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L’Allemagne, la France et l’austérité

Vendredi 27 septembre 2013 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Le gouvernement de François Hollande mise encore sur l’austérité, bien que son ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici préfère ne pas nommer les choses ainsi. Des compressions sont prévues dans les dépenses, des hausses de taxe aussi sont annoncées pour le 1er janvier. Pas de hausse d’impôts toutefois pour les particuliers, et des allègements fiscaux sont offerts aux entreprises. Cela dit, les dépenses de l’État sont abaissées de 1,5 milliard de dollars. Chez nous, au Québec, c’est la croissance des dépenses qui ralentit. En France, ce sont les dépenses tout court qui baissent.

Le président français, François HollandeLe ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici a-t-il raison de poursuivre sur le chemin de l’austérité? On peut se poser la question sérieusement étant donné la très très faible reprise économique en Europe, particulièrement en France. La hausse prévue du PIB pour l’ensemble de 2013 est de 0,1 % et, pour 2014, de seulement 0,9 %. Le taux de chômage est actuellement de 10,5 %.

Cela dit, la dette du pays atteindra un sommet à 95,1 % du PIB. Entre l’obligation de s’assurer à court terme d’une reprise durable et celle de maintenir une politique budgétaire saine et crédible, le ministre doit naviguer dans un canal très serré.

La chancelière allemande Angela Merkel

Pendant ce temps, en Allemagne, Angela Merkel vient d’être réélue à la tête du pays pour un troisième mandat. On s’y attendait, les citoyens de son pays l’aiment beaucoup. La « maman » des Allemands, la dame de fer de l’Europe, la tortionnaire des pays retardataires, tout a été dit et redit sur Angela Merkel, peut-être la femme politique la plus puissante du monde. Mais les raisons de son succès sont-elles bien connues? Savons-nous pourquoi l’Allemagne se tire si bien d’affaire par rapport aux autres pays d’Europe?

Trois grandes raisons expliquent les forces de l’Allemagne :

  1. La faiblesse de l’Euro. Au cours de la crise, en 2009-2010, la valeur de l’euro face au dollar américain a chuté, passant de 1,50 à 1,20 $US. Pour un pays d’exportateurs comme l’Allemagne, c’est très avantageux. Les problèmes économiques des pays voisins ont aussi permis à l’Allemagne de récupérer certains champs d’exportations abandonnés.
  2. Les faibles coûts d’intérêt. Alors que partout autour, particulièrement en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce, les coûts d’emprunt augmentaient de façon spectaculaire, ceux de l’Allemagne sont demeurés extrêmement bas. Le pays était vu comme le facteur de stabilité de la région. Berlin a pu emprunter à des taux d’intérêt faibles lui permettant de maintenir une politique économique et budgétaire normale. En fait, le gouvernement Merkel a bénéficié de coûts d’emprunts plus faibles qu’avant le déclenchement de la crise, lui permettant d’économiser des milliards de dollars en intérêt. Les faibles taux ont aussi stimulé le secteur immobilier.
  3. La réduction du temps de travail. Les Allemands ont travaillé moins d’heures durant les temps de crise, réduction plus importante qu’en France. Cette situation a permis d’éviter une hécatombe dans le marché de l’emploi. L’absence de salaire minimum a aussi contribué au maintien de milliers d’emplois. Le taux de chômage est aujourd’hui à seulement 5,4 % comparativement à 12,1 % dans l’ensemble de la zone euro.

Les succès de l’Allemagne ne signifient pas pour autant moins de pauvreté. Le nombre de personnes qui vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté demeure élevé en Allemagne. Peu importe la statistique utilisée (taux de gens dont le revenu est inférieur à 40 %, 50 % ou 60 % du revenu médian), l’Allemagne affiche des taux de pauvreté plus élevés qu’en Belgique, en France ainsi que dans les pays nordiques. Le pays est essentiellement dépassé par des pays en récession ou en dépression : la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Pologne et le Royaume-Uni. À lire ici : http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

Nous savons que l’Allemagne est venue en aide à ses voisins. Mais les exigences ont été telles que plusieurs de ces pays ont vu leur situation empirer. L’Allemagne a prêté 70 milliards d’euros à ses voisins. Ce n’est pas un don, c’est un prêt. L’Allemagne entend récupérer ses billes.

