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La devise, l’Écosse et le Québec

Mardi 9 septembre 2014 à 16 h 46 | | Pour me joindre

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Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, répète qu’il ne veut pas d’union monétaire avec une Écosse indépendante. Ça ne marcherait pas, selon lui. Une union monétaire est incompatible avec la souveraineté de l’Écosse. Un tel projet nécessite un accord  de libre-échange, une union bancaire et un filet fiscal solide, de l’avis de l’ancien gouverneur de la Banque du Canada.

Il va plus loin. Regardez ce qui se passe dans la zone euro, dit-il, pour constater combien le projet d’une union monétaire est difficile. Mark Carney, on a compris, n’est pas en faveur de l’indépendance de l’Écosse et ne croit pas qu’un nouveau pays nommé Écosse pourrait utiliser facilement la livre sterling. On imagine qu’une Écosse indépendante aurait le droit de négocier avec la livre sterling, mais à quel prix si elle n’a pas de pouvoirs monétaires?

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Mark Carney exprime sa position dans un contexte de plus en plus tendu, alors que l’option du oui gagne du terrain dans les sondages en Écosse. Une enquête réalisée il y a quelques jours donne l’option favorable à l’indépendance en avance par 2 points. C’est très serré.

Loin d’Édimbourg et de Londres, et loin d’un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec, l’économiste Serge Coulombe, professeur à l’Université d’Ottawa, publie un texte favorable à la création d’un dollar québécois dans un éventuel Québec souverain. Et lui aussi, dans un contexte bien différent, est d’avis que l’expérience de la zone euro doit nourrir la réflexion de ceux et celles qui croient à l’indépendance du Québec.

1552221-gf« L’expérience européenne récente, écrit Serge Coulombe dans Le Québec économique 2013-2014, tend à montrer que les pays qui ont laissé à une tierce partie le pouvoir de créer leur monnaie ont beaucoup perdu sur le plan de la stabilisation économique. »

Depuis la publication d’une étude sur l’utilisation du dollar canadien dans un Québec souverain, en 1978, par l’économiste Benard Fortin, il s’est passé deux choses, dit Serge Coulombe : la zone euro et l’essor pétrolier de l’ouest du Canada. Le dollar canadien est aujourd’hui très lié à l’évolution des cours du pétrole. Et la hausse du prix du pétrole a entraîné une majoration du dollar canadien qui a nui considérablement aux exportations du Québec.

Pour lui, maintenir le dollar canadien après un vote pour l’indépendance du Québec serait néfaste. « En quittant la fédération canadienne et en gardant le dollar canadien, le Québec n’aurait plus accès aux bienfaits découlant de la distribution du boum des ressources par le mécanisme du fédéralisme fiscal, mais conserverait une pétro-monnaie. »

En faisant abstraction de toutes positions politiques, cette réflexion de Serge Coulombe est intéressante. Elle rejoint celle de Mark Carney finalement, bien qu’elle n’est probablement pas animée des mêmes intentions. Il est intéressant de constater que ni l’Écosse ni le Québec de Pauline Marois, le printemps dernier, n’envisageaient la création d’une nouvelle monnaie. Ont-ils bien étudié la question?

Baisse de taux en vue?

Mercredi 4 décembre 2013 à 13 h 27 | | Pour me joindre

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Mark Carney nous disait qu’une hausse de taux allait bientôt être nécessaire. Le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz laisse entendre le contraire. Une baisse de taux est de plus en plus possible. Probable? On ne peut pas le dire en ce moment. Mais, possible, certainement. Dans son dernier communiqué, la banque centrale affirme que « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

Ça fait trois ans que la Banque du Canada  maintient son taux directeur au même niveau, à 1 %. L’endettement des Canadiens continue d’augmenter, même si Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires. La croissance économique est modeste, bien qu’à court terme les nouvelles ont été meilleures avec une croissance annualisée de 2,7 % au troisième trimestre.

