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L’héritage de Jim Flaherty

Jeudi 10 avril 2014 à 20 h 04 | | Pour me joindre

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On n’a pas fini d’analyser l’impact de Jim Flaherty dans la vie des Canadiens. L’ex-ministre des Finances, qui a déposé son dernier budget le 11 février et qui a démissionné le 18 mars, est mort jeudi dernier. Sur plusieurs plans, Jim Flaherty aura marqué son époque. Et on peut déjà dire que son passage aux Finances de 2006 à 2014 a changé la vie de milliers de contribuables, travailleurs et retraités.


L’héritage budgétaire

On va parler encore de Jim Flaherty dans 15 ans quand on va se rappeler que c’est lui qui a entrepris d’augmenter l’âge d’accès à la Sécurité de la vieillesse de deux ans. De 2023 à 2029, on va graduellement passer de 65 à 67 ans.

On va aussi parler de Jim Flaherty l’an prochain quand le nouveau ministre des Finances Joe Oliver va dévoiler le budget 2015-2016. Ce sera alors le grand retour à l’équilibre budgétaire, voire au surplus, avec un excédent prévu de 6,4 milliards de dollars. Entre le déficit de 56 milliards en 2009 et le surplus de 2015, le travail effectué aura été celui de Jim Flaherty.

Mais, il faut le dire, ce travail aura été difficile et pénible. Le gel des dépenses et les compressions de plusieurs milliards de dollars dans l’appareil de l’État ont eu des conséquences importantes dans la vie de milliers de travailleurs du gouvernement.

On se souviendra donc de lui pour sa rigueur budgétaire, pour la discipline qu’il a imposée à tous et pour la confiance qu’il avait dans son action pour le contrôle des finances publiques.

Pragmatisme

Jim Flaherty s’est démarqué en 2009 en adoptant un budget pour stimuler fortement une économie en récession, alors que le monde entier subissait les affres de la crise financière. Il a dû mettre de côté l’approche conservatrice des questions budgétaires pour plonger, sans hésitation, dans des mesures keynésiennes : plan d’infrastructures, crédit d’impôt à la rénovation, hausse des semaines d’accès à l’assurance-emploi, etc.

C’est un déficit de près de 56 milliards de dollars qui a été enregistré en 2009-2010, le plus important de l’histoire du Canada.

Parce que le Canada est considéré depuis l’ère Chrétien-Martin comme étant un pays aux finances publiques saines, parce que ses banques sont solides et parce qu’il a bien résisté aux troubles économiques mondiaux, Jim Flaherty s’est imposé auprès de ses collègues du G20 durant la crise. Au point que l’Euromoney magazine l’a nommé meilleur ministre des Finances du monde en 2009!

Baisser vos charges fiscales

Sur le plan fiscal, Jim Flaherty a mené une politique avantageuse pour les familles et les contribuables. Parmi les mesures annoncées au cours de son règne aux Finances :

  • réduction de la TPS en 2006-2007 de 7 à 5 %
  • réduction des impôts des entreprises de 22 à 15 %
  • l’instauration d’un cadeau fiscal : le CELI
  • fractionnement des revenus des retraités

Relations complexes avec les provinces

Avec les provinces toutefois, la relation n’a jamais été au beau fixe. Si les relations personnelles étaient franches, honnêtes et cordiales, comme l’ont exprimé les ministres des Finances du Québec Michel Audet, Monique Jérôme-Forget, Raymond Bachand et Nicolas Marceau, les dossiers litigieux étaient nombreux. Malgré une décision de la Cour suprême, Jim Flaherty continuait de travailler à la mise en place d’une Commission pancanadienne des valeurs mobilières, un projet vivement contesté par plusieurs provinces, dont le Québec.

Jim Flaherty a aussi révisé l’accès à l’assurance-emploi et a revu unilatéralement la formule de calcul pour les transferts en santé, ce qui viendra ultimement réduire les montants octroyés aux provinces pour ce secteur névralgique. Et, au Québec, on se rappellera de la décision d’annuler le crédit d’impôt octroyé aux investisseurs qui choisissent le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN.

Cela dit, Jim Flaherty a conclu des ententes porteuses avec les provinces : l’harmonisation des taxes, avec le Québec notamment et la révision de la formule de péréquation, pour ne nommer que ces dossiers-là.

