Billets classés sous « PQ »

L’éclairage nécessaire

Mercredi 20 mars 2013 à 12 h 33 | | Pour me joindre

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Avant et durant la dernière campagne électorale au Québec, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois ont proposé de doter le Québec d’un directeur parlementaire du budget comme à Ottawa. Pourquoi? Pour être capable d’avoir une évaluation indépendante des projections budgétaires, à l’abri du discours politique, partisan et électoraliste. Projet louable dans un contexte où l’on cherche à obtenir des informations solides, vérifiées et fiables.

Kevin PageLe modèle, c’est donc celui d’Ottawa. C’est Kevin Page, le directeur parlementaire du budget nommé il y a cinq ans par le gouvernement Harper. Mais ce modèle le sera-t-il encore longtemps? Kevin Page quitte son poste au terme de son mandat, qui n’est pas renouvelé. Et bien que le gouvernement fédéral souhaite maintenir le poste en vie, plusieurs soupçonnent qu’on choisira un directeur plus docile, moins critique des prévisions budgétaires du ministre des Finances Jim Flaherty.

Dans une entrevue accordée à mon collègue Marc Godbout, Kevin Page se vide le coeur et affirme qu’une véritable « culture du secret » s’est installée à Ottawa. Le directeur parlementaire a même dû faire appel aux tribunaux pour tenter d’obtenir certaines informations que le gouvernement refuse de lui livrer. Or, pour faire la lumière sur l’état des finances publiques et pour le faire surtout de façon indépendante et complète, Kevin Page affirme qu’il faut avoir toutes les informations en mains.

C’est dans l’intérêt des contribuables canadiens. La création du poste de directeur parlementaire du budget était une bonne idée des conservateurs. La nomination d’un expert qui n’aurait pas les coudées franches que s’est données Kevin Page durant son mandat pourrait représenter un recul pour l’accès à une information indépendante et non partisane. Le défi du détenteur de ce poste est de maintenir une indépendance totale face au pouvoir politique, même si le gouvernement en place se montre critique et exprime son désaccord.

Il faut se rappeler que Statistique Canada a abandonné la publication de certains indicateurs et que plusieurs scientifiques ont dénoncé la décision des conservateurs de modifier la cueillette d’informations par Statistique Canada. De plus, les scientifiques ne peuvent plus communiquer les résultats de leurs recherches aux médias sans obtenir l’approbation au préalable du gouvernement.

C’est dans ce contexte que le ministre des Finances Jim Flaherty présente son huitième budget jeudi après-midi. Et c’est aussi dans un contexte économique difficile : la demande ralentit, la croissance ralentit, le prix du pétrole albertain est en baisse et celui du gaz demeure faible. Plus que jamais, à un peu plus de deux ans des prochaines élections, et tandis que le ministre tient à annoncer l’équilibre budgétaire en 2015, il est essentiel d’avoir un homme ou une femme au regard aiguisé et indépendant au poste de directeur parlementaire.

Le Parti québécois a envisagé d’abolir le Fonds des générations. On verra si cet engagement électoral se retrouvera dans le budget qui sera présenté le 20 novembre, la semaine prochaine, par le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau à Québec. Ce fonds a été créé en 2006 par Michel Audet, alors ministre des Finances dans le gouvernement Charest. Il avait pour but d’amasser des fonds, de les faire fructifier, de façon à créer une garantie à long terme pour les prochaines générations qui devront rembourser la dette du Québec.

Nicolas MarceauDans la plateforme du PQ, présentée durant la campagne du mois d’août dernier, il est écrit qu’un gouvernement Marois envisagerait d’« affecter immédiatement toutes les sommes du fonds des générations au paiement de la dette afin de réduire les risques de pertes financières et de réduire immédiatement l’importance des paiements en intérêt sur la dette. »

Est-ce une bonne solution? Certes, en remboursant maintenant environ 5 milliards de dollars de dette, le gouvernement réduit ses paiements d’intérêt. Ce n’est pas négligeable. Avec les taux d’intérêt qui sont faibles, le gouvernement du Québec pourrait réussir à réduire, au moins un peu, le poids de sa dette. Cela dit, ce serait là le bienfait principal, pour ne pas dire le seul, d’une abolition du Fonds des générations.

