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Taux, mise de fonds et hypothèque

vendredi 11 décembre 2015 à 16 h 09 | | Pour me joindre

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Vous voulez vous acheter une maison ou vous souhaitez renouveler votre hypothèque? Que faire? Les derniers jours, et les prochains aussi, soulèvent un lot de questions légitimes auxquelles on va tenter de répondre dans ce billet.

Ottawa augmente la mise de fonds hypothécaire. Est-ce que ça vous touche?

Le ministre des Finances Bill Morneau a décidé de resserrer les règles hypothécaires afin de calmer la flambée immobilière de Vancouver et de Toronto. Ainsi, lors de l’acquisition d’une propriété principale, le capital minimum sur les premiers 500 000 $ sera toujours de 5 %. Mais, ensuite, après 500 000 $, ce sera 10 %.

Si vous achetez une maison de 700 000 $, la mise de fonds sera de 5 % sur les premiers 500 000 $, soit 25 000 $. Et elle sera de 10 % sur les suivants 200 000 $, soit 20 000 $. La mise de fonds sera alors de 45 000 $ (25 000 + 20 000). Le taux de capital minimum est ainsi de 6,4 % sur l’ensemble de l’achat.

Si vous êtes déjà titulaire d’une hypothèque, ces changements ne vous touchent pas.

Pourquoi le gouvernement resserre-t-il les règles hypothécaires?

Les dernières données sur les prix et les reventes de maisons nous montrent clairement que les marchés de Toronto et de Vancouver sont en surchauffe ou s’en s’approchent. Des hausses de prix de 10 à 18 % en octobre sur un an, des reventes en hausse de 40 % à Vancouver et de 14 % à Toronto.

prix des maisons

Pendant ce temps, la Banque du Canada envoie des signaux de baisses de taux. Pourquoi?

Le ralentissement de l’économie canadienne se poursuit. Au cours de 6 des 9 premiers mois de 2015, le PIB était en baisse au Canada. L’économie est malmenée par la chute des prix du pétrole qui se poursuit, par une reprise des exportations qui tarde à se matérialiser, malgré la croissance américaine. Des économistes commencent à évoquer la possibilité d’une baisse de taux en 2016, possiblement en mars.

La banque centrale a même évoqué la possibilité de réduire son taux directeur jusqu’à un taux négatif de -0,5 %. Tout en précisant qu’il est très peu probable qu’il soit obligé d’aller aussi bas, le gouverneur Stephen Poloz n’a pas hésité à expliquer en long et en large l’étendue des outils qu’il a à sa disposition pour intervenir en cas de crise. La réduction du taux directeur en territoire négatif obligerait les banques privées à payer la Banque du Canada pour y déposer leurs liquidités. En appliquant un taux négatif, la banque centrale souhaiterait pousser les banques privées à remettre davantage d’argent dans l’économie.

Le taux variable sur les hypothèques pourrait-il devenir négatif?

Non. Le taux préférentiel des banques est actuellement de 2,7 %. Les banques ont le choix de réduire ce taux quand la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mais elles ne sont pas obligées. En admettant que la banque centrale fasse passer son taux directeur de 0,5 % actuellement à -0,5 %, il est possible que les banques abaissent leur taux préférentiel jusqu’à 1,7 %. La baisse pourrait être moindre.

Si vous avez un rabais de 0,5 ou 1 point de pourcentage sur le taux préférentiel, votre taux pourrait s’approcher de 0. Il serait étonnant que les banques privées abaissent leur taux préférentiel au point de voir certains clients, avec un fort rabais sur leur hypothèque, profiter d’un taux négatif.

Le dollar canadien chute. Pourquoi?

Pour trois raisons. La première, c’est que la Banque du Canada envoie des signaux de baisse de taux. En principe, le rendement sur un investissement au Canada pourrait être appelé à être moins élevé. La demande pour des actifs canadiens est donc moins forte, et la demande pour le dollar canadien est moins élevée.

Deuxièmement, en même temps, la Réserve fédérale américaine s’apprête à augmenter pour la première fois depuis 2006 son taux directeur. Le rendement américain est appelé à grandir, ce qui attire les investisseurs vers les États-Unis. Cela fait que la demande pour le dollar américain est en hausse. Sa valeur grimpe face aux autres devises mondiales, dont le dollar canadien.