C’est un héritage important que laisse Jim Flaherty. Pour le meilleur et pour le pire, selon le point de vue qu’on a.

Retour du déséquilibre fiscal?

Lundi 17 février 2014 à 12 h 28 | | Pour me joindre

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Le budget 2014-2015 du ministre des Finances Jim Flaherty n’était pas le plus passionnant des 10 documents qu’il a déposés depuis 2006. Il est cependant révélateur d’une chose assez claire : la marge de manœuvre financière du gouvernement du Canada ne cesse de grandir. Non seulement les revenus augmentent, mais les dépenses baissent. Ce qu’on appelle les charges de programmes va passer de 13,5 % du PIB en 2013-2014 à 12,4 % en 2018-2019.

Regardez les prévisions du dernier budget. La croissance des revenus sera franchement plus forte que la croissance des dépenses au cours des deux prochaines années. La croissance des deux se rejoindra les deux années suivantes :

Revenus :

  • 2014-2015 : +4,7 %
  • 2015-2016 : +6,2 %
  • 2016-2017 : +4,6 %
  • 2017-2018 : +3,6 %

Dépenses (charges de programmes et intérêts sur la dette) :

  • 2014-2015 : -0,5 %
  • 2015-2016 : +2,8 %
  • 2016-2017 : +4,1 %
  • 2017-2018 : +3,7 %

Comme nous l’indiquait le fiscaliste Luc Godbout la semaine dernière à RDI économie, le directeur parlementaire du budget (DPB) a publié un rapport important à la fin septembre 2013 qui fait le constat suivant : les finances publiques fédérales sont viables à long terme, alors que celles des provinces ne le sont pas. Des déficits successifs et récurrents sont à prévoir.

Pourquoi? Parce que « la marge de manœuvre dégagée [par le fédéral] grâce à la modification du facteur de relèvement du TCS (Transfert canadien en matière de santé) se traduit par un transfert de charge financière vers les provinces » écrivait le bureau du directeur du budget le 26 septembre 2013.

La part du fédéral dans le financement de la santé va baisser au cours des prochaines décennies, même si, en raison « du vieillissement démographique et de la croissance excédentaire des coûts, les dépenses en matière de santé comme proportion du PIB devraient passer de 7,5 % en 2012 à 11,7 % en 2050, puis à 13,8 % en 2087 » selon le DPB.

Ainsi, selon le directeur parlementaire du budget, de façon structurelle, le gouvernement fédéral est appelé à faire des surplus, tandis que les pressions financières devraient entraîner des déficits dans les provinces. Étant donné ce constat, doit-on conclure à une forme de déséquilibre fiscal au Canada?

Luc Godbout est d’avis que c’est le cas et qu’un transfert de point de taxation vers les provinces serait nécessaire pour leur donner de nouvelles ressources. Il est d’avis tout de même que chaque administration doive faire le ménage dans ses finances publiques afin de dégager des marges de manœuvre.

Les économistes Stéfane Marion de la Banque Nationale et Youri Chassin de l’Institut économique de Montréal croient, pour leur part, qu’il n’y a pas de déséquilibre au Canada. C’est aux provinces de rendre leurs finances publiques saines, comme le fédéral l’a fait dans les dernières années. Mardi soir dernier, à Ottawa, Stéfane Marion rappelait que le gouvernement Harper était parvenu à trouver des économies de 23 milliards de dollars depuis 2010.

Qu’en pensez-vous?

Le budget fédéral 2014

Mardi 11 février 2014 à 16 h 33 | | Pour me joindre

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Voici les faits saillants du budget 2014 du ministre fédéral des Finances Jim Flaherty :

 

On présente le budget Flaherty du 11 février comme étant un budget « transitoire ». Mais il ne faudrait pas en minimiser son importance. Ce budget va préparer le prochain, celui qui nous mènera aux élections générales au Canada en octobre 2015. Il va préparer le terrain pour que le repas soit parfait, que les vents de l’économie soufflent dans la bonne direction ou non.

