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La machine du Fonds de solidarité FTQ est en marche pour tenter de faire plier le gouvernement fédéral et pousser le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty à revenir sur sa décision d’annuler le crédit d’impôt de 15 % offert à ceux et celles qui confient leur argent au Fonds. C’est toute une campagne qui est lancée : tournée régionale, publicités dans les médias, lettres d’opinions, sollicitations d’appuis dans les milieux d’affaires, on ne néglige aucun effort pour rassembler le maximum de Québécois en faveur du maintien de l’avantage fiscal.

Publicité de la FTQLe Fonds FTQ a des racines fortes et profondes au Québec. Depuis l’annonce de l’avantage fiscal par les gouvernements Mulroney et Lévesque dans les années 80, le fonds de travailleurs s’est installé partout où il faut soutenir des entreprises en démarrage, créer des emplois, avec le gouvernement dans bien des cas, toujours dans le but de stimuler la croissance économique.

Le Fonds précise dans son rapport annuel qu’il doit respecter une norme législative de 60 % qui « stipule que les investissements moyens du Fonds dans des entreprises admissibles qui ne comportent aucune garantie doivent représenter au moins 60 % de son actif net moyen de l’exercice précédent ». Au 31 mai dernier, la valeur de ces investissements s’élevait à 5,1 milliards de dollars, ce qui représentait 67 % de l’actif net moyen de l’exercice.

Cette clause a pour objectif de s’assurer que la mission du Fonds demeure principalement celle de stimuler l’économie du Québec. Elle a permis au Fonds, au fil des décennies, de s’infiltrer dans tous les secteurs de l’économie et de s’enraciner dans toutes les régions.

Aujourd’hui, le monde syndical défend bien sûr le crédit d’impôt du Fonds, mais les milieux d’affaires le font aussi. Des dirigeants d’entreprises se prononcent publiquement en faveur du maintien du crédit d’impôt, des gens qui, souvent, réclament pourtant sur d’autres tribunes la réduction des charges fiscales et de la présence de l’État dans l’économie. Les chambres de commerces partout au Québec comptent sur le Fonds FTQ pour investir et stimuler leur économie. Elles s’affichent donc au côté du Fonds dans cette bataille.

Mais la question qui se pose aujourd’hui et à laquelle le gouvernement Harper a déjà répondu est celle-ci : le Fonds FTQ a-t-il encore besoin d’un avantage fiscal pour prendre des risques, investir dans l’économie du Québec et attirer les investisseurs?

Le Fonds FTQ possède des actifs de 8,8 milliards, plus de 80 % des actifs de fonds de travailleurs au Canada. De plus, le gouvernement du Québec, par l’entremise d’Investissement Québec, injecte de l’argent dans la création d’emplois dans les régions. La Caisse de dépôt et placement du Québec a aussi créé un fonds de 600 millions en 2012 avec Desjardins pour investir dans les PME du Québec. A-t-on encore besoin d’octroyer un avantage fiscal au Fonds FTQ?

Et puis, il faut ajouter que le monde financier se montre très critique des résultats du Fonds de solidarité FTQ. Les experts de l’investissement que nous invitons régulièrement à RDI économie ne penchent pas souvent en faveur des investissements dans le Fonds FTQ, sauf quand on approche de la retraite.

Selon le conseiller en sécurité financière Fabien Major, sans les crédits d’impôt du fédéral et du Québec, le Fonds FTQ affiche un rendement annualisé moyen de 3 % depuis 10 ans et de 1,4 % depuis 5 ans. La moyenne des Fonds équilibrés canadiens neutres est à 5,8 % sur 10 ans et à 3,6 % sur 5 ans. Avec le crédit d’impôt, le Fonds FTQ offre un rendement annualisé moyen de 10 %.

Alors, le Fonds FTQ saura-t-il convaincre le ministre Flaherty de revenir sur sa décision? Va-t-il modifier son approche de l’investissement au Québec avec la disparition du crédit fédéral? Pourrait-il en faire autant – investir au Québec et stimuler l’épargne – avec un seul crédit, celui du Québec à 15 %?

