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C’est donc Krugman qui avait raison?

Vendredi 26 avril 2013 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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« Paul Krugman a gagné » annonçait sur son blogue mercredi l’ancien analyste financier de la CIBC et de Merrill Lynch, Henry Blodget, dont la carrière s’est écroulée avec l’éclatement de la bulle techno au début des années 2000. Il anime aujourd’hui The Daily Ticker sur Yahoo et dirige The Business Insider. Mais, c’est une autre histoire.

Concentrons-nous sur Paul Krugman. Il a gagné quoi au juste?

Selon le blogueur, et selon plusieurs observateurs, cinq ans après le début de la crise, force est de constater que les tenants de l’austérité avaient tort. La crise européenne ne cesse de prendre de l’ampleur, tandis que plusieurs pays endettés ont été obligés d’imposer de sévères mesures d’austérité, qui ont réduit considérablement le niveau de vie des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, notamment. L’austérité n’a rien réglé.

Ajoutons à cela les États-Unis avec un endettement qui dépasse les 100 % du PIB, mais qui ont du mal à générer des revenus nouveaux et durables au moment où la reprise est extrêmement timide. Paul Krugman a toujours dénoncé les coupes budgétaires américaines. Il affirmait qu’il fallait continuer à stimuler l’économie pour assurer une reprise durable, des revenus supplémentaires et à une réduction de la dette à long terme.

« Il est rare que des débats économiques se terminent par un K.-O. technique, écrit le chroniqueur Paul Krugman dans le New York Times ce matin. Mais le grand débat des dernières années entre les keynésiens, qui militent en faveur de dépenses gouvernementales durables et en croissance durant les temps de dépression, et les pro-austérité, qui exigent des réductions de dépenses immédiates, s’achève, du moins dans le monde des idées.

« En ce moment, poursuit Krugman, la position de ceux qui favorisent l’austérité a implosé. Non seulement leurs prédictions touchant le monde réel ont complètement échoué, mais la recherche scolaire sur laquelle ils appuyaient leur position était finalement truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques discutables. »

Le chroniqueur fait référence aux économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, qui ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Un pays qui arrive à un niveau d’endettement représentant 90 % de son PIB ne voit pas sa croissance baisser de 0,1 %, comme ils l’affirmaient, mais croître plutôt de 2,2 % en moyenne. L’étude des deux économistes avait largement été citée par les pays occidentaux pour justifier les mesures d’austérité. Les experts qui ont découvert l’erreur dans le tableau Excel de Rogoff et Reinhart s’entendent tout de même avec eux pour dire qu’un endettement grandissant à long terme n’est pas soutenable pour les finances publiques.

Il faut ajouter qu’en début d’année, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait à titre personnel, de concert avec un autre économiste du FMI Daniel Leigh, que les experts avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance. Leur déclaration a fait grand bruit.

Pourquoi tant d’austérité alors? Pourquoi ce discours est-il encore très présent malgré un affaiblissement de sa domination dans les derniers mois?

Paul Krugman affirme qu’une « partie de la réponse repose certainement sur le désir très répandu de considérer les questions économiques comme un jeu moral, comme une histoire d’excès et de conséquences. Nous visons au-dessus de nos moyens, l’histoire se répète, et maintenant nous payons le prix inévitable ».

Selon lui, on peut expliquer longtemps que des dépenses supplémentaires vont réduire le chômage, « on s’en fout, bien des gens ont la profonde impression que nous vivons dans le péché et que la rédemption viendra de la souffrance ».

Voilà où nous en sommes. Depuis 2010, on annonce année après année une reprise durable de l’économie américaine et de l’économie mondiale. Nous sommes en 2013 et les prochains mois seront encore décevants selon les prévisionnistes. Mais, encore là, il y a de l’espoir parce que les signaux sont encourageants aux États-Unis.