Il est important pour trois raisons :

  1. La croissance économique est moins forte qu’attendu au Canada. Les risques qui planent sur l’économie ont grandi : faible inflation, croissance du PIB sous les 2 %, essoufflement du marché de l’emploi, demande incertaine avec les secousses économiques vécues par plusieurs pays émergents.
  2. Le gouvernement conservateur a toujours promis de réduire la taille de l’État. La crise de 2008-2009 l’a ralenti dans ce projet. Aujourd’hui, il se reprend. Jim Flaherty a annoncé, le 12 novembre, qu’il gelait les budgets de fonctionnement des ministères pour 2014-2015 et 2015-2016, ce qui entraînera une baisse de 0,2 % des dépenses de programme cette année. Ça s’appelle de l’austérité, nous a dit l’économiste en chef de Desjardins lundi soir François Dupuis.
  3. Et puis, malgré le ralentissement et compte tenu de l’écart entre la croissance des dépenses et celle des revenus, le déficit budgétaire fond comme neige au soleil. Tellement que le ministre Flaherty serait capable d’annoncer l’équilibre budgétaire dès cette année. Il y a fort à parier toutefois qu’il attendra à l’hiver 2015 pour arriver à l’équilibre, voire à un surplus budgétaire important qui lui permettra d’annoncer de bonnes nouvelles fiscales pour les Canadiens avant l’élection.

Dans la mise à jour économique de la mi-novembre, le ministre nous a dit que la croissance des revenus ne serait pas de 5,9 %, mais de 4,6 % en 2014-2015. Les dépenses, je l’écrivais : -0,2 %. Vous voyez l’écart? C’est absolument phénoménal. Le ministre a une incroyable marge de manœuvre et il contrôle le jeu sur toute la ligne.

Il devrait annoncer l’an prochain la réalisation d’une promesse électorale de 2011, celle de permettre le fractionnement de revenus pour les couples avec enfants. Comme c’est le cas pour les personnes de plus de 65 ans, il sera possible de totaliser les revenus d’un ménage et de les diviser par deux afin de réduire son impôt à payer.

Exemple : Vous faites 100 000 $ par année, votre conjoint fait 20 000 $. Vous additionnez les deux revenus et vous arrivez à 120 000 $. Vous divisez cette somme par deux, ce qui vous permet de déclarer deux revenus de 60 000 $. C’est ainsi que vous allez pouvoir réduire l’impôt à payer. Pourquoi?

Parce qu’à 100 000 $, au Québec, en impôt fédéral, vous payez un total de 14 871 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, à deux, vous payez 15 993 $ en impôt fédéral. Si vous déclarez 60 000 $ de revenus, vous payez en impôt fédéral un total de 7093 $. Multipliez par deux et vous arrivez à 14 186 $. Ainsi, vous réduisez votre impôt de 1807 $.

Autre exemple : Vous faites 30 000 $ par année et votre conjoint fait 20 000 $. Ainsi, à 30 000 $, au Québec, vous payez un impôt fédéral annuel de 2375 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, le total est de 3497 $. Si vous utilisez la méthode du fractionnement de revenus, vous additionnez 30 000 $ et 20 000 $, ce qui donne 50 000 $ et vous divisez par deux. Vous allez donc payer 1749 $ par revenu de 25 000 $ pour un total de 3498 $. Résultat : fractionnement ou pas, vous ne gagnez rien!

Ainsi, pour que cette promesse soit intéressante pour vous, il faut gagner plus que la moyenne et que l’écart entre les revenus soit relativement importants. Le fiscaliste Luc Godbout a bien expliqué le tout, avec ses collègues Suzie St-Cerny et Michaël Robert-Angers dans une étude publiée en 2012, nommée À qui profitera la promesse fédérale de rendre possible le fractionnement du revenu familial.

Les données de l’auteur nous permettent de conclure que les provinces plus riches aux écarts de revenus plus grands et aux tables d’impôts moins progressives vont profiter du fractionnement de revenus. Ainsi, selon Statistique Canada et les calculs des auteurs, en se basant sur les chiffres de 2008, les économies réalisées par les familles seront en moyenne de :

  • 896 $ au Québec
  • 1424 $ en Ontario
  • 1714 $ en Alberta

Pour les 20 % les plus riches, les économies moyennes seront de :

  • 1194 $ au Québec
  • 2179 $ en Ontario
  • 2682 $ en Alberta

Pour les 20 % les moins riches, les économies moyennes seront de :

  • 84 $ au Québec
  • 155 $ en Ontario
  • 567 $ en Alberta

Alors, surveillez bien le budget du 11 février. Tout sera là pour préparer les grandes annonces de 2015.

