Billets classés sous « récession »

Bien malin celui qui va prévoir la prochaine crise. Cela dit, certains s’y risquent et parfois ils ont raison. George Soros, financier milliardaire américain, avait vu venir la crise de 2008, mais disait en 2011 que la crise grecque allait être pire. Aujourd’hui, il affirme que les marchés financiers lui font penser à la situation de 2008 juste avant le déclenchement de la crise financière. Et puis, il y a le ministre des Finances de Grande-Bretagne, George Osborne, qui parle, lui, d’un « cocktail dangereux » de risques économiques de toutes sortes : faibles investissements, difficultés à recalibrer une économie qui s’appuie trop sur l’endettement des consommateurs.

L’année 2016 est critique, selon lui. Et les problèmes de la Chine ressemblent à une crise, dit George Soros. À la lecture de ces propos inquiets, le pire est-il donc à venir? Ou donne-t-on trop d’importance aux projections les plus négatives?

En ce premier anniversaire de l’attentat contre Charlie Hebdo, à Paris, l’économiste Bernard Maris, qui faisait partie des 11 victimes de l’attaque des frères Kouachi, pourrait réitérer ce qu’il a souvent expliqué : le capitalisme carbure au risque, à l’incertitude et à l’opacité*. Et nous en avons possiblement une nouvelle illustration aujourd’hui.

Sur un ton un peu plus neutre, le gouverneur de la Banque du Canada affirme, lui, que la chute boursière à Shanghai ne reflète pas nécessairement l’état de l’économie chinoise, que l’économie mondiale devrait retrouver une certaine accélération plus tard en 2016 et que les Canadiens doivent être patients. Il faudra du temps pour que le Canada complète sa transition d’une économie qui dépend trop des ressources à une économie plus diversifiée.

Baisse de taux en vue? Pas de signal clair en ce sens, mais si les taux obligataires canadiens suivent la tendance à la hausse des États-Unis, la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser son taux directeur, une possibilité de plus en plus considérée par les économistes. En attendant, Stephen Poloz laisse sous-entendre qu’il faudra voir ce que le gouvernement Trudeau entend faire en matière de stimulation de l’économie.

Il est difficile d’annoncer avec conviction ce qui s’en vient. La croissance économique se poursuit, mais les marchés boursiers sont instables et les signaux négatifs se multiplient.

*Un an après l’attentat contre Charlie Hebdo, un film sur l’économiste Bernard Maris, victime de cette attaque, est à l’affiche à la Cinémathèque québécoise, à Montréal. Oncle Bernard – l’anti-leçon d’économie sera présenté jusqu’au 17 janvier.

2015 : climat, pétrole, récession

Vendredi 18 décembre 2015 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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En venant travailler ce matin, je me disais que c’était donc pratique de marcher jusqu’à l’autobus, puis jusqu’au travail en chaussures et en petit manteau d’automne. J’ai presque sorti mes gants, imaginez! Un matin de décembre à New York ressemble à ça, mais ce n’est pas trop normal pour Montréal, n’est-ce pas?

Un voisin me disait cette semaine qu’il en avait vu, des Noëls sans neige. Et que le phénomène El Nino y est probablement pour quelque chose cette année. N’empêche que d’année en année, on bat des records de températures sur notre belle planète pendant que l’activité humaine ne cesse de réchauffer la Terre.

C’est sur cette note que 2015 se termine. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres enjeux qui nous préoccupent et qui retiennent notre attention. Mais l’enjeu climatique, longuement discuté à Paris au cours des deux premières semaines de décembre et qui a mené à un accord à 195 pays, est certainement le défi économique de notre époque. Et ces jours très doux de décembre semblent nous servir d’exemple ou de rappel de la tâche à accomplir pour limiter les dégâts. Parce que c’est de ça dont il s’agit : limiter le réchauffement et non l’empêcher.

Cette année qui s’achève est donc celle d’un espoir : celui de voir les dirigeants du monde se rassembler autour d’un objectif commun. L’accord de Paris est exceptionnel parce que la planète s’est entendue sur un texte, sur un plan de match. Maintenant, à chacun d’établir ses cibles pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Tous devront en faire plus. Les cibles connues pour l’instant ne permettront pas de limiter le réchauffement à 1,5 ou à 2 degrés Celsius.

1- L’accord de Paris

L’accord de Paris est donc l’événement économique de 2015 à mes yeux. On ne peut pas espérer un développement, une prospérité et une croissance durable sans un programme sérieux en matière d’impact environnemental. Il faut réduire notre empreinte carbone, il faut miser sur les énergies renouvelables et les innovations vertes. La décarbonisation de l’économie est en cours. Des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des économistes l’ont compris.