Que faire? Les autorités politiques et économiques doivent encore se poser la question aujourd’hui et continuer de tirer des leçons de ce qui est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a, dans les pays développés, 26 millions de jeunes de 15 à 24 ans qui sont au chômage ou qui ne sont pas à l’école selon The Economist. C’est inquiétant. Comment réagir? Compte tenu des espoirs de reprise, doit-on poursuivre sur la voie de l’austérité ou stimuler l’économie pour asseoir cette reprise?

Obama : présider un pays en crise

Lundi 21 janvier 2013 à 12 h 55 | | Pour me joindre

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Le premier mandat de Barack Obama aura été marqué par des mois d’angoisse pour des millions d’Américains, puisque s’est étirée jusqu’à l’été 2009 la pire récession aux États-Unis depuis la Grande Dépression des années 30. L’essentiel des quatre ans du président Obama aura été consacré à des stratégies de relance de l’économie.

Le président américain Barack Obama

Mais le travail a été ardu. Et les résultats, mitigés. Dans un contexte où la Chambre des représentants était dominée par les républicains, il a été difficile pour le président de mettre en œuvre le plan de relance qu’il souhaitait adopter. Il a dû faire des compromis et, à couper la poire en deux chaque fois, on est arrivé à des résultats en demi-teinte.

 

Ce mandat a été marqué aussi par deux conflits politiques majeurs : celui sur le relèvement du plafond de la dette, qui a mené à la décote de la dette du pays. Et puis, celui appelé le « précipice budgétaire », un péril qui allait survenir le 1er janvier 2013 si républicains et démocrates ne s’entendaient pas sur de nouvelles mesures budgétaires. Une entente a été conclue, mais ce dossier est loin d’être réglé. Des accords doivent survenir sur les dépenses à couper et sur le plafond de la dette.

En fait, soyons francs et clairs : les États-Unis travaillent encore à leur sortie de crise. La Réserve fédérale imprime par milliards des billets en rachetant des bons du Trésor américain, question de stimuler le marché obligataire, de maintenir un haut niveau de liquidité et d’assurer un accès normal au crédit pour les banques, les entreprises et les individus.

Plusieurs craignent un emballement inflationniste avec cette injection monétaire massive. Théoriquement, ils ont raison. Mais, comme l’explique souvent Paul Krugman du New York Times, l’économie américaine est encore dans un état de dépression. Ou, du moins, elle en sort à peine. Que ce mot décrive une situation bien réelle ou qu’il en exagère la réalité, il n’en demeure pas moins que les troubles inflationnistes potentiels semblent bien mineurs à côté des problèmes fondamentaux qui affligent l’économie américaine.

Le chômage est au même point, quatre ans plus tard. Des millions d’emplois perdus n’ont pas été remplacés. Le revenu moyen des ménages a baissé, comme la valeur de leur patrimoine immobilier. Le chemin est encore long pour une reprise économique durable et le retour à une croissance forte et stable dans le pays le plus riche du monde.

Souhaitons, pour l’Américain moyen, que les décideurs à Washington sachent adopter les mesures nécessaires qui assureront leur prospérité, leur protection et leur bonheur. Et, comme c’est important de le rappeler, et comme il l’a rappelé lui-même dans son discours d’assermentation : une société plus verte. Le défi écologique est le défi économique du 21e siècle. Et, alors qu’il doit remettre sur ses rails l’économie de son pays, le président Barack Obama doit aussi orchestrer un plan de match crédible et ambitieux pour réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre.

Incroyable cet aveu exprimé jeudi dernier par l’économiste en chef du FMI Olivier Blanchard et par Daniel Leigh, économiste également au Fonds monétaire international. En quelques mots, ils ont dit que les experts comme eux, qui orientent les grandes décisions mondiales en matière de finance, se sont trompés en misant à tout prix sur l’austérité dans le but de réduire le plus rapidement possible les dettes souveraines.

