Billets classés sous « Inégalités »

Lente croissance économique, menaces terroristes, défis écologiques, inégalités grandissantes, lourdes dettes publiques : cette année 2016 s’amorce sur une panoplie de défis complexes, exigeants, inquiétants. J’éviterai ici de me prendre pour un expert géopolitique et de me lancer dans une savante analyse de ce qui devrait être fait pour combattre le terrorisme. Mais, face aux autres enjeux, les décideurs économiques et politiques ont le pouvoir d’agir maintenant.

Ce n’est pas d’un coup de baguette magique qu’on va effacer les déficits, ramener la croissance à plus de 2 %, plafonner le réchauffement climatique et renverser la courbe des inégalités. Mais c’est par des décisions courageuses, intelligentes et durables qu’on va y arriver.

C’est en misant sur la recherche, le développement et l’innovation qu’on fait grandir une économie et qu’on améliore sa productivité. C’est en misant sur l’éducation – de la formation professionnelle à la fin des études universitaires – qu’on enrichit une population et améliore le niveau de bonheur.

Et c’est sans doute par une meilleure coordination des politiques internationales, entre les pays les plus avancés, qu’on pourrait espérer réduire les inégalités sociales et les écarts de richesse. Dans sa dernière étude, Oxfam constate, une fois de plus, que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres grandit toujours. Dorénavant, les 1 % les plus riches sont mieux nantis que tout le reste de la population mondiale, les autres 99 %.

Le problème, on le connaît, mais il demeure entier. Quantité de gens riches et de multinationales ne paient pas les impôts qu’ils devraient payer, là où ils devraient les payer. Entourloupettes fiscales légales, paradis fiscaux, niches fiscales avantageuses, incitatifs fiscaux, nommez-les, des milliards et des milliards ne sont pas récoltés par les gouvernements et ne sont pas redistribués dans la population, chez ceux qui pourraient en bénéficier.

Les grandes organisations internationales, de gauche comme de droite, qu’elles soient très favorables ou peu enclines au libre marché, le savent et le reconnaissent : les inégalités n’augurent rien de bon sur le plan économique. Ça ne favorise pas le bonheur et, dans une société de consommation où le pouvoir d’achat ne s’améliore pas, ça ne génère pas de croissance économique. Plus encore, les inégalités créent des tensions sociales.

Alors, soyons optimistes quand même : l’humanité est capable d’innover, de créer, de changer les choses. Il y a des milliers d’exemples, souvent à petite échelle, de gens et de communautés qui se prennent en main, qui inventent, qui choisissent la solidarité pour créer de la richesse.

En ces temps particulièrement pénibles, avec les attaques terroristes qui se multiplient, espérons que nos décideurs vont s’élever au-dessus de la mêlée en proposant des projets verts, durables, innovants, justes et créateurs d’emplois.

Il est de plus en plus rare pour un petit investisseur de sentir qu’il a quelque contrôle que ce soit sur le marché boursier. La très grande majorité des transactions sont effectuées de nos jours par des algorithmes et une quantité phénoménale d’entre elles se font en quelques millièmes de seconde. La bourse est rendue ultra sophistiquée, dominée par de grandes institutions financières qui utilisent tous les moyens à leurs dispositions pour augmenter leurs rendements.

Ce qui reste véritablement pour les petits actionnaires, ce sont les assemblées annuelles d’entreprises. Cet événement, qui se déroule généralement dans une salle de conférence d’un hôtel, permet aux actionnaires d’entendre les patrons de la société, de voter sur certaines décisions ou recommandations du conseil d’administration et de faire des propositions. Encore là, les institutions financières possèdent beaucoup de pouvoir dans ce genre d’assemblée. Mais il est encore possible pour de petits investisseurs de se faire entendre.

C’est ce qu’ont fait les actionnaires de la CIBC, qui ont refusé la semaine dernière d’entériner la rémunération de retraite prévue pour deux anciens hauts dirigeants, rémunération qui devait totaliser 25 millions de dollars par année. L’Office d’investissement du RPC (Régime de pension du Canada) et Teachers (Régime de retraite des enseignantes et enseignants de l’Ontario) ont mis tout leur poids dans la balance pour s’opposer à cette décision de la CIBC. C’est donc à 57 % que les actionnaires – petits et grands – se sont opposés à cette rémunération, situation exceptionnelle qui ne s’est produite qu’en 2013. Une majorité d’actionnaires avaient alors refusé le plan de rémunération des dirigeants de Barrick Gold.

