Les décisions qui se prennent ces jours-ci sur l’exploitation du sous-sol québécois sont capitales en matière de développement durable et de retombées économiques. Redevances, encadrement environnemental, exploitation du gaz et du pétrole, le gouvernement Marois enchaîne les consultations et les décisions qui vont orienter le développement pour les prochaines années, possiblement les prochaines décennies.
Force est de constater tout de même que les résultats ne correspondent pas totalement aux promesses électorales de l’été dernier. Le nouveau plan de redevances est beaucoup moins ambitieux qu’annoncé dans le programme du Parti québécois en 2012. L’encadrement du secteur minier est moins serré que souhaité par les environnementalistes et par les municipalités dans la nouvelle loi sur les mines qui a été présentée à la fin mai. Le « free mining » existe toujours et les minières ont préséance sur les territoires où elles sont installées.
Bien que le BAPE est appelé dorénavant à jouer un rôle de premier plan dans l’acceptation des projets d’exploration minière, gazière et pétrolière, le gouvernement a déjà déposé un projet de règlement qui vise à autoriser la méthode de la fracturation hydraulique pour explorer et exploiter le pétrole de schiste, qui se trouve en grande partie au Québec dans l’île d’Anticosti.
On va plus loin : le règlement, affiché dans la Gazette officielle le 29 mai, est fait pour permettre l’exploitation à l’île d’Anticosti selon le géologue Marc Durand. Le forage d’un puits pourra se faire à partir de 400 mètres sous l’aquifère. Au Dakota du Nord, où on exploite le pétrole de schiste, il faut creuser à plus de 1000 mètres sous l’aquifère pour avoir droit d’exploiter le pétrole. Marc Durand affirme que la norme du Dakota du Nord, appliquée au Québec, viendrait soustraire plus de 80 % du territoire de l’île d’Anticosti à l’exploitation pétrolière. CORRECTIF : après vérification par Radio-Canada, cette norme de 1000 mètres n’existe pas. Marc Durand affirme avoir été mal cité ou mal compris. À Radio-Canada, il a déclaré : « Ce que j’ai dit mardi, c’est que l’industrie admet qu’il faut conserver une certaine distance et que le discours général s’accorde sur une distance séparatrice de 1000 mètres sous la nappe phréatique. »
Le gouvernement Marois avance rapidement. Et si le contexte politique est difficile pour lui, le contexte économique ne l’aide pas non plus. Dans un rapport publié ce matin, la firme PricewaterhouseCoopers parle d’une véritable « crise de confiance » dans le secteur minier. Les profits ont chuté de moitié, les cours boursiers des sociétés minières ont dégringolé de 20 % au cours des 4 premiers mois de 2013. « Le robinet des dépenses se ferme » selon l’étude.
Dans le contexte économique et politique actuel, est-ce que Québec va trop vite?
Mais à quel prix?
Pour justifier ces surplus créés par les décisions du gouvernement précédent et un retournement de marché, la première ministre Pauline Marois affirme qu’il s’agit là d’un avantage pour convaincre des entreprises de s’installer au Québec. Elle a ajouté un argument de plus vendredi dernier : ces surplus permettront d’électrifier les transports au Québec.
Selon Jean-François Blain, analyste du secteur de l’énergie, l’électrification du transport des véhicules de promenade permettrait une économie exceptionnelle. Il estime que le coût actuel en essence pour ces véhicules totalise 8,7 milliards de dollars. En électrifiant tout ce parc de véhicules, la dépense serait réduite à 2,2 milliards à un prix de 15 ¢ le kWh. Jean-François Blain affirme que ça permettrait à Hydro-Québec d’augmenter, en plus, ses bénéfices, de 1,4 milliard. Cela permettrait de verser un dividende supplémentaire de 1 milliard au gouvernement du Québec.
Mais, voilà, on apprend aujourd’hui que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, reporte de 2015-2016 à 2016-2017 le retour à l’équilibre budgétaire. Les prix des ressources sont moins élevés que prévu et le gouvernement Harper doit revoir à la baisse ses prévisions de revenus.
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