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Le Canada et les riches

Lundi 2 juin 2014 à 12 h 27 | | Pour me joindre

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Le Globe and Mail rapporte lundi matin que la rémunération totale des hauts dirigeants d’entreprises au Canada a augmenté pour une quatrième année de suite en 2013, une hausse de 11 %. Certains dirigeants ont touché des montants si élevés que certains pays du monde pourraient pratiquement en être jaloux.

La rémunération évaluée de Gerald Schwartz, grand patron d’Onex, donne le tournis. Il a obtenu l’an dernier une rétribution totalisant 88 millions de dollars. Combien? Oui, vous avez bien lu : 88 millions de dollars. C’est une hausse de 561 % par rapport à l’année précédente. Voici comment il arrive à ce montant.

Gerald W. Schwartz, PDG d’Onex, en 2013 :

  • Salaire de base : 1 339 611 $
  • Boni : 25 178 068 $
  • Options* : 61 399 347 $
  • Total : 87 917 026 $

Les autres dirigeants qui suivent dans le classement ne sont certainement pas à plaindre, bien que le plus proche concurrent de Gerald Schwartz à ce chapitre n’ait touché qu’une rémunération totale évaluée à 30 % de celle du patron d’Onex. En voici quelques-uns.

Les patrons les mieux rémunérés au Canada en 2013 :

  • Gerald W. Schwartz, Onex : 87 917 026 $
  • Nadir Mohamed, Rogers : 26 769 973 $
  • Michael M. Wilson, Agrium : 23 818 740 $

Le journal Les Affaires a réalisé aussi à la fin de la semaine dernière un classement des dirigeants les mieux rémunérés des sociétés québécoises en bourse. Le gestionnaire de portefeuille Carl Simard, de Médici, est allé plus loin en réalisant une étude de l’efficacité de ces différents dirigeants. Il a évalué le rendement du capital des investisseurs, la croissance des profits par action depuis quatre ans et les revenus du dernier exercice de l’entreprise en question.

Résultat : au jeu du rapport qualité-prix, les mieux payés ne sont pas les plus efficaces ou les plus « rentables ». Sur 45 patrons, voici les cinq mieux payés.

Les patrons les mieux rémunérés au Québec en 2013 :

  1. Jeffrey Orr, Financière Power : 11,2 millions de dollars (efficacité : 38e rang)
  2. George Cope, BCE : 11 millions de dollars (efficacité : 36e rang)
  3. Michael Roach, CGI : 8,8 millions de dollars (efficacité : 34e rang)
  4. Claude Mongeau, CN : 8,2 millions de dollars (efficacité : 31e rang)
  5. Alain Bouchard, Couche-Tard : 7,9 millions de dollars (efficacité : 32e rang)

Les faits sont têtus. Oui, les inégalités grandissent et, oui, les plus riches s’enrichissent. Et ce ne sont plus les groupes habituels qui s’en inquiètent ou seulement les économistes de gauche, c’est aussi l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques. Dans une étude publiée à la mi-mai, l’organisme expliquait combien les plus riches touchent une part « disproportionnée » de la croissance des revenus depuis 30 ans. Et le Canada fait partie des pays où la portion de revenus qui va aux 1 % les plus riches est parmi la plus élevée.

Part de la croissance obtenue par les 1 % les plus riches (de 1975 à 2007) :

  • États-Unis : 46,9 %
  • Canada : 37,3 %
  • Royaume-Uni : 24,3 %
  • Australie : 22,5 %
  • Danemark : 2,5 %

Selon l’OCDE, les charges fiscales des plus riches ont baissé pendant cette période. On est passé d’une moyenne de 70 % « dans la moitié des pays de l’OCDE dans les années 70 » à environ la moitié de ce niveau dans plusieurs pays aujourd’hui.

Il est important de préciser que ces données rassemblées ici n’ont pas pour objectif de critiquer la richesse ou les riches. Les statistiques qui sont publiées dans ce billet de blogue portent sur la concentration de la richesse.