Olivier Blanchard

Ils parlent à titre personnel et pas au nom du FMI. Mais, tout de même, dans un texte publié sur le site du FMI, ils affirment ceci : « Nous démontrons que, dans les économies développées, une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu. »

En quelques mots et quelques chiffres, ils s’attendaient à ce que la réduction des dépenses publiques équivalentes, disons à 1 % du PIB, allait entraîner une réduction de l’activité économique de 0,5 point de pourcentage. Or, l’effet a été bien pire : réduction de l’activité de 0,9 à 1,7 point. L’erreur, c’est d’avoir appliqué un modèle qu’on connaît en période de croissance dite normale, alors que les pays visés par des mesures d’austérité étaient en pleine crise.

Comme l’ont titré plusieurs groupes de presse : oups!

Des Grecs manifestent à l'extérieur du ministère des Finances à Athènes, le 17 octobre 2012, contre les mesures d'austérité. Ce constat n’est pas banal. Le FMI, l’UE, l’Allemagne, la BCE et les agences de notation ont fait pression dès 2009 pour que d’importantes mesures d’austérité soient appliquées afin de réduire l’endettement des pays développés. Hausse d’impôts, compressions dans les programmes sociaux, suppressions d’emplois dans la fonction publique, quantité de mesures ont été mises en place de façon quasi dogmatique, plongeant encore davantage la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et plusieurs autres pays dans une récession qui semble sans fond.

Aujourd’hui, près de 19 millions de personnes sont au chômage dans la zone euro, du jamais vu depuis la création de la monnaie unique en 1999. Taux de chômage de 11,8 % avec des pointes à 26 % en Grèce et à presque 27 % en Espagne. Et cette hausse du chômage se poursuit toujours dans la zone euro.

Cela dit, un point de vue divergent apparaît dans un texte publié dans Bloomberg lundi. Anders Aslund, chercheur au réputé Peterson Institute for International Economics, affirme que l’austérité fonctionne, contrairement à ce qu’affirment les économistes Blanchard et Leigh. « L’Europe du Nord est en bonne santé financière, merci à l’austérité, écrit-il, alors que l’Europe du Sud souffre d’une austérité à demi-assumée, pire, de mesures de stimulation fiscale. »

Anders Aslund compare la Grèce à la Lettonie. D’un côté, dit-il, il y a un pays qui n’a pas adopté les mesures d’austérité nécessaires, avec une rigueur absolue. C’est la Grèce, dont l’économie se décompose un peu tous les jours. De l’autre, il y a la Lettonie, qui s’est obligée à un régime de pain sec pendant deux ans, conduisant à une chute de son PIB de 24 %. Aujourd’hui, la croissance dépasse les 5 % annuellement et le déficit budgétaire ne représente plus que 1,5 % de son PIB.

À quel prix toutefois? Le FMI affirme que la Lettonie a beaucoup trop réduit ses dépenses sociales. Mais sa directrice, Christine Lagarde, déclarait tout de même en septembre que ce pays était un exemple à suivre. Le FMI est venu en aide à la Lettonie, qui a déjà commencé à rembourser son prêt au Fonds monétaire international.

Les victimes de l’austérité se comptent par millions, c’est indéniable. Et c’est pourquoi tout cela m’apparaît profondément troublant.

La fin du monde n’est pas le 21 décembre comme l’attendent plus ou moins sérieusement plusieurs commentateurs. C’est plutôt le 1er janvier! Ça se passe aux États-Unis et ça se nomme le fiscal cliff, qu’on traduit chez nous par l’expression « précipice budgétaire ».

À Washington D.C. le président de la Chambre des représentants, John Boehner, a appelé le président Obama à collaborer avec les républicains de la Chambre.En fait, cette histoire-là est devenue une obsession totale aux États-Unis. Si on ne réussit pas à éviter le choc fiscal provoqué par le précipice budgétaire, l’économie américaine va replonger en récession, entraînant avec elle l’économie mondiale. C’est ce qu’annoncent les experts, les gens de la bourse, les économistes, les analystes…

Le pire est à prévoir, nous dit-on. L’humeur des opérateurs de marché est instable et varie au rythme des déclarations, tantôt optimistes du président démocrate Barack Obama, tantôt déprimantes du président républicain de la Chambre des représentants John Boehner. Et vice versa! Il reste 28 jours avant le 1er janvier 2013. La chaîne d’affaires américaine CNBC nous fait un décompte en temps réel (jour, heures, minutes, secondes) avant le jour J.

