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Pétrole : gagnants et perdants

Lundi 1 décembre 2014 à 13 h 58 | | Pour me joindre

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L’effondrement des prix du pétrole a pris un peu tout le monde par surprise. Depuis le mois de juin, le constat est clair : la production augmente plus rapidement que la demande. Les États-Unis produisent de plus en plus de pétrole de schiste, les conflits géopolitiques ne ralentissent pas l’offre de pétrole et l’Arabie saoudite offre son pétrole au rabais pour maintenir ses parts de marché.

Le baril, qui était à 115 $ en juin, est à moins de 70 $ aujourd’hui. Et le président du conseil d’administration de Canadian Natural Resources, Murray Edwards, craint une chute jusqu’à 30 ou 40 $. Il rappelle que le prix du pétrole est tombé à 35 $ en 2008 durant la dernière récession. L’industrie est dans une impasse : l’OPEP refuse de réduire sa production dans le but de pousser les Américains à ralentir leur développement pétrolier.

Jusqu’où l’effondrement va-t-il se poursuivre? Et pendant combien de temps encore?

La péréquation 

D’abord, vous êtes nombreux à me demander si la chute du pétrole va venir réduire les paiements de péréquation pour le Québec. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de lien direct entre les revenus de l’Alberta et les programmes du Québec. La péréquation est un programme fédéral qui prend sa source dans le fonds consolidé qui, lui, est nourri de nos impôts et nos taxes. La péréquation s’établit en fonction de la capacité fiscale des 10 provinces, c’est-à-dire la possibilité pour une province de toucher des revenus. L’Alberta est bien sûr la province qui détient la capacité fiscale la plus importante. Si sa capacité baisse, la moyenne des 10 provinces va baisser. Ainsi, les paiements de péréquation aux 6 provinces bénéficiaires pourraient être réduits. Mais, si en même temps, la capacité fiscale de l’Ontario augmente, la moyenne canadienne pourrait peut-être demeurer au même niveau.

Ainsi, les paiements de péréquation versés à une province comme le Québec dépendent de sa propre capacité fiscale et de la moyenne canadienne. Les deux peuvent bouger et c’est pour cette raison qu’il est impossible de prévoir une hausse ou une baisse de la péréquation à la suite de la chute du pétrole.

 

Les gagnants 

  1. Les consommateurs : Le prix de l’essence est en baisse. Il est passé d’une moyenne de 144,6 ¢ le litre d’ordinaire fin avril au Québec à une moyenne de 120,8 ¢ fin novembre. C’est une baisse de 16 %. Le recul est moins important que la baisse de plus de 35 % du prix du pétrole, en raison de la baisse du dollar canadien, qui rend le coût du pétrole importé plus cher, des marges de raffinage qui ont augmenté et du coût fixe de plusieurs taxes gouvernementales.
  2. Le secteur manufacturier et les industries consommatrices de pétrole : La baisse des prix de l’énergie, jumelée à la baisse du dollar canadien, donne une marge de manœuvre à plusieurs entreprises du secteur de la fabrication et pour celles aussi qui misent sur l’exportation de leurs produits. Desjardins affirmait dans une étude récente qu’en plus du secteur manufacturier, les industries minières devraient en profiter, tout comme l’agriculture et la forêt. Sur la scène internationale, les compagnies aériennes vont bénéficier largement de la chute du prix du carburant.
  3. Les banques centrales : D’un coup, une certaine marge de manœuvre se dégage pour les banques centrales qui doivent contrôler l’inflation. L’injection massive d’argent dans l’économie depuis 2008 fait craindre une poussée d’inflation. La chute du pétrole et de l’essence pourrait permettre aux banques centrales de souffler et de maintenir les taux d’intérêt à de faibles niveaux pour une plus longue durée.

