Billets classés sous « mises en chantier »

Les lumières rouges sur le tableau de bord de l’économie canadienne se multiplient. Tellement qu’on peut commencer à se demander si le gouvernement Trudeau ne sera pas obligé d’aller plus loin que prévu dans ses investissements pour stimuler l’économie du pays. Il ne serait pas étonnant, dans les circonstances, que des déficits encore plus grands soient à prévoir. Rappelez-vous que lors de la dernière récession, le déficit du gouvernement Harper avait dépassé les 55 milliards de dollars en 2009. Allons-nous revoir de tels chiffres?

Les inquiétudes sont nombreuses :

  • Le prix du pétrole chute encore et encore. Il se dirige vers les 20 $ le baril aux États-Unis, un niveau sous lequel le prix du pétrole canadien est déjà tombé. Produire, vendre, exporter du pétrole aujourd’hui en 2016 au Canada est une activité non rentable;
  • Le dollar canadien est sur le point de tomber sous les 70 cents américains. Si c’est avantageux pour certains exportateurs, les effets ne seront pas les mêmes que par le passé, en raison d’un manque de compétitivité des entreprises canadiennes. La chute du dollar a un effet négatif sur les importations canadiennes, notamment les prix alimentaires, ce qui touche les ménages;
  • La Banque mondiale a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour le PIB mondial, de 3,3 % à 2,9 % pour 2016. Le Canada et ses ressources dépendent de la demande mondiale;
  • Le bilan des mises en chantier en 2015 est positif. On en compte 193 000 au pays, selon les premières données disponibles. Les économistes ne croient pas qu’un tel niveau pourra être atteint de nouveau en 2016;
  • De toute façon, certains marchés sont en surchauffe, et les autorités expriment de plus en plus d’inquiétudes sur des zones à risque, où les familles sont trop endettées et où les marchés immobiliers sont surévalués.

C’est dans ce contexte que les entreprises canadiennes se montrent de plus en plus inquiètes, et donc de plus en plus prudentes. Dans l’enquête effectuée pour l’hiver 2015-2016 par la Banque du Canada, on apprend que la confiance est en chute. « Les intentions d’investissement et d’embauche atteignent leurs plus bas niveaux depuis 2009, les entreprises tournées vers le marché intérieur et celles exposées au secteur des ressources revoyant leurs plans pour tenir compte du ralentissement de l’activité », écrit la Banque du Canada

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, indiquait la semaine dernière que la transition économique en cours au Canada prendra de trois à cinq ans. Ce passage d’une économie trop dépendante aux ressources à une économie plus diversifiée prendra du temps, ce qui pourrait amputer l’économie canadienne dans les prochaines années.

Vous voyez le tableau : l’économie mondiale ralentit, l’économie canadienne est de plus en plus lente, la confiance des entreprises baisse, les intentions d’embauche s’étiolent. Et on a du mal à trouver des indicateurs qui nous permettraient de croire que cette situation est temporaire. Dans les circonstances, comment doivent réagir les gouvernements, en particulier celui de Justin Trudeau?

Avant même d’avoir baissé les impôts et d’avoir investi des sommes dans l’économie, le nouveau gouvernement a fait le constat que le budget 2015-2016, présenté par le précédent gouvernement, allait être déficitaire et non en surplus. Alors qu’il s’est engagé à plusieurs réformes qui nécessiteront un déficit de 10 milliards de dollars en 2016-2017, le gouvernement Trudeau pourrait devoir assumer un déficit encore plus grand. Il peut le faire, parce que même à 15 ou 20 milliards de dollars, le déficit demeurerait à environ 1 % du PIB et le gouvernement pourrait tout de même réduire sa dette. Mais jusqu’où faut-il aller?

Je vous pose la question autrement : le gouvernement Trudeau a-t-il d’autres choix que d’appuyer davantage son économie? Sommes-nous en train de réaliser qu’un simple investissement général dans les infrastructures ne sera pas suffisant? Est-ce qu’un véritable plan de relance économique doit être envisagé à Ottawa?