Et puis la chute du pétrole entraîne le dollar canadien en baisse. Du pétrole qui coûte moins cher nécessite une demande moins grande en dollars canadiens pour acheter le pétrole de l’Alberta, notamment.

Alors, taux fixe ou taux variable?

vendredi 21 août 2015 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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Les incertitudes qui planent sur l’état de santé économique de la Chine pourraient amener la Réserve fédérale américaine à reporter à plus tard la première hausse de son taux directeur depuis celle de 2006. Alors que la plupart des analystes entrevoient depuis un bon moment déjà cette première hausse en septembre, le dernier compte rendu de la Fed en fait hésiter plusieurs. Oui, la banque centrale signale une hausse imminente. Mais, à la lumière des derniers événements, la Réserve fédérale sera-t-elle tentée d’attendre encore un peu?

Les taux d’intérêt demeurent donc très bas. Le taux directeur de la banque centrale américaine se situe toujours dans une fourchette de 0 à 0,25 %, celui de la Banque du Canada est rendu à 0,5 % à la suite de deux baisses en 2015. Les coûts d’emprunt des deux pays demeurent extrêmement faibles : sur les obligations à échéance 10 ans, on est à seulement 1,28 % au Canada et à 2,06 % aux États-Unis.

Les taux hypothécaires sont à des niveaux plancher. Les institutions financières canadiennes offrent des contrats hypothécaires sur 5 ans fixes à 2,7 %, et sur 5 ans variables, certains descendent jusqu’à 2,25 % en ce moment. C’est exceptionnel.

Un jour, ça va remonter! Mais quand? De nombreux analystes nous ont avertis dans les dernières années qu’une hausse des taux était à prévoir et que, dans les circonstances, les citoyens endettés devaient se montrer prudents. Mais cette hausse est sans cesse reportée en raison des incertitudes qui ne cessent de surgir : la Chine, la Grèce, le pétrole, l’euro, le yuan, la Russie, etc.

Dans ce contexte, plusieurs nous demandent, au moment de contracter une hypothèque ou d’en renouveler une : vaut-il mieux opter pour un taux fixe ou un taux variable? C’est une question qui revient régulièrement je vous dirais, comme celle sur les prix de l’essence qui ne baissent pas autant que les prix du pétrole. Mais la réponse demeure nuancée.

Dans le livre que François Delorme et moi avons publié en 2014*, nous faisons référence aux conseils du site canadianmortgagetrends.com à ce propos. Avant d’opter pour le taux fixe ou le taux variable, il faut se poser cinq questions :

  1. Vos revenus sont-ils prévisibles?
  2. Votre taux d’endettement est-il soutenable?
  3. Pouvez-vous refinancer votre dette en fonction de la valeur de votre maison?
  4. En cas de coup dur, avez-vous des liquidités pour rembourser votre hypothèque pendant six mois?
  5. Une hausse de taux de 2,5 points de pourcentage peut entraîner une hausse de vos paiements de 30 %. Le saviez-vous?

En répondant à ces questions, vous serez en mesure de voir si vous êtes capables de vivre avec un taux variable ou si vous dormez mieux avec un taux fixe. Historiquement, on paie moins d’intérêt avec le taux variable. Cela dit, le taux fixe demeure plus populaire que le variable.

———

* FILLION, Gérald et François DELORME, Vos questions sur l’économie, Éd. La Presse, 2014, 231 p.

Gonfler la bulle

mercredi 19 août 2015 à 13 h 28 | | Pour me joindre

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Y a-t-il une bulle immobilière au Canada et prend-elle de l’ampleur? Il faut rester prudent quand on évoque la possibilité d’une bulle afin d’éviter d’exagérer ou d’alarmer les gens. Mais on peut penser que s’il y a une bulle, elle est probablement en train de se gonfler, et ça pourrait malheureusement se poursuivre. Les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), les baisses de taux à la Banque du Canada et certaines propositions faites durant la campagne laissent poindre à l’horizon des moments difficiles si une bulle devait éclater.

D’abord, plusieurs marchés présentent des signes inquiétants au Canada. Selon la SCHL, les risques d’éclatement d’une bulle immobilière sont élevés à Toronto, Winnipeg et Regina. Et ils sont modérés à Québec et à Montréal, même si dans la Vieille Capitale le marché est jugé comme étant largement surévalué. Feu rouge à Toronto, feu jaune à Montréal et à Québec. Ailleurs au pays, les risques sont plus faibles.

