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Lac-Mégantic, l’an 1

Mercredi 2 juillet 2014 à 12 h 51 | | Pour me joindre

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Dans son tout nouveau commerce de la rue Papineau, Pierre Boulet me montre, accroché au mur, le calendrier de Claude Grenier, l’excellent photographe de Lac-Mégantic. Page après page, de beaux souvenirs du centre-ville qu’on a connu, mais c’est plus qu’un beau calendrier. C’est un document pour se rappeler et pour regarder vers l’avant. Ce calendrier commence le 6 juillet.

L’an 1 de la nouvelle Lac-Mégantic débute le 6 juillet 2014. Un dimanche. L’étape du premier anniversaire est un moment important pour les Méganticoises et les Méganticois qui poursuivent leur deuil. Mais c’est aussi l’amorce d’une année d’espoir. L’espoir de retrouver presque tous les commerces disparus. L’espoir de régler une fois pour toutes le rachat des 39 immeubles encore debout et de décider de leur avenir. L’espoir de retrouver les emplois perdus ou réduits à quelques heures par semaine. L’espoir de retrouver une fluidité totale de part et d’autre de la Chaudière. L’espoir de voir s’amorcer la reconstruction du secteur dévasté. L’espoir de retrouver la paix caractéristique de Lac-Mégantic dans l’unité, comme l’espère de tous ses vœux le curé de Sainte-Agnès, Steve Lemay.

Pour revenir lentement mais sûrement vers une certaine normalité, il faut finir par répondre aux questions qui demeurent en suspens :

  • Que fait-on des immeubles encore en place, rue Frontenac? À quand le déblocage financier de Québec à ce propos ,alors que bien des gens attendaient une annonce avant le début de l’été?
  • Est-ce que le ministère de la Sécurité publique du Québec entend accélérer toutes les approbations attendues par les commerçants qui sont prêts à relancer leurs activités dans les condos commerciaux?
  • À quand le plan d’aménagement final pour le centre-ville? Qu’est-ce qui, dans ce plan, va rassembler les gens de Lac-Mégantic, va attirer de nouvelles familles et de nouveaux investissements?
  • À quand une décision sur une voie de contournement et le début de tels travaux? À quand la première réunion du comité d’étude sur la voie de contournement?
  • Le pétrole va-t-il repasser au centre-ville avant la construction d’une voie de contournement?

Comme Pierre Boulet, Yannick Gagné, le propriétaire du Musi-Café en pleine construction, veut regarder vers l’avant. « Mes années vont maintenant commencer le 6 juillet, m’a-t-il dit il y a quelques jours. Ce ne sera plus le 1er janvier, ce sera le 6 juillet. » Derrière lui, la tragédie. Devant lui, la construction, l’espoir, le désir profond de vivre et de revoir du beau monde venir s’amuser entre ses murs.

Pour y arriver toutefois, ne serait-il pas venu le temps de donner aux gens de Lac-Mégantic toutes les réponses attendues et réclamées, des réponses claires, des engagements fermes et des décisions assumées qui viendront atténuer les craintes, les incertitudes, les colères?

RDI ÉCONOMIE – Lac-Mégantic, la reconstruction : jeudi 3 juillet à 18 h et samedi 5 juillet à 11 h (HAE), ICI RDI

En direct dimanche matin, 6 juillet, la messe commémorative en souvenir des victimes, ICI RDI.

Je vous souhaite un bon été! Je vous retrouve bientôt.

Le Canada possède les réserves de pétrole les plus importantes du monde avec l’Arabie saoudite et le Venezuela. Ces réserves sont actuellement estimées à 175 milliards de barils, soit environ 75 ans de production au rythme prévu en 2030. C’est énorme! Et que vous soyez ou non pour le développement de cette énergie fossile, le Canada a fait le choix très clair de produire encore plus de pétrole à l’avenir.

La décision d’Ottawa sur le projet de pipeline Northern Gateway s’inscrit dans une stratégie tous azimuts visant un accroissement de la production et des exportations. La croissance de l’un ne va pas sans l’autre, de là la vaste offensive canadienne pour de multiples projets d’oléoducs, vers Kitimat puis Burnaby en Colombie-Britannique, vers le golfe du Mexique avec le projet Keystone XL, vers le Midwest américain, puis vers l’est du Canada, en passant par le Québec. On tire dans toutes les directions.

