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Austérité à Québec?

Vendredi 25 avril 2014 à 12 h 48 | | Pour me joindre

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La campagne électorale n’a pas porté sur les défis du Québec en matière de gestion des finances publiques. François Legault a bien tenté de faire surgir cet enjeu en proposant des coupes immédiates et importantes dans l’appareil de l’État. Les Libéraux ont été plus discrets sur la question, bien que leur cadre financier prévoyait des compressions de 1,3 milliard de dollars sur deux ans.

Aujourd’hui, une fois au pouvoir et une fois le conseil des ministres formé, le nouveau premier ministre Philippe Couillard montre un ton franchement plus inquiet et alarmé sur les finances publiques. En fait, le constat qu’il fait est celui d’une situation financière plus difficile que prévu dans le budget Marceau du 20 février. Et ses solutions annoncent des transformations qui pourraient être majeures.

En présentant un rapport commandé par Philippe Couillard sur les finances publiques, l’économiste et fiscaliste Luc Godbout a dit qu’il est étonnant de voir le Québec s’engluer dans les déficits alors qu’on n’arrête pas de dire, depuis des années, que le Québec a connu une récession beaucoup moins profonde que les autres en 2009. Si l’état des choses était normal, on serait rapidement revenu à des surplus selon lui. Mais des facteurs structurels nous maintiennent en déficit. C’est inquiétant dit Luc Godbout, qui a travaillé avec l’économiste Claude Montmarquette à la rédaction de ce rapport.

Je pense que c’est important de préciser une chose : un déficit de 3,1 milliards de dollars n’est pas un déficit très important. C’est gérable comme dirait Jacques Parizeau. C’est 0,9 % du PIB. Le problème, c’est d’être incapable depuis 2010 de remonter la pente comme l’avaient prévu Raymond Bachand et Nicolas Marceau, qui visaient, tous les deux, le retour à l’équilibre en 2013-2014.

Le vrai problème, c’est le poids de la démographie du Québec. Il y a plus de sorties que d’entrées dans la population active. Autrement dit, des travailleurs expérimentés partent à la retraite et ne sont pas remplacés par des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. C’est moins de croissance pour le Québec, c’est moins de revenus pour le gouvernement, c’est une difficulté fondamentale qui rend difficile l’équilibre des finances publiques.

Les solutions des experts Godbout et Montmarquette sont les suivantes :

  1. « des gestes à court terme » qu’on pourrait considérer comme des mesures d’austérité dans l’appareil de l’État, des efforts de 3,7 milliards de dollars pour atteindre l’objectif de 2014-2015, c’est-à-dire un déficit de 1,75 milliard de dollars;
  2. un examen stratégique des programmes, processus et structures, un peu comme l’a fait le gouvernement Harper à Ottawa, ce qui a mené à des compressions budgétaires de 5,2 milliards de dollars en 2012;
  3. gérer les dépenses sur 3 ans, un cadre qui serait plus transparent, plus prévisible, plus productif;
  4. réexaminer la fiscalité des particuliers et des entreprises : on compte pour 23 milliards de dollars de crédit d’impôt au Québec;
  5. produire un rapport à date fixe AVANT l’élection à date fixe pour faire un état non politisé des finances publiques.

Dans leurs propositions, les deux économistes sont d’avis qu’on pourrait songer à la possibilité de vendre des actifs et qu’on devrait maintenir la hausse des tarifs de garderie de 7 à 9 $ annoncée par l’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau le 20 février. Déjà, Philippe Couillard a exclu cette option.

Ça fait des mois qu’on discute ensemble de l’importance pour le Québec de contrôler ses dépenses et de générer des revenus plus importants et récurrents. En voulant agir rapidement et avec force, le nouveau gouvernement doit s’assurer de ne pas faire peur aux Québécois avec des mesures draconiennes qui seraient, finalement, contre-productives.

L’action appelle la mesure. Tout un défi. Qu’en pensez-vous?

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Je tiens à faire une précision sur l’austérité. Est-ce que les annonces du gouvernement représentent vraiment des mesures d’austérité? J’aurais tendance à dire oui, compte tenu de l’intention du gouvernement de geler les budgets de tous les ministères, sauf la santé et l’éducation. Un gel des dépenses, c’est, dans les faits, une réduction des dépenses en tenant compte de l’inflation.

Des « efforts budgétaires » de 3,7 milliards, qui sont des « coupes et des remises en question », a dit Philippe Couillard jeudi, représentent aussi des mesures de compressions. J’ai vraiment tendance à croire que c’est de l’austérité.

Mais plusieurs diront qu’en maintenant une croissance générale des dépenses de 2 %, on ne peut pas utiliser ce mot. L’austérité serait alors une vraie baisse des dépenses publiques, comme l’ont fait plusieurs pays d’Europe, notamment la Grèce.

Le Monde écrivait il y a deux jours qu’il « n’existe pas de définition scientifique de rigueur et austérité en matière économique. Ces deux termes désignent de manière générale une politique économique, qui se veut l’inverse de la relance. » Or, il faut le préciser, Philippe Couillard veut augmenter les investissements en infrastructures, crée un nouveau crédit à la rénovation et annonce de nouveaux investissements dans le secteur de la forêt.

Alors, peut-être peut-on parler de « mesures d’austérité » dans un cadre qui n’est pas une « politique d’austérité »? Qu’en pensez-vous?