Un vote dont les entreprises doivent tenir compte

Ce vote est consultatif, mais il oblige les institutions à revoir leur pratique. La confiance des investisseurs est essentielle aux activités des entreprises en bourse. Et l’adoption d’une législation obligeant le vote consultatif en 2009 au Canada redonne un peu de pouvoir aux actionnaires. On s’entend, ce vote-là ne va pas entraîner une vague d’opposition générale aux rémunérations élevées des dirigeants. Mais c’est un pas dans la bonne direction.

Les actionnaires peuvent se faire entendre et faire pression sur la direction après avoir réfléchi à certains enjeux sociaux et moraux. Et la question de la rémunération est certainement au cœur de l’un des enjeux les plus importants de notre époque : les écarts de richesse. Tant à gauche qu’à droite, les inégalités de revenus ont été identifiées comme étant l’un des risques les plus menaçants pour l’économie mondiale et pour l’ordre social.

La rémunération des PDG des 6 grandes banques canadiennes représente de 75 à 131 fois le salaire moyen de leurs employés, selon le MEDAC, le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires. Les grands patrons de ces banques gagnent de 9 à 13 millions par année. C’est beaucoup, c’est même énorme. On peut facilement dire que c’est exagéré. En retour, les dirigeants de ces institutions ont pour mission de faire fructifier l’avoir des actionnaires, ce qui permet à nos régimes de retraite de générer des rendements importants, année après année.

100 fois la rémunération moyenne, est-ce justifié?

La question : ce travail vaut-il 10 millions de dollars? Ce travail justifie-t-il un salaire qui représente 100 fois le revenu moyen des travailleurs de l’entreprise? Quand on regarde à McDonald’s, Target ou Wal-Mart, la rémunération du PDG est 400, 500, 1000 fois le salaire médian des employés. Est-ce acceptable? Quel est le ratio qu’on peut accepter?

Il est rassurant de savoir que les actionnaires peuvent se prononcer sur ce genre de choses. Il est loin d’être clair et acquis qu’ils vont s’opposer à ces rémunérations. Mais, le pouvoir d’agir, de parler, d’exprimer existe. C’est déjà ça.

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Dangereuses inégalités

lundi 19 janvier 2015 à 19 h 15 | | Pour me joindre

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L’un des endroits dans le monde occidental où les inégalités  sont les plus faibles, c’est au Québec. L’explication est assez simple : le Québec s’est bâti un tissu social étendu pour réduire la souffrance, l’exclusion et améliorer le sort du plus grand nombre de ses citoyens. Ça s’est fait par une intervention massive de l’État dans l’économie et des impôts élevés. On aime ou on n’aime pas ce modèle, mais il est factuel de dire qu’il a contribué à maintenir un niveau d’inégalités parmi les plus bas d’Occident.

Ce modèle n’est pas celui des États-Unis, du Royaume-Uni et d’une bonne partie des pays de l’OCDE. Et c’est ce qui explique pourquoi les inégalités de richesse ne cessent de croître. Oxfam calcule, dans une étude publiée aujourd’hui, que les 1 % les mieux nantis détiendront une plus grande part de la richesse mondiale que le reste de la population mondiale en 2016. Et un total de 80 individus détiendront plus de richesse que la moitié de la population planétaire, soit 3,5 milliards de personnes, les 50 % les moins riches.

Tendance dangereuse

Ce constat ne vous surprendra probablement pas. Mais je pense que ce qu’on apprend aujourd’hui est encore plus important que ce qui nous est généralement révélé. Le graphique qui suit, regardez-le un instant. Il exprime une tendance dangereuse qui vient ajouter aux inquiétudes et aux conséquences néfastes provoquées par la montée des inégalités.

