Billets classés sous « Pétrole »

Alors que le gouvernement du Québec impose un moratoire officiel sur le gaz de schiste, les États-Unis sont en train de changer le monde énergétique mondial en misant tous azimuts sur la fracturation hydraulique. La voie est libre, les Américains ont le marché à eux et ils saisissent l’occasion, malgré toutes les incertitudes soulevées sur la sécurité et l’environnement.

Pétrole de schisteÀ cause de la production américaine de gaz de schiste, le prix du gaz a plongé. Cela a du coup fait plonger le prix de l’électricité dans le marché au grand dam d’Hydro-Québec, qui misait sur ses exportations vers les États-Unis pour augmenter ses revenus et ses dividendes.

La production de gaz naturel aux États-Unis a bondi de 327 % de 2007 à 2011.

Cette technologie de la fracturation est aussi utilisée pour explorer de nouvelles sources de pétrole. Et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonçait dans un rapport mardi que le pétrole de schiste allait propulser les États-Unis au premier rang des producteurs mondiaux en 2015 dans les pays hors OPEP et avant 2020 dans l’ensemble du marché mondial.

En réalité, avec la production américaine, l’offre va monter plus rapidement que la demande! Qui aurait cru une telle avenue il y a quelques années à peine, à une époque où on parlait du pic pétrolier. Les technologies permettent aujourd’hui d’explorer du nouveau pétrole, qui coûte bien plus cher à produire, mais qui est rentable dans le contexte d’un baril à environ 100 $.

Selon l’AIE, ce pétrole de schiste et le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vont créer une « onde de choc » sur la planète au cours des cinq prochaines années, comme la hausse de la consommation pétrolière des Chinois a bouleversé le marché depuis 15 ans.

C’est à se demander si la transformation nécessaire vers des énergies vertes et renouvelables est vraiment en cours. On ne cesse de dire qu’en attendant de passer à de nouvelles sources d’énergie, on a encore besoin de pétrole. Dans ce contexte, et parce que le développement technologique le permet et que les prix sont élevés, on explore et on exploite. Et on continue!

Et vous savez quoi? Avec une telle offensive sur la production, on peut se demander si les prix de l’essence ne sont pas appelés… à baisser plutôt qu’à augmenter! Bien sûr, d’autres facteurs, comme le raffinage et les taxes, influent sur les prix de l’essence.

Après avoir dit pendant des années qu’il fallait se préparer à une hausse des prix de l’essence, ce spectaculaire développement de l’offre pétrolière en Amérique du Nord est-il en train de remettre en question toutes les prévisions?

Les fluctuations et surtout les bonds de 10 ¢ du prix de l’essence dans la grande région de Montréal ont englué un très grand nombre d’automobilistes dans un cynisme total et complet envers les pétrolières. Vous êtes nombreux à avoir l’impression, pour ne pas dire la conviction, que vous vous faites berner par les pétrolières, celles qui contrôlent l’extraction de la matière, qui la raffinent aussi et qui vous la vendent à la pompe.

Ultramar de Lévis pourrait être alimentée par du pétrole du TexasMardi soir, à RDI économie et au Téléjournal, j’ai parlé de la société américaine Valero Energy, propriétaire d’Ultramar, qui a obtenu un permis spécial du département du commerce américain pour exporter par bateau du pétrole du Texas jusqu’à Lévis, au sud de Québec. C’est 90 000 barils par jour qui pourront transiter entre les installations pétrolières de Valero au Texas et la raffinerie québécoise d’Ultramar.

Étant donné que le pétrole du Texas est vendu 20 $ moins cher sur le marché international, j’ai dit que cette nouvelle pourrait peut-être entraîner une baisse des prix de l’essence au Québec. C’est une possibilité, mais ce n’est pas une certitude, loin de là. Valero dit vouloir exporter du pétrole au Québec parce que c’est rentable pour elle de le faire et parce que ça pourrait permettre à la raffinerie d’Ultramar d’offrir un produit raffiné à moindre coût.

Quelqu’un m’a écrit pour me dire qu’il n’a pas aimé ce que j’ai dit. « Le fait que la raffinerie de Lévis s’approvisionne en pétrole au Texas (prix moins cher que le Brent) ne fera pas baisser les prix à la pompe, mais augmentera les profits de Valero, me dit ce téléspectateur. M. Fillion, cessez de nous prendre pour des valises et de nous créer de faux espoirs. »

Loin de moi l’intention de créer de vrais ou de faux espoirs, et encore moins de vous prendre pour ce que vous n’êtes pas! Ce qui m’intéresse, ce sont les chiffres et les faits. Si le Québec cessait d’importer son pétrole d’Algérie et de la mer du Nord, il réduirait sérieusement sa facture en pétrole. Mais ce n’est pas possible de le faire pour l’instant parce que les infrastructures ne le permettent pas.