La production actuelle du Canada est de 3,5 millions de barils par jour. D’ici 15 ans, ce niveau de production devrait augmenter de plus de 80 % à 6,4 millions de barils par jour. En ce moment, 1 baril sur 4 est destiné à des raffineries canadiennes. Le reste est exporté aux États-Unis.

Le potentiel sur le marché canadien est intéressant, mais les pétrolières visent à augmenter leurs exportations vers les États-Unis, mais aussi vers l’Asie. En raison du manque de débouchés en ce moment, le pétrole canadien se vend environ 20 $ moins cher que le pétrole américain, dont le baril dépasse les 100 $.

L’Association canadienne des produits pétroliers a déterminé les marchés supplémentaires possibles pour le pétrole albertain, dans la mesure où des pipelines sont ajoutés :

  • 640 000 bpj : c’est ce qu’importent les raffineries du Québec et de l’Atlantique, c’est environ 90 % du pétrole raffiné dans l’est du pays;
  • 680 000 bpj : c’est l’ajout possible de pétrole que le Canada pourrait exporter vers les raffineries américaines du golfe du Mexique. En ce moment, ces installations raffinent 8 millions de barils par jour, dont 2 millions provenant de pétrole importé. L’association est d’avis que le Canada pourrait remplacer 680 000 barils par jour de ce pétrole importé;
  • 465 000 bpj : c’est le potentiel d’exportations pour les pétrolières canadiennes vers les raffineries du Midwest américain actuellement en rénovation pour transformer davantage de pétrole lourd;
  • 100 000 bpj : vers les raffineries les États de Washington et de Californie;
  • 100 000 bpj : vers les raffineries de la côte est américaine, qui ajouteraient à leur capacité.

À cela, le Canada vise aussi la Chine et l’Inde. En ce moment, la demande en pétrole importé des deux pays émergents les plus importants du monde est de 9,7 millions de barils par jour. Projection pour 2030? 17,7 millions! Le Canada veut une part du gâteau.

Stephen Harper a été très clair : « Aucun pays, quoi qu’ils en disent, ne veut entreprendre des actions sur le changement climatique qui détruiront les emplois et la croissance […] Nous sommes juste un peu plus francs à ce propos. »

Le premier ministre exprime une inquiétude réelle : la réduction des gaz à effet de serre (GES) pourrait-elle entraîner un ralentissement de l’économie? La question est légitime. Mais il faut se poser aussi une autre question : la hausse continue des GES, notamment par l’exploitation des sables bitumineux, pourrait-elle nuire davantage à l’économie dans 30 ans, dans 50 ans, dans 75 ans?

Le débat demeure entier : peut-on exploiter le pétrole du Québec tout en luttant contre les changements climatiques? Est-ce que ces deux réalités sont incompatibles? Oui, non, ça dépend où on se place.

Chose certaine, il est important d’en débattre. C’est ce qu’on a fait mardi midi à la Maison du développement durable à Montréal avec Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, Steven Guilbault, directeur principal d’Équiterre, et Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Bien sûr, Yves-Thomas Dorval appuyait l’exploitation potentielle du pétrole au Québec et, bien sûr, Steven Guilbault s’y opposait. On a repris l’échange à RDI économie mardi soir.

Mais, au-delà des points de vue de base, il y a des zones de convergence dans le débat et il est important de les établir :

  1. Il faut de nouveaux revenus au Québec pour dénouer l’impasse qui s’amplifie et sortir du « déficit structurel » tel qu’avancé par le ministre des Finances Carlos Leitao.
  2. Si le Québec a atteint les objectifs fixés à Kyoto, il faut continuer de réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est une réalité incontournable.
  3. Environnement et économie vont de pairs : peu de décisions qui s’inscrivent dans le cadre d’un développement durable peuvent se prendre aujourd’hui sans considérer les deux réalités : l’impact écologique, l’impact socioéconomique.

Une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’on peut prétendre lutter efficacement contre les changements climatiques en décidant d’exploiter le pétrole d’Anticosti, et possiblement celui de la Gaspésie et du golfe Saint-Laurent?

Steven Guilbeault nous dit qu’il faut s’éloigner du pétrole. Il rappelle un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié récemment qui nous indiquait que pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius d’ici 2100, il ne faut pas exploiter deux tiers des réserves de pétrole sur la planète.