Qu’en est-il?

Le président Barack Obama, dans une usine de Hatfield,  explique sa stratégie pour éviter le mur fiscal.

Si une nouvelle entente budgétaire entre démocrates et républicains n’est pas conclue d’ici le 1er janvier 2013, c’est toute une série de hausses d’impôts qui entreront en vigueur automatiquement et des coupes draconiennes qui seront appliquées dans les dépenses publiques. Les mesures suivantes se produiront :

  • Hausse de 3 points de pourcentage des différents niveaux d’impôts (avec l’annulation des baisses d’impôts annoncées par George W. Bush, renouvelées par Barack Obama);
  • Compressions dans les programmes discrétionnaires du budget de 2011;
  • Abolition de certaines exemptions fiscales;
  • Réduction des paiements pour le programme « Medicare » aux médecins, programme qui assure aux aînés l’accès à leur médecin;
  • Fin de la baisse de 2 % des coûts de sécurité sociale;
  • Fin des mesures d’urgence pour les personnes sans emploi;
  • Ajout de nouvelles taxes pour financer le secteur de la santé;

Le bureau du budget du Congrès, un organisme indépendant, affirme que l’application de ces mesures provoquerait un ralentissement sérieux de l’économie. Ainsi :

  • Le déficit passerait de 1128 milliards de dollars en 2012 à 641 milliards en 2013;
  • La dette par rapport au PIB passerait de 73 % en 2012 à 68 % en 2017;
  • Le pays se retrouverait en récession avec une croissance pour 2013 de  -0,5 %;
  • Le taux de chômage remonterait jusqu’à 9,1 % à la fin 2013.

Les Américains ont choisi le démocrate Barack Obama pour diriger les destinées du pays pour un second mandat de 4 ans. Ça lui donne une légitimité renouvelée pour faire avancer son programme, qui prévoit notamment des hausses d’impôts pour les plus riches.

En même temps, les Américains ont donné une majorité aux républicains à la Chambre des représentants, détenteurs à leur tour d’une légitimité pour mettre de l’avant des projets de loi qui correspondent à leurs valeurs et à leurs attentes.

Surtout, le président Obama et les républicains ont le devoir moral de trouver rapidement des solutions et des lieux d’accord pour éviter que l’économie américaine, qui demeure blessée et fragile, ne retombe encore en récession. Les seules craintes provoquées par le « crêpage de chignon » entre les deux partis convainquent les entreprises d’attendre avant d’investir.

Ça ralentit déjà l’économie. Et ça se répercute sur l’économie canadienne en passant…

La bonne étoile de Mark Carney

Lundi 26 novembre 2012 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Le Canada perd sa star du monde de la finance internationale. Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada depuis février 2008, s’était fait remarquer durant la dernière crise financière au point d’en devenir un acteur pivot dans la recherche de solutions durables pour l’avenir de la finance, des banques et de l’économie mondiale. Sa nomination au poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre le place parmi les financiers les plus influents de la planète.

Mark CarneyAprès avoir terminé des études en économie à Harvard et à Oxford au tournant des années 90, Mark Carney a travaillé dans les grandes capitales financières pour Goldman Sachs : Londres, Tokyo, New York avant de prendre la tête de Goldman Sachs Canada à Toronto. Rapidement, Ottawa a mis le grappin dessus : à la Banque du Canada, puis au ministère des Finances comme sous-ministre associé avant d’être nommé au plus haut poste à la banque centrale du pays, peu de temps avant l’accélération de la crise qui a provoqué la « grande récession ».

