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On sait que le Québec et l’Ontario tiendront leur prochain scrutin électoral à trois jours d’intervalle en octobre 2018, et voilà que les deux provinces décident de faire le point sur leurs finances publiques le même jour. L’Ontario a dévoilé sa mise à jour économique à 14 h (HNE) et le Québec, à 15 h. Il est clair que les premiers ministres Philippe Couillard et Kathleen Wynne s’entendent bien, partagent plusieurs convictions mutuelles. Mais, sur le plan budgétaire, l’écart entre le Québec et l’Ontario est franchement important.

Nous avons souvent dit que le Québec était en retard sur l’Ontario, notamment en ce qui a trait à son niveau de vie. C’est peut-être encore vrai aujourd’hui en regard du PIB par habitant. Mais depuis la récession de 2009, le Québec se trouve dans une situation largement plus enviable que l’Ontario sur le plan des finances publiques.

Le Québec a été moins touché par la récession que l’Ontario et a décidé d’adopter une approche plus austère en réduisant la croissance de ses dépenses. Le gouvernement Marois l’a fait en 2012-2013, le gouvernement Couillard l’a aussi fait en 2014-2015 et poursuit sur cette lancée cette année.

Les derniers chiffres dévoilés aujourd’hui le confirment.

D’ailleurs, on vous l’annonce : le Québec est déjà en surplus. Les comptes publics du ministère des Finances ont confirmé un surplus avant versement au Fonds des générations de 136 millions de dollars pour l’exercice 2014-2015 qui s’est terminé le 31 mars dernier. Pour la première fois depuis 2007-2008, le gouvernement du Québec affiche un surplus.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, dans sa mise à jour économique, a confirmé que l’ère des surplus va se poursuivre. Son gouvernement prévoit un excédent de 1,5 milliard de dollars en 2015-2016 et de 2,2  milliards en 2016-2017. Ces projections sont légèrement plus faibles que dans le budget présenté le printemps dernier, en raison d’une croissance économique plus faible que prévu.

Pendant ce temps, en Ontario, le gouvernement Wynne vise 2017-2018 pour revenir à l’équilibre budgétaire, soit trois ans plus tard que le Québec. En 2014-2015, Queen’s Park a enregistré un déficit de 10,3 milliards de dollars. En 2015-2016, on prévoit dans la mise à jour économique un déficit de 7,5 milliards de dollars, ce qui est mieux que prévu en raison de la vente d’actions d’Hydro One. En 2016-2017, le déficit devrait baisser à 4,5 milliards.

Cela dit, le Québec a une dette plus élevée que l’Ontario. La dette nette du Québec est à plus de 51 % du PIB, alors que l’Ontario est à 39 %. Mais le retour à l’équilibre du Québec représente un plan qu’apprécient les agences et qui permet au Québec de maintenir sa cote de crédit. Les difficultés de l’Ontario à juguler son déficit inquiètent en retour ces mêmes agences.

La note de crédit de l’Ontario a été abaissée et pourrait l’être encore par l’agence Moody’s, qui accole une perspective négative à la note de Aa2 de l’Ontario. Les notes de crédits du Québec et de l’Ontario sont aujourd’hui, essentiellement, les mêmes. Et l’Ontario est aujourd’hui bénéficiaire de la péréquation, comme le Québec.

Pour atteindre l’équilibre donc, le Québec a choisi d’imposer des mesures d’austérité, soit des compressions dans tous les secteurs, des réductions de dépenses dans la plupart des missions. Le gouvernement est tellement chiche qu’on constate même dans les comptes publics qu’il a dépensé 1 milliard de dollars de moins que prévu dans le budget 2014-2015. Pendant ce temps, les groupes sociaux et les syndicats manifestent leur désaccord avec des marches dans les rues et des jours de grève.

Je vous disais en début de texte que, sur le plan budgétaire, l’Ontario et le Québec s’étaient éloignés dans les dernières années. Mais on peut penser que la première ministre Wynne est tentée de s’inspirer de ce que fait le Québec. La croissance des dépenses prévue est de 2,4 % cette année, de 0,8 % l’an prochain et de 0,2 % ensuite.