Il est important de considérer deux points avant de prendre une telle décision.

Premièrement, les sommes accumulées dans le Fonds des générations sont déduites de la dette brute dans le calcul de la dette nette. Bien que les intérêts payés ne soient pas abaissés par cette écriture comptable, la présence d’un fonds sert de garantie pour le gouvernement du Québec, garantie qui permet d’équilibrer son bilan financier face aux agences de notation. Ces agences commencent d’ailleurs à exprimer leurs préoccupations quant à l’indépendance de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui gère par ailleurs le Fonds des générations.

Deuxièmement, le gouvernement Marois pourrait s’inspirer de la Norvège, qui a mis sur pied un fonds alimenté par les revenus du pétrole et qui atteint aujourd’hui 600 milliards de dollars. Ce fonds permet à la Norvège d’investir et d’assurer son équilibre financier… à tout jamais peut-être! Il est possible pour le gouvernement norvégien de faire appel à un très petit pourcentage du fonds pour équilibrer son budget dans les coups durs.

Chez nous, la première ministre Pauline Marois a clairement indiqué son intention d’exploiter le pétrole du Québec. Pourquoi ne pas maintenir le Fonds des générations pour y accueillir les revenus de cette ressource non renouvelable? N’est-elle pas tenue, moralement, de s’assurer que les prochaines générations bénéficient aussi des milliards du futur pétrole exploité du Québec?

Le gouvernement devrait-il attendre et consulter avant d’aller plus loin avec son engagement d’abolir le Fonds des générations? Qu’en pensez-vous?

Les PME et le français

Lundi 29 octobre 2012 à 17 h 00 | | Pour me joindre

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Au cours de la campagne électorale au Québec, le Parti québécois a promis une nouvelle loi 101 dans les 100 jours suivant son élection. Le parti de Pauline Marois a été élu et promet d’annoncer ses couleurs prochainement. Le PQ disait vouloir modifier la Charte de la langue française pour qu’elle s’applique dorénavant aux entreprises de 11 employés et plus, et non plus aux entreprises de 50 employés et plus.

La loi sur les langues officielles a 40 ansQuand la charte s’applique dans une entreprise, ça veut dire que les cadres doivent parler français, le personnel doit pouvoir échanger en français, des cours de francisation doivent être offerts, l’affichage interne, les communications officielles, les documents de travail doivent être en français. L’entreprise doit s’assurer de pouvoir informer et servir sa clientèle du Québec en français.

Le Conseil du patronat du Québec se dit favorable à la promotion du français, mais s’inquiète de l’impact de ces mesures sur les PME. Rendre plus coercitives les mesures encadrant les marques de commerce ou encore étendre la réglementation à un plus grand nombre d’entreprises, ce sont des changements qui doivent faire l’objet « d’une analyse d’impact fouillée, selon le CPQ, de consultations appropriées auprès des organisations touchées et de la prise en compte des enjeux qu’elle pourra soulever ».

Cela dit, ne serait-il pas approprié que les PME soient mises à contribution pour assurer la protection du français au Québec? La ministre responsable de la Charte de la langue française Diane De Courcy affirmait, il y a quelques jours, que pour les immigrants francophones qui se cherchent du travail, « exiger le bilinguisme devient la norme et non pas l’exception ».

Le président de la FTQ Michel Arsenault disait au début du mois que plus de 100 000 travailleurs immigrants ne connaissent pas le français et que 70 % de ces personnes travaillent dans des entreprises de moins de 50 employés, qui n’ont pas à se soumettre à la Charte en ce moment.

