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On sait que le Québec et l’Ontario tiendront leur prochain scrutin électoral à trois jours d’intervalle en octobre 2018, et voilà que les deux provinces décident de faire le point sur leurs finances publiques le même jour. L’Ontario a dévoilé sa mise à jour économique à 14 h (HNE) et le Québec, à 15 h. Il est clair que les premiers ministres Philippe Couillard et Kathleen Wynne s’entendent bien, partagent plusieurs convictions mutuelles. Mais, sur le plan budgétaire, l’écart entre le Québec et l’Ontario est franchement important.

Nous avons souvent dit que le Québec était en retard sur l’Ontario, notamment en ce qui a trait à son niveau de vie. C’est peut-être encore vrai aujourd’hui en regard du PIB par habitant. Mais depuis la récession de 2009, le Québec se trouve dans une situation largement plus enviable que l’Ontario sur le plan des finances publiques.

Le Québec a été moins touché par la récession que l’Ontario et a décidé d’adopter une approche plus austère en réduisant la croissance de ses dépenses. Le gouvernement Marois l’a fait en 2012-2013, le gouvernement Couillard l’a aussi fait en 2014-2015 et poursuit sur cette lancée cette année.

Les derniers chiffres dévoilés aujourd’hui le confirment.

D’ailleurs, on vous l’annonce : le Québec est déjà en surplus. Les comptes publics du ministère des Finances ont confirmé un surplus avant versement au Fonds des générations de 136 millions de dollars pour l’exercice 2014-2015 qui s’est terminé le 31 mars dernier. Pour la première fois depuis 2007-2008, le gouvernement du Québec affiche un surplus.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, dans sa mise à jour économique, a confirmé que l’ère des surplus va se poursuivre. Son gouvernement prévoit un excédent de 1,5 milliard de dollars en 2015-2016 et de 2,2  milliards en 2016-2017. Ces projections sont légèrement plus faibles que dans le budget présenté le printemps dernier, en raison d’une croissance économique plus faible que prévu.

Pendant ce temps, en Ontario, le gouvernement Wynne vise 2017-2018 pour revenir à l’équilibre budgétaire, soit trois ans plus tard que le Québec. En 2014-2015, Queen’s Park a enregistré un déficit de 10,3 milliards de dollars. En 2015-2016, on prévoit dans la mise à jour économique un déficit de 7,5 milliards de dollars, ce qui est mieux que prévu en raison de la vente d’actions d’Hydro One. En 2016-2017, le déficit devrait baisser à 4,5 milliards.

Cela dit, le Québec a une dette plus élevée que l’Ontario. La dette nette du Québec est à plus de 51 % du PIB, alors que l’Ontario est à 39 %. Mais le retour à l’équilibre du Québec représente un plan qu’apprécient les agences et qui permet au Québec de maintenir sa cote de crédit. Les difficultés de l’Ontario à juguler son déficit inquiètent en retour ces mêmes agences.

La note de crédit de l’Ontario a été abaissée et pourrait l’être encore par l’agence Moody’s, qui accole une perspective négative à la note de Aa2 de l’Ontario. Les notes de crédits du Québec et de l’Ontario sont aujourd’hui, essentiellement, les mêmes. Et l’Ontario est aujourd’hui bénéficiaire de la péréquation, comme le Québec.

Pour atteindre l’équilibre donc, le Québec a choisi d’imposer des mesures d’austérité, soit des compressions dans tous les secteurs, des réductions de dépenses dans la plupart des missions. Le gouvernement est tellement chiche qu’on constate même dans les comptes publics qu’il a dépensé 1 milliard de dollars de moins que prévu dans le budget 2014-2015. Pendant ce temps, les groupes sociaux et les syndicats manifestent leur désaccord avec des marches dans les rues et des jours de grève.

Je vous disais en début de texte que, sur le plan budgétaire, l’Ontario et le Québec s’étaient éloignés dans les dernières années. Mais on peut penser que la première ministre Wynne est tentée de s’inspirer de ce que fait le Québec. La croissance des dépenses prévue est de 2,4 % cette année, de 0,8 % l’an prochain et de 0,2 % ensuite.

En fait, l’Ontario s’aventure dans l’austérité pendant que le Québec va probablement commencer à s’en extirper à l’approche des élections de 2018. N’oubliez pas que le gouvernement Couillard a promis des baisses d’impôt. Il est en train de se donner la marge de manoeuvre nécessaire pour y arriver, coûte que coûte.