La concentration de CO2 était de 280 parties par million avant la révolution industrielle. Nous sommes aujourd’hui à 400 parties par million. Selon les études, à 450 parties par million, nous avons une chance sur 2 de dépasser les 2 degrés Celsius. À 550 parties par million, nous sommes à 3 chances sur 4. La Banque mondiale affirme qu’au rythme actuel, avec les efforts en place, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 4 degrés Celsius en 2100.

Yves-Thomas Dorval affirme, pour sa part, qu’il a le même objectif que le directeur d’Équiterre : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour y arriver, il faut investir dans les énergies renouvelables, et pour investir massivement dans l’économie verte, il nous faut des moyens. Il est d’avis que l’argent généré par les ressources pourrait aider aux investissements dans le développement durable. Il affirme aussi que le modèle social du Québec, pour vivre et survivre, doit obtenir de nouveaux revenus. Il est possible d’exploiter nos ressources, pour lui, de façon responsable.

Quant à Pierre-Olivier Pineau, il s’est placé à mi-chemin entre Yves-Thomas Dorval et Steven Guilbeault. Le problème pour lui n’est pas dans la production, mais dans la consommation. Nous dépensons, au Québec, 1 milliard de dollars par mois en nouvelles voitures. Et les VUS sont de plus en plus populaires.

La solution, c’est dans la réduction de la consommation. Il faut réduire notre consommation pour ralentir la demande en pétrole. L’exemple à suivre, sur la planète, est le Danemark, affirme Pierre-Olivier Pineau. Le Danemark exploite ses ressources et réduit, par la même occasion, ses émissions de gaz à effet de serre. Les Danois réduisent également leur consommation.

J’ai posé la question à Steven Guilbeault : à partir de quel moment l’exploitation du pétrole est-elle acceptable? Soupir, et rire dans la salle. Honnêtement, dans le cadre de fortes balises environnementales, ce serait possible. Mais répondre à cette question, c’est s’éloigner du problème fondamental, nous a-t-il dit : il faut réduire notre consommation et notre production de pétrole, c’est vital.

La demande en pétrole augmente toujours, cela dit. Nous sommes à environ 92 millions de barils par jour sur la planète en ce moment.

Voilà.

L’avenir de Lac-Mégantic

Lundi 26 mai 2014 à 16 h 26 | | Pour me joindre

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Il n’y aura pas de consensus à Lac-Mégantic. Trop de gens ont perdu trop grand et trop gros dans la tragédie du 6 juillet. On voudrait rembobiner et revenir à ce vendredi d’été, arrêter le temps et jouer le film autrement. Mais, malheureusement…

Malheureusement.

Il y a beaucoup de gens qui voudraient retrouver un centre-ville qui ressemblait à l’ancien. Une fois décontaminée, la zone pourrait retrouver ses formes habituelles et la vie pourrait tenter de reprendre un semblant de cours normal. Ces citoyens qui s’expriment ne voient pas d’un très bon œil les projets touristiques qui sont proposés par des gens d’affaires, des projets vus comme une tentative de récupérer les événements malheureux du 6 juillet et d’en « profiter ».

Ce serait vrai si des investisseurs venus d’ailleurs débarquaient à Lac-Mégantic avec leurs gros sabots pour annoncer la construction d’un site récréotouristique et pour en tirer un profit. Dans le cas qui nous occupe, l’initiative qui est sur la table est proposée par une trentaine de gens d’affaires de la région. Il serait étonnant que ces citoyens, touchés aussi par la tragédie de l’été dernier, soient animés par le désir du profit.

Voilà, je ne suis pas là pour juger d’une position ou de l’autre. Il y a probablement du chemin à faire entre les deux. C’est la ville qui soumettra le projet attendu et souhaité par la population pour la suite de l’histoire de Lac-Mégantic.

Il faut toutefois partir de certains constats.

Premièrement, la croissance économique et démographique de Lac-Mégantic montrait des signes d’affaiblissement, de ralentissement continu. Plusieurs commerçants cherchaient déjà à améliorer leur sort avant la tragédie, aux prises avec un contexte économique difficile. La Chambre de commerce de la région de Mégantic travaille d’arrache-pied depuis des années à stimuler l’économie de la région en utilisant notamment ses atouts touristiques.