En ce moment, le prix du Brent à Londres, le prix du pétrole qu’on achète au Québec et dans l’Est du pays, frôle les 110 $ le baril. Le prix du WTI et du NYMEX aux États-Unis se situe à environ 91 $. Et puis, le pétrole de l’Ouest du pays, celui qui vient des sables bitumineux, est à 65-70 $, un niveau plus bas que le prix américain en raison de la hausse de la production américaine et de l’incapacité pour les pétrolières albertaines d’augmenter leurs exportations. Alors, on se comprend bien : plus de pétrole du Texas et plus de pétrole de l’Alberta, c’est à tout coup un pétrole beaucoup moins cher que le pétrole négocié en fonction du prix international du Brent.

Or, le prix du pétrole compte pour environ 50 % du prix du litre d’essence que vous achetez. Sur 1,30 $ le litre en ce moment, c’est donc environ 65 ¢. Acheter du pétrole à 92 $ le baril au lieu de 109 $, c’est une baisse de coûts de près de 16 %, soit environ 10 ¢. On peut croire qu’en principe, ce qui est vendu à 1,30 $ aujourd’hui serait vendu sous la barre de 1,20 $ en raison de la réduction des revenus de taxes.

Si on achetait le pétrole de l’Alberta, à 70 $ le baril, on réduirait encore davantage les coûts. Dans ce cas-ci, les coûts de transport par oléoduc seraient peut-être un peu plus élevés. Aussi, de nouveaux débouchés pour le pétrole albertain entraîneraient sans doute une hausse du prix du pétrole vendu.

Bref, ce n’est pas fou de croire que le prix de l’essence au Québec et dans l’Est du Canada baisserait si on importait davantage de pétrole du Texas ou d’Alberta. Mais, il n’est pas fou non plus de penser qu’on ne maîtrise pas grande chose dans la chaîne du prix de l’essence, que contrôlent très bien les grandes pétrolières.

Quand le ministre des Finances Jim Flaherty affirme que le Canada domine les pays du G7 en terme de croissance au 4e trimestre, il offre un portrait un peu plus étincelant qu’il ne l’est en réalité. Dans la vraie vie,  on est « moins pire » que les autres! Il est difficile de bomber le torse avec des croissances annualisées de 0,7 % et de 0,6 % dans les deux derniers trimestres de 2012 et une chute des exportations de près de 10 % au cours de la dernière année.

Le ministre des Finances Jim Flaherty lors de la conférence de presse, le 1er mars 2013Le Canada connaît une très faible croissance économique et les perspectives ne sont pas exactement rassurantes. Dans ces circonstances, les revenus attendus pour atteindre l’équilibre budgétaire dans le budget de 2015-2016 ne seront possiblement pas au rendez-vous. Et c’est pourquoi c’est dans les dépenses que le gouvernement devra trouver son déficit zéro.

Et la question avec laquelle jongle le ministre Flaherty ces jours-ci, c’est de savoir si la croissance est assez forte pour soutenir une nouvelle ronde de compressions budgétaires.

La consommation des ménages ne pourra pas, à elle seule, soutenir la croissance. C’est une donne importante : c’est environ 60 % de la croissance économique. Et puis, deux des secteurs qui ont littéralement propulsé le Canada au cours des dernières années connaissent un passage à vide, dont la durée est indéterminée : l’immobilier et le pétrole.

Dans le cas du premier, la TD annonce que les prix vont stagner au cours des 10 prochaines années. Ils vont baisser d’ici 2015 avant de remonter légèrement dans les années suivantes. Après un boom exceptionnel, la construction de nouvelles propriétés ralentit et la revente de maisons décélère. Les courtiers hypothécaires tiennent le gouvernement Harper responsable de cette situation parce qu’Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires pour calmer l’endettement parfois disproportionné des ménages.

Aujourd’hui, le niveau de mises en chantier est tombé à un rythme de construction plus modeste, soit autour de 170 000 ou de 180 000, loin des années à plus de 200 000. Et les ventes chutent, notamment à Montréal, où elles ont dégringolé de 22 % en février par rapport au même mois en 2012, au plus bas niveau depuis 2009.

Installation pétrolière à Fort McMurray en AlbertaPour ce qui est du pétrole, plus l’écart entre le prix de l’Alberta et le prix du WTI américain et du Brent londonien grandit, plus le Canada perd des revenus. Selon Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura à New York, une différence de 50 $ entre le prix de vente du baril albertain et celui qui est négocié en fonction du Brent entraîne une perte de revenus pour l’économie canadienne de 2,5 milliards de dollars par mois.