Entre les questions d’intégrité, de transparence et de référendum, tous les jours, les partis politiques qui se disputent votre vote le 7 avril prochain font des propositions et prennent des engagements.

Tous les partis ont présenté leur cadre financier :

  • le PQ considère que ce cadre, c’est son budget 2014-2015, annoncé le 20 février dernier;
  • la CAQ a présenté son cadre le 6 mars;
  • Québec solidaire a dévoilé son plan économique le 17 mars, puis son cadre le 18 mars;
  • le PLQ a dévoilé son cadre financier le 18 mars.

J’ai reçu à RDI économie quatre candidats pour parler de leur plateforme financière et économique. Et j’ai mis au défi les quatre représentants de nous expliquer certains enjeux qui méritent des réponses plus claires.

À Nicolas Marceau, du PQ, j’ai demandé comment on pouvait croire que son parti allait pouvoir ramener la croissance des dépenses en santé à seulement 3 %, du jamais vu, alors que les projections du budget 2013-2014 (présenté en novembre 2012) n’ont pas tenu la route. Le gouvernement prévoyait une hausse des dépenses de programmes de 1,8 %. Elles se sont établies, selon la dernière révision, à 2,5 %. Nicolas Marceau prévoyait des revenus autonomes de 51,1 milliards de dollars. Manque à gagner : 3 milliards de dollars.

À Carlos Leitao, du PLQ, j’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé en 26 jours, entre le budget Marceau du 20 février où il était analyste à notre antenne à titre d’économiste en chef de la Banque Laurentienne et le jour de l’entrevue, soit le 18 mars, où il était maintenant candidat libéral. Le 20 février, il prévoyait une croissance du PIB au Québec de 1,8 %. Il jugeait aussi raisonnable la croissance prévue par le gouvernement de 1,9 %. Dans le cadre financier libéral, il est maintenant rendu à 2,1 %.

À Christian Dubé, de la CAQ, j’ai axé l’entrevue sur la faisabilité des compressions de 1,3 milliard de dollars prévues dès cette année, dans le budget 2014-2015, si son parti est porté au pouvoir le 7 avril. Un tel geste est-il réaliste compte tenu de son impact? On coupe où et on coupe qui, puisqu’il s’agit d’un plan à mettre en oeuvre en quelques semaines seulement et non pas sur cinq ans où l’attrition peut réduire l’impact sur les travailleurs du gouvernement.

Et puis, à Amir Khadir, de Québec solidaire, j’ai demandé de nous expliquer comment le Québec pouvait faire passer ses achats en pétrole de 14 milliards de dollars par année à… 0 en 2030, en 15 ans seulement! Si l’objectif de sortir éventuellement du pétrole est partagé par la plupart des politiciens, le réalisme de la proposition de Québec solidaire est discutable.

Voyez ou revoyez ces entrevues ici :

L’entrevue avec Nicolas Marceau

L’entrevue avec Carlos Leitao

L’entrevue avec Christian Dubé

L’entrevue avec Amir Khadir

 

 

Derrière l’écran de fumée…

Vendredi 21 février 2014 à 12 h 59 | | Pour me joindre

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À lire les journaux et à écouter la radio, le budget Marceau se résume essentiellement à une hausse du tarif de garderie de 7 à 9 $. Cette mesure va permettre au gouvernement de toucher plus ou moins 100 millions de plus par année. Ce n’est pas grand-chose sur un budget de 75 milliards, et ce n’est rien à côté de ce qui est vraiment important, ambitieux et irréaliste selon certains dans ce budget. En fait, les 2 chiffres les plus importants de cet exercice, c’est 2 et 3.

D’abord, 2 % 

Le ministre des Finances Nicolas Marceau prévoit une croissance des dépenses de programmes de 2 %. En 2012-2013, année où le PLQ et le PQ ont été au pouvoir, la croissance des dépenses de l’État s’est limitée à 1,2 %. Pour l’exercice qui se termine le 31 mars prochain, soit 2013-2014, le gouvernement cible une croissance de 2,5 %.

Revenir à 2 % pour le prochain exercice exigera des compressions budgétaires qui demanderont un courage politique et une conviction sans faille. Le gouvernement Marois s’expose à la critique et à la contestation. Un bras de fer s’engagera avec les fonctionnaires, à qui l’État demandera des concessions, avec les médecins aussi, à qui le gouvernement voudra faire avaler la pilule de revoir l’entente de rémunération conclue avec eux. Un débat va s’engager aussi dans le réseau des commissions scolaires, où le gouvernement veut déterminer au moins 125 millions d’économies.

L’autre chiffre, c’est 3. Seulement 3 % de hausse de dépenses en santé

Depuis l’introduction de la contribution santé, la hausse des dépenses en santé est d’environ 4,6 % par année. Réduire à 3 % la croissance des dépenses dans ce secteur, c’est exiger purement et simplement des compressions importantes dans le système. L’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux évalue à 400 millions de dollars les compressions nécessaires pour l’exercice 2014-2015 dans un tel contexte.

Le ministre Marceau demande aux médecins de rouvrir l’entente salariale négociée avec eux. Cet accord prévoit une hausse de rémunération de 540 millions cette année. Si les médecins acceptent de réduire cette augmentation ou de l’étaler sur trois ans, on pourrait atténuer ou éviter d’autres compressions dans le monde de la santé. Mais il est loin d’être acquis que le gouvernement du Québec et les médecins vont s’entende sur une révision de ce qui a été négocié et signé par les deux partis. Et il n’est donc pas impossible de voir les listes d’attente dans les hôpitaux s’allonger.