Il faudra attendre l’avis des spécialistes de la banque centrale pour évaluer sa gestion de la politique monétaire canadienne. Au cours des dernières années, il a surtout travaillé à utiliser les bons mots et les bonnes formules pour tenter d’assurer un équilibre entre le niveau d’inflation, la force du dollar canadien, la préoccupante dette des ménages et les contraintes économiques internationales.

C’est sur la scène internationale qu’il a le plus brillé. Le modèle bancaire canadien l’a bien servi. Les banques d’ici ont bien résisté à la crise, appuyées par les institutions publiques. Une certaine maîtrise de la dette et une croissance dopée par le pétrole ont fourni des assises solides, une sorte d’autorité morale à Mark Carney pour exposer la vision canadienne des solutions à adopter.

Cette autorité morale a poussé le G20 à lui donner le poste de président du Conseil de stabilité financière, une organisation regroupant 26 entités réglementaires financières de la planète. Il a travaillé à un encadrement plus serré des banques afin qu’elles maintiennent plus de capital en réserve et qu’elles s’exposent moins à une défaillance. Les banquiers de Wall Street ne se sont pas gênés pour le critiquer vertement, l’accusant de nuire à la prise de risque et donc à la croissance économique.

Le 1er juillet prochain, il deviendra gouverneur de la Banque d’Angleterre, à un moment crucial de l’existence de cette institution vieille de 318 ans et dans un contexte économique difficile, le Royaume-Uni étant aujourd’hui en récession. Il dirigera une banque centrale qui s’est vue confier de nouveaux pouvoirs de supervision des banques à dépôt, des assureurs et des firmes d’investissements, en plus de devoir poursuivre la politique monétaire du pays. Il se retrouvera surtout au cœur d’une économie qui tente de se reconstruire et d’un continent qui n’arrive plus à se relever.

Mark Carney a rendu la Banque du Canada peut-être un peu moins froide et moins austère. Souriant, affable et accessible, le gouverneur a probablement contribué à moderniser quelque peu l’image de l’institution.

Cela dit, sa bonne étoile brillera-t-elle encore dans le ciel de Londres tandis que son prochain défi risque d’être bien plus difficile et complexe à relever?

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, pourrait-il être tenté de reporter d’une année l’équilibre budgétaire? Pour l’instant, il est prévu que le prochain budget, celui du 20 novembre, sera celui du retour au déficit zéro. C’était l’engagement de Raymond Bachand. C’est celui aussi de Nicolas Marceau.

Compressions budgétaires au fédéral Mais, voilà, on apprend aujourd’hui que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, reporte de 2015-2016 à 2016-2017 le retour à l’équilibre budgétaire. Les prix des ressources sont moins élevés que prévu et le gouvernement Harper doit revoir à la baisse ses prévisions de revenus.

Les dernières statistiques économiques confirment un ralentissement plus prononcé au Québec que dans l’ensemble du Canada. Déjà, Québec a indiqué que les dépenses plus élevées que prévu et les revenus moins forts qu’attendu ont créé un manque à gagner de 1,6 milliard de dollars pour l’exercice en cours, qui se terminera le 31 mars prochain.

Étant donné que la croissance plus faible de l’économie pousse Ottawa à reporter l’équilibre à plus tard, le gouvernement Marois ne serait-il pas avisé d’en faire autant, étant donné la hausse encore plus modérée du PIB québécois et des indicateurs qui sont déjà au rouge?

Est-ce que ce serait sensé de faire ça? Est-ce que ce serait responsable? Les agences de notation s’en inquiéteraient-elles? Les partis d’opposition l’accepteraient-ils?

Obama : un bilan mitigé

Vendredi 2 novembre 2012 à 11 h 20 | | Pour me joindre

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Si on ne fait que regarder les chiffres, ils ne sont pas très bons. Mais si vous me permettez une image tirée tout droit du baseball, Barack Obama est arrivé au pouvoir début 2009, comme s’il arrivait au milieu de la septième manche et que c’était 6-0 pour l’autre équipe! Vous comprendrez que la pente était raide à remonter!