Nous en avons parlé à quelques reprises : en raison de la hausse de la production américaine et de l’absence de nouveaux oléoducs pour transporter son pétrole, l’Alberta vend son produit issu des sables bitumineux à 60 ou 70 $. C’est de 20 à 30 $ plus bas que le prix américain. C’est de 40 à 50 $ plus bas que le prix international fixé sur le Brent.

Moins de consommation, moins de profits pour les entreprises, moins de revenus pour le gouvernement. Le Canada est un pays en excellente santé financière. Mais ça n’empêche pas le ministre Flaherty de devoir trouver un équilibre à court et à moyen terme pour éviter de gaspiller cette avance.

Ce qui a déjoué l’Alberta…

Vendredi 8 mars 2013 à 15 h 37 | | Pour me joindre

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Si l’Alberta voit ses revenus de ressources chuter autant ces jours-ci, c’est parce que l’essor pétrolier et gazier des États-Unis est tout simplement spectaculaire. Dans son budget présenté hier pour l’exercice 2013-2014, le gouvernement Redford à Edmonton indique que les revenus pétroliers seront de 6,2 milliards de dollars moins élevés qu’attendu en 2013-2014. Pourquoi?

Pétrole de schisteUne bonne partie de la réponse se trouve dans un rapport du Service de recherche du Congrès américain, publié il y a une semaine.  On apprend ainsi que la production totale américaine de pétrole a atteint 6 208 200 barils par jour en 2012, une hausse de 11,6 % par rapport à l’année précédente, de 24,1 % par rapport au niveau de 2008.

On apprend aussi que la production de gaz naturel a totalisé 23,966 milliards de pieds cubes en 2012, une hausse de 1,6 % comparativement à 2011, de 20,1 % par rapport à 2007.

Dans les deux cas, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une hausse de la production au cours des prochaines décennies. Plusieurs observateurs s’attendent à ce que les États-Unis atteignent l’indépendance énergétique dans une ou deux décennies.

Ainsi, la demande américaine pour le pétrole albertain est de moins en moins forte, ce qui fait pression sur le prix de vente du bitume albertain. Le prix international du pétrole, le BRENT, est à plus de 110 $. Le prix américain du WTI est à 90 $. Et celui de l’Alberta se situe entre 60 et 70 $ en ce moment.

Il y a aussi l’exploitation massive des gaz de schiste aux États-Unis qui a provoqué une hausse importante de la production de gaz naturel, ce qui a fait pression à la baisse sur les prix.

Alors, les prévisions albertaines ne tiennent plus la route. Et la province, qui comptait sur ces revenus pour éponger la hausse de ses dépenses, provoquée notamment par une croissance démographique majeure,  doit refaire ses devoirs.

Edmonton refuse d’utiliser l’espace fiscal disponible : pas de taxe de vente, pas de hausse d’impôts. Le gouvernement coupe donc dans les dépenses, emprunte sur le marché et s’endette pour financer ses projets. Et il espère que ses projets d’oléoducs (vers le sud, vers l’ouest et vers l’est) seront bientôt approuvés.

Ne sous-estimez pas l’Oncle Sam…

Jeudi 28 février 2013 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le PIB des États-Unis a progressé de 0,1 % au 4e trimestre selon la dernière révision des autorités américaines. On avait d’abord annoncé une baisse de 0,1 %. C’est un peu mieux qu’annoncé, mais on s’entend, l’économie de nos voisins du sud stagne.

À première vue, et vu de chez nous, il y a de quoi s’inquiéter. Dans mon blogue de lundi, j’ai fait une liste d’indicateurs qui nous révèlent clairement que l’économie canadienne ralentit sérieusement, ce qui donne des maux de tête ces jours-ci au ministre des Finances Jim Flaherty.

Mais, selon les analystes Pierre Fournier et Angelo Katsoras, de la Financière Banque Nationale, il faut regarder les choses autrement. L’économie américaine connaîtra, à long terme, une croissance plus forte que tous les autres pays avancés de la planète.

Vraiment? « La croissance sera encore modeste aux États-Unis pour un certain temps, écrivent les auteurs dans une étude publiée pour le milieu financier, mais nous sommes de plus en plus convaincus que l’équilibre des risques tend vers un retour graduel et durable à des niveaux de croissance plus normaux. »

Qu’est-ce que ça veut dire?