L’éclairage nécessaire

Mercredi 20 mars 2013 à 12 h 33 | | Pour me joindre

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Avant et durant la dernière campagne électorale au Québec, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois ont proposé de doter le Québec d’un directeur parlementaire du budget comme à Ottawa. Pourquoi? Pour être capable d’avoir une évaluation indépendante des projections budgétaires, à l’abri du discours politique, partisan et électoraliste. Projet louable dans un contexte où l’on cherche à obtenir des informations solides, vérifiées et fiables.

Kevin PageLe modèle, c’est donc celui d’Ottawa. C’est Kevin Page, le directeur parlementaire du budget nommé il y a cinq ans par le gouvernement Harper. Mais ce modèle le sera-t-il encore longtemps? Kevin Page quitte son poste au terme de son mandat, qui n’est pas renouvelé. Et bien que le gouvernement fédéral souhaite maintenir le poste en vie, plusieurs soupçonnent qu’on choisira un directeur plus docile, moins critique des prévisions budgétaires du ministre des Finances Jim Flaherty.

Dans une entrevue accordée à mon collègue Marc Godbout, Kevin Page se vide le coeur et affirme qu’une véritable « culture du secret » s’est installée à Ottawa. Le directeur parlementaire a même dû faire appel aux tribunaux pour tenter d’obtenir certaines informations que le gouvernement refuse de lui livrer. Or, pour faire la lumière sur l’état des finances publiques et pour le faire surtout de façon indépendante et complète, Kevin Page affirme qu’il faut avoir toutes les informations en mains.

C’est dans l’intérêt des contribuables canadiens. La création du poste de directeur parlementaire du budget était une bonne idée des conservateurs. La nomination d’un expert qui n’aurait pas les coudées franches que s’est données Kevin Page durant son mandat pourrait représenter un recul pour l’accès à une information indépendante et non partisane. Le défi du détenteur de ce poste est de maintenir une indépendance totale face au pouvoir politique, même si le gouvernement en place se montre critique et exprime son désaccord.

Il faut se rappeler que Statistique Canada a abandonné la publication de certains indicateurs et que plusieurs scientifiques ont dénoncé la décision des conservateurs de modifier la cueillette d’informations par Statistique Canada. De plus, les scientifiques ne peuvent plus communiquer les résultats de leurs recherches aux médias sans obtenir l’approbation au préalable du gouvernement.

C’est dans ce contexte que le ministre des Finances Jim Flaherty présente son huitième budget jeudi après-midi. Et c’est aussi dans un contexte économique difficile : la demande ralentit, la croissance ralentit, le prix du pétrole albertain est en baisse et celui du gaz demeure faible. Plus que jamais, à un peu plus de deux ans des prochaines élections, et tandis que le ministre tient à annoncer l’équilibre budgétaire en 2015, il est essentiel d’avoir un homme ou une femme au regard aiguisé et indépendant au poste de directeur parlementaire.

D’entrée de jeu, permettez-moi de vous souhaiter une bonne année 2013 : du bonheur, de l’amour, de la paix et du succès! De la sérénité afin que chacun, peu importe sa situation, puisse mieux vivre, plus calmement, sans manquer de rien.

Cette année s’amorce avec deux nouvelles encourageantes.

D’abord, des avancées pour éviter le précipice budgétaire aux États-Unis, ce qui aurait pu avoir un impact économique majeur. Plus de peur que de mal finalement! Et puis, un règlement dans la LNH. Cela permettra à des milliers de personnes de retrouver des emplois perdus par ce conflit de travail opposant de riches joueurs à de riches propriétaires, et qui s’étirait…

Surtout, le bilan de 2012 est très appréciable au chapitre de l’emploi. Les changements imposés par le gouvernement Harper à l’assurance-emploi vont bouleverser la vie de milliers de travailleurs et de leur famille, c’est certain. Mais les dernières statistiques confirment une amélioration générale de la situation économique au pays, surtout au Québec.

