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On présente le budget Flaherty du 11 février comme étant un budget « transitoire ». Mais il ne faudrait pas en minimiser son importance. Ce budget va préparer le prochain, celui qui nous mènera aux élections générales au Canada en octobre 2015. Il va préparer le terrain pour que le repas soit parfait, que les vents de l’économie soufflent dans la bonne direction ou non.

Il est important pour trois raisons :

  1. La croissance économique est moins forte qu’attendu au Canada. Les risques qui planent sur l’économie ont grandi : faible inflation, croissance du PIB sous les 2 %, essoufflement du marché de l’emploi, demande incertaine avec les secousses économiques vécues par plusieurs pays émergents.
  2. Le gouvernement conservateur a toujours promis de réduire la taille de l’État. La crise de 2008-2009 l’a ralenti dans ce projet. Aujourd’hui, il se reprend. Jim Flaherty a annoncé, le 12 novembre, qu’il gelait les budgets de fonctionnement des ministères pour 2014-2015 et 2015-2016, ce qui entraînera une baisse de 0,2 % des dépenses de programme cette année. Ça s’appelle de l’austérité, nous a dit l’économiste en chef de Desjardins lundi soir François Dupuis.
  3. Et puis, malgré le ralentissement et compte tenu de l’écart entre la croissance des dépenses et celle des revenus, le déficit budgétaire fond comme neige au soleil. Tellement que le ministre Flaherty serait capable d’annoncer l’équilibre budgétaire dès cette année. Il y a fort à parier toutefois qu’il attendra à l’hiver 2015 pour arriver à l’équilibre, voire à un surplus budgétaire important qui lui permettra d’annoncer de bonnes nouvelles fiscales pour les Canadiens avant l’élection.

Dans la mise à jour économique de la mi-novembre, le ministre nous a dit que la croissance des revenus ne serait pas de 5,9 %, mais de 4,6 % en 2014-2015. Les dépenses, je l’écrivais : -0,2 %. Vous voyez l’écart? C’est absolument phénoménal. Le ministre a une incroyable marge de manœuvre et il contrôle le jeu sur toute la ligne.

Il devrait annoncer l’an prochain la réalisation d’une promesse électorale de 2011, celle de permettre le fractionnement de revenus pour les couples avec enfants. Comme c’est le cas pour les personnes de plus de 65 ans, il sera possible de totaliser les revenus d’un ménage et de les diviser par deux afin de réduire son impôt à payer.

Exemple : Vous faites 100 000 $ par année, votre conjoint fait 20 000 $. Vous additionnez les deux revenus et vous arrivez à 120 000 $. Vous divisez cette somme par deux, ce qui vous permet de déclarer deux revenus de 60 000 $. C’est ainsi que vous allez pouvoir réduire l’impôt à payer. Pourquoi?

Parce qu’à 100 000 $, au Québec, en impôt fédéral, vous payez un total de 14 871 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, à deux, vous payez 15 993 $ en impôt fédéral. Si vous déclarez 60 000 $ de revenus, vous payez en impôt fédéral un total de 7093 $. Multipliez par deux et vous arrivez à 14 186 $. Ainsi, vous réduisez votre impôt de 1807 $.

Autre exemple : Vous faites 30 000 $ par année et votre conjoint fait 20 000 $. Ainsi, à 30 000 $, au Québec, vous payez un impôt fédéral annuel de 2375 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, le total est de 3497 $. Si vous utilisez la méthode du fractionnement de revenus, vous additionnez 30 000 $ et 20 000 $, ce qui donne 50 000 $ et vous divisez par deux. Vous allez donc payer 1749 $ par revenu de 25 000 $ pour un total de 3498 $. Résultat : fractionnement ou pas, vous ne gagnez rien!

Ainsi, pour que cette promesse soit intéressante pour vous, il faut gagner plus que la moyenne et que l’écart entre les revenus soit relativement importants. Le fiscaliste Luc Godbout a bien expliqué le tout, avec ses collègues Suzie St-Cerny et Michaël Robert-Angers dans une étude publiée en 2012, nommée À qui profitera la promesse fédérale de rendre possible le fractionnement du revenu familial.