Et ces constats nous ramènent aux travaux de l’économiste Thomas Piketty, auteur du livre Le Capital au XXIe siècle. Les inégalités tendent à grandir davantage. Dans la mesure où la croissance des pays riches est appelée à demeurer faible, les écarts de richesse représentent-ils une menace à la cohésion sociale? Doit-on taxer les revenus plus élevés pour réduire la croissance de la richesse entre les mains d’un petit groupe de gens? Ou faut-il se réjouir de cet enrichissement privé, le valoriser et y voir une réussite du modèle capitaliste?

 

*Options : produit dérivé dont le prix d’achat ou de vente est déterminé à l’avance et que le propriétaire peut acheter ou vendre quand bon lui semble.

Thomas Piketty sera à RDI économie jeudi, à 18 h 30 (HAE), sur ICI RDI. C’est noté?

Thomas Piketty est la vedette de l’heure dans le monde économique, on s’en est parlé dans les derniers jours. Je suis en pleine lecture de son livre pour l’entrevue. Quantité de gens se sont prononcés jusqu’à maintenant sur son livre : certains dévorent et savourent. D’autres critiquent, cherchent des failles et en trouvent. Le seul projet de taxer le capital et d’imposer davantage les revenus élevés pue au nez de certains. Pour d’autres, c’est tout simplement de la musique à leurs oreilles.

Au-delà des idéologies et des idées toutes conçues d’avance, quelle est la valeur de cette proposition qui n’est, cela dit en passant, pas très neuve? Le riche travail de Piketty réside dans sa collecte de données, les recoupements qu’il fait et sa projection de voir les inégalités grandir encore à l’avenir. Mais, qu’en est-il de ses solutions?

« L’impôt mondial sur le capital est une utopie », admet Thomas Piketty dans son livre Le capital au XXIe siècle. Mais il faut aller de l’avant selon lui. Des entités régionales ou continentales doivent foncer et créer du mouvement. Les plus forts, l’Europe, les États-Unis, sont capables de taxer davantage, dit-il.

Par ailleurs, taxer les plus hauts revenus permettrait de ralentir la croissance des rémunérations extravagantes. Un revenu imposé à plus de 80 %, comme on l’a fait le siècle dernier essentiellement entre 1940 et 1980, ralentirait sérieusement la course aux fortes rémunérations entre les multinationales et entre les institutions financières.

« Le rôle principal de l’impôt sur le capital n’est pas de financer l’état social, mais de réguler le capitalisme, écrit Thomas Piketty. Il s’agit d’une part d’éviter une spirale inégalitaire sans fin et une divergence sans limites des inégalités patrimoniales, et d’autre part de permettre une régulation efficace des crises financières et bancaires. »

Il avance différentes possibilités de taxation.

1- Une taxe sur le capital – patrimoine de :

  • 0,1 % sur le patrimoine de 200 000 euros et moins;
  • 0,5 % de 500 000 à 1 000 000 d’euros;
  • 1 % de 1 million à 5 millions d’euros;
  • 2 % au-delà de 5 millions d’euros;
  • 5 ou 10 % au-delà de 1 milliard d’euros.

 2- Sur les revenus des plus riches, un taux d’impôt de :

  • 80 % sur les revenus de plus de 500 000 $ ou 1 000 000 $;
  • 50 % ou 60 % sur les revenus de plus de 200 000 $.

Ces taux ne disent pas tout des propositions de Thomas Piketty. Ça ne résume pas 950 pages, vous comprenez bien! On comprend tout de même où l’auteur veut en venir. Est-ce la voie à suivre pour réduire les inégalités, que celle de taxer lourdement les patrimoines et les hauts revenus? S’il est utopique de croire à ce projet, est-il encore plus utopique de penser qu’on puisse appliquer une telle stratégie sans provoquer de nouvelles contorsions pour contourner ce régime fiscal?

Qu’en pensez-vous?

Davos et les écarts de richesse

Lundi 20 janvier 2014 à 13 h 09 | | Pour me joindre

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Les puissants de la planète se rencontrent cette semaine à Davos, grande réunion annuelle des chefs politiques et économiques du monde. C’est un lieu où les rencontres en marge des grands ateliers ont souvent plus d’importance que tout ce qui est prévu au programme officiel. C’est dans ce genre d’événements que des liens se tissent, que des rapprochements s’effectuent, que des négociations s’amorcent, que des avancées importantes peuvent se faire dans la conclusion d’une entente contractuelle ou d’un investissement à développer.