Un autre chiffre : 613 millions

Si l’État a un travail magistral à faire pour contrôler ses dépenses, il ne doit pas oublier que ses nouvelles entrées de revenus ne viennent pas d’une croissance économique plus forte, mais d’une taxation plus élevée : garderies, hydroélectricité, réduction de l’avantage fiscal de l’investissement dans le Capital régional et coopératif Desjardins.

Surtout, le ministre des Finances Nicolas Marceau peut compter sur de l’argent inespéré : les transferts fédéraux sont 1,2 milliard plus élevés qu’attendu lors de la mise à jour économique de novembre dernier. Pourquoi? Parce que la croissance économique de la plus grande province au Canada, l’Ontario, a été plus forte que prévu. Cette croissance est venue relever la moyenne attendue du niveau de services à rendre par province. Du coup, toutes les provinces qui reçoivent de la péréquation ont vu les montants qui leur étaient destinés augmenter.

Donc, 50 millions de plus pour le Québec en 2013-2014, 613 millions de plus en 2014-2015 et 532 millions de plus l’an prochain, 2015-2016.

Alors, derrière l’écran de fumée de la hausse des tarifs de garderie, le gouvernement appuie son équilibre sur deux piliers fragiles : des compressions en santé et des transferts fédéraux plus généreux.

« Des informations plus détaillées »

Mercredi 19 février 2014 à 11 h 42 | | Pour me joindre

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Quand le ministre des Finances Nicolas Marceau affirme qu’il y aura beaucoup de lecture dans le budget 2014-2015 – c’est ce qu’il a déclaré mardi –, j’ose le croire! J’espère, 18 mois après son premier budget, que ce document essentiel et important sera étayé, touffu et complet, même s’il n’est pas déposé, débattu, ni adopté. Qu’il y ait des élections prochainement ou pas, et peu importe qui est au pouvoir, le Québec fait face à des défis de taille : la productivité, la croissance des dépenses en matière de santé et le vieillissement de la population.

Il nous faut un plan de match générateur de revenus récurrents et qui permet un contrôle serré et sérieux des dépenses. Le ministre Marceau affirme qu’il maîtrise les dépenses, ce que réfute l’opposition. On peut en débattre longtemps, mais je vous dirais que l’état des lieux se résume en bonne partie à un paragraphe essentiel dans le rapport du vérificateur général sur l’analyse de la mise à jour économique du gouvernement Marois.

Page 70 :

« Le contrôle rigoureux et responsable des dépenses est l’une des mesures importantes définies par le gouvernement pour atteindre le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Toutefois, Le Point [ la mise à jour de novembre] ne contient pas d’information permettant de voir comment les dépenses seront contrôlées et quels sont les risques associés à l’objectif ambitieux de faible croissance des dépenses. Compte tenu de l’ampleur des montants en cause, il aurait été pertinent que le gouvernement produise des informations plus détaillées. »

Voilà : « des informations plus détaillées », c’est ce qu’on attend du deuxième budget du ministre Marceau. Il nous faut beaucoup d’informations sur les quatre enjeux suivants :

  1. Contrôle des dépenses : Le gouvernement veut réduire la croissance des dépenses à 2 % par année. Pour l’exercice qui se termine, le ministre vise 2,5 %. Pour les sept premiers mois de cet exercice, nous sommes à 3,1 %. C’est ambitieux de croire qu’on va arriver à limiter la croissance des dépenses à 2 %. Il faut faire des efforts d’économies. Souhaitons que le ministre nous dise comment il va y parvenir, quels seront les moyens adoptés.
  2. Création de richesse : Le gouvernement mise sur une fiscalité active et dynamique pour stimuler les investissements au Québec. Est-ce une bonne stratégie pour créer de la richesse et générer de nouveaux revenus pour le gouvernement? Faut-il baisser les charges fiscales des entreprises pour les pousser à investir davantage? Faut-il taxer davantage certains services?
  3. Vieillissement de la population : Pour la première fois depuis des décennies, il y a plus de gens qui sortent de la catégorie des 15-64 ans qu’il en entre. La population active va baisser, les baby-boomers partiront massivement à la retraite dans les prochaines années. Il y a longtemps qu’il faut un plan de match chiffré et prévisible à ce sujet.
  4. Productivité : Le Canada est en retard sur les États-Unis en matière de productivité, et le Québec est en retard sur le reste du pays sur ce point. Comment stimuler les investissements des entreprises dans du matériel et des technologies innovantes? Faut-il en faire plus pour arrimer la recherche avec les besoins du marché du travail et des entreprises? Comment améliorer la productivité dans la fonction publique?

Et vous, quelles sont vos attentes?

À jeudi 16 h (HNE)!

Retour du déséquilibre fiscal?

Lundi 17 février 2014 à 12 h 28 | | Pour me joindre

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Le budget 2014-2015 du ministre des Finances Jim Flaherty n’était pas le plus passionnant des 10 documents qu’il a déposés depuis 2006. Il est cependant révélateur d’une chose assez claire : la marge de manœuvre financière du gouvernement du Canada ne cesse de grandir. Non seulement les revenus augmentent, mais les dépenses baissent. Ce qu’on appelle les charges de programmes va passer de 13,5 % du PIB en 2013-2014 à 12,4 % en 2018-2019.