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Vous voyez que de 2000 à 2010, la richesse des 50 % les moins nantis a progressé, sauf durant la période de la crise financière. La croissance de la richesse des 50 % les moins nantis a suivi la tendance des 80 personnes les plus riches de la planète. Ainsi, la richesse des 50 % les moins nantis est passée d’environ 600 milliards de dollars en 2002 à 2500 milliards de dollars en 2010. Au même moment, la richesse des 80 personnes les mieux nanties de la planète a progressé également, avec une pause en 2008, pour atteindre 1500 milliards en 2010.

Mais, depuis 2010, les courbes se déchaînent : la richesse des 50 % les moins nantis chute, alors que celle des 80 personnes les plus riches grandit. En 2014, les 50 % les moins riches possédaient moins que les 80 individus les mieux nantis. Ainsi, la théorie entretenue par ceux qui croient au ruissellement de la richesse, fortement contestée, ne tient pas : les riches qui s’enrichissent n’améliorent pas le sort de ceux qui sont moins choyés. Ce graphique montre un effet contraire : une baisse de richesse pour les 50 % les moins riches, alors que les 80 individus les mieux nantis profitent pleinement de la reprise des marchés financiers depuis 2009.

La croisée des chemins

Ce graphique, qui extrapole une projection pour les prochaines années, illustre une même tendance. La part de la richesse mondiale qui revient aux 1 % les mieux nantis grandit, alors que la part qui sera détenue par les 99 % de la population va décroître.

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La grande explication repose dans le fait que les marchés ont bondi depuis 2009 après la crise financière. D’ailleurs, la seule façon qu’on a trouvé de réduire les inégalités, mis à part les impôts élevés des années 40, ce sont les crises financières qui sont venues gruger la valeur des richesses des mieux nantis. C’est ce qui s’est passé en 2008. En période de croissance toutefois, les riches s’enrichissent très rapidement parce que ce sont eux qui ont accès aux marchés et qui détiennent une bonne part des actifs mondiaux.

Les marchés financiers créent de la richesse pour les plus riches. Ce sont des politiques d’éducation et de santé publiques qui vont aider les plus pauvres de notre société. Les marchés financiers ont un apport plus que modeste pour les moins bien nantis.

L’impact des inégalités est multiple et il a été démontré, expliqué des centaines de fois par quantité d’économistes réputés, à commencer par Thomas Piketty et Joseph Stiglitz. L’une des conséquences les plus inquiétantes, et c’est l’OCDE qui l’a récemment expliqué, ce sont les troubles sociaux qu’engendrent les écarts de richesse. Le manque d’accès à l’éducation, le rejet social, une faible qualité de vie sont des contributeurs importants à la criminalité, la violence et certainement au terrorisme.

Des réserves

Cette analyse n’est pas partagée par tous les économistes. L’Institut économique de Montréal (IEDM) a publié plusieurs textes pour réfuter les conclusions de rapports portant sur les inégalités. En 2012, l’économiste Yanick Labrie écrivait qu’on devrait s’intéresser davantage aux mesures de consommation que de revenus, plus révélatrices selon lui, de l’état de santé économique des ménages. En regard de la consommation, les écarts sont moins grands selon l’IEDM.

En débat à RDI économie, Vincent Geloso, également économiste associé à l’IEDM, a émis des réserves sur la validité des données utilisées par Oxfam, affirmant que ces informations sous-estimaient la richesse réelle des plus pauvres de la planète.

Éducation d’abord

Améliorer le sort des moins nantis, c’est miser sur l’éducation et la santé certainement. Mais plusieurs économistes sont d’avis que le moyen le plus simple de réduire les écarts de richesse, c’est de taxer les riches, taxer les entreprises, taxer le capital. Il semble bien que le président Obama veuille aller vers cette option. Il annoncerait dans son discours sur l’état de l’Union mardi soir qu’il faut augmenter les impôts des plus riches pour réduire l’impôt de la classe moyenne.

Qu’en pensez-vous?

Marx, Piketty et le capital

mercredi 7 mai 2014 à 16 h 55 | | Pour me joindre

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Thomas Piketty est un économiste français qui roule sa bosse depuis une vingtaine d’années dans les milieux universitaires. Docteur en économie, reconnu par ses pairs, excellent communicateur sur les enjeux socioéconomiques, le chercheur connaît aujourd’hui un succès inattendu avec la publication d’un livre sur les inégalités : Le Capital au XXIe siècle.

