Billets classés sous « Japon »

Le Canada avait-il le choix de conclure ou non un accord avec les pays du Pacifique? On a l’impression depuis plusieurs semaines que cette entente va déstabiliser l’économie canadienne, en particulier les secteurs de l’agroalimentaire et de l’automobile. Mais le résultat net, nous dit le gouvernement, sera positif pour l’ensemble de l’économie. Est-ce vrai?

Aujourd’hui, près de 80 % des exportations canadiennes se font déjà vers des pays avec lesquels il y a un accord de libre-échange : les États-Unis, le Mexique, le Chili. En adhérant à l’accord de Partenariat transpacifique, le Canada ouvre davantage ses marchés potentiels d’exportations en se donnant des accès à des marchés imposants comme le Japon (3e économie mondiale), le Vietnam et la Malaisie.

Le Canada se donne aussi accès à des biens et des services dont les coûts seront moins élevés, étant donné la diminution et l’élimination de droits prévus dans le cadre de l’accord. Il est difficile de mesurer les effets réels. Mais il est clair que ce sera bon pour le commerce.

Cela dit, il est clair aussi qu’il y aura des perdants dans les secteurs agricole et automobile. Dans le langage militaire, quand il y a des victimes innocentes, on parle de dommages collatéraux. Dans le cas d’un accord de libre-échange qui touche 40 % de l’économie mondiale, dites-vous bien qu’il y a beaucoup de victimes collatérales. Mais je vous le rappelle : les gouvernements considèrent que le bilan net sera positif. Et il y a de fortes chances qu’il le soit.

Ces accords s’inscrivent dans une dynamique de destruction créatrice, comme l’a décrit l’économiste Joseph Schumpeter. Les transformations, l’innovation, la croissance économique ne se font pas sans heurts. En fin de compte, ça marche, selon les adeptes de cette vision du capitalisme.

Il faut surtout comprendre que ce type d’accord est conclu entre puissances : les pays les plus forts dominent, les secteurs d’activité les plus riches et les plus influents orientent les négociations. Le Canada est un joueur de taille moyenne dans ce dossier, et son influence est nécessairement moindre.

Le Canada, en adhérant à l’accord, doit donc faire des concessions en retour de nouveaux marchés prometteurs. En s’excluant de l’accord, le Canada allait laisser filer des occasions d’affaires exceptionnelles aux mains d’autres pays qui vont profiter de ces nouveaux marchés.

Le Canada avait-il le choix? Pouvait-il regarder passer l’ouragan du libre-échange qui se pointe à l’horizon? Le Canada ne faisait pas partie de cette négociation au départ. Le pays ne s’est joint, in extremis, au groupe du PTP qu’en 2012.

En trois points, voici ce que l’accord prévoit :

  1. Élimination des tarifs douaniers sur de nombreux produits des secteurs de la pêche (poissons, fruits de mer, homard, crevettes, etc.), de l’agriculture et de l’agroalimentaire (boeuf, porc, orge, blé, canola, etc.), de la forêt (bois d’oeuvre, panneaux à particules, contreplaqués, etc.), de plusieurs industries (machinerie, métaux, minerais, chimiques, plastiques, sciences de la vie, aérospatial). Les exportateurs canadiens profiteront d’une baisse ou d’une élimination de tarifs douaniers sur ces produits au cours des 5 à 15 prochaines années. En retour, les consommateurs canadiens profiteront de produits qui pourraient coûter moins cher étant donné l’abandon des tarifs à l’importation.
  2. Le Canada se donne accès à des marchés où les tarifs sont particulièrement élevés et qui seront progressivement abandonnés : le Japon, la Malaisie, le Vietnam surtout.
  3. Les perdants sont les producteurs laitiers, qui devront accepter une ouverture supplémentaire de 3,25 % de leur marché, ainsi que les producteurs d’oeufs et de volailles, qui devront ouvrir entre 1,5 % et 2,3 % de leurs marchés. En retour, des compensations de 4,3 milliards de dollars sont prévues pour aider les producteurs au cours des 15 prochaines années. En passant, ces compensations couvrent aussi les pertes qui seraient associées à l’accord de libre-échange Canada-Union européenne. Les fabricants de pièces d’autos du Canada sont aussi parmi les perdants. Les pièces dites locales ne seront plus celles fabriquées au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Ce seront celles provenant des 12 pays de l’accord. Et le quota passera de 62,5 % à 40-45 %.

