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L’obsession du déficit zéro

Vendredi 7 décembre 2012 à 13 h 24 | | Pour me joindre

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J’avais demandé à l’ex-ministre des Finances Raymond Bachand en 2010 si son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 n’était peut-être pas un peu irréaliste. Et si finalement on n’aurait pas dû attendre un peu, quelques années de plus, pour éviter de se retrouver à trop taxer les citoyens et à trop couper dans les dépenses pour équilibrer le budget.

Il faut savoir que le déficit du Québec était moins important que celui de ses partenaires et concurrents, qui présentaient alors des plans de retour à l’équilibre sur une plus longue période.

Nicolas MarceauIl m’avait dit qu’il était absolument nécessaire pour le Québec de mettre de l’ordre rapidement dans ses finances publiques en raison de ses défis à moyen et à long terme. On pense surtout à la question du vieillissement de la population, qui est plus accentué au Québec.

Raymond BachandLe Parti québécois a décidé de maintenir le calendrier établi par le gouvernement Charest afin de respecter l’objectif d’équilibrer les finances publiques en 2013-2014. C’est à Nicolas Marceau et à Stéphane Bédard que revient finalement cette tâche qui s’annonçait difficile en 2010 et qui l’est encore plus aujourd’hui, on est à même de le constater.

Soyons francs : c’est un effort quasi surhumain qui est exigé dans les ministères du gouvernement du Québec et dans les sociétés d’État. On doit couper et on doit atteindre des degrés d’efficience en quelques mois seulement.

Je n’ai pas des compétences en gestion. Mais je travaille pour une institution publique et je peux vous dire que, pour de bonnes et parfois de moins bonnes raisons, les virages et les changements prennent du temps à se faire. La culture institutionnelle est forte. Les employés sont bien protégés. Les façons de faire sont installées et standardisées.

Et donc je me demande sérieusement comment le gouvernement du Québec réussira à réduire de 522 millions de dollars les dépenses des ministères et entités, en quelques mois seulement, sans réduire le nombre d’emplois, sans réduire les services aux citoyens, sans provoquer des affrontements et des contestations de toutes parts.

Le Parti québécois, parce qu’il propose un projet politique qui est considéré comme un facteur d’instabilité par les agences de notation et les milieux d’affaires, doit faire mieux que les autres. Si le PQ avait décidé de reporter à plus tard l’équilibre budgétaire, on l’aurait accusé d’amateurisme, d’incompétence et on aurait réclamé la démission du gouvernement.

Le ministre des Finances Nicolas Marceau a ainsi présenté un budget d’austérité et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard est arrivé avec les mauvaises nouvelles jeudi matin : on coupe partout, un peu plus que prévue même. Il le faut si on veut atteindre l’équilibre!

Il est difficile d’en vouloir au gouvernement de couper, si on a claironné qu’il ne fallait pas reporter l’équilibre budgétaire. Mais il est difficile d’imaginer qu’on développe le Québec en comprimant dans la recherche universitaire à hauteur de 37,5 millions de dollars, dans l’aide à l’emploi pour un total de 55 millions et dans le Fonds de développement économique, une réduction de 58 millions de dollars.

Est-ce que l’objectif du déficit zéro n’est pas trop audacieux?

Combien va coûter cette course au déficit zéro?

À quel prix va-t-on l’atteindre?

Le calcul de Nicolas Marceau

Vendredi 23 novembre 2012 à 13 h 45 | | Pour me joindre

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Vous êtes nombreux à vous demander comment le gouvernement Marois va arriver à l’équilibre budgétaire au cours de l’exercice 2013-2014. Certains doutent, n’y croient pas. D’autres croient que c’est responsable et raisonnable. Chose certaine, le chemin pour y arriver est très certainement parsemé d’embûches.

Voici donc les chiffres, essentiellement repris de la page A.19 du budget :

Raymond Bachand, ex-ministre des Finances, avait dressé un plan pour arriver à l’équilibre budgétaire en 2013-2014. À partir de ce plan, le nouveau gouvernement a constaté une impasse de 1,434 milliard de dollars.

  • ralentissement économique : -605 millions
  • dépenses supérieures aux prévisions : -829 millions
  • total : -1,434 milliard 

 

Pour arriver à l’équilibre, le gouvernement prévoit les mesures suivantes. Ce qui est accompagné d’un astérisque (*) signifie que les mesures pour arriver à amasser la somme visée demeurent à être identifiées et/ou réalisées.