Pendant que les puissants discutent business, Oxfam nous rappelle que les inégalités de richesse ne cessent de grandir. Et qu’au final, malgré tous les contrats et les investissements, malgré toute l’importance des relations qui s’établissent à Davos, les riches sont toujours plus riches et les moins nantis ne voient guère leur situation s’améliorer. Le Forum économique mondial indiquait il y a 2 mois que les écarts de richesse représentaient le risque général le plus important pour les 12 à 18 prochains mois après les tensions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Un certain degré d’inégalité économique est nécessaire, écrit Oxfam, pour le progrès et la croissance, rétribuant ceux qui ont du talent, des compétences durement acquises, l’ambition d’innover et d’entreprendre. Toutefois, la concentration extrême des richesses observée actuellement menace de priver des centaines de millions de personnes des fruits de leur talent et de leur travail. »

Presque la moitié des richesses mondiales appartient à 1 % de la population selon les données du Crédit Suisse et de Forbes citées par Oxfam. Les 1 % les plus riches possèdent 110 trillions de dollars, soit l’équivalent de 65 fois la richesse de la moitié des moins nantis du monde. En fait, cette moitié a une richesse totale équivalente à celle des 85 personnes les plus riches de la planète.

Autre fait soulevé par Oxfam : « 7 personnes sur 10 vivent dans un pays où l’inégalité économique a augmenté au cours des 30 dernières années. » Et, fait troublant, 95 % de la croissance depuis 2009 aux États-Unis ont été accaparés par les 1 % les plus riches.

L’économiste Lawrence Mishel et l’historien Colin Gordon ont calculé l’évolution salariale des Américains de 1973 à 2012. C’est le chroniqueur Paul Krugman qui attire notre attention sur ces données ce matin dans le New York Times, des données révélatrices.

Ainsi, en tenant compte de l’inflation, de 1973 à 2012…

  • les salaires des 20 % les moins nantis ont reculé de 0,7 %;
  • les gens qui se trouvent dans les 30 % à 70 % les plus riches ont vu leur salaire réel augmenter de 0,1 % à 11,7 %;
  • chez les gens dont les salaires sont dans les 70 à 80 % les plus élevés, la hausse est de 21,2 %;
  • dans la tranche de 80 % à 90 %, la hausse atteint 31,1 %;
  • et puis, les 10 % les plus riches ont vu leur salaire réel augmenter de 35 %.

Ces données nous laissent voir que la seule période où les écarts ont cessé de s’agrandir, c’est entre 1995 et 2000, période économique faste. Autrement, les inégalités de salaires n’ont cessé de s’agrandir depuis trois décennies chez nos voisins du sud.

La question, on la pose encore : comment faire pour réduire ces inégalités? Les 10 grandes tendances établies par le Forum économique mondial en novembre peuvent nous fournir quelques éléments de réponses. En fait, c’est en agissant positivement sur ces « 10 tendances » qu’on pourrait peut-être espérer une amélioration de la situation des moins nantis et ainsi réduire l’écart avec les plus riches.

Voici ces 10 tendances établies par le Forum économique mondial :

  1. Hausse des tensions sociales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord;
  2. Agrandissement des écarts de revenus;
  3. Chômage structurel persistant;
  4. Les cybermenaces s’intensifient;
  5. Inaction sur les changements climatiques;
  6. Confiance à la baisse envers les politiques économiques;
  7. Manque d’éthique et de respect de valeurs dans le leadership;
  8. Classe moyenne en expansion en Asie;
  9. L’importance grandissante des « mégacités »;
  10. Et la transmission rapide des fausses informations en ligne.

Améliorer les institutions démocratiques, agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, restaurer la confiance envers les meneurs économiques et politiques en agissant avec éthique et justice, prendre conscience de l’impact de l’émergence de classes moyennes dans les pays émergents, voilà quelques avenues pour réduire les inégalités.