Surtout, l’inflation est extrêmement faible et ne cesse de décélérer. Nous approchons de la zone de déflation, c’est-à-dire une période assez longue de baisse des prix. Ce n’est pas le cas en ce moment, et il faudra du temps pour conclure que nous y sommes si ça devait être le cas. Il est clair qu’on ne veut pas se retrouver dans le marasme de la déflation, un malheur dont le Japon essaie encore de s’extirper 20 ans plus tard.

En octobre, la croissance des prix des biens et services sur 12 mois s’est limitée à 0,7 %. Nous étions à plus de 3,5 % il y a deux ans. Ce graphique exprime bien le ralentissement de la croissance des prix depuis 2011 au Canada :

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Qu’est-ce que ça veut dire?

  1. Si l’inflation est anémique, c’est parce que la demande n’est pas assez forte, que la croissance économique est faible et donc ne permet pas une hausse des prix.
  2. Pour stimuler l’inflation, donc l’économie, la Banque du Canada devrait dans les circonstances baisser ses taux d’intérêt. Est-ce une bonne idée?

Avec l’endettement qui est élevé et un marché immobilier qui n’a que très peu ralenti, la banque centrale devrait monter ses taux plutôt que de les baisser. Mais monter ses taux en ce moment aurait pour conséquence de ralentir une économie qui croît déjà lentement. Ça serait contre-productif dans un contexte de faible inflation.

Cela dit, la menace indirecte d’une baisse de taux a pour conséquence de faire chuter le dollar canadien. Le huard a commencé l’année au-dessus du niveau de parité avec le dollar américain. Il est aujourd’hui à 93 ¢US. Une baisse de taux, c’est une baisse de rendement sur les investissements au Canada. Le dollar canadien est directement touché, d’autant que le prix du pétrole est en baisse.

Que va faire la Banque du Canada? Voici l’avis de quelques experts :

CIBC : La possibilité d’une baisse de taux augmente avec le communiqué d’aujourd’hui de la Banque du Canada. Mais il serait prématuré d’aller aussi loin. La baisse du dollar canadien devrait stimuler les exportations. La Banque du Canada devrait maintenir son taux directeur inchangé jusque dans la deuxième moitié de 2015.

Nomura : La Banque semble donner un peu plus d’importance, un penchant léger, aux inquiétudes sur la faible inflation. La Banque du Canada est en train de déplacer le curseur vers une baisse de taux. Possibilité d’une baisse de taux d’ici six mois : 30 %.

BMO : La Banque du Canada met un peu plus l’accent sur l’inflation. La situation l’inquiète clairement, mais ne va pas, pour l’instant, jusqu’à exprimer qu’elle pourrait réduire ses taux prochainement. Ça provoque une baisse du dollar canadien, ce qui doit certainement faire plaisir au gouverneur Poloz et à ses acolytes.

Desjardins : L’inflation très faible persiste. On comprend que la Banque du Canada pourrait patienter encore un peu plus avant de relever ses taux. Pas avant septembre 2015.

Nationale : La Banque du Canada semble avancer vers un discours qui pourrait laisser entendre qu’une baisse de taux est nécessaire. Si l’inflation baisse encore, la Banque n’aura pas le choix et devra baisser ses taux. Mais on n’est pas là. La baisse du dollar devrait aider les exportateurs et l’endettement des Canadiens demeure trop important.

 

La crainte du syndrôme Greenspan

Mercredi 29 mai 2013 à 11 h 04 | | Pour me joindre

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En entrevue la semaine dernière à RDI économie, sa dernière à titre de gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney n’a pas trop aimé la comparaison que j’ai faite entre la situation entourant son départ et celle qui prévalait au moment de la retraite d’Alan Greenspan à la Réserve fédérale des États-Unis en 2006.

Si on veut faire des comparaisons, il y a plusieurs banques centrales, plusieurs banquiers, disait-il, nommant entre autres le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, que Mark Carney va remplacer dans un mois. Le gouverneur de la Banque du Canada sait très bien que les taux d’intérêt sont peut-être trop bas en ce moment au pays compte tenu des inquiétudes qui persistent à propos de l’endettement des Canadiens et d’une possible bulle immobilière.