  • compressions dans les dépenses : 829 millions*
  • réductions dans les autres organismes : 100 millions*
  • économie d’intérêt sur la dette (1) : 25 millions
  • gestes d’efficience des sociétés d’État : 290 millions*
  • efforts additionnels – lutte contre l’évasion fiscale : 80 millions*
  • réduction de l’aide aux entreprises : 68 millions
  • taxe sur le tabac : 130 millions
  • taxe sur la bière, le vin et les spiritueux : 100 millions
  • taxe sur la masse salariale des institutions financières : 80 millions
  • total : 1,702 milliard

 

Décisions et mesures du budget 2013-2014 :

  • mesures budgétaires : 40 millions
  • mesures fiscales : 28 millions
  • provisions pour éventualités : 200 millions
  • total : 268 millions

 

1,702 milliard – 268 millions = 1,434 milliard, ce qui permet d’arriver au déficit zéro.

Maintenant, est-ce que ces chiffres vont tenir la route? Est-ce que la croissance sera plus faible qu’attendu? Est-ce que les ministères réussiront à effectuer toutes les compressions nécessaires? Est-ce que le gouvernement sera en mesure d’atteindre ses nouveaux objectifs en matière de lutte contre l’évasion fiscale? Chose certaine, l’atteinte du déficit zéro demeure vulnérable à une foule de facteurs qui pourraient être difficiles à maîtriser.

(1) en raison d’un remboursement direct de la dette de 1 milliard à même les sommes du Fonds des générations.

Les chiffres de Nicolas Marceau

Vendredi 5 octobre 2012 à 15 h 03 | | Pour me joindre

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Alors, voici les chiffres livrés par le ministre des Finances Nicolas Marceau et par le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard. Rien sur les hausses d’impôts et de taxes, il faudra attendre mercredi prochain pour en savoir davantage.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, fait le point sur les finances publiques.1- Le déficit de 2012-2013 sera plus important que prévu en raison de la radiation d’actifs liée à la fermeture de Gentilly-2. Le ministre refuse de donner un montant précis, mais ça pourrait se situer de 2,5 milliards à 2,8 milliards de dollars.

2- Les dépenses ont dépassé de 1,1 milliard les prévisions budgétaires au 31 août 2012. Cette somme devra être résorbée par les ministères a dit le président du Conseil du Trésor, tel qu’attendu. La croissance des dépenses a été de 2,6 % en moyenne depuis le début de l’exercice. Il était prévu 2 %.

3- La croissance économique est moins forte qu’attendu par le gouvernement libéral (et par le PQ si l’on se fie à son cadre financier). Un manque à gagner de 500 millions devra être compensé par la provision de 300 millions du gouvernement, par une intensification de la lutte à l’évasion fiscale et par — merci aux marchés — une baisse des coûts d’emprunt obligataire.

4- Le gouvernement maintient son objectif de déficit zéro pour 2013-2014, mais ne dit pas comment il va y arriver. La croissance économique sera moins forte qu’attendu en 2013, les hausses des droits de scolarité et des tarifs d’électricité sont annulées et on ne sait toujours pas comment le gouvernement va réussir à combler l’abolition de la contribution santé. Les fonctionnaires y travaillent et une réponse sera donnée mercredi.

Il est important de préciser qu’au cours des neuf derniers exercices budgétaires, les prévisions de croissance des dépenses n’ont pas été respectées à huit reprises. Comment le gouvernement pourra-t-il y arriver cette année et l’an prochain avec des objectifs audacieux de croissance des dépenses de seulement 2 % et 1,8 % respectivement?

Tout est à faire…

 

Les propositions du Parti libéral

Vendredi 17 août 2012 à 13 h 53 | | Pour me joindre

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Je complète mon tour d’horizon des principales propositions économiques des partis représentés à l’Assemblée nationale. Ce dernier blogue coïncide avec la publication des cadres financiers du Parti libéral et de la Coalition avenir Québec.

Aujourd’hui, pour terminer, voici les mesures économiques du Parti libéral. Ce soir, notre invité sera Raymond Bachand, candidat dans Outremont pour le Parti libéral à RDI Économie à 18 h 30 (HAE). Retrouvez d’ailleurs ces entrevues sur www.radio-canada.ca/elections-economie.

Jean Charest et son équipe.

