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L’Allemagne, la France et l’austérité

Vendredi 27 septembre 2013 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Le gouvernement de François Hollande mise encore sur l’austérité, bien que son ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici préfère ne pas nommer les choses ainsi. Des compressions sont prévues dans les dépenses, des hausses de taxe aussi sont annoncées pour le 1er janvier. Pas de hausse d’impôts toutefois pour les particuliers, et des allègements fiscaux sont offerts aux entreprises. Cela dit, les dépenses de l’État sont abaissées de 1,5 milliard de dollars. Chez nous, au Québec, c’est la croissance des dépenses qui ralentit. En France, ce sont les dépenses tout court qui baissent.

Le président français, François HollandeLe ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici a-t-il raison de poursuivre sur le chemin de l’austérité? On peut se poser la question sérieusement étant donné la très très faible reprise économique en Europe, particulièrement en France. La hausse prévue du PIB pour l’ensemble de 2013 est de 0,1 % et, pour 2014, de seulement 0,9 %. Le taux de chômage est actuellement de 10,5 %.

Cela dit, la dette du pays atteindra un sommet à 95,1 % du PIB. Entre l’obligation de s’assurer à court terme d’une reprise durable et celle de maintenir une politique budgétaire saine et crédible, le ministre doit naviguer dans un canal très serré.

La chancelière allemande Angela Merkel

Pendant ce temps, en Allemagne, Angela Merkel vient d’être réélue à la tête du pays pour un troisième mandat. On s’y attendait, les citoyens de son pays l’aiment beaucoup. La « maman » des Allemands, la dame de fer de l’Europe, la tortionnaire des pays retardataires, tout a été dit et redit sur Angela Merkel, peut-être la femme politique la plus puissante du monde. Mais les raisons de son succès sont-elles bien connues? Savons-nous pourquoi l’Allemagne se tire si bien d’affaire par rapport aux autres pays d’Europe?

Trois grandes raisons expliquent les forces de l’Allemagne :

  1. La faiblesse de l’Euro. Au cours de la crise, en 2009-2010, la valeur de l’euro face au dollar américain a chuté, passant de 1,50 à 1,20 $US. Pour un pays d’exportateurs comme l’Allemagne, c’est très avantageux. Les problèmes économiques des pays voisins ont aussi permis à l’Allemagne de récupérer certains champs d’exportations abandonnés.
  2. Les faibles coûts d’intérêt. Alors que partout autour, particulièrement en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce, les coûts d’emprunt augmentaient de façon spectaculaire, ceux de l’Allemagne sont demeurés extrêmement bas. Le pays était vu comme le facteur de stabilité de la région. Berlin a pu emprunter à des taux d’intérêt faibles lui permettant de maintenir une politique économique et budgétaire normale. En fait, le gouvernement Merkel a bénéficié de coûts d’emprunts plus faibles qu’avant le déclenchement de la crise, lui permettant d’économiser des milliards de dollars en intérêt. Les faibles taux ont aussi stimulé le secteur immobilier.
  3. La réduction du temps de travail. Les Allemands ont travaillé moins d’heures durant les temps de crise, réduction plus importante qu’en France. Cette situation a permis d’éviter une hécatombe dans le marché de l’emploi. L’absence de salaire minimum a aussi contribué au maintien de milliers d’emplois. Le taux de chômage est aujourd’hui à seulement 5,4 % comparativement à 12,1 % dans l’ensemble de la zone euro.

Les succès de l’Allemagne ne signifient pas pour autant moins de pauvreté. Le nombre de personnes qui vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté demeure élevé en Allemagne. Peu importe la statistique utilisée (taux de gens dont le revenu est inférieur à 40 %, 50 % ou 60 % du revenu médian), l’Allemagne affiche des taux de pauvreté plus élevés qu’en Belgique, en France ainsi que dans les pays nordiques. Le pays est essentiellement dépassé par des pays en récession ou en dépression : la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Pologne et le Royaume-Uni. À lire ici : http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

Nous savons que l’Allemagne est venue en aide à ses voisins. Mais les exigences ont été telles que plusieurs de ces pays ont vu leur situation empirer. L’Allemagne a prêté 70 milliards d’euros à ses voisins. Ce n’est pas un don, c’est un prêt. L’Allemagne entend récupérer ses billes.

