Billets classés sous « Olivier Blanchard »

Incroyable cet aveu exprimé jeudi dernier par l’économiste en chef du FMI Olivier Blanchard et par Daniel Leigh, économiste également au Fonds monétaire international. En quelques mots, ils ont dit que les experts comme eux, qui orientent les grandes décisions mondiales en matière de finance, se sont trompés en misant à tout prix sur l’austérité dans le but de réduire le plus rapidement possible les dettes souveraines.

Olivier Blanchard

Ils parlent à titre personnel et pas au nom du FMI. Mais, tout de même, dans un texte publié sur le site du FMI, ils affirment ceci : « Nous démontrons que, dans les économies développées, une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu. »

En quelques mots et quelques chiffres, ils s’attendaient à ce que la réduction des dépenses publiques équivalentes, disons à 1 % du PIB, allait entraîner une réduction de l’activité économique de 0,5 point de pourcentage. Or, l’effet a été bien pire : réduction de l’activité de 0,9 à 1,7 point. L’erreur, c’est d’avoir appliqué un modèle qu’on connaît en période de croissance dite normale, alors que les pays visés par des mesures d’austérité étaient en pleine crise.

Comme l’ont titré plusieurs groupes de presse : oups!

Des Grecs manifestent à l'extérieur du ministère des Finances à Athènes, le 17 octobre 2012, contre les mesures d'austérité. Ce constat n’est pas banal. Le FMI, l’UE, l’Allemagne, la BCE et les agences de notation ont fait pression dès 2009 pour que d’importantes mesures d’austérité soient appliquées afin de réduire l’endettement des pays développés. Hausse d’impôts, compressions dans les programmes sociaux, suppressions d’emplois dans la fonction publique, quantité de mesures ont été mises en place de façon quasi dogmatique, plongeant encore davantage la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et plusieurs autres pays dans une récession qui semble sans fond.

Aujourd’hui, près de 19 millions de personnes sont au chômage dans la zone euro, du jamais vu depuis la création de la monnaie unique en 1999. Taux de chômage de 11,8 % avec des pointes à 26 % en Grèce et à presque 27 % en Espagne. Et cette hausse du chômage se poursuit toujours dans la zone euro.

Cela dit, un point de vue divergent apparaît dans un texte publié dans Bloomberg lundi. Anders Aslund, chercheur au réputé Peterson Institute for International Economics, affirme que l’austérité fonctionne, contrairement à ce qu’affirment les économistes Blanchard et Leigh. « L’Europe du Nord est en bonne santé financière, merci à l’austérité, écrit-il, alors que l’Europe du Sud souffre d’une austérité à demi-assumée, pire, de mesures de stimulation fiscale. »

Anders Aslund compare la Grèce à la Lettonie. D’un côté, dit-il, il y a un pays qui n’a pas adopté les mesures d’austérité nécessaires, avec une rigueur absolue. C’est la Grèce, dont l’économie se décompose un peu tous les jours. De l’autre, il y a la Lettonie, qui s’est obligée à un régime de pain sec pendant deux ans, conduisant à une chute de son PIB de 24 %. Aujourd’hui, la croissance dépasse les 5 % annuellement et le déficit budgétaire ne représente plus que 1,5 % de son PIB.

À quel prix toutefois? Le FMI affirme que la Lettonie a beaucoup trop réduit ses dépenses sociales. Mais sa directrice, Christine Lagarde, déclarait tout de même en septembre que ce pays était un exemple à suivre. Le FMI est venu en aide à la Lettonie, qui a déjà commencé à rembourser son prêt au Fonds monétaire international.

Les victimes de l’austérité se comptent par millions, c’est indéniable. Et c’est pourquoi tout cela m’apparaît profondément troublant.