Regardez les prévisions du dernier budget. La croissance des revenus sera franchement plus forte que la croissance des dépenses au cours des deux prochaines années. La croissance des deux se rejoindra les deux années suivantes :

Revenus :

  • 2014-2015 : +4,7 %
  • 2015-2016 : +6,2 %
  • 2016-2017 : +4,6 %
  • 2017-2018 : +3,6 %

Dépenses (charges de programmes et intérêts sur la dette) :

  • 2014-2015 : -0,5 %
  • 2015-2016 : +2,8 %
  • 2016-2017 : +4,1 %
  • 2017-2018 : +3,7 %

Comme nous l’indiquait le fiscaliste Luc Godbout la semaine dernière à RDI économie, le directeur parlementaire du budget (DPB) a publié un rapport important à la fin septembre 2013 qui fait le constat suivant : les finances publiques fédérales sont viables à long terme, alors que celles des provinces ne le sont pas. Des déficits successifs et récurrents sont à prévoir.

Pourquoi? Parce que « la marge de manœuvre dégagée [par le fédéral] grâce à la modification du facteur de relèvement du TCS (Transfert canadien en matière de santé) se traduit par un transfert de charge financière vers les provinces » écrivait le bureau du directeur du budget le 26 septembre 2013.

La part du fédéral dans le financement de la santé va baisser au cours des prochaines décennies, même si, en raison « du vieillissement démographique et de la croissance excédentaire des coûts, les dépenses en matière de santé comme proportion du PIB devraient passer de 7,5 % en 2012 à 11,7 % en 2050, puis à 13,8 % en 2087 » selon le DPB.

Ainsi, selon le directeur parlementaire du budget, de façon structurelle, le gouvernement fédéral est appelé à faire des surplus, tandis que les pressions financières devraient entraîner des déficits dans les provinces. Étant donné ce constat, doit-on conclure à une forme de déséquilibre fiscal au Canada?

Luc Godbout est d’avis que c’est le cas et qu’un transfert de point de taxation vers les provinces serait nécessaire pour leur donner de nouvelles ressources. Il est d’avis tout de même que chaque administration doive faire le ménage dans ses finances publiques afin de dégager des marges de manœuvre.

Les économistes Stéfane Marion de la Banque Nationale et Youri Chassin de l’Institut économique de Montréal croient, pour leur part, qu’il n’y a pas de déséquilibre au Canada. C’est aux provinces de rendre leurs finances publiques saines, comme le fédéral l’a fait dans les dernières années. Mardi soir dernier, à Ottawa, Stéfane Marion rappelait que le gouvernement Harper était parvenu à trouver des économies de 23 milliards de dollars depuis 2010.

Qu’en pensez-vous?

Les leçons de 2013

Vendredi 20 décembre 2013 à 13 h 14 | | Pour me joindre

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L’année qui se termine a été riche en événements qui devraient nous permettre de réfléchir et de tirer des leçons sérieuses. Pour le respect de la vie humaine et de la dignité des femmes et des hommes. Sur les 10 événements économiques les plus importants, selon notre analyse, plusieurs nous obligent à une réflexion profonde sur le capitalisme, les décisions économiques, la sécurité, l’environnement et notre rapport aux justes coûts des biens et des services.

Déraillement de train à Lac-Mégantic, le 6 juillet 20131- L’événement de l’année, c’est bien sûr l’explosion de Lac-Mégantic le 6 juillet. L’impensable s’est produit ce jour-là, mais des révélations du Globe and Mail nous ont appris que des signes avant-coureur ont été ignorés. Le niveau de dangerosité de certains types de pétrole, notamment celui qui était transporté dans les wagons qui ont déraillé à Lac-Mégantic, n’a pas été bien évalué. L’étiquettage des wagons n’a pas été bien fait. Le type de wagon utilisé était, de toute évidence, inapproprié. L’entreprise MMA faisait partie de celles qui avaient connu le plus d’incidents par les années passées. Bref, après coup, on réalise qu’il y avait plusieurs voyants rouges sur le tableau de bord. Cette tragédie soulève de sérieuses questions sur la sécurité entourant le transport du pétrole. En 2011, les trains transportaient au Canada 100 000 barils de pétrole par jour. En 2014, ce sera 1,1 million. Avec le développement possible d’oléoducs vers l’est, le sud et l’ouest, l’enjeu de la sécurité ne peut être que prioritaire. La production de pétrole ne cesse de grandir en Alberta, mais aussi aux États-Unis : le Texas vit un boom, le Dakota du Nord aussi avec le pétrole de schiste. Les États-Unis deviendront le premier producteur de pétrole du monde en 2015.

2- Un autre événement malheureux nous oblige à un examen de conscience. Le 25 avril dernier, l’horreur a frappé au Bangladesh. Un bâtiment qui abrite plusieurs manufactures de vêtements s’est effondré faisant plus de 1000 morts. Dans cette usine, on fabriquait des vêtements pour des entreprises occidentales, notamment la Canadienne Loblaw. Le gouvernement du Bangladesh a annoncé en novembre que le salaire minimum des employés du textile allait passer de 36 à 72 dollars par mois. Ce qui s’est passé là nous fait réaliser que nos bas prix, qu’on vante tant chez nous, sont attribuables dans certains cas au fait qu’on offre des conditions misérables à des milliers de travailleurs. Doit-on faire des économies au magasin au détriment de la vie humaine ?