Pourquoi moins de riches au Québec?

Mardi 3 novembre 2015 à 14 h 14 | | Pour me joindre

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Le Québec est la seule province au pays à voir son nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches baisser. Ils étaient 43 360 à faire partie de ce club sélect en 2012. Ils sont passés à 40 825 en 2013, une baisse de près de 6 %. Dans l’ensemble du pays, nous sommes passés de 261 365 individus faisant partie des 1 % les plus riches en 2012 à 264 030 en 2013.

Comprenons-nous bien : on ne parle pas d’une fuite des capitaux au Québec. On parle plutôt d’une hausse du seuil de revenus pour faire partie des 1 % les plus riches qui est venue exclure, en 2013, des gens qui faisaient partie du grand club en 2012. Je vais y revenir.

C’est l’Alberta qui a bénéficié de la hausse la plus importante du nombre de personnes dans les 1 % les plus riches en raison, bien sûr, de l’exploitation des ressources. La part des personnes faisant partie de ce groupe dans le Canada et qui se trouve en Alberta est passée de 12,7 % en 2000 à 23,6 % en 2013. En Ontario, la chute est marquée sur la même période : on est passé de 51,7 % à 41,2 %. Mouvement à la baisse au Québec aussi, mais moins prononcé : en 2000, 17,2 % des 1 % et plus se trouvaient au Québec. En 2013, c’était 15,5 %.

Il est facile de comprendre pourquoi il y a de plus en plus de riches en Alberta. Il est plus difficile de saisir ce qui s’est passé au Québec pour que le nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches soit en baisse. Première explication : le seuil du 1 % a rapidement augmenté en raison de la richesse du pétrole, ce qui ne favorise pas le Québec. Mais, l’Ontario n’est pas vraiment plus favorisé, mais son nombre monte tout de même.

Deuxième explication : les riches du Québec sont moins riches qu’en Alberta ou en Ontario. Il y a probablement plus de membres du club du 1 % au Québec qui sont sur la limite qu’ailleurs au pays.

Et puis, autre explication possible : la fiscalité.

La concurrence fiscale joue un rôle majeur dans le déplacement des personnes les plus riches et des entreprises. La conférence TaxCoop, qui se tient ces jours-ci à Montréal, souligne avec raison l’impact de cet affrontement fiscal qui est en cours. Les provinces, les États, les pays ont tendance à réduire leurs impôts pour attirer des investissements. Cette compétition sur le plan fiscal réduit de plus en plus la capacité financière des gouvernements à soutenir leurs services publics. Et les endroits, qui vont dans le sens inverse, ne sont pas majoritaires.

Le gouvernement de Pauline Marois a tenté en 2012 d’augmenter les impôts des mieux nantis. Mal lui en prit, un branle-bas de combat s’est engagé dans la communauté d’affaires pour que le gouvernement revoie ses plans. Ce qu’il a fait en limitant la hausse des impôts. Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau, qui arrive au pouvoir au Canada, veut augmenter les impôts des personnes gagnant 200 000 $ et plus. Déjà, des gens d’affaires et des fiscalistes expriment leur opposition : en haussant le niveau d’imposition des plus riches, en additionnant l’impôt des provinces, le taux effectif dépassera le seuil apparemment psychologique de 50 %, ce qui pourrait favoriser le déplacement géographique fiscal ou l’évitement fiscal.

On comprend facilement que sans coordination fiscale, les efforts des provinces, des États et des pays qui veulent trouver des solutions durables seront vains. Hausser les impôts des entreprises et des plus riches n’est pas tendance ces jours-ci. Faire le contraire est la norme, semble-t-il, mais à quel prix? Les entreprises canadiennes ont pour 700 milliards de dollars en liquidités, de l’argent qui attend pour être investi dans l’innovation et l’emploi. Les gouvernements ont de plus en plus de mal à atteindre l’équilibre budgétaire.

Comment faire pour ralentir et mettre fin à cette guerre fiscale dont nous parle la fiscaliste Brigitte Alepin et qui est expliquée avec efficacité dans le film Le prix à payer?