Mais Toronto et Montréal dans le haut des marchés où les risques augmentent, c’est inquiétant. Et pourtant, à Ottawa, on juge bon d’encourager la consommation, les emprunts et l’endettement en baissant les taux d’intérêt et en proposant des mesures fiscales pour motiver les jeunes couples à s’endetter pour acheter une maison. Pour alimenter une bulle immobilière, il est difficile de faire mieux… ou pire!

tableauschlLa Banque du Canada a abaissé à deux reprises son taux directeur cette année en raison du ralentissement de l’économie. Et comme l’inflation n’est pas un facteur d’inquiétude en ce moment, la banque centrale a choisi la méthode traditionnelle, qui est celle d’abaisser les taux pour stimuler les prêts et la consommation pour relancer l’économie. C’est vrai qu’on est très dépendant de la consommation de ce côté-ci de l’Atlantique…

Pour en mettre un peu plus dans le panier du citoyen, la campagne électorale, lancée au coeur de l’été, apporte son lot de propositions stimulantes pour ceux qui pensent acheter, rénover, consommer, emprunter, s’endetter. Comme s’il fallait en rajouter!

La palme (pour l’instant, parce que la campagne sera longue!) revient aux conservateurs, qui proposent un crédit d’impôt à la rénovation et une augmentation du montant possible de retrait dans le cadre du Régime d’accès à la propriété.  Si le crédit à la rénovation a des vertus intéressantes, comme stimuler la construction et économiser un peu d’impôt, faire passer de 25 000 à 35 000 $ le retrait possible d’un REER pour acheter une première demeure est un véhicule d’accélération de l’endettement pour les jeunes familles.

Ce n’est pas une mauvaise chose de s’acheter une maison, loin de là. Mais est-ce le bon moment pour l’État de stimuler ce type de consommation? Alors que la Banque du Canada et plusieurs autres économistes affirment que le marché immobilier canadien est surévalué, est-il raisonnable et responsable de proposer d’en faire plus pour stimuler la consommation immobilière et l’endettement qui y est associé?

Le défunt ministre des Finances Jim Flaherty a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires au Canada pour éviter qu’une bulle se forme et éclate. Ces actions sont remplacées aujourd’hui par des gestes et des promesses qui vont dans le sens contraire.

Les maisons, le pétrole et le PIB

vendredi 12 décembre 2014 à 14 h 29 | | Pour me joindre

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Il ne faut pas crier au loup pour rien et alarmer la population. Mais la Banque du Canada a quand même choisi de publier les résultats d’une étude cette semaine qui nous apprend que les prix des maisons sont surévalués de 10 à 30 % au pays. Les bas taux d’intérêt ont poussé les Canadiens à s’endetter largement pour investir dans l’immobilier. Et parce que la demande était forte, certains marchés ont connu des hausses marquées du prix des maisons.

Le seul fait que la Banque du Canada sorte sur la place publique, avec un point de presse du gouverneur Stephen Poloz en prime, prouve le sérieux de la situation. Les plus pessimistes se demanderont à quel moment la bulle immobilière va éclater au Canada. Les plus optimistes nous rappelleront que la croissance économique se poursuit et que les risques hypothécaires sont franchement moins importants au Canada que ce qu’on a vu aux États-Unis.

Stephen Poloz a quand même précisé que le ralentissement immobilier au Canada devrait se faire en douceur si la croissance économique se poursuit. Mais un choc, une récession, une forte hausse des taux d’intérêt pourraient entraîner un basculement.

Ce qui est frappant dans le rapport de la Banque du Canada, c’est de voir combien les ménages sont endettés au Canada et que certains sont très endettés. Regardez ce graphique : 12 % des ménages au pays détiennent 40 % de la dette totale. C’est considérable. Ces ménages ont une dette qui représente plus de 250 % de leur revenu disponible. En tenant compte de l’hypothèque, pour chaque 100 $ de revenus disponibles, ces ménages ont une dette de plus de 250 $.

menagesendettes

Cet autre graphique montre bien que la dette des ménages s’est envolée depuis 2004, et que l’écart entre cette dette et le prix des maisons a grandi à partir de 2007-2008.

dettecanada

 

Le risque est réel, même s’il ne faut pas se montrer alarmiste. Et avec la chute du pétrole, il y a fort à parier que la Banque du Canada sera encore plus prudente avant d’augmenter ses taux d’intérêt. Après une croissance de plus de 4 % par année dans les dernières années, la hausse du PIB de l’Alberta va tomber à 2,7 % en 2015 et à 2,3 % en 2016 selon la RBC, à peine un peu plus que le Québec. L’économie canadienne, le marché de l’emploi, le marché immobilier et les finances publiques pourraient en souffrir sérieusement.