Ça veut dire qu’en y regardant de plus près, les avantages fondamentaux de l’économie américaine sont multiples, selon Pierre Fournier et Angelo Katsoras :

  • les États-Unis approchent de l’indépendance énergétique avec un secteur du gaz et du pétrole en forte expansion et pourraient « capitaliser sur un gaz naturel abondant et peu cher et sur un plus grand accès à des sources sûres de pétrole »;
  • face à la Chine, l’Inde et l’Allemagne, les Américains possèdent des réserves d’eau importantes, loin toutefois derrière le Canada et la Nouvelle-Zélande;
  • les États-Unis possèdent les réserves de terres cultivables les plus importantes après le Brésil;
  • le pays est moins touché que plusieurs autres pays avancés par le vieillissement accéléré de sa population;
  • le niveau de taxation par rapport au PIB est, aux États-Unis, l’un des plus bas parmi les pays avancés, ce qui donne au pays un espace fiscal pour améliorer les revenus du gouvernement sans nuire sensiblement à sa compétitivité;
  • le secteur manufacturier a retrouvé le chemin de la croissance au cours des deux dernières années en raison d’une baisse des coûts de main-d’œuvre aux États-Unis et d’une hausse dans les pays émergents, ce qui réduit les écarts de coûts;
  • le marché immobilier est certainement en reprise et l’avoir net des ménages remonte;
  • les États-Unis ne sont pas en conflit avec leurs voisins;
  • pour ce qui est de la sécurité, le fait d’être bordé par deux océans est un élément géophysique qui favorise la protection du territoire;
  • les guerres d’Irak et d’Afghanistan étant essentiellement des événements du passé, et les menaces d’attaques terroristes étant plus faibles, le pays connaît une paix relative, tout en maintenant un haut niveau de surveillance sécuritaire et l’armée la plus puissante du monde.

Bien qu’il soit essentiel de diversifier nos sources d’exportations, cette mise en perspective nous rappelle que nous avons tout intérêt à maintenir d’excellentes relations commerciales avec notre premier partenaire économique!

L’étude se nomme : « Why the u.s. economy will outperform other advanced economies. » Je ne la trouve pas sur le web, je ne peux vous fournir de lien, mais je vais le faire dès que possible.

Les choses se sont compliquées à Ottawa dans les dernières semaines. Les hauts fonctionnaires des Finances ont été obligés de dire à leur patron, le ministre des Finances Jim Flaherty, que les fluctuations dans la colonne des revenus sont peut-être un peu plus prononcées que souhaité.

Si bien que le ministre consulte encore un paquet d’économistes cette semaine pour mettre en œuvre un plan de match crédible et adapté à l’économie canadienne, le budget 2013-2014 qui devrait être dévoilé quelque part entre le 18 et le 28 mars.

Deux pièces de 1 $Si le dollar canadien est tombé à 97 ¢US dans les derniers jours, c’est en partie attribuable à la succession de données économiques qui confirment le ralentissement de l’économie canadienne. Les signaux sont clairs et ça complique le travail de Jim Flaherty, qui souhaitait poursuivre le régime minceur de l’État dans son prochain budget avec l’objectif ultime d’atteindre l’équilibre en 2015, à temps pour les prochaines élections.

Mais ça ne se semble pas se passer comme prévu. Encore une fois…

  • La progression du produit intérieur brut a ralenti à seulement 0,6 % au troisième trimestre. Il y a eu croissance en octobre et en novembre, mais il y a des doutes sérieux à propos de décembre, dont on connaîtra les chiffres publiquement vendredi. Les dernières statistiques pour ce mois sont plutôt négatives, ce qui pourrait peser d’ailleurs sur l’ensemble du quatrième trimestre. Aux États-Unis d’ailleurs, on a eu la surprise d’assister à un recul de 0,1 % du PIB annualisé au dernier trimestre de 2012.
  • En décembre, les ventes au détail au Canada ont chuté brutalement, comme jamais en 3 ans, de 2,1 % après plusieurs mois de progression. Il faudra voir pour la tendance.
  • Les ventes des grossistes ont chuté de 0,9 % en décembre.
  • Les ventes manufacturières ont baissé de 3,1 %, plus fort recul depuis mai 2009.
  • Décembre toujours, la valeur des permis de bâtir a chuté de 11,2 % au pays par rapport au mois précédent.
  • Les mises en chantier ralentissent. Selon la SCHL, le nombre de mises en chantier d’habitations devrait passer de 215 000 en 2012 à 190 000 en 2013.
  • Les prix des maisons décélèrent. Selon Royal Lepage, le prix moyen au Canada va grimper de 1 % cette année avec des ralentissements à Toronto et à Vancouver, et dans le segment des condos à Montréal.
  • Les exportations canadiennes ont chuté de 9,9 % en 2012 avec une baisse au cours de 7 des 12 mois de l’année. On a assisté à des reculs de 0,7 % en novembre et de 0,9 % en décembre. Pour l’ensemble de l’année, c’est le secteur de l’énergie qui a fait pression sur l’ensemble des exportations en raison des prix très bas du gaz naturel et de la chute du prix du pétrole exporté par l’Alberta. Quelques secteurs ont été particulièrement touchés en 2012 selon les données de Statistique Canada :