Voici donc les principales propositions économiques du Parti libéral :

  • équilibre budgétaire en 2013-2014;
  • réduction de 3 à 2 % du niveau de croissance des dépenses en 2014-2015, 600 millions de dollars;
  • création de 250 000 emplois en 5 ans, dont 50 000 seront des « emplois verts »;
  • taux de chômage de 6 % et plein emploi prévu pour 2017;
  • renouvellement de la Stratégie québécoise sur la recherche et l’innovation orientée vers les technologies vertes, les sciences de la vie, l’aérospatiale et les technologies;
  • plan manufacturier pour aider les entreprises à trois niveaux : innovation et commercialisation de nouveaux produits, nouveaux procédés et développement de nouveaux marchés d’exportations;
  • Fonds Ambition Québec de capital de risque pour financer des acquisitions d’entreprises à l’étranger; 1 milliard du gouvernement et d’Investissement Québec;
  • « Mesures qui permettront aux entreprises québécoises d’évaluer une proposition d’achat et de pouvoir refuser, ce qui n’est pas le cas actuellement »;
  • exonération fiscale d’impôt des gains en capital de 750 000 $ pour les propriétaires de PME qui souhaitent vendre leur entreprise à un membre de leur famille;
  • exonération fiscale d’impôt des gains en capital de 1 000 000 $ au lieu de 750 000 $ pour le transfert familial d’une entreprise agricole québécoise;
  • incitatif de 120 $ par mois en plus de l’aide sociale pour les jeunes de moins de 21 ans qui se lancent dans un parcours de retour en emploi;
  • hausse du nombre de personnes seules admissibles à la Prime au travail;
  • crédit d’impôt de près de 20 % des dépenses admissibles jusqu’à concurrence de 3000 $ pour des travaux de rénovation verte;
  • indexation à l’inflation du tarif des garderies à 7 $;
  • abaissement de 65 à 62 ans de l’âge d’admissibilité au crédit d’impôt allant jusqu’à 1500 $ pour les travailleurs expérimentés;
  • « Réduction de la taxe sur la masse salariale allant jusqu’à 1000 $ pour les entreprises qui emploient des personnes de 65 ans et plus »;
  • « Nouveaux soutiens salariaux pour l’embauche et l’intégration en emploi des travailleurs expérimentés de 55 ans et plus »;
  • immigration : plus de points pour les demandeurs qui détiennent déjà une offre d’emploi;
  • CPE en entreprise : crédit d’impôt de 50 % des coûts récurrents d’exploitation d’un service de garde en entreprise;
  • « Épargne Plan Nord » : crédit d’impôt allant jusqu’à 500 $ pour un investissement annuel maximal de 5000 $ dans des produits financiers élaborés par les Fonds de travailleurs et Capital régional et coopératif Desjardins;
  • 50 millions de dollars pour des programmes de formation à distance basée sur les besoins du Plan Nord;
  • 2,5 milliards sur 5 ans pour soutenir les travaux sylvicoles et la gestion des forêts;
  • 268 millions sur 5 ans pour développer une industrie forestière « adaptée à l’évolution des marchés »;
  • appuis financiers de 330 millions à Québec pour : nouvel amphithéâtre, Théâtre Le Diamant, Nouvelles-Casernes, phase III de la promenade Samuel-De Champlain;
  • 55 millions pour les fêtes du 375e anniversaire de Montréal, qui s’ajoutent aux investissements prévus dans le budget (125 millions) pour le Biodôme, le Jardin botanique, l’Insectarium ainsi que le parc Jean-Drapeau, l’oratoire Saint-Joseph et le Musée des beaux-arts de Montréal;
  • 325 millions pour rénover les stations de métro de Montréal et ajout de 300 kilomètres de voies réservées pour le transport en commun;
  • remboursement du prix existant entre un véhicule électrique ou hybride et un véhicule à essence de catégorie comparables pour les propriétaires de taxi;
  • ajout de « plusieurs millions » pour les diffuseurs pluridisciplinaires;
  • majoration du crédit d’impôt pour les aidants naturels;
  • aide financière de 100 $ par enfant, non imposable, pour l’achat d’articles scolaires;
  • financement doublé pour le programme d’Aide aux devoirs;
  • hausse des droits de scolarité maintenue à 254 $ par année sur 7 ans et mise en place du plan annoncé d’accessibilité aux études (prêts, bourses, remboursement proportionnel au revenu).

Merci de me faire part de vos observations. Bonne fin de semaine. Bon débat dimanche soir!