Le président sortant Barack Obama répond aux questions des citoyens américains lors du deuxième débat télévisé. Relancer une économie ravagée par une crise sans précédent depuis 1929 n’était pas de tout repos. Au final, les États-Unis ont perdu 624 000 emplois sous Barack Obama, mais il faut dire que la chute de l’emploi s’était amorcée avant son arrivée. Par rapport à la fin 2007, il y a environ 4 millions d’emplois en moins aux États-Unis.

La reprise du marché du travail n’a pas été à la hauteur des attentes des Américains. Depuis la crise de 1929, jamais un président n’a affiché un bilan aussi négatif. Même le rebond de 171 000 emplois du mois d’octobre, qui pourrait rassurer le président Obama, ne change pas la donne. Il en faut plus pour se convaincre d’une reprise durable.

  • Emplois : -624 000
  • Déficit : 1100 milliards $ (+151 %)
  • Dette : 70 % du PIB (c’était 35 % en 2009)
  • Croissance annuelle moyenne : 0,7 % (3,1 % depuis 1953)
  • Revenu médian : 50 678 $ (+0,2 %)
  • Pouvoir d’achat pour le ménage médian : -8,2 %
  • Décote de la dette du pays par Standard and Poors à AA
  • Sources : Desjardins, Bloomberg Business Week

Cela dit, le mandat du président se termine tout de même sur une note d’espoir. La hausse de l’emploi est plus forte qu’attendu et dépasse la moyenne mensuelle des deux dernières années. De plus, le marché immobilier semble être en reprise et la confiance des Américains est à son plus haut en cinq ans. Il y a là des signaux encourageants.

Et, il faut le dire, après la chute spectaculaire des marchés, ce qui a le plus profité des investissements publics et de l’intervention massive de la Réserve fédérale dans le marché obligataire, c’est la bourse! Le S&P 500 a repris environ 70 % de sa valeur depuis son creux de 2009.

Lundi : les perspectives économiques, ainsi que les programmes de Barack Obama et de Mitt Romney.

Est-ce la fin de la croissance?

Vendredi 26 octobre 2012 à 14 h 31 | | Pour me joindre

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Page 52 du nouveau livre de l’économiste Jeff Rubin, La fin de la croissance publié chez Hurtubise en français, la semaine prochaine : « Que vous soyez du type libre marché ou adepte de l’intervention de l’État, vous partagez avec la plupart des économistes la croyance indéfectible selon laquelle la croissance est la panacée à tous les maux de nature économique. »

Plus loin, l’auteur pose la question : « Que surviendra-t-il si nos économies cessent de croître? Nous le saurons bientôt parce que ce scénario est sur le point de se produire. »

Jeff Rubin explique, une fois de plus, que l’économie mondiale est vulnérable aux fluctuations du pétrole. Chaque fois que le pétrole a atteint un sommet, explique-t-il, l’économie mondiale est tombée en récession. Croissance économique et consommation de pétrole sont intimement liées. On a vraiment l’impression d’être dans un cercle vicieux : la croissance fait grimper le prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole nuit à la croissance et ramène la récession…

Ainsi, l’ex-économiste de la CIBC est d’avis que tout converge vers une montée des cours du pétrole, ce qui viendra ralentir l’économie des pays avancés, qui ne seront pas en mesure de maintenir une croissance soutenue. Un pétrole plus cher est alimenté par une croissance plus forte, mais entraîne un ralentissement de cette croissance, une décélération des revenus des États, qui s’endettent davantage à un taux d’intérêt plus élevé. Dans un contexte économique difficile, les emprunts sont aussi plus difficiles à obtenir.

