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Repousser la rente à 67 ans?

Lundi 15 juin 2015 à 15 h 08 | | Pour me joindre

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La commission politique du PLQ a présenté plusieurs résolutions en fin de semaine au congrès du parti. L’une d’entre elles a provoqué de vives discussions. Voici la résolution :

« Que le gouvernement du Québec soutienne les aînés qui désirent demeurer actifs et qu’il s’assure d’une retraite équitable pour toutes les générations en :

2.5.1  Adaptant les régimes de retraite du gouvernement (RRQ et RREGOP) à travers :

a. Une augmentation graduelle de l’âge de la retraite pour les rentes de la Régie des rentes du Québec (RRQ), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

b. Une augmentation graduelle, dans le cadre des négociations de conventions collectives, de l’âge de la retraite des employés de l’État (RREGOP), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

c. La mise en place, à la suite de l’augmentation graduelle de l’âge de la retraite, de mécanismes d’ajustements périodiques de l’âge de la retraite en fonction de l’évolution dans le temps de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés. »

Alors…

1- Quand on dit la retraite à 67 ans, que veut-on dire exactement?

Il y a trois étages dans l’édifice de la retraite au Canada : la sécurité de la vieillesse payée à partir des impôts de tous les Canadiens, versée à tous les Canadiens à partir de 65 ans. Ensuite, deuxième étage, il y a les rentes qui sont versées à partir des cotisations des travailleurs et des employeurs en fonction du nombre d’années travaillées. Au Québec, c’est la Régie des rentes du Québec qui est responsable de l’administration des rentes. Puis, dernier étage, ce sont les épargnes additionnelles que nous accumulons pour la retraite dans un REER et/ou dans un régime de retraite complémentaire.

Aujourd’hui, ce que les membres du PLQ ont exploré, c’est la possibilité de faire passer la pleine rente de la RRQ, de 65 à 67 ans. Il est possible, en ce moment, de toucher sa rente dès l’âge de 60 ans, mais avec une pénalité. Si vous attendez après 65 ans, on bonifie votre rente.

2- La situation est-elle aussi périlleuse qu’on le laisse croire? 

Réponse courte : non. La Régie des rentes est en mesure de respecter tous ses engagements à long terme pour trois grandes raisons :

  • les rendements sont supérieurs aux attentes, alors que les prévisions de la RRQ s’appuient sur un taux de rendement moyen sur 50 ans de 4,1 %, tandis que le taux historique est de 8,7 %;
  • la population ne décroît pas, contrairement à ce qu’on prévoyait il y a 12 ans;
  • et les cotisations des travailleurs et des employeurs augmentent : elles atteindront 10,8 % en 2017.

L’équilibre demeure tout de même fragile. Les pressions financières demeurent importantes, alors que les prestations versées aux bénéficiaires seront supérieures aux cotisations annuelles à partir de 2019. Toutefois, le rendement du marché permettra de maintenir l’équilibre (tableau 1). De plus, le nombre de citoyens de 20 à 64 ans pour chaque citoyen de 65 ans et plus va passer de 3,7 en 2013 à 2,1 en 2031 (tableau 2). Tout de même, le nombre de citoyens au Québec va continuer de grandir. On prévoyait, en 2003, une baisse de la population à l’horizon 2051. On a révisé à la hausse dans les deux dernières études de l’ISQ (tableau 3).

TABLEAU 1

TABLEAU 2

TABLEAU 3

population2051

3- Cela dit, augmenter l’âge de la retraite est une tendance.

Oui.

TABLEAU 4

4- Mais le problème fondamental de la retraite demeure le même!

La moitié des gens ne sont pas préparés à la retraite. Les rentes et la sécurité de la vieillesse ne sont pas suffisantes pour offrir une retraite décente. Il faut d’autres revenus. Sur ce point, à part encourager les gens à travailler et à épargner par eux-mêmes, les élus ont fait bien peu.

À quel âge retirer ses rentes?

