Billets classés sous « redevance »

Ce que signifie l’offre pour Osisko

Lundi 13 janvier 2014 à 14 h 13 | | Pour me joindre

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La minière de Vancouver Goldcorp offre 2,6 milliards de dollars pour acheter la Québécoise Osisko. C’est une proposition faite en argent et en actions évaluée à 5,95 $ l’action, soit une prime de 15 % par rapport à la valeur d’Osisko lors de la clôture de la Bourse de Toronto vendredi.

Cette offre détonne totalement avec le discours habituellement affecté des représentants du secteur minier du Québec. Depuis plusieurs années, et surtout au cours de la dernière année, les meneurs du secteur se sont plaints des exigences du gouvernement en matière de redevances et de législation. Les deux révisions du régime de redevances (2010 et 2013) et les discussions en vue de l’adoption d’une loi modifiée sur les mines ont irrité les associations minières. À leur avis, les exigences du gouvernement peuvent avoir pour effet de repousser les sociétés minières, qui pourraient choisir de retarder ou d’annuler des projets au Québec.

Aujourd’hui, le PDG de Goldcorp Chuck Jeannes a déclaré que le Québec était « l’un des meilleurs territoires miniers du monde » en déposant son offre pour faire l’acquisition d’Osisko. Goldcorp, qui mettra en production sa mine d’or Éléonore dans le nord du Québec cette année, est d’avis qu’il est prometteur d’investir dans une société minière québécoise, propriétaire de la mine d’or de Malartic en Abitibi-Témiscamingue, un projet dont il est prévu une expansion par ailleurs. Le message de Goldcorp est clair : le Québec les intéresse.

Même si le Québec n’est plus le paradis du monde minier au classement de l’Institut Fraser, il est clair que cette offre de Goldcorp pour la vedette québécoise du secteur est un signal limpide que le Québec demeure un territoire fertile pour l’investissement. On peut croire que les retards et les reports de projets semblent surtout attribuables au contexte économique du secteur plutôt qu’aux décisions politiques, alors que les prix mondiaux ont chuté en 2013.

C’est aussi le signal qu’une bonne affaire est une bonne affaire : Osisko est une entreprise rentable, aux bases financières solides. Son projet phare, celui de Malartic, est voué à un avenir prometteur. Goldcorp flaire la bonne affaire. L’action d’Osisko a aussi baissé de 68 % en trois ans. Goldcorp juge probablement que l’occasion est belle.

Cela dit, il faut suivre le dossier. Est-ce le bon moment pour les actionnaires d’Osisko de vendre leurs actions? Peuvent-ils espérer un chevalier blanc qui offrira davantage?

Boom minier au Québec : du calme!

Jeudi 29 novembre 2012 à 17 h 26 | | Pour me joindre

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Quand on parle des mines du Québec ou encore du potentiel pétrolier, il y en a qui s’emballe et qui sorte les gros chiffres qui viendront régler tous les problèmes financiers du gouvernement. Mais, en y regardant de plus près, est-ce qu’un Klondike nous attend vraiment?

Selon Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et expert dans les questions de ressources, « les ressources minières du Québec ne sont ni plus ni moins intéressantes que celles du reste du pays. » C’est ce qu’il affirme dans son plus récent livre, Le défi des ressources minières publié aux Éditions MultiMondes.

Malgré les annonces spectaculaires effectuées par l’ex-premier ministre du Québec Jean Charest, les attentes sont trop élevées selon lui. « L’impact du Plan Nord mis de l’avant par le gouvernement Charest semble mineur », écrit-il. Pour quatre raisons.

  1. Les projets miniers du Québec « visent un minimum de transformation locale. Le minerai quittera le Québec sous sa forme la plus brute possible, faute d’une volonté politique ». À ce propos, on peut se demander ce qu’il en sera au projet de mine de fer Sunny Lake de Century Iron Mines au nord-ouest de Schefferville tandis qu’un producteur chinois (Wisco International) vient d’acheter 60 % des actions du projet?
  2. « De 2000 à 2008, 14 entreprises minières n’avaient versé aucune redevance malgré une production annuelle qui atteignait 4,2 milliards de dollars collectivement. Quant aux autres entreprises minières, elles n’avaient dû payer, ensemble, qu’un peu plus de 30 millions par année, soit seulement 1,5 % de la valeur brute de leur production. » Avec le nouveau régime mis en place par les libéraux, le professeur Mousseau évalue que les minières auraient payé en 2010-2011, « l’équivalent de 4,5 % de la valeur du minerai ». Il dénonce dans son livre le manque d’informations sur chacune des mines.
  3. Et « la restauration des dégâts causés par l’industrie minière coûtera cinq fois le montant des redevances collectées de 2000 à 2008, ou quatre fois celui obtenu en 2010-2011, sous le nouveau régime ».
  4. C’est « en grande partie l’argent public et non l’industrie minière directement qui fournira la majorité des emplois [par l'entremise d'Hydro-Québec notamment] et des retombées annoncés dans un rapport préparé bénévolement par SECOR, une firme de consultant ».

