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5,8 milliards, un déficit inventé?

Jeudi 4 décembre 2014 à 16 h 39 | | Pour me joindre

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Dans son budget déposé le 20 février dernier, l’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau prévoyait une croissance des dépenses de programmes de 2 % pour 2014-2015 après des hausses de 1,2 % en 2012-2013 et de 2,5 % en 2013-2014. Il prévoyait un déficit de 2,5 milliards de dollars pour 2013-2014, de 1,75 milliard en 2014-2015 et le déficit zéro pour 2015-2016.

Dans la réalité, la croissance des dépenses a été de 3,3 % l’an passé et le déficit a atteint 2,8 milliards de dollars.

Aujourd’hui, c’est le Parti libéral qui est au pouvoir. Le gouvernement Couillard prévoit une croissance des dépenses de programmes de 2,1 % cette année et un déficit de 2,35 milliards de dollars avant le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016 avec une croissance très modeste des dépenses de 0,7 %.

Entre les projections du Parti québécois en février et celles du Parti libéral en ce moment, il y a quelques différences, mais elles ne sont pas énormes. Au final, le déficit prévu par le PQ en 2013-2014 est plus important de 300 millions de dollars, ce qui est une goutte d’eau dans un budget de 100 milliards.

Et que ce soit le gouvernement Marois ou le gouvernement Couillard, le défi a toujours été le même : comment fait-on pour contrôler les dépenses au Québec?

Le PQ a bouclé l’exercice 2012-2013 par une croissance limitée à seulement 1,2 %, du jamais vu depuis les années  1990. Le PLQ veut aller plus loin, à seulement 0,7 % l’an prochain. Y arrivera-t-il?

www.finances.gouv.qc.cadocumentsAutresfrAUTFR_lepointAut2014_TabGraph.pdf - Google Chrome

 

« Un peu d’invention »

Une fois qu’on a revu ces données et ces projections, pourquoi Martin Coiteux et Carlos Leitao ne cessent-ils pas de répéter depuis huit mois que le déficit à enrayer est de plus de 5,8 milliards cette année et de 7,3 milliards l’an prochain? Ces chiffres n’existent pas dans la réalité. Ce sont des projections qui sont faites et qui sont utilisées dans la communication politique du gouvernement Couillard parce que le gouvernement Marois n’a pas publié son budget de dépenses avant de déclencher des élections l’hiver dernier.

Le compte est resté ouvert, la calculatrice abandonnée sur la table, tout le monde est sorti de la pièce pour aller faire campagne et ce sont de nouvelles personnes qui sont entrées dans le local après l’élection.

Puisque les comptes n’étaient pas encore terminés, puisque les réponses aux demandes des ministères n’avaient pas encore été données, puisque les révisions de programmes n’avaient pas été amorcées ou terminées, puisque certaines annonces n’avaient pas encore été « budgétées », le nouveau gouvernement s’est emparé des chiffres du compte des dépenses au moment où les ministres du gouvernement Marois ont laissé leur table de travail pour partir en élections. Et ce sont ces chiffres qui servent aujourd’hui de base à leur communication pour expliquer les compressions budgétaires à faire.

Le déficit envisagé de 5,868 milliards de dollars en 2014-2015 s’appuie donc sur une croissance des dépenses de programmes d’au moins 7,1 % si on se fie aux calculs du vérificateur général dans son rapport publié début juin.

Le PQ prévoyait 2 %, je vous le rappelle et le PLQ, maintenant au pouvoir, prévoit 2,1 %. Donc, personne n’a jamais projeté une hausse des dépenses de plus de 7 %. Ni le PQ ni le PLQ. Et si le Parti québécois avait repris le pouvoir le 7 avril, il aurait eu à faire des choix. Il aurait eu à dire non à plusieurs ministères pour en arriver à respecter sa projection.

Et c’est ce que doit faire le président du Conseil du Trésor d’ailleurs tous les ans : faire des choix, arbitrer, rejeter, accepter, négocier, décider.

