Un journaliste économique peut éprouver le même plaisir attentif à la lecture d’un budget qu’un croyant catholique qui lit la Bible.
Ne soyez pas trop convaincu de cette phrase d’amorce, mais soyez sûr d’une chose : c’est à la lecture, calme et paisible, avec quelques jours de recul, qu’on peut trouver dans un plan budgétaire une foule d’informations peu ou pas mentionnées le jour et le lendemain du budget. À la télé, à la radio, ça va vite, il faut aller à l’essentiel.
Alors, voici quelques-unes des mesures du budget Bachand dont on n’a peu ou pas parlé :
TRAVAILLEURS D’EXPÉRIENCE
Québec annoncera une « stratégie pour une participation active des travailleurs d’expérience » d’ici la fin de la session parlementaire en cours. Cette stratégie est importante, puisque la population de 55 ans et plus est passée de 20 % en 1970 à 35 % en 2011 et atteindra 43 % en 2030. « Le taux de participation au marché du travail de la population de 55 à 69 ans, est-il écrit dans le budget, se situe à 55 % ailleurs au Canada », alors qu’il n’est « que de 47 % au Québec ». Il faut donc trouver des solutions pour garder les Québécois plus longtemps au travail. L’âge moyen de la retraite au Québec est de 61 ans, alors qu’il est de plus de 62 ans au pays.
Tout cela s’ajoute à ce dont on a déjà parlé la semaine dernière et par les années passées :
- un crédit d’impôt pour les travailleurs de 65 ans et plus ;
- un crédit d’impôt pour les employeurs qui embauchent des personnes de plus de 65 ans ;
- une hausse de la rente (RRQ) dès 2013 pour ceux qui la demande après 65 ans ;
- une réduction de la rente (RRQ) dès 2014 pour ceux qui la demande avant 65 ans.
FORMATION – EMPLOI
Québec a rappelé dans son budget une annonce faite début février : la création d’Investissement-compétences, une initiative financée par le Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre (147 millions) et par le Fonds de développement du marché du travail (214 millions). L’objectif, c’est de favoriser la formation et l’offre de stages et « améliorer l’adéquation entre la formation professionnelle et technique et les besoins du marché du travail ».
Le Québec est, selon le gouvernement, « la seule juridiction en Amérique du Nord où l’on exige des entreprises d’une certaine taille (masse salariale supérieure à 1 million de dollars) un investissement annuel minimal en formation équivalant à 1 % de leur masse salariale ». Malgré cela, « le Québec se situe en queue de peloton en ce qui a trait à la formation continue ».
LES JEUNES
Donnée inquiétante : « la proportion de prestataires d’aide sociale âgés de moins de 25 ans issus de familles prestataires s’élève à 64 % ». Pour amener les jeunes à sortir de cette situation et à entreprendre une nouvelle démarche d’insertion au marché du travail, le gouvernement a créé en 2007 le programme « Alternative jeunesse » pour aider les jeunes à se trouver de l’emploi. La prestation est plus avantageuse que celle de l’aide sociale et peut donner des résultats intéressants. Ainsi, « sur 10 jeunes qui participent à Alternative jeunesse, 6 quittent l’assistance sociale ».
Québec octroie aussi un crédit d’impôt pour les jeunes diplômés qui s’installent en région éloignée. Le montant maximal du crédit sera dorénavant de 10 000 $ pour les diplômés du collège ou de l’université. Ainsi, ce changement « permettra d’éliminer l’impôt à payer au Québec pour un minimum de trois ans pour une personne dont le revenu s’élève à 35 000 $ ».
LES NOUVEAUX ARRIVANTS
Plusieurs mesures pour les nouveaux arrivants au Québec depuis moins de 5 ans et dont le taux de chômage est de 19,7 %. Ainsi, Québec prévoit ramener le délai de traitement des demandes d’immigrations en moins d’un an en 2016. Pour y arriver toutefois, la demande de certificat de sélection passe de 406 $ à 750 $.