Derrière la façade, celle d’une économie solide et en santé, il est important de comprendre que l’Allemagne n’est pas, seule, responsable de ses succès.

Alors qu’on constate ces jours-ci que l’austérité à court terme n’était peut-être pas la meilleure solution dans un contexte aussi exceptionnel que celui de l’après-crise financière de 2007-2009, les gouvernements du Canada et du Québec multiplient, pour leur part, les compressions budgétaires. La croissance économique est pourtant faible au pays, particulièrement au Québec. Malgré tout, l’austérité règne.

Dans les budgets présentés en 2012 et en 2013, dans l’objectif d’atteindre l’équilibre en 2015-2016, le gouvernement Harper a dévoilé une série de mesures qui visent à réduire ses dépenses. C’est de l’austérité de « déficit zéro » pourrait-on dire et non pas de l’austérité de dernier recours comme le vivent la Grèce et le Portugal. Le Canada et le Québec choisissent d’appliquer des mesures d’austérité alors que ces mesures en Europe sont associées à une aide et à des exigences du FMI notamment.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas MarceauAu Québec, le gouvernement Charest avait ciblé 2013-2014 pour retrouver l’équilibre budgétaire et le Parti québécois, au pouvoir depuis septembre dernier, a décidé de maintenir cette cible. Mais l’économie ralentit, les revenus ne sont pas à la hauteur des attentes et le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard se sont lancés dans une série de compressions et de révisions de budgets qui touchent plusieurs ministères et organismes.

Si l’austérité a eu un effet dépressif sur les économies européennes, le bureau du Directeur parlementaire du budget à Ottawa nous permet de savoir ce que des mesures de compressions auront, en principe, sur le potentiel économique du pays. Ainsi, dans son rapport du 29 avril, la directrice par intérim du bureau Sonia L’Heureux évalue que les compressions annoncées en 2012 et 2013 vont réduire de 0,5 % environ le PIB au Canada en 2015, 2016 et 2017. Sonia L’Heureux calcule aussi que, sans les compressions des deux derniers budgets, le Canada compterait 62 000 emplois de plus en 2016 et 67 000 de plus en 2017.

Quel serait le résultat d’une telle analyse au Québec avec les multiples compressions annoncées par le gouvernement Marois? Ne serions-nous pas mieux servis par le travail d’un directeur parlementaire du budget à Québec aussi, chose pourtant promise par le PQ en campagne électorale?

 

C’est donc Krugman qui avait raison?

Vendredi 26 avril 2013 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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« Paul Krugman a gagné » annonçait sur son blogue mercredi l’ancien analyste financier de la CIBC et de Merrill Lynch, Henry Blodget, dont la carrière s’est écroulée avec l’éclatement de la bulle techno au début des années 2000. Il anime aujourd’hui The Daily Ticker sur Yahoo et dirige The Business Insider. Mais, c’est une autre histoire.

Concentrons-nous sur Paul Krugman. Il a gagné quoi au juste?

Selon le blogueur, et selon plusieurs observateurs, cinq ans après le début de la crise, force est de constater que les tenants de l’austérité avaient tort. La crise européenne ne cesse de prendre de l’ampleur, tandis que plusieurs pays endettés ont été obligés d’imposer de sévères mesures d’austérité, qui ont réduit considérablement le niveau de vie des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, notamment. L’austérité n’a rien réglé.

Ajoutons à cela les États-Unis avec un endettement qui dépasse les 100 % du PIB, mais qui ont du mal à générer des revenus nouveaux et durables au moment où la reprise est extrêmement timide. Paul Krugman a toujours dénoncé les coupes budgétaires américaines. Il affirmait qu’il fallait continuer à stimuler l’économie pour assurer une reprise durable, des revenus supplémentaires et à une réduction de la dette à long terme.

