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Pierre Karl Péladeau quitte la direction de Québecor, mais demeure, dans la réalité, le grand patron de l’entreprise. C’est lui qui va piloter les « dossiers stratégiques » de Québecor, c’est lui qui va continuer à orienter les entités médias de la société, soit Québecor Média et le Groupe TVA en présidant leur conseil d’administration. Et il sera aussi vice-président du conseil de Québecor, au côté de Françoise Bertrand, membre du C. A. de l’entreprise depuis 12 ans et qui le préside depuis maintenant deux ans.

Pierre Karl Péladeau Il quitte la gestion quotidienne après avoir complètement transformé, depuis 1999, l’entreprise fondée par son père, Pierre Péladeau. Il est parvenu à convaincre les membres du conseil d’administration de lui faire confiance pour qu’il puisse aller de l’avant avec son plan d’affaires : celui de miser, sans relâche, sur le concept de la convergence. Il n’y a probablement pas d’exemple aussi retentissant que celui de Québecor pour illustrer un modèle de convergence réussi et assumé.

Avec Vidéotron, TVA et le Journal de Montréal, il a développé une « culture » Québecor. Des contenus, des contenants et des véhicules de diffusion, une maîtrise totale, verticale, dit-on dans le milieu des affaires, une stratégie qui en fait l’une des entreprises les plus dominantes du Québec, les plus présentes dans la vie des citoyens.

Ça ne s’est pas fait sans casser des oeufs. Pierre Karl Péladeau ne s’est pas fait beaucoup d’amis parmi les employés de l’empire. Les lock-out se sont multipliés, à Vidéotron, au Journal de Québec, au Journal de Montréal, des conflits de travail très durs qui ont modifié en profondeur les conditions de travail de l’entreprise. Il s’est entouré de gens très fidèles pour mettre en place une stratégie efficace, rentable et payante.

Aujourd’hui, il cède la place à Robert Dépatie, avec qui il a transformé Vidéotron en une entreprise de télécommunication et de technologie dynamique et innovante. Robert Dépatie aura pour tâche de faire fructifier le modèle d’affaires de Québecor, de trouver de nouveaux revenus publicitaires et d’abonnement.

Pierre Karl Péladeau se donne surtout plus de liberté pour développer ce qui l’intéresse : le contenu des médias, la gestion du nouvel amphithéâtre à Québec et surtout le retour des Nordiques, un enjeu fondamental dans sa stratégie, notamment avec TVA Sports. Il y a visiblement beaucoup de travail encore à faire pour convaincre la LNH de ramener du hockey à Québec. C’est son prochain défi. Peut-être son prochain succès?

Quelle surprise!

Le CRTC a décidé de refuser la transaction Bell-Astral, prenant ainsi tous les analystes par surprise. Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications, la transaction évaluée à 3,38 milliards de dollars n’aurait pas servi l’intérêt des Canadiens et celle de l’industrie.

Logo du CRTCDans la décision, le CRTC affirme qu’après la transaction, Bell aurait eu 42,7 % des parts d’écoute au Canada anglais et de 33,1 % dans le marché francophone, ce qui aurait octroyé une position encore plus dominante à BCE au Canada et un niveau de parts semblable à Québecor au Québec.

La nouvelle BCE aurait eu 107 stations de radio, 2 réseaux nationaux de télévision et 49 réseaux de chaînes spécialisées. Le patron du CRTC Jean-Pierre Blais affirme que d’accepter une telle transaction aurait permis une « consolidation sans précédent » et aurait pu mener à des « pratiques anticoncurrentielles » de BCE.

En télévision, « 63 % de tous les revenus des services payants et spécialisés » se seraient retrouvés dans les coffres de BCE. En radio, « BCE n’a fait part d’aucune vision » et « n’a pas pris d’engagements fermes ».

Après avoir permis une concentration continue des médias au Canada et le développement d’entreprises verticales (production + distribution + plateformes de diffusion), le CRTC appuie sur le frein. Une nouvelle ère s’annonce.

BCE est perdante, elle ne pourra plus croître par acquisition. Est-ce qu’Astral pourra être achetée dans le contexte actuel? Rogers, Telus et surtout Québecor sortent grandes gagnantes de cette décision. Le concurrent tant craint au Québec par Québecor ne verra pas le jour.

Il est clair que l’offre de Bell pour Astral ne va pas passer comme une lettre à la poste. Si le CRTC accepte la transaction évaluée à 3,38 milliards de dollars, Bell se retrouvera avec 37,6 % des parts de marché dans l’écoute télévisuelle en plus de dominer le marché radiophonique. Bell deviendrait ainsi un puissant joueur dans la production de contenu, la diffusion et la distribution (téléphonie, Internet, satellite, fibre, etc.).

Il est donc normal que certains expriment des réticences, voire une opposition totale à ce que cette transaction soit conclue. Il y a un lieu pour exprimer son opposition : le CRTC. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications reçoit jusqu’à jeudi les commentaires sur la vente d’Astral à Bell. Puis, les audiences publiques commenceront le mois prochain.

Pierre Karl Péladeau Quebecor, Cogeco et Eastlink ont décidé de ne pas attendre ces audiences et de lancer une offensive publique contre la transaction. Lettre dans les journaux, site web et conférence de presse pour demander aux Canadiens d’exprimer leur opposition à la transaction. Que Cogeco veuille défendre le marché radiophonique qui est le sien est une chose. Mais que Quebecor vienne dénoncer une concentration du marché de la télé entre les mains d’une seule entreprise nous oblige à poser de sérieuses questions à cette entreprise.

En fait, il faut poser beaucoup de questions sur la transaction BCE-Astral qui donnera un avantage concurrentiel exceptionnel à BCE. Mais on doit aussi poser des questions à Quebecor aujourd’hui, qui lance publiquement une charge contre ses concurrents.

Pourquoi Quebecor peut-elle dominer le marché québécois avec 35 % des parts de marché dans l’écoute télévisuelle et que BCE ne pourrait pas en faire autant avec 37,6 % du marché canadien (et 32 % au Québec)? Pourquoi est-ce deux poids deux mesures entre le Québec et l’ensemble du Canada? Pourquoi Pierre Karl Péladeau considère-t-il qu’au Québec, le marché de la télé se livre à une « saine concurrence », alors qu’un niveau de part de marché semblable pour son concurrent Bell dans l’ensemble du Canada menace la concurrence, le marché de la publicité et les prix pour les consommateurs?

Pierre Karl Péladeau et Louis Audet répondent que le marché a changé depuis l’acquisition de TVA par Vidéotron, puis de Vidéotron par Quebecor. Ils affirment aussi que le débat n’est pas québécois, mais canadien et que c’est l’avenir du pays qui est en jeu. N’empêche, le résultat des transactions Vidéotron-TVA-Quebecor a été le même que celui qui s’annonce avec la transaction Bell-Astral : une plus grande concentration des médias.

Alors, pourquoi c’était bon pour Quebecor et que ce ne le serait pas pour BCE ?

Souhaitons que les audiences du CRTC nous donnent d’excellents débats et une vraie réflexion sur cet enjeu.