Et puis, est-il acceptable que des entreprises maintiennent des noms exclusivement en anglais, comme Best Buy, Costco et Walmart ? Est-ce que Québecor, qui a ajouté un accent aigu sur le premier « e » de son nom récemment, ne devrait-il pas servir de modèle à ce chapitre ? Est-ce que Metro, par exemple, pourrait aller dans ce sens ?

L’Office de la langue française demande à la Cour supérieure de se prononcer sur cette question. L’audience a été reportée au 22 novembre prochain.

Est-ce que la francisation d’un nom ou d’une activité doit être basée seulement sur les affaires ou peut-elle s’appuyer aussi sur des raisons de culture et de protection de la langue?

Oui, le sujet est encore d’actualité…

Une réforme de la fiscalité au Québec?

Mercredi 17 octobre 2012 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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Le Parti québécois a ouvert la voie à une réorganisation de la taxation des revenus, des gains et des dividendes au Québec. Mais, en raison de son statut minoritaire, devant l’opposition du PLQ, de la CAQ et des milieux d’affaires, le gouvernement Marois a reculé et a abandonné trois des quatre promesses de sa plateforme électorale.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau.Ainsi, le PQ ne va pas augmenter la taxation du gain en capital et des dividendes. Et il n’abolira pas la contribution santé, tel que promis. Le PQ n’ajoutera pas non plus deux paliers d’imposition supplémentaires à 28 % et 31 % pour les particuliers gagnant plus de 130 000 $ et de 250 000 $ par année. Il se contentera d’un palier de plus à 25,75 % pour les revenus dépassant 100 000 $.

Sans prendre position sur les mesures proposées, annulées et revues, on peut tout de même se demander si on ne vient pas de rater une bien belle occasion de revoir en profondeur notre système de taxation, de cotisations et de déductions fiscales.

D’abord, plusieurs analystes l’affirment et le réclament : il y a du ménage à faire dans les déductions offertes et dans les différents crédits d’impôt disponibles. Ensuite, il y a des aberrations qu’il faut corriger comme le révèlent deux chercheurs aujourd’hui.

Le taux marginal d’imposition d’une famille monoparentale peut atteindre presque 80 % lors d’un changement de palier d’impôt pour les revenus se situant entre 32 000 et 40 000 $. C’est Luc Godbout et Michaël Robert-Angers, de l’Université de Sherbrooke, qui en font la démonstration dans leur plus récente étude.

Et puis, l’économiste Martin Coiteux, de HEC Montréal, affirme pour sa part qu’avec la nouvelle mouture d’impôts et de contribution santé, annoncée la semaine dernière par le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau, le taux marginal sur les revenus se situant entre 130 000 $ et 150 000 $ peut atteindre 54 %, ce qui est plus élevé que le taux de près de 50 % pour les 150 000 $ et plus.

Par ailleurs, ne serait-il pas temps de faire une distinction entre un bien détenu sur une longue période et un bien spéculatif? À la rubrique VISION du mois d’octobre à RDI Économie, l’économiste Marie-Hélène Legault, ex-collègue de Nicolas Marceau à l’UQAM, proposait une taxation par palier du gain en capital : 50 % du gain en capital soumis à l’impôt sur les investissements à long terme, 75 % sur les investissements à moyen terme et 100 % du gain en capital devrait être soumis à l’impôt sur les investissements à court terme ou spéculatif.

Le ministre Marceau voulait, lui, faire passer la part du gain en capital de 50 % à 75 %, peu importe la durée de possession du bien. Il a finalement laissé tomber ce projet.

Enfin, et je crois que c’est un problème fondamental, ne faudrait-il pas s’attaquer à l’évitement fiscal et à l’évasion fiscale de façon plus agressive? On comprend que l’évasion fiscale, c’est de ne pas déclarer des revenus qui auraient dû normalement être imposés ou taxés. C’est illégal et le gouvernement du Québec tente de l’enrayer.