Le problème du PQ, c’est qu’il a laissé le programme des crédits budgétaires en plan avant de partir en élections. Mais le problème du PLQ, c’est qu’il base toute sa communication sur les mesures d’austérité en s’appuyant sur des chiffres « exagérés » et ponctués d’un « petit peu d’invention », selon l’économiste Jean-Michel Cousineau, en entrevue mardi soir à RDI Économie.

Autant le gouvernement Marois aurait gagné en transparence en publiant les crédits avant de décréter des élections, autant le gouvernement Couillard gagnerait en pertinence en parlant des vrais chiffres plutôt que d’exagérer la réalité budgétaire.

 

Le vrai problème du Plan Nord

Mercredi 24 septembre 2014 à 14 h 23 | | Pour me joindre

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Sur le plan politique, il est de bon ton de dire que le Plan Nord est mort avec l’arrivée du Parti québécois au pouvoir et qu’il vient de ressusciter avec le retour des libéraux. C’est un peu plus complexe que cela dans la réalité. Oui, le vocable « Plan Nord » a été abandonné par le gouvernement Marois, mais le développement du Nord ne s’est pas arrêté pour autant. On ne peut pas exclure l’impact des décisions d’un gouvernement sur le développement économique, mais dans ce cas-ci, une bonne partie du problème est ailleurs. Mais vraiment ailleurs.

Et, péquistes ou libéraux, le problème est encore le même aujourd’hui : le marché est en déclin, les prix baissent, les entreprises hésitent. C’était vrai en 2013. C’est encore le cas cette année. Le premier ministre Philippe Couillard a d’excellentes raisons de miser sur le développement du Nord et d’aller en parler à des investisseurs à New York. Mais, dans le contexte économique actuel, le gouvernement devra être très généreux en avantages fiscaux pour stimuler les investissements. Et, comme on le sait, Québec ne semble pas très enclin à faire des cadeaux à des entreprises en ce moment.

Le marché est à son plus bas en cinq ans. Pourquoi? Parce que la Chine ralentit. La deuxième économie mondiale ne croît plus à 9 ou 10 % par année. Elle est plus près de la barre de 7 %, et les récents signaux économiques en provenance de Pékin laissent croire à un ralentissement de la demande.

Prenez l’or et le fer, deux minéraux développés au Québec. L’or a chuté en 2013, a remonté légèrement en 2014 et est maintenant reparti à la baisse depuis le début de l’été.

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Ce tableau de Bloomberg illustre l’évolution de l’indice des ressources, le prix du pétrole BRENT et le prix du fer. La tendance est nettement à la baisse :

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Le test de la réalité, c’est les chiffres du marché. On peut bien dire qu’on relance le Plan Nord. Si la demande n’est pas au rendez-vous, si les prix culbutent, les promesses auront du mal à décoller. À moins que le gouvernement Couillard sorte le chéquier!

La devise, l’Écosse et le Québec

Mardi 9 septembre 2014 à 16 h 46 | | Pour me joindre

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Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, répète qu’il ne veut pas d’union monétaire avec une Écosse indépendante. Ça ne marcherait pas, selon lui. Une union monétaire est incompatible avec la souveraineté de l’Écosse. Un tel projet nécessite un accord  de libre-échange, une union bancaire et un filet fiscal solide, de l’avis de l’ancien gouverneur de la Banque du Canada.

Il va plus loin. Regardez ce qui se passe dans la zone euro, dit-il, pour constater combien le projet d’une union monétaire est difficile. Mark Carney, on a compris, n’est pas en faveur de l’indépendance de l’Écosse et ne croit pas qu’un nouveau pays nommé Écosse pourrait utiliser facilement la livre sterling. On imagine qu’une Écosse indépendante aurait le droit de négocier avec la livre sterling, mais à quel prix si elle n’a pas de pouvoirs monétaires?