« Il est rare que des débats économiques se terminent par un K.-O. technique, écrit le chroniqueur Paul Krugman dans le New York Times ce matin. Mais le grand débat des dernières années entre les keynésiens, qui militent en faveur de dépenses gouvernementales durables et en croissance durant les temps de dépression, et les pro-austérité, qui exigent des réductions de dépenses immédiates, s’achève, du moins dans le monde des idées.

« En ce moment, poursuit Krugman, la position de ceux qui favorisent l’austérité a implosé. Non seulement leurs prédictions touchant le monde réel ont complètement échoué, mais la recherche scolaire sur laquelle ils appuyaient leur position était finalement truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques discutables. »

Le chroniqueur fait référence aux économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, qui ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Un pays qui arrive à un niveau d’endettement représentant 90 % de son PIB ne voit pas sa croissance baisser de 0,1 %, comme ils l’affirmaient, mais croître plutôt de 2,2 % en moyenne. L’étude des deux économistes avait largement été citée par les pays occidentaux pour justifier les mesures d’austérité. Les experts qui ont découvert l’erreur dans le tableau Excel de Rogoff et Reinhart s’entendent tout de même avec eux pour dire qu’un endettement grandissant à long terme n’est pas soutenable pour les finances publiques.

Il faut ajouter qu’en début d’année, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait à titre personnel, de concert avec un autre économiste du FMI Daniel Leigh, que les experts avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance. Leur déclaration a fait grand bruit.

Pourquoi tant d’austérité alors? Pourquoi ce discours est-il encore très présent malgré un affaiblissement de sa domination dans les derniers mois?

Paul Krugman affirme qu’une « partie de la réponse repose certainement sur le désir très répandu de considérer les questions économiques comme un jeu moral, comme une histoire d’excès et de conséquences. Nous visons au-dessus de nos moyens, l’histoire se répète, et maintenant nous payons le prix inévitable ».

Selon lui, on peut expliquer longtemps que des dépenses supplémentaires vont réduire le chômage, « on s’en fout, bien des gens ont la profonde impression que nous vivons dans le péché et que la rédemption viendra de la souffrance ».

Voilà où nous en sommes. Depuis 2010, on annonce année après année une reprise durable de l’économie américaine et de l’économie mondiale. Nous sommes en 2013 et les prochains mois seront encore décevants selon les prévisionnistes. Mais, encore là, il y a de l’espoir parce que les signaux sont encourageants aux États-Unis.

Que faire? Les autorités politiques et économiques doivent encore se poser la question aujourd’hui et continuer de tirer des leçons de ce qui est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a, dans les pays développés, 26 millions de jeunes de 15 à 24 ans qui sont au chômage ou qui ne sont pas à l’école selon The Economist. C’est inquiétant. Comment réagir? Compte tenu des espoirs de reprise, doit-on poursuivre sur la voie de l’austérité ou stimuler l’économie pour asseoir cette reprise?

Incroyable cet aveu exprimé jeudi dernier par l’économiste en chef du FMI Olivier Blanchard et par Daniel Leigh, économiste également au Fonds monétaire international. En quelques mots, ils ont dit que les experts comme eux, qui orientent les grandes décisions mondiales en matière de finance, se sont trompés en misant à tout prix sur l’austérité dans le but de réduire le plus rapidement possible les dettes souveraines.

Olivier Blanchard

Ils parlent à titre personnel et pas au nom du FMI. Mais, tout de même, dans un texte publié sur le site du FMI, ils affirment ceci : « Nous démontrons que, dans les économies développées, une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu. »

En quelques mots et quelques chiffres, ils s’attendaient à ce que la réduction des dépenses publiques équivalentes, disons à 1 % du PIB, allait entraîner une réduction de l’activité économique de 0,5 point de pourcentage. Or, l’effet a été bien pire : réduction de l’activité de 0,9 à 1,7 point. L’erreur, c’est d’avoir appliqué un modèle qu’on connaît en période de croissance dite normale, alors que les pays visés par des mesures d’austérité étaient en pleine crise.

Comme l’ont titré plusieurs groupes de presse : oups!