Va-t-on encore en parler dans 10 ans? Va-t-on encore poser les mêmes questions avec les mêmes réponses dans 20 ans? Quelles sont les actions concrètes qui seront prises à Davos cette semaine et qui pourraient réduire les écarts de richesse?

Reportage absolument épatant dimanche soir à 60 minutes sur CBS à propos du développement immobilier de la Chine. La mythique émission américaine dresse un portrait fascinant d’une femme du nom de Zhang Xin, qui s’est spécialisée dans le développement d’immeubles de bureaux.

Elle est milliardaire : 3,6 milliards de dollars, c’est sa fortune. Elle est au 15e rang à ce chapitre en Chine. Elle au 376e rang du dernier classement des milliardaires de la planète de Forbes.

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clairEn raison des craintes réelles de voir éclater une bulle immobilière en Chine, Zhang Xin explique qu’elle est très prudente et qu’elle concentre ses activités sur Pékin et Shanghai. « Le développement de la propriété résidentielle en Chine est vraiment arrivé à sa fin, explique-t-elle à 60 minutes. […] Je pense que dans le détail, les centres commerciaux, il y a une offre excédentaire. Mais les bureaux, c’est le seul secteur qui va bien. »

C’est une femme simple, accessible, qui vient d’un milieu pauvre et difficile, devenue aujourd’hui une vedette en Chine, une femme acclamée comme une star d’Hollywood. Voyez le reportage ici, c’est très intéressant.

Et quand Zhang Xin dit que c’est fini pour le marché résidentiel, voyez pourquoi ici. Des milliers de tours et de quartiers résidentiels, des villes entières construites et non habitées. L’éclatement d’une bulle immobilière et une crise de la dette sont à craindre nous disent des experts dans le reportage.

Avec ce développement inconsidéré, où les prix des maisons sont hors de portée pour la vaste majorité des Chinois, le gouvernement vient d’annoncer une hausse de la mise de départ requise et des taux d’intérêt pour l’achat d’une seconde propriété toujours dans le but de ralentir le marché.

Pékin prévoit aussi imposer une taxe de 20 % sur le bénéfice encaissé à la vente d’une propriété ou encore une taxe de 1 à 3 % sur le prix de vente. Ainsi, une maison, achetée 100 millions de yuans, vendue à 200 millions de yuans, entraînerait une taxe de 20 millions de yuans. En ce moment, c’est entre 2 et 6 millions de yuans. Un million de yuans = 163 000 $CA.

Le gouvernement veut éviter une crise sociale. Pékin doit maîtriser les attentes de sa population qui sont immenses. Il y a ceux et celles qui veulent accéder à un meilleur niveau de vie, mais qui n’y arrivent pas en raison des prix trop élevés. Il y a ceux et celles qui se sont lancés dans le développement et l’acquisition de propriétés et qui n’accepteraient pas de voir s’effondrer la valeur de leurs avoirs et de leurs investissements.

Le tabou de la richesse

Lundi 28 janvier 2013 à 12 h 35 | | Pour me joindre

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Il est difficile de parler d’argent et de richesse, c’est connu. En fait, il est surtout difficile pour ceux qui sont riches de parler de « leur » richesse et de « leur » argent. Dès qu’une personne apparaît « en moyens », on ressent un peu de gêne ou de l’envie. D’un coup, le ton change, le regard porté sur la personne nantie devient à la fois admirateur et interrogateur, suspicieux et respectueux.  

Ça m’a frappé vendredi soir dernier. Je reçois un homme d’affaires, l’entrepreneur Louis Têtu, qui a bâti plusieurs entreprises et qui a vendu récemment sa société Taléo pour 2 milliards de dollars à l’Américaine Oracle. Je lui parle de sa richesse et il me parle de son équipe sur le ton de la modestie.

Moi : Mais, vous êtes riche, quand même! Vous avez réussi, vous venez de vendre votre entreprise Taléo pour 2 milliards de dollars à Oracle. Vous êtes même peut-être milliardaire! 