Quand le ministre des Finances Jim Flaherty affirme que le Canada domine les pays du G7 en terme de croissance au 4e trimestre, il offre un portrait un peu plus étincelant qu’il ne l’est en réalité. Dans la vraie vie,  on est « moins pire » que les autres! Il est difficile de bomber le torse avec des croissances annualisées de 0,7 % et de 0,6 % dans les deux derniers trimestres de 2012 et une chute des exportations de près de 10 % au cours de la dernière année.

Le ministre des Finances Jim Flaherty lors de la conférence de presse, le 1er mars 2013Le Canada connaît une très faible croissance économique et les perspectives ne sont pas exactement rassurantes. Dans ces circonstances, les revenus attendus pour atteindre l’équilibre budgétaire dans le budget de 2015-2016 ne seront possiblement pas au rendez-vous. Et c’est pourquoi c’est dans les dépenses que le gouvernement devra trouver son déficit zéro.

Et la question avec laquelle jongle le ministre Flaherty ces jours-ci, c’est de savoir si la croissance est assez forte pour soutenir une nouvelle ronde de compressions budgétaires.

La consommation des ménages ne pourra pas, à elle seule, soutenir la croissance. C’est une donne importante : c’est environ 60 % de la croissance économique. Et puis, deux des secteurs qui ont littéralement propulsé le Canada au cours des dernières années connaissent un passage à vide, dont la durée est indéterminée : l’immobilier et le pétrole.

Dans le cas du premier, la TD annonce que les prix vont stagner au cours des 10 prochaines années. Ils vont baisser d’ici 2015 avant de remonter légèrement dans les années suivantes. Après un boom exceptionnel, la construction de nouvelles propriétés ralentit et la revente de maisons décélère. Les courtiers hypothécaires tiennent le gouvernement Harper responsable de cette situation parce qu’Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires pour calmer l’endettement parfois disproportionné des ménages.

Aujourd’hui, le niveau de mises en chantier est tombé à un rythme de construction plus modeste, soit autour de 170 000 ou de 180 000, loin des années à plus de 200 000. Et les ventes chutent, notamment à Montréal, où elles ont dégringolé de 22 % en février par rapport au même mois en 2012, au plus bas niveau depuis 2009.

Installation pétrolière à Fort McMurray en AlbertaPour ce qui est du pétrole, plus l’écart entre le prix de l’Alberta et le prix du WTI américain et du Brent londonien grandit, plus le Canada perd des revenus. Selon Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura à New York, une différence de 50 $ entre le prix de vente du baril albertain et celui qui est négocié en fonction du Brent entraîne une perte de revenus pour l’économie canadienne de 2,5 milliards de dollars par mois.

Nous en avons parlé à quelques reprises : en raison de la hausse de la production américaine et de l’absence de nouveaux oléoducs pour transporter son pétrole, l’Alberta vend son produit issu des sables bitumineux à 60 ou 70 $. C’est de 20 à 30 $ plus bas que le prix américain. C’est de 40 à 50 $ plus bas que le prix international fixé sur le Brent.

Moins de consommation, moins de profits pour les entreprises, moins de revenus pour le gouvernement. Le Canada est un pays en excellente santé financière. Mais ça n’empêche pas le ministre Flaherty de devoir trouver un équilibre à court et à moyen terme pour éviter de gaspiller cette avance.

Reportage absolument épatant dimanche soir à 60 minutes sur CBS à propos du développement immobilier de la Chine. La mythique émission américaine dresse un portrait fascinant d’une femme du nom de Zhang Xin, qui s’est spécialisée dans le développement d’immeubles de bureaux.

Elle est milliardaire : 3,6 milliards de dollars, c’est sa fortune. Elle est au 15e rang à ce chapitre en Chine. Elle au 376e rang du dernier classement des milliardaires de la planète de Forbes.

