Billets classés sous « gaz à effet de serre »

Sur les plans économique et financier, l’année 2015 au Canada aura été difficile, il faut se le dire franchement. L’économie ne va pas très bien, les marchés boursiers ont offert un rendement négatif, la création d’emplois est faible et… le Canadien ne sait plus comment faire pour gagner! Mais ça, c’est une autre histoire.

Nous voici aux portes de l’année 2016. Voici 20 choses que vous devez savoir!

FINANCES, FISCALITÉ ET PRIX DES TIMBRES!

  • Baisse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus entre 45 000 $ et 90 000 $ passera de 22 % à 20,5 %;
  • Hausse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus au-dessus de 200 000 $ passera de 29 % à 33 %;
  • Baisse des droits au CELI : en 2016, il vous sera permis de déposer 5500 $ dans votre CELI en plus des droits disponibles des années passées. L’ancien gouvernement avait fait passer ce montant à 10 000 $ pour l’année 2015. Les libéraux ramènent le plafond à 5500 $;
  • Baisse de cotisations à l’assurance parentale au Québec : dès le 1er janvier, réduction de 2 %;
  • Hausse de prestations de la RRQ et du RPC : en 2016, hausse des rentes de 1,2 % au Québec et de 1,3 % pour le Régime de pensions du Canada;
  • Hausse de cotisations à la RRQ : le taux employé/employeur passera en 2016 de 10,50 % à 10,65 %;
  • Changements fiscaux au Québec : dès le 1er janvier, bouclier fiscal pour amoindrir l’effet de l’impôt sur une hausse des salaires et bonification du crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés;
  • Hausse des frais de garderie au Québec : dans votre déclaration de revenus, vous devrez payer les frais supplémentaires exigés avec la nouvelle modulation des tarifs en fonction de vos revenus. Consultez le calculateur du ministère des Finances : http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/outils/garde_fr.asp;
  • Hausse du tarif de base des services de garde subventionnés au Québec : le 1er janvier, le tarif passera de 7,30 $ à 7,55 $ par jour, par enfant;
  • Allocation canadienne pour enfants : une nouvelle prestation pour les familles sera annoncée dans le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau en février ou en mars. Cette allocation remplacera les prestations actuelles pour les ménages avec enfants et ne sera pas imposable, ont promis les libéraux;
  • Crédit d’impôt pour fonds de travailleurs à 15 % : le budget doit nous donner la réponse sur le retour du crédit d’impôt fédéral de 15 % sur les investissements faits dans un fonds de travailleurs, comme le Fondaction CSN et le Fonds FTQ. Les libéraux l’ont promis;
  • Les timbres, au même prix : la hausse prévue pour 2016 des timbres-poste est annulée.

LA BOURSE, LE DOLLAR, LES TAUX, LES BULLES!

  • Non, on ne fera pas de projections boursières pour 2016. Aucune idée! Tout ce que je peux vous dire, c’est que 2015 a été décevante. Le S&P/TSX à Toronto a perdu 10 % entre le début de l’année et Noël. Le S&P 500 à New York a offert un beau gros 0 %;
  • La chute du prix du pétrole s’est accélérée en fin d’année : baisse de 30 % en 2015 des cours du pétrole, sous les 40 $ le baril. Allons-nous descendre plus bas en 2016, comme l’Arabie saoudite et l’OPEP maintiennent la pression sur le marché? L’offre continue d’augmenter plus rapidement que la demande et ça va se poursuivre avec le retour à la normale dans les exportations de pétrole en Iran;
  • Le dollar canadien est passé de 0,86 à 0,72 $ US en 2015. Plusieurs économistes prévoient qu’il tombera sous les 0,70 $ US en 2016;
  • Selon plusieurs économistes, des hausses de taux d’intérêt sont à prévoir aux États-Unis, mais une baisse est possible au Canada. Question : jusqu’où va-t-on stimuler le marché immobilier? Il y a déjà de dangereuses bulles à Toronto et à Vancouver. Et je ne parle pas de bulles de champagne!

TOUT EST ÉCONOMIQUE ? OU TOUT EST POLITIQUE?  