3- Et puis, autre enjeu socio-économique majeur : la crise budgétaire américaine. La paralysie du gouvernement en octobre, provoquée par un affrontement politique entre les Républicains et les Démocrates, a entraîné la mise à pied temporaire de 800 000 fonctionnaires américains. Pendant plus de deux semaines, des pronostics pessimistes ont circulé sur l’impact économique. Complètement déconnectés de la réalité économique des millions de ménages américains, pauvres et sans aucune assurance, des membres du Congrès sont passés à quelques heures de plonger le pays dans un défaut de paiement. L’enjeu portait essentiellement sur le financement de la réforme santé du président Obama, réforme qui a pour but de permettre à des dizaines de millions d’Américains d’avoir accès à une assurance santé.

Dans les autres événements à retenir, 2 sont liés au gouvernement du Canada, 1 autre au gouvernement du Québec et plusieurs autres portent sur des entreprises canadiennes.

Le ministre Nicolas Marceau présente sa mise à jour économique.4- À Québec, le ministre des Finances Nicolas Marceau nous a dit longtemps que l’emploi allait bien, que l’économie se portait bien et que le déficit 0 allait être atteint comme prévu en 2013-14. En septembre, il nous disait même que c’était un « engagement ferme ». Finalement, la croissance économique en 2013 a été décevante et le ministre Marceau a été obligé de se rendre à l’évidence et de reporter de 2 ans l’équilibre budgétaire. Déficit cette année de 2,5 milliards de dollars en incluant la provision pour le Fonds des générations. Déficit prévu de 1,75 milliard $ l’an prochain. Et puis, déficit zéro en 2015-2016 avec toutefois une somme d’UN milliard de dollars à identifier. L’agence de notation Fitch a placé la dette du Québec sous surveillance avec perspective négative.

5- À Ottawa, les choses semblent s’accélérer. On prévoit plus qu’un déficit zéro dans 2 ans, on prévoit même un surprlus. Dans le budget du 21 mars dernier, le ministre Jim Flaherty a annoncé l’abolition graduelle du crédit d’impôt pour fonds de travailleurs d’ici 2017. Cette décision a soulevé une vive opposition au Québec où se trouvent les 2 plus importants fonds de travailleurs : le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN. Des syndicats, des travailleurs, des employeurs, des patrons, des politiciens sont sortis publiquement pour défendre le crédit d’impôt. Dans le cas du Fonds de solidarité FTQ, ça s’est fait dans des conditions difficiles puisqu’en même temps, il y a eu plusieurs révélations à la Commission Charbonneau sur l’influence du crime organisé auprès de certains dirigeants du Fonds FTQ. Ottawa maintient sa décision de mettre fin au crédit d’impôts pour les fonds de travailleurs.

6- Le 18 octobre, le premier ministre du Canada Stephen Harper a annoncé qu’après 4 ans de négociations, le Canada a conclu une entente de libre-échange avec l’Union Européenne. L’accord couvre pratiquement tous les secteurs d’activité. Le système de gestion de l’offre est protégé, mais le traité permettra l’importation de plus de fromages européens au Canada.

7- La catastrophe de l’année dans le monde des affaires au pays, c’est sans contredit la déconfiture de BlackBerry. En début d’année, le 30 janvier, tous les espoirs étaient permis. Le PDG Thorsten Heins, à la manière de Steve Jobs qui aimait présenter ses nouveaux produits sur une scène en faisant un véritable spectacle, a dévoilé le Q10 et le Z10. Ces deux appareils représentaient alors l’avenir de l’entreprise, qui a même annoncé ce jour-là un changement de nom, de Research in Motion à Blackberry. La suite a été décevante : le nouvel appareil n’a pas connu le succès escompté, les ventes ont été décevantes, l’entreprise s’est mise à annoncer des pertes, le PDG est parti, comme plusieurs autres dirigeants et administrateurs. On a tenté de trouver un acheteur pour l’entreprise, on a ensuite laissé tomber. Aujourd’hui, John Chen est le patron par intérim et il doit trouver une voie d’avenir pour ce joyau technologique canadienne qui a dû supprimer plusieurs milliers d’emplois. Il prévoit le retour à la rentabilité en 2016.

8- 27 juin : le CRTC dit oui à la vente d’Astral à Bell. Transaction de 3 milliards 400 millions de dollars.

9- 26 novembre : acquisition pour 12 ans des droits de diffusion au Canada des matchs de la Ligue nationale de hockey par Rogers pour 5,2 milliards de dollars.

10- 7 novembre : les investisseurs ont les yeux tournés vers Twitter, qui entre en bourse. L’action bondit de 75 % à sa première journée, ce qui permet d’évaluer l’entreprise à environ 25 milliards de dollars.

À surveiller en 2014

- les négociations sur les régimes de retraite au Québec : une loi cadre devrait être adoptée pour permettre le partage à parts égales des cotisations dans les régimes à prestations déterminées et organiser les négociations dans les municipalités ;
- un affrontement est à prévoir entre la direction de Postes Canada et son syndicat sur les compressions annoncées en décembre, la réduction des services, la suppression de postes et la réorganisation du régime de retraite ;
- avant ou après d’éventuelles élections, il y a aura un budget à Québec quelque part entre février et avril : pas de hausse d’impôts et de taxes en vue ;
- il y aura aussi bien sûr un budget à Ottawa au printemps : les premiers cadeaux fiscaux en vue des élections de 2015 seront probablement annoncés ;
- pas de hausse à prévoir du taux directeur de la Banque du Canada et de la Réserve fédérale américaine ;
- est-ce que BlackBerry va survivre à 2014 ?
- comment Rona va-t-elle remonter la pente après une année difficile ?