Un investissement du gouvernement du Québec était une solution de dernier recours pour Bombardier. L’entreprise a tenté de conclure des ententes avec d’autres investisseurs et ça n’a pas fonctionné. Ce sont donc les contribuables québécois qui vont assumer, dorénavant, une partie des risques associés à la C Series, avec cet investissement de 1,32 milliard de dollars d’Investissement Québec.

Il est clair que l’avion va prendre son envol et tout porte à croire que ça se fera dans la première moitié de 2016. Cependant, il est loin d’être acquis que les commandes vont se multiplier et que la C Series sera un succès à moyen et à long termes. On le souhaite! Mais, en ce moment, c’est plutôt un transfert de risque. Bombardier se décharge d’une partie du fardeau de son risque en le léguant à l’État québécois en retour d’un appui financier substantiel.

Sauver des emplois, des usines, une entreprise : on comprend que ce sont toutes de bonnes raisons pour que l’État investisse comme il le fait aujourd’hui. Mais l’État doit-il faire ça? À quel prix collectif le fait-il? Québec s’endette pour financer cet investissement pour lequel un retour n’est pas du tout garanti. Pourquoi ne pas acheter des actions de Bombardier, l’entreprise entière, dans l’espoir de faire un gain? Ce faisant, Québec aurait pu tirer profit d’une hausse éventuelle de l’action ou encore de la vente d’actifs, notamment dans la division ferroviaire. À la place, le gouvernement a choisi de mettre son argent dans la branche la moins sûre des activités de Bombardier.

En même temps, si Québec avait dit non à Bombardier, qu’aurait fait le grand patron Alain Bellemare? Aurait-il « tiré la plogue » sur le projet C Series? Aurait-il vendu à perte le programme? Comment le gouvernement du Québec aurait-il pu défendre sa décision de refuser d’aider Bombardier si l’entreprise en était arrivée à fermer son usine de Mirabel, à supprimer 1700 emplois, à vendre au rabais son programme à Boeing ou à Airbus?

Une fois qu’on a dit ça, on peut se demander pourquoi Bombardier n’a pas trouvé d’acheteurs ailleurs dans le monde. On peut surtout se demander pourquoi la Caisse de dépôt et placement du Québec n’est pas l’institution qui investit dans les actions de Bombardier. Trop risqué? Ou encore se peut-il que les actionnaires de contrôle, la famille Beaudoin-Bombardier, refusent de céder une partie de leur pouvoir à la Caisse?

La décision de Québec de venir au secours de Bombardier soulève encore un peu plus de questions sur la viabilité du projet C Series. L’État et la direction de Bombardier affirment que l’annonce d’aujourd’hui est un pas dans la bonne direction. En attendant, il n’y a aucune commande ferme pour cet avion depuis septembre 2014. C’est vraiment préoccupant.

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J’ai croisé M. Parizeau dans un couloir de Radio-Canada à l’automne 2013. Il venait de donner une entrevue sur un enjeu politique. On se serre la main et il dit, je paraphrase : « Ah, il faut absolument parler de productivité. C’est ça qui est important… »

Et c’est ce qu’il est venu expliquer, mi-décembre 2013, à RDI économie. Il a alors pris le temps nécessaire pour expliquer en quoi on exagérait, selon lui, les problèmes d’endettement du Québec, et combien il fallait surtout tourner notre attention vers un véritable « problème structurel » : l’automatisation, la robotisation, la pénétration des technologies de l’information dans les PME. Comme 50 % du PIB reposent sur les exportations, il était urgent pour lui qu’on aide les PME à améliorer leur productivité afin de leur permettre de prendre de l’expansion.

Jacques Parizeau a participé à la construction des institutions économiques les plus importantes du Québec, notamment la Caisse de dépôt (dont le siège social portera maintenant son nom) et Hydro-Québec, dont les activités ont pris un tournant décisif avec la nationalisation de l’électricité.

M. Parizeau a donné une impulsion décisive au développement du Québec inc. francophone avec la création du Régime d’épargne-actions, qui avait pour but d’encourager les entrepreneurs à émettre des actions en bourse et de stimuler, en même temps, l’investissement des épargnants québécois dans les entreprises du Québec. Couche-Tard, CGI, Sico, Bombardier, Cascades ont profité largement de cet appui de l’État québécois.