Des Grecs manifestent à l'extérieur du ministère des Finances à Athènes, le 17 octobre 2012, contre les mesures d'austérité. Ce constat n’est pas banal. Le FMI, l’UE, l’Allemagne, la BCE et les agences de notation ont fait pression dès 2009 pour que d’importantes mesures d’austérité soient appliquées afin de réduire l’endettement des pays développés. Hausse d’impôts, compressions dans les programmes sociaux, suppressions d’emplois dans la fonction publique, quantité de mesures ont été mises en place de façon quasi dogmatique, plongeant encore davantage la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et plusieurs autres pays dans une récession qui semble sans fond.

Aujourd’hui, près de 19 millions de personnes sont au chômage dans la zone euro, du jamais vu depuis la création de la monnaie unique en 1999. Taux de chômage de 11,8 % avec des pointes à 26 % en Grèce et à presque 27 % en Espagne. Et cette hausse du chômage se poursuit toujours dans la zone euro.

Cela dit, un point de vue divergent apparaît dans un texte publié dans Bloomberg lundi. Anders Aslund, chercheur au réputé Peterson Institute for International Economics, affirme que l’austérité fonctionne, contrairement à ce qu’affirment les économistes Blanchard et Leigh. « L’Europe du Nord est en bonne santé financière, merci à l’austérité, écrit-il, alors que l’Europe du Sud souffre d’une austérité à demi-assumée, pire, de mesures de stimulation fiscale. »

Anders Aslund compare la Grèce à la Lettonie. D’un côté, dit-il, il y a un pays qui n’a pas adopté les mesures d’austérité nécessaires, avec une rigueur absolue. C’est la Grèce, dont l’économie se décompose un peu tous les jours. De l’autre, il y a la Lettonie, qui s’est obligée à un régime de pain sec pendant deux ans, conduisant à une chute de son PIB de 24 %. Aujourd’hui, la croissance dépasse les 5 % annuellement et le déficit budgétaire ne représente plus que 1,5 % de son PIB.

À quel prix toutefois? Le FMI affirme que la Lettonie a beaucoup trop réduit ses dépenses sociales. Mais sa directrice, Christine Lagarde, déclarait tout de même en septembre que ce pays était un exemple à suivre. Le FMI est venu en aide à la Lettonie, qui a déjà commencé à rembourser son prêt au Fonds monétaire international.

Les victimes de l’austérité se comptent par millions, c’est indéniable. Et c’est pourquoi tout cela m’apparaît profondément troublant.

Encore de l’austérité? Vraiment?

Vendredi 28 septembre 2012 à 12 h 46 | | Pour me joindre

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L’économie mondiale continue de ralentir, et la crise ne cesse de prendre de l’ampleur, en Espagne tout particulièrement, quatrième économie d’Europe. La Grande-Bretagne est en récession, plusieurs autres pays de la région le sont aussi. Et la France semble se diriger vers une récession, selon les prévisions de sa banque centrale.

Les budgets pour l’exercice 2013 sont dévoilés un peu partout et comportent encore plusieurs mesures d’austérité. Pourtant, cette austérité a provoqué, dans les dernières années, des chutes de revenus publics plus importantes encore que la réduction des dépenses prévue par plusieurs gouvernements. Comme le chien qui se mord la queue, on tourne en rond et on creuse son trou toujours un peu plus profondément.

Les chiffres d’austérité sont les suivants :

Manifestation à Athènes contre l'austéritéEncore 15 milliards de dollars en Grèce, qui n’en finit plus de mourir. Il faut encore compresser et comprimer. Il faut couper davantage dans la fonction publique et les mesures sociales pour être en mesure d’obtenir une nouvelle tranche d’aide de l’Europe et du FMI.

L’Espagne est plongée dans une crise économique terrible : le quart de sa population active est au chômage. Malgré tout, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy annonce des mesures visant à couper près de 50 milliards de dollars dans ses dépenses. Déréglementations de différents secteurs et compressions dans les programmes sociaux sont prévues.

