Billets classés sous « Livre »

Le ministre de la Culture Maka Kotto va de l’avant avec la réglementation du prix du livre au Québec. Voilà une politique qui n’a absolument rien à voir avec une solution pour favoriser le libre marché. Encadrer, c’est diriger, orienter, guider. Et si c’est bon pour le livre, selon le gouvernement du Québec, c’est parce que le livre « n’est pas une marchandise comme les autres » selon le ministre Kotto.

Tout est là. Si un livre, pour vous, c’est la même chose qu’un paquet de gommes ou une boîte de six ampoules, il est clair que la complexité de ce que le livre représente dans la culture d’une société ne vous atteint pas. Mais si ce « n’est pas une marchandise comme les autres », c’est que vous reconnaissez les principes de protection culturelle et de diversité culturelle.

Dans un billet publié en début d’année, je citais une résolution adoptée par l’UNESCO qui faisait en sorte « de reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens ». Cette résolution reconnaît aussi le « droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire ».

Quand on considère le livre comme étant porteur d’identité, de culture, de diversité, de valeurs ou d’expressions culturelles, il n’est pas étonnant d’arriver à l’encadrement du prix du livre. Le libre marché n’est pas dans cette logique-là! Le libre marché, c’est la vente des titres qui sont les plus demandés. Nous sommes dans l’offre et la demande. Point final.

Sauf que…

Sauf qu’il faut revenir à l’objectif de départ : si on veut protéger l’identité et la culture, allons-nous le faire en fixant les écarts de prix entre les gros et les petits acteurs? En protégeant le marché des petites librairies, on aide à un certain maintien de la diversité de l’offre de livres dans le marché. Parfait, on comprend bien.

Est-ce qu’on pose toutes les questions, dans le bon ordre? Et est-ce que le prix réglementé du livre n’arrive-t-il pas trop tard?

Qui lit aujourd’hui? Les jeunes lisent-ils? Comment arrive-t-on à augmenter le lectorat en 2013? Et ce lectorat, que lit-il au juste? S’il aime John Grisham, va-t-il lire Kim Thuy? Le lecteur de 25 ans va-t-il comme son père de 55 ans dans une librairie (grosse ou petite)?

Le ministre Kotto évoque une « transition vers le numérique » dans le projet de loi qu’il dépose. L’enjeu des prochaines années, il est là. Comment maintenir son lectorat, lui faire acheter des livres, des livres diversifiés (pas que les 100 titres les plus vendus) tout en composant avec ce changement fondamental dans la consommation : l’achat par Internet?

Concurrence, règles et prix unique

Mercredi 20 février 2013 à 11 h 08 | | Pour me joindre

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Une commission parlementaire est prévue à Québec dans les prochaines semaines sur la pertinence d’instaurer une politique du prix unique du livre. Cet enjeu soulève plusieurs questions sur le commerce, la concurrence et les « produits » culturels.

Les économistes affirment généralement que le libre marché favorise la libre concurrence. Mais il est quand même étonnant de constater parfois qu’un marché encadré et réglementé peut parfois favoriser la concurrence alors que le libre marché peut mener à des oligopoles, soit un marché contrôlé par un très petit nombre de joueurs.

LivresIl est clair que certaines règles ont un effet néfaste sur la concurrence. C’est le cas dans les télécommunications au Canada, longtemps un marché fermé aux sociétés étrangères et qui fait en sorte que les Canadiens paient plus chers que les autres pour leur service de téléphonie mobile. C’était le cas aussi dans le secteur aérien, dont le marché s’ouvre de plus en plus au bénéfice des voyageurs.

Cela dit, l’absence d’encadrement serré peut donner des résultats choquants. Quelques exemples : le marché de l’essence est l’objet de variations illogiques et inexplicables. Celui des frais bancaires fait rager tout le monde, alors que les 6 grandes banques canadiennes ont enregistré 30 milliards de dollars de profits en 2012. Et celui aussi de la bière mérite d’être souligné puisque le marché mondial ne cesse de se consolider et que le marché canadien est contrôlé essentiellement par deux géants, Anheuser-Busch InBev et Molson Coors.

Venons-en au secteur du livre. Devrait-on imposer un prix unique au Québec pour les livres afin d’éviter un décalage entre les gros joueurs, qui peuvent pratiquer des rabais importants, et les plus petits, aux marges plus fragiles?