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Mark Carney exprime sa position dans un contexte de plus en plus tendu, alors que l’option du oui gagne du terrain dans les sondages en Écosse. Une enquête réalisée il y a quelques jours donne l’option favorable à l’indépendance en avance par 2 points. C’est très serré.

Loin d’Édimbourg et de Londres, et loin d’un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec, l’économiste Serge Coulombe, professeur à l’Université d’Ottawa, publie un texte favorable à la création d’un dollar québécois dans un éventuel Québec souverain. Et lui aussi, dans un contexte bien différent, est d’avis que l’expérience de la zone euro doit nourrir la réflexion de ceux et celles qui croient à l’indépendance du Québec.

1552221-gf« L’expérience européenne récente, écrit Serge Coulombe dans Le Québec économique 2013-2014, tend à montrer que les pays qui ont laissé à une tierce partie le pouvoir de créer leur monnaie ont beaucoup perdu sur le plan de la stabilisation économique. »

Depuis la publication d’une étude sur l’utilisation du dollar canadien dans un Québec souverain, en 1978, par l’économiste Benard Fortin, il s’est passé deux choses, dit Serge Coulombe : la zone euro et l’essor pétrolier de l’ouest du Canada. Le dollar canadien est aujourd’hui très lié à l’évolution des cours du pétrole. Et la hausse du prix du pétrole a entraîné une majoration du dollar canadien qui a nui considérablement aux exportations du Québec.

Pour lui, maintenir le dollar canadien après un vote pour l’indépendance du Québec serait néfaste. « En quittant la fédération canadienne et en gardant le dollar canadien, le Québec n’aurait plus accès aux bienfaits découlant de la distribution du boum des ressources par le mécanisme du fédéralisme fiscal, mais conserverait une pétro-monnaie. »

En faisant abstraction de toutes positions politiques, cette réflexion de Serge Coulombe est intéressante. Elle rejoint celle de Mark Carney finalement, bien qu’elle n’est probablement pas animée des mêmes intentions. Il est intéressant de constater que ni l’Écosse ni le Québec de Pauline Marois, le printemps dernier, n’envisageaient la création d’une nouvelle monnaie. Ont-ils bien étudié la question?

Le retour du gaz de schiste?

Vendredi 23 mai 2014 à 11 h 59 | | Pour me joindre

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En annonçant qu’il voulait « amorcer une véritable et rigoureuse évaluation environnementale stratégique de l’ensemble de la filière des hydrocarbures », le premier ministre du Québec semble préparer le retour dans le débat public de l’enjeu de l’exploitation des gaz de schiste. Dans son discours inaugural, Philippe Couillard a dit vouloir « favoriser l’utilisation du gaz naturel en lieu et place du diesel et du mazout ».

Alors que le Parti québécois avait adopté un moratoire sur le gaz de schiste et semblait vouloir laisser la question en plan, pour quelque temps à tout le moins, le premier ministre Couillard voit les choses autrement. Mais il sait qu’il devra y aller lentement, par étapes, pour éviter de brusquer la population comme l’ont fait les gazières en 2010. Ça avait alors poussé le gouvernement Charest à stopper la machine.

La stratégie de Pauline Marois s’est concentrée sur le pétrole de l’île d’Anticosti. Philippe Couillard, lui, évite soigneusement de se prononcer sur ce projet, bien qu’il ait déclaré en février dernier qu’il était « favorable à l’exploitation des hydrocarbures de façon responsable ». À mon collègue Patrice Roy, mercredi, il a dit ceci : « On va vous revenir là-dessus prochainement. Je veux aborder la question globalement et non pas de façon ponctuelle […] On va présenter une approche cohérente et large des hydrocarbures. »

Comprenez bien : tout est sur la table.

