Billets classés sous « hydroélectricité »

Le dilemme de l’éolien

Mardi 25 février 2014 à 14 h 46 | | Pour me joindre

Pour me joindre

On a longtemps présenté l’éolien comme étant une énergie verte et renouvelable, l’énergie de l’avenir qui allait pouvoir remplacer, à tout le moins partiellement, une partie des énergies fossiles. Puis, on a commencé à exposer les désavantages des éoliennes en affirmant que l’énergie émise était intermittente et que ces grands arbres à pales dérangeaient les populations en raison du bruit et de la vibration qu’ils produisaient.

Aujourd’hui, il y a des gens pour et des gens contre qui ont développé tout un argumentaire pour appuyer leur propos. Les « pour » sont en faveur de l’éolien parce que cette industrie aide au développement régional et parce qu’on la considère comme étant l’une des énergies les moins dommageables pour l’environnement. Les « contre » s’attaquent à l’efficacité de cette filière, à son impact sur les collectivités et à son utilité réelle en certains endroits, comme au Québec.

Et justement, au Québec, l’éolien suscite de vifs débats. La première ministre Pauline Marois s’appuie sur cette filière pour développer l’économie du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Mais, selon Normand Mousseau et Roger Lanoue, auteurs d’un rapport sur les enjeux énergétiques au Québec, « la stratégie axée sur la construction de nouveaux projets (ouvrages hydroélectriques ou éoliens, notamment) est ruineuse pour le Québec ». Ils proposent qu’on arrête ou suspende les contrats d’approvisionnement en éolien.

Il est déjà prévu de produire 4000 MW d’énergie éolienne supplémentaire. L’industrie en réclame 3200 de plus entre 2017 et 2025. Or, le Québec connaît des surplus importants d’électricité. Les auteurs du rapport calculent que les contribuables devront assumer pour 1,2 milliard de dollars de production excédentaire en 2017.

Ces réalités économiques sont réelles. Pour la suite des choses, il est essentiel de comparer des pommes avec des pommes et de rappeler l’urgence environnementale. D’abord, comme l’expliquait Karel Mayrand dans un texte publié en août dernier, « dans le calcul du coût de la grande hydraulique, Hydro-Québec amortit les investissements sur 100 ans, alors qu’elle demande aux producteurs éoliens d’amortir les leurs sur 20 ans ».

Il est donc clair que l’éolien paraît plus cher que les nouveaux projets d’hydroélectricité avec un tel calcul. Il serait intéressant de mieux mesurer les coûts des deux formes de production afin de les comparer correctement. Ce qu’on sait pour l’instant, c’est que les nouveaux projets d’hydroélectricité et d’éoliennes coûtent plus cher à produire que ce qu’ils rapportent.

Et puis, il faut revenir à l’essentiel : pourquoi doit-on miser sur des énergies renouvelables? Parce que le défi économique du XXIe siècle, c’est le défi écologique. La communauté scientifique est quasi unanime sur ce sujet. Dans les circonstances, n’est-il pas obligatoire de considérer cet enjeu dans chacune de nos décisions énergétiques?

Le Devoir rapporte ce matin les propos de Michel Di Capua, directeur pour l’Amérique du Nord de Bloomberg-New Energy Finance, qui disait lundi lors d’une conférence à Montréal que « les nouveaux investissements en matière d’énergie renouvelable ont reculé de 11 % l’an dernier et avaient reculé de presque autant l’année d’avant ».

Allons-nous dans la bonne direction?

Le développement de l’industrie éolienne au Québec soulève de sérieuses questions et provoque de plus en plus d’opposition. Il y a du « cassage de sucre » sur le dos de l’industrie nous disait mercredi  soir à RDI économie le PDG de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable Jean-François Samray. Pourquoi?

Pour 3 grandes raisons.

  1. Ce sont les Québécois qui vont payer le développement de l’éolien au Québec. Dans sa demande tarifaire, Hydro-Québec évalue que 55 % de la hausse de 3,4 % exigée pour le 1er avril prochain est liée aux coûts de l’éolien. De façon très claire, dans son communiqué, Hydro-Québec écrit que « l’énergie provenant des parcs éoliens coûte plus de 10 ¢/kWh, alors que le coût moyen des approvisionnements d’Hydro-Québec Distribution est d’environ 3 ¢/kWh. Les approvisionnements éoliens créent donc une pression à la hausse sur le coût moyen et ont un impact sur les tarifs ».
  2. Un parc éolien québécois dans la région de la Gaspsie.Hydro-Québec est présentement en surplus énergétique. La société d’État évalue à 1,5 milliard de dollars les coûts liés à ces surplus d’ici 2020. L’analyste en énergie Jean-François Blain est d’avis que ce calcul est incomplet. Il évalue à 4,5 milliards de dollars la valeur des surplus d’ici 2020. Dans ce contexte, octroyer 800 MW supplémentaires de production éolienne, comme l’a annoncé la première ministre en mai dernier, est-il vraiment approprié et judicieux? N’est-ce pas là une subvention directe au développement de la Gaspésie qui va profiter de plus de la moitié de la valeur de ces appels d’offres?
  3. Sur le plan de l’environnement, on se demande si le Québec améliore vraiment son bilan en misant sur l’éolien? Possiblement. Mais jusqu’à quel point? L’hydroélectricité est généralement considérée comme une énergie propre. Dans les milieux environnementaux, certains affirment qu’on ne peut pas dire que les barrages sont des outils « propres » pour produire de l’énergie. Mais il semble entendu, de façon générale, que l’hydroélectricité et l’électricité éolienne sont toutes les deux des énergies renouvelables et peu polluantes.