Lundi 8 septembre 2014 à 15 h 34 | | Pour me joindre

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La question revient souvent : à quel âge devriez-vous retirer vos premières rentes? En ce moment, il est possible de commencer à recevoir ses rentes à partir de 60 ans. Mais, dans l’objectif de vous faire travailler un peu plus longtemps, le gouvernement du Québec a décidé de réduire les versements si vous décidez de toucher votre rente avant l’âge de 65 ans. À partir de 65 ans, la rente est complète. Et si vous attendez après 65 ans, elle est bonifiée.

En 2016, c’est 7,2 % par année qui seront retranchés de votre rente si vous la prenez avant 65 ans. Ainsi, une rente de 1000 $ à 65 ans, que vous décidez de toucher à 60 ans, sera de 640 $ (réduction de 36 %, c’est-à-dire 5 ans multipliés par 7,2 %). En retour, depuis le 1er janvier 2013, votre rente est bonifiée de 8,4 % par année si vous attendez après 65 ans. Ainsi, si vous touchez votre rente à partir de 70 ans, on ajoute 42 %, soit 420 $.

La question maintenant, c’est de savoir si ça vaut la peine d’attendre quelques années avant de toucher votre rente. Et combien de temps faudra-t-il pour compenser les sommes non touchées pendant 8 ans, par exemple, si vous décidez d’attendre à 68 ans pour demander vos rentes?

Les experts consultés arrivent tous à la même conclusion : si vous êtes en bonne santé et que votre espérance de vie correspond à la moyenne, attendez. Si votre santé est fragile, si vous avez très peu de revenus, vous avez sans doute raison de vouloir toucher votre rente de la RRQ ou du RPC avant 65 ans.

En 2014, une personne qui arrive à l’âge de 60 ans a une espérance de vie de 84 ans pour les hommes et de 89 pour les femmes.

Selon le conseiller en placements et en sécurité financière Éric Brassard, dans un texte publié en juin 2011, l’âge optimal pour demander la rente se situe entre 63 et 65 ans pour les hommes et entre 64 et 66 ans pour les femmes.

De l’avis du planificateur financier Sébastien Trudel, ça vaut peut-être la peine d’attendre encore un peu plus et de « se faire payer pour attendre ». Autrement dit, en touchant votre rente après 65 ans, vous sortirez gagnant en touchant la bonification de la rente. Il propose d’attendre à 68 et même à 70 ans dans certains cas pour demander sa rente.

Plus votre rendement de REER est élevé, moins vous avez besoin d’une rente bonifiée. Ainsi, Sébastien Trudel est d’avis qu’il faut attendre le plus longtemps possible si vous avez un portefeuille conservateur à faible rendement (68-70 ans) ou un portefeuille équilibré (67-69 ans). Si vous avez un portefeuille axé sur la croissance, plus risqué, vous n’avez pas à attendre une bonification de la RRQ. Ainsi, le planificateur estime que vous pouvez commencer à toucher votre rente à 63 ans si vous êtes un homme, et à 65 ans si vous êtes une femme.

Il n’y a pas de recette toute prête et très simple. Chaque cas est différent. Quels sont vos revenus, vos actifs, vos passifs, qui dépend de vous? Quels sont vos choix, votre état de santé, votre espérance de vie, etc.?

Attendre pour retirer ses rentes n’est pas un choix qui est fait pour tout le monde. Mais si vous avez la possibilité d’attendre, vous serez récompensé, disent les experts.

RRQ : une rentabilité fragile

Jeudi 5 décembre 2013 à 14 h 41 | | Pour me joindre

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La réserve du Régime des rentes du Québec était de 39,5 milliards de dollars le 31 décembre dernier. C’est 3,3 fois les sorties de fonds pour 2013. La réserve est suffisante pour respecter les obligations du régime à long terme et la hausse prévue des cotisations permettra de traverser la tempête du baby-boom, c’est-à-dire le passage massif à la retraite des personnes nées quelque part entre 1947 et 1965.