  • Élections aux États-Unis en novembre 2016 : Hillary Clinton devrait être la candidate démocrate contre Ted Cruz, Marco Rubio, Donald Trump ou qui encore chez les républicains? Cette élection aura un effet sur les relations entre le Canada et les États-Unis. L’accord de Partenariat transpacifique (PTP) pourrait tomber à l’eau si Hillary Clinton est élue et maintient son opposition. Le projet d’oléoduc Keystone pourrait revivre si les républicains sont portés au pouvoir;
  • Après l’austérité, la rigueur et tutti quanti, une année d’investissements? Le Québec est en surplus et le premier ministre Philippe Couillard a clairement dit, dans ses entrevues de fin d’année, que 2016 serait l’année du « réinvestissement ». Au Canada, le nouveau gouvernement Trudeau a prévu d’enregistrer des déficits de 10 milliards de dollars et plus par année pour investir dans les infrastructures, baisser les impôts et stimuler l’économie;
  • Réforme fiscale au Québec? Après le dépôt du rapport Godbout, le gouvernement Couillard a montré de l’intérêt pour un remodelage de la fiscalité au Québec, mais il semble avoir perdu de son élan. Que nous réserve le prochain budget Leitao?
  • Et quelles seront les nouvelles cibles de réduction de gaz à effet de serre au Canada? Le premier ministre Trudeau a promis un plan en 2016.

Joyeux Noël, joyeuses Fêtes, bonne année 2016! Succès, bonheur, paix, santé, prospérité!

Nier le consensus mondial des scientifiques sur les changements climatiques, c’est offrir gratuitement de son temps aux producteurs les plus polluants, notamment les producteurs d’énergie fossile. Ceux à qui le chapeau fait, ils vous disent merci!

J’imagine que ces gens, qui nous encouragent à l’inaction pour ce qui est des énergies fossiles, ne font pas du tout partie de ceux qui dénoncent les mouvements du prix de l’essence et les profits faramineux des grandes pétrolières.

Je présume aussi qu’ils savent que le réchauffement climatique aura des répercussions dévastatrices sur les pays les plus pauvres de la planète, ce qui poussera des millions de personnes à fuir. Ça fera des millions de réfugiés.

Tout ça pour dire que si vous vous intéressez à l’économie, à la création de richesse, à sa redistribution, à la création d’emplois et au développement durable, un accord ambitieux à Paris d’ici deux semaines est essentiel. Pour trois grandes raisons :

  1. Nous sommes déjà très en retard : le réchauffement est en cours et le mieux qu’on puisse espérer aujourd’hui, c’est de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.
  2. Les entreprises aiment avoir des balises claires, des cibles précises, des données, des chiffres, des prévisions, un cadre réglementaire qui ne change pas, pour être capables d’intégrer ces coûts dans leur plan d’affaires et de se préparer à long terme.
  3. Les économistes, les dirigeants d’entreprises, les comptables, les fabricants, les fournisseurs, les exportateurs, les détaillants et les entrepreneurs ne veulent pas être les victimes des changements climatiques. Ils veulent saisir l’occasion qui se présente. C’est vrai qu’il est difficile de prévoir l’avenir et de chiffrer avec exactitude le prix de l’inaction. Mais compte tenu de ce qu’on sait sur le plan scientifique, n’est-il pas plus intéressant de faire partie de la solution dans le contrôle des émissions de gaz à effet de serre que le contraire?

Pour atteindre les objectifs qui seront négociés à Paris dans les prochains jours, les entreprises et les gouvernements doivent travailler sur plusieurs fronts :

  • encourager les technologies qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de les compenser;
  • stimuler la recherche et l’exploitation d’énergies renouvelables pour amorcer la nécessaire transition énergétique;
  • continuer de mettre en oeuvre des politiques qui ont pour seul objectif d’améliorer notre efficacité énergétique;
  • adopter des incitatifs fiscaux qui ont pour but de modifier certains comportements : la taxe sur l’essence est un incitatif, même s’il n’est pas populaire. Mais de faibles coûts sur les transports en commun représentent une avenue intéressante pour l’environnement… et le portefeuille!