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Sources : pour les deux exemples, ce sont les données pour 2013 calculées par Desjardins. Pour les comparaisons entre les provinces, c’est l’étude Godbout, St-Cerny, Robert-Angers qui se base sur les données de 2008.

Chute du dollar : une bonne chose?

Vendredi 17 janvier 2014 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Plusieurs économistes ne se gênent pas ces jours-ci pour exprimer leur satisfaction à voir le dollar canadien chuter. Du printemps 2013 jusqu’aux fêtes, le dollar est passé du niveau de parité avec le dollar américain à 92 ¢US. Le huard est en ce moment à 91 ¢US. Et, à ce rythme, il ne serait pas étonnant de le retrouver bientôt sous la valeur des 90 ¢US.

Évitons de spéculer sur la suite des choses. Expliquons simplement ce qui se passe.

Le dollar est en baisse parce que les mots de la Banque du Canada et de son gouverneur Stephen Poloz favorisent son recul. Pendant que les États-Unis affichent des signaux toujours plus clairs de reprise économique et que la croissance de la zone euro se raffermit lentement, les données des derniers mois au Canada sont plus faibles.

La Banque du Canada dit quatre choses :

  • le marché immobilier ralentit, « atterrissage en douceur » en perspective;
  • les exportations sont décevantes;
  • les investissements des entreprises montent trop lentement;
  • « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

De plus, le gouverneur de la Banque du Canada et le ministre des Finances Jim Flaherty n’hésitent pas à s’exprimer sur le dollar canadien. Les deux hommes semblent se réjouir de la situation, voyant là un potentiel de croissance pour l’économie canadienne.

L’un des outils économiques à la portée de certains pays, c’est d’agir sur la devise. Les Américains l’ont fait sans vraiment le dire. Les Japonais l’ont fait clairement pour faire baisser la valeur du yen afin de stimuler leurs exportations. Et on pourrait penser que le Canada le fait aussi.

Y a-t-il une véritable menace de déflation au Canada? Les économistes y croient peu. Il est clair qu’un très faible niveau d’inflation et l’expression d’une crainte de déflation envoient un message possible de baisse de taux plutôt que de hausse. On a peut-être intérêt à laisser planer cette possibilité, non?

La Banque du Canada va-t-elle baisser ses taux d’intérêt? Encore une fois, les économistes y croient peu. Mais le seul fait que cette possibilité existe, alors qu’aux États-Unis, la banque centrale est en train de réduire son intervention dans l’économie, est suffisant pour faire chuter le dollar canadien par rapport au dollar américain, et vice versa.

Dans une économie qui a beaucoup compté sur les consommateurs aujourd’hui très endettés, la Banque du Canada mise sur les exportateurs. Et la meilleure façon de les aider et de les stimuler, c’est d’encourager un affaiblissement du dollar canadien. C’est pas mal ça qui est en train de se produire…

Les leçons de 2013

Vendredi 20 décembre 2013 à 13 h 14 | | Pour me joindre

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L’année qui se termine a été riche en événements qui devraient nous permettre de réfléchir et de tirer des leçons sérieuses. Pour le respect de la vie humaine et de la dignité des femmes et des hommes. Sur les 10 événements économiques les plus importants, selon notre analyse, plusieurs nous obligent à une réflexion profonde sur le capitalisme, les décisions économiques, la sécurité, l’environnement et notre rapport aux justes coûts des biens et des services.

Déraillement de train à Lac-Mégantic, le 6 juillet 20131- L’événement de l’année, c’est bien sûr l’explosion de Lac-Mégantic le 6 juillet. L’impensable s’est produit ce jour-là, mais des révélations du Globe and Mail nous ont appris que des signes avant-coureur ont été ignorés. Le niveau de dangerosité de certains types de pétrole, notamment celui qui était transporté dans les wagons qui ont déraillé à Lac-Mégantic, n’a pas été bien évalué. L’étiquettage des wagons n’a pas été bien fait. Le type de wagon utilisé était, de toute évidence, inapproprié. L’entreprise MMA faisait partie de celles qui avaient connu le plus d’incidents par les années passées. Bref, après coup, on réalise qu’il y avait plusieurs voyants rouges sur le tableau de bord. Cette tragédie soulève de sérieuses questions sur la sécurité entourant le transport du pétrole. En 2011, les trains transportaient au Canada 100 000 barils de pétrole par jour. En 2014, ce sera 1,1 million. Avec le développement possible d’oléoducs vers l’est, le sud et l’ouest, l’enjeu de la sécurité ne peut être que prioritaire. La production de pétrole ne cesse de grandir en Alberta, mais aussi aux États-Unis : le Texas vit un boom, le Dakota du Nord aussi avec le pétrole de schiste. Les États-Unis deviendront le premier producteur de pétrole du monde en 2015.