Son succès s’est d’abord affirmé chez lui, en France, l’an dernier, mais il s’est accéléré aux États-Unis dans les derniers mois. Son livre s’est retrouvé parmi les meilleurs vendeurs d’Amazon. Il est actuellement numéro 2 et se trouve dans les 100 premiers du palmarès depuis plus de 50 jours. C’est impressionnant puisque les propos de Thomas Piketty ne rejoignent pas nécessairement le courant économique dominant aux États-Unis. Thomas Piketty est de gauche, il est Français et il parle de hausse d’impôts!

L’économiste Éric Pineault, professeur à l’UQAM, lui-même de gauche, a lu le livre et juge qu’il est important pour deux grandes raisons. D’abord, Thomas Piketty reconstitue l’évolution des inégalités de revenus sur plusieurs siècles. Ce travail aide à mettre le contexte actuel en perspective.

Puis, il change le modèle d’analyse des inégalités en s’intéressant aux rapports de force dans l’économie entre travail et capital. Il montre que la rémunération du travail évolue en fonction de la croissance économique, tandis que le capital, lui, ne suit pas cette tendance. Son rendement n’est pas lié à la croissance économique. En temps de forte hausse du PIB, travail et capital peuvent progresser ensemble, mais en période de croissance plus faible, les inégalités semblent se nourrir d’un rendement du capital plus élevé que la croissance économique.

En fait, ce que Thomas Piketty démontre, nous dit Éric Pineault, c’est que l’accumulation de la richesse privée grandit en temps de croissance, au pire stagne en période de décroissance, alors que les états s’appauvrissent. Il n’y a pas de croissance du capital public, explique M. Piketty quand on regarde les données des grands pays industrialisés, dont le Canada, de 1970 à 2010.

L’économiste français dit que les richesses privées ont augmenté plus rapidement en pourcentage du PIB que n’a augmenté la dette publique depuis 20 à 30 ans. Et c’est de ça qu’il faut s’inquiéter selon lui, et non de l’endettement des pays qui a mené, ces dernières années, à des mesures d’austérité qui ont tué la croissance.

Dans une entrevue accordée à Europe 1, Thomas Piketty explique combien l’Europe s’est emprisonnée dans un modèle qui ne favorise pas la croissance. On ne peut pas avoir une monnaie unique et un territoire sans frontière, dit-il, sans avoir une harmonisation fiscale. L’Europe compte 18 systèmes fiscaux différents. C’est intenable. Si on veut taxer le patrimoine privé, il faut harmoniser les politiques fiscales européennes, explique l’auteur.

A-t-on raison de le comparer à Karl Marx, ai-je demandé à Éric Pineault? Non, me dit-il. Mais Thomas Piketty se place lui-même, en plusieurs endroits dans son livre, en dialogue avec Le Capital de Marx. Même s’il emprunte le titre du célèbre ouvrage, il n’est fondamentalement pas marxiste. Thomas Piketty légitime le rendement sur le capital. Il conçoit que le capital puisse être rémunéré.

Dans l’entrevue à Europe 1, il va plus loin : il faut un certain niveau d’inégalités pour assurer une croissance de l’économie. Mais, pas à l’extrême, précise-t-il. Un moment donné, ces inégalités deviennent nuisibles. C’est d’ailleurs ce que vient de constater l’OCDE en appelant en début de semaine à ce qu’on s’intéresse davantage à une forme de « croissance inclusive » plutôt qu’à la seule croissance de la production. Il faut mesurer et encourager la réduction des inégalités et investir en éducation pour lutter contre la pauvreté, dit un rapport publié lundi par l’OCDE.

L’économiste français mentionne aussi que l’inflation est un poison. C’est une forme de taxe sur les petits patrimoines, tandis que l’impôt sert à taxer davantage les gros patrimoines tout en protégeant les plus pauvres. Thomas Piketty rappelle que, de 1930 à 1980, le taux d’impôt aux États-Unis sur les revenus de plus de 1 million de dollars était de 82 % en moyenne. « Ça n’a pas tué le capitalisme américain », a-t-il déclaré. Avec une hausse du PIB de 4 ou 5 % par an, la montée des inégalités serait plus acceptable, selon lui. Mais pas à 1,5 %, la moyenne des dernières décennies.

