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1er mai : 10 choses à savoir

vendredi 1 mai 2015 à 16 h 45 | | Pour me joindre

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Comme toutes les années, la Journée internationale des travailleurs nous invite à la réflexion sur l’état de santé du marché du travail, le traitement des travailleurs, la justice sociale, les inégalités, l’impact des mesures gouvernementales, le salaire minimum.

J’ai discuté avec l’économiste François Delorme de salaire minimum et d’austérité. Je me permets à la lumière de cette discussion, après avoir également jeté un œil sur les études de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) sur le salaire minimum, de retenir 10 choses que vous devez savoir pour mieux comprendre les enjeux du salaire minimum et de l’austérité.

Ce n’est pas exhaustif. C’est un apport à la réflexion.

  1. Le salaire minimum représente environ 45 % du salaire moyen au Québec depuis une vingtaine d’années. Après un effondrement relatif dans les années 70 et au début des années 80, le salaire minimum par rapport au salaire moyen a progressé depuis 1986 au Canada. Selon Statistique Canada, avant 2005, il y a eu des variations de 38 à 45 %. Depuis 2005, il est passé de 41 à 46 %.
  2. Selon les calculs de Statistique Canada, de 1975 à 1986, le salaire minimum réel au pays est passé de 10,13 $ à 7,53 $. Il est remonté à 8,81 $ en 1996 et à 10,14 $ en 2013.
  3. Le salaire minimum permet à une personne qui travaille 40 heures par semaine de dépasser le seuil de faible revenu. Toutefois, au Québec, c’est environ 60 % des personnes au salaire minimum qui travaillent à temps partiel.
  4. Si le salaire minimum à temps plein nous amène au seuil de faible revenu, il ne permet pas en retour d’atteindre ce qu’on appelle le « salaire viable », un concept que l’IRIS explique par la définition suivante : « il s’agit de permettre qu’un·e salarié·e à temps plein soit en mesure de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de base de sa famille, tout en se donnant la possibilité d’accéder éventuellement à un meilleur revenu ». Selon l’IRIS, une famille monoparentale ou biparentale au salaire minimum n’atteint pas le niveau de « salaire viable ». Le manque à gagner va de 2000 à 6000 $.
  5. « La recherche contemporaine, affirme François Delorme, tend à indiquer que, loin de disparaître, l’effet négatif du salaire minimum sur l’emploi au Canada est plus important qu’aux États-Unis, et plus important en niveau absolu qu’on le croyait encore il y a 15 ans à peine. La hausse du coût d’embauche amène bel et bien les entreprises à réduire leur embauche de travailleurs au salaire minimum. Chaque hausse de 1 point de pourcentage du rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen entraînerait grosso modo une baisse estimative de 8000 emplois au Québec en 2014. »
  6. En retour, dit François Delorme, l’austérité gouvernementale au Québec a un impact équivalent à 1 % du PIB, selon les calculs de l’économiste Pierre Fortin. Autrement dit, l’économie du Québec aurait pu croître de 1 % de plus, n’eût été la rigueur budgétaire. Ce sont aussi des milliers d’emplois qui ne seront pas créés.
  7. Toujours selon François Delorme, l’objectif d’assainir les finances publiques pour réduire le déficit structurel ou pour améliorer le surplus structurel (qui ne tient pas compte des variations de l’économie) est considéré par les économistes comme étant de la consolidation budgétaire, ce qu’on considère comme étant de l’austérité.
  8. Près de 60 % des travailleurs au salaire minimum au Québec sont âgés de 15 à 24 ans.
  9. Les femmes représentent 58 % des personnes qui  travaillent au salaire minimum.
  10. Environ 36 % des travailleurs au salaire minimum occupent  un emploi à ce niveau de salaire depuis plus de deux ans.

Pouvoir citoyen 2.0

mercredi 11 avril 2012 à 13 h 13 | | Pour me joindre

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Bien des enjeux et des débats sont soumis aux diktats de l’opinion publique. Les entrepreneurs, dirigeants d’entreprises et décideurs publics craignent moins une récession ou une perte de contrats qu’un ressac populaire. Une contestation massive et médiatique qui, dans une grande vague, peut faire chavirer tout un plan d’affaires ou un programme économique.
 
On a vu le gouvernement du Québec reculer dans les dossiers du mont Orford et du gaz de schiste, ainsi qu’à propos d’une restructuration des prêts et bourses il y a quelques années. Les étudiants souhaitent en faire autant aujourd’hui avec leur combat contre la hausse des droits de scolarité. Ils ont gagné une première manche en poussant le gouvernement Charest à améliorer son programme de prêts, mais n’ont pas réussi à le faire plier sur la hausse de 75 % annoncée sur 5 ans.
 