L’évitement fiscal, c’est de tout faire pour éviter de payer son impôt. Les plus riches et les grandes entreprises ont plusieurs moyens pour réduire leur impôt. Ce n’est pas illégal, mais c’est une démarche qui prive l’État d’un montant d’impôt important.

On peut parler longtemps du niveau de taxation des particuliers et des entreprises, dire que c’est trop ou pas assez élevé, mais ne serait-il pas l’heure d’établir une stratégie qui marche pour réduire l’évasion fiscale et l’évitement fiscal ?

Et donc, ne sommes-nous pas dus pour une bonne discussion sur la fiscalité au Québec?

Rétroactivité des impôts : le point

Mercredi 26 septembre 2012 à 14 h 52 | | Pour me joindre

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Je vous propose de faire le point sur le débat fiscal en cours au Québec. Il se dit beaucoup de choses, et je crois que ce serait intéressant de mettre un peu d’ordre dans tout ça et de poursuivre la discussion sur ce blogue. Je vous remercie d’ailleurs de contribuer si largement à la conversation en commentant les billets et en les faisant vivre sur Twitter et Facebook. Tout simplement merci!

Alors :

  • Rétroactivité de l’annulation de la contribution santé : la première ministre Pauline Marois a dit clairement que les Québécois n’auront pas à payer la contribution santé de 200 dollars par personne dans leur déclaration de revenus de 2012, qui sera préparée au printemps 2013. Cette décision oblige le gouvernement à détricoter le dernier budget Bachand et à trouver 1 milliard de dollars en revenus pour remplacer les pertes fiscales provoquées par l’abolition de la contribution santé. Cette annonce est ferme et non négociable.
  • Trouver 1 milliard de dollars pour remplacer la contribution santé : le Parti québécois a dit que pour remplacer les pertes fiscales découlant de la disparition de la contribution santé, il allait faire trois choses : augmenter les impôts des 3 % les mieux nantis, augmenter le taux d’inclusion de la part imposable des gains en capital de 50 à 75 % et réduire de 50 % le crédit d’impôt pour dividendes. La hausse d’impôt des plus riches semble ferme. Les deux autres mesures semblent négociables.
  • Rétroactivité des trois mesures pour remplacer la contribution santé : le ministre Nicolas Marceau a convenu à RDI Économie qu’il était possible qu’on n’ait pas compris que la hausse d’impôt des 3 % les plus fortunés était rétroactive au 1er janvier 2012. On a finalement compris aussi durant l’entrevue que le PQ avait l’intention de rendre rétroactives au 1er janvier 2012 les mesures sur le gain en capital et les dividendes. Mais c’est très difficile à appliquer a dit le ministre et il semble bien possible que les négociations qui vont s’engager avec les partis d’opposition pourraient mener à l’abandon de la rétroactivité sur ces deux mesures.

Donc, ce qui est certain : abolition de la contribution santé, hausse d’impôts des plus riches. Ce qui est à voir : hausse de la taxe sur le gain en capital, réduction du crédit d’impôt sur les dividendes et le moment d’application de ces mesures.

Maintenant, quelques points sur la fiscalité des mieux nantis :