C’est la conclusion principale du rapport sur l’évaluation actuarielle publiée par la RRQ aujourd’hui. C’est ici.

La valeur de la réserve par rapport aux sorties de fonds sur une année

2013 : 3,3 fois
2020 : 3,6 fois
2062 : 2,2 fois 

Cela dit, la RRQ prévoit qu’à partir de 2019, les cotisations ne vont plus couvrir les prestations. Ce sont les revenus de placements qui permettront de maintenir le régime rentable. Dans les circonstances, l’évaluation actuarielle permet de conclure qu’il n’y a pas d’actions à prendre à court terme. Le taux de cotisation devrait passer de 9,9 % aujourd’hui à 12,2 % en 2032.

Le taux d’équilibre, établi à 10,81 % dans la dernière évaluation actuarielle au 31 décembre 2009, est maintenant de 11,02 % au 31 décembre 2012. Les prévisions de la RRQ s’appuient sur un taux de rendement moyen sur 50 ans de 4,1 %.

Une fois ce constat établi, le problème général de l’épargne à la retraite demeure entier. Les sommes générées par la RRQ et la pension de vieillesse ne sont pas suffisantes pour permettre aux personnes de bien vivre. Plusieurs d’entre elles doivent demander le supplément de revenu garanti, ce qui, encore, n’est pas assez dans plusieurs cas.

Nous avons de bons outils pour bien vivre après la retraite. Malgré cela, plus de la moitié de la population n’est pas préparée à cette période importante de la vie, le dernier virage qui dure de plus en plus longtemps.

La RRQ affirme, dans son rapport, que le nombre de bénéficiaires va augmenter de 60 % d’ici 2030 avec le passage à la retraite des générations baby-boom et avec le nombre plus important de femmes qui sont admissibles à une rente.

En 2013, il y a 2,6 cotisants pour chaque bénéficiaire. Dès 2021, il y aura moins de 2 cotisants pour chaque bénéficiaire. C’est important. Et dès 2048, écrit la RRQ, le nombre de rentes de conjoint survivant va croître de 40 % en raison de la hausse importante du nombre de décès.

Nombre de citoyens de 20 à 64 ans par rapport au nombre de citoyens de 65 ans et plus

2013 : 3,7
2020 : 3,0
2032 : 2,1

Si la RRQ se dit rentable, le système, lui, ne l’est pas. Les régimes de retraite sont déficitaires. Une minorité de personnes a accès à de bons régimes, largement financés par les employeurs et l’ensemble des citoyens. Une majorité n’a rien ou que très peu.

Que faire alors?

  • Cotiser encore plus à la RRQ pour améliorer les rentes publiques?
  • Imposer un REER obligatoire à l’ensemble de la population pour leur assurer un revenu plus important à la retraite?
  • Favoriser la création de régimes de retraite dans les entreprises privées avec des initiatives comme le RVER (Régime volontaire d’épargne-retraite), qui s’implante en ce moment?
  • Ou simplement encourager l’épargne personnelle et laisser les citoyens construire leur propre retraite?

Régis Labeaume : la bonne approche?

Lundi 4 novembre 2013 à 12 h 03 | | Pour me joindre

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Le maire réélu de Québec, Régis Labeaume, a raison de s’inquiéter de l’état de santé des régimes de retraite au sein de l’administration municipale de sa ville. A-t-il raison de crier au loup pour l’ensemble du Québec? Peut-être. Peut-être pas non plus. Les principales causes des déficits actuariels actuels sont le manque de prudence dans les gestions des surplus aux régimes de retraite dans le passé et la crise financière de 2008-2009.

Régis Labeaume est réélu à la tête de la ville de Québec
Régis Labeaume

Si le constat de Régis Labeaume est factuel, sa manière de faire suscite des grincements de dents. Il est engagé dans une confrontation avec les syndicats de la ville, ce qui rendra difficile toute négociation. À Montréal, on a su négocier avec les cols bleus. Une entente a été conclue entre le syndicat représentant ces travailleurs et la ville, une négociation qui doit servir de modèle pour l’ensemble des municipalités, selon le rapport D’Amours. Parmi les mesures adoptées dans le cas des cols bleus, la contribution des employés au régime de retraite est passée de 40 à 45 % et celle de l’employeur, de 60 à 55 %.