L’entente conclue à la Conférence des Nations unies servira de guide, de cadre pour la suite des choses. Si elle n’est pas aussi exigeante que plusieurs l’auraient voulu, elle est mieux que l’absence d’accord. Elle réunit le monde sur des objectifs précis. L’engagement vaut cher.

parisIl faut donner au gouvernement français, à François Hollande, à Laurent Fabius et à Ségolène Royal le crédit pour cet accord. Beaucoup d’énergies ont été investies dans la réussite de cette conférence. Si l’accord de Paris est l’événement le plus marquant de l’économie en 2015, les leaders français doivent être considérés comme étant les personnalités économiques de l’année. Cet accord aura plus d’effet et sera franchement plus important sur le plan historique et économique que les événements en Grèce.

2- Le drame grec

Cela dit, ce qui s’est passé en Grèce aura aussi marqué 2015. Un nouveau gouvernement de gauche, qui tient tête au FMI avant de céder aux demandes des créanciers pour être finalement reporté au pouvoir en septembre. La tragédie grecque a été totale. Rocambolesque, elle nous a fourni plusieurs épisodes dans nos bulletins d’informations. Le film, toutefois, est répétitif : la dette grecque est insoutenable, l’austérité exigée est trop difficile à imposer et à supporter, et le drame grec risque de se jouer encore.

3- La chute du pétrole

La chute du pétrole s’est poursuivie en 2015. Et contrairement à ce que les économistes nous ont souvent expliqué, la baisse des prix de l’énergie n’a pas galvanisé l’économie mondiale. Au contraire, cette chute des ressources s’accompagne d’une montée d’incertitude qui ramène les investisseurs vers les actifs américains jugés les plus sûrs. La hausse du taux directeur en décembre par la Réserve fédérale, une première en près de 10 ans, ne viendra qu’accentuer cette ruée vers les actifs américains.

La chute du pétrole pourrait se poursuivre pendant que la Chine continue de décélérer et que l’Arabie saoudite refuse de céder un millimètre sur ses parts de marché. Un bras de fer est engagé avec les États-Unis et la Russie, mais surtout avec l’Iran, qui est de retour dans le marché mondial du pétrole avec la levée des sanctions internationales. L’Arabie saoudite ne veut rien céder et l’offre de pétrole demeure abondante, largement plus élevée que la demande.

4- Au Canada : récession, baisse de taux et chute du dollar

L’effondrement du pétrole a entraîné notre dollar canadien en glissade constante. Selon l’économiste en chef de Desjardins, François Dupuis, le dollar tombera sous les 70 ¢US. Les exportateurs pourraient en profiter, mais ils sont aux prises avec une concurrence de plus en plus vive auprès de leur premier partenaire, les États-Unis, qui se tournent de plus en plus vers les produits chinois.

moreanLe Canada affronte aujourd’hui de nouveaux défis structurels. Et comme me l’écrivait l’économiste Jean-Pierre Aubry il y a quelques jours, la récession qu’a connue le Canada dans la première moitié de 2015 n’est pas un accident, mais un avertissement.

Le Canada dépend trop des ressources naturelles. La productivité est trop faible, la chute du dollar canadien n’est plus le signal automatique d’une formidable reprise pour les manufacturiers et les exportateurs. Et le Canada, et surtout le Québec, connaît un vieillissement marqué de sa population.

Il faut ajouter l’endettement des Canadiens, qui soulève des inquiétudes, et l’apparition d’une bulle immobilière dans certains marchés, des zones à risque, selon le ministre des Finances Bill Morneau et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

La réponse des autorités sera importante pour l’avenir économique du pays. Le nouveau gouvernement veut stimuler l’économie et le moment est sans doute propice à une telle approche. Et la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser de nouveau son taux directeur après l’avoir fait à deux reprises en 2015. Le gouverneur Poloz a même évoqué la possibilité (très peu probable) d’amener le taux directeur en territoire négatif.

5- Les jeunes entrepreneurs

Cette année 2015 nous donne un autre espoir, celui de la place qu’entend prendre la génération Y, les jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans, 25 ans, 30 ans. Les jeunes Québécois veulent se lancer en affaires. Ils ont de bonnes idées, ils sont nés avec les technologies, les applications, ce sont des créateurs de solutions. Ils sont créatifs et ils n’ont pas peur de foncer et de se lancer. Ils n’ont pas de barrières géographiques, mentales, culturelles. Ils respirent en français, travaillent souvent en anglais, apprennent une troisième puis une quatrième langue.