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault

La France est dans une situation moins périlleuse, mais tout de même préoccupante. Les Français ne sont pas convaincus que leur nouveau président, François Hollande, a les bons remèdes pour redresser la situation. Le budget annoncé aujourd’hui par Paris prévoit des réductions budgétaires de près de 13 milliards de dollars et des hausses d’impôt pour les entreprises et les particuliers de plus de 25 milliards de dollars.

Et puis, il y a l’Allemagne, qui ralentit sérieusement. Alternatives économiques écrit dans son édition de septembre 2012 que « l’économie allemande a tiré profit de la crise grâce à des taux d’intérêt exceptionnellement bas et la baisse du taux de change de l’euro, qui a dopé ses exportations ». Mais, aujourd’hui, l’économie du pays d’Angela Merkel fléchit aussi et pourrait s’approcher du niveau de récession.

Combien de temps cette glissade va-t-elle durer?  Et quelle sera l’ampleur de l’effet sur l’économie mondiale, notamment sur la Chine, qui a besoin de son partenaire européen pour continuer à prospérer? Tout est lié, vous le savez…

Faudrait-il permettre aux pays d’Europe d’investir massivement dans leur économie et de reporter à plus tard la réduction de leur endettement? Ou faut-il continuer sur le chemin douloureux de l’austérité et de la récession avec pour objectif (ou espoir) d’assainir une fois pour toutes les finances publiques?

Les experts à qui j’ai parlé dans les dernières semaines semblaient croire à une sortie prochaine de la Grèce de la zone euro. Au moins 60 % des chances m’ont dit plusieurs. À la lumière des résultats électoraux de dimanche, c’est moins probable. Le parti Nouvelle démocratie, parti de centre droit en faveur de l’austérité, est arrivé en tête et tentera dans les prochains jours de former une coalition pour gouverner la Grèce.

Antonis Samaras, chef du parti Nouvelle démocratie.

Ça se fera sans le parti Syriza, la gauche radicale, dont la popularité a grimpé en flèche dans les dernières semaines et qui est arrivé au second rang, pas très loin de Nouvelle démocratie. Ce parti rejette l’austérité et avait prévenu que, s’il était élu, il n’allait pas mettre en oeuvre les politiques d’austérité négociées avec l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).

Si le résultat électoral signifie que l’accord entre la Grèce, le FMI et l’UE demeure en vie, il ne veut pas dire pour autant qu’Athènes pourra maintenir un régime d’austérité encore longtemps. La population est fatiguée, l’économie pourrait bientôt ressembler aux vieilles ruines grecques qui attirent encore les touristes du monde entier, le chômage monte, les citoyens retirent massivement leur argent des banques.

« L’austérité n’a pas marché et elle ne marchera pas », disait le Nobel d’économie Joseph Stiglitz, cité par The Business Week et le Courrier international. Il a raison : trois années d’austérité n’ont fait qu’empirer les problèmes de la Grèce, des politiques menées par l’Allemagne, la banque centrale, l’UE et le FMI, qui avaient pour but de remettre de l’ordre en Grèce et d’éviter une contagion de la crise de la dette. Or, dans les derniers jours, un quatrième pays a obtenu un soutien financier des autorités européennes. Jusqu’à 100 milliards d’euros seront versés à l’Espagne pour appuyer ses banques aux prises avec de mauvaises créances hypothécaires. Les coûts d’emprunt de l’Espagne, mais aussi de l’Italie, sont à des niveaux records depuis la création de la zone euro.

La solution selon plusieurs économistes, cambistes et autres spécialistes des marchés : annuler les dettes. Dans le cas de la Grèce, les créanciers privés ont annulé l’hiver dernier 53,5 % de leurs avoirs en obligations grecques. Un expert me disait récemment qu’il faudrait aller jusqu’à l’annulation de 80 ou 90 % de la dette grecque.

Pourquoi? Pour que la Grèce s’en sorte. Et parce que les coûts engendrés par la crise qui touche la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, et qui a plongé la zone euro dans la récession, qui ralentit toutes les économies périphériques, y compris les plus grosses comme la France et l’Allemagne, sont plus élevés que le prix à payer pour boucher correctement le trou budgétaire.

Qu’est-ce qu’on attend? La zone euro a-t-elle le choix?