Il n’est pas rare de voir des ratios 80-20, 75-25, 60-40 également dans les cotisations aux régimes de retraite. Autrement dit, et c’est souvent le cas pour les emplois plus difficiles ou risqués, comme les pompiers et les policiers, l’employeur paie 75 ou 80 % de la cotisation et l’employé, 20 ou 25 %.

Saguenay a aussi négocié une nouvelle entente avec ses cols bleus.

Cela dit, chaque situation est différente. Il n’y a pas de solutions toutes mâchées d’avance qui pourraient s’appliquer à l’ensemble des municipalités aux prises avec des régimes de retraite déficitaires. Il faut aussi tenir compte des prévisions du marché. D’ici cinq ans, les taux d’intérêt sur les obligations auront, en principe, repris de la vigueur, un rétablissement qui viendra renflouer les régimes de retraite et peut-être effacer complètement les déficits. En principe…

Mais on ne peut pas attendre les marchés. Il est normal de vouloir agir. Trop de facteurs pèsent sur les régimes de retraite des employés municipaux. Selon AON Hewitt, firme de consultants qui rassemble des données sur les régimes de retraite au Québec, la capitalisation des régimes de retraite s’est détériorée au cours des dernières années.

Voici les taux de capitalisation pour le régime de retraite médian (sur 100 régimes, ce serait le 50e) :

  • Au 31 décembre 2009 : 90 %
  • Au 31 décembre 2010 : 86 %
  • Au 31 décembre 2012 : 84 %

Autrement dit, pour chaque 100 $ de prestations à verser à l’avenir, le régime de retraite médian à 84 $ dans ses coffres. Cela dit, AON Hewitt affirme que le bilan des marchés pour les neuf premiers mois de 2013 laisse croire que le taux de capitalisation se sera possiblement amélioré au 31 décembre 2013.

Alors, j’ai trois questions pour vous :

  1. Faut-il revoir, sans hésiter, comme le souhaite Régis Labeaume, l’ensemble des régimes de retraite des employés municipaux concernés au Québec?
  2. Faut-il négocier avec les syndicats pour trouver un nouvel équilibre 50/50 comme le propose la CAQ?
  3. Faut-il opter pour le statu quo et faire confiance à une remontée des marchés financiers?

Liberté 75!

Jeudi 18 avril 2013 à 10 h 52 | | Pour me joindre

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On savait que le concept de la retraite à 55 ans, « Liberté 55 », était chose du passé ou en tout cas en voie de disparition. Le comité D’Amours, chargé de repenser les régimes d’employeurs au Québec, nous envoie un message clair : si vous prenez votre retraite avant 75 ans, ne comptez pas trop sur l’État pour vous aider à bien vivre. Il vous faut d’autres revenus ou il vous faut travailler!

Rapport D'Amours sur le système de retraite québécois La « rente longévité » que propose le comité D’Amours est, en quelque sorte, une demi-bonification du Régime de rentes actuel. C’est comme un RRQ boni pour les 75 ans et plus. Vous avez droit de toucher des rentes de la RRQ dès l’âge de 60 ans, mais le comité D’Amours est d’avis qu’une rente supplémentaire devrait être offerte aux Québécois à partir de l’âge de 75 ans.

On peut dire que c’est un peu d’air pour tous les travailleurs du Québec, qui n’auront plus à planifier 20 ou 30 ans de retraite, mais 10 ou 15 ans seulement. Est-ce qu’on aurait dû aller plus loin et offrir la « rente longévité » dès 65 ou 67 ans? Peut-être que le pont entre le travail et les rentes publiques aurait été plus court, mais ça reviendrait pas mal plus cher à l’ensemble de la collectivité.