L’indice entrepreneurial du Québec nous apprenait récemment que 20 % des Québécois ont l’intention de se lancer en affaires. C’est probablement l’effet des Taillefer, Archambault, Brown, Dutil et j’en passe. Chez les 18-34 ans, ce taux double à 37 %. C’est phénoménal. J’ai interrogé une entrepreneure de 21 ans à RDI économie cet automne, Frédérique Rioux, qui a fondé Millenya, qui organise des événements.

La génération Y n’est pas individualiste. Elle a une vision de la société différente des autres générations. Elle a un rapport au monde qui n’est pas le même que le mien ou celui de mes parents. Les jeunes habitent le monde, via les médias sociaux, interagissent avec lui, voyagent, s’expriment, s’engagent. Ils sont conscients des vrais défis de notre époque : l’environnement et les inégalités sociales.

Ce genre de choses me rend très optimiste.

Taux, mise de fonds et hypothèque

Vendredi 11 décembre 2015 à 16 h 09 | | Pour me joindre

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Vous voulez vous acheter une maison ou vous souhaitez renouveler votre hypothèque? Que faire? Les derniers jours, et les prochains aussi, soulèvent un lot de questions légitimes auxquelles on va tenter de répondre dans ce billet.

Ottawa augmente la mise de fonds hypothécaire. Est-ce que ça vous touche?

Le ministre des Finances Bill Morneau a décidé de resserrer les règles hypothécaires afin de calmer la flambée immobilière de Vancouver et de Toronto. Ainsi, lors de l’acquisition d’une propriété principale, le capital minimum sur les premiers 500 000 $ sera toujours de 5 %. Mais, ensuite, après 500 000 $, ce sera 10 %.

Si vous achetez une maison de 700 000 $, la mise de fonds sera de 5 % sur les premiers 500 000 $, soit 25 000 $. Et elle sera de 10 % sur les suivants 200 000 $, soit 20 000 $. La mise de fonds sera alors de 45 000 $ (25 000 + 20 000). Le taux de capital minimum est ainsi de 6,4 % sur l’ensemble de l’achat.

Si vous êtes déjà titulaire d’une hypothèque, ces changements ne vous touchent pas.

Pourquoi le gouvernement resserre-t-il les règles hypothécaires?

Les dernières données sur les prix et les reventes de maisons nous montrent clairement que les marchés de Toronto et de Vancouver sont en surchauffe ou s’en s’approchent. Des hausses de prix de 10 à 18 % en octobre sur un an, des reventes en hausse de 40 % à Vancouver et de 14 % à Toronto.

prix des maisons

Pendant ce temps, la Banque du Canada envoie des signaux de baisses de taux. Pourquoi?

Le ralentissement de l’économie canadienne se poursuit. Au cours de 6 des 9 premiers mois de 2015, le PIB était en baisse au Canada. L’économie est malmenée par la chute des prix du pétrole qui se poursuit, par une reprise des exportations qui tarde à se matérialiser, malgré la croissance américaine. Des économistes commencent à évoquer la possibilité d’une baisse de taux en 2016, possiblement en mars.

La banque centrale a même évoqué la possibilité de réduire son taux directeur jusqu’à un taux négatif de -0,5 %. Tout en précisant qu’il est très peu probable qu’il soit obligé d’aller aussi bas, le gouverneur Stephen Poloz n’a pas hésité à expliquer en long et en large l’étendue des outils qu’il a à sa disposition pour intervenir en cas de crise. La réduction du taux directeur en territoire négatif obligerait les banques privées à payer la Banque du Canada pour y déposer leurs liquidités. En appliquant un taux négatif, la banque centrale souhaiterait pousser les banques privées à remettre davantage d’argent dans l’économie.

Le taux variable sur les hypothèques pourrait-il devenir négatif?

Non. Le taux préférentiel des banques est actuellement de 2,7 %. Les banques ont le choix de réduire ce taux quand la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mais elles ne sont pas obligées. En admettant que la banque centrale fasse passer son taux directeur de 0,5 % actuellement à -0,5 %, il est possible que les banques abaissent leur taux préférentiel jusqu’à 1,7 %. La baisse pourrait être moindre.

Si vous avez un rabais de 0,5 ou 1 point de pourcentage sur le taux préférentiel, votre taux pourrait s’approcher de 0. Il serait étonnant que les banques privées abaissent leur taux préférentiel au point de voir certains clients, avec un fort rabais sur leur hypothèque, profiter d’un taux négatif.