Les données de l’auteur nous permettent de conclure que les provinces plus riches aux écarts de revenus plus grands et aux tables d’impôts moins progressives vont profiter du fractionnement de revenus. Ainsi, selon Statistique Canada et les calculs des auteurs, en se basant sur les chiffres de 2008, les économies réalisées par les familles seront en moyenne de :

  • 896 $ au Québec
  • 1424 $ en Ontario
  • 1714 $ en Alberta

Pour les 20 % les plus riches, les économies moyennes seront de :

  • 1194 $ au Québec
  • 2179 $ en Ontario
  • 2682 $ en Alberta

Pour les 20 % les moins riches, les économies moyennes seront de :

  • 84 $ au Québec
  • 155 $ en Ontario
  • 567 $ en Alberta

Alors, surveillez bien le budget du 11 février. Tout sera là pour préparer les grandes annonces de 2015.

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Sources : pour les deux exemples, ce sont les données pour 2013 calculées par Desjardins. Pour les comparaisons entre les provinces, c’est l’étude Godbout, St-Cerny, Robert-Angers qui se base sur les données de 2008.

« On va-tu magasiner aux States? »

Mercredi 20 novembre 2013 à 17 h 22 | | Pour me joindre

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Quand le dollar canadien valait environ 65 ¢US au début des années 2000, ça coûtait cher aller aux États-Unis! Aujourd’hui, avec un huard à parité – ou pas très loin – avec le billet vert, il est plus qu’intéressant pour les consommateurs d’aller faire un petit tour de temps en temps aux États-Unis pour faire quelques achats. Même en payant les taxes au retour, le gain sur un bon nombre de produits est important.

L’Association canadienne des détaillants de pneus du Canada s’attend à ce qu’une quantité notable de Canadiens aillent aux États-Unis pour acheter leurs pneus d’hiver cette année. Elle évalue que les pneus aux États-Unis sont 32 % moins chers qu’au Canada. C’est un écart considérable, difficile à expliquer. Et ça fait 40 ans que ça dure! Pourquoi est-ce encore le cas, maintenant que le dollar canadien vaut environ 95 ¢US?

La Banque du Canada répond que la situation est peut-être moins inquiétante que ce qu’on en dit. L’écart de prix entre les États-Unis et le Canada, sur un panier de 150 produits, est passé de 20 %  en 2007 à 9 % aujourd’hui. Autrement, depuis le retour du dollar canadien à parité avec le dollar américain, la situation ne cesse de s’améliorer.

Et dans un discours livré au Nouveau-Brunswick, le sous-gouverneur John Murray a déclaré que « s’il y a des inégalités importantes entre les prix, les raisons sous-jacentes peuvent en grande partie s’expliquer, et il ne faudrait pas en déduire que le marché déraille. » Il va plus loin : « Les forces du marché sont à l’œuvre et poussent généralement les prix et le taux de change dans la bonne direction. »

C’est très intéressant comme réponse parce que la Banque du Canada nous dit qu’elle fait confiance aux « forces du marché », ce qui en soit n’est pas une surprise. Mais qu’est-ce que les « forces du marché »? Bien, c’est vous. C’est vous, consommateurs, qui êtes responsables de la demande. Et c’est vous qui allez agir sur les prix au Canada si vous allez magasiner aux États-Unis! Si les grands détaillants d’ici sentent que la demande est moins forte pour des produits vendus plus chers que chez nos voisins du sud, ils vont réagir!

Dans son discours du Trône, le gouvernement Harper a dit qu’il allait prendre les mesures nécessaires pour réduire ce qu’il considère comme une « discrimination géographique ». Est-ce vraiment le cas? Et est-ce que le vrai pouvoir n’est pas, tout simplement, entre les mains des consommateurs?

La décision du gouvernement Harper de geler pour trois ans le taux de cotisation des employés et des employeurs à l’assurance-emploi signale deux choses : Ottawa poursuit inlassablement ses démarches visant à pousser les chômeurs à revenir sur le marché du travail et l’économie va peut-être mieux qu’on le pense!

Le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, lors d'un point de presse à OttawaD’abord, même si la croissance a ralenti au pays, il se crée toujours des emplois, le chômage est en baisse, les ventes au détail demeurent fermes et les espoirs de reprise des exportations grandissent avec le rebond américain en cours et les signaux un peu plus encourageants en provenance d’Europe. Cela dit, pour asseoir la croissance du Canada, le ministre Flaherty cherche peut-être à stimuler l’économie en réduisant les charges fiscales des entreprises et, dans une moindre mesure, des travailleurs.