La « rente longévité » coûterait 4 milliards de dollars par année aux Québécois, mais la moitié de l’argent viendra déjà de l’épargne actuelle de 2 millions de participants à des régimes collectifs. Ce qu’on va faire, c’est qu’on va réallouer l’argent : moins de revenus de régimes de retraite d’employeur à 75 ans pour faire place à la « rente longévité ». Tout de même, dans un contexte où les charges fiscales sont élevées, peut-on en demander vraiment plus aux Québécois?

En bonifiant la RRQ d’une « rente longévité » à 75 ans, le message est double. D’abord, on n’encourage personne à prendre sa retraite trop tôt. Avec l’espérance de vie qui grandit, avec le vieillissement de la population et les pressions qui sont très lourdes sur les régimes de retraite, le comité D’Amours fait une proposition qui encourage à demeurer au travail plus longtemps. Et, deuxième message, on réduit les risques de pauvreté prolongée à la retraite, ce qui est le cas en ce moment pour la moitié des aînés au Québec.

Pour arriver à une solution comme celle-là, il faut que tout le monde contribue : les travailleurs et les employeurs. La « rente longévité » se bâtirait à partir d’une cotisation de 1,65 % du salaire des travailleurs et de 1,65 % qui proviendrait de l’employeur.

Un exemple clair, en terminant :

  • Votre salaire annuel : 50 000 $
  • Retraite : 65 ans
  • RRQ : 12 500 $ (soit 25 % de votre salaire)
  • Pension : 5000 $ (ce qui vous amène à une couverture de 35 % de votre salaire)
  • Épargne nécessaire pour couvrir 60 % de votre salaire : 12 500 $ par année

La « rente longévité » vous donne 0,5 % de votre salaire multiplié par le nombre d’années de cotisations. Donc, une année de cotisation pour un travailleur qui avait un revenu annuel de 50 000 $ donne droit à 250 $. Si vous avez travaillé 35 ans et que vous avez donc cotisé pendant 35 ans à cette rente, on fait le calcul suivant : 250 $ x 35 = 8750 $. Ainsi, la « rente longévité » couvre une partie de l’épargne nécessaire. Ces explications ne tiennent pas compte de l’indexation et de l’actualisation.

Regardez les entrevues avec Michel Arsenault de la FTQ et Éric Forest de l’UMQ.

Bien. La suite ce soir à RDI économie avec Luc Godbout.

Quel avenir pour nos retraites?  Consultez notre dossier.

Québec solidaire propose de réduire l’avantage fiscal du REER pour améliorer la couverture publique de la retraite et donc bonifier sensiblement la RRQ, la Régie des rentes du Québec. C’est une position qui se défend, mais on peut se demander si le parti tire sur la bonne ficelle.

De plus en plus de Canadiens éprouvent de la difficulté à équilibrer les priorités financières D’abord, précisons que le REER n’est pas fait pour tout le monde. Si vous gagnez peu, vous économisez peu ou vous prévoyez vivre avec un faible revenu à la retraite, il n’est pas conseillé d’investir dans un Régime enregistré d’épargne retraite. Vos retraits du REER sont considérés comme des revenus, qui viendront réduire certaines de vos prestations, comme le Supplément de revenu garanti.

Mais le REER est un bon outil d’épargne dans le contexte où les prestations publiques ne sont pas suffisantes pour vous permettre de maintenir un niveau de vie normal à la retraite et dans la mesure aussi où la majorité des gens n’ont pas accès à un régime de retraite privé. Dans les circonstances, l’accès au REER et au report d’impôts qui l’accompagne est un stimulant pour l’épargne, qui coûte des revenus au gouvernement, des revenus toutefois récupérés lorsque les sommes sont retirées à la retraite.

Il y a les soutiens fiscaux, les incitatifs fiscaux et les cadeaux fiscaux.

Dans la première catégorie, on pense à tous les programmes qui existent pour les personnes démunies ou celles qui se retrouvent dans des situations difficiles. Quelques exemples : le crédit d’impôt pour solidarité, le crédit pour aidants naturels ou encore les montants pour les personnes handicapées ou ceux pour le maintien à domicile d’une personne âgée. Ce sont des crédits fiscaux qui viennent en aide à des gens.