Ainsi, après la perte de 51 000 emplois en 2011, le Québec a rebondi au cours de la dernière année en ajoutant 138 000 emplois. Le taux de chômage a baissé, les taux d’emploi et d’activité ont augmenté.

Dans les bonnes nouvelles, notons l’ajout de 128 000 emplois dans la région métropolitaine de Montréal, stimulée en particulier par un faible taux de chômage en Montérégie à 6,1 %. Aussi, la presque totalité des emplois créés au cours de la dernière année ont été à temps plein.

 

Les régions championnes en terme de faible chômage :

  • Chaudière-Appalaches : 4,6 %
  • Capitale-Nationale : 4,9 %
  • Montérégie : 6,1 %
  • Côte-Nord et Nord-du-Québec : 6,3 %
  • Laurentides : 6,5 %
  • Abitibi-Témiscamingue : 6,7 %
  • Bas-Saint-Laurent : 6,8 %

 

Les régions autour de la moyenne :

  • Centre-du-Québec : 7,1 %
  • Outaouais : 7,2 %
  • Lanaudière : 7,2 %

 

Les régions où le taux de chômage a monté en 2012 :

  • Laval : 7,4 %
  • Estrie : 7,9 %
  • Saguenay-Lac-Saint-Jean : 9,4 %
  • Montréal : 10,1 %
  • Mauricie : 10,5 %
  • Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine : 14,6 %

 

Cela dit, les économistes sont d’avis que la situation ne va pas perdurer. Parlant pour l’ensemble du Canada, l’économiste Matthieu Arseneau de la Nationale affirmait vendredi qu’il demeure « sceptique quant à la durabilité de ces gains en raison de la volatilité des données sur l’emploi ».

Chez Desjardins, l’économiste Joëlle Noreau disait ceci : « Bien que les données économiques s’améliorent au sud de la frontière, les préoccupations entourant le contexte budgétaire laissent encore bien des inquiétudes quant à la performance de l’économie américaine cette année. Ce climat de tension amènera bien des hésitations chez les employeurs qui préféreront peut-être jouer de prudence dans les premiers mois de 2013 en limitant à la fois les investissements et les embauches. »

Une fois de plus, ce début d’année s’amorce sur une série de doutes, qui laissent croire qu’une croissance durable et soutenable peut s’installer, mais les risques demeurent assez nombreux pour faire dérailler, encore une fois, ce qui peut ressembler à une reprise. N’est-ce pas très prudent comme projection pour 2013?

La fracturation change tout!

Jeudi 15 novembre 2012 à 14 h 47 | | Pour me joindre

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L’énergie est au coeur des décisions les plus importantes pour notre avenir. D’où viendra notre pétrole qui coûte de plus en plus cher? Comment réduire sa consommation de pétrole? Comment améliorer notre autosuffisance énergétique? Et surtout comment développer de nouvelles sources d’énergie, renouvelables, plus vertes, plus durables?

Ce sont des questions que se posent les Québécois, les Canadiens dans leur ensemble et les Américains. Et à la réflexion, s’est ajouté cette semaine un document préparé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui nous apprend que les États-Unis seront d’ici 2020 le premier producteur de pétrole du monde, et d’ici 2030, un exportateur net de pétrole.

Forage horizontal d'un puits de gaz de schiste, grâce à la fracturation hydraulique.Pourquoi? Parce que la technologie de la fracturation hydraulique fait des miracles. Elle a provoqué une croissance exceptionnelle de la production de gaz naturel issu du schiste, de la pierre, et sera largement utilisée à l’avenir pour exploiter le pétrole de schiste. Cette technologie est très critiquée parce qu’on ne sait pas encore si elle est totalement sûre pour l’environnement et la santé. Mais l’AIE est d’avis que cette technologie est exceptionnelle et qu’il serait difficile d’y renoncer.

Si à Québec, on n’est pas du tout convaincu d’aller de l’avant avec la fracturation hydraulique, s’inspirant ainsi de la France qui l’a carrément interdite, il semble clair qu’on est certain de la pertinence d’exploiter le pétrole qui se cache dans les terres et les eaux de la nation. Il y en a en Gaspésie, dans l’île d’Anticosti et dans le golfe Saint-Laurent. Si la population adhère aux projets et si on peut se lancer dans une exploitation qui respecte des critères environnementaux et sociaux, le PQ semble décidé à pomper le pétrole disponible et accessible.

