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Régis Labeaume : la bonne approche?

Lundi 4 novembre 2013 à 12 h 03 | | Pour me joindre

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Le maire réélu de Québec, Régis Labeaume, a raison de s’inquiéter de l’état de santé des régimes de retraite au sein de l’administration municipale de sa ville. A-t-il raison de crier au loup pour l’ensemble du Québec? Peut-être. Peut-être pas non plus. Les principales causes des déficits actuariels actuels sont le manque de prudence dans les gestions des surplus aux régimes de retraite dans le passé et la crise financière de 2008-2009.

Régis Labeaume est réélu à la tête de la ville de Québec
Régis Labeaume

Si le constat de Régis Labeaume est factuel, sa manière de faire suscite des grincements de dents. Il est engagé dans une confrontation avec les syndicats de la ville, ce qui rendra difficile toute négociation. À Montréal, on a su négocier avec les cols bleus. Une entente a été conclue entre le syndicat représentant ces travailleurs et la ville, une négociation qui doit servir de modèle pour l’ensemble des municipalités, selon le rapport D’Amours. Parmi les mesures adoptées dans le cas des cols bleus, la contribution des employés au régime de retraite est passée de 40 à 45 % et celle de l’employeur, de 60 à 55 %.

Il n’est pas rare de voir des ratios 80-20, 75-25, 60-40 également dans les cotisations aux régimes de retraite. Autrement dit, et c’est souvent le cas pour les emplois plus difficiles ou risqués, comme les pompiers et les policiers, l’employeur paie 75 ou 80 % de la cotisation et l’employé, 20 ou 25 %.

Saguenay a aussi négocié une nouvelle entente avec ses cols bleus.

Cela dit, chaque situation est différente. Il n’y a pas de solutions toutes mâchées d’avance qui pourraient s’appliquer à l’ensemble des municipalités aux prises avec des régimes de retraite déficitaires. Il faut aussi tenir compte des prévisions du marché. D’ici cinq ans, les taux d’intérêt sur les obligations auront, en principe, repris de la vigueur, un rétablissement qui viendra renflouer les régimes de retraite et peut-être effacer complètement les déficits. En principe…

Mais on ne peut pas attendre les marchés. Il est normal de vouloir agir. Trop de facteurs pèsent sur les régimes de retraite des employés municipaux. Selon AON Hewitt, firme de consultants qui rassemble des données sur les régimes de retraite au Québec, la capitalisation des régimes de retraite s’est détériorée au cours des dernières années.

Voici les taux de capitalisation pour le régime de retraite médian (sur 100 régimes, ce serait le 50e) :

  • Au 31 décembre 2009 : 90 %
  • Au 31 décembre 2010 : 86 %
  • Au 31 décembre 2012 : 84 %

Autrement dit, pour chaque 100 $ de prestations à verser à l’avenir, le régime de retraite médian à 84 $ dans ses coffres. Cela dit, AON Hewitt affirme que le bilan des marchés pour les neuf premiers mois de 2013 laisse croire que le taux de capitalisation se sera possiblement amélioré au 31 décembre 2013.

Alors, j’ai trois questions pour vous :

  1. Faut-il revoir, sans hésiter, comme le souhaite Régis Labeaume, l’ensemble des régimes de retraite des employés municipaux concernés au Québec?
  2. Faut-il négocier avec les syndicats pour trouver un nouvel équilibre 50/50 comme le propose la CAQ?
  3. Faut-il opter pour le statu quo et faire confiance à une remontée des marchés financiers?

Il était essentiel de présenter un débat sur les enjeux économiques de Montréal. C’est ce que nous avons fait lundi soir, en collaboration avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Quatre cents personnes ont assisté à l’événement, qui était aussi présenté à RDI. Et il en est ressorti beaucoup de choses intéressantes.

Je tiens à dire que c’était un bel honneur et un vrai plaisir d’animer un débat avec les principaux candidats à la mairie de Montréal. Je souhaitais que cet exercice soit utile pour les Montréalais. Il fallait entendre des propositions, en préciser certaines et s’assurer que ces idées soient mises à l’épreuve, ce qui ne pouvait se faire que par le débat. C’était ma conviction profonde et c’est celle qui m’a habité durant tout le débat. Je vous remercie d’ailleurs pour tous les commentaires durant le débat et après l’émission.

Les quatre candidats à la mairie de Montréal invités au débat organisé par la Chambre de commerce de Montréal.
Les quatre candidats à la mairie de Montréal invités au débat organisé par la Chambre de commerce de Montréal.

À mon avis, il faut retenir des interventions ceci :

1- Les quatre candidats s’engagent à limiter la hausse annuelle des taxes foncières au niveau de l’inflation, qui est particulièrement faible ces jours-ci à Montréal.

2- Aucun candidat ne propose d’abaisser les taxes commerciales pour les entreprises, une demande pressante du milieu d’affaires. Marcel Côté dit que les taxes d’affaires à Montréal sont les plus élevées, mais ne prévoit pas les réduire.

3- Mélanie Joly affirme que Montréal est une « junkie » des taxes foncières, que son budget dépend trop de ses taxes, soit 67 %, et que dans les circonstances, il faut revoir le pacte fiscal avec le gouvernement du Québec et récupérer 0,5 point de pourcentage de la TVQ, valeur d’environ 300 millions de dollars.

4- Denis Coderre voudrait voir le taux de chômage tomber sous les 7 %. Marcel Côté est d’avis qu’il faudrait voir le chômage tomber sous le niveau de l’ensemble des régions du Québec (7,6 %) et sous celui de Toronto (7,9 %). Le taux de chômage de l’agglomération de Montréal est actuellement de 10 %.

5- Denis Coderre s’est prononcé pour le renversement de l’oléoduc d’Enbrige entre Sarnia et Montréal.

6- Ce n’est pas le maire de Montréal qui fait du développement économique, selon Mélanie Joly, qui précise que le maire est là pour mettre en place des conditions qui vont favoriser le développement économique.

7- Mélanie Joly propose l’amnistie pour les firmes de génie-conseil en échange du remboursement « d’une partie des sommes » qui ont été encaissées incorrectement. Denis Coderre trouve « trop rapide » l’idée d’amnistie. Richard Bergeron dit que la négociation est déjà en cours.

8- Un projet de tramway serait payé par les Montréalais, dit Richard Bergeron, par le budget prévu dans les investissements.

9- Tous s’entendent pour dire qu’il faut continuer la renégociation des régimes de retraite. Mélanie Joly propose que Montréal ait un droit de lock-out.

10- Denis Coderre affirme qu’il faut demander à Air Canada d’amener plus de vols directs internationaux à partir de Montréal.

Et vous, qu’avez-vous retenu?

Voyez ou revoyez le débat!