Et puis, quand le Parti québécois a pris le pouvoir en 1976, l’État du Québec tentait de calmer les impacts de l’inflation énergétique et du déficit olympique. Aux prises avec une dette qui gonflait, le nouveau ministre des Finances Jacques Parizeau a tenté de réduire la croissance des emprunts. Malgré cela, la dette a continué de croître, encore plus rapidement au tournant des années 80 avec l’explosion des taux d’intérêt. Des déficits annuels de 3 milliards de dollars sont additionnés, poussant le gouvernement à couper de façon draconienne dans les salaires des employés de la fonction publique en 1982.

Jusqu’à la fin, il a tenu à relativiser l’importance de la dette du Québec. Quand l’État investit, il stimule l’économie, mais il doit s’endetter. Il nous disait en décembre 2013 que nous étions « désespérément normaux » et que la dette du Québec était « gérable ». Il refusait toute analyse apocalyptique de l’état de santé des finances publiques du Québec.

Sur le plan personnel, grâce à ma fonction, j’ai eu le privilège de discuter avec lui à quelques reprises. J’ai parlé au professeur. J’ai apprécié ses nuances, son regard informé sur l’économie et les finances, son indépendance d’esprit.

Voici notre entrevue réalisée en décembre 2013.

Carbone : un pas de géant!

Lundi 13 avril 2015 à 13 h 23 | | Pour me joindre

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La décision de l’Ontario de se joindre à la bourse du carbone est un moment important pour l’environnement au Canada. Alors que le gouvernement fédéral ose demander des comptes sur les questions environnementales aux provinces, l’Ontario choisit le camp de l’action en adhérant à la bourse du carbone lancée par la Californie et le Québec.

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Que ce soit sous forme de taxation, d’échange de crédits ou de permis d’émissions, il faut savoir que la tarification du carbone est une tendance de plus en plus lourde dans le monde. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’interdiction brutale est rare et difficile à appliquer. Une réduction graduelle, ordonnée, encadrée semble être la voie de l’avenir malgré certaines expériences difficiles.

Les détracteurs de la bourse du carbone disent souvent que le marché du CO2 est une solution trop facile et trop simple pour les entreprises qui polluent en masse, ou qu’il s’agit là d’un autre moyen de nous taxer encore et encore, de nous faire cracher les dollars qu’on a gagnés durement pour nourrir un État vorace et inassouvissable. Le nez collé au tableau de bord, il leur est difficile d’imaginer l’impact réel de la tarification du carbone.

Oui, cette bourse fait grimper le prix de l’essence. C’est ce qui s’est passé en début d’année. De nouveaux secteurs de l’économie québécoise sont maintenant soumis au marché du carbone, notamment les distributeurs de carburant qui refilent la facture aux automobilistes. Mais cette bourse existe pour stimuler les entreprises, encadrer les émissions de gaz à effet de serre et ultimement les réduire. La bourse du carbone a deux grands objectifs :

  • exercer une pression financière sur les grands émetteurs afin qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre, en investissant dans des énergies renouvelables, des technologies vertes, en modifiant leurs moyens de production;
  • et encourager la recherche et le développement de nouvelles énergies, de technologies de captage du carbone, le démarrage d’entreprises vouées au développement durable.

En plafonnant les émissions et en réduisant ce plafond d’année en année, les grands émetteurs devront payer plus cher pour polluer ou encore réduire leurs émissions pour alléger cette facture. Les entreprises qui ne dépassent pas leur plafond pourront, elles, vendre le CO2 non utilisés aux émetteurs qui dépassent la limite permise. Ces entreprises pourront engendrer des revenus supplémentaires, investir dans des énergies et technologies vertes.

Avec l’Ontario qui entre maintenant dans le marché du carbone, c’est environ 75 % des Canadiens qui vivront dans des provinces où le CO2 n’est plus gratuit. En mettant un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, les entreprises sentiront une vraie pression sur leurs activités et pourront dorénavant mieux gérer leur rapport à l’environnement.

C’est important de comprendre qu’un marché est efficace si les acteurs en cause s’y engagent. C’est un grand pas que celui de voir l’Ontario adhérer à ce système. L’Ontario est le plus grand pollueur du Canada après l’Alberta. Mais il faudra encore plus. L’Alberta justement doit inclure un plus grand nombre d’émetteurs dans sa couverture carbone actuelle. Et les grands émetteurs américains sont attendus et souhaités dans ce marché.

Parce que dans la réalité, le seul et unique objectif qui doit animer ces efforts, c’est de réduire notre empreinte sur l’environnement.