C’est pourquoi il persiste encore à envoyer un signal de hausse de taux dans le dernier communiqué rédigé sous sa gouverne mercredi matin, un signal qui a dû être reporté, mais qui est encore là : « La détente monétaire considérable en place actuellement demeurera probablement appropriée pendant un certain temps, après quoi une réduction modeste sera probablement nécessaire, de façon à atteindre la cible d’inflation de 2 %. »

Alan Greenspan est parti dans la gloire il y a sept ans, mais l’histoire lui a donné tort. Plusieurs observateurs sont d’avis qu’il a contribué à une déréglementation excessive des marchés financiers et à la création de la bulle immobilière américaine en maintenant des taux à de très bas niveaux.

Un peu comme Alan Greenspan en 2006, Mark Carney jouit d’une excellente réputation. Et comme lui, il a maintenu les taux à de faibles niveaux. Il a tenté une remontée en 2010, mais il a dû s’arrêter. Avait-il le choix? Probablement pas. Mais le constat est le même : les bas taux ont favorisé le gonflement de ce qui pourrait ressembler à une bulle (bulle d’endettement ou bulle immobilière).

Prudent, Mark Carney nous a dit qu’il faut laisser passer un peu de temps avant de prendre la pleine mesure de son héritage au Canada. C’est prudent et c’est la réponse la plus intelligente qu’il peut donner étant donné les incertitudes qui planent sur l’économie canadienne. Il n’a pas manqué de souligner les forces de l’économie canadienne et les bonnes décisions en matière de restrictions hypothécaires adoptées par le gouvernement Harper.

Cela dit, dans une étude publiée le 24 mai, Dan Werner de Morningstar Canada affirme qu’advenant une baisse de 10 % des prix des maisons au pays, « il apparaît que la SCHL et les banques présentent des risques de pertes importantes ou de dégradation du capital ». La Nationale et la CIBC sont les plus exposées selon l’étude.

Morningstar s’attend à ce que les taux demeurent faibles pour un bon moment, ce qui devrait encore favoriser l’endettement des ménages. Le chercheur affirme que le ratio entre les prêts et la valeur des maisons est à peu près le même aujourd’hui au Canada que ce qu’il était avant l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis.

Puis, comme l’explique l’économiste en chef de la BMO Douglas Porter dans une note diffusée le 24 mai, le nouveau patron de la banque centrale Stephen Poloz fait face à plusieurs « périls ». Mark Carney part au moment où le Canada traverse une période difficile.

Ces périls sont les suivants, selon la BMO :

  1. la croissance économique est faible;
  2. l’inflation est faible;
  3. la devise est surévaluée;
  4. le marché immobilier ralentit;
  5. l’endettement des ménages atteint des niveaux records;
  6. il y a encore des déséquilibres régionaux importants;
  7. il y a des excès potentiels : déficit commercial, faibles taux;
  8. les prix des ressources ont baissé;
  9. le nouveau gouverneur doit composer avec l’orientation actuelle de la Banque, qui est celle de continuer d’annoncer qu’elle prévoit probablement une hausse de taux (éventuellement, plus tard, on verra…);
  10. et puis, le nouveau gouverneur doit composer avec les perceptions : Stephen Poloz vient de l’externe et le candidat attendu n’était pas lui!

Alors, Mark Carney fait ses boîtes ces jours-ci et s’en va à Londres relever un nouveau défi, le plus important de sa vie. Il part pour cinq ans, au moins. Mais, il est possible que, malgré lui, son nom retentisse dans l’actualité économique canadienne dans les prochaines années. L’heure du bilan n’a pas encore sonné.

Il n’est pas simple pour les gouvernements au Canada d’attirer des entreprises qui veulent investir et maintenir ici des activités lucratives, créatrices de richesse et d’emplois. Pour y arriver, ils jouent fort sur la fiscalité : baisses d’impôts, crédits d’impôt, prêts sans intérêt, etc.