Deuxièmement, qu’on soit pour une reconstitution de l’ancien centre-ville ou une nouvelle zone récréotouristique, personne ne semble imaginer que des wagons de pétrole puissent recommencer à circuler à proximité. La diffusion de notre reportage exclusif mardi dernier sur une étude qui évalue à 50 millions de dollars la construction d’une voie de contournement a mené ce matin à l’annonce par le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau de la réalisation d’une étude de faisabilité sur le projet. D’ici la fin de l’année, une décision serait prise.

Troisièmement, l’impact psychosocial est majeur. La mairesse Colette Roy-Laroche en parle chaque fois qu’elle tient un point de presse. Beaucoup de gens souffrent à Lac-Mégantic, et la situation ne s’améliore pas. La mairesse a demandé au gouvernement d’intégrer le ministre de la Santé dans le comité interministériel pour qu’on s’occupe aussi de cette question cruciale. On comprend donc que tout débat portant sur la suite des choses à Lac-Mégantic est hautement sensible et en dérange plusieurs. C’est le contexte, et c’est comme ça.

Il n’y aura pas de consensus sur le projet. Mais c’est dans la discussion, la consultation et le respect que Lac-Mégantic va se relever de la tragédie du 6 juillet 2013.

Le retour du gaz de schiste?

Vendredi 23 mai 2014 à 11 h 59 | | Pour me joindre

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En annonçant qu’il voulait « amorcer une véritable et rigoureuse évaluation environnementale stratégique de l’ensemble de la filière des hydrocarbures », le premier ministre du Québec semble préparer le retour dans le débat public de l’enjeu de l’exploitation des gaz de schiste. Dans son discours inaugural, Philippe Couillard a dit vouloir « favoriser l’utilisation du gaz naturel en lieu et place du diesel et du mazout ».

Alors que le Parti québécois avait adopté un moratoire sur le gaz de schiste et semblait vouloir laisser la question en plan, pour quelque temps à tout le moins, le premier ministre Couillard voit les choses autrement. Mais il sait qu’il devra y aller lentement, par étapes, pour éviter de brusquer la population comme l’ont fait les gazières en 2010. Ça avait alors poussé le gouvernement Charest à stopper la machine.

La stratégie de Pauline Marois s’est concentrée sur le pétrole de l’île d’Anticosti. Philippe Couillard, lui, évite soigneusement de se prononcer sur ce projet, bien qu’il ait déclaré en février dernier qu’il était « favorable à l’exploitation des hydrocarbures de façon responsable ». À mon collègue Patrice Roy, mercredi, il a dit ceci : « On va vous revenir là-dessus prochainement. Je veux aborder la question globalement et non pas de façon ponctuelle […] On va présenter une approche cohérente et large des hydrocarbures. »

Comprenez bien : tout est sur la table.

Le gaz de schiste demeure attirant pour les gouvernements qui misent sur les ressources pour stimuler leur économie. Jeudi, un rapport de l’Institut géologique de Grande-Bretagne portant sur les gaz de schiste a été rendu public à Londres. Constat : il y a du gaz et du pétrole de schiste dans les entrailles du pays, et ces hydrocarbures pourraient éventuellement remplacer les réserves de la mer du Nord qui s’épuisent. Le ministre britannique de l’Énergie, Michael Fallon, a déclaré que « la Grande-Bretagne a besoin de plus d’énergie produite sur son sol. La mise en valeur des schistes apportera de l’emploi, des occasions d’affaires. »

Le discours du ministre britannique est clair et assumé. Le premier ministre Couillard dira-t-il la même chose dans quelques années?

Il y a quelques années, s’ajoutait au débat sur la sécurité et l’impact environnemental, la pertinence économique d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le prix du gaz naturel avait chuté et plusieurs affirmaient qu’on allait perdre beaucoup de temps et d’énergie à pousser sur une production qui provoquait autant d’opposition dans la population et qui allait rapporter peu à la société. Depuis, les prix remontent. De 2 $ le million de BTU à l’été 2012, le prix a atteint les 6 $ cette année avant de redescendre à 4,50 $.

Êtes-vous prêts à reprendre le débat?