Budget du Québec 2015

Jeudi 26 mars 2015 à 18 h 55 | | Pour me joindre

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Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, annonce le retour au déficit zéro dans le deuxième budget du gouvernement Couillard. Voici donc les faits saillants :

 

Pour voir la vidéo sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Les moyens perdus de l’État

Mercredi 18 mars 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

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Le rapport Godbout permettra-t-il de stimuler l’économie du Québec, d’encourager le travail et de permettre surtout à l’État d’engranger des revenus essentiels à la poursuite des missions qu’il s’est données, dans la mesure où il veut conserver toutes ces missions?

On verra, comme dirait un célèbre politicien! Mais, entre-temps, un petit coup d’œil dans le passé nous permet de constater que les gouvernements du Québec et du Canada ont largement contribué à l’assèchement de leurs capacités financières.

En fait, l’atteinte pénible et difficile du déficit zéro aujourd’hui n’est probablement pas étrangère aux baisses d’impôts adoptées depuis plus de 15 ans au Canada et au Québec. Dans une étude rendue publique mardi, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) affirme que la réduction du nombre de paliers d’impôt (de 5 à 3 en 1997, puis à 4 en 2012) ainsi que les baisses d’impôt ont entraîné un manque à gagner de 4,5 milliards de dollars à l’État québécois.

Ce qu’a fait l’IREC, c’est d’appliquer la grille fiscale de 1997 à l’année 2013. En plus du manque à gagner de 4,5 milliards de dollars, l’IREC affirme que l’ajout et la bonification de crédits d’impôt ont privé l’État d’une somme de 4,1 milliards. Ces mesures fiscales destinées pour la plupart aux plus démunis viennent réduire l’effet des hausses de taxes à la consommation.

L’écart budgétaire pour le gouvernement du Québec est donc de 8,6 milliards de dollars selon l’IREC, une somme qui, vous le comprendrez, nous éloignerait largement des débats enflammés qu’on connaît sur l’atteinte du déficit zéro.

10 milliards de moins à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement fédéral a annoncé deux baisses de TPS, de 7 à 5 %,  depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce qui le prive de 6 à 7 milliards de dollars de revenus par année. En novembre dernier, le fractionnement de revenus et d’autres mesures pour les familles ont été annoncés. Ça va priver Ottawa de plus de 4,5 milliards de dollars de revenus sur une année. C’est au moins 10 milliards de dollars de moins dans les coffres de l’État canadien.

Et on ne parle pas ici de la baisse d’impôt pour les entreprises, dont les répercussions (négatives pour les revenus de l’État, apparemment positives pour l’économie) ne sont pas calculées.

Mardi, le directeur parlementaire du budget a révélé que le fractionnement du revenu des conjoints va coûter 2,2 milliards de dollars seulement en 2015 pour aider 15 % des ménages au Canada, c’est-à-dire 2 millions de ménages sur un peu plus de 13 millions. Le gain d’impôt pourrait atteindre un maximum de 2000 $ par famille si les écarts de revenus sont importants entre les deux conjoints. Au Québec, avec l’abattement fédéral de 16,5 %, c’est un maximum de 1670 $ qui sera possible et non 2000 $.

Au nom de l’équilibre budgétaire, les gouvernements coupent. À Ottawa, depuis 2011. À Québec, depuis 2013 et particulièrement cette année. Si l’État n’avait pas tant réduit sa marge de manoeuvre, je pose la question : aurions-nous les mêmes débats et surtout les mêmes soucis face au grand défi qui se dessine pour les deux prochaines décennies, le vieillissement de la population?

Nuages à Ottawa, soleil à Québec!

Vendredi 30 janvier 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le gouvernement Couillard peut dire merci à la bonne Providence! La péréquation augmente, les taux d’intérêt baissent, le prix de l’essence recule, le dollar canadien dégringole, la croissance américaine est solide.

Au final, les finances publiques du Québec en profitent. Les revenus augmentent. Pour les sept premiers mois de l’année, les revenus des impôts des particuliers ont augmenté de 3,3 %, les revenus des taxes à la consommation ont monté de 3,4 % et ceux provenant des impôts des sociétés ont bondi de 10,6 %.