Questions : est-ce que l’exploitation du pétrole ne viendrait pas alourdir davantage le bilan carbone du Québec que l’exploitation du gaz de schiste? Pourquoi le pétrole du Québec serait-il acceptable du point de vue environnemental alors que celui qui viendrait de l’ouest du pays dans un pipeline ne serait pas le bienvenu alors qu’il est 20 $ le baril moins cher que celui qu’on achète de la mer du Nord et d’Algérie? Cela dit, cet écart de prix demeurerait-il dans la perspective d’un développement international du pétrole albertain?

Par ailleurs, à Ottawa, on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. Stephen Harper mise sans condition sur le développement des sables bitumineux de l’Alberta. Son problème, c’est de bien gérer la croissance. Des décisions stratégiques s’imposent. Ottawa veut vendre son pétrole aux Chinois et aux Asiatiques.

forage_petrole_usaQuestions : mettra-t-il en cause ce développement s’il dit non à l’acquisition de la Canadienne Nexen par la société d’État chinoise CNOOC, une transaction évaluée à 15 milliards de dollars que le gouvernement semble hésitant à accepter? Ottawa a-t-il une stratégie pour développer son marché au moment où les États-Unis pourraient devenir autosuffisants d’ici huit ans comme le suggère l’AIE? Barack Obama va-t-il approuver le projet Keystone dans son ensemble, qui doit permettre d’amener le pétrole des sables bitumineux vers le sud des États-Unis? Est-ce qu’Ottawa devrait miser davantage sur le développement vers l’Ouest (Asie) et vers l’est du Canada (inversion du pipeline existant)?

Enfin, à Washington, le gouvernement mise sur le développement du gaz et du pétrole. L’explosion du développement du gaz par fracturation hydraulique ouvre de nouveaux horizons pour le développement énergétique aux États-Unis, et le président Obama veut en profiter. Il promet depuis longtemps l’indépendance énergétique des États-Unis et c’est encore plus vrai aujourd’hui avec le développement de la technologie de fracturation.

Été 2012, entre chaos et espoir

Vendredi 29 juin 2012 à 11 h 06 | | Pour me joindre

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La première moitié de l’année 2012 se termine sur une note d’espoir. Les dirigeants européens sont arrivés à un accord qui établit une stratégie à court et à moyen terme. D’une part, l’Espagne obtient des pays de la zone euro un engagement pour que le fonds de soutien européen aide directement les banques du pays sans endetter l’État. Et l’Italie obtient que le fonds de stabilité européen rachète des obligations de la péninsule pour faire pression à la baisse sur les taux d’intérêt et les coûts d’emprunts.

Le président français François Hollande s'entretient avec le premier ministre belge, Elio Di Rupo et le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, à l'ouverture du sommet européen à Bruxelles, jeudi.

D’autre part, l’Union européenne a convenu de mettre en place un plan de croissance de 120 milliards d’euros. Il aura notamment pour objectif d’investir dans des projets d’infrastructures. Un plan de stimulation économique, finalement! Et ce plan a obtenu l’aval de Madrid et de Rome parce qu’une stratégie à court terme, pour réduire la pression des marchés, a été adoptée.

 

Voilà pour les bonnes nouvelles. Pour le reste, soyons bien honnêtes, l’été s’annonce difficile sur plusieurs plans :