Environ 800 millions d’euros sont retirés tous les jours des banques par les citoyens grecs, qui ont perdu confiance dans leurs institutions et qui pariaient sans le souhaiter, jusqu’à dimanche à tout le moins, sur la sortie de leur pays de la zone. Dans cette éventualité, plusieurs ont fait le plein de liquidités en euros, par crainte que le retour de la drachme s’accompagne d’une chute de valeur spectaculaire de leur devise retrouvée.

Que vont faire les Espagnols? On rapporte déjà des retraits importants dans les banques. Que feront les Italiens, dont le pays est le prochain sur la liste à avoir besoin de l’aide de l’UE et du FMI? Et est-ce qu’on attend que la contagion atteigne la France?

Même avec la formation d’une coalition en Grèce, tout est à faire, tout est à refaire. D’un côté, l’Allemagne a besoin des pays d’Europe aujourd’hui en difficulté. C’est eux qui achètent une bonne partie de ses produits exportés. De l’autre, les pays au coeur de la crise ont besoin de l’euro, un projet qui se doit de passer à l’étape suivante : après l’intégration politique, l’intégration économique et fiscale. Les chefs en place, souvent motivés et tiraillés par des intérêts politiques locaux, auront-ils le courage de faire ce qu’il faut pour bâtir une zone solidaire, forte et cohérente?

Le résultat en Grèce donne une nouvelle chance à la zone euro de prendre les décisions qui lui permettront de survivre et de perdurer. Peut-on dire : c’est maintenant ou jamais?

Le Canada est-il arrogant?

Vendredi 8 juin 2012 à 11 h 31 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas la première fois qu’on le constate, mais le gouvernement Harper adopte depuis quelques années un ton qui frise la condescendance face à la zone euro. 

Au moment où des négociations sont en cours pour la création d’une zone de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, le premier ministre Harper et son ministre des Finances Jim Flaherty se sont permis, à plusieurs reprises, d’exprimer exaspération et conseils pressants à l’endroit des chefs de la zone euro.

Le premier ministre Stephen Harper a rencontré le président français François Hollande à Paris. Encore cette semaine, en visite en France, le premier ministre Stephen Harper a déclaré que la situation ne pouvait plus durer, les dirigeants de la zone euro doivent trouver des solutions maintenant. À l’antenne de la CBC, il a déclaré qu’on ne pouvait pas attendre l’élection grecque qui aura lieu dans moins de 10 jours pour décider du sort de la zone euro.

Et surtout, le Canada a décidé de ne pas soutenir l’effort financier que le FMI réclame aux pays du G20 pour créer un fonds de 430 milliards de dollars pour venir en aide aux pays en difficulté, on pense de plus en plus à la possibilité que l’Espagne ait besoin du FMI dans un proche avenir. Avec les États-Unis, le Canada est le seul pays à ne pas contribuer à la cagnotte.

Exprimant la position du gouvernement en Chambre à Ottawa, le député et secrétaire parlementaire conservateur Pierre Poilievre a déclaré ceci à propos des pays de la zone euro en difficulté : « Ils ont imposé leurs contribuables au maximum et emprunté jusqu’à la limite, et ils veulent maintenant se renflouer en continuant de dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas. Ils ne recevront aucune aide du Canada. Le premier ministre n’obligera pas les contribuables canadiens, qui travaillent tous très dur, à renflouer les États providences européens ou les riches banquiers qui leur ont prêté de l’argent. »

Ces propos sont probablement ceux qui décrivent le plus clairement la position du Canada dans ce dossier. Est-ce du mépris? Est-ce de la condescendance? Ou est-ce que le Canada peut se permettre de faire la leçon aux Européens compte tenu de son bilan exceptionnel en matière de finances publiques, de croissance économique et de stabilité bancaire?

Aujourd’hui, le Canada est vu comme un lieu d’investissement sûr, comme un géant de l’énergie qui détient une ressource pour laquelle la demande ne faiblit pas et sa gestion du déficit, surtout le retour au déficit zéro sous Paul Martin, a été citée maintes fois en exemple partout dans le monde. Le Canada ne cache pas son irritation face à la situation européenne et craint même des répercussions sur l’économie du pays si la situation se dégrade encore.