La première ministre du Québec, Pauline Marois, dans les studios de Framestore à LondresUn bel exemple : au moment où la première ministre Pauline Marois était à Londres, son gouvernement a annoncé l’octroi d’un prêt sans intérêt de 900 000 $ sur 5 ans à la société britannique Framestore pour l’encourager à ouvrir un studio d’effets spéciaux cinématographiques à Montréal, investissement prévu de 6 millions de dollars. Au total, 200 emplois seront créés. De généreux crédits d’impôt sont offerts à l’entreprise. Sans ces avantages, Framestore aurait choisi Toronto, Vancouver ou une ville asiatique.

C’est ainsi que se joue le jeu de la concurrence en ce moment : une grande part de la compétitivité repose sur le contexte fiscal. Le développement des marchés émergents, en particulier la Chine, a exercé une forte pression sur la fiscalité des entreprises dans les pays occidentaux au cours de la dernière décennie.

Aujourd’hui, on constate que la hausse des coûts de main d’œuvre en Chine et les prix élevés de l’énergie donnent une chance à des villes, des provinces et des États d’attirer des entreprises pour qu’elles investissent sur leur territoire. Pour y arriver, encore là, on joue fort sur la fiscalité. On se montre généralement très généreux.

Tellement, qu’on arrive aujourd’hui à un constat qui suscite de vifs débats : les entreprises paient de moins en moins d’impôts. En fait, le taux d’imposition des sociétés au Canada est passé de 40 à 15 % en 50 ans au Canada. Il a été coupé de moitié pratiquement depuis 2000.

Et dans un monde économique incertain, quantité d’entreprises n’ont pas profité de ces baisses d’impôts pour investir, améliorer leur production ou créer des emplois. Ils dorment sur leurs liquidités comme le disait récemment le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney.

Selon le Congrès du Travail du Canada, qui représente 3,3 millions de membres au pays, les liquidités des entreprises sont passées de 187 milliards à 575 milliards de dollars de 2001 à 2011. Le syndicat affirme que ces entreprises en profitent aussi pour investir… dans la rémunération de leur PDG.

Le Congrès du Travail du Canada a aussi déterminé que la journée d’affranchissement des impôts des entreprises canadiennes est le 30 janvier, cette année. Autrement dit, les revenus moyens des entreprises à cette date équivalent au total de leurs impôts à payer pour l’ensemble de l’année. L’Institut Fraser fait ce calcul toutes les années pour les contribuables. Généralement, ce jour d’affranchissement arrive en juin pour les individus.

2 questions :

  • Peut-on demander aux entreprises de payer plus d’impôts dans un contexte extrêmement concurrentiel et compétitif?
  • Est-il acceptable d’offrir des conditions fiscales aussi avantageuses pour les entreprises si, en retour, elles n’investissent pas suffisamment, dans l’économie? 

Les 10 évènements de 2012

Mardi 18 décembre 2012 à 13 h 49 | | Pour me joindre

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C’est l’heure des bilans. Voici mon classement des 10 évènements économiques de l’année :

  • 1- Budget fédéral : compressions de 5,2 milliards, âge de la sécurité de la vieillesse à 67 ans.
  • 2- Ottawa accepte la vente de Nexen et Progress à des sociétés d’État étrangères
  • 3- Budget Marceau : hausse d’impôts, fermeture de Gentilly-2, équilibre budgétaire.
  • 4- Mark Carney annonce qu’il va passer de la Banque du Canada à la Banque d’Angleterre.
  • 5- La crise s’étend à l’Espagne et à l’Italie, danger de récession mondiale.
  • 6- Le CRTC empêche Bell d’acquérir Astral.
  • 7- SNC-Lavalin : paiements non autorisés, démission du PDG Pierre Duhaime, accusé de fraude.
  • 8- Fermeture d’Aveos au Canada : 2400 emplois supprimés.
  • 9- Dégringolade de Research in Motion.
  • 10- Lowe’s tente d’acheter en vain Rona; démission du PDG Robert Dutton.

Qu’en pensez-vous? Quels sont les évènements qui ont marqué l’année à votre avis?