Aussi, Québec annonce les mesures suivantes :
- programme Mon premier emploi au Québec pour accompagner rapidement les nouveaux arrivants dans leur recherche d’emploi;
- programme Interconnexion pour favoriser l’intégration des immigrants qualifiés au marché du travail de Montréal;
- création de trois nouveaux pôles du programme Interconnexion, à Gatineau, Québec et Sherbrooke;
- programme PRIIME pour les employeurs : 50 % du salaire d’un immigrant est payé par l’État, un immigrant qui en est à une première expérience en Amérique du Nord dans son champs de compétence – avec restrictions;
- programme Passerelle pour aider financièrement les nouveaux arrivants à se trouver un emploi en région.
LE SECTEUR MANUFACTURIER
Près de 170 000 emplois ont été perdus dans le secteur manufacturier au Québec depuis une décennie. Malgré cela, ce secteur est encore névralgique pour le Québec. C’est 90 % des exportations du Québec. Et le salaire moyen est supérieur de près de 15 % dans le secteur manufacturier à celui de l’ensemble de l’économie. Les exportateurs se tournent de plus en plus vers l’Europe et les pays émergents.
Différentes mesures ont été annoncées dans les dernières années pour soutenir le secteur. Des investissements de 10 millions sont prévus d’ici 2015 pour aider notamment à l’intégration informatique. « Les investissements annuels dans les TIC (technologies de l’information et des communications) par travailleur sont de 30 % à 40 % inférieurs au Canada par rapport aux États-Unis. [...] De plus, par rapport à ce qui est observé ailleurs au Canada, le Québec accuse un retard en matière d’investissement dans le secteur des TIC. »
L’un des secteurs qui sont visés, c’est l’industrie de la mode et du vêtement qui emploie 38 000 personnes au Québec. Ce secteur doit composer avec baisse de ses exportations, une concurrence étrangère féroce, parfois fatale, et une montée des « chaînes étrangères » dans le marché québécois. Le gouvernement octroi ainsi 2 millions pour soutenir le Bureau de la mode de Montréal, 4 millions pour aider le secteur à développer des marchés extérieurs et 500 000 $ pour un comité de travail pour analyser la situation, faire des recommandations et développer une stratégie.
FONDACTION CSN
Québec continue d’appuyer les fonds de travailleurs. « Le plafond annuel d’émission sera relevé de 25 millions de dollars par années sur trois ans pour atteindre 175 millions de dollars en 2013, 200 millions en 2014 et 225 millions en 2015. »
TOURISME
Québec annonce un crédit d’impôt pour la modernisation de l’hébergement touristique. Partout au Québec sauf dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec, les propriétaires d’établissements d’hébergements auront droit à un crédit d’impôt de 25 % sur les dépenses encourues pour des rénovations après les premiers 50 000 $ investis, jusqu’à 750 000 $. Agrandissements, remplacements d’appareils sanitaires, remplacement ou ajout de conduites d’eau et d’autres travaux sont admis.
CULTURE
Québec ajoute 41 millions sur 3 ans pour la culture. Cet argent ira à la conservation du patrimoine culturel, à quelques musées, au mécénat culturel, au Conseil des arts et des lettres, aux médias communautaires, à la numérisation de contenus culturels, à la production d’événements multimédias à l’extérieur du Québec, aux comédies musicales et à la mise en place d’un comité « chargé d’évaluer l’opportunité de soutenir financièrement l’aménagement d’ateliers d’artistes à Montréal ». Québec prévoit aussi 30 millions de dollars pour la construction du théâtre Le Diamant à Québec, à partir des fonds prévus pour les infrastructures.
Malgré tout, pour la première fois en plusieurs années, la contribution gouvernementale au secteur culturel a baissé, passant de 776 millions en 2010-2011 à 770 millions en 2011-2012.
Je retourne à mes lectures…