Par ailleurs, et c’est important de le souligner, le gouvernement n’essaie plus de maintenir d’importants surplus dans le compte de l’assurance-emploi. Le déficit annuel a été effacé et le déficit cumulé se réduit d’année en année, maintenant que la crise est chose du passé. De toute évidence, la décision de geler les cotisations aura pour conséquence de maintenir le compte en équilibre, rien de plus. L’objectif n’est pas d’accumuler des réserves.

Il faut dire aussi que la réforme de l’assurance-emploi, qui a provoqué beaucoup de contestations dans les régions qui comptent sur le travail saisonnier, a peut-être entraîné une réduction des prestations à verser. La croissance économique et la création d’emplois ont aussi réduit les besoins en ce qui a trait aux prestations à verser.

Deux constats :

  1. Le gouvernement va surtout soulager les petites entreprises avec sa mesure, des entreprises qui ont beaucoup de taxes à payer et qui demandent régulièrement qu’on leur donne un peu d’air. Cette annonce sera bienvenue pour elles.
  2. Ceux et celles qui souhaitent voir le gouvernement fédéral revoir ses règles afin de favoriser l’accès pour les travailleurs et les sans-emploi à la protection de l’assurance-emploi seront déçus. Ce n’est, de toute évidence, pas du tout le chemin que le gouvernement suit.

Une question importante : à la prochaine récession, aurons-nous les moyens de faire face à une montée du chômage? Faudra-t-il alors augmenter de façon considérable, d’un coup, les cotisations des uns et des autres?

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry du CIRANO, « avec des élections en 2015, le pire qui peut arriver pour le gouvernement Harper est un essoufflement de la croissance, de l’emploi et du PIB ».  La mesure annoncée va aider à réduire la probabilité de faire face à un tel essoufflement tout en permettant de réaliser l’équilibre budgétaire en 2015.

Le gouvernement de Stephen Harper ne cesse d’amoindrir les attentes quant à l’annonce possible d’un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne la semaine prochaine au sommet du G8 en Irlande du Nord. Le premier ministre a déclaré à Londres, mercredi, qu’il n’est pas question pour lui de s’enfermer dans un calendrier artificiel. Même ton au bureau du ministre du Commerce international Ed Fast, la semaine dernière : il n’y a pas de date-butoir, on négocie et ça progresse. Et c’est tout.

Le haut-commissaire auprès du Royaume-Uni Gordon Campbell accueille Stephen Harper à l’aéroport Luton, en Angleterre. Photo : PC/Adrian Wyld

Pourtant, il y a bel et bien urgence pour le gouvernement canadien. Le premier ministre de Grande-Bretagne, David Cameron, a son discours tout prêt en poche pour annoncer au sommet du G8 le lancement officiel des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis.  Et dans ce contexte, déjà, les Européens réévaluent leurs options étant donné leur désir et vif intérêt à conclure un accord de libre-échange avec les États-Unis.

La seule chose qui semble remettre en question une annonce de David Cameron la semaine prochaine serait un blocage du gouvernement français, qui exige que la notion de l’exception culturelle soit déjà en place et adoptée avant même d’entamer des discussions. La culture n’est pas une marchandise pour la France (et pour le Québec aussi, d’ailleurs) et ne doit pas faire partie des négociations. Cet aspect est crucial et pourrait retarder l’annonce du début des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis.

Mais, sinon, on est sur la ligne de départ. Et plus on s’approche de ces négociations États-Unis / Europe, plus on semble s’éloigner d’un accord Canada / Europe. L’opposition officielle à Ottawa craint même que, pour sauver la face et arriver rapidement à un accord, le gouvernement Harper soit prêt à céder sur certains principes et conclure une entente bâclée.

L’ex-premier ministre du Québec Jean Charest nous vendait encore cette entente le 3 juin dernier à RDI économie, comme s’il craignait qu’elle ne soit pas signée. Et voilà qu’à Ottawa, on fait tout pour minimiser les attentes sur la conclusion rapide de l’accord.

Une question très sérieuse se pose aujourd’hui : les Européens ont-ils encore un intérêt pour un accord de libre-échange avec le Canada?

La machine du Fonds de solidarité FTQ est en marche pour tenter de faire plier le gouvernement fédéral et pousser le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty à revenir sur sa décision d’annuler le crédit d’impôt de 15 % offert à ceux et celles qui confient leur argent au Fonds. C’est toute une campagne qui est lancée : tournée régionale, publicités dans les médias, lettres d’opinions, sollicitations d’appuis dans les milieux d’affaires, on ne néglige aucun effort pour rassembler le maximum de Québécois en faveur du maintien de l’avantage fiscal.