Derrière la façade, celle d’une économie solide et en santé, il est important de comprendre que l’Allemagne n’est pas, seule, responsable de ses succès.

Alors qu’on constate ces jours-ci que l’austérité à court terme n’était peut-être pas la meilleure solution dans un contexte aussi exceptionnel que celui de l’après-crise financière de 2007-2009, les gouvernements du Canada et du Québec multiplient, pour leur part, les compressions budgétaires. La croissance économique est pourtant faible au pays, particulièrement au Québec. Malgré tout, l’austérité règne.

Dans les budgets présentés en 2012 et en 2013, dans l’objectif d’atteindre l’équilibre en 2015-2016, le gouvernement Harper a dévoilé une série de mesures qui visent à réduire ses dépenses. C’est de l’austérité de « déficit zéro » pourrait-on dire et non pas de l’austérité de dernier recours comme le vivent la Grèce et le Portugal. Le Canada et le Québec choisissent d’appliquer des mesures d’austérité alors que ces mesures en Europe sont associées à une aide et à des exigences du FMI notamment.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas MarceauAu Québec, le gouvernement Charest avait ciblé 2013-2014 pour retrouver l’équilibre budgétaire et le Parti québécois, au pouvoir depuis septembre dernier, a décidé de maintenir cette cible. Mais l’économie ralentit, les revenus ne sont pas à la hauteur des attentes et le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard se sont lancés dans une série de compressions et de révisions de budgets qui touchent plusieurs ministères et organismes.

Si l’austérité a eu un effet dépressif sur les économies européennes, le bureau du Directeur parlementaire du budget à Ottawa nous permet de savoir ce que des mesures de compressions auront, en principe, sur le potentiel économique du pays. Ainsi, dans son rapport du 29 avril, la directrice par intérim du bureau Sonia L’Heureux évalue que les compressions annoncées en 2012 et 2013 vont réduire de 0,5 % environ le PIB au Canada en 2015, 2016 et 2017. Sonia L’Heureux calcule aussi que, sans les compressions des deux derniers budgets, le Canada compterait 62 000 emplois de plus en 2016 et 67 000 de plus en 2017.

Quel serait le résultat d’une telle analyse au Québec avec les multiples compressions annoncées par le gouvernement Marois? Ne serions-nous pas mieux servis par le travail d’un directeur parlementaire du budget à Québec aussi, chose pourtant promise par le PQ en campagne électorale?

 

C’est donc Krugman qui avait raison?

Vendredi 26 avril 2013 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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« Paul Krugman a gagné » annonçait sur son blogue mercredi l’ancien analyste financier de la CIBC et de Merrill Lynch, Henry Blodget, dont la carrière s’est écroulée avec l’éclatement de la bulle techno au début des années 2000. Il anime aujourd’hui The Daily Ticker sur Yahoo et dirige The Business Insider. Mais, c’est une autre histoire.

Concentrons-nous sur Paul Krugman. Il a gagné quoi au juste?

Selon le blogueur, et selon plusieurs observateurs, cinq ans après le début de la crise, force est de constater que les tenants de l’austérité avaient tort. La crise européenne ne cesse de prendre de l’ampleur, tandis que plusieurs pays endettés ont été obligés d’imposer de sévères mesures d’austérité, qui ont réduit considérablement le niveau de vie des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, notamment. L’austérité n’a rien réglé.

Ajoutons à cela les États-Unis avec un endettement qui dépasse les 100 % du PIB, mais qui ont du mal à générer des revenus nouveaux et durables au moment où la reprise est extrêmement timide. Paul Krugman a toujours dénoncé les coupes budgétaires américaines. Il affirmait qu’il fallait continuer à stimuler l’économie pour assurer une reprise durable, des revenus supplémentaires et à une réduction de la dette à long terme.