Ah, la dette…

Jeudi 2 juillet 2015 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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Un téléspectateur de RDI économie m’a demandé pourquoi la Grèce et Porto Rico sont plongés dans des difficultés financières de grande ampleur, alors que d’autres États ont des niveaux d’endettement plus élevés. Excellente question.

D’abord, les chiffres :

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Pourquoi le Japon, dont la dette représente 230 % de son PIB, n’est pas plongé dans une crise financière abyssale avec un tel endettement? Et pourquoi un pays comme le Sri Lanka, dont la dette ne représente que 76 % de son PIB, doit offrir ses obligations gouvernementales sur 10 ans à 9 % d’intérêt, alors que le Canada, dont l’endettement est plus élevé, à 87 %, s’en tire avec un taux de seulement 1,8 %?

Réponse courte : la confiance. Un pays dont l’économie est solide et diversifiée, dont le pouvoir politique est stable, qui rembourse ses dettes, qui est bien coté par les agences de notation, va inspirer la confiance et va attirer les investissements. Cet État n’aura pas de mal à se financer dans les marchés, à faibles coûts d’intérêt.

C’est le cas de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, du Québec aussi. Mais c’est plus difficile pour des pays plus instables, dont les revenus sont plus irréguliers, des endroits où la population est pauvre, où le filet social est faible. Le ratio dette/PIB peut être plus faible au Sri Lanka qu’au Canada, d’autres indicateurs expriment des écarts majeurs, notamment sur le niveau de vie, l’inflation, le commerce, le budget ou la corruption.

De plus, il faut regarder les actifs d’un pays. Si vous prenez l’exemple du Japon, sa dette brute est à 230 % de son PIB, mais sa dette nette, qui tient compte de ses actifs, est à 100 %. L’endettement japonais est attribuable à son manque de croissance économique et au vieillissement de sa population. Mais une très grande part de sa dette appartient aux Japonais et non à des investisseurs étrangers. On évalue à 90 % le niveau de la dette entre les mains de la population locale, ce qui permet au pays de maintenir ses taux d’intérêt plus bas.

Effacer la dette grecque?

Dans le cas de la Grèce, son endettement ne cesse de grimper, son PIB est en chute, son niveau de chômage dépasse les 25 % et c’est le double chez les jeunes. Entre les mesures d’austérité et les problèmes structurels de la fiscalité grecque, Athènes n’arrive pas à émerger de ses difficultés. La Grèce n’est plus capable de se financer sur les marchés financiers. Et certains en arrivent à proposer qu’on efface une partie de la dette du pays pour lui donner de l’air et lui permettre de se restructurer et de se relancer.

Après avoir poussé la Grèce à des réformes structurelles, notamment avec la privatisation  d’actifs, la coupe d’effectifs et la réduction des pensions, le FMI en arrive aujourd’hui à la conclusion qu’il faudra réfléchir à la possibilité de radier une partie de la dette du pays.

À RDI économie lundi, l’analyste géopolitique Pierre Fournier expliquait que « la réalité, c’est que les Grecs ne pourront jamais rembourser leur dette. C’est un secret de Polichinelle, tout le monde le sait, mais l’Europe n’est pas prête, ni le FMI d’ailleurs, à effacer une partie de la dette grecque […] comme ça a été fait avec l’Allemagne en 1953, comme ça s’est fait avec la Pologne, la Russie, plusieurs pays d’Amérique latine. C’est ça la solution. Ce que craignent les autorités européennes, c’est évidemment l’effet de contagion. »

Quand on sait que la Grèce doit 90 milliards d’euros à l’Allemagne, on comprend facilement que Berlin n’est pas vraiment prête à envisager une radiation de dette, à moins que la Grèce accepte de se soumettre à de nouvelles mesures d’austérité, des réductions de dépenses et des hausses d’impôt.

Tout est relatif donc quand il est question de dette.

Sur ces mots, je sors de mon bureau pour quelques semaines, à la recherche de mon ami Galarneau. Bon été, soyez sages!

Sources : Trading Economics, The Globe and Mail, Université de Sherbrooke

Dans l’indifférence…

Mercredi 5 décembre 2012 à 15 h 29 | | Pour me joindre

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Sentez-vous une urgence à répondre efficacement au défi écologique?