Publicité de la FTQLe Fonds FTQ a des racines fortes et profondes au Québec. Depuis l’annonce de l’avantage fiscal par les gouvernements Mulroney et Lévesque dans les années 80, le fonds de travailleurs s’est installé partout où il faut soutenir des entreprises en démarrage, créer des emplois, avec le gouvernement dans bien des cas, toujours dans le but de stimuler la croissance économique.

Le Fonds précise dans son rapport annuel qu’il doit respecter une norme législative de 60 % qui « stipule que les investissements moyens du Fonds dans des entreprises admissibles qui ne comportent aucune garantie doivent représenter au moins 60 % de son actif net moyen de l’exercice précédent ». Au 31 mai dernier, la valeur de ces investissements s’élevait à 5,1 milliards de dollars, ce qui représentait 67 % de l’actif net moyen de l’exercice.

Cette clause a pour objectif de s’assurer que la mission du Fonds demeure principalement celle de stimuler l’économie du Québec. Elle a permis au Fonds, au fil des décennies, de s’infiltrer dans tous les secteurs de l’économie et de s’enraciner dans toutes les régions.

Aujourd’hui, le monde syndical défend bien sûr le crédit d’impôt du Fonds, mais les milieux d’affaires le font aussi. Des dirigeants d’entreprises se prononcent publiquement en faveur du maintien du crédit d’impôt, des gens qui, souvent, réclament pourtant sur d’autres tribunes la réduction des charges fiscales et de la présence de l’État dans l’économie. Les chambres de commerces partout au Québec comptent sur le Fonds FTQ pour investir et stimuler leur économie. Elles s’affichent donc au côté du Fonds dans cette bataille.

Mais la question qui se pose aujourd’hui et à laquelle le gouvernement Harper a déjà répondu est celle-ci : le Fonds FTQ a-t-il encore besoin d’un avantage fiscal pour prendre des risques, investir dans l’économie du Québec et attirer les investisseurs?

Le Fonds FTQ possède des actifs de 8,8 milliards, plus de 80 % des actifs de fonds de travailleurs au Canada. De plus, le gouvernement du Québec, par l’entremise d’Investissement Québec, injecte de l’argent dans la création d’emplois dans les régions. La Caisse de dépôt et placement du Québec a aussi créé un fonds de 600 millions en 2012 avec Desjardins pour investir dans les PME du Québec. A-t-on encore besoin d’octroyer un avantage fiscal au Fonds FTQ?

Et puis, il faut ajouter que le monde financier se montre très critique des résultats du Fonds de solidarité FTQ. Les experts de l’investissement que nous invitons régulièrement à RDI économie ne penchent pas souvent en faveur des investissements dans le Fonds FTQ, sauf quand on approche de la retraite.

Selon le conseiller en sécurité financière Fabien Major, sans les crédits d’impôt du fédéral et du Québec, le Fonds FTQ affiche un rendement annualisé moyen de 3 % depuis 10 ans et de 1,4 % depuis 5 ans. La moyenne des Fonds équilibrés canadiens neutres est à 5,8 % sur 10 ans et à 3,6 % sur 5 ans. Avec le crédit d’impôt, le Fonds FTQ offre un rendement annualisé moyen de 10 %.

Alors, le Fonds FTQ saura-t-il convaincre le ministre Flaherty de revenir sur sa décision? Va-t-il modifier son approche de l’investissement au Québec avec la disparition du crédit fédéral? Pourrait-il en faire autant – investir au Québec et stimuler l’épargne – avec un seul crédit, celui du Québec à 15 %?

L’éclairage nécessaire

Mercredi 20 mars 2013 à 12 h 33 | | Pour me joindre

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Avant et durant la dernière campagne électorale au Québec, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois ont proposé de doter le Québec d’un directeur parlementaire du budget comme à Ottawa. Pourquoi? Pour être capable d’avoir une évaluation indépendante des projections budgétaires, à l’abri du discours politique, partisan et électoraliste. Projet louable dans un contexte où l’on cherche à obtenir des informations solides, vérifiées et fiables.