En fait, l’Ontario s’aventure dans l’austérité pendant que le Québec va probablement commencer à s’en extirper à l’approche des élections de 2018. N’oubliez pas que le gouvernement Couillard a promis des baisses d’impôt. Il est en train de se donner la marge de manoeuvre nécessaire pour y arriver, coûte que coûte.

Pourquoi moins de riches au Québec?

mardi 3 novembre 2015 à 14 h 14 | | Pour me joindre

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Le Québec est la seule province au pays à voir son nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches baisser. Ils étaient 43 360 à faire partie de ce club sélect en 2012. Ils sont passés à 40 825 en 2013, une baisse de près de 6 %. Dans l’ensemble du pays, nous sommes passés de 261 365 individus faisant partie des 1 % les plus riches en 2012 à 264 030 en 2013.

Comprenons-nous bien : on ne parle pas d’une fuite des capitaux au Québec. On parle plutôt d’une hausse du seuil de revenus pour faire partie des 1 % les plus riches qui est venue exclure, en 2013, des gens qui faisaient partie du grand club en 2012. Je vais y revenir.

C’est l’Alberta qui a bénéficié de la hausse la plus importante du nombre de personnes dans les 1 % les plus riches en raison, bien sûr, de l’exploitation des ressources. La part des personnes faisant partie de ce groupe dans le Canada et qui se trouve en Alberta est passée de 12,7 % en 2000 à 23,6 % en 2013. En Ontario, la chute est marquée sur la même période : on est passé de 51,7 % à 41,2 %. Mouvement à la baisse au Québec aussi, mais moins prononcé : en 2000, 17,2 % des 1 % et plus se trouvaient au Québec. En 2013, c’était 15,5 %.

Il est facile de comprendre pourquoi il y a de plus en plus de riches en Alberta. Il est plus difficile de saisir ce qui s’est passé au Québec pour que le nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches soit en baisse. Première explication : le seuil du 1 % a rapidement augmenté en raison de la richesse du pétrole, ce qui ne favorise pas le Québec. Mais, l’Ontario n’est pas vraiment plus favorisé, mais son nombre monte tout de même.

Deuxième explication : les riches du Québec sont moins riches qu’en Alberta ou en Ontario. Il y a probablement plus de membres du club du 1 % au Québec qui sont sur la limite qu’ailleurs au pays.

Et puis, autre explication possible : la fiscalité.

La concurrence fiscale joue un rôle majeur dans le déplacement des personnes les plus riches et des entreprises. La conférence TaxCoop, qui se tient ces jours-ci à Montréal, souligne avec raison l’impact de cet affrontement fiscal qui est en cours. Les provinces, les États, les pays ont tendance à réduire leurs impôts pour attirer des investissements. Cette compétition sur le plan fiscal réduit de plus en plus la capacité financière des gouvernements à soutenir leurs services publics. Et les endroits, qui vont dans le sens inverse, ne sont pas majoritaires.

Le gouvernement de Pauline Marois a tenté en 2012 d’augmenter les impôts des mieux nantis. Mal lui en prit, un branle-bas de combat s’est engagé dans la communauté d’affaires pour que le gouvernement revoie ses plans. Ce qu’il a fait en limitant la hausse des impôts. Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau, qui arrive au pouvoir au Canada, veut augmenter les impôts des personnes gagnant 200 000 $ et plus. Déjà, des gens d’affaires et des fiscalistes expriment leur opposition : en haussant le niveau d’imposition des plus riches, en additionnant l’impôt des provinces, le taux effectif dépassera le seuil apparemment psychologique de 50 %, ce qui pourrait favoriser le déplacement géographique fiscal ou l’évitement fiscal.

On comprend facilement que sans coordination fiscale, les efforts des provinces, des États et des pays qui veulent trouver des solutions durables seront vains. Hausser les impôts des entreprises et des plus riches n’est pas tendance ces jours-ci. Faire le contraire est la norme, semble-t-il, mais à quel prix? Les entreprises canadiennes ont pour 700 milliards de dollars en liquidités, de l’argent qui attend pour être investi dans l’innovation et l’emploi. Les gouvernements ont de plus en plus de mal à atteindre l’équilibre budgétaire.