Cette situation ne sera pas temporaire, mais permanente, selon l’analyse de Jeff Rubin. Il suggère qu’on commence tout de suite à nous adapter à un mode de vie plus simple, basé sur la réduction de notre consommation d’énergie.  Heureusement, dit-il, « les pays de l’OCDE voient déjà naître une nouvelle génération de consommateurs : des jeunes qui rejettent le matérialisme de leurs parents pour adopter un mode de vie plus simple ».

À ceux qui croient que les nouvelles découvertes technologiques vont permettre de régler le problème, il répond ceci : « Les innovations technologiques […], comme la fracturation hydraulique, ne sont pas une solution miracle pour combler tous les besoins énergétiques de la planète. […] De telles innovations technologiques rendent possible une légère augmentation de l’offre de brut, mais ne réussissent pas à exercer la poussée nécessaire pour combler les besoins de la planète pour l’avenir. »

Les États-Unis doivent mettre au point leur stratégie énergétique parce que le pays pourrait manquer de pétrole bientôt. « Si la consommation de pétrole double en Chine, écrit Jeff Rubin, le nombre de barils destinés aux États-Unis pourrait chuter de moitié (ou presque) puisque le volume d’énergie est limité. Cette notion simple deviendra bientôt une réalité asphyxiante pour les États-Unis et les autres pays de l’OCDE. »

Mais, qu’en sera-t-il pour le Canada, dont la production de pétrole est appelée à augmenter et pour qui la situation semble se poser différemment? Le Canada n’est-il pas le mieux placer pour profiter de la demande chinoise avec son projet de pipeline Northern Gateway et des besoins américains avec son projet Keystone? Mais, en même temps, un ralentissement de la croissance pourrait-il toucher plus durement le Canada?

Un livre essentiel, à lire.

Récession ou déficit?

Lundi 15 octobre 2012 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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L’intervention des banques centrales au cours des derniers mois a alimenté la hausse boursière, notamment à New York. Mais ce mouvement haussier est-il en train de s’essouffler?

L’indice S&P500 est au même niveau qu’il y a six semaines. New York est encore 12 % au-dessus de son creux de juin, mais est en baisse de plus de 3 % depuis la mi-septembre. Il est trop tôt pour établir des tendances. Mais la question se pose : quelle est la suite? Les banques centrales ont-elles atteint la limite de ce qu’elles pouvaient faire pour relancer l’économie?

Du point de vue boursier, dans ces circonstances, plusieurs analystes se demandent si une correction n’est pas en cours. Sur le plan économique, les dirigeants qui se sont rencontrés en fin de semaine à Tokyo dans le cadre du sommet annuel du FMI et de la Banque mondiale se sont demandé s’il ne fallait pas faire une pause dans les mesures d’austérité budgétaire pour miser davantage sur la stimulation de l’économie.

Christiane Lagarde, directrice du FMI.

La directrice du FMI, Christine Lagarde, a déclaré que la politique budgétaire des pays avancés doit être « calibrée de manière à être aussi favorable que possible à la croissance ». Les dirigeants se sont aussi entendus pour accorder deux années supplémentaires à la Grèce pour que le pays atteigne ses objectifs budgétaires.

La question qu’il faut se poser, c’est comment éviter une nouvelle récession mondiale. Le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance la semaine dernière, confirmant le ralentissement de l’économie mondiale et le pouvoir limité des banques centrales pour relancer l’économie.

Sur Yahoo Finance, l’investisseur Robert Wiedemer, directeur d’Absolute Investment Management, affirme que si on continue comme ça, il y aura bel et bien une récession. « Mais on peut l’éviter, selon lui, cette récession. Et la façon de le faire, c’est d’augmenter le déficit, comme on l’a fait auparavant. Si vous faites passer le déficit de 1000 à 2000 milliards de dollars [aux États-Unis], vous allez voir que nous serons loin de la récession! »

La Chancelière de l'Allemagne, Angela Merkel

Doit-on aller jusque-là?