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clairEn raison des craintes réelles de voir éclater une bulle immobilière en Chine, Zhang Xin explique qu’elle est très prudente et qu’elle concentre ses activités sur Pékin et Shanghai. « Le développement de la propriété résidentielle en Chine est vraiment arrivé à sa fin, explique-t-elle à 60 minutes. […] Je pense que dans le détail, les centres commerciaux, il y a une offre excédentaire. Mais les bureaux, c’est le seul secteur qui va bien. »

C’est une femme simple, accessible, qui vient d’un milieu pauvre et difficile, devenue aujourd’hui une vedette en Chine, une femme acclamée comme une star d’Hollywood. Voyez le reportage ici, c’est très intéressant.

Et quand Zhang Xin dit que c’est fini pour le marché résidentiel, voyez pourquoi ici. Des milliers de tours et de quartiers résidentiels, des villes entières construites et non habitées. L’éclatement d’une bulle immobilière et une crise de la dette sont à craindre nous disent des experts dans le reportage.

Avec ce développement inconsidéré, où les prix des maisons sont hors de portée pour la vaste majorité des Chinois, le gouvernement vient d’annoncer une hausse de la mise de départ requise et des taux d’intérêt pour l’achat d’une seconde propriété toujours dans le but de ralentir le marché.

Pékin prévoit aussi imposer une taxe de 20 % sur le bénéfice encaissé à la vente d’une propriété ou encore une taxe de 1 à 3 % sur le prix de vente. Ainsi, une maison, achetée 100 millions de yuans, vendue à 200 millions de yuans, entraînerait une taxe de 20 millions de yuans. En ce moment, c’est entre 2 et 6 millions de yuans. Un million de yuans = 163 000 $CA.

Le gouvernement veut éviter une crise sociale. Pékin doit maîtriser les attentes de sa population qui sont immenses. Il y a ceux et celles qui veulent accéder à un meilleur niveau de vie, mais qui n’y arrivent pas en raison des prix trop élevés. Il y a ceux et celles qui se sont lancés dans le développement et l’acquisition de propriétés et qui n’accepteraient pas de voir s’effondrer la valeur de leurs avoirs et de leurs investissements.

Ne sous-estimez pas l’Oncle Sam…

jeudi 28 février 2013 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le PIB des États-Unis a progressé de 0,1 % au 4e trimestre selon la dernière révision des autorités américaines. On avait d’abord annoncé une baisse de 0,1 %. C’est un peu mieux qu’annoncé, mais on s’entend, l’économie de nos voisins du sud stagne.

À première vue, et vu de chez nous, il y a de quoi s’inquiéter. Dans mon blogue de lundi, j’ai fait une liste d’indicateurs qui nous révèlent clairement que l’économie canadienne ralentit sérieusement, ce qui donne des maux de tête ces jours-ci au ministre des Finances Jim Flaherty.

Mais, selon les analystes Pierre Fournier et Angelo Katsoras, de la Financière Banque Nationale, il faut regarder les choses autrement. L’économie américaine connaîtra, à long terme, une croissance plus forte que tous les autres pays avancés de la planète.

Vraiment? « La croissance sera encore modeste aux États-Unis pour un certain temps, écrivent les auteurs dans une étude publiée pour le milieu financier, mais nous sommes de plus en plus convaincus que l’équilibre des risques tend vers un retour graduel et durable à des niveaux de croissance plus normaux. »

Qu’est-ce que ça veut dire?

Ça veut dire qu’en y regardant de plus près, les avantages fondamentaux de l’économie américaine sont multiples, selon Pierre Fournier et Angelo Katsoras :

  • les États-Unis approchent de l’indépendance énergétique avec un secteur du gaz et du pétrole en forte expansion et pourraient « capitaliser sur un gaz naturel abondant et peu cher et sur un plus grand accès à des sources sûres de pétrole »;
  • face à la Chine, l’Inde et l’Allemagne, les Américains possèdent des réserves d’eau importantes, loin toutefois derrière le Canada et la Nouvelle-Zélande;
  • les États-Unis possèdent les réserves de terres cultivables les plus importantes après le Brésil;
  • le pays est moins touché que plusieurs autres pays avancés par le vieillissement accéléré de sa population;
  • le niveau de taxation par rapport au PIB est, aux États-Unis, l’un des plus bas parmi les pays avancés, ce qui donne au pays un espace fiscal pour améliorer les revenus du gouvernement sans nuire sensiblement à sa compétitivité;
  • le secteur manufacturier a retrouvé le chemin de la croissance au cours des deux dernières années en raison d’une baisse des coûts de main-d’œuvre aux États-Unis et d’une hausse dans les pays émergents, ce qui réduit les écarts de coûts;
  • le marché immobilier est certainement en reprise et l’avoir net des ménages remonte;
  • les États-Unis ne sont pas en conflit avec leurs voisins;
  • pour ce qui est de la sécurité, le fait d’être bordé par deux océans est un élément géophysique qui favorise la protection du territoire;
  • les guerres d’Irak et d’Afghanistan étant essentiellement des événements du passé, et les menaces d’attaques terroristes étant plus faibles, le pays connaît une paix relative, tout en maintenant un haut niveau de surveillance sécuritaire et l’armée la plus puissante du monde.