L’agence économique la plus réputée du monde, c’est Bloomberg. Et c’est probablement cette agence qui a réalisé l’infographie la plus spectaculaire pour nous faire comprendre l’enjeu. C’est ici.

bloomberg

obamaEn fin de mandat, le président Obama cherche à conclure sa présidence de huit ans sur une note toute verte. En arrivant à Paris dans trois semaines pour le sommet sur le climat, il veut faire partie de la solution, il veut être celui qui aura fait prendre aux États-Unis le virage nécessaire vers le développement durable, vers une économie qui sera un peu plus en phase avec les capacités de la planète. Le consensus scientifique mondial sur les changements climatiques doit nous amener vers des gestes concrets. Le président des États-Unis l’a compris.

Cela dit, rejetant le projet Keystone en citant des arguments à la fois économiques et écologiques, Barack Obama pose un geste de rupture dans le développement économique des États-Unis. Ce président, qui a multiplié les annonces d’investissement dans l’éolien et le solaire notamment, a aussi permis, faut-il le souligner, à l’industrie pétrolière de prospérer et de redevenir une puissance mondiale. Les Américains produisent du pétrole et en consomment comme jamais!

Grâce à la révolution du gaz de schiste, plusieurs producteurs américains se sont lancés dans l’exploitation du pétrole de schiste. L’exploitation américaine de pétrole a doublé en cinq ans. Avec la chute du prix du pétrole, la production a toutefois ralenti dans les derniers mois. Mais, les États-Unis sont aujourd’hui les premiers producteurs de pétrole du monde, à plus de 9 millions de barils par jour, avec l’Arabie saoudite et la Russie.

C’est ce même pétrole de schiste, du Dakota du Nord, qui a permis à l’industrie ferroviaire de retrouver une ère de grande prospérité depuis cinq ans, ce même pétrole qui a ravagé le centre-ville de Lac-Mégantic le 6 juillet 2013, fauchant la vie de 47 personnes. Cette tragédie n’a jamais empêché l’industrie de poursuivre sa croissance puisqu’aujourd’hui, 1 million de barils de pétrole par jour sont transportés par train aux États-Unis.

L’industrie des pipelines aussi profite du boom pétrolier américain. Le Financial Times rapportait mardi que, depuis 2010, les Américains ont construit 19 000 kilomètres de conduits de pipelines. Sous la présidence de Barack Obama, depuis cinq ans, c’est 10 fois le projet Keystone qui a été développé en oléoducs.

Le Canada continue de tirer des bénéfices de la soif pétrolière américaine. En août dernier, les Américains importaient 3,4 millions de barils de pétrole par jour du Canada, un record. Les exportations canadiennes de pétrole vers les États-Unis ont bondi de 1,2 million de barils par jour depuis 2008, une hausse de 64 %.

Oui, le président américain pose un geste de rupture en refusant le projet Keystone. Mais, non, le virage vert est loin d’être complété. Il s’amorce à peine. Avec ou sans Keystone, l’exploitation canadienne poursuit son expansion et la transition écologique, chez nos voisins du sud comme chez nous, sera longue.

trdueau

Les Canadiens ont fait leur choix. Ils ont opté pour le changement, celui qu’incarnent les libéraux, et ce choix est assumé puisque le nouveau gouvernement Trudeau sera majoritaire. Il est clair que les enjeux politiques vont dominer les prochains jours avec la transition du pouvoir, la formation du nouveau Conseil des ministres et les changements à prévoir dans les partis d’opposition. Mais, tôt ou tard, la réalité économique et financière du Canada va rattraper le nouveau gouvernement. Et des choix devront être faits.

Voici les cinq tâches et défis économiques et financiers du nouveau gouvernement :

1- La réalité des chiffres : présenter une mise à jour budgétaire

Nous avons expliqué 100 fois que la révision à la baisse de la prévision de croissance économique pour 2015 allait obliger le gouvernement à revoir à la baisse ses revenus projetés et donc le surplus envisagé dans le budget 2015-2016 à 1,9 milliard de dollars. C’est environ 3 milliards de dollars qui seront manquants, selon les calculs de l’économiste Jean-Pierre Aubry.

Le Parti libéral a clairement dit qu’il allait enregistrer des déficits d’ici 2019 avant de revenir à l’équilibre budgétaire. Il n’a pas donné de précisions sur le solde envisagé pour l’exercice en cours, 2015-2016, qui se termine le 31 mars prochain. Mais il y a fort à parier que le nouveau gouvernement annoncera un déficit pour cet exercice et attribuera tous les torts au gouvernement conservateur précédent.