Le gaz de schiste demeure attirant pour les gouvernements qui misent sur les ressources pour stimuler leur économie. Jeudi, un rapport de l’Institut géologique de Grande-Bretagne portant sur les gaz de schiste a été rendu public à Londres. Constat : il y a du gaz et du pétrole de schiste dans les entrailles du pays, et ces hydrocarbures pourraient éventuellement remplacer les réserves de la mer du Nord qui s’épuisent. Le ministre britannique de l’Énergie, Michael Fallon, a déclaré que « la Grande-Bretagne a besoin de plus d’énergie produite sur son sol. La mise en valeur des schistes apportera de l’emploi, des occasions d’affaires. »

Le discours du ministre britannique est clair et assumé. Le premier ministre Couillard dira-t-il la même chose dans quelques années?

Il y a quelques années, s’ajoutait au débat sur la sécurité et l’impact environnemental, la pertinence économique d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le prix du gaz naturel avait chuté et plusieurs affirmaient qu’on allait perdre beaucoup de temps et d’énergie à pousser sur une production qui provoquait autant d’opposition dans la population et qui allait rapporter peu à la société. Depuis, les prix remontent. De 2 $ le million de BTU à l’été 2012, le prix a atteint les 6 $ cette année avant de redescendre à 4,50 $.

Êtes-vous prêts à reprendre le débat?

Dans une envolée comme seul Rémy Trudel peut le faire, notre collaborateur à l’émission Calcul électoral a déclaré lundi après-midi sur notre plateau que la baisse du crédit d’impôt pour frais de scolarité au Québec se résume à une formule popularisée par l’ancien ministre des Finances Yves Séguin : c’est l’art d’arracher le maximum de plumes à la poule avec le minimum de cris!

Disons que ça décrit bien la situation. L’ancien premier ministre Jean Charest avait annoncé une hausse de 325 $ par année des droits de scolarité pendant 5 ans. La baisse du crédit d’impôt et l’indexation des droits de scolarité décrétées par le gouvernement Marois nous amènent à une hausse de 305 $ sur une année. C’est largement moins important que la proposition de l’ancien gouvernement libéral. Mais la baisse du crédit d’impôt est passée en catimini selon plusieurs étudiants qui nous ont écrit dans les dernières semaines.

Le fiscaliste Stéphane Leblanc, de la firme Ernst & Young, nous a fourni les chiffres suivants pour expliquer la hausse de 305 $ pour les sessions d’automne 2013 et de l’hiver 2014 :

Crédit d’impôt pour frais de scolarité – évolution de 2012-2013 à 2013-2014

  • Droits : hausse de 56 $ (soit 2,6 %), donc de 2168 $ à 2224 $
  • Crédit du Québec :  le crédit passe de 434 $ à 178 $, une perte de 256 $
  • Crédit d’Ottawa :  relativement stable, il passe de 272 à 279 $, un gain de 7 $
  • Droits nets : la vraie facture passe de 1463 $ à 1768 $, une hausse de 305 $ ou 20,8 %

Et, c’est aujourd’hui qu’Hydro-Québec met en œuvre la hausse des tarifs d’électricité, hausse de 4,3 % ou près de 100 $ pour une maison moyenne. Ainsi, ça signifie ceci :

  • Pour un logement de 5 pièces et demie : +2,22 $/mois
  • Pour une maison moyenne : +7,71 $/mois

C’est 418 millions de dollars en revenus supplémentaires pour Hydro-Québec, environ 150 millions de moins que souhaité. La demande tarifaire était de 5,8 %. Selon l’Union des consommateurs, 80 % de la hausse est attribuable au développement du secteur éolien et à l’indexation du tarif patrimonial.

Malgré tout, les tarifs d’électricité demeurent plus faibles à Montréal qu’ailleurs au pays pour chaque tranche de 1000 kWh par mois

Prix moyen – clients résidentiels – par kWh

  • Montréal : 6,87 ¢
  • Vancouver : 8,91 ¢
  • Toronto : 12,48 ¢
  • New York : 21,75 ¢

Depuis jeudi soir, l’analyse du débat porte essentiellement sur les gains et les pertes des chefs lors des échanges. Il est clair qu’à deux semaines du scrutin, il est plus qu’important de mesurer l’efficacité des messages des chefs et la perception des électeurs. Mais si la stratégie de vente et de marketing d’un produit est névralgique, ce qu’il y a dans la canette compte aussi!