M. Piketty fait face à des critiques. La plupart saluent son travail d’analyse, de récolte de données et d’explications. Certains, comme The Economist, sont d’avis que l’application des politiques proposées par l’économiste serait néfaste. Plus d’impôt réduirait les investissements à leur avis. « L’intérêt de M. Piketty à noyer les riches embrasse l’idéologie socialiste, écrit The Economist. Ça explique peut-être pourquoi Capital est un best-seller. Mais c’est un plan de match bien pauvre pour l’action. »

Davos et les écarts de richesse

lundi 20 janvier 2014 à 13 h 09 | | Pour me joindre

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Les puissants de la planète se rencontrent cette semaine à Davos, grande réunion annuelle des chefs politiques et économiques du monde. C’est un lieu où les rencontres en marge des grands ateliers ont souvent plus d’importance que tout ce qui est prévu au programme officiel. C’est dans ce genre d’événements que des liens se tissent, que des rapprochements s’effectuent, que des négociations s’amorcent, que des avancées importantes peuvent se faire dans la conclusion d’une entente contractuelle ou d’un investissement à développer.

Pendant que les puissants discutent business, Oxfam nous rappelle que les inégalités de richesse ne cessent de grandir. Et qu’au final, malgré tous les contrats et les investissements, malgré toute l’importance des relations qui s’établissent à Davos, les riches sont toujours plus riches et les moins nantis ne voient guère leur situation s’améliorer. Le Forum économique mondial indiquait il y a 2 mois que les écarts de richesse représentaient le risque général le plus important pour les 12 à 18 prochains mois après les tensions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Un certain degré d’inégalité économique est nécessaire, écrit Oxfam, pour le progrès et la croissance, rétribuant ceux qui ont du talent, des compétences durement acquises, l’ambition d’innover et d’entreprendre. Toutefois, la concentration extrême des richesses observée actuellement menace de priver des centaines de millions de personnes des fruits de leur talent et de leur travail. »

Presque la moitié des richesses mondiales appartient à 1 % de la population selon les données du Crédit Suisse et de Forbes citées par Oxfam. Les 1 % les plus riches possèdent 110 trillions de dollars, soit l’équivalent de 65 fois la richesse de la moitié des moins nantis du monde. En fait, cette moitié a une richesse totale équivalente à celle des 85 personnes les plus riches de la planète.

Autre fait soulevé par Oxfam : « 7 personnes sur 10 vivent dans un pays où l’inégalité économique a augmenté au cours des 30 dernières années. » Et, fait troublant, 95 % de la croissance depuis 2009 aux États-Unis ont été accaparés par les 1 % les plus riches.

L’économiste Lawrence Mishel et l’historien Colin Gordon ont calculé l’évolution salariale des Américains de 1973 à 2012. C’est le chroniqueur Paul Krugman qui attire notre attention sur ces données ce matin dans le New York Times, des données révélatrices.

Ainsi, en tenant compte de l’inflation, de 1973 à 2012…

  • les salaires des 20 % les moins nantis ont reculé de 0,7 %;
  • les gens qui se trouvent dans les 30 % à 70 % les plus riches ont vu leur salaire réel augmenter de 0,1 % à 11,7 %;
  • chez les gens dont les salaires sont dans les 70 à 80 % les plus élevés, la hausse est de 21,2 %;
  • dans la tranche de 80 % à 90 %, la hausse atteint 31,1 %;
  • et puis, les 10 % les plus riches ont vu leur salaire réel augmenter de 35 %.

Ces données nous laissent voir que la seule période où les écarts ont cessé de s’agrandir, c’est entre 1995 et 2000, période économique faste. Autrement, les inégalités de salaires n’ont cessé de s’agrandir depuis trois décennies chez nos voisins du sud.

La question, on la pose encore : comment faire pour réduire ces inégalités? Les 10 grandes tendances établies par le Forum économique mondial en novembre peuvent nous fournir quelques éléments de réponses. En fait, c’est en agissant positivement sur ces « 10 tendances » qu’on pourrait peut-être espérer une amélioration de la situation des moins nantis et ainsi réduire l’écart avec les plus riches.