Dans le cadre de la campagne électorale au Québec, je vous annonce que RDI Économie va présenter des entrevues avec les cinq candidats « économiques » des cinq partis représentés à l’Assemblée nationale. Les entrevues seront diffusées la semaine prochaine :

  • lundi : Christian Dubé (CAQ)
  • mardi : Jean-Martin Aussant (ON)
  • mercredi : Françoise David (QS)
  • jeudi : Nicolas Marceau (PQ)
  • vendredi : Raymond Bachand (PLQ)
—-

J’aimerais beaucoup poser quelques questions de votre part. 

Avez-vous une question « économique » à poser à l’un ou l’autre des candidats?

N’hésitez pas, allez-y, écrivez-moi cette fin de semaine, je veux lire vos questions pour les candidats qui seront nos invités.

Et je vous remercie à l’avance!

 

Il n’est pas possible de chiffrer avec précision l’impact économique du conflit étudiant au Québec, pour deux raisons. D’abord, nous sommes au coeur des événements et nous ne sommes pas en pleine connaissance de l’état psychologique de tout un chacun et, par conséquent, de leurs réactions. Et puis, parce que, comme le conflit n’est pas terminé, on ne peut pas faire de bilan.

Raymond BachandCela dit, dans une entrevue accordée à RDI Économie hier soir, le ministre des Finances Raymond Bachand nous a livré son analyse sur les répercussions économiques du conflit actuel. Je vous signale que nous lui avons d’abord demandé de commenter la démission de la ministre de l’Éducation Line Beauchamp. Après quelques secondes de silence, il a déclaré, l’émotion dans la voix : « Je suis très triste. C’est une collègue que j’aime beaucoup. »

Sur la perturbation économique, le ministre est ferme : « Oui, ça nuit à l’économie. [Surtout] les gestes de déstabilisation économique délibérée parce qu’au-delà des leaders étudiants, il y a des groupes. Je n’accuse pas nos trois leaders, il y a des groupes derrière. Vous lisez leurs textes. Ce sont des groupes anti-capitalistes, marxistes, et qui le disent ouvertement, qu’ils veulent déstabiliser l’économie. »

Raymond Bachand affirme que le commerce ralentit à Montréal à cause du conflit. « Dans les restaurants, ça baisse. Dans les théâtres, ça baisse », a-t-il dit.

Jusqu’à maintenant, plusieurs chercheurs et économistes ont fait des hypothèses de toutes sortes pour tenter de calculer le coût économique de la crise actuelle. Quantité de professeurs de cégep sont payés en ce moment, mais ne peuvent pas enseigner. Plusieurs seront payés en heures supplémentaires quand viendra le temps de reprendre les cours perdus. Si les sessions sont annulées, les jeunes et leur famille devront payer plus cher pour reprendre les cours. Les étudiants arriveront plus tard sur le marché du travail. Entre-temps, plusieurs vont rater l’emploi qu’ils convoitaient pour l’été.

Sans être devenu un sujet de conversation à Londres, Paris ou New York, le conflit étudiant et surtout la violence de certains affrontements entre les casseurs et les policiers se sont retrouvés dans plusieurs journaux, sur plusieurs sites web. Cela fait craindre un impact sur le tourisme. Alors que la saison des festivals est lancée, le maire de Montréal Gérald Tremblay a exprimé à quelques reprises son inquiétude, implorant le gouvernement du Québec de régler le conflit.

Le ministre des Finances était notre invité lundi soir parce que les données publiées vendredi sur l’emploi au Québec étonnent, pour ne pas dire détonnent. Il s’est créé 60 000 emplois en deux mois. L’économie du Québec va-t-elle si bien? Si oui, le conflit actuel, qui nuit à l’économie du Québec selon Raymond Bachand, va-t-il stopper net cette poussée de l’emploi?

Nous vivrons d’ici un an et demi une élection générale au Québec. Laissons aux observateurs aguerris le plaisir de spéculer sur le moment du déclenchement de cette élection. Intéressons-nous plutôt à l’un des enjeux qui seront discutés durant la prochaine campagne électorale : les charges fiscales.
 
Alors que le gouvernement Charest nous dit que nous en avons plus dans nos poches depuis son arrivée au pouvoir en 2003, l’opposition officielle promet, si elle est élue, d’annuler la contribution santé, de réduire certains avantages fiscaux et d’augmenter l’impôt des plus riches. Le Parti québécois veut ralentir ou stopper le mouvement qui s’est accéléré au Québec en faveur du principe de l’utilisateur-payeur.
 