Il sera intéressant de voir la suite de ces évènements en 2013 :

  • D’autres compressions dans le budget Flaherty probablement en mars?
  • D’autres hausses de contributions pour le RPC et la RRQ?
  • D’autres offres de société étrangères au Canada?
  • Qui va remplacer Mark Carney à la Banque du Canada?
  • La zone euro vivra-t-elle d’autres drames?
  • Bell réussira-t-elle à acheter Astral?
  • Est-ce que d’autres révélations sont à venir sur SNC-Lavalin?
  • RIM rebondira-t-elle avec la sortie de son Blackberry 10 le 30 janvier?
  • Et une nouvelle offre sera-t-elle déposée pour acheter Rona?

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Ne manquez pas notre émission spéciale : RDI économie – bilan/perspectives avec nos journalistes. Ce sera diffusé les jours suivants :

  • dimanche 30 décembre               12 h 30 et 17 h 30
  • mardi 1er janvier                            18 h 30 et 23 h 30

Sommes-nous si endettés?

Mercredi 28 novembre 2012 à 12 h 45 | | Pour me joindre

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Le « Wayne Gretzky » de la finance canadienne, comme se sont exclamés certains commentateurs de Toronto en parlant de Mark Carney, va quitter la Banque du Canada dans les prochains mois à un moment où les menaces qui planent sur l’économie canadienne se font grandissantes. L’OCDE s’attend à une croissance de seulement 1,8 % en 2013 au pays et de 2,4 % en 2014.

Dans les circonstances, Mark Carney ne pourra probablement pas augmenter les taux d’intérêt avant de quitter son poste le 1er juin prochain et c’est son successeur qui devra trouver l’équilibre entre l’inflation, la force du dollar canadien, la conjoncture économique et les pressions exercées par le fort endettement des ménages canadiens.

cochon-detteD’ailleurs, au fait, les Canadiens sont-ils si endettés?  Doit-on céder aux inquiétudes de ceux qui disent que le taux d’endettement des Canadiens est plus élevé que le taux d’endettement des Américains tout juste avant l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis?

Non! Non, répondent les économistes de la Nationale. Il faut comparer des pommes avec des pommes. En mesurant les taux canadien et américain, il est important de prendre en compte l’endettement des entreprises et les coûts de la santé. En incluant ces deux facteurs, les experts de la Nationale arrivent à la conclusion que le niveau d’endettement des ménages américains demeure plus élevé que celui des Canadiens.

Ce que le Wall Street Journal faisait ressortir lundi, c’est que pour chaque tranche de 100 $ de revenus disponibles, les Canadiens ont une dette de 163 $, alors qu’aux États-Unis, les ménages américains ont une dette de 108 $ seulement. Donc, selon le quotidien américain, le Canada fait face à sa « plus importante menace économique en plusieurs années ».

L’économiste Matthieu Arseneau affirme que pour une comparaison juste, il faut ajouter les travailleurs autonomes dans la dette des ménages aux États-Unis, ce qui porte le ratio d’endettement à 140 %. Et puis, selon son estimation, le revenu disponible d’un Américain ne peut pas être comparé à celui d’un Canadien en raison des coûts de santé élevés aux États-Unis, à la charge dans bien des cas des individus. Les Américains doivent octroyer une bien plus grande part de leurs revenus disponibles à la santé que les Canadiens, qui paient des impôts pour offrir une couverture universelle à l’ensemble de la population.

Au final, ajusté aux coûts de santé, le ratio dette/revenus disponibles est de 4,6 points de pourcentage moins élevé au Canada qu’aux États-Unis.

Sans amoindrir l’importance de l’endettement des Canadiens, il faut s’assurer de parler avec exactitude des données disponibles.

La bonne étoile de Mark Carney

Lundi 26 novembre 2012 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Le Canada perd sa star du monde de la finance internationale. Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada depuis février 2008, s’était fait remarquer durant la dernière crise financière au point d’en devenir un acteur pivot dans la recherche de solutions durables pour l’avenir de la finance, des banques et de l’économie mondiale. Sa nomination au poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre le place parmi les financiers les plus influents de la planète.

Mark CarneyAprès avoir terminé des études en économie à Harvard et à Oxford au tournant des années 90, Mark Carney a travaillé dans les grandes capitales financières pour Goldman Sachs : Londres, Tokyo, New York avant de prendre la tête de Goldman Sachs Canada à Toronto. Rapidement, Ottawa a mis le grappin dessus : à la Banque du Canada, puis au ministère des Finances comme sous-ministre associé avant d’être nommé au plus haut poste à la banque centrale du pays, peu de temps avant l’accélération de la crise qui a provoqué la « grande récession ».