Kevin PageLe modèle, c’est donc celui d’Ottawa. C’est Kevin Page, le directeur parlementaire du budget nommé il y a cinq ans par le gouvernement Harper. Mais ce modèle le sera-t-il encore longtemps? Kevin Page quitte son poste au terme de son mandat, qui n’est pas renouvelé. Et bien que le gouvernement fédéral souhaite maintenir le poste en vie, plusieurs soupçonnent qu’on choisira un directeur plus docile, moins critique des prévisions budgétaires du ministre des Finances Jim Flaherty.

Dans une entrevue accordée à mon collègue Marc Godbout, Kevin Page se vide le coeur et affirme qu’une véritable « culture du secret » s’est installée à Ottawa. Le directeur parlementaire a même dû faire appel aux tribunaux pour tenter d’obtenir certaines informations que le gouvernement refuse de lui livrer. Or, pour faire la lumière sur l’état des finances publiques et pour le faire surtout de façon indépendante et complète, Kevin Page affirme qu’il faut avoir toutes les informations en mains.

C’est dans l’intérêt des contribuables canadiens. La création du poste de directeur parlementaire du budget était une bonne idée des conservateurs. La nomination d’un expert qui n’aurait pas les coudées franches que s’est données Kevin Page durant son mandat pourrait représenter un recul pour l’accès à une information indépendante et non partisane. Le défi du détenteur de ce poste est de maintenir une indépendance totale face au pouvoir politique, même si le gouvernement en place se montre critique et exprime son désaccord.

Il faut se rappeler que Statistique Canada a abandonné la publication de certains indicateurs et que plusieurs scientifiques ont dénoncé la décision des conservateurs de modifier la cueillette d’informations par Statistique Canada. De plus, les scientifiques ne peuvent plus communiquer les résultats de leurs recherches aux médias sans obtenir l’approbation au préalable du gouvernement.

C’est dans ce contexte que le ministre des Finances Jim Flaherty présente son huitième budget jeudi après-midi. Et c’est aussi dans un contexte économique difficile : la demande ralentit, la croissance ralentit, le prix du pétrole albertain est en baisse et celui du gaz demeure faible. Plus que jamais, à un peu plus de deux ans des prochaines élections, et tandis que le ministre tient à annoncer l’équilibre budgétaire en 2015, il est essentiel d’avoir un homme ou une femme au regard aiguisé et indépendant au poste de directeur parlementaire.

D’entrée de jeu, permettez-moi de vous souhaiter une bonne année 2013 : du bonheur, de l’amour, de la paix et du succès! De la sérénité afin que chacun, peu importe sa situation, puisse mieux vivre, plus calmement, sans manquer de rien.

Cette année s’amorce avec deux nouvelles encourageantes.

D’abord, des avancées pour éviter le précipice budgétaire aux États-Unis, ce qui aurait pu avoir un impact économique majeur. Plus de peur que de mal finalement! Et puis, un règlement dans la LNH. Cela permettra à des milliers de personnes de retrouver des emplois perdus par ce conflit de travail opposant de riches joueurs à de riches propriétaires, et qui s’étirait…

Surtout, le bilan de 2012 est très appréciable au chapitre de l’emploi. Les changements imposés par le gouvernement Harper à l’assurance-emploi vont bouleverser la vie de milliers de travailleurs et de leur famille, c’est certain. Mais les dernières statistiques confirment une amélioration générale de la situation économique au pays, surtout au Québec.

Ainsi, après la perte de 51 000 emplois en 2011, le Québec a rebondi au cours de la dernière année en ajoutant 138 000 emplois. Le taux de chômage a baissé, les taux d’emploi et d’activité ont augmenté.

Dans les bonnes nouvelles, notons l’ajout de 128 000 emplois dans la région métropolitaine de Montréal, stimulée en particulier par un faible taux de chômage en Montérégie à 6,1 %. Aussi, la presque totalité des emplois créés au cours de la dernière année ont été à temps plein.

 

Les régions championnes en terme de faible chômage :

  • Chaudière-Appalaches : 4,6 %
  • Capitale-Nationale : 4,9 %
  • Montérégie : 6,1 %
  • Côte-Nord et Nord-du-Québec : 6,3 %
  • Laurentides : 6,5 %
  • Abitibi-Témiscamingue : 6,7 %
  • Bas-Saint-Laurent : 6,8 %

 

Les régions autour de la moyenne :

  • Centre-du-Québec : 7,1 %
  • Outaouais : 7,2 %
  • Lanaudière : 7,2 %

 

Les régions où le taux de chômage a monté en 2012 :

  • Laval : 7,4 %
  • Estrie : 7,9 %
  • Saguenay-Lac-Saint-Jean : 9,4 %
  • Montréal : 10,1 %
  • Mauricie : 10,5 %
  • Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine : 14,6 %

 

Cela dit, les économistes sont d’avis que la situation ne va pas perdurer. Parlant pour l’ensemble du Canada, l’économiste Matthieu Arseneau de la Nationale affirmait vendredi qu’il demeure « sceptique quant à la durabilité de ces gains en raison de la volatilité des données sur l’emploi ».