PauvretéL’économiste Pierre Beaulne publie un texte éclairant dans un livre qui vient de paraître : Sortir de l’économie du désastre sous la direction de Bernard Élie et Claude Vaillancourt à M Éditeur. Il explique qu’un virage vers une « fiscalité d’usagers » s’est amorcé au Québec depuis déjà plusieurs années, « au tournant des années 90 ». Ce mouvement s’est ainsi amorcé sous le Parti québécois.
 
 
D’abord, Bernard Landry, ministre des Finances sous Lucien Bouchard, a réduit les impôts de 850 millions de dollars en 2008 et a fait passer le nombre de paliers d’imposition de 5 à 3. Le gouvernement du Parti québécois de l’époque avait alors décidé d’augmenter la taxe de vente du Québec de 6,5 à 7,5 %.
 
Puis, « le grand coup, selon Pierre Beaulne, est venu avec les budgets Landry de 1999 et de 2000 et le budget Marois de 2001 qui accordaient des baisses d’impôt sur le revenu des particuliers atteignant cumulativement 3,5 milliards de dollars après trois ans. Cela représente une réduction de 20 % sur les quelque 17,1 milliards de recettes générées par cet impôt en 2000 ».
 
Son analyse est étendue sur plusieurs années : « Cela dit, on peut prendre la mesure de l’impact considérable des réductions d’impôts consenties dans ces budgets quand on observe que les revenus tirés de cet impôt se situaient à 18,1 milliards de dollars en 2007, comparativement à 17,1 milliards en 2000. En sept ans, les revenus tirés de l’impôt sur le revenu des particuliers ont progressé d’à peine 6 %, alors que le PIB progressait de 27,7 %. C’est tout un freinage. »
 
En mai 2007, la ministre libérale des Finances Monique Jérôme-Forget a annoncé une baisse d’impôts de 950 millions de dollars, profitant d’un transfert du fédéral à l’occasion d’un règlement sur le « déséquilibre fiscal ». Pierre Beaulne affirme que « l’impôt sur le revenu des particuliers du Québec a glissé de 7,6 % du PIB en 2000 à 6,6, % en 2010, ce qui représente un manque à gagner de trois milliards de dollars ».
 
 Le « virage » s’est accentué et s’est confirmé dans le budget 2010-2011 du ministre Raymond Bachand. Le gouvernement a alors annoncé l’introduction d’une contribution santé de 200 $ par citoyen gagnant plus de 15 000 $ par année, une nouvelle hausse de la TVQ, une série de hausses de la taxe sur les carburants, l’indexation des tarifs, la hausse des droits de scolarité de 325 $ par année pendant 5 ans et la majoration des tarifs d’électricité sur le bloc patrimonial à partir de 2014.
 
On dit souvent que le gouvernement Harper s’est privé de revenus en réduisant les taxes à la consommation et les impôts des entreprises. Or, le Québec a pris le même tournant il y a plus de 10 ans en réduisant les impôts des particuliers. Le problème, c’est qu’à Ottawa, les revenus montent tout seuls, ou presque! Alors qu’à Québec, il faut compenser avec des hausses de taxes et de tarifs.
Un journaliste économique peut éprouver le même plaisir attentif à la lecture d’un budget qu’un croyant catholique qui lit la Bible.
 
Ne soyez pas trop convaincu de cette phrase d’amorce, mais soyez sûr d’une chose : c’est à la lecture, calme et paisible, avec quelques jours de recul, qu’on peut trouver dans un plan budgétaire une foule d’informations peu ou pas mentionnées le jour et le lendemain du budget. À la télé, à la radio, ça va vite, il faut aller à l’essentiel.
 
Alors, voici quelques-unes des mesures du budget Bachand dont on n’a peu ou pas parlé :
 
TRAVAILLEURS D’EXPÉRIENCE
 
Québec annoncera une « stratégie pour une participation active des travailleurs d’expérience » d’ici la fin de la session parlementaire en cours. Cette stratégie est importante, puisque la population de 55 ans et plus est passée de 20 % en 1970 à 35 % en 2011 et atteindra 43 % en 2030. « Le taux de participation au marché du travail de la population de 55 à 69 ans, est-il écrit dans le budget, se situe à 55 % ailleurs au Canada », alors qu’il n’est « que de 47 % au Québec ». Il faut donc trouver des solutions pour garder les Québécois plus longtemps au travail. L’âge moyen de la retraite au Québec est de 61 ans, alors qu’il est de plus de 62 ans au pays.
 