« Il est rare que des débats économiques se terminent par un K.-O. technique, écrit le chroniqueur Paul Krugman dans le New York Times ce matin. Mais le grand débat des dernières années entre les keynésiens, qui militent en faveur de dépenses gouvernementales durables et en croissance durant les temps de dépression, et les pro-austérité, qui exigent des réductions de dépenses immédiates, s’achève, du moins dans le monde des idées.

« En ce moment, poursuit Krugman, la position de ceux qui favorisent l’austérité a implosé. Non seulement leurs prédictions touchant le monde réel ont complètement échoué, mais la recherche scolaire sur laquelle ils appuyaient leur position était finalement truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques discutables. »

Le chroniqueur fait référence aux économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, qui ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Un pays qui arrive à un niveau d’endettement représentant 90 % de son PIB ne voit pas sa croissance baisser de 0,1 %, comme ils l’affirmaient, mais croître plutôt de 2,2 % en moyenne. L’étude des deux économistes avait largement été citée par les pays occidentaux pour justifier les mesures d’austérité. Les experts qui ont découvert l’erreur dans le tableau Excel de Rogoff et Reinhart s’entendent tout de même avec eux pour dire qu’un endettement grandissant à long terme n’est pas soutenable pour les finances publiques.

Il faut ajouter qu’en début d’année, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait à titre personnel, de concert avec un autre économiste du FMI Daniel Leigh, que les experts avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance. Leur déclaration a fait grand bruit.

Pourquoi tant d’austérité alors? Pourquoi ce discours est-il encore très présent malgré un affaiblissement de sa domination dans les derniers mois?

Paul Krugman affirme qu’une « partie de la réponse repose certainement sur le désir très répandu de considérer les questions économiques comme un jeu moral, comme une histoire d’excès et de conséquences. Nous visons au-dessus de nos moyens, l’histoire se répète, et maintenant nous payons le prix inévitable ».

Selon lui, on peut expliquer longtemps que des dépenses supplémentaires vont réduire le chômage, « on s’en fout, bien des gens ont la profonde impression que nous vivons dans le péché et que la rédemption viendra de la souffrance ».

Voilà où nous en sommes. Depuis 2010, on annonce année après année une reprise durable de l’économie américaine et de l’économie mondiale. Nous sommes en 2013 et les prochains mois seront encore décevants selon les prévisionnistes. Mais, encore là, il y a de l’espoir parce que les signaux sont encourageants aux États-Unis.

Que faire? Les autorités politiques et économiques doivent encore se poser la question aujourd’hui et continuer de tirer des leçons de ce qui est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a, dans les pays développés, 26 millions de jeunes de 15 à 24 ans qui sont au chômage ou qui ne sont pas à l’école selon The Economist. C’est inquiétant. Comment réagir? Compte tenu des espoirs de reprise, doit-on poursuivre sur la voie de l’austérité ou stimuler l’économie pour asseoir cette reprise?

Incroyable cet aveu exprimé jeudi dernier par l’économiste en chef du FMI Olivier Blanchard et par Daniel Leigh, économiste également au Fonds monétaire international. En quelques mots, ils ont dit que les experts comme eux, qui orientent les grandes décisions mondiales en matière de finance, se sont trompés en misant à tout prix sur l’austérité dans le but de réduire le plus rapidement possible les dettes souveraines.

Olivier Blanchard

Ils parlent à titre personnel et pas au nom du FMI. Mais, tout de même, dans un texte publié sur le site du FMI, ils affirment ceci : « Nous démontrons que, dans les économies développées, une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu. »

En quelques mots et quelques chiffres, ils s’attendaient à ce que la réduction des dépenses publiques équivalentes, disons à 1 % du PIB, allait entraîner une réduction de l’activité économique de 0,5 point de pourcentage. Or, l’effet a été bien pire : réduction de l’activité de 0,9 à 1,7 point. L’erreur, c’est d’avoir appliqué un modèle qu’on connaît en période de croissance dite normale, alors que les pays visés par des mesures d’austérité étaient en pleine crise.