On peut se demander si la conjoncture économique ne viendra pas contrecarrer les plans du gouvernement pour les mines et les ressources. C’est difficile à dire. Des suspensions de travaux ou des reports d’investissements, ainsi que des problèmes de financement de plus en plus apparents, peuvent se produire et avoir un impact pour un certain temps. Mais c’est une donne à considérer puisque les découvertes évoluent. L’arrêt d’un projet peut signifier sa fin aussi.

Le gouvernement Marois corrigera-t-il le tir à propos de la transformation locale? Ira-t-il de l’avant avec une redevance sur la valeur brute de 5 % et sur les « surprofits » dépassant un certain niveau, tel que promis en campagne électorale? Et qu’en sera-t-il du niveau de responsabilité des minières à propos des sites contaminés et dont la production a cessé?

À quand le régime minier et la nouvelle loi sur les mines? Si on y croit vraiment, il faut un plan de match clair, pour les minières, les travailleurs et l’ensemble des contribuables québécois.

Pourquoi Talisman jette l’éponge?

Mercredi 31 octobre 2012 à 13 h 29 | | Pour me joindre

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Il faut voir ou revoir l’entrevue que nous avait accordée, le 24 août 2010, Hope Deveau-Henderson, directrice des affaires gouvernementales et industrielles pour l’Amérique du Nord pour Talisman Energy pour comprendre tout le mal que l’entreprise était prête à se donner pour aller de l’avant avec l’exploitation des gaz de schiste du Québec.

Exploitation pétrolifère et schiste

Non seulement l’entreprise minimisait les cas rapportés de contamination de l’eau ou du sol, ou encore de violations de la réglementation d’États américains, mais elle était prête à affronter la grogne qui ne faisait que prendre de l’ampleur au Québec en réaction au développement désordonné des gaz de schiste dans certaines régions de la vallée du Saint-Laurent.

Talisman nous avait demandé, à l’équipe économique de Radio-Canada, une rencontre éditoriale pour nous expliquer leurs projets. Des documents nous avaient alors été remis, dont un ressemblant à un petit journal, nommé « Ressources » publié par Talisman Energy, en français, avec en manchette : « Le gaz naturel : une occasion à saisir ».

L’entreprise avait alors fait une tournée des médias, avait participé à plusieurs rencontres d’informations et d’échanges et considérait le Québec comme une terre fertile pour le développement. « L’industrie gazière québécoise pourrait investir 9 milliards de dollars et créer près de 65 000 emplois au cours des 15 prochaines années dans des projets de développement du gaz naturel » écrivait Talisman il y a deux ans.

Aujourd’hui, l’entreprise renonce à ses projets au Québec. Elle a annoncé hier une dépréciation d’actifs de 109 millions de dollars avant impôts associés aux gaz de schiste du Québec. C’est terminé. La cause? « L’interdiction » d’explorer et d’exploiter le gaz de schiste au Québec, affirme l’entreprise dans le texte de ses résultats financiers.

En réalité, une évaluation environnementale stratégique est toujours en cours officiellement. Le ministre de l’Environnement Daniel Breton a indiqué que le dossier pourrait être transféré au Bureau d’audiences publiques en environnement, une fois qu’un nouveau président aura été nommé. Québec ne ferme pas la porte au gaz de schiste, mais les signaux envoyés par le nouveau gouvernement ne semblaient pas pencher en faveur d’une exploitation prochaine.

Alors, pourquoi Talisman s’en va alors que d’autres prônent encore la patience, comme le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec Lucien Bouchard? Pourquoi Michael Binnion, de la société énergétique Questerre, qui ne s’empêche jamais d’exprimer clairement son point de vue, continue de croire à l’industrie du gaz de schiste au Québec?

Deux extraits de son blogue en témoignent. Le premier, le 24 octobre :

Que dites-vous si je vous dis que je cherche du gaz naturel au Québec parce que j’ai la conviction qu’un Canada fort nécessite un Québec fort? Que dites-vous si je vous dis que je crois que de transférer du capital et des technologies au Québec est meilleur pour le Québec, l’Alberta et le Canada que des transferts de paiements? 

Et puis, le 29 octobre :

Le Québec est capable, peut-être encore plus capable qu’ailleurs de développer ses ressources de façon durable. J’invite le gouvernement de Pauline Marois à choisir une alternative à la confrontation. L’alternative, c’est la coopération. L’alternative de travailler ensemble pour terminer le travail de façon constructive. L’alternative de terminer le travail qu’elle a aidé à démarrer à titre de chef de l’Opposition. Terminer le travail permettant au Québec d’être pour une exploitation moderne et encadrée du gaz et du pétrole. 

Alors, est-ce que Talisman abdique trop rapidement? L’entreprise a-t-elle compris qu’il n’y a pas vraiment d’avenir pour le gaz de schiste au Québec? Le gouvernement Marois doit-il être tenu responsable de l’abdication d’un joueur aussi important que Talisman?

Ou est-ce le prix du gaz naturel qui est trop bas? Le contexte économique qui est trop difficile?