Dans la seconde catégorie, il y a la fiscalité qui vous encourage, qui vous incite à dépenser, consommer, épargner, développer. Quelques exemples : le REER vous encourage à épargner, les montants pour activités physiques et sportives vous encouragent à inscrire vos enfants à ce type d’activités en retour d’un crédit d’impôt. Les crédits d’impôt de fonds de travailleurs (que le fédéral veut abandonner en 2017) représentent aussi des incitatifs à l’épargne.

Et puis, dans la troisième catégorie, il y a les cadeaux fiscaux. Et c’est ici qu’on devrait peut-être dépenser notre énergie. C’est ici que se trouve le magot, les exagérations, les déséquilibres et toutes les incohérences et injustices fiscales. 

Quelques exemples ici aussi :

  • pourquoi ne pas revoir la nature des gains en capital afin de réduire l’avantage fiscal sur l’investissement spéculatif tout en maintenant l’avantage pour l’investissement à long terme?
  • pourquoi ne pas encadrer et réduire l’accès aux paradis fiscaux pour les banques canadiennes, un oligopole très rentable et très présent là où il fait beau et chaud, où les impôts n’existent pratiquement pas au grand plaisir de richissimes gens d’affaires et investisseurs?
  • pourquoi ne pas mettre fin aux options sur actions, une formule de rémunération qui permet aux bénéficiaires de moins payer d’impôts?

Le REER est un incitatif fiscal à l’épargne qu’on peut certes considérer comme un cadeau fiscal pour une partie de la population qui a les moyens d’économiser. Cependant, ce cadeau, il faut un jour le remettre au gouvernement : lors des retraits du REER, il faut payer l’impôt. C’est pourquoi j’ai l’impression qu’il s’agit plus d’un incitatif à l’épargne que d’un cadeau.

Le CELI est un cadeau : les rendements ne sont pas imposables. Cadeau. Mais, encore là, le CELI est limité (5500 $ par année) et peut bénéficier aux retraités les plus pauvres puisque les retraits du CELI ne sont pas comptabilisés dans les revenus.

Voilà.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Quel avenir pour nos retraites?  Consultez notre dossier.

Retraite : qui doit payer?

Lundi 13 février 2012 à 13 h 43 | | Pour me joindre

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On lance ce soir au Téléjournal de 22 h (HNE) de Radio-Canada une série de trois reportages sur les régimes de retraite. La question qu’on se pose : comment faire pour assurer une retraite décente à tous? Et qui doit payer?
 
Lundi soir, mon reportage portera sur le constat, les causes et les solutions, reportage diffusé également à RDI Économie. Mes collègues Frédéric Arnould et Azeb Wolde-Ghiorgis s’intéresseront, mardi et mercredi au Téléjournal, à l’impact réel pour les jeunes, les familles, les futurs retraités et les aînés de la situation actuelle des régimes de retraite.
 
À RDI Économie, nous recevons lundi soir Alban D’Amours, président du comité de réflexion sur les retraites, formé par la Régie des rentes du Québec. Demain, nous vous proposons un débat entre l’ancienne présidente de la CSN Claudette Carbonneau et la vice-présidente pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante Martine Hébert.
 
Nous savons que les régimes de retraite sont profondément sous-capitalisés. L’indice Mercer publié en début d’année nous apprenait que les régimes de retraite étudiés étaient capitalisés à 60 %. D’autres firmes calculent un niveau de 70 ou 75 %. Autrement dit, pour chaque dollar qu’on envisage de verser aux retraités actuels ou futurs, il n’y a que 60, 70 ou 75 ¢ dans la caisse.
 