Comme l’ont titré plusieurs groupes de presse : oups!

Des Grecs manifestent à l'extérieur du ministère des Finances à Athènes, le 17 octobre 2012, contre les mesures d'austérité. Ce constat n’est pas banal. Le FMI, l’UE, l’Allemagne, la BCE et les agences de notation ont fait pression dès 2009 pour que d’importantes mesures d’austérité soient appliquées afin de réduire l’endettement des pays développés. Hausse d’impôts, compressions dans les programmes sociaux, suppressions d’emplois dans la fonction publique, quantité de mesures ont été mises en place de façon quasi dogmatique, plongeant encore davantage la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et plusieurs autres pays dans une récession qui semble sans fond.

Aujourd’hui, près de 19 millions de personnes sont au chômage dans la zone euro, du jamais vu depuis la création de la monnaie unique en 1999. Taux de chômage de 11,8 % avec des pointes à 26 % en Grèce et à presque 27 % en Espagne. Et cette hausse du chômage se poursuit toujours dans la zone euro.

Cela dit, un point de vue divergent apparaît dans un texte publié dans Bloomberg lundi. Anders Aslund, chercheur au réputé Peterson Institute for International Economics, affirme que l’austérité fonctionne, contrairement à ce qu’affirment les économistes Blanchard et Leigh. « L’Europe du Nord est en bonne santé financière, merci à l’austérité, écrit-il, alors que l’Europe du Sud souffre d’une austérité à demi-assumée, pire, de mesures de stimulation fiscale. »

Anders Aslund compare la Grèce à la Lettonie. D’un côté, dit-il, il y a un pays qui n’a pas adopté les mesures d’austérité nécessaires, avec une rigueur absolue. C’est la Grèce, dont l’économie se décompose un peu tous les jours. De l’autre, il y a la Lettonie, qui s’est obligée à un régime de pain sec pendant deux ans, conduisant à une chute de son PIB de 24 %. Aujourd’hui, la croissance dépasse les 5 % annuellement et le déficit budgétaire ne représente plus que 1,5 % de son PIB.

À quel prix toutefois? Le FMI affirme que la Lettonie a beaucoup trop réduit ses dépenses sociales. Mais sa directrice, Christine Lagarde, déclarait tout de même en septembre que ce pays était un exemple à suivre. Le FMI est venu en aide à la Lettonie, qui a déjà commencé à rembourser son prêt au Fonds monétaire international.

Les victimes de l’austérité se comptent par millions, c’est indéniable. Et c’est pourquoi tout cela m’apparaît profondément troublant.

Austérité = chômage

Mercredi 1 février 2012 à 13 h 36 | | Pour me joindre

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Voici un graphique. Il vient du site zerohedge.com, repris par le Globe and Mail mercredi matin. Vous avez là le taux de chômage des 16-24 ans en Europe. On est à plus de 50 % en Espagne (50 % oui…), on approche ce niveau en Grèce. Le Portugal est à 30 %, la zone euro, à 20 %.

Ma question est très simple : comment peut-on augmenter les taxes et les impôts, et miser sur l’austérité, quand la récession s’étend dans plusieurs endroits en Europe et que les niveaux de chômage sont si élevés?

 

 

 

 

 

Un événement étrange s’est produit hier. La première économie d’Europe, la plus solide, le meneur de la zone euro, l’Allemagne, a eu du mal à se financer sur le marché de la dette. Voulant lever 6 milliards d’euros, le gouvernement allemand a été ignoré par les investisseurs, ne réussissant qu’à obtenir 3,6 milliards d’euros sur une émission d’obligations à 10 ans.

Bourse de Francfort, en Allemagne

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