Les choses se sont compliquées à Ottawa dans les dernières semaines. Les hauts fonctionnaires des Finances ont été obligés de dire à leur patron, le ministre des Finances Jim Flaherty, que les fluctuations dans la colonne des revenus sont peut-être un peu plus prononcées que souhaité.

Si bien que le ministre consulte encore un paquet d’économistes cette semaine pour mettre en œuvre un plan de match crédible et adapté à l’économie canadienne, le budget 2013-2014 qui devrait être dévoilé quelque part entre le 18 et le 28 mars.

Deux pièces de 1 $Si le dollar canadien est tombé à 97 ¢US dans les derniers jours, c’est en partie attribuable à la succession de données économiques qui confirment le ralentissement de l’économie canadienne. Les signaux sont clairs et ça complique le travail de Jim Flaherty, qui souhaitait poursuivre le régime minceur de l’État dans son prochain budget avec l’objectif ultime d’atteindre l’équilibre en 2015, à temps pour les prochaines élections.

Mais ça ne se semble pas se passer comme prévu. Encore une fois…

  • La progression du produit intérieur brut a ralenti à seulement 0,6 % au troisième trimestre. Il y a eu croissance en octobre et en novembre, mais il y a des doutes sérieux à propos de décembre, dont on connaîtra les chiffres publiquement vendredi. Les dernières statistiques pour ce mois sont plutôt négatives, ce qui pourrait peser d’ailleurs sur l’ensemble du quatrième trimestre. Aux États-Unis d’ailleurs, on a eu la surprise d’assister à un recul de 0,1 % du PIB annualisé au dernier trimestre de 2012.
  • En décembre, les ventes au détail au Canada ont chuté brutalement, comme jamais en 3 ans, de 2,1 % après plusieurs mois de progression. Il faudra voir pour la tendance.
  • Les ventes des grossistes ont chuté de 0,9 % en décembre.
  • Les ventes manufacturières ont baissé de 3,1 %, plus fort recul depuis mai 2009.
  • Décembre toujours, la valeur des permis de bâtir a chuté de 11,2 % au pays par rapport au mois précédent.
  • Les mises en chantier ralentissent. Selon la SCHL, le nombre de mises en chantier d’habitations devrait passer de 215 000 en 2012 à 190 000 en 2013.
  • Les prix des maisons décélèrent. Selon Royal Lepage, le prix moyen au Canada va grimper de 1 % cette année avec des ralentissements à Toronto et à Vancouver, et dans le segment des condos à Montréal.
  • Les exportations canadiennes ont chuté de 9,9 % en 2012 avec une baisse au cours de 7 des 12 mois de l’année. On a assisté à des reculs de 0,7 % en novembre et de 0,9 % en décembre. Pour l’ensemble de l’année, c’est le secteur de l’énergie qui a fait pression sur l’ensemble des exportations en raison des prix très bas du gaz naturel et de la chute du prix du pétrole exporté par l’Alberta. Quelques secteurs ont été particulièrement touchés en 2012 selon les données de Statistique Canada :

Pétrole brut et pétrole brut bitumineux : -24,3 %
Gaz naturel : -14,9 %
Liquides de gaz naturel et produits connexes : -26,5 %
Minerais et concentrés de fer : -23,7 %
Produits en métal et produits minéraux non métalliques : -15,0 %
Métaux précieux et alliages en métaux précieux sous forme brute : -30,1 %

  • Il s’est perdu 22 000 emplois au Canada en janvier 2013 après des hausses importantes en août, septembre, novembre et décembre. Il faudra attendre pour établir une tendance, alors que les économistes croient depuis un bon moment et que le marché de l’emploi va ralentir. Ajoutons que le secteur public a supprimé 27 000 emplois en janvier après une décélération des embauches en novembre et en décembre.
  • L’Alberta vient de faire le point sur ses finances et annoncer que ses revenus sont moins élevés que prévu, manque à gagner de 6 milliards de dollars. Cela l’amènera à enregistrer un déficit quatre fois plus important que prévu pour 2012-2013, de 3,5 à 4 milliards de dollars.
  • La chute des prix du pétrole a provoqué la baisse des prix de l’essence en Alberta et en Saskatchewan, faisant plonger le taux d’inflation à seulement 0,5 % en janvier au Canada. En Alberta, les prix ont baissé même de 0,5 %.