Cela dit, le Canada a aussi ses propres défis. Endettement des ménages excessifs, possibles bulles immobilières dans certains marchés du pays, banques très exposées à l’endettement hypothécaire des Canadiens, notre marché demeure profondément lié à celui des États-Unis, économie à deux vitesses (croissance forte dans l’Ouest, croissance faible dans l’Est) et j’en passe.

Le gouvernement Harper a-t-il la bonne attitude face aux problèmes européens?

Un monde de précarité…

Mercredi 23 mai 2012 à 12 h 00 | | Pour me joindre

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D’ici 2016, le niveau de chômage dans le monde ne devrait pas baisser chez les jeunes selon l’OIT, l’Organisation internationale du travail. Le taux de chômage des 15-24 ans devrait légèrement augmenter à 12,7 % en 2012, et ça devrait demeurer ainsi pour plusieurs années.

L’OCDE attirait aussi l’attention sur la situation des jeunes il y a quelques jours en appelant le G20 à s’intéresser en priorité à leur niveau d’emploi. « Près de 11 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans étaient sans emploi dans les pays de l’OCDE début 2012. Dans la zone de l’OCDE, le taux de chômage des jeunes s’élevait à 17,1 % en mars 2012, un niveau proche du record de 18,3 % atteint en novembre 2009. » Le taux de chômage des jeunes est environ trois fois celui de la moyenne.

En Espagne et en Grèce, le taux de chômage chez les moins de 25 ans dépasse maintenant 51 % en raison de la récession qui perdure, des mesures d’austérité qui aggravent la situation et de la crise de la dette qui ne trouve pas de solutions durables. En mars 2007, le taux de chômage des jeunes Espagnols était de 17,7 %. C’est vous dire la détérioration de la situation.

Derrière ces chiffres, s’annonce une précarisation malheureusement durable de l’emploi. Selon l’OIT, « le recours aux contrats temporaires pour les jeunes travailleurs a pratiquement doublé depuis que la crise économique a éclaté. [...] Entre 2008 et 2011, la part des contrats temporaires parmi les jeunes employés — âgés de 15 à 24 ans — a augmenté de 0,9 point de pourcentage par an, après une hausse annuelle de 0,5 point sur la période 2000-2008. [...] Plus d’un jeune sur trois affirme ne pas pouvoir trouver d’emploi permanent. »

Et la hausse de l’emploi à temps partiel chez les jeunes est particulièrement rapide, selon l’OIT, en Australie, au Japon, en Nouvelle-Zélande et… au Canada.

Taux de chômage des jeunes dans les pays de l’OCDE, décembre 2007-mars 2012
Pourcentage du total de la main-d’oeuvre jeune (15-24)

source : OCDE

L’impasse partout…

Lundi 14 mai 2012 à 14 h 01 | | Pour me joindre

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C’est l’impasse dans l’affrontement que se livrent pour une quatorzième semaine les étudiants et le gouvernement du Québec. Et il ne semble pas y avoir l’ombre du début d’une sortie de crise dans ce dossier. On a discuté de plusieurs choses sur ce blogue à propos du conflit étudiant dans les derniers mois. Et quelques solutions ont émergé : recul, moratoire, négociation, médiation, états généraux, élection. Lundi soir, on poursuit la discussion avec le ministre des Finances Raymond Bachand, qui vient nous parler de l’économie et de l’emploi au Québec, et à qui on demandera si l’affrontement actuel nuit à l’économie du Québec. Ce soir 18 h 30 (HAE) à RDI.
 
Le président Carolos PapouliasPar ailleurs, c’est aussi l’impasse en Grèce. Et, dans ce cas-ci, l’impact est beaucoup plus large, sur les Grecs, sur la zone euro, sur l’économie mondiale, sur les marchés boursiers et financiers. Il ne semble pas possible pour les partis en place de s’unir pour former un gouvernement d’union nationale. Et, de toute évidence, le président sera obligé de convoquer la population aux urnes, une fois de plus, probablement le 17 juin prochain.
 