2- Un autre événement malheureux nous oblige à un examen de conscience. Le 25 avril dernier, l’horreur a frappé au Bangladesh. Un bâtiment qui abrite plusieurs manufactures de vêtements s’est effondré faisant plus de 1000 morts. Dans cette usine, on fabriquait des vêtements pour des entreprises occidentales, notamment la Canadienne Loblaw. Le gouvernement du Bangladesh a annoncé en novembre que le salaire minimum des employés du textile allait passer de 36 à 72 dollars par mois. Ce qui s’est passé là nous fait réaliser que nos bas prix, qu’on vante tant chez nous, sont attribuables dans certains cas au fait qu’on offre des conditions misérables à des milliers de travailleurs. Doit-on faire des économies au magasin au détriment de la vie humaine ?

3- Et puis, autre enjeu socio-économique majeur : la crise budgétaire américaine. La paralysie du gouvernement en octobre, provoquée par un affrontement politique entre les Républicains et les Démocrates, a entraîné la mise à pied temporaire de 800 000 fonctionnaires américains. Pendant plus de deux semaines, des pronostics pessimistes ont circulé sur l’impact économique. Complètement déconnectés de la réalité économique des millions de ménages américains, pauvres et sans aucune assurance, des membres du Congrès sont passés à quelques heures de plonger le pays dans un défaut de paiement. L’enjeu portait essentiellement sur le financement de la réforme santé du président Obama, réforme qui a pour but de permettre à des dizaines de millions d’Américains d’avoir accès à une assurance santé.

Dans les autres événements à retenir, 2 sont liés au gouvernement du Canada, 1 autre au gouvernement du Québec et plusieurs autres portent sur des entreprises canadiennes.

Le ministre Nicolas Marceau présente sa mise à jour économique.4- À Québec, le ministre des Finances Nicolas Marceau nous a dit longtemps que l’emploi allait bien, que l’économie se portait bien et que le déficit 0 allait être atteint comme prévu en 2013-14. En septembre, il nous disait même que c’était un « engagement ferme ». Finalement, la croissance économique en 2013 a été décevante et le ministre Marceau a été obligé de se rendre à l’évidence et de reporter de 2 ans l’équilibre budgétaire. Déficit cette année de 2,5 milliards de dollars en incluant la provision pour le Fonds des générations. Déficit prévu de 1,75 milliard $ l’an prochain. Et puis, déficit zéro en 2015-2016 avec toutefois une somme d’UN milliard de dollars à identifier. L’agence de notation Fitch a placé la dette du Québec sous surveillance avec perspective négative.

5- À Ottawa, les choses semblent s’accélérer. On prévoit plus qu’un déficit zéro dans 2 ans, on prévoit même un surprlus. Dans le budget du 21 mars dernier, le ministre Jim Flaherty a annoncé l’abolition graduelle du crédit d’impôt pour fonds de travailleurs d’ici 2017. Cette décision a soulevé une vive opposition au Québec où se trouvent les 2 plus importants fonds de travailleurs : le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN. Des syndicats, des travailleurs, des employeurs, des patrons, des politiciens sont sortis publiquement pour défendre le crédit d’impôt. Dans le cas du Fonds de solidarité FTQ, ça s’est fait dans des conditions difficiles puisqu’en même temps, il y a eu plusieurs révélations à la Commission Charbonneau sur l’influence du crime organisé auprès de certains dirigeants du Fonds FTQ. Ottawa maintient sa décision de mettre fin au crédit d’impôts pour les fonds de travailleurs.