Le niveau d’endettement est très élevé dans plusieurs pays occidentaux. C’est un problème. Et, l’Allemagne continue d’affirmer qu’il faut s’attaquer d’abord et avant tout à ce problème fondamental. L’Allemagne est exigeante parce que c’est elle qui paie une bonne partie de la note pour aider les pays européens en difficulté. En même temps, c’est elle aussi qui a largement contribué à l’endettement excessif de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et de l’Irlande, en exportant quantité de biens dans ces pays. L’Allemagne a profité de la crise, accusent les plus critiques. Et la chute de l’euro a aussi servi ses exportateurs.

Berlin doit peut-être revoir ses positions. Alternatives économiques rapportait dans son édition de septembre les propos de Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Schröder, qui disait ceci : « Il serait à la fois tragique et ironique que l’Allemagne réunifiée provoque pour la troisième fois, par des moyens pacifiques cette fois et avec les meilleures intentions du monde, la ruine de l’ordre européen. »

Nous sommes à un tournant. Plus d’austérité, plus de contraction économique? Ou une pause dans l’austérité, plus de déficit sans doute, plus de dette aussi, avec un espoir que cette fois-ci, ce sera assez pour relancer l’économie?

Encore de l’austérité? Vraiment?

Vendredi 28 septembre 2012 à 12 h 46 | | Pour me joindre

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L’économie mondiale continue de ralentir, et la crise ne cesse de prendre de l’ampleur, en Espagne tout particulièrement, quatrième économie d’Europe. La Grande-Bretagne est en récession, plusieurs autres pays de la région le sont aussi. Et la France semble se diriger vers une récession, selon les prévisions de sa banque centrale.

Les budgets pour l’exercice 2013 sont dévoilés un peu partout et comportent encore plusieurs mesures d’austérité. Pourtant, cette austérité a provoqué, dans les dernières années, des chutes de revenus publics plus importantes encore que la réduction des dépenses prévue par plusieurs gouvernements. Comme le chien qui se mord la queue, on tourne en rond et on creuse son trou toujours un peu plus profondément.

Les chiffres d’austérité sont les suivants :

Manifestation à Athènes contre l'austéritéEncore 15 milliards de dollars en Grèce, qui n’en finit plus de mourir. Il faut encore compresser et comprimer. Il faut couper davantage dans la fonction publique et les mesures sociales pour être en mesure d’obtenir une nouvelle tranche d’aide de l’Europe et du FMI.

L’Espagne est plongée dans une crise économique terrible : le quart de sa population active est au chômage. Malgré tout, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy annonce des mesures visant à couper près de 50 milliards de dollars dans ses dépenses. Déréglementations de différents secteurs et compressions dans les programmes sociaux sont prévues.

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault

La France est dans une situation moins périlleuse, mais tout de même préoccupante. Les Français ne sont pas convaincus que leur nouveau président, François Hollande, a les bons remèdes pour redresser la situation. Le budget annoncé aujourd’hui par Paris prévoit des réductions budgétaires de près de 13 milliards de dollars et des hausses d’impôt pour les entreprises et les particuliers de plus de 25 milliards de dollars.

Et puis, il y a l’Allemagne, qui ralentit sérieusement. Alternatives économiques écrit dans son édition de septembre 2012 que « l’économie allemande a tiré profit de la crise grâce à des taux d’intérêt exceptionnellement bas et la baisse du taux de change de l’euro, qui a dopé ses exportations ». Mais, aujourd’hui, l’économie du pays d’Angela Merkel fléchit aussi et pourrait s’approcher du niveau de récession.

Combien de temps cette glissade va-t-elle durer?  Et quelle sera l’ampleur de l’effet sur l’économie mondiale, notamment sur la Chine, qui a besoin de son partenaire européen pour continuer à prospérer? Tout est lié, vous le savez…

Faudrait-il permettre aux pays d’Europe d’investir massivement dans leur économie et de reporter à plus tard la réduction de leur endettement? Ou faut-il continuer sur le chemin douloureux de l’austérité et de la récession avec pour objectif (ou espoir) d’assainir une fois pour toutes les finances publiques?