Les perdants

  1. Les banques centrales : Par contre, le niveau d’inflation est déjà très bas en Europe, aux États-Unis et au Japon. La chute des prix énergétiques pourrait amener l’inflation à 0 ou mener carrément à la déflation.
  2. Les producteurs de pétrole : Les entreprises qui font de l’extraction de pétrole sont nécessairement les grandes perdantes de la chute du prix, particulièrement celles qui misent sur le développement de projets difficiles, coûteux, polluants et dangereux. On pense au pétrole de schiste, au pétrole des sables bitumineux et aux projets en mer. En retour, les projets qui sont jugés porteurs à long terme, comme les oléoducs, ne seront probablement pas suspendus ou abandonnés dans la foulée de la chute récente des cours.
  3. Les gouvernements de pays producteurs : Les rentrées d’impôts et les redevances versées aux gouvernements de pays producteurs de pétrole vont baisser de façon importante. Le Canada évaluait récemment la perte financière à 2,5 milliards de dollars annuellement. Les cours du pétrole ont poursuivi leur chute depuis cette évaluation faite au début du mois de novembre. Terre-Neuve-et-Labrador, dont le tiers des revenus est lié au pétrole, a annoncé un gel de dépenses et d’embauches. L’Alberta a revu à la baisse sa prévision de surplus pour 2014-2015. L’Alberta s’appuie maintenant sur une projection de prix de 65 à 75 $US le baril. Ailleurs dans le monde, les pays où le coût de production est élevé expriment de fortes inquiétudes. C’est le cas du Venezuela notamment.
  4. L’environnement : Les statistiques nous font déjà voir un accroissement des ventes de camions, camionnettes et VUS avec la croissance économique qui est plus forte aux États-Unis et les prix de l’essence qui baissent.  Le signal des prix énergétiques élevés, qui aident à réduire les émissions de gaz à effet de serre, est en train de disparaître.

Plusieurs analystes affirment que la clé se trouve entre les mains des Américains. Comme l’illustre ce graphique préparé par Wood Mackenzie, la grande majorité des projets de pétrole de schiste coûte aujourd’hui plus cher que le prix actuel de marché du pétrole.

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Sources : New York Times, The National Post, AFP, Wood Mackenzie.

Le vrai problème du Plan Nord

Mercredi 24 septembre 2014 à 14 h 23 | | Pour me joindre

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Sur le plan politique, il est de bon ton de dire que le Plan Nord est mort avec l’arrivée du Parti québécois au pouvoir et qu’il vient de ressusciter avec le retour des libéraux. C’est un peu plus complexe que cela dans la réalité. Oui, le vocable « Plan Nord » a été abandonné par le gouvernement Marois, mais le développement du Nord ne s’est pas arrêté pour autant. On ne peut pas exclure l’impact des décisions d’un gouvernement sur le développement économique, mais dans ce cas-ci, une bonne partie du problème est ailleurs. Mais vraiment ailleurs.

Et, péquistes ou libéraux, le problème est encore le même aujourd’hui : le marché est en déclin, les prix baissent, les entreprises hésitent. C’était vrai en 2013. C’est encore le cas cette année. Le premier ministre Philippe Couillard a d’excellentes raisons de miser sur le développement du Nord et d’aller en parler à des investisseurs à New York. Mais, dans le contexte économique actuel, le gouvernement devra être très généreux en avantages fiscaux pour stimuler les investissements. Et, comme on le sait, Québec ne semble pas très enclin à faire des cadeaux à des entreprises en ce moment.

Le marché est à son plus bas en cinq ans. Pourquoi? Parce que la Chine ralentit. La deuxième économie mondiale ne croît plus à 9 ou 10 % par année. Elle est plus près de la barre de 7 %, et les récents signaux économiques en provenance de Pékin laissent croire à un ralentissement de la demande.

Prenez l’or et le fer, deux minéraux développés au Québec. L’or a chuté en 2013, a remonté légèrement en 2014 et est maintenant reparti à la baisse depuis le début de l’été.

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Ce tableau de Bloomberg illustre l’évolution de l’indice des ressources, le prix du pétrole BRENT et le prix du fer. La tendance est nettement à la baisse :

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Le test de la réalité, c’est les chiffres du marché. On peut bien dire qu’on relance le Plan Nord. Si la demande n’est pas au rendez-vous, si les prix culbutent, les promesses auront du mal à décoller. À moins que le gouvernement Couillard sorte le chéquier!