Pétrole brut et pétrole brut bitumineux : -24,3 %
Gaz naturel : -14,9 %
Liquides de gaz naturel et produits connexes : -26,5 %
Minerais et concentrés de fer : -23,7 %
Produits en métal et produits minéraux non métalliques : -15,0 %
Métaux précieux et alliages en métaux précieux sous forme brute : -30,1 %

  • Il s’est perdu 22 000 emplois au Canada en janvier 2013 après des hausses importantes en août, septembre, novembre et décembre. Il faudra attendre pour établir une tendance, alors que les économistes croient depuis un bon moment et que le marché de l’emploi va ralentir. Ajoutons que le secteur public a supprimé 27 000 emplois en janvier après une décélération des embauches en novembre et en décembre.
  • L’Alberta vient de faire le point sur ses finances et annoncer que ses revenus sont moins élevés que prévu, manque à gagner de 6 milliards de dollars. Cela l’amènera à enregistrer un déficit quatre fois plus important que prévu pour 2012-2013, de 3,5 à 4 milliards de dollars.
  • La chute des prix du pétrole a provoqué la baisse des prix de l’essence en Alberta et en Saskatchewan, faisant plonger le taux d’inflation à seulement 0,5 % en janvier au Canada. En Alberta, les prix ont baissé même de 0,5 %.

Arrêtons-nous ici. Les signaux sont clairs et de nouvelles mesures d’austérité pourraient avoir un impact encore plus négatif sur la croissance. Au moment où le gouvernement vient de lancer une campagne publicitaire pour faire la promotion de ses crédits d’impôt, quels seront donc les choix de Jim Flaherty?

Amenez-en du pétrole?

Lundi 18 février 2013 à 14 h 53 | | Pour me joindre

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Loin de Kyoto, de Montréal, de Copenhague et de tous les forums des dernières années où les enjeux environnementaux ont fait l’objet d’importantes discussions et négociations, d’avancées dans certains cas, on ne semble plus que parler aujourd’hui d’expansion des sources de pétrole en Amérique du Nord.

Pourquoi? Parce que nous en consommons! Beaucoup d’ailleurs! Et tant que nous n’aurons pas trouvé mieux, nous allons continuer d’en consommer, nous dit-on. C’est le discours que l’on entend partout. À tort ou à raison, on fonce et on continue de miser sur une énergie qui ne contribue qu’à augmenter les émissions totales de gaz à effet de serre. On se projette dans la longue durée en se disant qu’en attendant d’électrifier les transports et de développer davantage les énergies renouvelables, on n’a pas trop le choix de développer le pétrole et, au passage, d’en profiter!

D’ici 10 ou 15 ans, le Québec a l’ambition de développer son pétrole : celui de la Gaspésie, du golfe du Saint-Laurent et de l’île d’Anticosti. Dans quel ordre, avec quels moyens, quand, à quel coût financier et environnemental, les questions avant d’exploiter et d’exporter du pétrole au Québec seront nombreuses. Et c’est donc loin d’être fait…

En attendant, le Québec doit étudier des projets visant à transporter le pétrole des sables bitumineux vers son territoire et vers l’Est du Canada, voire du territoire du nord-est américain.

Pipeline d'EnbridgeIl y a d’abord celui d’Enbridge, qui propose de renverser le flux de l’oléoduc (ligne 9) entre North Westover en Ontario et Montréal. La demande a été déposée auprès de l’Office national de l’Énergie du Canada. Une telle inversion permettrait notamment à Ultramar de raffiner du pétrole venu de l’Ouest à ses installations de Lévis.

Ce projet pourrait être terminé par une inversion éventuelle du courant de l’oléoduc Montréal-Portland, au Maine. Cela permettrait à terme de transporter du pétrole d’Alberta jusqu’à la côte est américaine. Mais le projet n’avance pas pour l’instant. La cour a bloqué il y a un an un projet d’inversion entre Montréal et Portland en raison du manque d’informations fournies sur la pertinence de construire une station de pompage à Dunham dans les Cantons-de-l’Est.