6- Le 18 octobre, le premier ministre du Canada Stephen Harper a annoncé qu’après 4 ans de négociations, le Canada a conclu une entente de libre-échange avec l’Union Européenne. L’accord couvre pratiquement tous les secteurs d’activité. Le système de gestion de l’offre est protégé, mais le traité permettra l’importation de plus de fromages européens au Canada.

7- La catastrophe de l’année dans le monde des affaires au pays, c’est sans contredit la déconfiture de BlackBerry. En début d’année, le 30 janvier, tous les espoirs étaient permis. Le PDG Thorsten Heins, à la manière de Steve Jobs qui aimait présenter ses nouveaux produits sur une scène en faisant un véritable spectacle, a dévoilé le Q10 et le Z10. Ces deux appareils représentaient alors l’avenir de l’entreprise, qui a même annoncé ce jour-là un changement de nom, de Research in Motion à Blackberry. La suite a été décevante : le nouvel appareil n’a pas connu le succès escompté, les ventes ont été décevantes, l’entreprise s’est mise à annoncer des pertes, le PDG est parti, comme plusieurs autres dirigeants et administrateurs. On a tenté de trouver un acheteur pour l’entreprise, on a ensuite laissé tomber. Aujourd’hui, John Chen est le patron par intérim et il doit trouver une voie d’avenir pour ce joyau technologique canadienne qui a dû supprimer plusieurs milliers d’emplois. Il prévoit le retour à la rentabilité en 2016.

8- 27 juin : le CRTC dit oui à la vente d’Astral à Bell. Transaction de 3 milliards 400 millions de dollars.

9- 26 novembre : acquisition pour 12 ans des droits de diffusion au Canada des matchs de la Ligue nationale de hockey par Rogers pour 5,2 milliards de dollars.

10- 7 novembre : les investisseurs ont les yeux tournés vers Twitter, qui entre en bourse. L’action bondit de 75 % à sa première journée, ce qui permet d’évaluer l’entreprise à environ 25 milliards de dollars.

À surveiller en 2014

- les négociations sur les régimes de retraite au Québec : une loi cadre devrait être adoptée pour permettre le partage à parts égales des cotisations dans les régimes à prestations déterminées et organiser les négociations dans les municipalités ;
- un affrontement est à prévoir entre la direction de Postes Canada et son syndicat sur les compressions annoncées en décembre, la réduction des services, la suppression de postes et la réorganisation du régime de retraite ;
- avant ou après d’éventuelles élections, il y a aura un budget à Québec quelque part entre février et avril : pas de hausse d’impôts et de taxes en vue ;
- il y aura aussi bien sûr un budget à Ottawa au printemps : les premiers cadeaux fiscaux en vue des élections de 2015 seront probablement annoncés ;
- pas de hausse à prévoir du taux directeur de la Banque du Canada et de la Réserve fédérale américaine ;
- est-ce que BlackBerry va survivre à 2014 ?
- comment Rona va-t-elle remonter la pente après une année difficile ?

Enfin, mes personnalités économiques de l’année sont :

- au Québec : Pauline Marois. Ce n’est pas un jugement sur la qualité de ses politiques économiques, mais sur son hyperactivité dans l’économie. Le gouvernement Marois est très très présent dans tous les secteurs d’activité de l’économie. Plusieurs prêts et subventions ont été annoncés. Le gouvernement a aussi dévoilé sa politique économique, qui vise à stimuler le secteur manufacturier, améliorer la recherche et l’innovation, mettre en place l’électrification des transport en plus d’encourager le commerce extérieur. Aussi, bien sûr, le report du déficit 0 est un élément marquant de l’année 2013.

- au Canada : Stephen Poloz. Il est en place depuis 6 mois et le ton de la Banque du Canada est radicalement différent de celui de son prédécesseur Mark Carney. Sa politique favorise la baisse du dollar canadien. Il a offert une admission sans précédent à RDI économie en déclarant que la politique de la Banque du Canada depuis 6 ans a aidé à la surévaluation du marché immobilier canadien. Son défi : faire remonter l’inflation tout en évitant d’accentuer le problème de l’endettement des ménages.