  • Le Québec est la juridiction qui impose le plus les mieux nantis. Le taux marginal des revenus dépassant 132 406 $ atteint 48,2 %, par rapport à 46 % en Ontario et 41 ou 42 % dans les états où la taxation est la plus élevée aux États-Unis : Oregon, Haiwaï, Californie. La hausse prévue par le PQ portera le taux marginal à 52,2 % pour les revenus dépassant 130 000 $ et à 55,2 % pour les revenus dépassant 250 000 $.
  • C’est plus élevé qu’ailleurs, mais il faut rappeler que les impôts des plus riches ont baissé au cours de la dernière décennie au Canada et au Québec. Une personne qui gagne 150 000 $ a au moins 10 000 $ de plus dans ses poches aujourd’hui. La hausse d’impôt prévue l’obligera à payer 600 $ de plus en impôts. Une personne qui gagne 300 000 $ a au moins 15 000 $ de plus dans ses poches par rapport à 2000. Avec la hausse des impôts attendue au Québec, il devra renoncer à 8100 $ selon les calculs du fiscaliste Luc Godbout. Et puis, une personne qui fait 500 000 $ a 24 000 $ de plus dans ses poches depuis 10 ans. La hausse d’impôts prochaine l’obligera à redonner presque tout cet argent : 22 100 $. Il faut dire que la hausse de la taxation du gain en capital et la réduction du crédit d’impôt sur les dividendes toucheront surtout les plus riches, qui profitent largement de ces avantages fiscaux.
  • Le sociologue Éric Pineault m’a écrit ceci : « Seulement 50 % des gains en capital sont imposés alors que 100 % des salaires le sont. » En passant à 75 %, l’avantage fiscal par rapport aux revenus de travail demeure intéressant, selon lui.
  • Et dernier point : le Québec, le Canada et Montréal ont des atouts exceptionnels pour attirer les plus riches, les entrepreneurs, les entreprises, ceux qui ont de l’argent. Ce n’est pas moi qui l’affirme. C’est KPMG. Dans une étude portant sur la compétitivité des 14 grandes économies du monde, le Canada arrive en deuxième place. Les impôts des entreprises ont baissé considérablement depuis 10 ans au pays, les taxes sur le capital aussi, ce qui rend le Canada très attirant pour les investisseurs étrangers. Sur 55 grandes villes de 2 millions d’habitants et plus, Montréal arrive au sixième rang grâce notamment aux crédits d’impôt dans le secteur numérique et aux soutiens publics à la recherche et au développement.

Alors, oui, les mieux nantis sont très taxés au Québec. Mais leur situation s’est largement améliorée depuis 10 ans, tout comme la fiscalité des entreprises.

À vous!

Impôts rétroactifs pour les nantis?

Lundi 24 septembre 2012 à 13 h 51 | | Pour me joindre

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Si le nouveau gouvernement du Québec décide d’augmenter les impôts de façon rétroactive au 1er janvier dernier, il répétera un geste qu’avaient fait Gérard D. Lévesque et Robert Bourassa en 1993, et que le PQ avait alors vertement dénoncé. Le gouvernement, à l’époque, avait annoncé en mai une surtaxe de 5 % sur les revenus dépassant 32 000 $ par année, rétroactive au 1er janvier 1993. Près de 20 ans plus tard, l’opposition officielle, formée par le Parti libéral, se battra à son tour contre une décision rétroactive, mais elle le fera pour dénoncer une mesure qui touche les 3 % les plus riches de la société québécoise.

La première ministre du Québec, Pauline MaroisPolitiquement, le Parti québécois a beau jeu. En annulant la contribution santé, qui était une taxe régressive, il baisse les impôts de plus de 90 % des contribuables. Une grande majorité de couples paiera donc 400 $ de moins en impôts par année. En augmentant les impôts des plus riches, le PQ touche 145 000 personnes à différents niveaux, soit 3,1 % des contribuables.

On ne sait pas si le Parti québécois rendra aussi rétroactive son ambition d’augmenter la taxation des gains en capital et la réduction du crédit d’impôt sur les dividendes. Si tel est le cas, celui ou celle qui aurait vendu son chalet en mars dernier serait tenu d’inclure non pas 50 % de son gain en capital, mais 75 % dans sa déclaration de revenus. Si les changements s’appliquent dans le prochain budget, c’est une chose. Si on revient en arrière, plusieurs auront des surprises au moment de remplir leur déclaration de revenus. Mais c’est important de le souligner : le PQ n’a jamais évoqué une telle chose. On suit ça de près.