Le dollar canadien chute. Pourquoi?

Pour trois raisons. La première, c’est que la Banque du Canada envoie des signaux de baisse de taux. En principe, le rendement sur un investissement au Canada pourrait être appelé à être moins élevé. La demande pour des actifs canadiens est donc moins forte, et la demande pour le dollar canadien est moins élevée.

Deuxièmement, en même temps, la Réserve fédérale américaine s’apprête à augmenter pour la première fois depuis 2006 son taux directeur. Le rendement américain est appelé à grandir, ce qui attire les investisseurs vers les États-Unis. Cela fait que la demande pour le dollar américain est en hausse. Sa valeur grimpe face aux autres devises mondiales, dont le dollar canadien.

Et puis la chute du pétrole entraîne le dollar canadien en baisse. Du pétrole qui coûte moins cher nécessite une demande moins grande en dollars canadiens pour acheter le pétrole de l’Alberta, notamment.

Vous avez dit… récession mondiale?

Lundi 9 novembre 2015 à 17 h 14 | | Pour me joindre

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Le mot récession apparaît dans l’analyse de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) diffusée en ce début de semaine sur l’état de l’économie mondiale. Au rythme actuel, la croissance du commerce planétaire en 2015 touche des niveaux qu’on considérait, dans le passé, comme étant « associés à une récession internationale ».

Plusieurs experts considèrent qu’en bas de 3 % de croissance, le monde est en récession ou se trouve dans un contexte économique qui ressemble à une récession. On associe généralement une croissance du PIB mondial qui se situe entre 3 et 3,5 % à un fléchissement des matières premières.

Or, l’OCDE révise sa prévision pour 2015 de 3 à 2,9 % seulement. Et pour 2016, de 3,6 % à 3,3 %. Pourquoi? Parce que la Chine ne cesse de décélérer. Ses importations dégringolent. L’OCDE prévoit une hausse du PIB cette année de 6,8 %, l’an prochain, de 6,5 % et en 2017, de 6,2 %. Vous comprenez que la croissance de la Chine demeure forte, mais le ralentissement de sa croissance a un impact marqué sur l’économie mondiale.

Des pays exportateurs, comme le Canada, sont particulièrement ébranlés par ce qui se passe en Chine. Plusieurs pays qui ont des liens importants avec la Chine demeurent en récession. C’est le cas de plusieurs pays émergents comme la Russie et le Brésil. C’est le cas aussi de la Grèce. Dans ces trois cas, il n’est pas prévu qu’une reprise se pointe avant 2017.

La croissance est faible au Canada : 1,2 % cette année et 2 % l’an prochain. Elle demeure assez faible aux États-Unis à environ 2,5 %. Il y a tout lieu de croire que la Réserve fédérale va encore se montrer hésitante avant de relever son taux directeur, malgré les bonnes données récentes sur l’emploi.

chine

 

importations mondiales

exportations

 

5 faits sur la récession au Canada

Mardi 1 septembre 2015 à 14 h 10 | | Pour me joindre

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Au milieu de la campagne électorale, il est clair que la confirmation d’une récession au pays peut avoir un effet politique non négligeable. Mais allons au-delà des intérêts politiques et regardons les chiffres de près pour en tirer le portrait le plus factuel possible.

1. Officiellement, le Canada est ou était en récession. La loi C-59 associée au budget du 21 avril dernier présenté par le ministre Oliver définit la récession comme étant une « période d’au moins deux trimestres consécutifs de croissance négative du produit intérieur brut réel du Canada dont Statistique Canada fait état en vertu de la Loi sur la statistique ». Avec une baisse du PIB annualisée de 0,8 % et de 0,5 % au cours des deux premiers trimestres de 2015, Statistique Canada confirme donc que le Canada est en récession.

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2. En juin, dernier mois du deuxième trimestre, le Canada a connu une croissance de son PIB de 0,5 %, un fort rebond qui laisse croire, selon les économistes, à une reprise de l’économie canadienne. Il faudra attendre les prochaines statistiques officielles pour affirmer que le Canada est sorti de récession après les deux premiers trimestres de l’année. Selon les économistes, le Canada a retrouvé la croissance au cours du troisième trimestre, actuellement en cours (juillet, août, septembre).

3. Cette récession est atypique, en raison de la croissance de la consommation des ménages et la croissance également de l’emploi. Il faut savoir que les économistes ont une définition plus large, plus détaillée de ce qu’est une récession. Aux États-Unis, le National Bureau of Economic Research affirme qu’une récession signifie un déclin économique de plusieurs mois, qui se fait sentir dans la production, l’emploi et le revenu réel, notamment. La contraction n’est pas confinée à un seul secteur de l’économie, affirme l’organisme.