Des tuyaux de TransCanada servant à construire des pipelinesEt puis, il y a TransCanada qui veut aussi transporter du pétrole de l’Ouest jusqu’au Nouveau-Brunswick en passant par le Québec. Pour ce faire, l’entreprise voudrait convertir un gazoduc en oléoduc pour ainsi transporter du pétrole jusqu’à la raffinerie de Saint-Jean. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick David Alward tente de convaincre Pauline Marois d’embarquer dans le projet. Une rencontre a eu lieu lundi à Montréal pour discuter de ce sujet.

On évoque de plus en plus également la possibilité de transporter le pétrole des sables bitumineux vers l’Est du Canada par train. Suncor souhaiterait aller de l’avant avec un tel projet pour alimenter sa raffinerie de l’Est de Montréal. Selon Le Devoir, même Ultramar à Lévis ne dirait pas non à ce pétrole « ferroviaire ».

Bref, les projets sont nombreux. Il y a des intérêts économiques immenses qui sont en jeu, qui sont plus grands que le marché du Québec ou de l’Est du Canada. L’objectif des pétrolières, c’est d’atteindre les côtes, à l’Est, à l’Ouest et dans le sud des États-Unis. C’est ainsi que s’active avec vigueur l’industrie du pétrole au Canada pour développer, inverser, construire et alimenter des oléoducs.

Maintenant, plusieurs questions se posent. Les municipalités où passent ou passeraient les oléoducs expriment des inquiétudes en matière de sécurité et d’environnement. Est-ce que le pétrole des sables bitumineux pourrait endommager plus rapidement, par la corrosion, les conduits? Et est-ce que les risques d’accident sont donc plus élevés?

Et du point de vue économique, pour le Québec, serait-il véritablement avantageux de faire venir et de laisser passer du pétrole sur son territoire?

Je pose la question pour deux raisons. D’abord, le Québec veut produire du pétrole, et on imagine donc qu’il voudra l’exporter. Serait-il à son avantage d’ouvrir le marché de l’Est à l’Alberta? Et puis, comme on l’évoquait dans un blogue précédent, si le pétrole albertain est actuellement moins cher que le pétrole international et américain, son prix va certainement remonter s’il finit par trouver des débouchés à l’est, à l’ouest et au sud. Et le Québec ne profiterait pas nécessairement d’un meilleur prix qu’actuellement en achetant le pétrole des sables bitumineux.

Voilà de bons débats en perspectives…

Le manque à gagner de 6 milliards de dollars dans la colonne des revenus en Alberta est attribuable à la chute soudaine du prix du pétrole albertain l’automne dernier. Les redevances énergétiques ont donc fondu. Le gouvernement, qui a doublé ses dépenses au cours de la dernière décennie, doit, tout à coup, réfléchir à de nouvelles solutions pour revenir à l’équilibre budgétaire : hausse d’impôts, taxe de vente ou réduction des dépenses, le débat fait rage en Alberta ces jours-ci.

Jim Flaherty souffre d'une rare maladie de peauPendant ce temps, à Ottawa, le ministre des Finances Jim Flaherty prépare son budget pour l’exercice 2013-2014 et, de toute évidence, il doit lui aussi composer avec une réduction des revenus en provenance des pétrolières. « L’enjeu au Canada, ce sont les ressources », me disait l’économiste Serge Coulombe dans un huis clos du budget fédéral à Ottawa il y a quelques années. Si les prix des ressources montent, si on continue de développer nos ressources, les finances canadiennes ne s’en porteront que mieux. Le contraire nous conduit à la fragilisation de nos finances publiques.

L’impact du pétrole est clair et notable. Les exportations canadiennes ont chuté en 2012 de 9,9 % en raison principalement de la baisse du prix du pétrole canadien, captif du marché américain, et qu’on doit brader à environ la moitié du prix du pétrole international, celui qui se fixe sur le Brent de Londres. La valeur des exportations de produits énergétiques est passée de 9,84 milliards  en décembre 2011 à 7,97 milliards en décembre 2012, une glissade de 19 %.

Cette dégringolade a provoqué un déficit commercial record au pays en 2012 (on parle de déficit parce que les importations sont plus élevées que les exportations) : total de 12 milliards de dollars, 9 mois de déficit de suite.

Ottawa réalise aussi ces jours-ci que les quatre séances de resserrement des règles hypothécaires, rendues nécessaires par le niveau trop élevé de la dette des ménages, provoquent un ralentissement peut-être plus important qu’attendu dans l’immobilier et la construction.

Maisons en constructionLes ventes résidentielles sont tombées sous la moyenne des 10 dernières années en 2012, chute de 17,4 % de décembre 2011 à décembre 2012. Et puis, selon les données de janvier, les mises en chantier atteindront le nombre de 160 000 en 2013, plutôt que les 200 000 enregistrées annuellement depuis des années.