Bien qu’il soit essentiel de diversifier nos sources d’exportations, cette mise en perspective nous rappelle que nous avons tout intérêt à maintenir d’excellentes relations commerciales avec notre premier partenaire économique!

L’étude se nomme : « Why the u.s. economy will outperform other advanced economies. » Je ne la trouve pas sur le web, je ne peux vous fournir de lien, mais je vais le faire dès que possible.

Les choses se sont compliquées à Ottawa dans les dernières semaines. Les hauts fonctionnaires des Finances ont été obligés de dire à leur patron, le ministre des Finances Jim Flaherty, que les fluctuations dans la colonne des revenus sont peut-être un peu plus prononcées que souhaité.

Si bien que le ministre consulte encore un paquet d’économistes cette semaine pour mettre en œuvre un plan de match crédible et adapté à l’économie canadienne, le budget 2013-2014 qui devrait être dévoilé quelque part entre le 18 et le 28 mars.

Deux pièces de 1 $Si le dollar canadien est tombé à 97 ¢US dans les derniers jours, c’est en partie attribuable à la succession de données économiques qui confirment le ralentissement de l’économie canadienne. Les signaux sont clairs et ça complique le travail de Jim Flaherty, qui souhaitait poursuivre le régime minceur de l’État dans son prochain budget avec l’objectif ultime d’atteindre l’équilibre en 2015, à temps pour les prochaines élections.

Mais ça ne se semble pas se passer comme prévu. Encore une fois…

  • La progression du produit intérieur brut a ralenti à seulement 0,6 % au troisième trimestre. Il y a eu croissance en octobre et en novembre, mais il y a des doutes sérieux à propos de décembre, dont on connaîtra les chiffres publiquement vendredi. Les dernières statistiques pour ce mois sont plutôt négatives, ce qui pourrait peser d’ailleurs sur l’ensemble du quatrième trimestre. Aux États-Unis d’ailleurs, on a eu la surprise d’assister à un recul de 0,1 % du PIB annualisé au dernier trimestre de 2012.
  • En décembre, les ventes au détail au Canada ont chuté brutalement, comme jamais en 3 ans, de 2,1 % après plusieurs mois de progression. Il faudra voir pour la tendance.
  • Les ventes des grossistes ont chuté de 0,9 % en décembre.
  • Les ventes manufacturières ont baissé de 3,1 %, plus fort recul depuis mai 2009.
  • Décembre toujours, la valeur des permis de bâtir a chuté de 11,2 % au pays par rapport au mois précédent.
  • Les mises en chantier ralentissent. Selon la SCHL, le nombre de mises en chantier d’habitations devrait passer de 215 000 en 2012 à 190 000 en 2013.
  • Les prix des maisons décélèrent. Selon Royal Lepage, le prix moyen au Canada va grimper de 1 % cette année avec des ralentissements à Toronto et à Vancouver, et dans le segment des condos à Montréal.
  • Les exportations canadiennes ont chuté de 9,9 % en 2012 avec une baisse au cours de 7 des 12 mois de l’année. On a assisté à des reculs de 0,7 % en novembre et de 0,9 % en décembre. Pour l’ensemble de l’année, c’est le secteur de l’énergie qui a fait pression sur l’ensemble des exportations en raison des prix très bas du gaz naturel et de la chute du prix du pétrole exporté par l’Alberta. Quelques secteurs ont été particulièrement touchés en 2012 selon les données de Statistique Canada :

Pétrole brut et pétrole brut bitumineux : -24,3 %
Gaz naturel : -14,9 %
Liquides de gaz naturel et produits connexes : -26,5 %
Minerais et concentrés de fer : -23,7 %
Produits en métal et produits minéraux non métalliques : -15,0 %
Métaux précieux et alliages en métaux précieux sous forme brute : -30,1 %