Il s’est écrit beaucoup de choses sur le prix unique dans les dernières semaines. Et je pense qu’avant toute chose, il faut établir une base de discussion, essentielle et névralgique : le livre n’est pas un produit comme les autres. Le marché du livre, ce n’est pas celui du pneu, du sel de trottoir ou du balai à neige. Le livre est un produit culturel.

Or, l’UNESCO a adopté une résolution faisant en sorte « de reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens » en plus « de réaffirmer le droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire ».

Difficile d’imaginer une telle résolution sur les pneus, le sel de trottoir ou les balais à neige! Mais le livre s’inscrit dans ce cadre-là, qui est bien plus complexe que celui du marché commercial ordinaire.

Il faut ajouter aussi qu’un prix unique aurait pour objectif de « protéger » le marché des livres québécois et celui de leurs plus grands ambassadeurs : les libraires.

Le cadre en place, on peut poser la question : est-ce que le prix unique favoriserait un marché concurrentiel du livre au Québec ou est-ce qu’une telle mesure entraînerait une hausse des prix du livre et réduirait ainsi les ventes?

Encore là, il faut aller un peu plus loin dans la réflexion. Veut-on promouvoir le prix le plus bas à la consommation ou veut-on encourager la viabilité d’une industrie sur tous ses paliers, de l’auteur au détaillant?

Autre question fondamentale : une règle comme celle du prix unique n’encouragerait-elle pas le maintien d’une industrie structurée et plurielle plutôt qu’un marché de plus en plus concentré entre les mains de gros joueurs? En contrepartie, est-ce qu’une telle règle tendrait à réduire la vente de livres de façon à nuire à l’ensemble du marché des libraires?

Et, en passant, la véritable menace pour les libraires ne viendrait-elle pas de la vente de livres par Internet?

Quand un géant de la vente au détail réduit ses prix au niveau du prix coûtant ou va même jusqu’à perdre de l’argent, l’objectif réel est de profiter de sa position dominante pour attirer une clientèle qui se rend chez les concurrents, généralement de bien plus petits joueurs. Il n’y a plus de concurrence dans un tel contexte. En fait, on détourne les « règles » de la concurrence.

Pour éviter une telle situation, il y a des organismes de surveillance et de réglementation, il y a des gouvernements qui changent les lois pour corriger ce genre de situation, il y a une intervention pour éviter une situation qu’on ne souhaite pas fondamentalement voir se produire. Si on est pour la concurrence, ça ne veut pas dire qu’on est contre l’intervention d’une entité extérieure.

Favoriser la concurrence, en fait, c’est s’assurer la présence d’un grand nombre de joueurs qui usent d’originalité et de créativité pour vendre leurs produits et attirer les clients. Par des stratégies diverses : marketing, publicité, etc.

En résumé, la commission parlementaire qui se tiendra bientôt à Québec devra tenir un débat ordonné sur la question du prix unique et se poser sérieusement la question sur le marché du livre québécois, l’avenir des libraires, l’intérêt des consommateurs et la concurrence. Bons débats en perspectives…

Plusieurs études sur le sujet :

http://www.iedm.org/files/note0213_fr.pdf

http://noslivresajusteprix.com/lettre-dopinion/

Des blogues aussi sur le sujet :

http://voir.ca/mathieu-poirier/2013/01/31/le-prix-unique-du-livre-quossa-donne/

http://www2.lactualite.com/pierre-duhamel/2012/12/19/livre-le-prix-unique-est-il-la-solution/

http://www.lesaffaires.com/blogues/sebastien-barange/la-lecture-en-cadeau/552362

http://www.lesaffaires.com/blogues/sebastien-barange/la-culture-n-a-pas-de-prix/548199

 

Comme c’est le cas en fin d’année, depuis plusieurs saisons déjà, on aime bien à RDI économie vous proposer des suggestions de lecture pour le temps des fêtes et les prochains mois. C’est ce que nous avons fait le jeudi 20 décembre à l’émission.

Voici donc les suggestions de lecture de nos journalistes et les miennes!

Et joyeuses fêtes!