Louis Têtu : Non, pas du tout! Il est vrai qu’on a créé de la richesse, on l’a créé pour un ensemble d’actionnaires, d’abord. Nos entreprises, c’est l’œuvre d’une équipe, moi je travaille avec une équipe, je ne suis pas un cavalier seul, du tout, du tout! […] On a créé de la richesse pour des actionnaires d’ici. Certains sont plus connus que d’autres. Et on a créé cette richesse-là qu’on réinvestit présentement dans la création d’autres entreprises parce qu’on a une recette qu’on pense qui peut fonctionner.

Après l’émission, j’ai reçu des courriels de gens me disant qu’il y a eu un malaise quand j’ai évoqué le fait qu’il était riche. L’entrevue était très intéressante, me dit-on gentiment, mais il aurait été préférable de ne pas lui dire qu’il est riche. C’était déplacé ou mal posé, semble-t-il.

Peut-être! Mais pourquoi ne pas en parler, au fait? Pourquoi ne peut-on pas parler de richesse, d’argent et de ce que l’on en fait surtout? Que fait-on avec 1 million de dollars? Avec 1 milliard? Que fait-on quand on réussit, qu’on a du succès? On crée des emplois, on se paie des grosses maisons sans doute, on achète une autre entreprise, on donne à des organismes, on investit dans l’art, on fait quoi? C’est fantastique d’avoir ce choix dans la vie, de vouloir et de pouvoir se faire du bien et faire du bien aux autres. Pourquoi ne pas en parler? 

Il me semble que c’est tout à fait d’intérêt. D’ailleurs, on a réalisé toute une émission avec l’entrepreneur Alexandre Taillefer, émission présentée à RDI Économie au début du mois de janvier, sur la richesse et sur ce qu’elle permet : créer des entreprises, stimuler l’emploi, développer des projets, soutenir les artistes, collectionner, etc.    

L'entrepreneur Alexandre Taillefer en compagnie de Gérald FillionVous êtes riche? Et puis après? Ce n’est pas une insulte! Ce n’est pas non plus une salve d’applaudissements! C’est le constat qui me permet d’ouvrir la porte et d’aller là où il faut aller avec les gens qui se sont bâti une fortune : vous en faites quoi de cet argent? Quels sont vos rêves? Quels projets deviennent possibles avec cet argent? Quel est votre impact? Vous donnez, vous redonnez à qui et comment? 

Il me semble que c’est tout à légitime, non?

La richesse et le bonheur

Mercredi 16 janvier 2013 à 10 h 14 | | Pour me joindre

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J’ai lu récemment une entrevue très intéressante sur la richesse et le bonheur, et j’aimerais partager avec vous quelques extraits de cet entretien. L’interview a été réalisée par Thierry Pech du magazine français Alternatives économiques avec le professeur Daniel Cohen, fondateur de l’École d’économie de Paris. C’est dans le numéro de novembre 2012.

En voici quelques extraits, qui portent à réflexion :

  • « Malgré une multiplication phénoménale de la richesse, le bonheur stagne dans les sociétés riches, voire régresse dans le cas des États-Unis! Les problèmes de pouvoir d’achat restent prioritaires pour 70 % des personnes interrogées. »
  • « L’espèce humaine est dotée d’une capacité d’adaptation tout à fait exceptionnelle, qui finit par rendre banale toute situation de manque ou de prospérité. […] Cette capacité d’adaptation, l’homme ne la comprend pas! C’est ce qu’on appelle le biais de projection dans la littérature économique. […] Du coup, je pense constamment qu’un surcroît de richesse parviendra à me combler mais toujours en vain. L’autre facteur tient au fait que toute richesse est relative. »
  • « Amartya Sen [qui a reçu le prix de la Banque royale de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1998] disait que pour un pauvre, une télévision n’était pas un luxe, mais une manière de participer au monde commun. De même, aujourd’hui, les téléphones portables. »
  •  « Lorsque le travail est constamment guidé par des primes financières, il se transforme en ce qui est décrit dans les livres d’économie, en une souffrance qui permet exclusivement de gagner de l’argent. »

Voilà. Ce sont des extraits en vrac. L’article complet est ici, mais il faut être abonné : http://www.alternatives-economiques.fr/homo-economicus–animal-triste_fr_art_1172_61098.html

Il a publié un livre en 2012 : Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, chez Albin Michel.