Et si l’on s’intéresse à la substantielle moelle du projet politique des Marois, Couillard, Legault et David, on est resté sur notre faim. Les chiffres de l’emploi, le salaire des médecins ou la date d’un éventuel référendum ne sont certainement pas des sujets à la marge. Néanmoins, derrière chaque affrontement, il y a un enjeu fondamental dont on doit discuter : l’état de l’économie, la gestion des coûts en santé et l’avenir du Québec.

Mais je reviens à mon souhait de début de campagne. C’est un projet sur 10, 15, 20 ans qu’il nous faut pour :

  1. améliorer notre productivité, et donc notre richesse, notre capacité à payer pour nos services publics, pour créer de l’emploi… et du bonheur;
  2. gérer la transformation démographique qui s’amorce avec le départ à la retraite des baby-boomers au cours des 20 prochaines années, ce qui aura un impact important sur l’économie. L’économiste Marc Van Audenrode nous disait jeudi soir à RDI économie que, dans les années passées, l’ajout naturel d’environ 45 000 à 50 000 emplois annuellement augmentait d’un point de pourcentage le PIB. Or, la réduction de la population active dans les prochaines décennies va réduire le PIB de 0,5 point annuellement. Ce n’est quand même pas rien!

Alors, qui a parlé du vieillissement de la population jeudi soir? Qui a proposé un vaste projet misant sur les talents, la créativité, les bonnes idées, les technologies, l’innovation, la productivité? L’électrification des transports de Pauline Marois, le Projet Saint-Laurent de François Legault, le chantier des technologies vertes de Françoise David et le développement du Nord que veut poursuivre Philippe Couillard sont toutes des idées créatrices de richesse. Mises ensemble, elles feraient tout un projet, vous ne trouvez pas?

Je ne sais pas sur quoi vous allez voter le 7 avril prochain. Et je ne sais pas si vous trouvez les réponses à vos questions ou à vos attentes durant cette campagne. Je ne sais pas non plus si c’est moi qui ai un peu de mal à saisir les messages politiques ou qui demeure idéaliste. Mais il me semble que, si l’on s’intéresse à l’évolution socioéconomique du Québec à long terme, il nous en faudrait un peu plus. Beaucoup plus. Vraiment plus.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Emplois et transferts : les chiffres

Vendredi 14 mars 2014 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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On m’a confié l’animation d’une émission économico-politique sur la campagne électorale au Québec. Une bonne partie de mon attention est consacrée aux propositions économiques de la campagne et au calcul stratégique des partis. Et nous recevons, dans nos adresses calcul@radio-canada.ca et rdieconomie@radio-canada.ca, une quantité importante de questions.

D’abord, merci!

Et puis, parmi les questions reçues, deux reviennent régulièrement.

Chiffres sur l’emploi : qui dit vrai?

La chef du Parti québécois affirme qu’il s’est créé 47 800 emplois en 2013 au Québec. Le chef du Parti libéral du Québec déclare, lui, qu’il s’est perdu plus de 66 000 emplois en 2013. Qui a raison?

Pauline Marois utilise le calcul de l’Institut de la statistique. Il s’est ajouté 47 800 emplois dans l’économie en 2013, si on prend la moyenne du nombre d’emplois au cours des quatre trimestres de 2013 et qu’on la compare avec la moyenne des quatre trimestres de 2012. Ainsi, on a un total moyen de 4 032 200 emplois en 2013, une hausse de 47 800 par rapport à l’année précédente.