4. La faiblesse de l’économie canadienne vient en bonne partie de la baisse des investissements des entreprises : reculs de 10,9 % au premier trimestre et de 7,9 % au deuxième trimestre. La chute du dollar canadien touche aussi les importations, qui sont en baisse de 1,4 % au cours du deuxième trimestre. En retour, les dépenses de consommation ont augmenté de 2,3 %, et les exportations, de 0,4 %.

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5. À la lumière de ces données, plusieurs économistes sont d’avis que la Banque du Canada ne devrait pas abaisser ses taux d’intérêt une troisième fois cette année. Cela dit, comme on l’expliquait dans deux billets précédents, la croissance plus lente aura un effet sur l’objectif de l’équilibre budgétaire à Ottawa.

Le fragile équilibre budgétaire

Mercredi 26 août 2015 à 14 h 05 | | Pour me joindre

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Dans la mesure où le prix du pétrole allait demeurer élevé, le plan de match budgétaire du gouvernement conservateur fonctionnait. Qu’on soit d’accord ou non, jusqu’à l’an dernier, le retour à l’équilibre allait bon train, avec les compressions dans les dépenses, la hausse continuelle des revenus, la réduction année après année du déficit et la réduction des impôts.

Aujourd’hui, avec la chute de 60 % des prix du pétrole, la situation budgétaire s’est considérablement fragilisée. De peine et de misère, le ministre des Finances Joe Oliver est arrivé à dégager un surplus dans le budget 2015-2016 qu’il a présenté en avril dernier, un surplus qui sera, de toute évidence, difficile à atteindre compte tenu du ralentissement de l’économie. Une récession technique, soit deux trimestres négatifs de suite, devrait être confirmée mardi prochain par Statistique Canada.

En fait, en baissant les impôts des entreprises, en abaissant la TPS à deux reprises, en bonifiant un cadeau fiscal comme le CELI, en élargissant la Prestation universelle pour enfants et en permettant le fractionnement des revenus des couples qui ont des enfants de moins de 18 ans, le gouvernement s’est privé de dizaines de milliards de dollars en revenus annuellement. L’objectif de ces mesures était de remettre de l’argent dans les poches des contribuables et de stimuler ainsi, par leur consommation, l’économie canadienne.

En théorie, ça peut marcher. En pratique, dans la réalité, ces soutiens économiques n’ont pas permis au Canada d’améliorer véritablement son bilan économique. L’économiste Éric Pineault nous dit souvent qu’il observe, lui, depuis 2010, une véritable stagnation de l’économie canadienne et des pays occidentaux en général. Un autre économiste, Jean-Pierre Aubry, préfère parler de croissance lente.

Ce matin, dans le Globe and Mail, l’ancien sous-ministre aux Finances à Ottawa Kevin Lynch écrit que la croissance canadienne est lente depuis un bon moment déjà, et que c’est le boom pétrolier qui a permis de masquer quelque peu cette situation au cours des dernières années. Aujourd’hui, l’effondrement des cours du pétrole exprime avec clarté le manque de diversification de l’économie canadienne.

Pour arriver à l’équilibre en avril dernier, le ministre Oliver a usé de quelques stratégies que nous avions expliquées à l’époque :

  • il a réduit sa réserve pour éventualités de 3 à 1 milliard de dollars;
  • il a empoché 1 milliard de dollars en vendant des actions de GM;
  • il a réorganisé la caisse des congés maladie et invalidité de la fonction publique, un gain de 1 milliard de dollars dans les comptes du gouvernement;
  • et il a réduit la marge de manoeuvre du gouvernement face aux prévisions du secteur privé sur le PIB : plutôt que de retrancher environ 3 milliards de dollars de ses revenus, il n’a enlevé que 1 milliard, un gain donc de 2 milliards.

La baisse des taux d’intérêt et le surplus de l’assurance-emploi ont aussi permis au gouvernement d’atteindre l’équilibre.

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry, le ralentissement de l’économie et le rétablissement des marges habituelles de prudence (face au privé et la réserve de 3 milliards) devraient se traduire par un déficit d’environ 5 milliards de dollars en 2015-2016, et non un surplus de 1,4 milliard.

Ainsi, peu importe qui prend le pouvoir le 19 octobre prochain, l’atteinte du déficit zéro cette année nécessitera soit un rebond économique formidable, une hausse des prix du pétrole ou des compressions importantes dans les dépenses.