Les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, en 2004- dans le monde : Sergey Brin et Larry Page, les patrons de Google. L’empire qu’ils ont bâti est à l’avant-garde des tendances et se démarque en terme d’innovation par rapport à ses concurrents. Google ne cesse d’ajouter des applications et de les bonifier. Son opérateur Android est dominant, ses applications font partie de celles qui sont les plus téléchargées, la recherche, les cartes, les jeux, les vidéos, les courriels. L’entreprise mise en ce moment sur l’acquisition d’entreprises qui conçoivent des robots dans l’objectif de profiter du marché grandissant de l’aide domestique. Google peut même vous dire où vous étiez dans les derniers jours avec son historique de localisation. Selon Forbes, Sergey Brin et Larry Page font partie des personnes les plus puissantes de la planète. La fortune du premier est évaluée à 24,4 milliards, celle du second à 24,9 milliards de dollars. L’action a dépassé la barre des 1000 dollars cette année. Google fait aujourd’hui 10 capitalisations les plus importantes de la bourse dans le monde.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes !

Les taux hypothécaires grimpent

Jeudi 22 août 2013 à 12 h 32 | | Pour me joindre

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La tendance à la hausse des taux hypothécaires fixes au pays se poursuit. La raison pour expliquer cette situation est simple : la croissance économique semble s’accélérer sur la scène internationale. Les investisseurs sont prêts à prendre plus de risques, s’attendent aussi à un ralentissement de l’intervention de la Réserve fédérale dans les marchés d’emprunt et délaissent les obligations gouvernementales, celles du Canada notamment, au profit d’obligations d’entreprises.

Les taux augmentent parce que la demande pour les obligations canadiennes est moins forte. Statistique Canada rapportait récemment que les investissements étrangers dans les obligations canadiennes étaient passés de 12,8 milliards de dollars en avril à 5,5 milliards en mai.

Comme l’exprime bien ce graphique préparé par la Banque du Canada, les taux obligataires sont en hausse depuis le mois de mai. C’est le cas des obligations portant à échéance sur 5 ans :

Rendements d'obligations types du gouvernement canadien à 5 ans

C’est vrai aussi pour les obligations 10 ans :

Rendements d'obligations types du gouvernement canadien à 10 ans

Les taux obligataires augmentent ainsi que les coûts d’emprunt pour les banques dans les marchés financiers. Ainsi, puisque les banques doivent payer davantage pour obtenir du financement, elles se tournent donc vers les consommateurs en leur proposant des taux d’intérêt plus élevés.

Ainsi, une institution comme la BMO, qui avait eu l’outrecuidance aux yeux du ministre Flaherty de proposer un taux de 2,99 % sur une hypothèque 5 ans en mars dernier, a remonté son offre à 3,79 % cette semaine. Certaines sont à 3,69 %, d’autres à 3,89 %.

Cette croissance des taux n’est pas pour déplaire à Jim Flaherty. Le gouvernement canadien a resserré les règles hypothécaires à quatre reprises dans les années passées pour ralentir la croissance de l’endettement des Canadiens. Cette approche a connu un succès mitigé : le marché immobilier poursuit sa croissance, les prix montent encore, l’endettement des ménages grandit.

La hausse des taux hypothécaires pourrait s’avérer encore plus efficace que les actions du gouvernement. Mais, si la croissance est trop forte, elle pourrait faire mal à bien des ménages, qui ont pris le risque de s’endetter au maximum pour réaliser leur rêve d’accéder à la propriété.

Emplois au Québec : du contexte

Vendredi 10 mai 2013 à 16 h 37 | | Pour me joindre

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En économie, il faut souvent se décoller le nez de la fenêtre, prendre un ou deux pas de recul pour mieux comprendre ce qui se passe. Il faut du contexte. Des économistes comme Pierre Fortin ou François Delorme, Bernard Élie, Luc Godbout et j’en passe viennent régulièrement à RDI économie pour nous aider à mettre un peu de lumière sur les enjeux.

Pour notre émission spéciale du 20 mai, jour de la fête des Patriotes, de Dollard et de la Reine, nous allons vous présenter une entrevue avec l’économiste Pierre Fortin, observateur de la scène économique québécoise depuis cinq décennies. Nous sommes allés chez lui ce matin pour réaliser cette entrevue qui, je pense, va beaucoup vous intéresser.