En plus de la question de la rétroactivité, une autre question est posée en regard du plan de match fiscal du nouveau gouvernement : est-ce que les mieux nantis vont quitter le Québec ? À cette question, la fiscaliste Brigitte Alepin nous disait à RDI Économie la semaine dernière qu’il n’y avait pas assez de littérature et d’expériences réelles pour répondre clairement à cette interrogation. « La personne qui va répondre à cette question-là de façon définitive parle à travers son chapeau, nous a-t-elle dit. On ne le sait pas. »

Il faut dire que beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte dans le choix de rester ou non dans un pays, une province, une municipalité : la langue, la qualité de vie, l’éducation, la main-d’œuvre, l’accès à la santé, les coûts de logements, les politiques sociales comme les garderies à 7 $ chez nous, etc. Pour un citoyen qui gagne 150 000 $ comme pour un PDG qui gagne 1 million par année, les impôts font partie d’une liste de plusieurs facteurs qui influent sur leurs choix.

Une fois en application, la hausse d’impôt pour un contribuable qui gagne 135 000 $ par année pourrait atteindre environ 200 $. Pour celui ou celle qui gagne 150 000 $, il faudra débourser une somme d’environ 800 $ de plus. À 200 000 $, c’est près de 3 000 $ de plus à contribuer au trésor public. À 300 000 $, il faut ajouter plus de 8 000 $. Et à 1 million par année, c’est au moins 50 000 $ de plus qu’il faudra payer en impôts. Ces chiffres sont approximatifs. Je les ai fait vérifier par le fiscaliste Luc Godbout, qui sera à RDI Économie ce soir lundi, entrevue à ne pas manquer.

Questions :

  • Le PQ doit-il abandonner la rétroactivité ?
  • La discussion sur la rétroactivité a-t-elle pour objectif stratégique de faire passer la hausse des impôts des mieux nantis ?
  • La hausse des impôts devrait-elle toucher des revenus qui sont beaucoup plus élevés que ceux qui commencent à 130 000 $ ? Au-dessus de 350 000 $, par exemple?
  • Faudra-t-il un budget automnal ?

Il faut comprendre que la hausse d’impôts des mieux nantis n’a pas pour but d’améliorer le système de santé, ni les finances publiques du Québec. Elle vient combler une partie du manque à gagner provoqué par l’abandon de la contribution santé.

Nous avons hâte d’avoir des réponses à ces questions alors que les décisions du nouveau gouvernement tombent rapidement. Il serait intéressant d’entendre le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, bientôt, espérons-le.

C’est un changement radical, un virage à 180 degrés, du développement de l’économie qui s’amorce au Québec. Les Bachand, Gignac, Hamad et Arcand du Parti libéral, qui avaient une approche pro-entreprises de l’économie, laissent la place aux Marceau, Ouellet, Breton et Zakaïb, au Parti québécois, pour qui l’écologie est une préoccupation de tous les instants.

cabinet_MaroisAutrement dit, l’économie passera par le filtre écologique dans chaque décision à venir. Si le défi écologique est le plus important de notre époque et de notre siècle, on ne peut pas ignorer que le nouveau gouvernement va donner un grand coup de volant au plan de match pour l’économie du Québec et devra le faire rapidement. Le PQ n’a pas de majorité et n’a pas beaucoup de temps pour mettre sa stratégie en place et faire en sorte que ça fonctionne!

Alors que l’environnement est toujours considéré comme un ralentisseur économique à Ottawa, à Washington et dans les milieux d’affaires, la nouvelle première ministre, Pauline Marois, a choisi des écologistes — Daniel Breton, Martine Ouellet et Scott MacKay — pour orienter les décisions en matière de développement au Québec. C’est un signal clair, c’est une approche franchement différente de ce qu’on a connu depuis 15 ans. D’ailleurs, déjà ce matin, Martine Ouellet a annoncé qu’il n’y aurait pas d’exploitation des gaz de schiste au Québec.