Comment faire pour ralentir et mettre fin à cette guerre fiscale dont nous parle la fiscaliste Brigitte Alepin et qui est expliquée avec efficacité dans le film Le prix à payer?

Carbone : un pas de géant!

lundi 13 avril 2015 à 13 h 23 | | Pour me joindre

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La décision de l’Ontario de se joindre à la bourse du carbone est un moment important pour l’environnement au Canada. Alors que le gouvernement fédéral ose demander des comptes sur les questions environnementales aux provinces, l’Ontario choisit le camp de l’action en adhérant à la bourse du carbone lancée par la Californie et le Québec.

wynne

Que ce soit sous forme de taxation, d’échange de crédits ou de permis d’émissions, il faut savoir que la tarification du carbone est une tendance de plus en plus lourde dans le monde. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’interdiction brutale est rare et difficile à appliquer. Une réduction graduelle, ordonnée, encadrée semble être la voie de l’avenir malgré certaines expériences difficiles.

Les détracteurs de la bourse du carbone disent souvent que le marché du CO2 est une solution trop facile et trop simple pour les entreprises qui polluent en masse, ou qu’il s’agit là d’un autre moyen de nous taxer encore et encore, de nous faire cracher les dollars qu’on a gagnés durement pour nourrir un État vorace et inassouvissable. Le nez collé au tableau de bord, il leur est difficile d’imaginer l’impact réel de la tarification du carbone.

Oui, cette bourse fait grimper le prix de l’essence. C’est ce qui s’est passé en début d’année. De nouveaux secteurs de l’économie québécoise sont maintenant soumis au marché du carbone, notamment les distributeurs de carburant qui refilent la facture aux automobilistes. Mais cette bourse existe pour stimuler les entreprises, encadrer les émissions de gaz à effet de serre et ultimement les réduire. La bourse du carbone a deux grands objectifs :

  • exercer une pression financière sur les grands émetteurs afin qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre, en investissant dans des énergies renouvelables, des technologies vertes, en modifiant leurs moyens de production;
  • et encourager la recherche et le développement de nouvelles énergies, de technologies de captage du carbone, le démarrage d’entreprises vouées au développement durable.

En plafonnant les émissions et en réduisant ce plafond d’année en année, les grands émetteurs devront payer plus cher pour polluer ou encore réduire leurs émissions pour alléger cette facture. Les entreprises qui ne dépassent pas leur plafond pourront, elles, vendre le CO2 non utilisés aux émetteurs qui dépassent la limite permise. Ces entreprises pourront engendrer des revenus supplémentaires, investir dans des énergies et technologies vertes.

Avec l’Ontario qui entre maintenant dans le marché du carbone, c’est environ 75 % des Canadiens qui vivront dans des provinces où le CO2 n’est plus gratuit. En mettant un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, les entreprises sentiront une vraie pression sur leurs activités et pourront dorénavant mieux gérer leur rapport à l’environnement.

C’est important de comprendre qu’un marché est efficace si les acteurs en cause s’y engagent. C’est un grand pas que celui de voir l’Ontario adhérer à ce système. L’Ontario est le plus grand pollueur du Canada après l’Alberta. Mais il faudra encore plus. L’Alberta justement doit inclure un plus grand nombre d’émetteurs dans sa couverture carbone actuelle. Et les grands émetteurs américains sont attendus et souhaités dans ce marché.

Parce que dans la réalité, le seul et unique objectif qui doit animer ces efforts, c’est de réduire notre empreinte sur l’environnement.

La flamme éteinte…

vendredi 7 novembre 2014 à 12 h 39 | | Pour me joindre

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Il n’y a aucune source de réjouissance dans les chiffres sur l’emploi publiés pour le Québec en octobre. Rien ne laisse entrevoir une reprise du marché en ce moment. Depuis janvier 2013, l’emploi stagne. Et depuis janvier 2014, l’emploi chute. Brève reprise durant l’été, mais rien de solide. Le bilan depuis un an, c’est l’ajout de 70 000 emplois à temps partiel au Québec, mais la perte de 100 000 à temps plein. C’est très décevant.