Les caisses de retraite manquent d’argent et les entreprises, dans ces cas-là, ont l’obligation de renflouer les caisses. Doit-on leur donner plus de temps pour recapitaliser les caisses? Doit-on augmenter les niveaux de cotisations des employés? Doit-on revoir l’équilibre entre les engagements prévus et les prestations futures à verser? Doit-on moduler les prestations en fonction de l’état du marché?
 
Doit-on demander aux régimes publics d’assumer une plus grande part des revenus de retraite?
 
Et surtout, avant d’imaginer augmenter l’âge de la retraite, peut-on travailler sur des solutions qui vont assurer la viabilité de nos retraites et le niveau de vie des futurs retraités?
 
La situation est sérieuse nous a dit Alban D’Amours en entrevue (diffusée à 18 h 30 HNE lundi soir), mais pas catastrophique. Partant de là, la discussion a tout le potentiel d’être constructive.
 
À lire ou relire aussi :
 
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Le dilemme des régimes de retraite

Des aînés plus pauvres?

Mardi 31 janvier 2012 à 10 h 55 | | Pour me joindre

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Est-ce que le système de sécurité de la vieillesse au Canada n’est plus viable comme l’affirme le premier ministre Stephen Harper? De 36 milliards de dollars aujourd’hui à 108 milliards en 2030, les coûts de la sécurité de la vieillesse passeront de 2,4 à 3,1 % du PIB dans 20 ans. Peut-on vraiment parler d’un système dont les coûts explosent?

Le Globe and Mail publie ce matin une étude réclamée par le gouvernement fédéral qui en arrive à la conclusion que le système des revenus de retraite au Canada est en bien meilleure santé qu’en Europe et qu’il n’est pas nécessaire d’augmenter l’âge de la retraite. Edward Whitehouse, chercheur pour l’OCDE, affirme qu’il « n’y a pas de pression financière ou de nécessité fiscale qui oblige [le Canada] à augmenter l’âge de la retraite dans un avenir prévisible ».

Le Canada dépense moins d’argent que les autres pays de l’OCDE pour les pensions, et l’immigration devrait diminuer les effets du vieillissement de la population.

Un autre expert, le professeur Thomas Klassen de l’Université York, qui a participé à la rédaction d’un rapport sur les retraites en 2010, affirme aussi que le programme de sécurité de la vieillesse est viable au Canada, et que les propos du premier ministre l’ont surpris.

D’augmenter l’âge de la retraite et les premiers versements des pensions de 65 à 67 ans serait une décision logique compte tenu de l’espérance de vie qui ne cesse d’augmenter. Mais la vraie question n’est pas posée : comment assurer une retraite convenable à tous?

Porter de 65 à 67 ans l’âge légal de la retraite, dans le contexte actuel, c’est de prolonger de deux ans la pauvreté de quantité de gens, qui attendent avec impatience leur pension et le supplément de revenu garanti pour espérer, avec leurs rentes, se faire un petit revenu décent tous les mois.

Faut-il le rappeler, le soutien de l’État n’assure qu’un minimum pour les aînés. La sécurité de la vieillesse peut atteindre 540 $ par mois, un revenu imposable. À cela, si vous êtes assez pauvre, vous avez droit au supplément de revenu garanti (SRG) qui peut atteindre un plafond de 732 $ par mois. Calcul : (540 x 12) + (732 x 12) = 15 264 $.

Ces sommes s’ajoutent aux rentes de la RRQ au Québec ou du RPC dans le reste du pays, qui visent à remplacer seulement 25 % de votre revenu de travail.

Or, les deux tiers de la population n’ont pas de retraite privée. Ils comptent sur les revenus publics pour vivre après 65 ans. Ne devrait-on pas commencer par trouver des solutions à la pauvreté des aînés et aux problèmes d’épargne avant d’envisager la possibilité de supprimer deux années au début du programme de sécurité de la vieillesse?

À 65 ans pour l’âge de la retraite, le Canada n’est pas bête. Il est dans la moyenne des grands pays occidentaux pour ce qui est de l’âge de la retraite. Il pourrait rejoindre l’Allemagne et la Suède à 67 ans, mais est-ce vraiment nécessaire?