C’est avec beaucoup d’appréhension que des gens de Lac-Mégantic voient arriver dans quelques semaines le premier anniversaire de la tragédie ferroviaire du 6 juillet. Différents événements sont prévus, mais tout se fera dans la sobriété. C’est un moment difficile pour plusieurs, qui doivent composer aujourd’hui avec des répercussions complexes et multiples : la phase de deuil qui se poursuit, les projets de reconstruction, l’attente de soutiens financiers et le retour du train depuis quelque temps, et celui du pétrole, possiblement dans peu de temps.

La Central Maine and Quebec Railway, nouveau nom de la MMA qui a été rachetée par la société américaine Fortress, négocie avec Lac-Mégantic pour assurer le transport ferroviaire et le retour éventuel des wagons de pétrole. La question d’une voie de contournement est aussi en négociations. Mais il n’est pas clair que Fortress s’avancerait à payer pour la construction d’un nouveau tracé.

En même temps, on a vu cette semaine trois employés de la MMA être arrêtés et accusés de négligence criminelle ayant provoqué la mort de 47 personnes. Beaucoup de gens ont réagi en posant la question : est-ce que ce sont les bonnes personnes qui sont accusées?

On a décidé de consacrer l’émission Tout se calcule (vendredi 16 h 25 HAE, à  ICI RDI) au pétrole et à la sécurité du transport dans la foulée des récents événements à Lac-Mégantic. La question : a-t-on fait le débat nécessaire sur le transport du pétrole?

Il y a eu Lac-Mégantic, il y a eu plusieurs autres déraillements et explosions en Amérique du Nord. Le transport de pétrole par train augmente rapidement, mais aucune instance ne s’est penchée sur l’impact humain, environnemental, social comme on le fait pour les oléoducs ou la plupart des projets qui ont des répercussions sur les communautés et les écosystèmes.

La pression du marché est forte : la demande augmente, la production augmente.

PRODUCTION DE PÉTROLE BRUT AU CANADA (en millions de barils par jour)

  • 2012 : 3,2
  • 2015 : 3,9
  • 2020 : 4,9
  • 2025 : 6,0
  • 2030 : 6,7

PÉTROLE BRUT CANADIEN PAR TRAIN

  • 2012 : 16 963 521 barils
  • 2013 : 45 866 808 barils (+170 %)
  • janvier-mars 2012 : 15 980 barils/jour
  • octobre-décembre 2013 : 146 047 barils/jour

Les chiffres sont clairs : la production est en hausse continuelle, et le transport par train est en forte progression. Cela dit, le ferroviaire demeure bien en deçà du transport par oléoduc. Et, on le sait, les pipelines comportent leur lot de risques. Différents incidents nous l’ont prouvé.

L’enjeu n’est pas de faire un débat polarisé : pipeline ou train? La question fondamentale est la suivante : a-t-on fait le débat nécessaire pour garantir la sécurité des citoyens?

Qu’en pensez-vous?

Est-ce que le nouveau gouvernement Couillard pourrait annuler les ententes d’exploration de l’île d’Anticosti conclues et annoncées par le gouvernement Marois à la mi-février avec les entreprises privées Pétrolia, Corridor Ressources, Maurel & Prom et Junex?

Ce n’est pas clair pour deux raisons.

D’abord, il faut dire qu’il y a deux ententes dans ce dossier. Une première qui semble ferme avec Pétrolia, Corridor et Maurel & Prom sur la création d’une coentreprise qui va procéder à des travaux d’exploration. Ressources Québec détient 35 % de la coentreprise, les trois autres partenaires, 21,67 % chacun. L’autre accord est une entente de principe conclue avec Junex. Elle prévoit une prise de participation de 40 % par Ressources Québec et dans laquelle un autre partenaire doit être trouvé. On imagine que cette deuxième entente sera plus facile à rompre que la première.

Puis, deuxième chose : malgré les propos aigres-doux de Philippe Couillard en février sur le projet d’exploration de l’île d’Anticosti, on peut se demander si le nouveau gouvernement va vraiment se demander s’il faut annuler les ententes d’investissements à Anticosti.

En février, au moment de l’annonce du projet d’exploration pétrolière par Pauline Marois, Philippe Couillard s’est dit « favorable à l’exploitation des hydrocarbures de façon responsable », mais s’interrogeait sur les risques que l’État allait assumer du point de vue financier. « Il me semble qu’on fait entrer le contribuable sur le risque un peu trop tôt », disait-il. Un risque, toutefois, qui en vaut la peine nous disait la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet à RDI économie.