Pendant ce temps, la croissance de l’emploi se poursuit en Ontario, et le total pour l’ensemble du Canada continue d’augmenter. Il s’est ajouté plus de 200 000 emplois au Canada cette année jusqu’à maintenant. L’Ontario  a gagné près de 120 000 emplois depuis décembre.

 

 

Que se passe-t-il au Québec? Qu’est-ce qui explique l’absence de vitalité du marché de l’emploi? Qu’est-il arrivé dans les derniers mois et les dernières années pour que le Québec cesse de créer des emplois? Je sais qu’ici, les discussions deviendront partisanes. C’est la faute aux péquistes, diront certains. D’autres vont ironiser  en disant que c’est « l’effet libéral ».

N’y a-t-il pas des explications un peu plus profondes et structurelles? Sans écarter l’effet des décisions politiques, sur lesquelles il est difficile d’aller sans se faire accuser de pencher d’un bord ou de l’autre, prenons le temps d’analyser certains facteurs et événements qui auraient eu un impact sur l’état de santé du marché de l’emploi depuis un an et demi :

  1. La chute des matières premières. Depuis le début de 2013, les prix des matières premières sont en baisse et plusieurs projets miniers ont ralenti leur développement ou reporté des projets. Que ce soit le « Nord pour tous » ou le « Plan Nord », la dégringolade des prix de l’or et du fer a un impact économique réel.
  2. Le Québec tarde à ressentir les effets de la reprise américaine. La croissance des États-Unis est de plus en plus solide. Les économistes de Desjardins écrivent ce matin qu’il « faudra peut-être attendre 2015 pour en voir les effets concrètement au Québec ».
  3. Le secteur privé en Ontario et dans l’ensemble du pays crée de l’emploi. Depuis un an, il s’est ajouté 140 000 emplois au Canada dans le privé, alors qu’au Québec on a perdu près de 50 000 emplois dans les entreprises privées. Pourquoi? Qu’est-ce qui explique la réticence du secteur privé à créer des emplois au Québec?
  4. Fondamentalement, nous en parlons souvent, la structure démographique du Québec change. Le taux d’activité, c’est-à-dire les gens qui travaillent et ceux qui cherchent de l’emploi par rapport à l’ensemble de la population de 15 ans et plus, baisse au Québec. Ce taux est passé de 65,3 % en janvier à 64,4 % en octobre. Beaucoup de gens partent à la retraite.
  5. Si on devait ajouter un aspect politique, on pourrait évoquer la présence d’un gouvernement minoritaire pendant 18 mois, la menace d’augmenter les impôts en septembre 2012 et, aujourd’hui, les mesures d’austérité du gouvernement qui s’accompagnent d’une réduction du soutien aux entreprises.

 

Difficile de montrer du doigt un, deux ou trois éléments précis. Une chose cependant qu’on peut dire, c’est que le climat de confiance doit être rétabli. Pourquoi une entreprise voudrait-elle investir au Québec, créer de l’emploi ici et vivre au Québec? Pourquoi un entrepreneur déciderait-il de se lancer dans un projet d’entreprise ou un projet d’économie sociale en ce moment au Québec?

Qu’est-ce qui stimule l’économie en ce moment, qu’est-ce qui donne le goût aux femmes et aux hommes du Québec d’aller de l’avant avec leurs projets, leurs innovations, leurs idées de grandeur? Qu’est-ce qui peut rallumer la flamme, dites?

Les données sur l’emploi de février arrivent dans la campagne électorale au Québec comme un cheveu sur la soupe. Un gros cheveu! Le Québec a perdu 25 500 emplois nets en février par rapport au mois de janvier, ce qui représente la chute la plus importante au pays. Ailleurs au Canada, il s’est créé des emplois en Ontario et en Alberta, notamment.

Toutefois, il faut mettre ces données en perspective. Les statistiques mensuelles sont très volatiles et suscitent de plus en plus de suspicion chez les économistes.