Arrêtons-nous ici. Les signaux sont clairs et de nouvelles mesures d’austérité pourraient avoir un impact encore plus négatif sur la croissance. Au moment où le gouvernement vient de lancer une campagne publicitaire pour faire la promotion de ses crédits d’impôt, quels seront donc les choix de Jim Flaherty?

Bulle à retardement?

Mercredi 9 mai 2012 à 10 h 58 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Un condominium à vendre à MontréalLes statistiques de la SCHL portant sur la construction résidentielle au mois d’avril suscitent l’inquiétude. Bien que les données mensuelles demeurent très volatiles, la tendance est claire : la construction à Toronto s’accélère à un rythme quasi démentiel, tout comme les mises en chantier de condominiums dans la grande région de Montréal. Les économistes sonnent l’alarme.

D’abord, le portrait général : au rythme d’avril, on aurait 245 000 mises en chantier d’habitations au Canada en 2012, une cuvée qui serait la meilleure en près de cinq ans. Les analystes affirment que ça devrait ralentir et revenir à un niveau un peu plus normal. Mais, pour l’instant, ce chiffre exceptionnel exprime l’emballement des acheteurs et des constructeurs qui veulent profiter des faibles taux d’intérêt, toujours en vigueur.

Quand on regarde les données par province, la situation du Québec saute aux yeux. La hausse de mars à avril est de 43,1 % en raison principalement d’un bond important dans la construction de logements locatifs et de copropriétés dans les centres urbains, à commencer par Montréal. Depuis le début de l’année, 3567 unités ont été mises en chantier dans la Région métropolitaine de Montréal, une hausse de 27 % par rapport aux quatre premiers mois de 2011.

C’est un marché en pleine folie, diront les plus inquiets. Les économistes de Desjardins affirment qu’à ce rythme, l’atterrissage pourrait être « douloureux ». Autrement dit, si on construit trop, trop rapidement, on pourrait manquer d’acheteurs, ce qui pourrait entraîner une chute des prix dans les copropriétés. Il suffit de se balader dans les quartiers centraux de Montréal pour constater qu’à peu près chaque parcelle de terrain disponible est la proie des promoteurs et des grues.

Les économistes de Desjardins prévoient ou souhaitent une accalmie en mai « dans la mesure où les promoteurs se disciplinent suffisamment pour limiter l’offre de nouveaux condos afin d’éviter un surplus qui pourrait mettre du temps à se résorber. » Vraiment?

À Toronto, pendant ce temps, la hausse annualisée en avril est de 19 %! En fait, ce dernier mois est complètement sorti de la moyenne des six derniers mois. On parle carrément d’une explosion de construction dans la Ville Reine. Depuis le début de l’année, la hausse de construction de tous types de logements avoisine les 30 %. Dans le segment des logements collectifs, hausse de 97 % des maisons en rangée, de 30 % des appartements, de 23 % des maisons jumelées.

Ça fait des années que le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney avertit les Canadiens quant à leur niveau élevé d’endettement et quant à un choc possible d’une hausse des taux d’intérêt qui finira bien par arriver, bien qu’elle pourrait encore être retardée compte tenu de l’état de l’économie mondiale.

À quelques reprises, le Globe and Mail a évoqué la crainte qu’une bulle immobilière soit en train de se former dans certains marchés. Récemment, le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty a exprimé sa préoccupation quant à la vigueur du marché immobilier de Vancouver, de Toronto et maintenant de Montréal.

Les dernières données sur la construction résidentielle nous laissent comprendre que tous ces appels ne sont absolument pas entendus…