Philippe Couillard utilise les données brutes à temps plein de janvier à janvier. Autrement dit, au début février 2014, on a dévoilé les chiffres d’emplois créés de janvier 2013 à janvier 2014. Statistique Canada donne aussi la comparaison sur 12 mois. Donc, entre le 31 janvier 2013 et le 31 janvier 2014, il s’est perdu 66 800 emplois à temps plein. C’est le chiffre qu’utilise Philippe Couillard. Ajoutons qu’il s’est créé pendant cette période 76 800 emplois à temps partiel, pour un résultat net de 10 000 emplois créés sur ces 12 mois.

Si le chef du PLQ avait pris la même période de référence que la chef du PQ, il aurait utilisé les données de décembre à décembre, donc du 31 décembre 2012 au 31 décembre 2013. Le résultat pour cette période : perte de 43 800 emplois à temps plein et gain de 45 800 emplois à temps partiel. Gain net de 2000 emplois.

Combien Québec donne-t-il au fédéral, et combien le Québec reçoit-il du fédéral?

La réponse à cette question se trouve à la page 46 des Comptes économiques des revenus et dépenses du Québec, édition 2013, document publié par l’Institut de la statistique du Québec.

Ainsi, en 2012, en impôts, cotisations, revenus et transferts, le Québec a envoyé à Ottawa une somme totale de 44,554 milliards de dollars. En retour, le fédéral a envoyé au Québec en dépenses, transferts et intérêts un total de 60,815 milliards de dollars. Le gouvernement du Canada a donc versé un montant net supplémentaire au Québec de 16,261 milliards de dollars.

Bonne fin de semaine!

L’OPA de PKP

Lundi 10 mars 2014 à 14 h 46 | | Pour me joindre

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Qu’un homme identifié à la droite économique se joigne au Parti québécois n’est pas une surprise en soi. Au fil du temps, le PQ a accueilli en son sein des membres de différentes convictions, qui se retrouvaient invariablement autour du projet de souveraineté. Mais, dans le cas de Pierre Karl Péladeau, c’est plus que ça. Pour deux raisons.

Journal de MontréalPremièrement, l’ex-pdg de Québecor a développé la plus puissante machine médiatique du Québec, avec les médias les plus populaires. Son conglomérat est très présent dans la vie des gens et l’influence de Pierre Karl Péladeau est indéniable dans le débat public.

Et puis, deuxièmement, c’est Paul Journet de La Presse qui rappelle que le député péquiste Stéphane Bergeron a déjà reproché à Pierre Karl Péladeau d’avoir été responsable de 54 % des jours-personnes perdus à cause d’un lock-out au Québec entre 2000 et 2009. Ces conflits de travail ont valu à Pierre Karl Péladeau une réputation de dur à cuire avec les syndicats, qui encore aujourd’hui le critiquent vertement. Pierre Karl Péladeau se joint à un parti qui a longtemps eu le soutien des syndicats.

Dans le monde des affaires, on pourrait dire, pour faire image, que Pierre Karl Péladeau vient de lancer une OPA sur le Parti québécois! Une offre publique d’achat qu’on pourrait qualifier d’amicale sur l’orientation des politiques économiques à venir du parti! Pourquoi aller jusque là? Parce qu’il est puissant, parce qu’il est influent et parce qu’il ne cache même pas son intérêt à diriger le parti, un jour. Pierre Karl Péladeau n’est pas un candidat comme les autres.

Son arrivée, et celle de Simon Prévost dans Montarville ce matin, vient compléter l’équipe économique du PQ. Voici d’ailleurs les équipes économiques des principaux partis :

PQ – équipe économique

  • Nicolas Marceau, économiste
  • Pierre Paquette, économiste
  • Simon Prévost, économiste
  • Alain Therrien, économiste
  • Pierre Langois, économiste
  • Pierre Karl Péladeau, gestionnaire
  • Élaine Zakaïb, avocate