Ainsi, les moyennes sur 3, 6 et 12 mois sont très utiles.

Voici donc les chiffres de février : 

Emplois – février 2014

  • Maritimes +4600
  • Québec -25 500
  • Ontario +6100
  • Manitoba -1700
  • Saskatchewan +1100
  • Alberta +18 800
  • Colombie-Britannique -10 400
  • Canada (total) -7000

Emplois – Québec

  • Moyenne 3 mois : -9633 emplois par mois
  • Moyenne 6 mois : +4733 emplois par mois

Emplois – Canada

  • Moyenne 3 mois : -7200 emplois par mois
  • Moyenne 6 mois : +3367 emplois par mois

Avec toutes ces données, on peut commencer à se faire une meilleure idée sur l’état de l’emploi au Québec et au Canada. Cela dit, permettez-moi de vous présenter d’autres données, qui sont peut-être encore plus fondamentales pour comprendre le marché du travail :  l’évolution de l’emploi dans les secteurs privé et public ainsi que le taux d’emploi. On va s’attarder sur les données pour l’ensemble du Canada et le Québec.

Emplois – secteur public – Québec 

  • Février : -14 500
  • Depuis 3 mois : -7200
  • Depuis 1 an : +14 800

Emplois – secteur public – Canada

  • Février : -50 700
  • Depuis 3 mois : -19 300
  • Depuis 1 an : -41 300

Emplois – secteur privé – Québec

  • Février : -13 000
  • Depuis 3 mois : -37 600
  • Depuis 1 an : -26 100

Emplois – secteur privé – Canada

  • Février : +35 200
  • Depuis 3 mois : -8600
  • Depuis 1 an : +128 500

Terminons avec le taux d’emploi. Le taux donné par Statistique Canada, c’est le nombre de personnes en emploi par rapport à la population de 15 ans et plus.

Au Québec, le taux d’emploi était de 60,5 % en février 2013, et de 60,4 % en janvier 2014. Au cours du dernier mois, en février 2014, il est tombé à 60,0 %.

Pour l’ensemble canadien, le taux d’emploi était de 62,0 % en février 2013, et de 61,6 % en janvier, puis en février 2014.

 

sources : Desjardins, Statistique Canada

Légère reprise de l’emploi au Québec

vendredi 7 février 2014 à 17 h 23 | | Pour me joindre

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C’est vrai qu’on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Mais, en s’intéressant aux tendances, il est difficile de triturer les conclusions. Alors, pour vous permettre de vous amuser un peu en fin de semaine, voici les tendances de l’emploi au pays selon les dernières données publiées vendredi matin par Statistique Canada.

Le mois de janvier

D’abord, les données publiées au début du mois de janvier pour le bilan du mois de décembre nous ont permis de nous rappeler que les statistiques à court terme peuvent être volatiles. Statistique Canada écrit que « si l’estimation publiée est le meilleur indicateur disponible de la valeur réelle, la variation du niveau d’une estimation d’un mois à l’autre peut refléter une variation véritable ou la variabilité d’échantillonnage. » C’est bon à savoir, non?

Donc, voici les données de janvier, mais veuillez les prendre avec un grain de sel SVP!

  • Canada : +29 400 emplois
  • Québec : +12 700 emplois
  • Ontario : +6000 emplois
  • Nouveau-Brunswick : +2400 emplois
  • Alberta : +9900 emplois

Maintenant, les tendances. Ce sont celles-là qu’il faut suivre nous disent les économistes.

Voici les moyennes mensuelles sur 3, 6 et 12 mois :

3 derniers mois 

  • Canada : +3500
  • Québec : +3900
  • Ontario : – 333
  • Nouveau-Brunswick : +333
  • Alberta : +2700

6 derniers mois

  • Canada : +15 283
  • Québec : +9017
  • Ontario : +467
  • Nouveau-Brunswick :  +83
  • Alberta : +4467

12 derniers mois

  • Canada : +12 158
  • Québec : +833
  • Ontario : +4483
  • Nouveau-Brunswick : +58
  • Alberta : +5800

Conclusions :

  • la création d’emploi est modeste au Canada depuis 12 mois;
  • la création d’emplois a sérieusement ralenti au cours des 3 derniers mois au pays;
  • le Québec et l’Ontario connaissent des séquences inversées : le marché de l’emploi est en panne en Ontario depuis 6 mois, alors que le marché est en reprise au Québec depuis 6 mois.