Il faudra attendre l’avis des spécialistes de la banque centrale pour évaluer sa gestion de la politique monétaire canadienne. Au cours des dernières années, il a surtout travaillé à utiliser les bons mots et les bonnes formules pour tenter d’assurer un équilibre entre le niveau d’inflation, la force du dollar canadien, la préoccupante dette des ménages et les contraintes économiques internationales.

C’est sur la scène internationale qu’il a le plus brillé. Le modèle bancaire canadien l’a bien servi. Les banques d’ici ont bien résisté à la crise, appuyées par les institutions publiques. Une certaine maîtrise de la dette et une croissance dopée par le pétrole ont fourni des assises solides, une sorte d’autorité morale à Mark Carney pour exposer la vision canadienne des solutions à adopter.

Cette autorité morale a poussé le G20 à lui donner le poste de président du Conseil de stabilité financière, une organisation regroupant 26 entités réglementaires financières de la planète. Il a travaillé à un encadrement plus serré des banques afin qu’elles maintiennent plus de capital en réserve et qu’elles s’exposent moins à une défaillance. Les banquiers de Wall Street ne se sont pas gênés pour le critiquer vertement, l’accusant de nuire à la prise de risque et donc à la croissance économique.

Le 1er juillet prochain, il deviendra gouverneur de la Banque d’Angleterre, à un moment crucial de l’existence de cette institution vieille de 318 ans et dans un contexte économique difficile, le Royaume-Uni étant aujourd’hui en récession. Il dirigera une banque centrale qui s’est vue confier de nouveaux pouvoirs de supervision des banques à dépôt, des assureurs et des firmes d’investissements, en plus de devoir poursuivre la politique monétaire du pays. Il se retrouvera surtout au cœur d’une économie qui tente de se reconstruire et d’un continent qui n’arrive plus à se relever.

Mark Carney a rendu la Banque du Canada peut-être un peu moins froide et moins austère. Souriant, affable et accessible, le gouverneur a probablement contribué à moderniser quelque peu l’image de l’institution.

Cela dit, sa bonne étoile brillera-t-elle encore dans le ciel de Londres tandis que son prochain défi risque d’être bien plus difficile et complexe à relever?

Hypothèques : il fallait agir

Jeudi 21 juin 2012 à 10 h 37 | | Pour me joindre

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Il y a à Ottawa des gens bien avisés, comme Jim Flaherty et Mark Carney, qui ne veulent pas voir l’économie canadienne capoter. Sur le tableau de bord, il y a quelques petites lumières rouges qui sont allumées depuis quelque temps. Et il y en a d’autres au jaune, qui pourraient bientôt passer au rouge. Oh, ce n’est rien à côté de la Grèce où on ne regarde même plus le tableau de bord tellement tout est détraqué. Mais, quand même, ce qui est en train de se passer ici n’est pas sans conséquence.

Le ministre des Finances, Jim FlahertyDans un monde normal, les taux d’intérêt devraient augmenter même si le niveau d’inflation n’est pas alarmant. Ils devraient surtout augmenter parce que le niveau d’endettement monte sans cesse. La dette des ménages représente maintenant 152 % du revenu personnel disponible. Et ce ratio ne fait qu’augmenter, alors qu’il est en baisse dans les autres grands pays occidentaux. Puis, le marché immobilier canadien est en surchauffe dans certains marchés.

Des organisations internationales lancent aussi des avertissements de toutes sortes au Canada : vos banques sont trop exposées au marché hypothécaire, votre productivité est médiocre, l’économie du pays fonctionne de plus en plus à deux vitesses (mal hollandais?). Le Canada ne peut pas dire éternellement que tout va bien, tout est parfait, nous sommes les meilleurs.

