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Nortel : une histoire de déception

Lundi 14 janvier 2013 à 12 h 55 | | Pour me joindre

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Les réactions d’indignation n’ont pas tardé sur Twitter à l’annonce du verdict de non-culpabilité des anciens dirigeants de Nortel Networks, Frank Dunn, Douglas Beatty et Michael Gollogly. Il n’est pas possible pour le juge Frank Marrocco de la Cour supérieure de l’Ontario de conclure, hors de tout doute, que les trois hommes, congédiés en 2004 et poursuivis en 2008, ont commis une fraude. Ils étaient accusés d’avoir manipulé les résultats financiers de 2002 et de 2003 pour faire gonfler leurs bonis.

L'entrée des bureaux de Nortel à Toronto, en 2009Si l’indignation est au rendez-vous aujourd’hui, c’est parce que l’histoire de Nortel est remplie d’espoirs déçus et de dollars perdus. Près de 100 000 personnes ont perdu leur emploi. Des millions d’investisseurs ont perdu des milliards d’investissements.

Je travaillais à la Bourse de Toronto pour RDI en 2002 lorsque le Wall Street Journal a été le premier média à évoquer une possible manipulation des résultats financiers de Nortel Networks. L’entreprise tentait alors de restructurer ses activités après le départ du PDG John Roth, l’éclatement d’une terrible bulle technologique et l’effondrement total de l’action de l’entreprise, qui avait atteint 124,50 $ en juillet 2000.

La direction avait alors affirmé que des erreurs comptables étaient survenues. Et compte tenu de la décision du juge Marrocco aujourd’hui, c’est la version qui va demeurer. Nortel a comptabilisé des capitaux en réserve comme étant des revenus, ce qui a permis le versement de bonis totalisant 12,8 millions de dollars pour les trois patrons. La preuve n’est pas assez étayée pour affirmer que le but de cette action était de commettre une fraude, affirme la Cour.

Donc, de 2000 à 2013, tous les espoirs ont été écrasés : 300 milliards de valeurs boursières se sont envolées, près de 100 000 emplois ont été perdus, un joyau mondial de la technologie s’est honteusement effondré. Et la Couronne n’est pas parvenue à monter une preuve qui aurait pu convaincre le juge, sans l’ombre d’un doute, que les anciens dirigeants étaient coupables de fraude à l’endroit de Nortel Networks.

NORTEL 

  • 1895 : fondation de l’entreprise à Montréal
  • 2000 : BCE se départit de ses actions dans Nortel
  • 2000 : 124,50 $ (26 juillet)
  • 2000-2001 : bulle technologique
  • 2001 : départ du PDG John Roth
  • 2001 : perte de 27 milliards de dollars
  • 2002-2003 : restructuration
  • 2002 : allégations de manipulation des résultats
  • 2004 : congédiement de Frank Dunn, Doug Beatty et Michael Gollogly
  • 2003 et 2005 : révision des résultats
  • 2008 : poursuites contre les trois ex-dirigeants
  • 2009 : faillite
  • 2013 : les trois ex-dirigeants non coupables

 

Ce sont des résultats tout à fait respectables pour la Caisse de dépôt et placement du Québec avec un rendement en 2011 de 4 %. Le « bas de laine des Québécois » fait mieux que la moyenne des caisses de retraite au Canada qui ont affiché un rendement moyen de 0,5 %. Par rapport aux indices de référence, la Caisse fait un peu moins bien. L’indice est à 4,2 %.
 
Le président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia
Cela dit, la Caisse se positionne de nouveau parmi les meilleurs. Comme le disait le PDG Michael Sabia en conférence de presse, c’est dans les moments de turbulence qu’on peut déterminer qui sont ceux qui excellent et ceux qui déçoivent. En 2008, les gestionnaires de portefeuille de la Caisse se sont classés parmi les cancres. Aujourd’hui, ils sont dans les premiers de classe.
 
En additionnant les dépôts et les rendements, l’actif de la Caisse est maintenant à 159 milliards de dollars, 4 milliards de plus qu’en 2007. Mais, on n’a pas encore rattrapé les pertes de 39 milliards de dollars de 2008.
 
La Caisse a été chanceuse, il faut le dire. Le portefeuille d’obligations a progressé de 10,1 %, celui des obligations à long terme, de 18,6 %. Au début de 2011, peu d’analystes s’attendaient à ce que les caisses fassent des gains en capital sur la valeur des obligations. On croyait à une reprise plus ferme et à des gains en actions, plutôt qu’en obligations. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Les actions, qui représentent 36 % de l’actif, ont chuté de 4,2 %. Les actions canadiennes et de pays émergents ont plongé.
 
La réalité a été tout autre : l’Europe plonge en récession, les Américains se sont chicanés sur le plafond de la dette, le Japon a été touché par un tremblement de terre et un tsunami meurtriers, la Chine a ralenti sa croissance. Là où l’institution se démarque, c’est dans les infrastructures : +23,3 % grâce à ses investissements dans les aéroports britanniques et le secteur de l’énergie.
 
La suite maintenant? Michael Sabia dit qu’il faut certainement tourner la page sur l’année 2008. Compte tenu de l’horreur de cette année, il nous permettra de placer un signet sur cette page du grand livre d’histoire de la Caisse. L’avenir de millions de Québécois est entre les mains de l’équipe de la Caisse de dépôt et il serait bien mal avisé de notre part de relâcher la vigilance.