Résultat : le gouvernement affiche, avant les versements au Fonds des générations, un surplus de 227 millions de dollars pour les sept premiers mois de son exercice 2014-2015, comparativement à un déficit de 860 millions de dollars au cours de la même période en 2013-2014. Il faut dire que les mesures d’austérité appliquées à Québec contribuent également à ce surplus. La hausse des dépenses de programmes a été contenue à 1,3 % seulement avec des hausses de dépenses de seulement 2,4 % en santé et services sociaux et 1,3 % en éducation et culture. Ces deux missions gouvernementales représentent 75 % des dépenses de programmes.

soleilAu rythme où vont les choses, Québec pourrait afficher un déficit moins important que ce qui est prévu cette année à un peu plus de 1 milliard de dollars. Les coûts d’intérêt ont baissé de 150 millions au cours des sept premiers mois de l’année ,même si l’endettement du Québec a augmenté.

Et les revenus de taxation grimpent plus rapidement qu’attendu. L’occasion économique qui se présente au Québec, avec la chute du dollar, du pétrole et des taux d’intérêt, pourrait générer des revenus encore plus élevés d’ici la fin de l’exercice.

Honnêtement, malgré les inquiétudes maintes fois répétées sur les finances du Québec, sur un budget de 100 milliards de dollars, le Québec est pratiquement à l’équilibre budgétaire. Et je pense que c’est important d’appuyer encore sur le fait que la conjoncture économique favorise le Québec, une occasion que le gouvernement Couillard pourrait saisir en misant sur des mesures d’accélération économique : investissements, exportations, création d’emplois.

Politique d’austérité à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, la marge de manœuvre du gouvernement fédéral rétrécit. Comme on l’a clairement constaté en 2008, le gouvernement Harper s’automutile en réduisant sa capacité de réaction à coup de baisse de taxes et d’impôts. Aujourd’hui, après avoir promis longtemps que l’équilibre budgétaire arriverait en 2015, le gouvernement doit trouver des solutions pour respecter son engagement.

Avec la réduction des impôts offerte à 4 millions de ménages en novembre dernier, le gouvernement fédéral sera obligé de piger dans sa réserve de 3 milliards de dollars pour combler une partie du manque à gagner pétrolier et arriver au déficit zéro en 2015-2016.

nuagesL’économie a ralenti en novembre, baisse de 0,2 % du PIB. Et le déficit pour les huit premiers mois de l’exercice 2014-2015 est à 3,3 milliards de dollars. Cela dit, les revenus augmentent toujours, les coûts d’intérêt sont en baisse, alors que les dépenses du gouvernement baissent. La politique d’austérité mise en œuvre il y a trois ans n’est pas terminée : les dépenses de programmes sont en baisse de 2 % depuis le début de l’exercice.

Les rôles sont inversés : les nuages s’amoncellent à Ottawa, tandis que le soleil commence à briller au Québec. Et il n’y a pas un météorologue qui l’avait prévu!

Un plan de relance pour l’économie?

Lundi 10 novembre 2014 à 14 h 34 | | Pour me joindre

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Le nouvel Institut du Québec, un groupe de réflexion unissant HEC Montréal et le Conference Board, publie une étude qui en arrive à la conclusion que l’économie de Montréal a un impact majeur sur le reste de l’économie du Québec.

Vous ne serez peut-être pas étonné par cette conclusion, mais il faut aller plus loin. L’Institut dit que Montréal a un « effet locomotive » extrêmement important pour l’ensemble du Québec. Cet « effet locomotive » est « le deuxième en importance de toutes les grandes villes du Canada ». On dit souvent : quand la construction va, tout va! Il faut dire aussi au Québec : quand Montréal va, tout va!

Regardez ce tableau : la population du Grand Montréal représente environ 50 % de tout le Québec. Mais la contribution du Grand Montréal au PIB québécois est plus grande que sa population, tout comme les impôts payés, les investissements étrangers directs et les brevets.

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Le problème, c’est que la métropole connaît une croissance économique lente. Son taux de chômage demeure au-dessus de la moyenne, la croissance économique est faible, la croissance démographique aussi. Montréal est aussi la championne des pertes de sièges sociaux depuis 15 ans au Canada. Selon l’Institut du Québec, il faut donc un électrochoc.

Dans ce contexte, je me permets de répéter ma question de vendredi dernier, quand on parlait de la chute de l’emploi au Québec : que faut-il pour relancer la confiance dans la province, chez les entrepreneurs de Montréal et d’ailleurs? Comment stimuler les investissements, le marché de l’emploi et l’économie en général?