Chez Desjardins, l’économiste Joëlle Noreau disait ceci : « Bien que les données économiques s’améliorent au sud de la frontière, les préoccupations entourant le contexte budgétaire laissent encore bien des inquiétudes quant à la performance de l’économie américaine cette année. Ce climat de tension amènera bien des hésitations chez les employeurs qui préféreront peut-être jouer de prudence dans les premiers mois de 2013 en limitant à la fois les investissements et les embauches. »

Une fois de plus, ce début d’année s’amorce sur une série de doutes, qui laissent croire qu’une croissance durable et soutenable peut s’installer, mais les risques demeurent assez nombreux pour faire dérailler, encore une fois, ce qui peut ressembler à une reprise. N’est-ce pas très prudent comme projection pour 2013?

La fracturation change tout!

Jeudi 15 novembre 2012 à 14 h 47 | | Pour me joindre

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L’énergie est au coeur des décisions les plus importantes pour notre avenir. D’où viendra notre pétrole qui coûte de plus en plus cher? Comment réduire sa consommation de pétrole? Comment améliorer notre autosuffisance énergétique? Et surtout comment développer de nouvelles sources d’énergie, renouvelables, plus vertes, plus durables?

Ce sont des questions que se posent les Québécois, les Canadiens dans leur ensemble et les Américains. Et à la réflexion, s’est ajouté cette semaine un document préparé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui nous apprend que les États-Unis seront d’ici 2020 le premier producteur de pétrole du monde, et d’ici 2030, un exportateur net de pétrole.

Forage horizontal d'un puits de gaz de schiste, grâce à la fracturation hydraulique.Pourquoi? Parce que la technologie de la fracturation hydraulique fait des miracles. Elle a provoqué une croissance exceptionnelle de la production de gaz naturel issu du schiste, de la pierre, et sera largement utilisée à l’avenir pour exploiter le pétrole de schiste. Cette technologie est très critiquée parce qu’on ne sait pas encore si elle est totalement sûre pour l’environnement et la santé. Mais l’AIE est d’avis que cette technologie est exceptionnelle et qu’il serait difficile d’y renoncer.

Si à Québec, on n’est pas du tout convaincu d’aller de l’avant avec la fracturation hydraulique, s’inspirant ainsi de la France qui l’a carrément interdite, il semble clair qu’on est certain de la pertinence d’exploiter le pétrole qui se cache dans les terres et les eaux de la nation. Il y en a en Gaspésie, dans l’île d’Anticosti et dans le golfe Saint-Laurent. Si la population adhère aux projets et si on peut se lancer dans une exploitation qui respecte des critères environnementaux et sociaux, le PQ semble décidé à pomper le pétrole disponible et accessible.

Questions : est-ce que l’exploitation du pétrole ne viendrait pas alourdir davantage le bilan carbone du Québec que l’exploitation du gaz de schiste? Pourquoi le pétrole du Québec serait-il acceptable du point de vue environnemental alors que celui qui viendrait de l’ouest du pays dans un pipeline ne serait pas le bienvenu alors qu’il est 20 $ le baril moins cher que celui qu’on achète de la mer du Nord et d’Algérie? Cela dit, cet écart de prix demeurerait-il dans la perspective d’un développement international du pétrole albertain?

Par ailleurs, à Ottawa, on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. Stephen Harper mise sans condition sur le développement des sables bitumineux de l’Alberta. Son problème, c’est de bien gérer la croissance. Des décisions stratégiques s’imposent. Ottawa veut vendre son pétrole aux Chinois et aux Asiatiques.

forage_petrole_usaQuestions : mettra-t-il en cause ce développement s’il dit non à l’acquisition de la Canadienne Nexen par la société d’État chinoise CNOOC, une transaction évaluée à 15 milliards de dollars que le gouvernement semble hésitant à accepter? Ottawa a-t-il une stratégie pour développer son marché au moment où les États-Unis pourraient devenir autosuffisants d’ici huit ans comme le suggère l’AIE? Barack Obama va-t-il approuver le projet Keystone dans son ensemble, qui doit permettre d’amener le pétrole des sables bitumineux vers le sud des États-Unis? Est-ce qu’Ottawa devrait miser davantage sur le développement vers l’Ouest (Asie) et vers l’est du Canada (inversion du pipeline existant)?