Il m’a donné un graphique pour vous, que je reproduis ici :

Alors que le Québec voit son taux de chômage augmenter depuis le début de l’année, il est passé de 7,1 à 7,8 %, le taux d’emploi du Québec demeure encore plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart qui s’était resserré avec l’Ontario ne s’est que très légèrement agrandi. Le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15 ans et plus.

Ainsi, selon Statistique Canada, le taux d’emploi en Ontario était de 61,2 en janvier. Il est à 61,3 en avril. Au Québec, il était à 60,7 en janvier. Il est à 60,2 aujourd’hui. On a raison de dire que le bilan québécois est moins bon que celui de l’Ontario dans les derniers mois. Mais il faudra attendre encore pour établir des tendances lourdes et évaluer si le Québec est en train de recommencer à prendre du retard sur l’Ontario.

Il s’est ajouté 44 000 emplois au Québec en avril 2013 par rapport à avril 2012. En Ontario, c’est un ajout de 71 000. La croissance économique est faible dans les deux provinces. Comme l’expliquent les économistes de Desjardins, « il faut reconnaître que depuis janvier, le bilan du marché du travail est plutôt terne. Il est vrai que sur le plan des données économiques, c’est un début d’année hésitant qui caractérise le continent nord-américain. Avril ne présente pas de surprise. […] D’ici l’été, le marché du travail devrait afficher un meilleur score que les quatre premiers mois de l’année qui se sont soldés négativement. »

Il ne faut pas amoindrir le message que nous envoient les statistiques. Comme le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty l’exprimait hier à Londres, il est à souhaiter que les pays occidentaux vont orienter leurs politiques et leurs priorités vers la croissance et l’emploi. Nous sommes largement dépendants de la croissance mondiale, surtout américaine.

 

Alors qu’on constate ces jours-ci que l’austérité à court terme n’était peut-être pas la meilleure solution dans un contexte aussi exceptionnel que celui de l’après-crise financière de 2007-2009, les gouvernements du Canada et du Québec multiplient, pour leur part, les compressions budgétaires. La croissance économique est pourtant faible au pays, particulièrement au Québec. Malgré tout, l’austérité règne.

Dans les budgets présentés en 2012 et en 2013, dans l’objectif d’atteindre l’équilibre en 2015-2016, le gouvernement Harper a dévoilé une série de mesures qui visent à réduire ses dépenses. C’est de l’austérité de « déficit zéro » pourrait-on dire et non pas de l’austérité de dernier recours comme le vivent la Grèce et le Portugal. Le Canada et le Québec choisissent d’appliquer des mesures d’austérité alors que ces mesures en Europe sont associées à une aide et à des exigences du FMI notamment.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas MarceauAu Québec, le gouvernement Charest avait ciblé 2013-2014 pour retrouver l’équilibre budgétaire et le Parti québécois, au pouvoir depuis septembre dernier, a décidé de maintenir cette cible. Mais l’économie ralentit, les revenus ne sont pas à la hauteur des attentes et le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard se sont lancés dans une série de compressions et de révisions de budgets qui touchent plusieurs ministères et organismes.

Si l’austérité a eu un effet dépressif sur les économies européennes, le bureau du Directeur parlementaire du budget à Ottawa nous permet de savoir ce que des mesures de compressions auront, en principe, sur le potentiel économique du pays. Ainsi, dans son rapport du 29 avril, la directrice par intérim du bureau Sonia L’Heureux évalue que les compressions annoncées en 2012 et 2013 vont réduire de 0,5 % environ le PIB au Canada en 2015, 2016 et 2017. Sonia L’Heureux calcule aussi que, sans les compressions des deux derniers budgets, le Canada compterait 62 000 emplois de plus en 2016 et 67 000 de plus en 2017.

Quel serait le résultat d’une telle analyse au Québec avec les multiples compressions annoncées par le gouvernement Marois? Ne serions-nous pas mieux servis par le travail d’un directeur parlementaire du budget à Québec aussi, chose pourtant promise par le PQ en campagne électorale?

 

Le ministre des Finances Jim Flaherty a présenté un nouveau budget déficitaire, avec un manque à gagner de 18,3 milliards de dollars. Il mise sur la lutte à l’évasion fiscale pour équilibrer les finances publiques avant les élections générales de 2015. Les chômeurs et les provinces devront pour leur part s’adapter à la nouvelle formule que le gouvernement imposera concernant la formation de la main-d’œuvre.