Ces gens travailleront avec Nicolas Marceau, aux Finances et à l’Économie, un économiste de centre gauche, issu de l’UQAM, sensible aux enjeux environnementaux. « C’est un collègue que je respecte, a dit hier sur nos ondes l’ex-ministre des Finances, Raymond Bachand. Maintenant, il est entouré de collègues radicaux (…). Dans l’équipe économique, il y a une promotion des spécialistes du gel et des moratoires », a dit le député libéral, faisant référence à Martine Ouellet, qui sera en charge des Ressources, et à Daniel Breton, à l’Environnement.

Cette approche fait peur aux milieux d’affaires, qui n’ont cessé d’exprimer des craintes face aux objectifs du Parti québécois : plus d’environnement, plus de taxes, plus de règles sur le respect du français. Plusieurs se sont permis de dire que l’équipe économique du PQ était peu compétente étant donné l’absence de gens d’affaires parmi les élus.

Là-dessus, c’est important de poser une question : est-ce que les gens d’affaires affirment que l’équipe économique du PQ est faible parce qu’elle ne correspond pas finalement à leur vision de l’économie? Ce que propose le PQ, en fait, c’est une autre approche du développement de l’économie. Est-ce que ça veut dire que l’équipe est faible? Je vous laisse juger.

Par ailleurs, un mot sur Montréal. Raymond Bachand était le ministre responsable de la région métropolitaine. Au Parti québécois, on a choisi Jean-François Lisée pour chapeauter Montréal. La première ministre a beaucoup insisté hier sur la nécessité de tisser des liens avec les anglophones, mais a très peu parlé des défis économiques de Montréal.

Or, la région métropolitaine a besoin d’un leader à Québec qui saura donner une impulsion à la région métropolitaine, où le taux de chômage est élevé, surtout chez les immigrants, et où les structures administratives ralentissent l’économie, aux dires des milieux d’affaires. Jean-François Lisée écrit dans son blogue : « J’ai indiqué combien nous comptions nous appuyer sur les consensus déjà établis et les accompagner. » Souhaitons une démarche audacieuse pour Montréal!

Les propositions des partis

Samedi 18 août 2012 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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Vous voulez tout savoir des propositions économiques des partis politiques?

Voici mes 5 derniers blogues en 5 clics :

CAQ

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/13/caq-economie-legault/

Option nationale

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/14/les-propositions-doption-nationale/

Québec solidaire

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/15/les-propositions-de-quebec-solidaire/

Parti québécois

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/16/les-propositions-du-parti-quebecois/

Parti libéral

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/17/les-propositions-du-parti-liberal/

Continuez de commenter!

Après la Coalition avenir Québec, Option nationale et Québec solidaire, ce quatrième blogue de la semaine sur les propositions économiques des partis portera sur le Parti québécois. Je vous signale que Nicolas Marceau, candidat du PQ dans Rousseau, sera notre invité à RDI Économie jeudi soir à 18 h 30 (HAE).

Nos entrevues réalisées dans le cadre de cette série sont disponibles sur www.radio-canada.ca/elections-economie.

Pauline Marois en compagnie des candidats péquistes Jean Poirier, Thierry St-Cyr et Daniel Breton

Voici donc les principales mesures économiques de la plateforme du Parti québécois :

