sociale. Certes, il faut créer de la richesse pour mieux la distribuer. Mais une grande part de cette richesse se retrouve toujours entre les mêmes mains. Et on est en droit de s’attendre à ce que les candidats à la présidence présentent des mesures concrètes pour améliorer le sort de tous les Américains, sans exclusion.

L’Alberta et la péréquation

Mardi 24 avril 2012 à 12 h 29 | | Pour me joindre

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L’un des enjeux de la campagne en Alberta a été la péréquation canadienne. La chef du Wildrose Party, Danielle Smith, qui a finalement été battue lundi aux élections générales provinciales malgré la tendance des sondages, a dit durant la campagne que, si elle était élue, elle allait renégocier les termes du programme fédéral de péréquation.
 
Ça n’arrivera pas, mais les propos de Danielle Smith concernant le programme ont été bien entendus en Alberta. Plusieurs sont d’avis que l’Alberta, par sa contribution à la péréquation, permet au Québec de se payer des programmes sociaux généreux, comme les garderies à 7 $, une assurance maladie et médicament étendue ainsi que les droits de scolarité les moins élevés, pour l’instant, au Canada.
 
Il est important de préciser que, dans les faits, l’Alberta ne transfère aucune somme à une autre province. La péréquation est un programme fédéral, financé par les provinces les plus riches, richesse alimentée en passant par les ressources et le secteur financier. Elle sert, en principe, à permettre à toutes les provinces d’octroyer des services publics de même qualité. Le calcul de la péréquation a changé souvent au fil du temps. Tout le monde peut y trouver matière à critique.
 
Cela dit, avec son pétrole, son PIB et sa richesse qui ne cesse d’augmenter, plus rapidement qu’ailleurs au pays, l’Alberta sera appelée à contribuer encore plus à la péréquation dans l’avenir. Dans une présentation livrée à Calgary le 7 février dernier, l’ancien gouverneur de la Banque du Canada David Dodge explique combien les Albertains vont payer encore et encore plus pour la péréquation.
 
« Pour les citoyens albertains, explique-t-il, le coût net devrait passer de 692 $ par habitant en 2012 à 931 $ en 2020. » En Ontario, toutefois, le coût par habitant va passer de 191 $ en 2012 à 110 $ en 2020. L’Ontario, qui recevait 15 % de la péréquation canadienne en 2011, en recevra 30 % en 2020.
 
Ce n’est pas le Québec qui va profiter davantage de la péréquation au cours de la prochaine décennie, c’est davantage les provinces atlantiques, l’Ontario et le Manitoba. Même qu’au Québec, les revenus de péréquation par habitant vont baisser d’ici 2020.
 
GraphiqueCe graphique, qui se retrouve dans l’étude de David Dodge, nous fait nettement voir que le coût net de la péréquation va grimper en Alberta, de 2012 à 2016, puis de 2016 à 2020. Même chose pour la Saskatchewan, la Colombie-Britannique et Terre-Neuve, mais ce sont les Albertains qui devront contribuer davantage et au plus haut niveau.
 
Est-ce que l’Alberta va accepter ça longtemps encore?
J’aimerais attirer votre attention sur une étude publiée aujourd’hui par l’économiste Martin Coiteux et sur les résultats de différentes compilations du CIRANO diffusés récemment. Les résultats sont totalement divergents.
 
Le Québec est plus pauvre que les autres
 
D’abord, Martin Coiteux publie Le point sur les écarts de revenu entre les Québécois et les Canadiens des autres provinces et en arrive à la conclusion suivante : le Québec est en retard par rapport aux provinces les plus riches et cette situation est « en train de s’accroître tandis que son avance vis-à-vis des provinces les plus pauvres est en train de diminuer ».
 
Le coût de la vie est plus bas au Québec, mais les Québécois travaillent moins et gagnent moins par heure travaillée, « ce qui suggère un retard en matière de productivité moyenne du travail ». Plus on monte dans l’échelle de la richesse au Québec, plus l’écart grandit avec la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba et l’Ontario.
 
« Au niveau élevé de dépenses par habitant qui est le sien, écrit Martin Coiteux dans le résumé de son étude, le gouvernement du Québec manque de revenus taxables au milieu et au haut de la distribution des revenus. Cela n’est sans doute pas sans conséquence sur le niveau de ses impôts, sur sa dépendance aux transferts fédéraux et sur son niveau d’endettement. »
 
Je vous invite à consulter l’étude complète ici.
 
Le Québec est pas mal meilleur qu’on pense…
 
Et puis, les chercheurs du CIRANO Marcelin Joanis et Luc Godbout ont mis à jour le 2 février une série de graphiques préparés à partir de données de l’OCDE et/ou de Statistique Canada. En se comparant à 34 pays de l’OCDE et à la moyenne de l’Organisation, les deux experts font ressortir un portrait franchement plus positif du Québec.
 