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet
La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet

Derrière le dialogue de sourds qui a meublé le Forum des redevances vendredi à HEC Montréal se cachent des compromis et des tractations de toutes sortes. D’une part, plusieurs des groupes de citoyens représentés (Québec meilleure mine, Nature Québec, Fédération québécoise des municipalités, CSN, Syndicat des métallos, etc.) acceptent l’idée qu’on exploite les ressources minières du Québec. Leur bataille porte davantage sur le « comment » : sécurité, santé, environnement, partage territorial et niveau de redevances. Mais, fondamentalement, tous acceptent qu’on creuse, qu’on explore et qu’on exploite le sol québécois.

D’autre part, l’industrie minière réalise pleinement qu’il faut négocier la hausse des redevances. Le gouvernement a fait son lit : le principe d’une augmentation des redevances est immuable. Mais, quels seront les taux de redevances? Peut-on repenser le soutien financier aux sociétés minières? Tout est négociable à l’intérieur du « principe immuable ».

Deux choses à bien comprendre ici. D’abord, la croissance économique au Canada est très faible, et le Québec est au nombre des provinces qui ralentissent. La première ministre Pauline Marois, représentée par plusieurs membres de son cabinet vendredi au Forum des redevances,  a besoin de projets qui marchent, qui avancent, qui créent des emplois et de la richesse.

Ensuite, les minières menacent d’investir ailleurs si le Québec se montre trop gourmand à leur goût en matière de ponction fiscale. Même si les prix sont élevés sur les marchés, le financement est plus difficile à obtenir ces jours-ci pour les minières, qui doivent aussi composer avec des coûts de production de plus en plus élevés. Mettront-ils à exécution leur menace? Est-ce un bluff?

Dans les circonstances, l’exercice de vendredi était presque futile. Certes, pour un journaliste ou un participant qui a le goût d’entendre les contenus et les arguments des uns et des autres dans un enjeu aussi important que celui de l’exploitation des ressources, la journée de vendredi a été enrichissante. Mais, sur le fond, surtout sur l’objectif, la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet va devoir « arbitrer » le dossier, va devoir décider parce qu’il est clair que les écologistes et les minières n’arriveront pas à un consensus.

Le Forum a permis à chacun d’exposer son point de vue. Les ministres Ouellet et Marceau ont écouté, patiemment. Mais les vraies négociations, les tractations se font ailleurs : dans les couloirs, lors de rencontres privées, dans les bureaux du Parlement entre les ministres des Ressources naturelles et des Finances… et nous savons tous que la décision sur la mise en place d’un nouveau régime de redevances devra nécessairement obtenir l’approbation de Pauline Marois.

Le risque des ressources naturelles

Vendredi 8 février 2013 à 14 h 38 | | Pour me joindre

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La Coalition Avenir Québec propose dans la plateforme présentée lors des élections de l’été dernier des prises de « participations minoritaires stratégiques dans les projets d’exploitation » de ressources naturelles par l’entremise de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le chef de la CAQ François Legault rappelait mercredi sur Twitter sa position sur le développement du pétrole au Québec : « En prenant une participation de [49,9 %] dans les grands projets pétroliers, le gouvernement pourrait mieux contrôler les impacts environnementaux. »

mine Minto YukonIl est clair que les Québécois ont l’impression de ne pas bénéficier suffisamment des ressources exploitées sur leur territoire. C’est pour cette raison que le gouvernement promet de revoir la Loi sur les mines et le régime des redevances. Un forum est prévu le 15 mars prochain d’ailleurs. De plus, il faut s’attendre à une politique éventuelle sur l’exploitation du pétrole.

Cela dit, si les retombées positives de l’exploitation des ressources sur l’ensemble du Québec ne sont pas aussi élevées que souhaité, les contribuables ne subissent pas non plus avec ampleur les pertes engendrées par les revirements de l’économie. Il y a fort à parier que la Caisse de dépôt et placement du Québec aurait perdu encore plus que les 40 milliards de dollars annoncés en 2008 si elle avait été propriétaire minoritaire d’entreprises minières du Québec.

Plusieurs évènements récents devraient attirer notre attention sur les risques associés au secteur des ressources naturelles. Le ralentissement de l’économie mondiale et la baisse des prix de certains métaux poussent en ce moment des entreprises à suspendre des activités.