Et si on s’intéresse à des données très fondamentales, allons donc voir le taux d’emploi. C’est le ratio du nombre d’emplois par rapport à la population totale ou encore du nombre de personnes qui travaille par rapport à l’ensemble de la population en âge de travailler. C’est cette dernière mesure qui est retenue dans les données suivantes :

  • le taux d’emploi au Canada est passé de 61,9 % à 61,6 % de janvier 2013 à janvier 2014;
  • le taux d’emploi au Québec est passé de 60,7 % à 60,4 % de janvier 2013 à janvier 2014;
  • le taux d’emploi en Ontario est passé de 61,3 % à 61 % de janvier 2013 à janvier 2014.

Donc, le taux est en baisse, en raison, selon les économistes, du découragement possible de certains travailleurs et du vieillissement de la population qui commence à se faire sentir. L’impact est plus grand au Québec. On s’arrête ici. On digère tout ça! Bonne fin de semaine, je vous parle mardi d’Ottawa au budget.

sources : Desjardins, Statistique Canada

Sombres chiffres sur l’emploi

vendredi 10 janvier 2014 à 15 h 19 | | Pour me joindre

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En lisant les commentaires politisés, pour ne pas dire partisans dans certains cas, de tout un chacun sur Twitter, j’ai le goût de vous offrir ici des chiffres, des faits, des données claires, précises, qui vous permettront de tirer vos propres conclusions sur l’état de l’économie du Québec, du Canada, des États-Unis. Voici donc les chiffres sur l’emploi de décembre et de 2013 de Statistique Canada…

Décembre : 

Canada : -45 900 emplois (taux de chômage de 7,2 %)

Québec : -10 200 emplois (taux de chômage de 7,7 %)

Ontario : -39 300 emplois (taux de chômage de 7,9 %)

2013 :

Canada : +102 000 emplois

+19 200 emplois temps plein

+82 800 emplois temps partiel

Québec : +2100 emplois

-43 800 emplois temps plein

+45 800 emplois temps partiel

Ontario : +24 000 emplois

+29 600 emplois temps plein

-5700 emplois temps partiel

Il s’est ajouté 24 300 personnes dans la colonne des « sans-emploi » au Canada en 2013.

Important : le gouvernement du Québec élabore sa communication sur l’emploi depuis plusieurs années sur le calcul effectué par l’Institut de la statistique du Québec. Ce calcul est le suivant : on fait la moyenne du nombre d’emplois dans l’économie par mois en 2013 et on fait la différence avec la moyenne du nombre d’emplois par mois dans l’économie en 2012. Résultat : il s’est ajouté 47 800 emplois dans l’économie du Québec en 2013 selon ce calcul de l’ISQ.

Statistique Canada et les économistes du secteur privé préfèrent calculer les emplois créés et perdus entre le 1er janvier et le 31 décembre 2013 et regarder l’écart entre décembre 2012 et décembre 2013.

Maintenant, si on s’intéresse aux tendances, voici un autre calcul, celui de Desjardins : la croissance mensuelle moyenne de l’emploi au Québec et en Ontario :

3 derniers mois :

Québec : +10 833

Ontario : -13 400

6 derniers mois :

Québec : +2017

Ontario : -1483

12 derniers mois :

Québec : +175

Ontario : +2000

Pendant ce temps, aux États-Unis, la création d’emplois a été limitée à 74 000 en décembre. C’est largement sous les attentes. Cela dit, le temps froid a probablement perturbé le marché du travail et les heures travaillées selon les économistes, qui s’attendent à un rebond en 2014. Il s’est ajouté 2,186 millions d’emplois chez nos voisins du sud l’an dernier.

Le taux de chômage américain est tombé à 6,7 %. C’est plus faible qu’au Canada. Mais, si le Canada utilisait la même méthodologie que les Américains, notre taux de chômage affiché serait de seulement 5,8 %.