Alors, c’est pour ça et c’est dans ce contexte que le ministre des Finances Jim Flaherty resserre les règles hypothécaires pour une quatrième fois en quatre ans. Finies les hypothèques sur 30 ans, le maximum revient à 25 ans après qu’on eut laissé le marché monter jusqu’à l’étalement incroyable sur 40 ans. Quelle folie! Et puis, la limite d’emprunt sur la valeur de sa maison sera de 80 % au lieu de 85 %. Ça devrait, on l’espère, calmer un marché qui n’arrive pas à trouver ses limites de lui-même!

Mark Carney, gouverneur de la Banque du CanadaEt c’est parce que les lumières rouges se multiplient dans le tableau de bord que Mark Carney voulait augmenter les taux d’intérêt cette année (et le veut peut-être encore? Vraiment?). C’est pour ça que Jim Flaherty ne cesse de répéter que le Canada n’est pas à l’abri et que si notre économie périclite, bien, ce sera la faute de l’Europe qui ne règle pas ses problèmes, qui ralentit l’économie, qui empêche le Canada de recueillir les fruits de son économie qui devrait prospérer.

Oui, le Canada a mieux fait que les autres durant et après la crise. Mais le Canada n’est pas à l’abri des soubresauts de l’économie mondiale et des excès à l’intérieur de sa propre économie. Et la nouvelle intervention de Jim Flaherty nous confirme que la situation, sans être alarmante, est sérieuse et préoccupante.

Pour une troisième année de suite, la Banque du Canada doit appliquer les freins. Bien engagée sur la voie de droite, persuadée de pouvoir dépasser tout le monde en augmentant ses taux d’intérêt bien avant ses pairs occidentaux, la Banque du Canada doit se ranger encore une fois et attendre.

Attendre qu’une nouvelle tempête économique passe, tempête qu’on ne veut pas voir devenir un cyclone ou un ouragan comme en 2008. La Banque du Canada, s’appuyant sur une économie solide et des finances publiques en ordre, et sur un système bancaire qui paraît inébranlable, voyait, il y a à peine quelque semaines, une éclaircie pour augmenter ses taux d’intérêt et calmer l’accès facile au crédit, qui est en train de provoquer un emballement de l’endettement au Canada.

Mark CarneyÀ tel point que plusieurs organismes ont exprimé des inquiétudes sur la situation canadienne. L’agence Fitch s’est dite préoccupée par la valeur du portefeuille de prêts hypothécaires des 6 grandes banques du pays, qui s’élève à 730 milliards de dollars, en plus des marges hypothécaires, évaluées à 182 milliards de dollars.

Encore, ce printemps, la Banque du Canada et son gouverneur Mark Carney doivent revoir leurs plans. Le 17 avril, la Banque écrivait que « le profil de croissance de l’économie mondiale s’est amélioré ». Aujourd’hui, 5 juin, sa position a considérablement changé : « Les perspectives de croissance de l’économie mondiale se sont affaiblies ces dernières semaines. »

La situation s’est détériorée tant aux États-Unis qu’en Europe, mais aussi dans les pays émergents. Il y a un mois et demi, la Banque du Canada prévoyait un ralentissement dans les pays émergents tout en considérant que le rythme allait demeurer « robuste ». Maintenant, la Banque écrit que « l’activité économique dans les pays émergents ralentit un peu plus rapidement et de façon un peu plus généralisée qu’on ne l’avait anticipé ».

On pense principalement à la Chine, dont la croissance annuelle ne devrait plus dépasser les 10 %, mais se situer quelque part entre 7 et 8 %. Ce niveau de croissance demeure considérable, mais c’est quand même 2 ou 3 points de pourcentage de moins que ce qu’on a connu. Ça aussi, c’est considérable! La croissance canadienne repose beaucoup sur la demande en ressources de la Chine et sur l’impact de sa demande mondiale sur les prix des métaux, des matériaux, du pétrole, du gaz, du cuivre, etc.

La banque centrale maintient tout de même sa position qui est celle de signaler une éventuelle hausse de taux. Ses mots sont les suivants : « Il se peut qu’une réduction modeste de la détente monétaire considérable actuellement en place au Canada devienne appropriée. »

La Banque du Canada lie cette possibilité à la condition que l’économie progresse, « dans la mesure où l’expansion économique se poursuit ». Ça nous mène probablement à 2013 avant que la Banque du Canada puisse songer, de nouveau, à relever ses taux.