Quelques exemples :
- sur 35, le Québec est au 2e rang pour ce qui est du taux d’emplois des femmes avec enfants;
- avec les Pays-Bas, la Suède et le Danemark, le Québec fait partie des endroits où le taux d’employés travaillant de longues heures est parmi les plus bas;
- le Québec est au 20e rang pour ce qui est du PIB par habitant en parité des pouvoirs d’achat, tout juste sous la moyenne de l’OCDE, loin derrière le Canada;
- le Québec est au 17e rang pour ce qui est du revenu disponible par habitant, sous le Canada, mais au-dessus de la moyenne de l’OCDE;
- mais, surtout, le Québec est 2e sur 35 pour ce qui est de la satisfaction à l’égard de la vie.
 
Est-ce que ce dernier point ne vient pas matraquer un peu tous les autres? Que les Québécois se retrouvent parmi les plus satisfaits à l’égard de la vie, n’est-ce pas là une réussite sociale importante?
 
Bref, allez voir les graphiques du CIRANO avec le mot-clé OCDE. C’est ici :
 
Qu’en pensez-vous?

Le rêve américain, pas pour tous…

Lundi 16 janvier 2012 à 13 h 30 | | Pour me joindre

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L’auteur Jeffrey D. Sachs, qui a publié The price of civilization l’an dernier, écrit dans son livre que l’une des « réalités désastreuses du système d’éducation aux États-Unis », c’est que « les enfants de ménage à faibles revenus et même de la classe moyenne n’arrivent pas à trouver la voie du succès pour accéder au niveau de bachelier ». Il affirme que « les enfants pauvres sont abandonnés dans une société où les ménages et les communautés locales, plutôt que l’ensemble de la société, doivent soutenir les coûts associés à l’éducation».
 
Le taux de pauvreté chez les moins de 18 ans était de 27,3 % en 1959. Il est tombé à 14 % en 1969 et est revenu à 19 % en 2008.
 
Récemment, l’économiste Paul Krugman écrivait ceci :
 
« Une fois rendus à l’âge des études, ceux qui viennent de milieux défavorisés sont moins susceptibles d’aller au collège — et largement moins enclins à entrer dans une école de niveau supérieur — que ceux qui ont été plus chanceux dans la vie. Dans les écoles de niveau supérieur, 74 % des étudiants qui arrivent proviennent du quart des ménages ayant le « statut socioéconomique » le plus élevé; seulement 3 % proviennent du quart le plus bas. Et si les enfants de l’échelon le moins favorisé de notre société réussissent à entrer dans un bon collège, le manque de soutien financier fait en sorte qu’ils sont beaucoup plus susceptibles d’abandonner leurs études que les étudiants plus fortunés, même s’ils ont autant ou plus d’habiletés.
 
Une étude menée sur plusieurs années par le Département de l’Éducation en arrive à la conclusion que les étudiants avec les meilleurs résultats, mais dont les parents ont de faibles revenus, sont moins susceptibles de terminer leurs études collégiales que les étudiants qui ont de faibles résultats mais dont les parents sont fortunés. En fait, disons-le franchement, les enfants pauvres et brillants ont moins de chance que les enfants riches d’obtenir un diplôme. »
 
Et chez nous?
 
Le Globe and Mail attire notre attention ce matin sur une étude éloquente et très intéressante publiée en mars 2010 sur ce sujet. Le professeur Miles Corak, de l’Université d’Ottawa, affirme qu’aux États-Unis « les enfants riches deviennent de riches adultes et les enfants pauvres demeurent pauvres. Au Canada, ce n’est pas autant le cas ». Le spécialiste, autrefois directeur de la recherche sur la famille et le travail à Statistique Canada, en arrive à la conclusion que les Canadiens sont économiquement trois fois plus mobiles que les Américains.
 
Pourquoi?
 
En gros, c’est attribuable à la fiscalité progressive et aux choix de politiques publiques du Canada. Premièrement, le système de santé universel au pays permet de réduire considérablement les problèmes de santé et leurs conséquences. Deuxièmement, les politiques publiques canadiennes permettent davantage aux parents de choisir leur durée de temps de travail et les soins nécessaires pour leurs enfants. L’équilibre travail-famille est beaucoup plus accessible au Canada. Troisièmement, les prestations sociales au Canada réduisent la sévérité de la pauvreté. Ce n’est pas parfait, selon l’étude, loin de là, mais c’est mieux qu’aux États-Unis. Enfin, les ressources financières pour le milieu de l’éducation sont mieux réparties au Canada qu’aux États-Unis.
 
Conclusion : oui, les Américains sont plus riches que nous! Mais leur société est largement plus inéquitable et inégalitaire. Le rêve américain est beaucoup plus difficile à atteindre aux États-Unis… qu’au Canada!