Analyse : Le Canada, le Québec et l’Ontario viennent de connaître une année décevante au chapitre de l’emploi. La croissance économique est faible, mais les économistes s’attendent à un rebond en 2014. Ces chiffres sont le reflet d’une économie qui a besoin d’un nouveau souffle. Le Canada présente des perspectives de croissance moins forte qu’aux États-Unis, ce qui fait chuter le dollar canadien. Mais, ce recul du dollar, sous la barre des 91 ¢US aujourd’hui, pourrait justement aider les manufacturiers exportateurs à rebondir en 2014.

Fait à noter : la Laurentienne nous fait remarquer que la cohorte des plus jeunes participant au marché du travail québécois  est devenue inférieure à celle des baby-boomers, c’est fait. Nécessairement, le bassin de main-d’oeuvre disponible est appelé à diminuer à moyen terme.

Alors, qu’en pensez-vous?

La Banque du Canada devrait-elle songer à réduire son taux directeur à la lumière de ces données?

Le Québec va-t-il retrouver le chemin de l’emploi en 2014 après une année décevante?

Emplois au Québec : du contexte

vendredi 10 mai 2013 à 16 h 37 | | Pour me joindre

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En économie, il faut souvent se décoller le nez de la fenêtre, prendre un ou deux pas de recul pour mieux comprendre ce qui se passe. Il faut du contexte. Des économistes comme Pierre Fortin ou François Delorme, Bernard Élie, Luc Godbout et j’en passe viennent régulièrement à RDI économie pour nous aider à mettre un peu de lumière sur les enjeux.

Pour notre émission spéciale du 20 mai, jour de la fête des Patriotes, de Dollard et de la Reine, nous allons vous présenter une entrevue avec l’économiste Pierre Fortin, observateur de la scène économique québécoise depuis cinq décennies. Nous sommes allés chez lui ce matin pour réaliser cette entrevue qui, je pense, va beaucoup vous intéresser.

Il m’a donné un graphique pour vous, que je reproduis ici :

Alors que le Québec voit son taux de chômage augmenter depuis le début de l’année, il est passé de 7,1 à 7,8 %, le taux d’emploi du Québec demeure encore plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart qui s’était resserré avec l’Ontario ne s’est que très légèrement agrandi. Le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15 ans et plus.

Ainsi, selon Statistique Canada, le taux d’emploi en Ontario était de 61,2 en janvier. Il est à 61,3 en avril. Au Québec, il était à 60,7 en janvier. Il est à 60,2 aujourd’hui. On a raison de dire que le bilan québécois est moins bon que celui de l’Ontario dans les derniers mois. Mais il faudra attendre encore pour établir des tendances lourdes et évaluer si le Québec est en train de recommencer à prendre du retard sur l’Ontario.

Il s’est ajouté 44 000 emplois au Québec en avril 2013 par rapport à avril 2012. En Ontario, c’est un ajout de 71 000. La croissance économique est faible dans les deux provinces. Comme l’expliquent les économistes de Desjardins, « il faut reconnaître que depuis janvier, le bilan du marché du travail est plutôt terne. Il est vrai que sur le plan des données économiques, c’est un début d’année hésitant qui caractérise le continent nord-américain. Avril ne présente pas de surprise. […] D’ici l’été, le marché du travail devrait afficher un meilleur score que les quatre premiers mois de l’année qui se sont soldés négativement. »

Il ne faut pas amoindrir le message que nous envoient les statistiques. Comme le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty l’exprimait hier à Londres, il est à souhaiter que les pays occidentaux vont orienter leurs politiques et leurs priorités vers la croissance et l’emploi. Nous sommes largement dépendants de la croissance mondiale, surtout américaine.

 

Sables bitumineux : 70 % à l’Alberta

mercredi 24 octobre 2012 à 12 h 11 | | Pour me joindre

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Le gouvernement fédéral et l’industrie pétrolière de l’Alberta affirment régulièrement que le développement des sables bitumineux profite à l’ensemble de l’économie canadienne. Une étude du Conference Board du Canada a chiffré les retombées économiques des sables bitumineux pour les 23 prochaines années à la demande du ministre de l’Industrie Christian Paradis et du gouvernement de l’Alberta.