Tout en demeurant sur ses gardes, compte tenu de la situation économique internationale qui s’est dégradée rapidement et qui a fait chuter les indices boursiers en correction dans les derniers jours, la Banque du Canada sent qu’elle n’a pas le choix de maintenir la pression. Ce qui ne cesse de croître au pays en ce moment, c’est l’endettement des ménages. Les gens profitent des bas taux d’intérêt et bien des familles s’endettent beaucoup trop. « Les ménages continuent d’accroître le fardeau de leur dette dans un contexte de faible progression des revenus », écrit la Banque.

C’est, franchement, de plus en plus compliqué pour Mark Carney et son équipe…

Bulle à retardement?

Mercredi 9 mai 2012 à 10 h 58 | | Pour me joindre

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Un condominium à vendre à MontréalLes statistiques de la SCHL portant sur la construction résidentielle au mois d’avril suscitent l’inquiétude. Bien que les données mensuelles demeurent très volatiles, la tendance est claire : la construction à Toronto s’accélère à un rythme quasi démentiel, tout comme les mises en chantier de condominiums dans la grande région de Montréal. Les économistes sonnent l’alarme.

D’abord, le portrait général : au rythme d’avril, on aurait 245 000 mises en chantier d’habitations au Canada en 2012, une cuvée qui serait la meilleure en près de cinq ans. Les analystes affirment que ça devrait ralentir et revenir à un niveau un peu plus normal. Mais, pour l’instant, ce chiffre exceptionnel exprime l’emballement des acheteurs et des constructeurs qui veulent profiter des faibles taux d’intérêt, toujours en vigueur.

Quand on regarde les données par province, la situation du Québec saute aux yeux. La hausse de mars à avril est de 43,1 % en raison principalement d’un bond important dans la construction de logements locatifs et de copropriétés dans les centres urbains, à commencer par Montréal. Depuis le début de l’année, 3567 unités ont été mises en chantier dans la Région métropolitaine de Montréal, une hausse de 27 % par rapport aux quatre premiers mois de 2011.

C’est un marché en pleine folie, diront les plus inquiets. Les économistes de Desjardins affirment qu’à ce rythme, l’atterrissage pourrait être « douloureux ». Autrement dit, si on construit trop, trop rapidement, on pourrait manquer d’acheteurs, ce qui pourrait entraîner une chute des prix dans les copropriétés. Il suffit de se balader dans les quartiers centraux de Montréal pour constater qu’à peu près chaque parcelle de terrain disponible est la proie des promoteurs et des grues.

Les économistes de Desjardins prévoient ou souhaitent une accalmie en mai « dans la mesure où les promoteurs se disciplinent suffisamment pour limiter l’offre de nouveaux condos afin d’éviter un surplus qui pourrait mettre du temps à se résorber. » Vraiment?

À Toronto, pendant ce temps, la hausse annualisée en avril est de 19 %! En fait, ce dernier mois est complètement sorti de la moyenne des six derniers mois. On parle carrément d’une explosion de construction dans la Ville Reine. Depuis le début de l’année, la hausse de construction de tous types de logements avoisine les 30 %. Dans le segment des logements collectifs, hausse de 97 % des maisons en rangée, de 30 % des appartements, de 23 % des maisons jumelées.

Ça fait des années que le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney avertit les Canadiens quant à leur niveau élevé d’endettement et quant à un choc possible d’une hausse des taux d’intérêt qui finira bien par arriver, bien qu’elle pourrait encore être retardée compte tenu de l’état de l’économie mondiale.

À quelques reprises, le Globe and Mail a évoqué la crainte qu’une bulle immobilière soit en train de se former dans certains marchés. Récemment, le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty a exprimé sa préoccupation quant à la vigueur du marché immobilier de Vancouver, de Toronto et maintenant de Montréal.

Les dernières données sur la construction résidentielle nous laissent comprendre que tous ces appels ne sont absolument pas entendus…