Cliffs Natural Resources annonçait l’automne dernier le report de l’expansion de sa mine du lac Bloom en raison de la forte volatilité des prix du minerai de fer. La phase II du projet est suspendue jusqu’en 2014 et 400 travailleurs temporaires sont touchés par cette décision.

Rio Tinto annonçait lundi l’abandon  de son projet d’usine de pigment de titane à Bécancour dans le Centre-du-Québec. L’entreprise avait entrepris une étude de faisabilité, mais a finalement conclu que ce projet de près de 4 milliards de dollars et de 400 emplois ne serait pas rentable en raison de la chute des prix du titane.

Travaux de la minière Rio Tinto IOC, à Labrador City

Rio Tinto a aussi décidé de suspendre son projet d’expansion à Labrador City. Rio Tinto est l’actionnaire majoritaire d’IOC, Iron Ore Canada, l’exploitant de la mine de Labrador City. C’est 300 travailleurs qui doivent donc rentrer chez eux. Les deux sous-traitants qui les emploient doivent soumettre un plan de réduction de coûts.

Et puis, voilà que le CN remet en question son projet de chemin fer dans le nord du Québec, projet de plusieurs centaines de kilomètres.

Ce que nous disent ces nouvelles, c’est que ce marché est instable. Il fluctue beaucoup. C’est vrai aussi pour le pétrole, en passant. Au Canada, en ce moment, parce que les pétrolières albertaines sont captives du marché américain, le prix de vente du pétrole canadien est tombé sous les 60 $ le baril comparativement à 90 $ aux États-Unis et à plus de 115 $ dans le monde. Qu’en serait-il du pétrole québécois?

Alors, posons-nous la question : si on souhaitait aller au-delà des impôts et des redevances et prendre des prises de participation dans les entreprises qui exploitent les ressources du Québec, serions-nous prêts aussi à encaisser des pertes importantes quand le marché ralentit?

Boom minier au Québec : du calme!

Jeudi 29 novembre 2012 à 17 h 26 | | Pour me joindre

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Quand on parle des mines du Québec ou encore du potentiel pétrolier, il y en a qui s’emballe et qui sorte les gros chiffres qui viendront régler tous les problèmes financiers du gouvernement. Mais, en y regardant de plus près, est-ce qu’un Klondike nous attend vraiment?

Selon Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et expert dans les questions de ressources, « les ressources minières du Québec ne sont ni plus ni moins intéressantes que celles du reste du pays. » C’est ce qu’il affirme dans son plus récent livre, Le défi des ressources minières publié aux Éditions MultiMondes.

Malgré les annonces spectaculaires effectuées par l’ex-premier ministre du Québec Jean Charest, les attentes sont trop élevées selon lui. « L’impact du Plan Nord mis de l’avant par le gouvernement Charest semble mineur », écrit-il. Pour quatre raisons.

  1. Les projets miniers du Québec « visent un minimum de transformation locale. Le minerai quittera le Québec sous sa forme la plus brute possible, faute d’une volonté politique ». À ce propos, on peut se demander ce qu’il en sera au projet de mine de fer Sunny Lake de Century Iron Mines au nord-ouest de Schefferville tandis qu’un producteur chinois (Wisco International) vient d’acheter 60 % des actions du projet?
  2. « De 2000 à 2008, 14 entreprises minières n’avaient versé aucune redevance malgré une production annuelle qui atteignait 4,2 milliards de dollars collectivement. Quant aux autres entreprises minières, elles n’avaient dû payer, ensemble, qu’un peu plus de 30 millions par année, soit seulement 1,5 % de la valeur brute de leur production. » Avec le nouveau régime mis en place par les libéraux, le professeur Mousseau évalue que les minières auraient payé en 2010-2011, « l’équivalent de 4,5 % de la valeur du minerai ». Il dénonce dans son livre le manque d’informations sur chacune des mines.
  3. Et « la restauration des dégâts causés par l’industrie minière coûtera cinq fois le montant des redevances collectées de 2000 à 2008, ou quatre fois celui obtenu en 2010-2011, sous le nouveau régime ».
  4. C’est « en grande partie l’argent public et non l’industrie minière directement qui fournira la majorité des emplois [par l'entremise d'Hydro-Québec notamment] et des retombées annoncés dans un rapport préparé bénévolement par SECOR, une firme de consultant ».