Enfin, mes personnalités économiques de l’année sont :

- au Québec : Pauline Marois. Ce n’est pas un jugement sur la qualité de ses politiques économiques, mais sur son hyperactivité dans l’économie. Le gouvernement Marois est très très présent dans tous les secteurs d’activité de l’économie. Plusieurs prêts et subventions ont été annoncés. Le gouvernement a aussi dévoilé sa politique économique, qui vise à stimuler le secteur manufacturier, améliorer la recherche et l’innovation, mettre en place l’électrification des transport en plus d’encourager le commerce extérieur. Aussi, bien sûr, le report du déficit 0 est un élément marquant de l’année 2013.

- au Canada : Stephen Poloz. Il est en place depuis 6 mois et le ton de la Banque du Canada est radicalement différent de celui de son prédécesseur Mark Carney. Sa politique favorise la baisse du dollar canadien. Il a offert une admission sans précédent à RDI économie en déclarant que la politique de la Banque du Canada depuis 6 ans a aidé à la surévaluation du marché immobilier canadien. Son défi : faire remonter l’inflation tout en évitant d’accentuer le problème de l’endettement des ménages.

Les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, en 2004- dans le monde : Sergey Brin et Larry Page, les patrons de Google. L’empire qu’ils ont bâti est à l’avant-garde des tendances et se démarque en terme d’innovation par rapport à ses concurrents. Google ne cesse d’ajouter des applications et de les bonifier. Son opérateur Android est dominant, ses applications font partie de celles qui sont les plus téléchargées, la recherche, les cartes, les jeux, les vidéos, les courriels. L’entreprise mise en ce moment sur l’acquisition d’entreprises qui conçoivent des robots dans l’objectif de profiter du marché grandissant de l’aide domestique. Google peut même vous dire où vous étiez dans les derniers jours avec son historique de localisation. Selon Forbes, Sergey Brin et Larry Page font partie des personnes les plus puissantes de la planète. La fortune du premier est évaluée à 24,4 milliards, celle du second à 24,9 milliards de dollars. L’action a dépassé la barre des 1000 dollars cette année. Google fait aujourd’hui 10 capitalisations les plus importantes de la bourse dans le monde.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes !

Le « problème structurel » du Québec

Vendredi 29 novembre 2013 à 13 h 23 | | Pour me joindre

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À première vue, la révision du solde budgétaire de 2013-2014 n’est pas si catastrophique. Un déficit de 2,5 milliards de dollars, c’est 0,7 % du PIB. C’est très peu dans le monde du déficit budgétaire quand on compare le Québec avec d’autres États. Et, comme l’expliquait le ministre des Finances Nicolas Marceau jeudi, le Québec voulait arriver à l’équilibre budgétaire avant les autres. Ce sera finalement en même temps que les autres!

Mais le ministre y arrivera-t-il comme il le prévoit maintenant en 2015-2016?

Le ministre des Finances Nicolas Marceau présente sa mise à jour économique.

La plupart des économistes ont dit à Nicolas Marceau qu’il serait tout à fait intelligent et normal de reporter un peu l’équilibre budgétaire. Quand le PQ est arrivé au pouvoir, le nouveau ministre des Finances a voulu prendre le relais de son prédécesseur Raymond Bachand et maintenir l’objectif d’équilibrer le budget en 2013-2014. La réalité économique l’a toutefois vite rattrapé. La réalité économique et surtout la réalité budgétaire du Québec.

La mise à jour économique de jeudi est un document important. Il est révélateur d’une chose fondamentale : le Québec n’a pas de marge de manoeuvre.

Non seulement le ministre doit-il parfaitement contrôler ses dépenses, ce qu’il réussit le mieux, bien que la croissance des dépenses pour 2013-2014 sera plus élevée que prévu, mais il doit surtout trouver de nouveaux revenus. Or, il ne peut pas hausser les taxes et les impôts. Au fil des années, « on est peut-être allé trop loin » sur les taxes nous a dit en entrevue Nicolas Marceau. En plus, le ministre a révisé à la baisse ses prévisions de hausse du PIB pour les prochaines années et ses prévisions de croissance des revenus autonomes.

Surtout, le ministre admet que le Québec a un « problème structurel » qui lui pend au bout du nez. Dans cinq ans, le ministre des Finances devra composer avec une réalité difficile, complexe et franchement inquiétante. Une réalité qui pourrait nous mener à une situation où, qu’on soit en croissance ou en récession, le Québec serait coincé avec un déficit récurrent, structurel, impossible à éviter à moins d’une réduction majeure du financement des services publics.

Voici ce qu’il nous a dit jeudi soir à ce sujet : « Je pense qu’on va être confronté à un problème structurel dans les années suivantes [suivant 2015-2016]. [...] À moyen et à long terme, il y a un problème structurel, il faut le dire, qui vient de la croissance de nos dépenses en santé, de notre vieillissement de la population et du fait que le gouvernement fédéral a décidé de plafonner sa contribution dans les transferts en santé [ce qui va] nous mettre dans une situation où, structurellement, on va avoir des problèmes. »

Cela dit, le « problème structurel » existe-t-il déjà? Oui, répondait l’économiste Pierre Fortin dans une étude en 2011, donc bien avant l’arrivée du gouvernement Marois. Il affirmait que « la majeure partie du problème financier du gouvernement est de nature structurelle ».