L’économiste François Delorme me fait remarquer qu’une ville comme Montréal pourrait être particulièrement touchée par le ralentissement en cours. Son marché présente des signes de plus en plus inquiétants. Les mises en chantier et la revente de maisons sont en chute et les inscriptions au service MLS de l’Association canadienne de l’immeuble n’ont jamais été aussi élevées depuis 2005.

François Delorme croit que le ministre Flaherty n’aura d’autres choix que d’annoncer un nouveau programme d’infrastructures dans son budget pour stimuler l’économie. Les dernières indications sur le PIB ont révélé la faiblesse de la croissance canadienne. Le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney a même cru bon reporter la possibilité d’une hausse des taux d’intérêt.

Dans son blogue, l’économiste Jean-Pierre Furlong nous rappelle que The Economist conclut à une surévaluation des prix des maisons au Canada. « Advenant une correction importante du marché de l’habitation, les consommateurs pourraient se retrouver avec des emprunts hypothécaires plus élevés que la valeur de leurs maisons. S’ensuivrait une série de réactions sur les marchés qui pourraient être comparables à ce que les États-Unis ont connu en 2008 et 2009. »

Il termine son texte en écrivant que « la correction du marché de l’habitation au Canada est, pour l’instant, bien engagée : les mises en chantier et les ventes de logements existants diminuent depuis quelques mois sans conséquence importante et immédiate sur les prix, sauf dans des marchés spécifiques comme celui de Vancouver. Mais, que nous réserve l’avenir? »

Il faut ajouter les chiffres sur l’emploi du mois de janvier. Il est exclu d’établir quelque tendance que ce soit à partir des données d’un seul mois. N’en demeure pas moins qu’il s’est perdu près de 22 000 emplois en début d’année au pays, principalement en Ontario. De plus, c’est le secteur public, touché par plusieurs mesures d’austérité, qui a encaissé le coup avec la perte de 27 000 postes.

Il faut faire le constat : l’Alberta est touchée par la chute des cours du pétrole. Et Montréal, Toronto et Vancouver sont touchées par le ralentissement de la construction et de l’immobilier.

Faut-il donc stimuler encore l’économie?

Et faut-il reporter l’équilibre budgétaire au-delà de 2015?

Le risque des ressources naturelles

Vendredi 8 février 2013 à 14 h 38 | | Pour me joindre

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La Coalition Avenir Québec propose dans la plateforme présentée lors des élections de l’été dernier des prises de « participations minoritaires stratégiques dans les projets d’exploitation » de ressources naturelles par l’entremise de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le chef de la CAQ François Legault rappelait mercredi sur Twitter sa position sur le développement du pétrole au Québec : « En prenant une participation de [49,9 %] dans les grands projets pétroliers, le gouvernement pourrait mieux contrôler les impacts environnementaux. »

mine Minto YukonIl est clair que les Québécois ont l’impression de ne pas bénéficier suffisamment des ressources exploitées sur leur territoire. C’est pour cette raison que le gouvernement promet de revoir la Loi sur les mines et le régime des redevances. Un forum est prévu le 15 mars prochain d’ailleurs. De plus, il faut s’attendre à une politique éventuelle sur l’exploitation du pétrole.

Cela dit, si les retombées positives de l’exploitation des ressources sur l’ensemble du Québec ne sont pas aussi élevées que souhaité, les contribuables ne subissent pas non plus avec ampleur les pertes engendrées par les revirements de l’économie. Il y a fort à parier que la Caisse de dépôt et placement du Québec aurait perdu encore plus que les 40 milliards de dollars annoncés en 2008 si elle avait été propriétaire minoritaire d’entreprises minières du Québec.

Plusieurs évènements récents devraient attirer notre attention sur les risques associés au secteur des ressources naturelles. Le ralentissement de l’économie mondiale et la baisse des prix de certains métaux poussent en ce moment des entreprises à suspendre des activités.

Cliffs Natural Resources annonçait l’automne dernier le report de l’expansion de sa mine du lac Bloom en raison de la forte volatilité des prix du minerai de fer. La phase II du projet est suspendue jusqu’en 2014 et 400 travailleurs temporaires sont touchés par cette décision.

Rio Tinto annonçait lundi l’abandon  de son projet d’usine de pigment de titane à Bécancour dans le Centre-du-Québec. L’entreprise avait entrepris une étude de faisabilité, mais a finalement conclu que ce projet de près de 4 milliards de dollars et de 400 emplois ne serait pas rentable en raison de la chute des prix du titane.