RDI économie : saison 8!

Lundi 17 août 2015 à 11 h 36 | | Pour me joindre

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C’est un plaisir de vous retrouver. Aujourd’hui, on lance la huitième saison de RDI économie. C’est, je vais vous l’avouer, au-delà de mes espérances. Je ne le réalise pas très bien, mais nous présenterons quelque part d’ici un an une 2000e émission de RDI économie! L’aventure a été lancée quelques jours avant l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. Et, depuis, on explique, on analyse, on tente de mettre en contexte, de faire entendre des points de vue différents sur les enjeux de la finance et de l’économie.

Je saisis le privilège qui est celui d’animer une émission, d’entrer dans les foyers de milliers de gens tous les jours. C’est un privilège, mais c’est aussi une responsabilité. Celle de présenter les faits, avec équilibre, sans fioritures, à l’abri de la démagogie et des a priori, dans le plus grand respect des citoyens qui nous choisissent.

Ce travail, c’est moi qui vous le présente tous les jours, mais c’est l’oeuvre de toute une équipe. Une petite équipe, dévouée, engagée, créative. Je les remercie d’ailleurs d’être aussi dédiés à la tâche. Sans eux, rien de tout cela ne serait possible.

Cette saison sera chargée. D’abord parce que nous sommes en pleine campagne électorale et parce que le Canada est possiblement en récession. Nous allons décortiquer les propositions économiques des partis politiques, nous allons contextualiser les ralentissements de l’économie canadienne. Nous concoctons aussi plusieurs émissions spéciales au cours de la prochaine saison, des émissions que nous présenterons dans certaines villes du pays, des émissions sur la consommation, les impôts et le commerce électronique notamment.

Et le 5 septembre, j’aurai le plaisir d’animer une table ronde sur les paradis fiscaux en marge de la présentation du film Le prix à payer sur les ondes d’Ici Radio-Canada Télé.

Nous voulons aussi prendre le temps de faire de la « prospective » avec la présentation tous les lundis à RDI économie d’une chronique consacrée à l’économie de demain. Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui se trame en ce moment, qu’est-ce que vous devez savoir, pour comprendre ce qui s’en vient bientôt, demain, dans les prochaines années? Je pense que cette chronique sera très utile.

Nous lancerons également une série d’entrevues avec des meneurs inspirants. À suivre. Nous allons aussi continuer, bien sûr, de répondre à vos questions à RDI économie, de suivre l’actualité, la chute du yuan, les difficultés de Bombardier, etc.

C’est parti!

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Au moment où notre regard est tourné vers la Grèce, notre propre économie vacille. La chute des cours du pétrole depuis un an a eu l’effet d’une douche froide sur l’économie canadienne. Et nous commençons à en réaliser l’impact réel. La donnée statistique sur le PIB du mois d’avril vient de faire réapparaître le mot qu’on ne veut pas voir : récession. Le Canada serait peut-être en récession.

Avant l’analyse, les faits : la baisse du PIB en avril est de 0,1 %. C’est le quatrième recul mensuel de suite. Le secteur de l’extraction minière, gazière et pétrolière est en déclin depuis cinq mois maintenant.

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La définition la plus mécanique de la récession, c’est deux trimestres de suite en baisse. D’autres définitions existent, mais c’est celle-ci qui est la plus simple et la plus utilisée.

Selon Desjardins, « les probabilités d’un second recul [du PIB] au deuxième trimestre sont assez élevées. [...] Il est plutôt vraisemblable que la croissance du PIB réel par industrie demeure assez modeste dans les mois à venir, considérant les difficultés du secteur de l’énergie et leurs répercussions négatives sur plusieurs autres secteurs d’activité. Il est donc probable que l’économie canadienne soit actuellement en récession technique.

Dans les circonstances, il est « probable », selon Desjardins, que la Banque du Canada annonce une nouvelle baisse de son taux directeur le 15 juillet prochain. La CIBC va dans le même sens : il y aura une baisse du taux directeur dans 15 jours.

« L’économie canadienne vacille et se trouve au bord de la récession technique », écrit pour sa part la TD.  La probabilité d’une nouvelle baisse du taux directeur grandit, à son avis.

La firme Nomura s’attend à ce que les données du secteur des ressources aient été négatives pour mai et juin en raison du ralentissement de production engendré par les feux de forêt en Alberta, baisse d’environ 10 % dans la production de pétrole des sables bitumineux. Ainsi, le deuxième trimestre aura probablement été négatif, baisse de 0,5 %, selon Nomura, ce qui confirmerait ainsi une récession technique.