On n’a pas le détail des ententes. L’expert en énergie Pierre-Olivier Pineau nous dit toutefois qu’il y a probablement des clauses de sortie si le gouvernement décide de jeter les ententes à la poubelle, mais avec des pénalités.

« Ce qui est certain, nous écrit Pierre-Olivier Pineau, c’est qu’après les 15-18 carottes prélevées cet été et les 3 forages avec fracturation de l’été 2015, le conseil d’administration de la nouvelle coentreprise décidera d’aller de l’avant ou non avec un programme d’exploration de confirmation du potentiel, qui mènerait à une découverte (prouvée) officielle, puis à un programme de développement. C’est à l’automne 2015 qu’une éventuelle sortie du projet serait naturelle. Évidemment, les 100 millions du gouvernement seraient dépensés à ce moment. Étant donné que les choses sont en marche et que les 100 millions du gouvernement ne sont pas si importants (dans l’absolu), ça m’étonnerait fort que le nouveau gouvernement change de plan. »

Alors, maintenant au pouvoir, Philippe Couillard nous dira-t-il que le risque en vaut la chandelle? Ou qu’il faut tout revoir?

L'île d'Anticosti vue des airsEn injectant 115 millions de dollars dans deux projets d’exploration pétrolière de l’île d’Anticosti, le gouvernement du Québec décide d’assumer une grande partie du risque lié à de telles activités. Les deux projets, réalisés avec Pétrolia, Junex, Maurel et Prom ainsi que Corridor Resources, vont nécessiter des investissements totaux de 190 millions de dollars.

Le total de l’argent prévu par Québec est plus élevé que la valeur rassemblée de Junex et de Pétrolia en bourse. Le gouvernement Marois va là où le gouvernement Charest ne voulait pas aller. Les libéraux préféraient laisser le privé prendre les risques en retour de permis à très faibles coûts, sinon gratuits.

Il faut savoir que la phase d’exploration permettra trois choses : vérifier le type de pétrole disponible, vérifier la quantité et évaluer la rentabilité. Ce sont des étapes qui pourraient, à n’importe quel moment, amener les partenaires à ne pas investir dans l’exploitation. Et si le marché devait ralentir, comme c’est le cas dans les métaux en ce moment, il y a fort à parier que les projets d’investissements seraient mis sur la glace.

Québec prend en charge ses ressources sans en devenir tout à fait propriétaire. Québec met lui-même le pied sur l’accélérateur pour que les choses avancent et évoluent.

Mais à quel prix?

Qu’en pensez-vous?

C’est à Washington que se fera le débat sur l’avenir du transport de pétrole par train en Amérique du Nord. Pour ceux qui sont inquiets de voir de plus en plus de train transportant du pétrole circuler tous les jours au cœur des villes et villages du pays, le fait que des sénateurs se soient emparés du dossier aux États-Unis peut les réjouir. Pourquoi?

Le train de la MMA a quitté Farnham dimanche.Parce que c’est à Washington que se trouvent les lobbys, les groupes de pression corporatifs, mais aussi les groupes citoyens. Le Congrès est le théâtre de nombreux affrontements entre les élus, représentant le peuple, et les industries, les entreprises, les responsables de toutes sortes. Des politiques se font et se défont au Congrès, des réputations aussi d’ailleurs. Des enjeux de taille sont négociés, débattus, déconstruits au Congrès.

Il est clair que si le Congrès se saisit du dossier du transport de pétrole par train, il y a là une possibilité pour les différents groupes de se faire entendre et d’avoir de l’influence. Le secteur ferroviaire et les producteurs de pétrole vont défendre leurs industries. Mais des maires, des citoyens et d’autres groupes pourront se faire entendre également. C’est ainsi qu’on pourra possiblement entendre la mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy-Laroche, qui sera invitée à témoigner en mars prochain.

Les Américains ont été ébranlés par les événements de Lac-Mégantic. L’explosion qui s’est produite dans la nuit du 5 au 6 juillet aurait pu très bien se produire dans le Maine. Ce train se dirigeait vers les États-Unis. Et en se stationnant à Nantes, il n’était qu’à quelques dizaines de kilomètres de la frontière. Des déraillements de wagons transportant du pétrole ont eu lieu aussi dans les dernières semaines en Alabama et dans le Dakota du Nord. Si la mort a frappé à Lac-Mégantic, les Américains savent qu’elle peut frapper aussi n’importe où sur leur territoire.