Et puis, Daniel Cohen était l’invité de mon collègue Jean-Sébastien Bernatchez, animateur de l’émission Classe économique, l’automne dernier, émission diffusée le 5 novembre 2012.

Alors, qu’en pensez-vous?

Impôts rétroactifs pour les nantis?

Lundi 24 septembre 2012 à 13 h 51 | | Pour me joindre

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Si le nouveau gouvernement du Québec décide d’augmenter les impôts de façon rétroactive au 1er janvier dernier, il répétera un geste qu’avaient fait Gérard D. Lévesque et Robert Bourassa en 1993, et que le PQ avait alors vertement dénoncé. Le gouvernement, à l’époque, avait annoncé en mai une surtaxe de 5 % sur les revenus dépassant 32 000 $ par année, rétroactive au 1er janvier 1993. Près de 20 ans plus tard, l’opposition officielle, formée par le Parti libéral, se battra à son tour contre une décision rétroactive, mais elle le fera pour dénoncer une mesure qui touche les 3 % les plus riches de la société québécoise.

La première ministre du Québec, Pauline MaroisPolitiquement, le Parti québécois a beau jeu. En annulant la contribution santé, qui était une taxe régressive, il baisse les impôts de plus de 90 % des contribuables. Une grande majorité de couples paiera donc 400 $ de moins en impôts par année. En augmentant les impôts des plus riches, le PQ touche 145 000 personnes à différents niveaux, soit 3,1 % des contribuables.

On ne sait pas si le Parti québécois rendra aussi rétroactive son ambition d’augmenter la taxation des gains en capital et la réduction du crédit d’impôt sur les dividendes. Si tel est le cas, celui ou celle qui aurait vendu son chalet en mars dernier serait tenu d’inclure non pas 50 % de son gain en capital, mais 75 % dans sa déclaration de revenus. Si les changements s’appliquent dans le prochain budget, c’est une chose. Si on revient en arrière, plusieurs auront des surprises au moment de remplir leur déclaration de revenus. Mais c’est important de le souligner : le PQ n’a jamais évoqué une telle chose. On suit ça de près.

En plus de la question de la rétroactivité, une autre question est posée en regard du plan de match fiscal du nouveau gouvernement : est-ce que les mieux nantis vont quitter le Québec ? À cette question, la fiscaliste Brigitte Alepin nous disait à RDI Économie la semaine dernière qu’il n’y avait pas assez de littérature et d’expériences réelles pour répondre clairement à cette interrogation. « La personne qui va répondre à cette question-là de façon définitive parle à travers son chapeau, nous a-t-elle dit. On ne le sait pas. »

Il faut dire que beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte dans le choix de rester ou non dans un pays, une province, une municipalité : la langue, la qualité de vie, l’éducation, la main-d’œuvre, l’accès à la santé, les coûts de logements, les politiques sociales comme les garderies à 7 $ chez nous, etc. Pour un citoyen qui gagne 150 000 $ comme pour un PDG qui gagne 1 million par année, les impôts font partie d’une liste de plusieurs facteurs qui influent sur leurs choix.

Une fois en application, la hausse d’impôt pour un contribuable qui gagne 135 000 $ par année pourrait atteindre environ 200 $. Pour celui ou celle qui gagne 150 000 $, il faudra débourser une somme d’environ 800 $ de plus. À 200 000 $, c’est près de 3 000 $ de plus à contribuer au trésor public. À 300 000 $, il faut ajouter plus de 8 000 $. Et à 1 million par année, c’est au moins 50 000 $ de plus qu’il faudra payer en impôts. Ces chiffres sont approximatifs. Je les ai fait vérifier par le fiscaliste Luc Godbout, qui sera à RDI Économie ce soir lundi, entrevue à ne pas manquer.

Questions :

  • Le PQ doit-il abandonner la rétroactivité ?
  • La discussion sur la rétroactivité a-t-elle pour objectif stratégique de faire passer la hausse des impôts des mieux nantis ?
  • La hausse des impôts devrait-elle toucher des revenus qui sont beaucoup plus élevés que ceux qui commencent à 130 000 $ ? Au-dessus de 350 000 $, par exemple?
  • Faudra-t-il un budget automnal ?