Alors qu’on nous annonce à Doha, où se tient la 18e conférence des Nations unies sur les changements climatiques, que la température moyenne mondiale va grimper de 5 degrés Celsius d’ici 2100, les grands enjeux au cœur des discussions des dirigeants mondiaux ne font qu’effleurer les questions écologiques. À raison, diront certains, compte tenu de l’ampleur des problèmes économiques et financiers. À tort, diront d’autres, compte tenu de l’importance des questions environnementales pour l’avenir de la planète.

Conférence sur le climat à DohaEn Europe, tous les yeux sont tournés sur ces gouvernements qui ont du mal à contrôler leurs finances publiques, qui plongent un peu plus chaque trimestre dans la récession et qui provoquent de vifs débats sur l’avenir de la zone euro.

Aux États-Unis, on ne parle plus que du précipice budgétaire et de l’affrontement entre un président démocrate à la Maison-Blanche et un président républicain à la Chambre des représentants. L’objectif : trouver un compromis qui permettra à chacun de ne pas perdre la face et qui fera en sorte d’éviter un choc fiscal de 600 milliards, hausse d’impôts et réduction de dépenses, le 1er janvier prochain.

En Chine, le gouvernement œuvre à réorganiser son économie pour développer une demande intérieure durable. Cela fera en sorte de ralentir et de stopper la hausse des inégalités, et de permettre aussi au pays de réduire sa dépendance aux exportations vers des pays qui sont aujourd’hui en difficulté financière et économique.

Chez nous, au Canada, le pétrole, le gaz et les mines sont au centre des discussions pour développer l’économie. Ottawa soutient le développement de l’industrie pétrolière de l’Alberta et des sables bitumineux. Même Québec s’y intéresse : on discute d’inverser l’oléoduc Sarnia-Montréal pour permettre le transport du pétrole de l’ouest vers l’est. Le gouvernement Marois souhaite aussi développer le pétrole qui se trouve sur son territoire.

Pendant ce temps, comme Le Monde le rapporte mercredi, les négociations de Doha n’ont pas permis de faire des progrès notables. « Le cœur n’y est pas », dit-on en marge des négociations. On maintient l’objectif d’en arriver à un accord d’ici 2015, mais on a l’impression qu’il n’y a pas vraiment de sentiment d’urgence pour en arriver à un accord prochainement.

Comme si on pouvait reporter continuellement à un peu plus tard.

Comme si 2020, 2030, 2050, 2100 étaient des échéances lointaines, très très lointaines.

En fait, comme l’écrivait de nouveau Le Monde le 26 novembre, « les budgets publics sont exsangues, le marché carbone s’est effondré et le débat sur les financements innovants (taxe sur l’aviation notamment) piétine ».

Pourtant, les émissions ne font qu’augmenter sur la planète : hausse prévue de 2,6 % cette année, hausse de 58 % par rapport au niveau de 1990. Les émissions de la Chine sur environ 25 ans (de 2004 à 2030) devraient être deux fois les émissions de l’OCDE. Selon le Global Carbon Project, la Chine est le plus grand pollueur du monde avec 28 % des émissions, suivi des États-Unis à 16 %. Mais les émissions par habitant sont de 6,6 tonnes en Chine et de 17,2 tonnes aux États-Unis.

Pour la suite, la Chine hésite, tout comme les États-Unis d’ailleurs. Le Japon ne veut pas s’engager avec des cibles précises. Le Canada, qui a quitté l’accord de Kyoto, continue à recevoir des prix fossiles pour ses positions jugées rétrogrades en matière d’environnement. Mis à part l’Europe et l’Australie, la volonté politique n’y est pas.

N’est-ce pas inquiétant?

Imprudent ou visionnaire, M. Bachand?

Mardi 27 septembre 2011 à 13 h 29 | | Pour me joindre

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J’ai découpé l’article de Martin Vallières dans La Presse ce matin, intitulé PIB du Québec : pas de stimulant économique requis, dit Bachand. Je le mets de côté ce texte pour voir si mon ministre aura raison ou tort. Soit il est visionnaire, soit il se trompe. Mais, chose certaine, le ministre des Finances du Québec a fait son lit, loin de la prudence qui devrait peut-être l’animer en ces moments troubles.