  • L’économie mondiale ralentit. La plupart des pays de la zone euro sont en récession, l’économie américaine ralentit, la confiance des consommateurs est en baisse.
  • Les défis à long terme de la zone euro sont immenses. Il faut une meilleure intégration de la zone, une union fiscale, monétaire et économique qui fonctionne. On est encore à se demander si la zone euro va résister aux turbulences qu’elle connaît. Est-ce que Berlin va plier pour mettre en commun les dettes des pays de l’ensemble? Est-ce que Paris et les autres grandes capitales de la région vont accepter de céder de leur souveraineté pour donner plus de pouvoir aux entités centrales de l’Union et de la zone, peut-être un peu plus de poids à l’économie « modèle » de l’Europe, c’est-à-dire l’Allemagne?
  • La Chine ralentit. La Chine demeure en forte croissance, mais l’un des gros moteurs du monde économique a perdu de sa force dans les derniers mois. Son secteur manufacturier fonctionne, de mois en mois, à un rythme toujours un peu plus modéré. La banque centrale réduit ses taux d’intérêt pour stimuler la consommation. Pékin a beaucoup misé sur le développement du pays, sur une augmentation de sa capacité de production, mais, pour l’instant, des quartiers entiers sont peuplés d’appartements vides et d’usines immobiles. En 2012, on ne peut pas négliger une réduction de 2, 3 ou 4 points de pourcentage de croissance du PIB en Chine et dans les pays émergents du monde.
  • Le Canada n’est pas à l’abri. Si Jim Flaherty et Stephen Harper parlent beaucoup des troubles européens pour nous avertir d’un ralentissement possible au Canada, il faut savoir que deux autres menaces planent au-dessus de l’économie canadienne : le ralentissement de la Chine qui a provoqué une chute de plus de 20 % des cours du pétrole depuis deux mois et l’endettement des ménages canadiens, qui obligent le gouvernement à resserrer l’accès au crédit hypothécaire.
  • Et, je terminerai là-dessus : comme en 2008, nous devons encore aujourd’hui poser le diagnostic que notre modèle économique, qui repose sur la consommation, le crédit et l’endettement, est fatigué. Cet endettement, des États et des particuliers, étouffe les perspectives normales de croissance. Les entreprises, surtout les sociétés financières, ont engrangé des profits et des milliards au fil du temps, ont pris des risques inconsidérés avec l’argent des épargnants et nous nous retrouvons aujourd’hui dans un total déséquilibre qui menace nos économies. Faudra-t-il annuler des dettes? Faudra-t-il effacer l’ardoise?

Et surtout, avons-nous d’autres façons de croître, d’améliorer notre niveau de vie, notre qualité de vie, tout en cessant d’épuiser notre capital écologique? Si les défis des prochains mois sont importants, les défis fondamentaux du capitalisme des années 2000 le sont encore plus. L’espoir de Bruxelles aujourd’hui nous conduira-t-il à une plus large réflexion sur la croissance, sur la richesse, sur la création et la répartition de la richesse, sur l’avenir de notre planète?

Je vous souhaite un bon été. Avec les odeurs d’élections qui planent au Québec, je vous retrouve en août, mais pas très tard en août…

Le premier ministre du Canada est revenu très heureux du G20 avec un carton d’invitation pour participer aux négociations du Partenariat transpacifique. Stephen Harper travaille depuis un bon moment sur ce dossier. C’est prioritaire pour lui et il tenait à se joindre à cette discussion.

Pourquoi?

D’abord, parce que fondamentalement le premier ministre croit aux vertus du libre-échange. Depuis son accession au pouvoir en 2006, il a conclu des ententes de libre-échange avec le Honduras, le Panama, la Jordanie, la Colombie et le Pérou. Le Canada négocie des ententes en ce moment avec l’Union européenne, le Japon, l’Ukraine, le Maroc, la Corée du Sud, les Caraïbes, la République dominicaine, l’Inde, Singapour et le Costa Rica. Ottawa aimerait bien aussi négocier des ententes avec le Guatemala, le Salvador, le Nicaragua, la Turquie et probablement d’autres pays.

Un proche du ministre du Commerce international Ed Fast me disait que le Canada est très actif sur la scène internationale et que tout le monde semble vouloir négocier avec le Canada, pays de stabilité financière, de ressources et dont la gestion budgétaire sert de modèle pour plusieurs.