Cette mise à jour viendra avant Noël et le budget probablement en mars, question de laisser un peu de temps au nouveau ministre des Finances de s’installer et de mettre en oeuvre les priorités de son gouvernement.

D’ailleurs, qui sera le prochain ministre des Finances?

  • Bill Morneau, nouveau député libéral de Toronto-Centre, a étudié à la London School of Economics. Il est administrateur, il a siégé au conseil consultatif sur la retraite du gouvernement ontarien et à l’Institut CD Howe. Il fait partie de la famille qui a fondé Morneau Sheppel, société de conseils en ressources humaines.

  • John McCallum, député de Markham-Thornhill, a notamment été ministre du Revenu, a été aussi économiste en chef de la Banque Royale. Il est vu comme l’un des architectes de la politique keynésienne des libéraux, c’est-à-dire une politique d’investissements massifs de l’État dans l’économie, quitte à faire des déficits.

  • Ralph Goodale, député de Regina-Wascana, a été ministre des Finances du Canada. Il a été élu la première fois à Ottawa en 1974, c’est un vétéran, qui a aussi dirigé les ministères des Ressources naturelles et de l’Agriculture.

  • Jean-Yves Duclos, nouveau député libéral dans Québec, est un économiste qui a fondé récemment la Chaire sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a fait plusieurs recherches sur le financement de la santé. Peu probable qu’il se retrouve aux finances, mais probable qu’il soit au Conseil des ministres.

  • Scott Brison, député dans Kings-Hants, était le porte-parole du PLC en matière de finances dans l’opposition. Il est coprésident du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau. Il a été ministre des Travaux publics et connaît bien le secteur de l’investissement bancaire.

2- Le signal du premier budget

C’est dans ce budget qu’on verra poindre la vision du nouveau gouvernement. Les principes qui guideront les libéraux seront résolument différents sur le plan du développement économique. Les conservateurs misaient sur les baisses d’impôt et le contrôle des dépenses. Les libéraux injecteront des milliards de dollars dans l’économie pour stimuler la construction d’infrastructures, une vieille recette économique qui a pour but d’alimenter la croissance économique et les revenus d’impôt pour le gouvernement.

Il faudra surveiller les bases de projections du nouveau gouvernement. Sera-t-il optimiste sur la croissance du PIB et la remontée des cours du pétrole comme l’était l’ancien gouvernement? Ou jouera-t-il de prudence en adoptant l’approche de la surestimation des déficits afin d’annoncer ensuite de « bonnes nouvelles », autre vieille recette, politique celle-là?

Il est clair que les libéraux se sont donné une belle marge de manoeuvre en promettant des déficits et non des surplus budgétaires dès cette année ou l’an prochain. N’importe quel ministre des Finances voudrait bénéficier d’une telle marge de manoeuvre. Le Canada est un pays riche, coté AAA, avec des finances publiques saines et qui peut emprunter à de très faibles coûts. Son défi n’est pas budgétaire. Il est économique.

3- Stimuler l’économie : un plan pour faire face au vieillissement de la population et générer de l’activité économique dans un contexte de lente croissance du PIB

Et c’est ici qu’on attend de l’audace, de la vision et une compréhension fine de l’économie. Les Canadiens méritent qu’on voie venir les coups 5, 10, 15 ans d’avance, dans la mesure du possible bien sûr. Il y aura toujours des impondérables, des guerres, des crises, des événements de toute nature. Mais il y a des tendances que nous pouvons analyser en prospective. Nous savons que le Canada vieillit. Il y a plus d’aînés que d’enfants au Canada. C’est un changement démographique radical, majeur, qui va ralentir l’économie plutôt que de la stimuler, c’est dans l’ordre des choses.

Il faut donc stimuler l’innovation, la productivité, aider les entreprises à exporter, à se développer, à créer et à embaucher. Oui, les infrastructures stimulent l’économie. Mais quelles infrastructures vont modeler notre futur? Ce sont certainement les infrastructures vertes, les bâtiments et les structures fondées sur le développement durable, le transport en commun, un aménagement urbain convivial, efficace, intelligent, qui réduit notre dépendance au pétrole et notre empreinte carbone.