Tout cela s’ajoute à ce dont on a déjà parlé la semaine dernière et par les années passées :
 
  • un crédit d’impôt pour les travailleurs de 65 ans et plus ;
  • un crédit d’impôt pour les employeurs qui embauchent des personnes de plus de 65 ans ;
  • une hausse de la rente (RRQ) dès 2013 pour ceux qui la demande après 65 ans ;
  • une réduction de la rente (RRQ) dès 2014 pour ceux qui la demande avant 65 ans.
 
FORMATION – EMPLOI
 
Québec a rappelé dans son budget une annonce faite début février : la création d’Investissement-compétences, une initiative financée par le Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre (147 millions) et par le Fonds de développement du marché du travail (214 millions). L’objectif, c’est de favoriser la formation et l’offre de stages et « améliorer l’adéquation entre la formation professionnelle et technique et les besoins du marché du travail ».
 
Le Québec est, selon le gouvernement, « la seule juridiction en Amérique du Nord où l’on exige des entreprises d’une certaine taille (masse salariale supérieure à 1 million de dollars) un investissement annuel minimal en formation équivalant à 1 % de leur masse salariale ». Malgré cela, « le Québec se situe en queue de peloton en ce qui a trait à la formation continue ».
 
LES JEUNES
 
Donnée inquiétante : « la proportion de prestataires d’aide sociale âgés de moins de 25 ans issus de familles prestataires s’élève à 64 % ». Pour amener les jeunes à sortir de cette situation et à entreprendre une nouvelle démarche d’insertion au marché du travail, le gouvernement a créé en 2007 le programme « Alternative jeunesse » pour aider les jeunes à se trouver de l’emploi. La prestation est plus avantageuse que celle de l’aide sociale et peut donner des résultats intéressants. Ainsi, « sur 10 jeunes qui participent à Alternative jeunesse, 6 quittent l’assistance sociale ».
 
Québec octroie aussi un crédit d’impôt pour les jeunes diplômés qui s’installent en région éloignée. Le montant maximal du crédit sera dorénavant de 10 000 $ pour les diplômés du collège ou de l’université. Ainsi, ce changement « permettra d’éliminer l’impôt à payer au Québec pour un minimum de trois ans pour une personne dont le revenu s’élève à 35 000 $ ».
 
LES NOUVEAUX ARRIVANTS
 
Plusieurs mesures pour les nouveaux arrivants au Québec depuis moins de 5 ans et dont le taux de chômage est de 19,7 %. Ainsi, Québec prévoit ramener le délai de traitement des demandes d’immigrations en moins d’un an en 2016. Pour y arriver toutefois, la demande de certificat de sélection passe de 406 $ à 750 $.
 
Aussi, Québec annonce les mesures suivantes :
 
  • programme Mon premier emploi au Québec pour accompagner rapidement les nouveaux arrivants dans leur recherche d’emploi;
  • programme Interconnexion pour favoriser l’intégration des immigrants qualifiés au marché du travail de Montréal;
  • création de trois nouveaux pôles du programme Interconnexion, à Gatineau, Québec et Sherbrooke;
  • programme PRIIME pour les employeurs : 50 % du salaire d’un immigrant est payé par l’État, un immigrant qui en est à une première expérience en Amérique du Nord dans son champs de compétence – avec restrictions;
  • programme Passerelle pour aider financièrement les nouveaux arrivants à se trouver un emploi en région.
 
LE SECTEUR MANUFACTURIER
 
Près de 170 000 emplois ont été perdus dans le secteur manufacturier au Québec depuis une décennie. Malgré cela, ce secteur est encore névralgique pour le Québec. C’est 90 % des exportations du Québec. Et le salaire moyen est supérieur de près de 15 % dans le secteur manufacturier à celui de l’ensemble de l’économie. Les exportateurs se tournent de plus en plus vers l’Europe et les pays émergents.
 
Différentes mesures ont été annoncées dans les dernières années pour soutenir le secteur. Des investissements de 10 millions sont prévus d’ici 2015 pour aider notamment à l’intégration informatique. « Les investissements annuels dans les TIC (technologies de l’information et des communications) par travailleur sont de 30 % à 40 % inférieurs au Canada par rapport aux États-Unis. [...] De plus, par rapport à ce qui est observé ailleurs au Canada, le Québec accuse un retard en matière d’investissement dans le secteur des TIC. »
 
L’un des secteurs qui sont visés, c’est l’industrie de la mode et du vêtement qui emploie 38 000 personnes au Québec. Ce secteur doit composer avec baisse de ses exportations, une concurrence étrangère féroce, parfois fatale, et une montée des « chaînes étrangères » dans le marché québécois. Le gouvernement octroi ainsi 2 millions pour soutenir le Bureau de la mode de Montréal, 4 millions pour aider le secteur à développer des marchés extérieurs et 500 000 $ pour un comité de travail pour analyser la situation, faire des recommandations et développer une stratégie.
 