On a vu aussi il y a quelques années le Cirque du Soleil et Loto-Québec abandonner un projet comprenant notamment un casino dans le sud-ouest de Montréal à la suite d’une contestation importante des milieux sociaux.
D’autres raisons ont expliqué la décision des deux institutions, mais le manque d’appui populaire a été un facteur important dans le déraillement du projet.
 
Il y a aussi le terminal méthanier Rabaska dans la région de Québec, qui a pris l’eau pour plusieurs raisons, dont l’opposition de citoyens. Dans le dossier des gaz de schiste, le gouvernement a été obligé de reculer et de décréter un quasi moratoire.
 
Le pouvoir citoyen existe et nous assistons aujourd’hui à une nouvelle incarnation de ce pouvoir : les médias sociaux. La plus récente illustration de cette mutation, c’est ce qui s’est passé avec Lassonde, producteur des jus Oasis. Il a dû affronter un déferlement de commentaires négatifs sur sa page Facebook au cours de la dernière fin de semaine à propos d’une bataille juridique qu’il a menée contre Olivia’s Oasis depuis sept ans.
 
Page Facebook d'OasisVous connaissez l’histoire, diffusée dans La Presse samedi. Cette petite entreprise québécoise a eu le malheur d’utiliser ce mot grec emprunté de l’égyptien (merci Petit Robert) « oasis » dans sa marque de commerce, le même mot qu’on retrouve sur les boîtes de jus vendus par Lassonde. La contestation massive sur Facebook a poussé Lassonde à conclure une entente financière dans la journée avec la propriétaire de la petite entreprise, Deborah Kudzman.
 
Ce qu’on apprend de cette affaire, c’est que le pouvoir citoyen existe plus que jamais. Il est dans la rue, il s’incarne par des pétitions, des boycottages, des mémoires longuement préparés pour des consultations publiques et maintenant, de plus en plus, dans les médias sociaux. Ce nouveau canal est devenu une véritable autoroute de l’expression populaire, un lieu de rassemblement efficace, rapide, difficile à maîtriser, qui demande aux dirigeants une grande prudence, beaucoup de finesse dans leurs actions et une bonne dose d’humilité.
 
Le client a toujours raison, disent souvent les commerçants. Les médias sociaux lui donnent aujourd’hui un porte-voix puissant.

Le pouvoir d’une manif…

vendredi 23 mars 2012 à 13 h 01 | | Pour me joindre

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Mon collègue Michel Pepin a cru détecter ce matin dans les propos de la ministre de l’Éducation Line Beauchamp un soupçon d’ouverture à une négociation avec les étudiants. Si ouverture il devait y avoir, la grande manifestation de jeudi qui a attiré 100 000 personnes selon un journal et 200 000 selon un autre quotidien dans les rues de Montréal aura eu son effet.
 
Les manifestants, place Jacques-Cartier
Ce qu’exprime cette mobilisation, c’est que les étudiants sont solidaires, ils ont des appuis et leur mouvement ne s’essouffle pas. Au contraire, il s’amplifie et se solidifie. Même Mario Dumont avait de bons mots pour les étudiants qui, a-t-il dit ce matin à la radio, « ont, pour une fois, parler fort ».
 
Cela dit, quel est l’impact réel d’une telle manifestation? Quelle est son efficacité? À quoi ça sert?
 
Nous avions jeudi soir, sur le plateau de  RDI Économie, Pier-André Bouchard St-Amant. Il était le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) lors d’une autre grande manifestation organisée à Montréal en 2005. Selon lui, une telle manifestation, « c’est un élément efficace à l’intérieur d’un ensemble de mesures. […] C’est important de démontrer au gouvernement et à la société que ce n’est pas un discours tenu seulement par 3 ou 4 leaders étudiants, mais bien par une masse critique d’étudiants qui sont vraiment fâchés, vraiment en colère ».
 
« Le véritable rapport de force, à son avis, c’est dans le fait que les cégeps et les universités doivent reprendre les cours perdus. Un gouvernement ne peut absolument pas se payer le prix d’une double cohorte, c’est-à-dire cette session-ci d’étudiants et celle de la prochaine session. » Il va jusqu’à chiffrer les pertes quotidiennes pour l’État : 5 millions de dollars, un chiffre que nous allons vérifier dans les prochaines heures.
 
Le gouvernement demeure sur ses positions. Québec compte sur l’essoufflement du mouvement. De leur côté, les étudiants se sentent gonflés à bloc. Comment et quand tout cela va-t-il se terminer? Le gouvernement va-t-il céder à la pression des étudiants ou à celle du public? Ou se pourrait-il que la pression vienne des recteurs, inquiets des pertes financières si la situation perdure encore plusieurs semaines?