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Dorison, Xavier (scénario) et Thomas Allard (dessin). 2012. HSE, Human stock exchange (tome 1). Dargaud Édition, 56 p. (proposé par Andrée-Anne Saint-Arnaud)

Francq, Philippe et Jean Van Hamme. 2012. Colère rouge (tome 18). 2012. Dupuis, 56 p. (proposé par Andrée-Anne Saint-Arnaud)

Bourguignon, François. 2012. La mondialisation de l’inégalité. Coll. « La République des idées ». Seuil, 112 p. (proposé par Jean-Sébastien Bernatchez)

Acemoglu, Daron et James Robinson. 2012 Why nations fail. Crown Business, 546 p. (proposé par Jean-Sébastien Bernatchez)

Latynina, Julia. 2012. La trilogie du Caucase (2) : Gangrène. Actes Sud / Leméac, 516 p. (proposé par Daniel Bordeleau)

Musolino, Michel. 2012. La crise pour les nuls. Coll. Poche pour les nuls. Éditions First, 297 p. (proposé par Jean-Philippe Robillard)

Jérôme-Forget, Monique. 2012. Les femmes au secours de l’économie. Éditions Stanké, 192 p. (proposé par Maxime Bertrand)

Marron, Donald. 2012. Théories économiques en 30 secondes. Coll. Livres pratiques. Éditions Hurtubise, 160 p. (proposé par Maxime Bertrand)

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Pour ma part, voici quelques livres lus cette année, dont on a parlé à RDI économie :

Rubin, Jeff. 2012. La fin de la croissance. Éditions Hurtubise, 373 p.

  • La fin de la croissance ne signifie pas le début de la décroissance. C’est plutôt un rappel que notre planète ne peut plus en prendre plus. Nous consommons un pétrole cher, qui sera toujours plus cher. Il faut repenser notre modèle de production et de consommation.

Duhamel, Pierre. 2012. Les entrepreneurs à la rescousse. Éditions La Presse, 237 p.

  • C’est un cri du cœur de Pierre Duhamel pour nous rappeler que l’économie n’existe pas sans ces gens, les entrepreneurs, qui prennent des risques, qui créent de la richesse et qui donnent de l’emploi à des millions de personnes. C’est très fouillé.

Castonguay, Claude. 2012. Santé, l’heure des choix. Éditions du Boréal, 206 p.

  • Sortir l’hôpital du cœur de notre système, c’est ce que nous dit Claude Castonguay. La chaîne de prévention et d’intervention est totalement défaillante et on devrait avoir honte de notre système de santé, affirme l’ancien ministre. Des tonnes de solutions pour le nouveau ministre de la Santé au Québec, qui doit gérer le système avec une vision à long terme.

Mousseau, Normand. 2012. Le défi des ressources minières. Éditions MultiMondes, 260 p.

  • Livre à la fois technique et analytique. Livre de référence sur les mines, ressources et métaux du Québec. Normand Mousseau nous rappelle que ce secteur demeure modeste à l’échelle de l’économie du Québec et que le développement du nord ne va pas enrichir le Québec pour toujours.

Fortier, Jean-Martin. 2012. Le jardinier-maraîcher. Écosociété, 198 p.

  • Pour le jardinier-maraîcher expert ou le jardinier maison, ou pour l’amoureux de la nature et du vrai, il faut lire le livre du fermier Jean-Martin Fortier. C’est unique, c’est précis, sans prétention, simple, accessible et réaliste.

Martin, Éric et Maxime Ouellet. 2012. Université inc. Lux Éditions, 147 p.

  • Il n’y aura pas de hausse de droits de scolarité finalement au Québec. Et certains militent pour la gratuité. Ici, tous les arguments pour ceux qui ont porté le carré rouge. Le débat se poursuit.

Robichaud, David et Patrick Turmel. 2012. La juste part. Documents. Atelier 10, 97 p.

  • Avec le magazine Nouveau projet, Atelier 10 publie des essais sociaux, économiques, politiques. Jocelyn Maclure et Nicolas Langelier nous offrent une nouvelle publication tous les six mois remplie de bons et longs textes, dans une mise en page sublime et léchée. L’un des petits essais, qui se lit sur le bord du feu à la campagne ou dans le salon de votre condo, c’est celui-ci!

Voilà! Là-dessus, joyeuses fêtes, amusez-vous, faites attention à vous et à vos proches… et à l’an prochain. Et merci de faire vivre ce blogue depuis maintenant plus de six ans. Merci!