Colette Roy-Laroche« La question de la sécurité des gens est plus importante que les profits réalisés par les compagnies ferroviaires », a déclaré Mme Roy-Laroche mardi matin à Lac-Mégantic. Si cette réflexion semble évidente à bien des gens, elle l’est un peu moins pour les compagnies ferroviaires. Le retrait des vieux wagons-citernes qui ne respectent pas les nouvelles normes gouvernementales, environ 215 000 au Canada, prendra 10 ans et coûtera plus de un milliard de dollars affirme l’industrie. Le délai est considérable, certes, mais les coûts le sont aussi disent les transporteurs ferroviaires.

C’est trop long selon la mairesse de Lac-Mégantic. Même si les risques sont très faibles, le danger existe et nous connaissons trop bien les conséquences possibles. Nous avons posé la question dans ce blogue il y a quelques semaines : pour assurer la sécurité des gens, ne devrait-on pas investir les milliards de dollars nécessaires? Des wagons plus étanches, des voies ferrées qui contournent les zones habitées quand il est question de transport de matières dangereuses comme le pétrole, est-ce vraiment trop demandé?

Chose certaine, ce qui va se passer en mars à Washington sera crucial pour la suite des choses.

Pétrole… vert?

Mercredi 8 janvier 2014 à 17 h 29 | | Pour me joindre

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Les signataires du Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole appuient leurs arguments sur des objectifs louables, réels et importants. Mais, pour des raisons de communication ou par conviction réelle, ils enrobent leur discours d’un vernis vert et on se demande si c’est vraiment nécessaire.

Les Bernard Landry, Monique Jérôme-Forget, Françoise Bertrand et Simon Prévost notamment, ex-politiciens et actuels meneurs économiques et politiques, demandent au gouvernement du Québec d’autoriser l’exploration pétrolière, d’engager le débat sur l’exploitation et de finalement aller de l’avant avec l’exploitation « en définissant rapidement un cadre réglementaire qui repose, entre autres, sur de hauts standards de protection de l’environnement ».

Les auteurs écrivent que « les conséquences [des changements climatiques] sont de mieux en mieux documentées et que contrairement à ce que certains pourraient croire, exploiter notre pétrole n’est pas contraire à cette préoccupation qui doit aujourd’hui animer tous les États du monde ». Ils ajoutent qu’ils prennent « position aujourd’hui en faveur d’une exploitation responsable du pétrole québécois ».

Les signataires sont prudents, mais ils ne convaincront personne à associer pétrole et environnement. Explorer et exploiter le pétrole provoquent des gaz à effet de serre. Aucune technologie n’a été trouvée pour neutraliser efficacement le CO2 ou pour réduire les émissions. On peut développer d’autres technologies et d’autres sources d’énergies renouvelables et vertes en parallèle, mais tous ces efforts seront nécessairement amoindris par une exploitation grandissante du pétrole.

Il faut ajouter que produire et consommer, c’est deux choses. Si on produit, notre bilan carbone se détériore. Et on ne peut pas dire que ça s’annule sur le plan de la consommation parce qu’il y a différents types de pétrole. Nous importons en ce moment du pétrole conventionnel que nous voudrions remplacer par du pétrole qui nécessiterait plus de coûts et plus d’énergie à produire.

Le perdant, si le Québec décidait d’exploiter son pétrole, ce serait assurément l’environnement. Un perdant de taille, mais peut-être le seul. Les auteurs du manifeste gagneraient à concentrer leur message sur les gains possibles du Québec s’il y avait exploitation de cette ressource :
  • des revenus supplémentaires pour les finances publiques;
  • la constitution d’un Fonds des générations bien plus riche en s’inspirant de l’exemple norvégien;
  • une réduction de la dépendance aux importations étrangères de pétrole et donc une réduction du déficit commercial;
  • et, comme l’expliquait Bernard Landry en entrevue, la possibilité de maintenir la protection du tissu social du Québec.

Les vrais gains sont là. Qu’ils le disent. Parce que sur l’environnement, ils n’ont pas grand-chose à gagner.