FONDACTION CSN
 
Québec continue d’appuyer les fonds de travailleurs. « Le plafond annuel d’émission sera relevé de 25 millions de dollars par années sur trois ans pour atteindre 175 millions de dollars en 2013, 200 millions en 2014 et 225 millions en 2015. »
 
TOURISME
 
Québec annonce un crédit d’impôt pour la modernisation de l’hébergement touristique. Partout au Québec sauf dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec, les propriétaires d’établissements d’hébergements auront droit à un crédit d’impôt de 25 % sur les dépenses encourues pour des rénovations après les premiers 50 000 $ investis, jusqu’à 750 000 $. Agrandissements, remplacements d’appareils sanitaires, remplacement ou ajout de conduites d’eau et d’autres travaux sont admis.
 
CULTURE
 
Québec ajoute 41 millions sur 3 ans pour la culture. Cet argent ira à la conservation du patrimoine culturel, à quelques musées, au mécénat culturel, au Conseil des arts et des lettres, aux médias communautaires, à la numérisation de contenus culturels, à la production d’événements multimédias à l’extérieur du Québec, aux comédies musicales et à la mise en place d’un comité « chargé d’évaluer l’opportunité de soutenir financièrement l’aménagement d’ateliers d’artistes à Montréal ». Québec prévoit aussi 30 millions de dollars pour la construction du théâtre Le Diamant à Québec, à partir des fonds prévus pour les infrastructures.
 
Malgré tout, pour la première fois en plusieurs années, la contribution gouvernementale au secteur culturel a baissé, passant de 776 millions en 2010-2011 à 770 millions en 2011-2012.
 
Je retourne à mes lectures…

Êtes-vous plus riches, oui ou non?

Mercredi 21 mars 2012 à 13 h 04 | | Pour me joindre

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Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a présenté mardi un budget tranquille, sans annonce majeure, tentant de faire oublier les mauvaises nouvelles d’il y a deux ans, qui prennent effet budget après budget. On a beaucoup parlé des ressources, des retraites, du déficit et de la dette mardi. Mais il ne faut pas oublier qu’en 2012 plusieurs taxes, tarifs et cotisations augmentent : TVQ, taxe sur l’essence, contribution santé, droits de scolarité et cotisations à la RRQ. Des centaines de millions de dollars de plus qui vont dans le financement des dépenses de l’État.

Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, lors du dépôt du budget provincial 2012-2013Compte tenu de ces charges supplémentaires, Raymond Bachand tenait à nous dire que les Québécois, depuis 2003, ont un revenu disponible aujourd’hui plus élevé. « Une fois dressé le bilan des mesures prises depuis 2003, on constate que les ménages québécois se retrouvent avec plus d’argent dans leurs poches en 2012 qu’il y a neuf ans », est-il écrit dans le document complémentaire au budget Les Québécois et leur revenu disponible.

Le fiscaliste Stéphane Leblanc de la firme Ernst and Young calcule les choses autrement et arrive à une autre conclusion. Voici son analyse.

Depuis 2003, le gouvernement Charest a annoncé pour 5,6 milliards de dollars de mesures favorables aux contribuables :

  • baisse d’impôt : 950 millions de dollars en janvier 2008;
  • déduction  pour travailleur : 588 millions de dollars;
  • soutien aux enfants : 547 millions de dollars;
  • prime au travail : 304 millions de dollars;
  • indexation des mesures et des tables d’imposition : 2,7 milliards de dollars;
  • crédit pour solidarité : 510 millions de dollars.

Cela dit, le fiscaliste Leblanc me dit que « l’indexation ne procure pas d’avantages aux contribuables. Elle procure simplement la conservation de [son] pouvoir d’achat ». Autrement dit, les paliers d’impôt suivent l’inflation. Par exemple, en 2011, le niveau d’imposition de 20 % s’appliquait sur les revenus de 39 060 $ à 78 120 $. En 2012, ce palier s’applique sur les revenus de 40 100 $ à 80 200 $.

Ainsi, soyons très clairs. Un travailleur qui gagnait 39 000 $ en 2011 était imposé à terme à 16 %. Si les paliers d’impôts n’étaient pas indexés, et qu’en 2012, son salaire augmente en fonction de l’inflation à 40 000 $, il tomberait à terme au taux d’imposition de 20 %. En indexant les tables d’impôt, le gouvernement permet au citoyen de maintenir son pouvoir d’achat. Ce n’est pas un gain ça! C’est un maintien.  