Stephen Harper et Barack Obama.Mais l’accord qui est le plus important pour le Canada, et pour lequel Stephen Harper voulait être invité aux négociations, c’est le Partenariat transpacifique. Il y a une dizaine de pays d’Asie, d’Océanie et d’Amérique qui participent aux discussions. Il s’agit des États-Unis, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Malaisie, du Vietnam, de Singapour, du Brunei, du Chili, du Pérou et du Mexique. Le Japon tente d’être admis à la table des négociations.

On parle d’un marché de plus de un demi-milliard de personnes pour un PIB total de plus de 17 000 milliards de dollars. C’est plus important que l’ALENA, l’Accord de libre-échange nord-américain (Canada, États-Unis, Mexique). C’est même plus important que le futur accord entre le Canada et l’Union européenne. En fait, c’est immense!

Et puisque le Canada veut vendre son pétrole aux pays d’Asie, la porte d’entrée qu’offrirait le Partenariat transpacifique est une occasion que Stephen Harper ne veut pas rater.

Mais il y a plus que ça…

Comme l’expliquait le spécialiste des questions asiatiques Loïc Tassé la semaine dernière à RDI Économie, cette entente s’inscrit dans l’axe de l’affrontement que se livrent les États-Unis et la Chine. Le président Obama tient à former un clan puissant face à l’ASEAN, l’Association des états du Sud-Est asiatique, qui regroupe 10 pays : Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam. Et il y a quelques années, cet ensemble a négocié un accord de libre-échange avec la Chine.

Elle est là la clé. C’est pour faire concurrence à cet espace de libre-échange, dont la Chine est le membre le plus important, que les États-Unis misent sur la formation du Partenariat transpacifique. L’arrivée du Canada était donc souhaitée par Barack Obama, autant que par Stephen Harper. Ce dernier veut voir le Canada prendre part à ce grand marché, même si les relations du Canada avec la Chine se sont réchauffées dans les dernières années.

Cela dit, il faudra surveiller l’évolution des négociations. Il est clair que les protections agricoles agacent bien des gens dans le merveilleux monde du libéralisme économique. Et il y a fort à parier que certains interlocuteurs exigeront que le Canada lâche du lest sur la question de la gestion de l’offre, qui garantit un marché pour les producteurs de lait, d’oeufs et de volaille. Une bataille à finir pourrait s’engager au pays si on remet en question la gestion de l’offre.

Difficile de trouver un événement qui symbolise autant le capitalisme que la Conférence de Montréal qui se déroule dans le cadre du Forum économique international des Amériques. C’est un événement annuel qui rassemble à Montréal de grandes pointures mondiales pour discuter des grands enjeux et des grands défis économiques de la planète.
 
18e Forum économique international des AmériquesLes plus grandes entreprises du pays sont les commanditaires de cet événement, de Power Corporation à Rio Tinto Alcan, en passant par les banques, les grands investisseurs comme la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi qu’Investissement Québec, en collaboration avec McGill, HEC et l’UdeM, appuyé par les premiers ministres Jean Charest et Stephen Harper, d’ailleurs présents à l’événement.
 
Des gouverneurs de banques centrales sont présents, ceux du Canada, du Mexique, de France, du Portugal. Les dirigeants des grandes organisations internationales sont sur place : OCDE, OIF, OEA, BAD, OMC, AIE, etc.
 
On y parle de quoi? D’économie, de gouvernance, de démographie, de ressources, d’éducation, d’alimentation, de libre-échange, de santé, d’innovation, d’environnement, de développement durable, les grands thèmes y sont tous. J’y suis allé faire un tour lundi matin : tout le monde parle de l’Espagne et de la situation dans la zone euro.
 
Ces enjeux doivent aussi nous mener à la question du partage de la richesse. Les grands créateurs de richesse sont réunis pour parler de développement et de relance. Mais parlent-ils aussi de partage de richesse pour ces populations qui ne trouvent plus de travail dans plusieurs pays d’Europe? Pour les Africains, qui attendent toujours les prétendues répercussions positives de la mondialisation et de l’ouverture des marchés? Pour ces millions d’Américains qui subissent et subiront encore longtemps les contrecoups de la crise qui s’est amorcée en 2008?
 