PLQ – équipe économique

  • Carlos Leitao, économiste
  • Martin Coiteux, économiste
  • Jean-Marc Bergevin, économiste
  • Jacques Daoust, gestionnaire
  • Nicole Ménard, gestionnaire
  • Pierre Arcand, gestionnaire
  • Pierre Paradis, avocat
  • Sam Hamad, ingénieur

CAQ – équipe économique

  • François Legault, entrepreneur
  • Christian Dubé, comptable
  • Stéphane Le Bouyonnec, entrepreneur
  • François Bonnardel, entrepreneur
  • André Lamontagne, entrepreneur
  • Sylvie D’Amours, entrepreneure
  • Joseph Dydzak, entrepreneur
  • Claude Surprenant, entrepreneur
  • Serge Tremblay, administrateur

QS – équipe économique

  • Amir Khadir, médecin
  • Sébastien Bouchard, historien (finance, économie)
  • Ghislaine Camirand, entrepreneure
  • Caroline Lusignan, gestionnaire
  • Linda Delmé, gestionnaire
  • Jean-Claude Landry, organisateur communautaire

Le dilemme de l’éolien

Mardi 25 février 2014 à 14 h 46 | | Pour me joindre

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On a longtemps présenté l’éolien comme étant une énergie verte et renouvelable, l’énergie de l’avenir qui allait pouvoir remplacer, à tout le moins partiellement, une partie des énergies fossiles. Puis, on a commencé à exposer les désavantages des éoliennes en affirmant que l’énergie émise était intermittente et que ces grands arbres à pales dérangeaient les populations en raison du bruit et de la vibration qu’ils produisaient.

Aujourd’hui, il y a des gens pour et des gens contre qui ont développé tout un argumentaire pour appuyer leur propos. Les « pour » sont en faveur de l’éolien parce que cette industrie aide au développement régional et parce qu’on la considère comme étant l’une des énergies les moins dommageables pour l’environnement. Les « contre » s’attaquent à l’efficacité de cette filière, à son impact sur les collectivités et à son utilité réelle en certains endroits, comme au Québec.

Et justement, au Québec, l’éolien suscite de vifs débats. La première ministre Pauline Marois s’appuie sur cette filière pour développer l’économie du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Mais, selon Normand Mousseau et Roger Lanoue, auteurs d’un rapport sur les enjeux énergétiques au Québec, « la stratégie axée sur la construction de nouveaux projets (ouvrages hydroélectriques ou éoliens, notamment) est ruineuse pour le Québec ». Ils proposent qu’on arrête ou suspende les contrats d’approvisionnement en éolien.

Il est déjà prévu de produire 4000 MW d’énergie éolienne supplémentaire. L’industrie en réclame 3200 de plus entre 2017 et 2025. Or, le Québec connaît des surplus importants d’électricité. Les auteurs du rapport calculent que les contribuables devront assumer pour 1,2 milliard de dollars de production excédentaire en 2017.

Ces réalités économiques sont réelles. Pour la suite des choses, il est essentiel de comparer des pommes avec des pommes et de rappeler l’urgence environnementale. D’abord, comme l’expliquait Karel Mayrand dans un texte publié en août dernier, « dans le calcul du coût de la grande hydraulique, Hydro-Québec amortit les investissements sur 100 ans, alors qu’elle demande aux producteurs éoliens d’amortir les leurs sur 20 ans ».

Il est donc clair que l’éolien paraît plus cher que les nouveaux projets d’hydroélectricité avec un tel calcul. Il serait intéressant de mieux mesurer les coûts des deux formes de production afin de les comparer correctement. Ce qu’on sait pour l’instant, c’est que les nouveaux projets d’hydroélectricité et d’éoliennes coûtent plus cher à produire que ce qu’ils rapportent.

Et puis, il faut revenir à l’essentiel : pourquoi doit-on miser sur des énergies renouvelables? Parce que le défi économique du XXIe siècle, c’est le défi écologique. La communauté scientifique est quasi unanime sur ce sujet. Dans les circonstances, n’est-il pas obligatoire de considérer cet enjeu dans chacune de nos décisions énergétiques?