Travaux de la minière Rio Tinto IOC, à Labrador City

Rio Tinto a aussi décidé de suspendre son projet d’expansion à Labrador City. Rio Tinto est l’actionnaire majoritaire d’IOC, Iron Ore Canada, l’exploitant de la mine de Labrador City. C’est 300 travailleurs qui doivent donc rentrer chez eux. Les deux sous-traitants qui les emploient doivent soumettre un plan de réduction de coûts.

Et puis, voilà que le CN remet en question son projet de chemin fer dans le nord du Québec, projet de plusieurs centaines de kilomètres.

Ce que nous disent ces nouvelles, c’est que ce marché est instable. Il fluctue beaucoup. C’est vrai aussi pour le pétrole, en passant. Au Canada, en ce moment, parce que les pétrolières albertaines sont captives du marché américain, le prix de vente du pétrole canadien est tombé sous les 60 $ le baril comparativement à 90 $ aux États-Unis et à plus de 115 $ dans le monde. Qu’en serait-il du pétrole québécois?

Alors, posons-nous la question : si on souhaitait aller au-delà des impôts et des redevances et prendre des prises de participation dans les entreprises qui exploitent les ressources du Québec, serions-nous prêts aussi à encaisser des pertes importantes quand le marché ralentit?

Deux ou trois choses sur les oléoducs…

Mercredi 23 janvier 2013 à 11 h 44 | | Pour me joindre

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C’est une avancée importante pour l’industrie du pétrole au Canada que celle de l’approbation par le gouverneur du Nebraska du nouveau tracé pour l’oléoduc que souhaite compléter TransCanada entre l’Alberta et le Texas. À terme, ce projet de 7 milliards de dollars et de 20 000 emplois doit permettre de transporter 830 000 barils par jour vers les raffineries situées en bordure du golfe du Mexique, là où le commerce pétrolier demeure florissant.

Une vue de pipelinesLe président Obama doit donner son accord au projet avant qu’il puisse aller de l’avant. L’aval du Nebraska, qui affirme que l’impact environnemental du projet sera « minime », devrait permettre à Washington d’approuver le projet.

L’industrie pétrolière milite avec vigueur et avec succès également pour le développement massif des oléoducs au Canada, et pour une raison très simple : le manque d’infrastructures provoque des surplus que les pétrolières doivent écouler au rabais. Selon l’analyste et économiste Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura, basée à New York, le prix de vente du pétrole canadien est environ la moitié du prix de vente du pétrole international.

Le pétrole négocié sur la planète et dont le prix se situe autour de celui du Brent à Londres, donc autour de 110 $, est de bonne qualité et il est accessible. Celui des États-Unis vise un marché un peu plus restreint, plus captif, et se vend autour des 90 $. Mai, celui du Canada ne se rend pas de façon efficace aux raffineries du golfe du Mexique, et il souffre d’un manque d’infrastructures qui permettrait au Canada d’exporter son pétrole vers l’Asie. Confinée au marché américain, l’industrie canadienne du pétrole a peu d’emprise sur le prix négocié sur le marché.

La Banque du Canada affirme que « la congestion persistante des infrastructures de transport [ont] porté les décotes du pétrole brut lourd canadien à des niveaux records ».

Donc, du point de vue strictement commercial, et sans égard à l’impact important des sables bitumineux sur l’environnement, le Canada a besoin d’oléoducs vers le sud, l’ouest et l’est. Comme vous le savez, plusieurs projets sont sur la table : Keystone vers le sud, Northern Gateway vers l’ouest et celui de permettre le transport du pétrole jusqu’au Québec et vers le nord-est américain, porte d’entrée sur le marché international occidental.

La question qui surgit souvent est celle-ci : si le pétrole de l’Alberta est en ce moment la moitié du prix du pétrole fixé par le Brent, qu’on achète au Québec, pourquoi ne consomme-t-on pas le pétrole de l’Alberta? Réponse : les infrastructures ne le permettent pas en ce moment.

Alors, pourquoi ne pas bâtir les infrastructures qui permettraient au Québec de consommer le pétrole des sables bitumineux? Réponse : le projet est à l’étude. Mais soyons clairs, il n’est pas dit que le Québec va réduire sa facture en pétrole en achetant celui de l’ouest. Pourquoi? Bien, parce que le développement d’oléoducs vers le sud, vers l’ouest et vers l’est permettra au Canada de devenir un fournisseur de pétrole efficace et important sur la scène internationale…

Et vous l’aurez compris, le prix de vente remontera sensiblement pour rejoindre le WTI américain, peut-être même le Brent londonien. Ainsi, le bénéfice qu’on croyait faire dans l’est du pays pourrait disparaître.