Mais…

Analyse divergente à la Nationale : « Malgré la faible croissance dans la première moitié de 2015, l’économie n’est pas sur le point de glisser en récession. Le marché du travail montre des signes d’accélération dans les heures travaillées et les ventes de gros produits vont bien comme on a pu le constater dans les statistiques de ventes d’autos et de mises en chantier en mai. »

Le niveau d’emplois à temps plein est à un record. Et la bonification de la prestation universelle pour enfants, annoncée dans le dernier budget et qui se répercutera dans les chèques gouvernementaux délivrés en juillet, va stimuler la consommation des Canadiens, selon la Nationale, dans les mois suivants. Cette bonification équivaut à 0,7 % du PIB. Les exportations devraient aussi bénéficier de la croissance américaine.

Pendant ce temps, la Réserve fédérale prépare une hausse de son taux directeur qui aura lieu, selon plusieurs experts, en septembre. Il est rare de voir les économies canadienne et américaine évoluer de façon aussi distincte. C’est dire l’importance de l’énergie dans le PIB canadien et le déficit réel de diversification économique.

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Depuis plusieurs décennies, c’est toujours le consommateur qui soutient l’économie. Comme sa rémunération a peu augmenté au fil du temps en tenant compte de l’inflation, il a dû s’endetter. Et, aujourd’hui, il est très endetté.

L’État aussi est très endetté. Et il compte sur la croissance de l’économie pour toucher plus de revenus, qui proviennent essentiellement des impôts des particuliers, des entreprises aussi, mais dans une moindre mesure, et des taxes à la consommation. Pour s’assurer que ces revenus vont continuer d’augmenter, les décideurs comptent sur qui d’après vous?

Sur vous!

Nous sommes en 2015. Bien que les consommateurs, qui sont par ailleurs des travailleurs, des citoyens, des parents, des voisins, des chômeurs et j’en passe… bien que les consommateurs soient endettés jusqu’aux oreilles, on continue de tenter de stimuler votre consommation pour faire tourner l’économie et générer des revenus supplémentaires pour l’État.

Mais, attention. Je ne dis pas qu’il faut cesser de consommer. Votre beau-frère, qui est propriétaire de sa quincaillerie, et votre sœur qui a son salon de massothérapie, a besoin de votre consommation. La roue doit tourner pour que tout le monde mange!

Ce qui est embêtant, c’est la consommation à crédit. À très gros crédit. La Banque du Canada nous disait avant les fêtes – et avant de baisser ses taux d’intérêt! – que parmi les ménages endettés, 12 % étaient très endettés et responsables à eux seuls de plus de 40 % de l’endettement au Canada. Ces gens ont des dettes qui représentent 250 % de leurs revenus disponibles. Ça comprend les hypothèques, les prêts automobile, qui ont fortement augmenté dans les dernières années, les prêts personnels, le crédit.

La firme de recherche McKinsey Global Institute nous apprend aujourd’hui que le processus de réduction de l’endettement qui suit habituellement des crises et des récessions a été très limité depuis l’effondrement qu’on a connu en 2008 et 2009. En fait, la dette des pays, des individus et des entreprises est plus élevée aujourd’hui qu’avant la crise dans la plupart des 47 pays étudiés. Ce constat est inquiétant. Nous sommes, plus que jamais, exposés aujourd’hui à d’autres crises et à des menaces plus fortes à la stabilité financière internationale.

Depuis 2007, la dette globale a monté de 57 mille milliards de dollars à près de 200 mille milliards de dollars, 286 % du PIB planétaire. Les pays les plus touchés par la crise, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande ont vu l’endettement des ménages baisser. Mais, ailleurs, notamment au Canada, le taux d’endettement n’a cessé de grimper.

Ce rapport met en lumière la situation du Canada en soulignant que le pays a maintenant un taux d’endettement des ménages plus élevé que les sommets atteints aux États-Unis et au Royaume-Uni avant l’éclatement de la crise immobilière. La dette des ménages canadiens représente 92 % du PIB du pays, comparativement à 77 % aux États-Unis et à 54 % en Allemagne.

Le Canada fait partie des pays où la dette des ménages a le plus augmenté depuis 2007. Le ratio dette/revenus disponibles a monté de 22 points de pourcentage au Canada, tout juste derrière… la Grèce. Regardez ce graphique :

Pour consulter ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

N’est-ce pas inquiétant?