Faut-il le rappeler : le chômage mondial augmente, la faim augmente aussi. En fait, les défis fondamentaux n’ont pas changé :
 
- comment faire en sorte que tous aient une chance d’accéder à une vie décente?
- comment permettre aux citoyens de profiter des richesses de leur pays?
- comment produire et développer sans entamer davantage notre capital environnemental?
- comment assurer une équité entre les humains et entre les générations?
 
Il est très bien de discuter de la gouvernance des institutions, de commerce international et d’innovation. Mais comment marier les défis écologiques et démographiques dans un monde qui ne mise que sur la croissance du PIB?

Les travailleurs de 2012

Mercredi 2 mai 2012 à 13 h 13 | | Pour me joindre

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Mardi, c’était la fête des Travailleurs. Aujourd’hui, mercredi, c’est le premier anniversaire de l’élection d’un gouvernement majoritaire fédéral à Ottawa. Voilà deux événements qui nous poussent à réfléchir à la situation des travailleurs au Canada.
 
C’est important de le faire parce que la réalité socioéconomique des travailleurs change rapidement. C’est vrai surtout pour ceux qui travaillent dans les secteurs manufacturier et forestier.
 
Jeunes travailleursLes fermetures d’usines sont nombreuses, souvent expéditives, draconiennes, brutales et irréversibles. Les exemples sont nombreux : Aveos, qui a fermé du jour au lendemain en mars, laissant tomber 2400 travailleurs; Mabe en janvier, qui va fermer ses installations de Montréal en 2014, ce qui entraînera la perte de près de 740 emplois; Electrolux en 2010 a annoncé le transfert de ses activités de L’Assomption, à Memphis, au Tennessee, soit la mise à pied de 1300 travailleurs d’ici la fin de 2013.
 
Il faut ajouter White Birch et AbitibiBowater, et quantité d’autres entreprises, qui ont mis fin à des activités, qui ont fermé des usines, qui ont provoqué, par leurs décisions, un chambardement total dans la vie de milliers de travailleurs et de leur famille.
 
Les raisons pour expliquer ces fermetures sont multiples : les coûts de main-d’oeuvre sont apparemment plus bas ailleurs, la force du dollar canadien nuit à la rentabilité, les soutiens publics sont beaucoup plus alléchants aux États-Unis qu’on ne peut pratiquement plus les refuser, etc. Sur ce dernier point d’ailleurs, le gouvernement américain et les États ne cessent d’offrir des cadeaux aux entreprises depuis quelques années pour maintenir ou pour gagner des emplois. C’est une nouvelle stratégie, purement protectionniste, que les Américains ont développée pour ralentir la décroissance de leur secteur manufacturier.
 
Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement décide de mettre fin au monopole de la Commission canadienne du blé, négocie avec ardeur et conviction des accords de libre-échange bilatéraux et multilatéraux qui font craindre l’abandon de certaines protections industrielles, mise beaucoup sur la réduction des impôts des entreprises au point d’offrir à ces sociétés un régime d’imposition parmi les plus faibles du monde. La stratégie de création de richesse et de développement de l’économie à Ottawa n’est pas axée d’abord sur le travailleur, mais surtout sur la concurrence, le marché et les entreprises. C’est un constat.
 
Le Mouvement Desjardins, dans sa publication Perspectives du printemps 2012, confirme les transformations en cours : de 2015 à 2020, le nombre d’emplois dans la fabrication devrait diminuer au Québec après une très faible progression de 2010 à 2015.
 
Il faut des travailleurs en usine. Il nous en faudra toujours. Mais la redéfinition du monde manufacturier sur la planète, les lois en vigueur, le marché qui domine et l’approche libérale de plusieurs pays occidentaux obligent les travailleurs et les syndicats à une profonde réflexion sur deux choses : leur rapport de force et leur stratégie pour maintenir, sauver et contribuer à créer des emplois.