On peut se demander si la conjoncture économique ne viendra pas contrecarrer les plans du gouvernement pour les mines et les ressources. C’est difficile à dire. Des suspensions de travaux ou des reports d’investissements, ainsi que des problèmes de financement de plus en plus apparents, peuvent se produire et avoir un impact pour un certain temps. Mais c’est une donne à considérer puisque les découvertes évoluent. L’arrêt d’un projet peut signifier sa fin aussi.

Le gouvernement Marois corrigera-t-il le tir à propos de la transformation locale? Ira-t-il de l’avant avec une redevance sur la valeur brute de 5 % et sur les « surprofits » dépassant un certain niveau, tel que promis en campagne électorale? Et qu’en sera-t-il du niveau de responsabilité des minières à propos des sites contaminés et dont la production a cessé?

À quand le régime minier et la nouvelle loi sur les mines? Si on y croit vraiment, il faut un plan de match clair, pour les minières, les travailleurs et l’ensemble des contribuables québécois.

En plus de la croissance économique qui n’est pas au rendez-vous au Québec, et qui obligera le prochain gouvernement à refaire ses calculs de revenus, il faudra aussi que les partis qui s’opposent en vue du scrutin du 4 septembre au Québec prennent en compte la chute des prix des minéraux sur les marchés mondiaux.

Les principaux partis ont des projets d’exploration et d’extraction de minerais et de ressources. Leur projet à chacun diffère sur le niveau de redevances et d’implication de la Caisse de dépôt et placement. Mais tous considèrent que ce développement sera porteur de richesse pour le Québec. Or, les signaux actuels qui proviennent du marché ne sont pas très convaincants.

Martin Ferguson, le ministre des Ressources en Australie, un pays qui explore et exploite abondamment ses matières premières, affirmait à la fin de la semaine dernière que le boom minier était terminé, une déclaration que n’a pas endossée le ministre des Finances du pays, qui croit, lui, que les investissements dans le secteur minier vont se poursuivre. On verra qui aura raison.

Entre-temps, le ralentissement dans le secteur est notable. Qu’est-ce qui l’explique? D’abord, il y a une récession qui se propage en Europe. Mais il y a surtout la croissance en Chine qui est de moins en moins forte, avec un ralentissement continu dans le secteur manufacturier et une diminution de ses importations. Le prix du fer, le minerai le plus exploité au Québec, a chuté de 23 % depuis son sommet pour tomber à son plus bas niveau en trois ans.

Les 10 principaux minerais qui sont extraits au Québec sont : le fer, le zinc, le nickel, l’or, le cuivre, le niobium, le plomb, le cobalt, le cadmium et l’argent.

Voici l’évolution des prix pour quelques-uns de ces minerais depuis les derniers sommets des 52 dernières semaines :

  • Fer : -23 %
  • Zinc : -19 %
  • Nickel : -25 %
  • Or : -11 %
  • Cuivre : -17 %
  • Argent : -28 %

Ce sont des données bien réelles qui doivent nous rappeler combien le monde des matières premières est volatile et incertain. Les partis politiques doivent en tenir compte pour éviter de nous faire croire à des mirages…

Après la Coalition avenir Québec, Option nationale et Québec solidaire, ce quatrième blogue de la semaine sur les propositions économiques des partis portera sur le Parti québécois. Je vous signale que Nicolas Marceau, candidat du PQ dans Rousseau, sera notre invité à RDI Économie jeudi soir à 18 h 30 (HAE).

Nos entrevues réalisées dans le cadre de cette série sont disponibles sur ici.radio-canada.ca/elections-economie.

