Billets classés sous « Ile d’Anticosti »

Est-ce que le nouveau gouvernement Couillard pourrait annuler les ententes d’exploration de l’île d’Anticosti conclues et annoncées par le gouvernement Marois à la mi-février avec les entreprises privées Pétrolia, Corridor Ressources, Maurel & Prom et Junex?

Ce n’est pas clair pour deux raisons.

D’abord, il faut dire qu’il y a deux ententes dans ce dossier. Une première qui semble ferme avec Pétrolia, Corridor et Maurel & Prom sur la création d’une coentreprise qui va procéder à des travaux d’exploration. Ressources Québec détient 35 % de la coentreprise, les trois autres partenaires, 21,67 % chacun. L’autre accord est une entente de principe conclue avec Junex. Elle prévoit une prise de participation de 40 % par Ressources Québec et dans laquelle un autre partenaire doit être trouvé. On imagine que cette deuxième entente sera plus facile à rompre que la première.

Puis, deuxième chose : malgré les propos aigres-doux de Philippe Couillard en février sur le projet d’exploration de l’île d’Anticosti, on peut se demander si le nouveau gouvernement va vraiment se demander s’il faut annuler les ententes d’investissements à Anticosti.

En février, au moment de l’annonce du projet d’exploration pétrolière par Pauline Marois, Philippe Couillard s’est dit « favorable à l’exploitation des hydrocarbures de façon responsable », mais s’interrogeait sur les risques que l’État allait assumer du point de vue financier. « Il me semble qu’on fait entrer le contribuable sur le risque un peu trop tôt », disait-il. Un risque, toutefois, qui en vaut la peine nous disait la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet à RDI économie.

On n’a pas le détail des ententes. L’expert en énergie Pierre-Olivier Pineau nous dit toutefois qu’il y a probablement des clauses de sortie si le gouvernement décide de jeter les ententes à la poubelle, mais avec des pénalités.

« Ce qui est certain, nous écrit Pierre-Olivier Pineau, c’est qu’après les 15-18 carottes prélevées cet été et les 3 forages avec fracturation de l’été 2015, le conseil d’administration de la nouvelle coentreprise décidera d’aller de l’avant ou non avec un programme d’exploration de confirmation du potentiel, qui mènerait à une découverte (prouvée) officielle, puis à un programme de développement. C’est à l’automne 2015 qu’une éventuelle sortie du projet serait naturelle. Évidemment, les 100 millions du gouvernement seraient dépensés à ce moment. Étant donné que les choses sont en marche et que les 100 millions du gouvernement ne sont pas si importants (dans l’absolu), ça m’étonnerait fort que le nouveau gouvernement change de plan. »

Alors, maintenant au pouvoir, Philippe Couillard nous dira-t-il que le risque en vaut la chandelle? Ou qu’il faut tout revoir?

L'île d'Anticosti vue des airsEn injectant 115 millions de dollars dans deux projets d’exploration pétrolière de l’île d’Anticosti, le gouvernement du Québec décide d’assumer une grande partie du risque lié à de telles activités. Les deux projets, réalisés avec Pétrolia, Junex, Maurel et Prom ainsi que Corridor Resources, vont nécessiter des investissements totaux de 190 millions de dollars.

Le total de l’argent prévu par Québec est plus élevé que la valeur rassemblée de Junex et de Pétrolia en bourse. Le gouvernement Marois va là où le gouvernement Charest ne voulait pas aller. Les libéraux préféraient laisser le privé prendre les risques en retour de permis à très faibles coûts, sinon gratuits.

Il faut savoir que la phase d’exploration permettra trois choses : vérifier le type de pétrole disponible, vérifier la quantité et évaluer la rentabilité. Ce sont des étapes qui pourraient, à n’importe quel moment, amener les partenaires à ne pas investir dans l’exploitation. Et si le marché devait ralentir, comme c’est le cas dans les métaux en ce moment, il y a fort à parier que les projets d’investissements seraient mis sur la glace.

Québec prend en charge ses ressources sans en devenir tout à fait propriétaire. Québec met lui-même le pied sur l’accélérateur pour que les choses avancent et évoluent.

Mais à quel prix?

Qu’en pensez-vous?

Pétrole… vert?

mercredi 8 janvier 2014 à 17 h 29 | | Pour me joindre

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Les signataires du Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole appuient leurs arguments sur des objectifs louables, réels et importants. Mais, pour des raisons de communication ou par conviction réelle, ils enrobent leur discours d’un vernis vert et on se demande si c’est vraiment nécessaire.

Les Bernard Landry, Monique Jérôme-Forget, Françoise Bertrand et Simon Prévost notamment, ex-politiciens et actuels meneurs économiques et politiques, demandent au gouvernement du Québec d’autoriser l’exploration pétrolière, d’engager le débat sur l’exploitation et de finalement aller de l’avant avec l’exploitation « en définissant rapidement un cadre réglementaire qui repose, entre autres, sur de hauts standards de protection de l’environnement ».

Les auteurs écrivent que « les conséquences [des changements climatiques] sont de mieux en mieux documentées et que contrairement à ce que certains pourraient croire, exploiter notre pétrole n’est pas contraire à cette préoccupation qui doit aujourd’hui animer tous les États du monde ». Ils ajoutent qu’ils prennent « position aujourd’hui en faveur d’une exploitation responsable du pétrole québécois ».

Les signataires sont prudents, mais ils ne convaincront personne à associer pétrole et environnement. Explorer et exploiter le pétrole provoquent des gaz à effet de serre. Aucune technologie n’a été trouvée pour neutraliser efficacement le CO2 ou pour réduire les émissions. On peut développer d’autres technologies et d’autres sources d’énergies renouvelables et vertes en parallèle, mais tous ces efforts seront nécessairement amoindris par une exploitation grandissante du pétrole.

Il faut ajouter que produire et consommer, c’est deux choses. Si on produit, notre bilan carbone se détériore. Et on ne peut pas dire que ça s’annule sur le plan de la consommation parce qu’il y a différents types de pétrole. Nous importons en ce moment du pétrole conventionnel que nous voudrions remplacer par du pétrole qui nécessiterait plus de coûts et plus d’énergie à produire.

Le perdant, si le Québec décidait d’exploiter son pétrole, ce serait assurément l’environnement. Un perdant de taille, mais peut-être le seul. Les auteurs du manifeste gagneraient à concentrer leur message sur les gains possibles du Québec s’il y avait exploitation de cette ressource :
  • des revenus supplémentaires pour les finances publiques;
  • la constitution d’un Fonds des générations bien plus riche en s’inspirant de l’exemple norvégien;
  • une réduction de la dépendance aux importations étrangères de pétrole et donc une réduction du déficit commercial;
  • et, comme l’expliquait Bernard Landry en entrevue, la possibilité de maintenir la protection du tissu social du Québec.

Les vrais gains sont là. Qu’ils le disent. Parce que sur l’environnement, ils n’ont pas grand-chose à gagner.