Voici ces 10 tendances établies par le Forum économique mondial :

  1. Hausse des tensions sociales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord;
  2. Agrandissement des écarts de revenus;
  3. Chômage structurel persistant;
  4. Les cybermenaces s’intensifient;
  5. Inaction sur les changements climatiques;
  6. Confiance à la baisse envers les politiques économiques;
  7. Manque d’éthique et de respect de valeurs dans le leadership;
  8. Classe moyenne en expansion en Asie;
  9. L’importance grandissante des « mégacités »;
  10. Et la transmission rapide des fausses informations en ligne.

Améliorer les institutions démocratiques, agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, restaurer la confiance envers les meneurs économiques et politiques en agissant avec éthique et justice, prendre conscience de l’impact de l’émergence de classes moyennes dans les pays émergents, voilà quelques avenues pour réduire les inégalités.

Va-t-on encore en parler dans 10 ans? Va-t-on encore poser les mêmes questions avec les mêmes réponses dans 20 ans? Quelles sont les actions concrètes qui seront prises à Davos cette semaine et qui pourraient réduire les écarts de richesse?

125 priorités, mais…

jeudi 17 octobre 2013 à 14 h 30 | | Pour me joindre

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Le discours du Trône d’un gouvernement à Ottawa sert à établir les priorités pour la nouvelle session. Stephen Harper a choisi de sortir tous les ingrédients de l’armoire pour le repas du soir et de les poser sur la table. On est loin des cinq mesures phares de 2006, des mesures qui avaient frappé l’imaginaire notamment celle sur la baisse de la TPS. Aujourd’hui, il y en a pour tous les palais.

Sauf que…

Stephen Harper et le gouverneur général David Johnston lors du discours du Trône.

Sauf que parmi les 125 « priorités », il n’y a rien de très structurant pour l’économie canadienne. En fait, comme l’expliquait l’économiste François Delorme mercredi soir à RDI économie, le premier ministre ne s’attaque pas aux problèmes fondamentaux de l’économie. Il saupoudre des mesures qui vont faire plaisir au contribuable-consommateur et citoyen à ses heures, qui répond toujours dans les sondages qu’il étouffe et qu’on lui en demande trop!

Dernière preuve en lice : on demande dans un sondage aux Montréalais ce que devrait être la priorité des élus dans le transport en commun. Une majorité répond le prolongement du métro, la solution la plus chère. Mais la majorité répond aussi : faites-le SVP sans augmenter les taxes et les tarifs, merci beaucoup!

Surtout, dans le discours du Trône, on promet de la magie : réduire les écarts de prix sur les biens entre le Canada et les États-Unis. Le même bien peut coûter 35 % plus cher au Canada qu’aux États-Unis. C’est le marché qui dicte ce prix. Ce n’est peut-être pas normal, moral, acceptable, ou je ne sais trop quoi, mais c’est vous, les consommateurs, qui acceptent de payer ce prix. Et tant que les commerçants pourront compter sur vous pour payer 35 % de plus qu’aux États-Unis, dites-moi pourquoi ils réduiraient leurs prix?

Ce qu’il n’y a pas dans le discours du Trône du gouvernement Harper, c’est une stratégie pour résoudre trois problèmes :

  • la productivité
  • le déclin manufacturier
  • les inégalités sociales

La « maudite » productivité est présentée comme une religion chez les économistes. Mais, dans la vraie vie, ça veut dire quoi? La productivité, c’est la capacité pour une entreprise qui fabrique des meubles, des jeux vidéo ou qui fait de la comptabilité d’améliorer son processus de production afin de réduire ses coûts, augmenter ses marges et embaucher plus de travailleurs. Une entreprise mieux outillée est une entreprise qui a une plus grande capacité de produire, d’accepter des contrats et de créer et distribuer de la richesse.