« Donc, ma conclusion, m’écrit Stéphane Leblanc, c’est qu’il y a pour 2,9 milliards de dollars de mesures favorables [depuis 2003 et non pas 5,6 milliards]. » En page A45 du budget, on constate que les efforts réclamés aux contribuables s’élèvent à 3,8 milliards de dollars. « On peut donc conclure, selon lui, que les contribuables ont un manque à gagner de 900 millions de dollars. »

Budget Bachand : les attentes

Lundi 19 mars 2012 à 11 h 33 | | Pour me joindre

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La feuille de route du ministre des Finances du Québec se trouve dans le budget 2010-2011 et c’est dans cet exercice-là que se trouve l’essentiel de ce qu’on va retrouver dans le troisième budget de Raymond Bachand mardi après-midi.
 
Le ministre va chercher à attirer l’attention pour 2012-2013 sur les aînés et les régimes de retraite. Il aura sans doute raison de le faire parce que ces enjeux sont importants. Mais il ne faudra pas oublier que les annonces d’il y a deux ans vont prendre pleinement effet au cours de l’exercice suivant le budget de mardi.
 
Le ministe des Finances du Québec, Raymond Bachand, et le premier ministre Jean Charest.
Le ministre présente un budget dans un cadre difficile. L’économie a ralenti, le chômage a augmenté et la zone euro est en récession. Mais, nouvelle encourageante, l’économie américaine est en reprise. Ça demeure toutefois fragile. Québec ne peut pas trop compter sur des sommes supplémentaires d’Ottawa au moment où le gouvernement fédéral est en compressions. Néanmoins, un premier chèque de 733 millions de dollars sera versé par le gouvernement Harper au gouvernement du Québec dans le cadre du règlement sur l’harmonisation de la TPS et de la TVQ.
 
Ainsi, d’abord et avant tout, plusieurs taxes et tarifs augmentent cette année :
 
- la TVQ a augmenté d’un autre point le 1er janvier dernier, de 8,5 à 9,5 %;
 
- la taxe sur l’essence passera à 18,2 ¢ le 1er avril, hausse de 20 % en 3 ans, et une nouvelle augmentation de 1 ¢ est prévue pour 2013;
 
- la contribution santé passe de 100 $ à 200 $ par personne cette année;
 
- les droits de scolarité vont augmenter de 325 $ cette année, première hausse en 5 ans.
 
Ensuite, on s’attend à quelques annonces dans le budget de mardi :
 
- beaucoup de mots et peut-être quelques annonces sur les ressources et le Plan Nord;
 
- des annonces « très ciblées et structurantes », a dit le ministre Bachand sur le secteur manufacturier;
 
- répétition d’une annonce, celle d’Investissement-compétences dont le budget est déjà alloué ici et là pour stimuler la formation dans les PME;
 
- des annonces sur les soins à domicile pour les aînés et les aidants naturels;
 
- détails possibles sur le Régime volontaire d’épargne retraite, déjà annoncé l’an dernier, mais le ministre pourrait attendre le rapport d’Alban D’Amours sur les régimes de retraite d’ici la fin de l’année;
 
- bonification des prêts et bourses?
 
Du point de vue financier, il est prévu ceci :
 
- déficit budgétaire pour 2012-2013 : 1,5 milliard après un déficit de 3,8 milliards en 2011-2012;
 
- 9,1 milliards de dollars en infrastructures en 2012-2013, si on se fie au Plan québécois des infrastructures 2010-2015, ce qui fait augmenter la dette;
 
- croissance des dépenses de seulement 2,4 %? Est-ce que M. Bachand va y arriver?
 
Quelques chiffres…
 
- Croissance de 1,6 % prévue en 2012 au Québec;
 
- Taux de chômage actuel de 8,4 %;
 
- Mises en chantiers – 2 premiers mois de 2012 : baisse de 9 % sur les 2 premiers mois de 2011;
 
- Dette brute : probablement autour de 184 milliards aujourd’hui (56 % du PIB).
 
À demain, au budget, en direct, à 15 h 30 à RDI, puis à 18 h 15 à RDI Économie, sur nos ondes. Ce sera suivi d’une discussion en direct sur www.radio-canada.ca/vosfinances à 19 h (HAE). À ne pas manquer…