Le pouvoir de négocier en jeu

Mardi 13 mars 2012 à 15 h 27 | | Pour me joindre

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Le gouvernement conservateur a décidé de dicter la marche à suivre dans les deux conflits de travail en cours à Air Canada, ne laissant plus de marge de manoeuvre aux syndicats, à l’employeur, même aux arbitres nommés dans ces affaires lundi.

Non seulement le gouvernement ne permet plus aux syndicats visés de faire la grève ou à l’employeur de déclencher un lock-out, mais il impose des arbitres sans consulter les parties, des arbitres qui auront, de surcroît, pour mandat de choisir une solution ou une autre, sans pouvoir couper la poire en deux.

Cette façon de faire soulève de sérieuses questions :
 
- Les syndicats et les employés ont-ils encore un vrai pouvoir de négociations?
 
- Pourquoi AC a-t-il annoncé un avis de lock-out jeudi, alors que le processus de médiation avec les pilotes n’était entamé que depuis trois semaines?
 
- Et pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il tout de suite enchaîné, le jour même, avec le renvoi du dossier au Conseil des relations industrielles, suspendant du coup l’avis de lock-out contre les pilotes et la menace de grève des mécaniciens et bagagistes?
 
- Et pourquoi ne pas laisser le temps au Conseil d’analyser les dossiers avant de déposer une loi spéciale?
 
L’économie est trop fragile pour laisser de tels conflits se développer selon le gouvernement Harper, qui chiffre les pertes potentielles à plus de 20 millions de dollars pour semaine de travail. Et c’est pour cette raison qu’Ottawa choisit d’intervenir et d’orienter la suite des choses.
 
Je posais la question le 12 octobre, après l’intervention d’Ottawa dans le lock-out à Postes Canada et le conflit opposant les agents de bord à Air Canada : peut-on en arriver à la conclusion que les syndicats, dont les sociétés sont visées par les interventions fédérales, ont perdu une partie de leur pouvoir de négociations?

Ottawa va-t-il ralentir l’économie?

Mardi 14 février 2012 à 12 h 46 | | Pour me joindre

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C’est tout un affront pour le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty. Des analystes des agences de notation Fitch et Moody’s affirment que les nouvelles compressions prévues dans le prochain budget du gouvernement Harper en mars ne sont pas nécessaires et pourraient même faire plus de mal que de bien. Et paf, c’est dit!
 
Ottawa prévoit des coupes qui pourraient atteindre 8 milliards de dollars dans le budget. Le gouvernement a demandé aux différents organismes et ministères des scénarios de compressions de 5 % et 10 %. Selon certaines sources, les compressions pourraient atteindre 15 % en certains endroits. L’industrie aérospatiale craint notamment une réduction des crédits d’impôt en matière de recherche et de développement.
 
Jim Flaherty a expliqué ses intentions à plusieurs reprises. Il promet de réduire les dépenses de l’État tout en protégeant les transferts aux citoyens. C’est une question de responsabilité fiscale que de maintenir l’objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire dans trois ans, selon le gouvernement, et ça commence par un régime minceur à l’intérieur même de l’appareil gouvernemental.
 
Cela dit, la croissance économique ralentit au Canada. Selon la banque centrale, la hausse du PIB ne devrait pas dépasser 2 %. Le FMI est plus pessimiste et s’attend à une hausse du PIB de seulement 1,7 % cette année. Si les compressions massives attendues se réalisent, le gouvernement risque-t-il de freiner sa fragile croissance?
 
Steven Hess, analyste en chef de Moody’s au Canada, dit qu’avec un déficit équivalent à 2 % du PIB, il n’y a pas d’urgence («rush») pour le Canada de revenir à l’équilibre budgétaire. Shelly Shetty, analyste pour Fitch, affirme qu’on n’a pas besoin d’avaler une très grosse pilule si on n’est pas malade! Le Canada entend revenir à l’équilibre en 2015-2016 et le plan actuel est approprié pour y arriver selon les analystes. Inutile d’en rajouter!
 
Pourquoi le gouvernement tient-il donc à un programme sévère de coupes budgétaires si les agences de notation en arrivent à la conclusion que ce n’est pas nécessaire, que c’est peut-être même contre-productif?