Selon lui, « au début de 2009, la perspective d’un déséquilibre croissant du budget du Québec est soudainement apparue, après 10 ans de conformité à la Loi provinciale sur l’équilibre budgétaire et une croissance des dépenses de programmes parmi les plus modérées de toutes les provinces canadiennes. Ce déséquilibre était de nature structurelle. Il ne découlait pas principalement de la récession de 2008-2009, laquelle a été plutôt modérée au Québec. »

Le vrai débat sur les revenus et les dépenses est-il sur le point de commencer?

Déficit 0 : c’était trop beau…

Jeudi 28 novembre 2013 à 14 h 08 | | Pour me joindre

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Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a finalement confirmé ce qu’on savait déjà : le déficit zéro, ce n’est pas pour cette année.

 

                              Automne 2013                 Budget 2013-2014

2013-2014              -2,5 milliards $                0 (1,1 milliard $ au Fonds des générations)

2014-2015              -1,75 milliard $                0 (1,4 milliard $ au Fonds des générations)

2015-2016              0                                                  0 (1,9 milliard $ au Fonds des générations)

 

Ça s’explique pour une raison fondamentale : la croissance économique n’est pas au rendez-vous. Moins de croissance, moins de production, moins de taxes et d’impôts, moins de revenus. Résultat : le déficit 0, qui s’appuyait sur des fondations optimistes, est tombé comme un château de cartes. Rangez le champagne au sous-sol, c’est pour une autre fois!

 

                                    Automne 2013          Budget 2013-2014         4 premiers mois 2013-2014

Dépenses             +2,5 %                              +1,9 %                               +4,0 %

Revenus              +2,6 %                              +5,2 %                              +0,6 %

 

En fait, le Québec est l’exemple parfait des répercussions d’une économie sans inflation. Et c’est une situation qui nuit directement aux finances publiques. Le ministre des Finances Nicolas Marceau a raison d’établir l’inflation comme étant l’une des principales causes de ses malheurs.

La Banque du Canada vise une inflation moyenne de 2 %. Autrement dit, pour assurer une croissance stable de l’économie, la hausse des biens et services doit se limiter à environ 2 % par année. En ce moment, depuis le début de l’exercice budgétaire 2013-2014 du gouvernement du Québec, l’inflation sur 12 mois est anémique :

 

Inflation par rapport au même mois l’an dernier

Octobre : 0,2 %

Septembre : 0,9 %

Août : 0,8 %

Juillet : 1,1 %

Juin : 1,0 %

Mai : 0,7 %

Avril : 0,4 %

 

Le gouvernement fait des prévisions de croissance de ses revenus en fonction de la croissance économique, de la croissance des dépenses, de la demande et donc de ses revenus de taxation et d’impôts. S’il n’y a pas ou peu d’inflation, ça veut donc dire que la demande est faible, que les détaillants peuvent difficilement augmenter leurs prix. Et des prix qui n’augmentent pas, ce sont des revenus de taxe qui n’augmentent pas.

En mars dernier, lors de la première mise à jour du ministre des Finances à la veille de l’entrée en vigueur de son budget (1er avril 2013-31 mars 2014), Nicolas Marceau avait revu à la baisse sa prévision de revenus en provenance de la taxe de vente du Québec de 437 millions. Aujourd’hui, il retranche encore 505 millions de dollars dans la deuxième mise à jour de son budget 2013-2014. Révision donc totale de près de 1 milliard de dollars.

Si l’inflation est faible, si les revenus de taxes et d’impôts sont moins élevés qu’attendu, c’est que la croissance économique générale est faible. Encore là, le Québec n’est pas isolé. Partout en occident, la hausse du PIB a été révisée à la baisse. Chez nous aussi. À tel point que la Banque du Canada laisse entendre qu’elle pourrait même baisser ses taux d’intérêt, ce qui, par ailleurs, fait chuter le dollar canadien ces jours-ci. Croissance plus faible, manque à gagner dit le ministre d’environ 750 millions.

Cela dit, il y a des questions à se poser à la suite du dépôt de la mise à jour du ministre Marceau :

- pourquoi le déficit est-il si important, alors que nous ne sommes même pas en récession?

- pourquoi les Québécois consomment-ils moins que prévu? La confiance est-elle en baisse?

- et comment va-t-on arriver au déficit zéro dans deux ans? Il y a encore 1 milliard à trouver pour y arriver…

Nicolas Marceau répond à nos questions à 18 h 30 à RDI économie.

Jouer avec les chiffres…

Mercredi 13 novembre 2013 à 14 h 04 | | Pour me joindre

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La plus élémentaire des prudences quand on regarde les chiffres de l’emploi, c’est de s’intéresser aux tendances. On s’en est parlé souvent dans cette chronique, c’est comme ça que j’aborde les questions ici et à RDI économie.