  • équilibre budgétaire en 2013-2014;
  • établir une redevance de 5 % sur la valeur brute de production de minerais;
  • taxer à 30 % le « surprofit » des minières, le profit qui se trouve « au-delà de ce qui est la norme »;
  • redevances sur les hydrocarbures de plus de 50 % sur le profit avant impôt;
  • redevances sur le « captage de l’eau pour des fins d’embouteillage et de procédés industriels »;
  • « exiger des entreprises en mesure de le faire qu’elles réalisent de la deuxième et troisième transformation »;
  • mettre en place une charte du bois avec une cible de 5 % dans la construction privée non résidentielle et de 30 % dans les constructions publiques;
  • doubler la valeur de la production forestière;
  • politique d’indépendance énergétique afin de réduire les importations de pétrole et de miser sur les filières d’énergies renouvelables;
  • moratoire sur le gaz de schiste;
  • « déclassement de la centrale nucléaire Gentilly-2 » accompagné d’un fonds de diversification économique de 200 millions de dollars pour le Centre-du-Québec et la Mauricie;
  • contrôle de l’État, des coopératives et des communautés locales sur les projets éoliens;
  • « créer un fonds de développement des technologies nécessaires à l’électrification de nos flottes publiques et commerciales des véhicules de même que des lignes ferroviaires »;
  • prolonger le train de l’Est jusqu’à Mascouche d’ici la fin 2014;
  • prolonger le métro (la ligne bleue) jusqu’à Anjou d’ici 2020;
  • créer 300 kilomètres de voies réservées pour le transport collectif à Montréal d’ici 2020;
  • création de la Banque de développement du Québec, guichet unique pour les entreprises qui veulent avoir accès aux programmes gouvernementaux;
  • revoir la fiscalité des entreprises pour stimuler l’investissement privé;
  • réorienter 10 milliards d’actifs de la Caisse de dépôt vers le développement économique du Québec;
  • politique de souveraineté alimentaire : « faire passer de 33 % à 50 % la consommation de produits québécois de qualité et à prix compétitif »;
  • Internet à haute vitesse partout au Québec;
  • « affecter immédiatement toutes les sommes du fonds des générations au paiement de la dette »;
  • abolir la hausse des droits de scolarité prévue au cours des sept prochaines années et tenir un sommet sur l’enseignement supérieur;
  • stratégie pour aider les jeunes décrocheurs, pour aider les élèves qui ont de besoins particuliers et pour réduire l’analphabétisme;
  • réduire le financement des écoles privées;
  • abolir la contribution santé;
  • faire passer de 24 % à 28 % le taux d’impôt sur les revenus de 130 000 à 250 000 $;
  • faire passer de 24 % à 31 % le taux d’impôt sur les revenus dépassant les 250 000 $;
  • crédit d’impôt de 500 $ pour « les familles qui inscrivent leurs enfants à l’enseignement ou à l’apprentissage des arts »;
  • « simplifier l’aide publique aux actions culturelles » et octroyer à Télé-Québec « les ressources nécessaires » à sa mission;
  • politique de soins à domicile et assurance autonomie pour améliorer les soins aux aînés;
  • « réclamer le rapatriement de l’assurance-emploi », compétence fédérale;
  • adopter une loi pour protéger les régimes de retraite des travailleurs en cas de faillite, vente ou restructuration d’une entreprise;
  • élargir le mandat du vérificateur général du Québec aux sociétés d’État;
  • limiter les dons à un parti politique à 100 $ par électeur, par année, sans crédit d’impôt.

Voilà. Ce sont les principales propositions du Parti québécois sous le chapeau de l’économie. Vos commentaires?

Dans le cadre de la campagne électorale au Québec, je vous annonce que RDI Économie va présenter des entrevues avec les cinq candidats « économiques » des cinq partis représentés à l’Assemblée nationale. Les entrevues seront diffusées la semaine prochaine :

  • lundi : Christian Dubé (CAQ)
  • mardi : Jean-Martin Aussant (ON)
  • mercredi : Françoise David (QS)
  • jeudi : Nicolas Marceau (PQ)
  • vendredi : Raymond Bachand (PLQ)
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J’aimerais beaucoup poser quelques questions de votre part. 

Avez-vous une question « économique » à poser à l’un ou l’autre des candidats?

N’hésitez pas, allez-y, écrivez-moi cette fin de semaine, je veux lire vos questions pour les candidats qui seront nos invités.

Et je vous remercie à l’avance!