Pauline Marois en compagnie des candidats péquistes Jean Poirier, Thierry St-Cyr et Daniel Breton

Voici donc les principales mesures économiques de la plateforme du Parti québécois :

  • équilibre budgétaire en 2013-2014;
  • établir une redevance de 5 % sur la valeur brute de production de minerais;
  • taxer à 30 % le « surprofit » des minières, le profit qui se trouve « au-delà de ce qui est la norme »;
  • redevances sur les hydrocarbures de plus de 50 % sur le profit avant impôt;
  • redevances sur le « captage de l’eau pour des fins d’embouteillage et de procédés industriels »;
  • « exiger des entreprises en mesure de le faire qu’elles réalisent de la deuxième et troisième transformation »;
  • mettre en place une charte du bois avec une cible de 5 % dans la construction privée non résidentielle et de 30 % dans les constructions publiques;
  • doubler la valeur de la production forestière;
  • politique d’indépendance énergétique afin de réduire les importations de pétrole et de miser sur les filières d’énergies renouvelables;
  • moratoire sur le gaz de schiste;
  • « déclassement de la centrale nucléaire Gentilly-2 » accompagné d’un fonds de diversification économique de 200 millions de dollars pour le Centre-du-Québec et la Mauricie;
  • contrôle de l’État, des coopératives et des communautés locales sur les projets éoliens;
  • « créer un fonds de développement des technologies nécessaires à l’électrification de nos flottes publiques et commerciales des véhicules de même que des lignes ferroviaires »;
  • prolonger le train de l’Est jusqu’à Mascouche d’ici la fin 2014;
  • prolonger le métro (la ligne bleue) jusqu’à Anjou d’ici 2020;
  • créer 300 kilomètres de voies réservées pour le transport collectif à Montréal d’ici 2020;
  • création de la Banque de développement du Québec, guichet unique pour les entreprises qui veulent avoir accès aux programmes gouvernementaux;
  • revoir la fiscalité des entreprises pour stimuler l’investissement privé;
  • réorienter 10 milliards d’actifs de la Caisse de dépôt vers le développement économique du Québec;
  • politique de souveraineté alimentaire : « faire passer de 33 % à 50 % la consommation de produits québécois de qualité et à prix compétitif »;
  • Internet à haute vitesse partout au Québec;
  • « affecter immédiatement toutes les sommes du fonds des générations au paiement de la dette »;
  • abolir la hausse des droits de scolarité prévue au cours des sept prochaines années et tenir un sommet sur l’enseignement supérieur;
  • stratégie pour aider les jeunes décrocheurs, pour aider les élèves qui ont de besoins particuliers et pour réduire l’analphabétisme;
  • réduire le financement des écoles privées;
  • abolir la contribution santé;
  • faire passer de 24 % à 28 % le taux d’impôt sur les revenus de 130 000 à 250 000 $;
  • faire passer de 24 % à 31 % le taux d’impôt sur les revenus dépassant les 250 000 $;
  • crédit d’impôt de 500 $ pour « les familles qui inscrivent leurs enfants à l’enseignement ou à l’apprentissage des arts »;
  • « simplifier l’aide publique aux actions culturelles » et octroyer à Télé-Québec « les ressources nécessaires » à sa mission;
  • politique de soins à domicile et assurance autonomie pour améliorer les soins aux aînés;
  • « réclamer le rapatriement de l’assurance-emploi », compétence fédérale;
  • adopter une loi pour protéger les régimes de retraite des travailleurs en cas de faillite, vente ou restructuration d’une entreprise;
  • élargir le mandat du vérificateur général du Québec aux sociétés d’État;
  • limiter les dons à un parti politique à 100 $ par électeur, par année, sans crédit d’impôt.

Voilà. Ce sont les principales propositions du Parti québécois sous le chapeau de l’économie. Vos commentaires?

Dans le cadre de la campagne électorale, je poursuis la présentation des principales mesures des plateformes économiques des cinq partis représentés à l’Assemblée nationale.

Lundi, on a jeté un œil sur les propositions de la CAQ. Une entrevue a été réalisée à RDI Économie avec Christian Dubé, candidat dans Lévis pour la Coalition avenir Québec. Vous pouvez voir ou revoir l’entrevue sur ici.radio-canada.ca/elections-economie.

Un jeune parti, Option nationale, et son chef, Jean-martin Aussant.