Enfin, à Washington, le gouvernement mise sur le développement du gaz et du pétrole. L’explosion du développement du gaz par fracturation hydraulique ouvre de nouveaux horizons pour le développement énergétique aux États-Unis, et le président Obama veut en profiter. Il promet depuis longtemps l’indépendance énergétique des États-Unis et c’est encore plus vrai aujourd’hui avec le développement de la technologie de fracturation.

Été 2012, entre chaos et espoir

Vendredi 29 juin 2012 à 11 h 06 | | Pour me joindre

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La première moitié de l’année 2012 se termine sur une note d’espoir. Les dirigeants européens sont arrivés à un accord qui établit une stratégie à court et à moyen terme. D’une part, l’Espagne obtient des pays de la zone euro un engagement pour que le fonds de soutien européen aide directement les banques du pays sans endetter l’État. Et l’Italie obtient que le fonds de stabilité européen rachète des obligations de la péninsule pour faire pression à la baisse sur les taux d’intérêt et les coûts d’emprunts.

Le président français François Hollande s'entretient avec le premier ministre belge, Elio Di Rupo et le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, à l'ouverture du sommet européen à Bruxelles, jeudi.

D’autre part, l’Union européenne a convenu de mettre en place un plan de croissance de 120 milliards d’euros. Il aura notamment pour objectif d’investir dans des projets d’infrastructures. Un plan de stimulation économique, finalement! Et ce plan a obtenu l’aval de Madrid et de Rome parce qu’une stratégie à court terme, pour réduire la pression des marchés, a été adoptée.

 

Voilà pour les bonnes nouvelles. Pour le reste, soyons bien honnêtes, l’été s’annonce difficile sur plusieurs plans :

  • L’économie mondiale ralentit. La plupart des pays de la zone euro sont en récession, l’économie américaine ralentit, la confiance des consommateurs est en baisse.
  • Les défis à long terme de la zone euro sont immenses. Il faut une meilleure intégration de la zone, une union fiscale, monétaire et économique qui fonctionne. On est encore à se demander si la zone euro va résister aux turbulences qu’elle connaît. Est-ce que Berlin va plier pour mettre en commun les dettes des pays de l’ensemble? Est-ce que Paris et les autres grandes capitales de la région vont accepter de céder de leur souveraineté pour donner plus de pouvoir aux entités centrales de l’Union et de la zone, peut-être un peu plus de poids à l’économie « modèle » de l’Europe, c’est-à-dire l’Allemagne?
  • La Chine ralentit. La Chine demeure en forte croissance, mais l’un des gros moteurs du monde économique a perdu de sa force dans les derniers mois. Son secteur manufacturier fonctionne, de mois en mois, à un rythme toujours un peu plus modéré. La banque centrale réduit ses taux d’intérêt pour stimuler la consommation. Pékin a beaucoup misé sur le développement du pays, sur une augmentation de sa capacité de production, mais, pour l’instant, des quartiers entiers sont peuplés d’appartements vides et d’usines immobiles. En 2012, on ne peut pas négliger une réduction de 2, 3 ou 4 points de pourcentage de croissance du PIB en Chine et dans les pays émergents du monde.
  • Le Canada n’est pas à l’abri. Si Jim Flaherty et Stephen Harper parlent beaucoup des troubles européens pour nous avertir d’un ralentissement possible au Canada, il faut savoir que deux autres menaces planent au-dessus de l’économie canadienne : le ralentissement de la Chine qui a provoqué une chute de plus de 20 % des cours du pétrole depuis deux mois et l’endettement des ménages canadiens, qui obligent le gouvernement à resserrer l’accès au crédit hypothécaire.
  • Et, je terminerai là-dessus : comme en 2008, nous devons encore aujourd’hui poser le diagnostic que notre modèle économique, qui repose sur la consommation, le crédit et l’endettement, est fatigué. Cet endettement, des États et des particuliers, étouffe les perspectives normales de croissance. Les entreprises, surtout les sociétés financières, ont engrangé des profits et des milliards au fil du temps, ont pris des risques inconsidérés avec l’argent des épargnants et nous nous retrouvons aujourd’hui dans un total déséquilibre qui menace nos économies. Faudra-t-il annuler des dettes? Faudra-t-il effacer l’ardoise?