La Grèce pourrait donc ne pas respecter ses obligations envers ses créanciers, suspendre certaines mesures d’austérité annoncées, ne plus recevoir le soutien financier du FMI et de l’UE et s’éjecter en bout de piste de la zone euro. Ce n’est pas le scénario souhaité par les Grecs, mais la population est fatiguée et déprimée par plusieurs années de récession et d’austérité. Les acteurs, les observateurs et les experts évaluent avec sérieux la possibilité que la Grèce sorte de la zone rapidement.
 
En fait, soyons francs, tout le travail effectué en Europe dans les dernières années a permis de calmer de façon très temporaire la crise de la dette. Mais le résultat de l’élection du 6 mai en Grèce, l’élection du socialiste François Hollande en France et la baisse du soutien pour le parti CDU d’Angela Merkel en Allemagne obligent les dirigeants de la zone euro à revoir et à repenser leur plan d’action pour sortir de la crise. Ces votes sont l’expression claire d’un désaveu des mesures d’austérité, quoi qu’en disent les chefs européens et les opérateurs de marché.
 
La chancelière Angela Merkel est entourée des députés allemands lors du vote sur le deuxième plan d'aide à la GrèceEn attendant, justement, les marchés chutent depuis près de deux semaines, tout comme l’euro et le pétrole. Les taux d’emprunt de l’Italie et de l’Espagne grimpent. Une annonce en provenance d’Athènes d’une sortie de la Grèce de la zone euro entraînerait, selon les experts, une poussée à la hausse des coûts d’emprunts des pays en difficultés. De nouvelles négociations seront sans doute nécessaires. On risque d’en parler, encore…
Les perspectives économiques se brouillent une fois de plus. Deux avis publiés à quelques jours d’intervalle sur l’économie canadienne et les taux de la Banque du Canada nous le montrent.
 
Le premier, publié mardi, est celui de Jimmy Jean, économiste du Mouvement Desjardins, après la publication récente des données sur le PIB au Canada en février :
« Les dernières données suggèrent que l’écart de production se résorbera plus tard que prévu en 2013, ce qui implique que la Banque du Canada pourrait afficher un empressement moindre à resserrer sa politique monétaire [à monter son taux directeur]. Cela est d’autant plus vrai que l’inflation demeure sous contrôle, que l’économie américaine semble connaître un nouveau passage à vide et que la récession européenne montre des signes d’aggravation. Avec les nombreux risques qui pèsent, une augmentation des turbulences financières ne peut être écartée. Dans ce contexte, l’anticipation de hausses de taux par la Banque du Canada en 2012 semble prématurée. Dans un tel scénario, elle serait en toute vraisemblance l’unique banque centrale majeure au monde à aller dans cette direction cette année. »
Et puis, un deuxième, publié aujourd’hui par l’économiste Douglas J. Porter de la BMO, après l’annonce par Statistique Canada d’un deuxième mois de forte hausse de l’emploi au pays :
« La plus forte séquence de hausse d’emplois sur 2 mois en 30 ans (+140 500) va calmer les inquiétudes à propos d’un ralentissement considérable de l’économie canadienne. Ce qui est le plus impressionnant, ce sont les gains d’emplois substantiels dans le secteur privé, ce qui est venu compenser les pertes d’emplois du dernier mois dans le secteur public — le meilleur scénario serait que cette tendance se maintienne. Alors que ces résultats solides et surprenants ne changeront pas de façon significative les perspectives de la Banque du Canada, ça viendra même l’encourager à maintenir un discours positif, malgré les troubles en Europe et le ralentissement en Chine. »
Tiens, tiens.
 
À ce point-ci donc, plusieurs questions se posent :
 
  • quel sera l’impact de la résurgence de la crise grecque et des troubles persistants en Espagne?
  • comment évolueront les discussions Merkel-Hollande? Quelle est l’ampleur du fossé entre les deux chefs?
  • le « passage à vide » américain est-il temporaire, l’essoufflement va-t-il durer?
On en parlait récemment, on a l’impression de vivre le jour de la marmotte! La reprise est-elle, encore cette année, en train de déraper?