Mardi, nous recevons le chef d’Option nationale, candidat dans Nicolet-Bécancour, Jean-Martin Aussant à RDI Économie à 18 h 30 (HAE). Voici les principales propositions fiscales, financières et économiques d’Option nationale :

  • Nationalisation des ressources naturelles : direction par une société d’État, majorité des profits « à la population du Québec »;
  • Nationalisation de la filière éolienne; fin de l’énergie nucléaire;
  • Création d’un fonds souverain pour « compenser à long terme la disparition des ressources non renouvelables»;
  • Moratoire sur le gaz et le pétrole de schiste; possible exploitation après études;
  • Charte du bois pour en favoriser l’utilisation;
  • Création de Pharma Québec, société d’État qui gérerait les produits pharmaceutiques au Québec;
  • Accélération de la reconnaissance des professionnels de la santé issus de l’immigration, élargissement du rôle des infirmiers et infirmières, des pharmaciens et pharmaciennes;
  • Plan de souveraineté alimentaire, fonds de pension pour les travailleurs de l’agroalimentaire;
  • Projet de monorail électrique suspendu;
  • Création d’une Banque du Québec qui regrouperait Investissement Québec, les CLD, les SADC et d’autres organismes;
  • La Caisse de dépôt devrait soutenir davantage l’économie du Québec;
  • Internet haute vitesse partout au Québec;
  • Création des « conseils régionaux » qui regrouperaient les agences de santé, les commissions scolaires et les conférences régionales des élus; les dirigeants seraient élus au suffrage universel;
  • Fonds d’indemnisation pour aider les victimes de crimes économiques, financé par l’industrie financière et les épargnants;
  • Les fonds de pension des travailleurs auraient la priorité en cas de liquidation d’actifs d’une entreprise;
  • Gratuité scolaire « de la maternelle au doctorat »
  • Révision du financement des réseaux d’éducation francophone et anglophone et mise en place d’un réseau « universel, public et laïc »;
  • Instruction obligatoire jusqu’à 18 ans;
  • Système de formation et de perfectionnement pour les travailleurs qui perdent leur emploi;
  • « Mesures fiscales incitatives visant à développer l’offre culturelle québécoise par l’acquisition d’œuvres, par l’aide à la production et à la diffusion d’événements ainsi que par l’aide à l’exportation de produits culturels québécois »;
  • Financement public des partis;
  • Nominations des PDG d’Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt devront être entérinées par l’Assemblée nationale.

Alors, que pensez-vous des propositions d’Option nationale?

Difficile de trouver un événement qui symbolise autant le capitalisme que la Conférence de Montréal qui se déroule dans le cadre du Forum économique international des Amériques. C’est un événement annuel qui rassemble à Montréal de grandes pointures mondiales pour discuter des grands enjeux et des grands défis économiques de la planète.
 
18e Forum économique international des AmériquesLes plus grandes entreprises du pays sont les commanditaires de cet événement, de Power Corporation à Rio Tinto Alcan, en passant par les banques, les grands investisseurs comme la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi qu’Investissement Québec, en collaboration avec McGill, HEC et l’UdeM, appuyé par les premiers ministres Jean Charest et Stephen Harper, d’ailleurs présents à l’événement.
 
Des gouverneurs de banques centrales sont présents, ceux du Canada, du Mexique, de France, du Portugal. Les dirigeants des grandes organisations internationales sont sur place : OCDE, OIF, OEA, BAD, OMC, AIE, etc.
 
On y parle de quoi? D’économie, de gouvernance, de démographie, de ressources, d’éducation, d’alimentation, de libre-échange, de santé, d’innovation, d’environnement, de développement durable, les grands thèmes y sont tous. J’y suis allé faire un tour lundi matin : tout le monde parle de l’Espagne et de la situation dans la zone euro.
 
Ces enjeux doivent aussi nous mener à la question du partage de la richesse. Les grands créateurs de richesse sont réunis pour parler de développement et de relance. Mais parlent-ils aussi de partage de richesse pour ces populations qui ne trouvent plus de travail dans plusieurs pays d’Europe? Pour les Africains, qui attendent toujours les prétendues répercussions positives de la mondialisation et de l’ouverture des marchés? Pour ces millions d’Américains qui subissent et subiront encore longtemps les contrecoups de la crise qui s’est amorcée en 2008?
 
Faut-il le rappeler : le chômage mondial augmente, la faim augmente aussi. En fait, les défis fondamentaux n’ont pas changé :
 
- comment faire en sorte que tous aient une chance d’accéder à une vie décente?
- comment permettre aux citoyens de profiter des richesses de leur pays?
- comment produire et développer sans entamer davantage notre capital environnemental?
- comment assurer une équité entre les humains et entre les générations?
 