Jean-François Samray affirme qu’Hydro-Québec exagère les coûts associés à l’éolien. Et qu’il faut mettre les choses en perspective. Quand on a décidé de miser sur l’hydroélectricité dans les années 60 au Québec, les mêmes débats sur les surplus ont eu cours. « Ce débat-là, on l’a fait lorsqu’on a construit la Baie-James, dit-il […] Chaque décennie, il y a eu des périodes de surplus conjoncturel. C’est surplus-là se sont résorbés […] Cette décennie-ci ne fait pas de différence des cinq dernières », selon l’analyse de Jean-François Samray.

Alors, qu’en pensez-vous?

Où est le plan d’électrification?

Mercredi 6 février 2013 à 14 h 46 | | Pour me joindre

Pour me joindre

S’il s’avère que les surplus d’électricité produits au Québec coûteront 500 millions de dollars par année d’ici 2020, il faut se rendre à l’évidence : ça aura coûté cher en subventions pour attirer des entreprises au Québec et stimuler l’économie de certaines régions!

La première ministre Pauline MaroisPour justifier ces surplus créés par les décisions du gouvernement précédent et un retournement de marché, la première ministre Pauline Marois affirme qu’il s’agit là d’un avantage pour convaincre des entreprises de s’installer au Québec. Elle a ajouté un argument de plus vendredi dernier : ces surplus permettront d’électrifier les transports au Québec.

Parfait disent plusieurs analystes! Le Parti québécois s’intéresse depuis plusieurs années à cet enjeu. Mais il faut poser la question : où est le plan concret d’électrification du gouvernement? Et quand sera-t-il en marche? Quel est l’échéancier? Quelles sont les priorités? Parce qu’en attendant, le compteur tourne!

Et, en passant, il tourne aussi, faut-il le rappeler, pour cette centrale thermique de Bécancour qui ne sert presque à rien et qui coûte 150 millions de dollars par année à l’État.

Dans ce contexte, le gouvernement a décidé d’annuler six projets de minicentrales. La réaction du maire de Saint-Joachim et celle du président de la Fédération des municipalités semblent donner raison au professeur Jean-Thomas Bernard qui affirmait la semaine dernière à RDI Économie que les nombreux projets approuvés par les Libéraux dans les années passées ressemblaient essentiellement à des « subventions déguisées » pour certaines régions.

Le gouvernement va épargner 24 millions de dollars en annulant ces projets, mais c’est bien peu à côté des surplus encore à racheter. Et le résultat sur les économies locales est indéniable : ces projets étaient créateurs d’emplois, surtout durant la construction.

Une station de rechargement pour les voitures électriques (Gatineau).Selon Jean-François Blain, analyste du secteur de l’énergie, l’électrification du transport des véhicules de promenade permettrait une économie exceptionnelle. Il estime que le coût actuel en essence pour ces véhicules totalise 8,7 milliards de dollars. En électrifiant tout ce parc de véhicules, la dépense serait réduite à 2,2 milliards à un prix de 15 ¢ le kWh. Jean-François Blain affirme que ça permettrait à Hydro-Québec d’augmenter, en plus, ses bénéfices, de 1,4 milliard. Cela permettrait de verser un dividende supplémentaire de 1 milliard au gouvernement du Québec.

En ce moment, on exporte à perte, on achète les surplus privés à perte et tout ce qui est en construction (La Romaine, les minicentrales, l’éolien) ne viendra qu’ajouter à une offre non nécessaire, qui devrait engendrer d’autres pertes finalement.

Et puis, sur le gaz de schiste, n’avons-nous pas une preuve économique de plus que son exploitation ne serait pas avantageuse pour le Québec? D’abord, parce qu’il y en a une abondance grandissante aux États-Unis. Et parce que l’exploitation du gaz de schiste entrerait en concurrence avec l’eau, le vent et la biomasse, dont la production sera en surplus jusqu’en 2027.

Que les entreprises profitent de l’abondance d’électricité, des faibles prix et de son accès facile pour venir s’installer au Québec, c’est une chose. Qu’il nous en coûte 500 millions par année pour racheter des surplus nous amène dans une autre dimension.

Que ces surplus nous aident à électrifier les transports, c’est une chose. Qu’en attendant un plan détaillé, on dépense des millions et des milliards en est une autre.

N’y a-t-il pas urgence d’agir… et de se brancher?