Or, depuis le début de la décennie, l’amélioration de la productivité n’a cessé de ralentir au Canada, particulièrement en Ontario et au Québec. La faiblesse du dollar canadien a donné un avantage sur le marché de l’exportation à plusieurs entreprises, qui n’ont pas développé le réflexe d’améliorer leurs façons de faire. À parité avec le dollar américain, le dollar canadien n’est plus d’aucune aide pour ces entreprises. Et l’absence d’amélioration de leur productivité est un manque à gagner pour toute une économie.

Le déclin manufacturier s’est accéléré depuis le début des années 2000. Depuis 35 ans, sauf un rebond dans les années 90, la part de l’emploi manufacturier dans le PIB canadien a graduellement reculé, passant d’environ 20 % à 10 %. C’est une glissade considérable. Et ce sont des centaines de milliers de travailleurs qui se sont retrouvés au chômage. Le Canada a aussi besoin d’une politique industrielle, comme ce qui vient d’être annoncé au Québec. Une stratégie d’accompagnement, qui favorise l’essor de PME, l’embauche de travailleurs et la création de richesse.

Et puis, les économistes les plus réputés le disent : une société qui voit les inégalités sociales grandir est une société qui s’expose à des troubles sociaux plus nombreux et à une qualité de vie décroissante. Le Canada est au 24e rang des pays les plus égalitaires, derrière plusieurs pays riches, comme le Danemark, le Japon, la Suède, la Norvège, la Finlande, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas. Le rapporteur spécial de l’ONU rappelait en début de semaine que la situation des Autochtones au Canada est « alarmante », qu’il y a une « crise » en cours et que les gestes posés par le gouvernement fédéral pour améliorer leur situation sont « insuffisants ».

Voilà des priorités fondamentales.

Les classes sociales, selon Mitt Romney

mardi 18 septembre 2012 à 13 h 37 | | Pour me joindre

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Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine du 6 novembre prochain ne juge pas nécessaire de rallier 47 % des Américains qui dépendent, selon lui, de l’État et ne paient pas d’impôts. Mitt Romney,qui a fait cette déclaration sans savoir qu’elle allait se retrouver dans les médias, a affirmé, après coup, que tout cela manquait d’élégance et qu’il aurait dû trouver une formulation plus appropriée pour exprimer sa réflexion.

mitt-romneyCes mots nous ramènent à une vision de la société par classes : les riches, les pauvres; les créateurs de richesse, les personnes à charge, les assistés sociaux ; ceux qui ont du pouvoir, ceux qui subissent et attendent le soutien de l’État. Et dans l’esprit de Mitt Romney, un homme très riche, qui a bâti son succès dans les fonds d’investissement, il n’est pas nécessaire de dépenser de l’énergie pour gagner à sa cause une (grosse) partie des Américains.

Il y a un an s’amorçait le mouvement Occupons Wall Street, qui visait à dénoncer les inégalités de richesse. On a polarisé le débat en parlant du 1% représentant les plus riches de la société contre les 99 % formés par la classe moyenne et les démunis. Mitt Romney introduit une nouvelle dynamique : il y a les 47 % perdus d’avance pour lui, dépendant de l’État et ne payant pas d’impôts. Et il y a les 5 à 10 % d’indépendants qu’il juge réceptifs à ses arguments.

On peut estimer que ces propos ne font qu’exacerber les divisions et les tensions entre les uns et les autres. Le bureau du budget du Congrès américain, un organisme indépendant, a publié il y a près d’un an, des chiffres qui confirment que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de grandir. Les voici :

Croissance des revenus après impôts – 1979-2007

Groupes de revenus      0-20 %                  21-80 %                81-99 %                     1 %

Croissance                      18 %                      37 %                      65 %                      275 %

Ces données expriment une réalité économique qui n’améliore pas la paix sociale. Certes, il faut créer de la richesse pour mieux la distribuer. Mais une grande part de cette richesse se retrouve toujours entre les mêmes mains. Et on est en droit de s’attendre à ce que les candidats à la présidence présentent des mesures concrètes pour améliorer le sort de tous les Américains, sans exclusion.

Sa déclaration a été diffusée vendredi soir à RDI Économie et au Téléjournal de 22 h à la Première Chaîne. L’actualité étant très monopolisée par une certaine commission d’enquête, les mots de Jim Flaherty ont été peu repris.