Comment augmenter les taux d’intérêt dans un tel contexte sans provoquer des faillites à la chaîne? Comment les pays les plus endettés vont-ils parvenir à surmonter ce poids financier sans mettre à risque leur économie et le bien-être de leur population? Comment peut-on aujourd’hui gérer correctement les dettes des gouvernements et les dettes des ménages? Comment la locomotive de la consommation à crédit peut-elle poursuivre sa route à toute vitesse?

C’est donc Krugman qui avait raison?

Vendredi 26 avril 2013 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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« Paul Krugman a gagné » annonçait sur son blogue mercredi l’ancien analyste financier de la CIBC et de Merrill Lynch, Henry Blodget, dont la carrière s’est écroulée avec l’éclatement de la bulle techno au début des années 2000. Il anime aujourd’hui The Daily Ticker sur Yahoo et dirige The Business Insider. Mais, c’est une autre histoire.

Concentrons-nous sur Paul Krugman. Il a gagné quoi au juste?

Selon le blogueur, et selon plusieurs observateurs, cinq ans après le début de la crise, force est de constater que les tenants de l’austérité avaient tort. La crise européenne ne cesse de prendre de l’ampleur, tandis que plusieurs pays endettés ont été obligés d’imposer de sévères mesures d’austérité, qui ont réduit considérablement le niveau de vie des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, notamment. L’austérité n’a rien réglé.

Ajoutons à cela les États-Unis avec un endettement qui dépasse les 100 % du PIB, mais qui ont du mal à générer des revenus nouveaux et durables au moment où la reprise est extrêmement timide. Paul Krugman a toujours dénoncé les coupes budgétaires américaines. Il affirmait qu’il fallait continuer à stimuler l’économie pour assurer une reprise durable, des revenus supplémentaires et à une réduction de la dette à long terme.

« Il est rare que des débats économiques se terminent par un K.-O. technique, écrit le chroniqueur Paul Krugman dans le New York Times ce matin. Mais le grand débat des dernières années entre les keynésiens, qui militent en faveur de dépenses gouvernementales durables et en croissance durant les temps de dépression, et les pro-austérité, qui exigent des réductions de dépenses immédiates, s’achève, du moins dans le monde des idées.

« En ce moment, poursuit Krugman, la position de ceux qui favorisent l’austérité a implosé. Non seulement leurs prédictions touchant le monde réel ont complètement échoué, mais la recherche scolaire sur laquelle ils appuyaient leur position était finalement truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques discutables. »

Le chroniqueur fait référence aux économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, qui ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Un pays qui arrive à un niveau d’endettement représentant 90 % de son PIB ne voit pas sa croissance baisser de 0,1 %, comme ils l’affirmaient, mais croître plutôt de 2,2 % en moyenne. L’étude des deux économistes avait largement été citée par les pays occidentaux pour justifier les mesures d’austérité. Les experts qui ont découvert l’erreur dans le tableau Excel de Rogoff et Reinhart s’entendent tout de même avec eux pour dire qu’un endettement grandissant à long terme n’est pas soutenable pour les finances publiques.

Il faut ajouter qu’en début d’année, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait à titre personnel, de concert avec un autre économiste du FMI Daniel Leigh, que les experts avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance. Leur déclaration a fait grand bruit.

Pourquoi tant d’austérité alors? Pourquoi ce discours est-il encore très présent malgré un affaiblissement de sa domination dans les derniers mois?

Paul Krugman affirme qu’une « partie de la réponse repose certainement sur le désir très répandu de considérer les questions économiques comme un jeu moral, comme une histoire d’excès et de conséquences. Nous visons au-dessus de nos moyens, l’histoire se répète, et maintenant nous payons le prix inévitable ».

Selon lui, on peut expliquer longtemps que des dépenses supplémentaires vont réduire le chômage, « on s’en fout, bien des gens ont la profonde impression que nous vivons dans le péché et que la rédemption viendra de la souffrance ».

Voilà où nous en sommes. Depuis 2010, on annonce année après année une reprise durable de l’économie américaine et de l’économie mondiale. Nous sommes en 2013 et les prochains mois seront encore décevants selon les prévisionnistes. Mais, encore là, il y a de l’espoir parce que les signaux sont encourageants aux États-Unis.

Que faire? Les autorités politiques et économiques doivent encore se poser la question aujourd’hui et continuer de tirer des leçons de ce qui est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a, dans les pays développés, 26 millions de jeunes de 15 à 24 ans qui sont au chômage ou qui ne sont pas à l’école selon The Economist. C’est inquiétant. Comment réagir? Compte tenu des espoirs de reprise, doit-on poursuivre sur la voie de l’austérité ou stimuler l’économie pour asseoir cette reprise?