Les conclusions sont les suivantes :

  • 70 % des retombées en terme d’investissements iront à l’Alberta;
  • moins de 15 % profiteront à l’Ontario;
  • à peine 6,5 % pour la province voisine, la Colombie-Britannique;
  • moins de 4 % au Québec et encore un peu moins dans les Prairies ;
  • même pas 1 % dans les quatre provinces atlantiques.

Le Conference Board du Canada calcule que de 2012 à 2035, il y aura pour 364 milliards de dollars d’investissements pour soutenir le développement des sables bitumineux. On parle des investissements et non pas de ce que va rapporter la production.

En terme d’emplois, l’Alberta en bénéficie encore davantage :

  • Alberta : 74,2 %
  • Ontario : 11,7 %
  • Colombie-Britannique : 6,9 %
  • Québec : 3,4 %
  • Prairies : 3,1 %
  • Atlantique : 0,7 %

Le ministre des Ressources naturelles Joe Oliver a dit qu’il était normal que l’Alberta soit la principale bénéficiaire des retombées des sables bitumineux. Cela dit, la part de certaines provinces est tout simplement rachitique et étonne. On aurait pu croire à des répercussions plus imposantes pour les entreprises des provinces voisines que sont la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et le Manitoba. Pour ce qui est du Québec, l’étude associe les retombées à la présence de sièges sociaux comme ceux de CGI, du CN et de Bell.

L’étude est ici, quelque part sur le site du Conference Board.

Qu’en pensez-vous?

Le Canada est-il malade?

jeudi 19 avril 2012 à 19 h 03 | | Pour me joindre

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Le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney a expliqué, en faisant le point sur sa politique monétaire mercredi, que les prix internationaux du pétrole, plus élevés que les prix nord-américains, nuisent à l’économie canadienne. Le pétrole qu’on importe coûte plus cher que le pétrole qu’on exporte. Donc, ça défavorise l’économie canadienne.

Cela dit, c’est conjoncturel.

Fondamentalement, on peut se demander si la croissance de la production et des prix du pétrole n’est pas en train de créer une économie à deux vitesses. Et la question que posent plusieurs économistes, c’est celle-ci : le Canada est-il atteint du mal néerlandais?

Le président sortant de l’Association des économistes du Québec François Delorme craint que oui. Dans une entrevue qu’il nous a accordée jeudi soir, il nous a expliqué qu’il y a des liens importants entre le pétrole, le dollar et les emplois manufacturiers. Ainsi, les prix du pétrole ont bondi de 300 % depuis 10 ans, le dollar canadien, de 50 %, tandis que les emplois manufacturiers ont chuté de 30 %.

La hausse du pétrole profite nécessairement à l’Alberta, grande productrice et exportatrice de pétrole. C’est payant pour les citoyens albertains, pour la province et pour le gouvernement du Canada. Mais cette hausse du pétrole entraîne aussi une appréciation de notre devise, le dollar canadien. Et, comme on peut le constater sur le graphique ci-contre, la courbe du dollar suit la courbe du pétrole.

La hausse comme la force du dollar canadien nuisent aux exportateurs manufacturiers, principalement ceux de l’Ontario et du Québec. Ça fait des années qu’on en parle. Quantité d’usines ont fermé, des centaines de milliers d’emplois ont été perdus. La situation n’ira pas en s’améliorant, selon François Delorme, car nous avons pour 250 ans de réserves potentielles de pétrole que les pouvoirs publics en place veulent développer.

 

De plus, François Delorme analyse que la concurrence chinoise sur le marché des États-Unis et le protectionnisme américain sont deux autres facteurs qui nuisent au secteur manufacturier de l’Est du pays.

Le Canada est-il donc en train de s’enfoncer dans un régime à deux vitesses? Comment se sortir de cette situation intenable sur les plans économique et politique? D’autant que le niveau de péréquation plafonne, même si les besoins ne cessent de grandir, tout comme les disparités régionales…