Il est très bien de discuter de la gouvernance des institutions, de commerce international et d’innovation. Mais comment marier les défis écologiques et démographiques dans un monde qui ne mise que sur la croissance du PIB?

Le Québec, sans péréquation?

Mercredi 30 mai 2012 à 10 h 55 | | Pour me joindre

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Dans un livre publié récemment, Stéphane Gobeil, ex-bras droit de Gilles Duceppe et actuel conseiller de Pauline Marois, tente de démontrer qu’un Québec souverain serait en meilleure posture financière que le Québec actuel à l’intérieur du Canada. Un gouvernement de trop dissèque, ministère par ministère, les dépenses que le Québec pourrait épargner en devenant indépendant, en réduisant ainsi la bureaucratie, les doublons et en cessant de contribuer à des programmes dont il ne bénéficie pas.

Selon l’auteur, même en perdant les 7 milliards de dollars de revenus de péréquation versés chaque année, un Québec souverain pourrait générer environ 2 milliards de recettes supplémentaires.

Cliffs ressources naturellesL’Institut économique de Montréal propose une autre voie que celle de la souveraineté pour arriver à se libérer de la péréquation. Le principal bénéficiaire de la péréquation au pays, c’est le Québec en terme absolu. Par habitant toutefois, le Québec est 5e sur 6 provinces qui reçoivent de la péréquation. Pour ne plus avoir besoin de ces revenus, le Québec doit miser sur ses ressources selon l’IEDM.

L’économiste Youri Chassin rappelle que la péréquation est un programme financé par le gouvernement fédéral, qui s’appuie sur la capacité fiscale de chacune des provinces. Une analyse de cinq assiettes fiscales est faite. « Ces 5 catégories, écrit-il, sont les impôts sur le revenu des particuliers, les impôts sur le revenu des sociétés, les taxes à la consommation, les impôts fonciers et les recettes provenant des ressources naturelles. »

Même si les impôts sont plus élevés au Québec, la capacité fiscale n’est pas considérée comme étant plus élevée qu’ailleurs. En effet, un point d’impôt en Alberta rapporte plus par habitant qu’un point d’impôt au Québec, étant donné les revenus plus élevés dans la province de l’ouest. Mais dans le cas des ressources, « la capacité fiscale est mesurée par les recettes effectivement perçues par l’État. Il n’y a pas d’assiette fiscale indépendante du taux. »

Ainsi, si le Québec misait sur ses ressources, l’IEDM juge que la province pourrait ne plus avoir besoin de recevoir des paiements de péréquation, ou à tout le moins les diminuer. Les réserves de pétrole de la Gaspésie, de l’île d’Anticosti et du gisement Old Harry dans le golfe Saint-Laurent sont évaluées à 46 milliards de barils, bien que ce ne soit pas entièrement prouvé. Les revenus de l’exploitation minière augmentent. D’autres pourraient s’ajouter si le Québec va de l’avant avec l’exploitation du gaz de schiste. Et c’est sans compter sur les milliards de redevances annuelles d’Hydro-Québec.

Pour encourager le Québec à miser sur ses ressources, l’IEDM propose un congé fiscal sur les nouveaux projets d’exploitation de ressources naturelles. En fait, on ne comptabiliserait pas les revenus de ces nouveaux projets dans la capacité fiscale de la province pour éviter que ne s’appliquent les modalités de la péréquation.

Depuis 2007, les revenus des ressources naturelles vont à 50 % au provincial, à 50 % au fédéral. Avec le congé fiscal proposé, 100 % des revenus iraient à la province pendant quelques années pour l’encourager à accélérer le développement des ressources et à réduire éventuellement sa dépendance à la péréquation.

L’étude est ici pour plus de détails : http://www.iedm.org/files/note0712_fr.pdf

Compte tenu de la tendance des conservateurs à réduire l’intervention gouvernementale dans plusieurs programmes (transferts en santé et assurance-emploi notamment), il y a fort à parier qu’une telle proposition trouverait une oreille attentive ces jours-ci à Ottawa.