  • Il s’est perdu 22 000 emplois au Canada en janvier 2013 après des hausses importantes en août, septembre, novembre et décembre. Il faudra attendre pour établir une tendance, alors que les économistes croient depuis un bon moment et que le marché de l’emploi va ralentir. Ajoutons que le secteur public a supprimé 27 000 emplois en janvier après une décélération des embauches en novembre et en décembre.
  • L’Alberta vient de faire le point sur ses finances et annoncer que ses revenus sont moins élevés que prévu, manque à gagner de 6 milliards de dollars. Cela l’amènera à enregistrer un déficit quatre fois plus important que prévu pour 2012-2013, de 3,5 à 4 milliards de dollars.
  • La chute des prix du pétrole a provoqué la baisse des prix de l’essence en Alberta et en Saskatchewan, faisant plonger le taux d’inflation à seulement 0,5 % en janvier au Canada. En Alberta, les prix ont baissé même de 0,5 %.

Arrêtons-nous ici. Les signaux sont clairs et de nouvelles mesures d’austérité pourraient avoir un impact encore plus négatif sur la croissance. Au moment où le gouvernement vient de lancer une campagne publicitaire pour faire la promotion de ses crédits d’impôt, quels seront donc les choix de Jim Flaherty?

Le manque à gagner de 6 milliards de dollars dans la colonne des revenus en Alberta est attribuable à la chute soudaine du prix du pétrole albertain l’automne dernier. Les redevances énergétiques ont donc fondu. Le gouvernement, qui a doublé ses dépenses au cours de la dernière décennie, doit, tout à coup, réfléchir à de nouvelles solutions pour revenir à l’équilibre budgétaire : hausse d’impôts, taxe de vente ou réduction des dépenses, le débat fait rage en Alberta ces jours-ci.

Jim Flaherty souffre d'une rare maladie de peauPendant ce temps, à Ottawa, le ministre des Finances Jim Flaherty prépare son budget pour l’exercice 2013-2014 et, de toute évidence, il doit lui aussi composer avec une réduction des revenus en provenance des pétrolières. « L’enjeu au Canada, ce sont les ressources », me disait l’économiste Serge Coulombe dans un huis clos du budget fédéral à Ottawa il y a quelques années. Si les prix des ressources montent, si on continue de développer nos ressources, les finances canadiennes ne s’en porteront que mieux. Le contraire nous conduit à la fragilisation de nos finances publiques.

L’impact du pétrole est clair et notable. Les exportations canadiennes ont chuté en 2012 de 9,9 % en raison principalement de la baisse du prix du pétrole canadien, captif du marché américain, et qu’on doit brader à environ la moitié du prix du pétrole international, celui qui se fixe sur le Brent de Londres. La valeur des exportations de produits énergétiques est passée de 9,84 milliards  en décembre 2011 à 7,97 milliards en décembre 2012, une glissade de 19 %.

Cette dégringolade a provoqué un déficit commercial record au pays en 2012 (on parle de déficit parce que les importations sont plus élevées que les exportations) : total de 12 milliards de dollars, 9 mois de déficit de suite.

Ottawa réalise aussi ces jours-ci que les quatre séances de resserrement des règles hypothécaires, rendues nécessaires par le niveau trop élevé de la dette des ménages, provoquent un ralentissement peut-être plus important qu’attendu dans l’immobilier et la construction.

Maisons en constructionLes ventes résidentielles sont tombées sous la moyenne des 10 dernières années en 2012, chute de 17,4 % de décembre 2011 à décembre 2012. Et puis, selon les données de janvier, les mises en chantier atteindront le nombre de 160 000 en 2013, plutôt que les 200 000 enregistrées annuellement depuis des années.

L’économiste François Delorme me fait remarquer qu’une ville comme Montréal pourrait être particulièrement touchée par le ralentissement en cours. Son marché présente des signes de plus en plus inquiétants. Les mises en chantier et la revente de maisons sont en chute et les inscriptions au service MLS de l’Association canadienne de l’immeuble n’ont jamais été aussi élevées depuis 2005.

François Delorme croit que le ministre Flaherty n’aura d’autres choix que d’annoncer un nouveau programme d’infrastructures dans son budget pour stimuler l’économie. Les dernières indications sur le PIB ont révélé la faiblesse de la croissance canadienne. Le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney a même cru bon reporter la possibilité d’une hausse des taux d’intérêt.