Je vous ai préparé un tableau à partir des niveaux d’investissements des entreprises depuis trois ans au Québec. Voyez l’effondrement depuis le début de 2013…

Alors, l’État devrait-il orienter son action vers la relance, vers un plan de stimulation économique pour éviter que le Québec ne plonge en récession?

La flamme éteinte…

Vendredi 7 novembre 2014 à 12 h 39 | | Pour me joindre

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Il n’y a aucune source de réjouissance dans les chiffres sur l’emploi publiés pour le Québec en octobre. Rien ne laisse entrevoir une reprise du marché en ce moment. Depuis janvier 2013, l’emploi stagne. Et depuis janvier 2014, l’emploi chute. Brève reprise durant l’été, mais rien de solide. Le bilan depuis un an, c’est l’ajout de 70 000 emplois à temps partiel au Québec, mais la perte de 100 000 à temps plein. C’est très décevant.

Pendant ce temps, la croissance de l’emploi se poursuit en Ontario, et le total pour l’ensemble du Canada continue d’augmenter. Il s’est ajouté plus de 200 000 emplois au Canada cette année jusqu’à maintenant. L’Ontario  a gagné près de 120 000 emplois depuis décembre.

 

 

Que se passe-t-il au Québec? Qu’est-ce qui explique l’absence de vitalité du marché de l’emploi? Qu’est-il arrivé dans les derniers mois et les dernières années pour que le Québec cesse de créer des emplois? Je sais qu’ici, les discussions deviendront partisanes. C’est la faute aux péquistes, diront certains. D’autres vont ironiser  en disant que c’est « l’effet libéral ».

N’y a-t-il pas des explications un peu plus profondes et structurelles? Sans écarter l’effet des décisions politiques, sur lesquelles il est difficile d’aller sans se faire accuser de pencher d’un bord ou de l’autre, prenons le temps d’analyser certains facteurs et événements qui auraient eu un impact sur l’état de santé du marché de l’emploi depuis un an et demi :

  1. La chute des matières premières. Depuis le début de 2013, les prix des matières premières sont en baisse et plusieurs projets miniers ont ralenti leur développement ou reporté des projets. Que ce soit le « Nord pour tous » ou le « Plan Nord », la dégringolade des prix de l’or et du fer a un impact économique réel.
  2. Le Québec tarde à ressentir les effets de la reprise américaine. La croissance des États-Unis est de plus en plus solide. Les économistes de Desjardins écrivent ce matin qu’il « faudra peut-être attendre 2015 pour en voir les effets concrètement au Québec ».
  3. Le secteur privé en Ontario et dans l’ensemble du pays crée de l’emploi. Depuis un an, il s’est ajouté 140 000 emplois au Canada dans le privé, alors qu’au Québec on a perdu près de 50 000 emplois dans les entreprises privées. Pourquoi? Qu’est-ce qui explique la réticence du secteur privé à créer des emplois au Québec?
  4. Fondamentalement, nous en parlons souvent, la structure démographique du Québec change. Le taux d’activité, c’est-à-dire les gens qui travaillent et ceux qui cherchent de l’emploi par rapport à l’ensemble de la population de 15 ans et plus, baisse au Québec. Ce taux est passé de 65,3 % en janvier à 64,4 % en octobre. Beaucoup de gens partent à la retraite.
  5. Si on devait ajouter un aspect politique, on pourrait évoquer la présence d’un gouvernement minoritaire pendant 18 mois, la menace d’augmenter les impôts en septembre 2012 et, aujourd’hui, les mesures d’austérité du gouvernement qui s’accompagnent d’une réduction du soutien aux entreprises.

 

Difficile de montrer du doigt un, deux ou trois éléments précis. Une chose cependant qu’on peut dire, c’est que le climat de confiance doit être rétabli. Pourquoi une entreprise voudrait-elle investir au Québec, créer de l’emploi ici et vivre au Québec? Pourquoi un entrepreneur déciderait-il de se lancer dans un projet d’entreprise ou un projet d’économie sociale en ce moment au Québec?

Qu’est-ce qui stimule l’économie en ce moment, qu’est-ce qui donne le goût aux femmes et aux hommes du Québec d’aller de l’avant avec leurs projets, leurs innovations, leurs idées de grandeur? Qu’est-ce qui peut rallumer la flamme, dites?