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D’influence et de puissance…

mercredi 9 octobre 2013 à 13 h 35 | | Pour me joindre

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On ne peut pas parler du succès d’affaires de Paul Desmarais père sans faire mention des liens politiques qu’il a tissé tout au long de sa vie. Des années 50, où il a redressé l’entreprise d’autobus de son père, aux années 2000, Paul Desmarais a bâti un empire puissant, efficace, tentaculaire et très rentable, dans l’assurance, l’investissement  et, dans une certaine mesure, dans le secteur des médias avec les journaux de la division Gesca.

Pour arriver à ses fins, il a construit un réseau exceptionnel de contacts et de liens dans le monde des affaires, de la politique et de la culture, partout dans le monde, en Europe comme en Asie. Au fil des décennies, il n’a cessé de rapprocher ses décisions d’affaires du monde politique, de Trudeau à Charest, avec des liens particulièrement serrés avec Brian Mulroney et Jean Chrétien. D’allégeance conservatrice, il se disait idéologiquement près de Ronald Reagan, président des États-Unis de 1980 à 1988.

Même scénario en Europe, où il a fait des affaires avec les Bettancourt, Arnaud, Dassault et surtout Albert Frère, grand patron de la sidérurgie belge. Avec lui, il a investi dans plusieurs entreprises, GDF Suez, Total, Pernod Ricard et Lafarge, notamment. C’est Albert Frère qui lui a présenté en 1995 le politicien Nicolas Sarkozy. Devenu président de la France en 2007, Nicolas Sarkozy a clairement exprimé sa reconnaissance envers Paul Desmarais en le décorant du grade le plus élevé de la Légion d’honneur, la Grand-Croix. Nicolas Sarkozy l’a alors chaleureusement remercié : « Si je suis président aujourd’hui, c’est grâce en grande partie aux conseils, à l’amitié et à la loyauté de Paul Desmarais. »

Aujourd’hui, Power Corporation est présente dans votre vie. C’est LE géant de l’assurance au Canada, avec entre autres la Great-West, la London Life, la Canada-Vie. C’est aussi LE géant de l’investissement avec le Groupe Investors et Placements Mackenzie, notamment. C’est un acteur important dans le paysage médiatique québécois avec La Presse, Le Soleil et d’autres quotidiens. Et c’est aussi un investisseur important dans plusieurs entreprises en Europe : Lafarge, GDF Suez, Total et Pernod Ricard pour ne nommer que celles-là.

Paul Desmarais père est l’homme le plus riche du Québec, une des 300 personnes les plus riches du monde. On ne bâtit pas un tel empire sans casser des œufs. Ce lien très puissant qu’il a toujours entretenu entre le monde politique et le développement des affaires de Power Corporation a suscité de nombreuses critiques, qui courent encore aujourd’hui, même au jour de son décès. Les images de son domaine dans Charlevoix, avec les dignitaires invités pour de grandes fêtes, ont provoqué la plupart du temps des réactions négatives dans le grand public.

Et c’est important de souligner cet aspect important de la personnalité de Paul Desmarais père. Ceux qui l’ont connu, et qui faisaient partie des privilégiés, l’ont beaucoup aimé et apprécié. Les commentaires louangeurs de gens d’affaires et d’artistes affluent depuis l’annonce de son décès.

Mais l’homme a bâti une entreprise qui n’a jamais voulu s’exposer au grand public. Power Corporation a, depuis longtemps, une image froide et austère, refermée sur elle-même, qui n’a jamais laissé entrevoir les jeux de coulisse qui ont permis à cet homme de bâtir un monstre d’influence et de puissance.

Le code d’éthique de Michael Sabia

vendredi 24 février 2012 à 11 h 02 | | Pour me joindre

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Quelles sont les limites éthiques pour un dirigeant comme le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec? Est-ce que de passer un week-end au domaine Sagard de la famille Desmarais, comme l’a fait Michael Sabia en août dernier, est acceptable?
 
Le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia
Le principal intéressé a répondu ceci hier soir à RDI Économie : « J’ai deux principes devant moi. D’un côté, j’ai le droit d’avoir une vie privée, de voir des amis. Également, j’ai la responsabilité de protéger l’institution, et de protéger la perception de l’intégrité de cette institution si importante. »
 
Est-ce donc une erreur d’être allé à Sagard, est-ce qu’il n’y a pas dans ce cas-ci apparence de conflit d’intérêts, est-ce que la « perception de l’intégrité de cette institution » est protégée? « Ce n’était pas une erreur [d’aller à Sagard], selon Michael Sabia. C’était juste une controverse dans le domaine des médias. Mais ma perception et ma position est que s’il faut faire un choix entre les droits comme personne et ma responsabilité professionnelle de protéger la caisse, je vais choisir 100 % du temps la responsabilité de protéger cette grande institution. »
 
Soyons réalistes. Les grands décideurs économiques se connaissent, se parlent, se rencontrent, s’appellent, vont manger ensemble et plusieurs se voient les fins de semaine et durant leurs vacances. Plusieurs brassent des affaires de façon informelle, sur un terrain de golf ou lors d’une partie de pêche.
 
Que Michael Sabia soit ami avec André Desmarais, on a rien à dire sur ça! Mais, que la famille Desmarais, propriétaire de Power Corporation, ait un accès privilégié au PDG de la Caisse de dépôt, est-ce que ce n’est pas dépasser une certaine limite?
 
Michel Nadeau, ancien vice-président de la Caisse de dépôt, a dit hier à 24 heures en 60 minutes que M. Sabia devrait se brancher un peu plus sur l’opinion publique québécoise. Ce genre d’histoires, présentées avec fracas dans certains médias, nuisent nécessairement à l’image du PDG de la Caisse et son institution. On ne peut pas remettre en cause l’intégrité de Michael Sabia, mais la ligne est à la fois mince et floue quand il est question d’éthique en cette matière.
 
Deux questions alors :
 
1 – N’est-il pas hypocrite d’exiger du PDG de la Caisse de dépôt d’éviter les week-ends à la campagne chez des amis alors qu’on sait très bien que les gens de pouvoir parlent régulièrement aux gens de pouvoir pour brasser des affaires?
 
2 – Mais, n’est-il pas imprudent également de la part du PDG de la Caisse de dépôt de s’exposer ainsi à la critique en visitant un ami, André Desmarais, qui s’avère être l’un des hommes les plus riches du pays, à la tête d’une puissante et influente entreprise? Ne devrait-il pas être plus prudent encore que n’importe quel autre haut dirigeant?
 
Pause! On se retrouve le 5 mars…