Dans son blogue, l’économiste Jean-Pierre Furlong nous rappelle que The Economist conclut à une surévaluation des prix des maisons au Canada. « Advenant une correction importante du marché de l’habitation, les consommateurs pourraient se retrouver avec des emprunts hypothécaires plus élevés que la valeur de leurs maisons. S’ensuivrait une série de réactions sur les marchés qui pourraient être comparables à ce que les États-Unis ont connu en 2008 et 2009. »

Il termine son texte en écrivant que « la correction du marché de l’habitation au Canada est, pour l’instant, bien engagée : les mises en chantier et les ventes de logements existants diminuent depuis quelques mois sans conséquence importante et immédiate sur les prix, sauf dans des marchés spécifiques comme celui de Vancouver. Mais, que nous réserve l’avenir? »

Il faut ajouter les chiffres sur l’emploi du mois de janvier. Il est exclu d’établir quelque tendance que ce soit à partir des données d’un seul mois. N’en demeure pas moins qu’il s’est perdu près de 22 000 emplois en début d’année au pays, principalement en Ontario. De plus, c’est le secteur public, touché par plusieurs mesures d’austérité, qui a encaissé le coup avec la perte de 27 000 postes.

Il faut faire le constat : l’Alberta est touchée par la chute des cours du pétrole. Et Montréal, Toronto et Vancouver sont touchées par le ralentissement de la construction et de l’immobilier.

Faut-il donc stimuler encore l’économie?

Et faut-il reporter l’équilibre budgétaire au-delà de 2015?

L’immobilier ralentit? Vraiment?

mardi 16 octobre 2012 à 13 h 46 | | Pour me joindre

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Il est trop tôt, ou peut-être trop tard, pour dire que l’immobilier ralentit. Les reventes de maisons ont baissé de mars à septembre au Canada, surtout avec la chute hypertrophiée du marché de Vancouver, mais elles ont remonté d’août à septembre. S’agit-il d’une réelle tendance à la baisse ou d’un creux de vague? On verra dans les prochains mois.

Maisons en construction à Abbotsford, en Colombie-BritanniqueChose certaine, les économistes sont prudents : il y a des signes de ralentissement, mais il y a encore plusieurs chiffres qui confirment que le secteur demeure extrêmement vigoureux. Et que les Canadiens ne cessent d’augmenter leur endettement hypothécaire.

Les reventes de maisons au Canada sur 12 mois ont baissé de 15,1 %. Mais elles ont augmenté de 2,5 % d’août à septembre. Les prix des maisons continuent de monter : sur 12 mois, hausse de 1,1 %. Ce chiffre est plus élevé si on retire le marché de Vancouver.  Dans 18 des 26 grands marchés, les reventes étaient en hausse en septembre sur une base mensuelle.

La construction demeure vive, les taux d’intérêt sont toujours très bas et alléchants. Et le nombre d’inscriptions de maisons à vendre a bondi de 6,5 % le mois dernier. Est-ce que c’est un marché qui ralentit, qui a ralenti, qui est en train de rebondir?

Est-ce que le resserrement des règles hypothécaires au Canada limitant le niveau de refinancement hypothécaire et la période d’amortissement va vraiment produire son effet pour calmer le marché et surtout l’endettement des Canadiens? Ou faudra-t-il intervenir de nouveau, pour une cinquième fois, comme le laissait entendre l’économiste Benoit Durocher, de Desjardins, lundi soir à RDI Économie?

Le niveau d’endettement est très inquiétant au pays. Le Globe and Mail écrit ce matin que le taux d’endettement est entré dans une « zone dangereuse ». Pour chaque tranche de 100 $ de revenu disponible (donc après impôts et cotisations), le ménage moyen canadien a une dette de crédit et d’hypothèque de 163,40 $. C’est un ratio dette/revenu disponible de 163,4 %, plus élevé qu’en Grande-Bretagne et aux États-Unis avant l’éclatement de la bulle immobilière à partir de 2006. La bonne nouvelle, c’est qu’en tenant compte de la valeur des actifs, le ratio d’endettement est plus stable, autour de 24 %.

Le marché immobilier doit absolument ralentir pour que le niveau d’endettement ne cesse d’augmenter au Canada selon l’économiste Durocher. La Banque du Canada ne peut pas, dans le contexte économique actuel, augmenter les taux d’intérêt. Ottawa devra-t-il encore intervenir?