Il faut comprendre que la hausse d’impôts des mieux nantis n’a pas pour but d’améliorer le système de santé, ni les finances publiques du Québec. Elle vient combler une partie du manque à gagner provoqué par l’abandon de la contribution santé.

Nous avons hâte d’avoir des réponses à ces questions alors que les décisions du nouveau gouvernement tombent rapidement. Il serait intéressant d’entendre le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, bientôt, espérons-le.

L’Alberta et la péréquation

Mardi 24 avril 2012 à 12 h 29 | | Pour me joindre

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L’un des enjeux de la campagne en Alberta a été la péréquation canadienne. La chef du Wildrose Party, Danielle Smith, qui a finalement été battue lundi aux élections générales provinciales malgré la tendance des sondages, a dit durant la campagne que, si elle était élue, elle allait renégocier les termes du programme fédéral de péréquation.
 
Ça n’arrivera pas, mais les propos de Danielle Smith concernant le programme ont été bien entendus en Alberta. Plusieurs sont d’avis que l’Alberta, par sa contribution à la péréquation, permet au Québec de se payer des programmes sociaux généreux, comme les garderies à 7 $, une assurance maladie et médicament étendue ainsi que les droits de scolarité les moins élevés, pour l’instant, au Canada.
 
Il est important de préciser que, dans les faits, l’Alberta ne transfère aucune somme à une autre province. La péréquation est un programme fédéral, financé par les provinces les plus riches, richesse alimentée en passant par les ressources et le secteur financier. Elle sert, en principe, à permettre à toutes les provinces d’octroyer des services publics de même qualité. Le calcul de la péréquation a changé souvent au fil du temps. Tout le monde peut y trouver matière à critique.
 
Cela dit, avec son pétrole, son PIB et sa richesse qui ne cesse d’augmenter, plus rapidement qu’ailleurs au pays, l’Alberta sera appelée à contribuer encore plus à la péréquation dans l’avenir. Dans une présentation livrée à Calgary le 7 février dernier, l’ancien gouverneur de la Banque du Canada David Dodge explique combien les Albertains vont payer encore et encore plus pour la péréquation.
 
« Pour les citoyens albertains, explique-t-il, le coût net devrait passer de 692 $ par habitant en 2012 à 931 $ en 2020. » En Ontario, toutefois, le coût par habitant va passer de 191 $ en 2012 à 110 $ en 2020. L’Ontario, qui recevait 15 % de la péréquation canadienne en 2011, en recevra 30 % en 2020.
 
Ce n’est pas le Québec qui va profiter davantage de la péréquation au cours de la prochaine décennie, c’est davantage les provinces atlantiques, l’Ontario et le Manitoba. Même qu’au Québec, les revenus de péréquation par habitant vont baisser d’ici 2020.
 
GraphiqueCe graphique, qui se retrouve dans l’étude de David Dodge, nous fait nettement voir que le coût net de la péréquation va grimper en Alberta, de 2012 à 2016, puis de 2016 à 2020. Même chose pour la Saskatchewan, la Colombie-Britannique et Terre-Neuve, mais ce sont les Albertains qui devront contribuer davantage et au plus haut niveau.
 
Est-ce que l’Alberta va accepter ça longtemps encore?

Écart de richesse, la suite…

Mercredi 7 décembre 2011 à 13 h 44 | | Pour me joindre

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Dans la série portant sur les inégalités grandissantes, la dernière étude du Conference Board offre une contribution crédible et fouillée au débat. Comme l’OCDE, le Conference Board n’est pas reconnu comme un groupe d’étude très près de la gauche, faut-il le préciser.
 

D’abord, en ce début de semaine, je vous remercie d’avoir participé au dernier blogue, aux gens de Malartic surtout qui ont pris le temps de s’exprimer. Les citoyens de la ville ont appris la venue d’Osisko, ont dû l’accepter et doivent aujourd’hui vivre avec. Pour le meilleur et pour le pire.

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