Quand on a eu des mois d’emplois négatifs au Québec, on s’est intéressé à la tendance. C’est ce que j’ai fait notamment les 16 août et 20 septembre derniers. Il faut faire la même chose quand on a des mois positifs, des mois de création d’emplois. Et c’est donc en s’intéressant à la tendance qu’on doit observer les données de septembre et d’octobre pour l’emploi au Québec.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas MarceauLe ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a refusé de commenter directement les données sur l’emploi lors de son passage sur notre plateau le 5 septembre dernier. Il s’est contenté de dire que le niveau d’emploi moyen pour les sept premiers mois de 2013 était supérieur au niveau moyen des sept premiers mois de 2012. La tendance, celle depuis le début de l’année, ne l’intéressait pas, encore moins les données mensuelles, trop « volatiles » disait-il avec raison.

Quelle n’a pas été ma surprise de lire le communiqué qu’il a publié le 8 novembre dernier pour se féliciter de l’ajout de 34 100 nouveaux emplois en octobre au Québec, une information qui fait en sorte que « l’économie du Québec démontre sa robustesse » selon le ministre, des données qui « constituent une démonstration évidente de la grande confiance des Québécoises et des Québécois envers leur économie et le marché du travail ».

Pourquoi commenter ces chiffres mensuels « volatiles »?

Pourquoi considérer que la donnée sur les 34 100 emplois créés en octobre est crédible, alors qu’il fallait prendre avec des pincettes, selon le ministre, celle du mois de juillet, une chute de 30 400 emplois en raison de la baisse trop prononcée selon lui de l’emploi dans le secteur de la santé?

Pourquoi reléguer au dernier paragraphe de son communiqué la donnée que le ministre mettait en évidence il y a quelques semaines à peine, celle qui compare 2013 par rapport à l’année précédente, donnée qui révèle qu’il y a 53 300 emplois de plus pour les mois de janvier à octobre 2013 comparativement aux mêmes mois de 2012?

Pourquoi? Parce que les bonnes données sont plus agréables à mettre en évidence que les mauvaises. Et si on parle des chiffres mensuels tout à coup, c’est que le gain moyen d’emplois année sur année ne cesse de se réduire parce que l’automne 2012 a été très positif au chapitre de l’emploi. Si les mois de novembre et de décembre 2013 au Québec sont moyens, non seulement le ministre ne voudra peut-être pas en parler, mais il pourrait ne plus être en mesure de mettre en valeur la comparaison 2013-2012!

Bref, comme journaliste, je peux vous dire une chose : que le ministre des Finances soit Raymond Bachand ou Nicolas Marceau, quand ça va bien, on le dit et quand ça va mal, on le dit aussi. En ce moment, la tendance, qui était négative, semble se renverser. Espérons que ça dure!

Deux poids, deux mesures, Monsieur le ministre?

Cap sur nos familles : si possible!

Mercredi 25 septembre 2013 à 14 h 51 | | Pour me joindre

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J’ai réécouté l’entrevue que nous a accordée mardi soir Christian Dubé, porte-parole en matière de finances pour le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. Et je réalise que l’homme des chiffres de la CAQ est fort en « si » et en « pas nécessairement ». Si bien que j’ai l’impression que plusieurs de ses propositions reposent sur des possibilités et des peut-être. Est-ce mieux que le « on verra » de François Legault?

Le chef de la CAQ, Françcois Legault, tient une conférence de presse.Christian Dubé est un homme convaincu de son engagement en politique. Il est là, s’il peut prendre le pouvoir, pour dégraisser l’État, le rendre plus efficace, dégager des marges de manœuvre pour ensuite baisser les charges fiscales des citoyens. Mais si le parti de Christian Dubé devait prendre le pouvoir, le chemin serait long pour arriver à ses objectifs.

Et Christian Dubé le sait. Mais, le dit-il clairement? Mardi, en entrevue, toutes ses propositions se sont appuyées sur des conditions. Sur la taxe santé, « on va regarder qu’est-ce que ça coûte et si on peut l’enlever ». Est-ce que vous voulez baisser les taxes à la consommation lui ai-je demandé : « Non, pas pour le moment », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter tout de suite que les gens « veulent savoir s’il y a de la marge de manœuvre au gouvernement. Et si on en avait une, marge de manœuvre […] qu’est-ce qu’on ferait avec? »

Le porte-parole de la CAQ dit qu’il faut « requestionner » les dépenses et certains programmes. Alors, ça veut dire quoi?

Voulez-vous couper dans les dépenses?

- « Pas nécessairement. »

Voulez-vous supprimer des postes dans la fonction publique?

- « Pas nécessairement. »

Est-ce que l’austérité actuelle – avec la réduction continuelle de la croissance des dépenses au gouvernement du Québec, dépenses consolidées et non consolidées – nuit à l’économie?

- « Pas nécessairement.»

Pour attirer l’attention des électeurs, Christian Dubé propose un jeu-questionnaire sur son site Internet « Cap sur nos familles » en demandant aux gens quelles taxes ils aimeraient que le gouvernement baisse : la taxe santé, la TVQ, les impôts, les taxes scolaires ou autres choses. Cette démarche, ludique et sympathique, laisse croire aux contribuables qu’ils peuvent espérer une baisse de leurs charges fiscales avec l’élection de la CAQ.

Il faudrait peut-être leur expliquer plus longuement le temps et les efforts qui seront nécessaires pour atteindre cet objectif. Non seulement le travail de révision de l’État sera difficile, mais les pressions sur l’économie du Québec demeurent importantes, à commencer par le vieillissement de la population.

Christian Dubé promet un rapport sur son plan de match en novembre. Espérons qu’il sera clair, réaliste et précis.