Et surtout, avons-nous d’autres façons de croître, d’améliorer notre niveau de vie, notre qualité de vie, tout en cessant d’épuiser notre capital écologique? Si les défis des prochains mois sont importants, les défis fondamentaux du capitalisme des années 2000 le sont encore plus. L’espoir de Bruxelles aujourd’hui nous conduira-t-il à une plus large réflexion sur la croissance, sur la richesse, sur la création et la répartition de la richesse, sur l’avenir de notre planète?

Je vous souhaite un bon été. Avec les odeurs d’élections qui planent au Québec, je vous retrouve en août, mais pas très tard en août…

Le premier ministre du Canada est revenu très heureux du G20 avec un carton d’invitation pour participer aux négociations du Partenariat transpacifique. Stephen Harper travaille depuis un bon moment sur ce dossier. C’est prioritaire pour lui et il tenait à se joindre à cette discussion.

Pourquoi?

D’abord, parce que fondamentalement le premier ministre croit aux vertus du libre-échange. Depuis son accession au pouvoir en 2006, il a conclu des ententes de libre-échange avec le Honduras, le Panama, la Jordanie, la Colombie et le Pérou. Le Canada négocie des ententes en ce moment avec l’Union européenne, le Japon, l’Ukraine, le Maroc, la Corée du Sud, les Caraïbes, la République dominicaine, l’Inde, Singapour et le Costa Rica. Ottawa aimerait bien aussi négocier des ententes avec le Guatemala, le Salvador, le Nicaragua, la Turquie et probablement d’autres pays.

Un proche du ministre du Commerce international Ed Fast me disait que le Canada est très actif sur la scène internationale et que tout le monde semble vouloir négocier avec le Canada, pays de stabilité financière, de ressources et dont la gestion budgétaire sert de modèle pour plusieurs.

Stephen Harper et Barack Obama.Mais l’accord qui est le plus important pour le Canada, et pour lequel Stephen Harper voulait être invité aux négociations, c’est le Partenariat transpacifique. Il y a une dizaine de pays d’Asie, d’Océanie et d’Amérique qui participent aux discussions. Il s’agit des États-Unis, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Malaisie, du Vietnam, de Singapour, du Brunei, du Chili, du Pérou et du Mexique. Le Japon tente d’être admis à la table des négociations.

On parle d’un marché de plus de un demi-milliard de personnes pour un PIB total de plus de 17 000 milliards de dollars. C’est plus important que l’ALENA, l’Accord de libre-échange nord-américain (Canada, États-Unis, Mexique). C’est même plus important que le futur accord entre le Canada et l’Union européenne. En fait, c’est immense!

Et puisque le Canada veut vendre son pétrole aux pays d’Asie, la porte d’entrée qu’offrirait le Partenariat transpacifique est une occasion que Stephen Harper ne veut pas rater.

Mais il y a plus que ça…

Comme l’expliquait le spécialiste des questions asiatiques Loïc Tassé la semaine dernière à RDI Économie, cette entente s’inscrit dans l’axe de l’affrontement que se livrent les États-Unis et la Chine. Le président Obama tient à former un clan puissant face à l’ASEAN, l’Association des états du Sud-Est asiatique, qui regroupe 10 pays : Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam. Et il y a quelques années, cet ensemble a négocié un accord de libre-échange avec la Chine.

Elle est là la clé. C’est pour faire concurrence à cet espace de libre-échange, dont la Chine est le membre le plus important, que les États-Unis misent sur la formation du Partenariat transpacifique. L’arrivée du Canada était donc souhaitée par Barack Obama, autant que par Stephen Harper. Ce dernier veut voir le Canada prendre part à ce grand marché, même si les relations du Canada avec la Chine se sont réchauffées dans les dernières années.

Cela dit, il faudra surveiller l’évolution des négociations. Il est clair que les protections agricoles agacent bien des gens dans le merveilleux monde du libéralisme économique. Et il y a fort à parier que certains interlocuteurs exigeront que le Canada lâche du lest sur la question de la gestion de l’offre, qui garantit un marché pour les producteurs de lait, d’oeufs et de volaille. Une bataille à finir pourrait s’engager au pays si on remet en question la gestion de l’offre.