Le Devoir rapporte ce matin les propos de Michel Di Capua, directeur pour l’Amérique du Nord de Bloomberg-New Energy Finance, qui disait lundi lors d’une conférence à Montréal que « les nouveaux investissements en matière d’énergie renouvelable ont reculé de 11 % l’an dernier et avaient reculé de presque autant l’année d’avant ».

Allons-nous dans la bonne direction?

« Des informations plus détaillées »

Mercredi 19 février 2014 à 11 h 42 | | Pour me joindre

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Quand le ministre des Finances Nicolas Marceau affirme qu’il y aura beaucoup de lecture dans le budget 2014-2015 – c’est ce qu’il a déclaré mardi –, j’ose le croire! J’espère, 18 mois après son premier budget, que ce document essentiel et important sera étayé, touffu et complet, même s’il n’est pas déposé, débattu, ni adopté. Qu’il y ait des élections prochainement ou pas, et peu importe qui est au pouvoir, le Québec fait face à des défis de taille : la productivité, la croissance des dépenses en matière de santé et le vieillissement de la population.

Il nous faut un plan de match générateur de revenus récurrents et qui permet un contrôle serré et sérieux des dépenses. Le ministre Marceau affirme qu’il maîtrise les dépenses, ce que réfute l’opposition. On peut en débattre longtemps, mais je vous dirais que l’état des lieux se résume en bonne partie à un paragraphe essentiel dans le rapport du vérificateur général sur l’analyse de la mise à jour économique du gouvernement Marois.

Page 70 :

« Le contrôle rigoureux et responsable des dépenses est l’une des mesures importantes définies par le gouvernement pour atteindre le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Toutefois, Le Point [ la mise à jour de novembre] ne contient pas d’information permettant de voir comment les dépenses seront contrôlées et quels sont les risques associés à l’objectif ambitieux de faible croissance des dépenses. Compte tenu de l’ampleur des montants en cause, il aurait été pertinent que le gouvernement produise des informations plus détaillées. »

Voilà : « des informations plus détaillées », c’est ce qu’on attend du deuxième budget du ministre Marceau. Il nous faut beaucoup d’informations sur les quatre enjeux suivants :

  1. Contrôle des dépenses : Le gouvernement veut réduire la croissance des dépenses à 2 % par année. Pour l’exercice qui se termine, le ministre vise 2,5 %. Pour les sept premiers mois de cet exercice, nous sommes à 3,1 %. C’est ambitieux de croire qu’on va arriver à limiter la croissance des dépenses à 2 %. Il faut faire des efforts d’économies. Souhaitons que le ministre nous dise comment il va y parvenir, quels seront les moyens adoptés.
  2. Création de richesse : Le gouvernement mise sur une fiscalité active et dynamique pour stimuler les investissements au Québec. Est-ce une bonne stratégie pour créer de la richesse et générer de nouveaux revenus pour le gouvernement? Faut-il baisser les charges fiscales des entreprises pour les pousser à investir davantage? Faut-il taxer davantage certains services?
  3. Vieillissement de la population : Pour la première fois depuis des décennies, il y a plus de gens qui sortent de la catégorie des 15-64 ans qu’il en entre. La population active va baisser, les baby-boomers partiront massivement à la retraite dans les prochaines années. Il y a longtemps qu’il faut un plan de match chiffré et prévisible à ce sujet.
  4. Productivité : Le Canada est en retard sur les États-Unis en matière de productivité, et le Québec est en retard sur le reste du pays sur ce point. Comment stimuler les investissements des entreprises dans du matériel et des technologies innovantes? Faut-il en faire plus pour arrimer la recherche avec les besoins du marché du travail et des entreprises? Comment améliorer la productivité dans la fonction publique?

Et vous, quelles sont vos attentes?

À jeudi 16 h (HNE)!