Et n’oublions surtout pas qu’il faudra gérer ces budgets d’infrastructures. S’il y a une chose qu’il faut éviter, c’est le bar ouvert pour les entreprises qui pourraient se magasiner de généreuses primes. On ne veut pas une nouvelle commission Charbonneau.

4- Stimuler l’épargne et améliorer le sort des aînés

Par quel bout commencer? D’abord, le Parti libéral a pris l’engagement d’annuler la bonification du compte d’épargne libre d’impôt (CELI), qui était passé à 10 000 $ sous les conservateurs dans le dernier budget. Le PLC a aussi pris l’engagement de bonifier de 10 % le Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls. Maintenant, il faut faire davantage.

Le Canada fait partie des pays qui assument une faible part des revenus de retraite dans l’OCDE. Faut-il bonifier le Régime de pensions du Canada (et le Régime des rentes du Québec)? Faut-il s’inspirer de l’Ontario, qui veut ajouter un régime public au Régime de pensions en faisant passer de 25 % à 40 % le remplacement par les rentes du revenu de travail à la retraite? Faut-il adopter une stratégie d’épargne solide pour amener les employeurs et les travailleurs à épargner davantage?

Le vieillissement de la population au Canada ralentit la croissance économique et risque d’augmenter l’appauvrissement des aînés. Que va faire le nouveau gouvernement majoritaire de Justin Trudeau?

5- Environnement : adopter un plan audacieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en gardant en tête les répercussions économiques à long terme

Le défi économique du 21e siècle, je l’ai souvent dit et écrit, c’est le défi écologique. Justin Trudeau prévoit aller à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques avec des premiers ministres provinciaux. Il propose d’établir ensuite des cibles précises pour le Canada. Il est non seulement souhaitable que le Canada accélère son travail en matière de réduction de gaz à effet de serre, mais surtout que ces objectifs soient atteints.

Le Canada doit maintenant faire partie de la solution. Mais comment le nouveau gouvernement va-t-il gérer l’essor de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux? Et comment pourra-t-il demeurer cohérent si les prix du pétrole repartent à la hausse et viennent remplir les coffres à Ottawa?

Après la campagne, après les promesses, la réalité économique et financière se dresse devant le nouveau gouvernement. Le PLC va recentrer son action et il y a fort à parier que, malgré des engagements environnementaux plus solides, le gouvernement Trudeau continuera de défendre le développement du pétrole.

Il faut croire aussi que les milliards vont pleuvoir dans les infrastructures, mais que dans l’objectif de ne pas effrayer les Canadiens, le premier ministre désigné voudra revenir à l’équilibre budgétaire plus rapidement que prévu, en 2018-2019 plutôt qu’en 2019-2020. Et attendez-vous à ce que Justin Trudeau approuve le Partenariat transpacifique, avec ou sans compensations pour les secteurs de l’automobile et des producteurs laitiers.

16 promesses libérales

  • Baisse d’impôt de 22 à 20,5 %
  • Hausse d’impôt à 33 % au-delà de 200 000 $
  • Baisse d’impôt pour les PME de 11 à 9 %
  • Infrastructures : 125 milliards de dollars sur 10 ans
  • Allocation canadienne pour enfants
  • Annulation de la bonification du CELI
  • Annulation du fractionnement du revenu entre conjoints
  • Hausse de 10 % du SRG pour les aînés vivant seuls
  • Pas de péage sur le nouveau pont Champlain
  • Nouvelle évaluation environnementale d’Énergie Est
  • Nouveau plan pour la réduction des GES avec les provinces
  • Partenariat transpacifique?
  • Nouvel accord sur les transferts en santé aux provinces
  • Postes : annuler la fin de la livraison à domicile
  • 150 millions de dollars de plus pour CBC/Radio-Canada
  • Conseil des arts du Canada : de 181 à 360 millions de dollars

 

Taxe carbone et prix de l’essence

lundi 20 octobre 2014 à 16 h 07 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le prix de l’essence va monter d’environ 2 ¢ le litre le 1er janvier 2015 au Québec en raison de l’entrée en vigueur du marché du carbone. Dès l’an prochain donc, les entreprises commerciales et industrielles devront respecter des quotas d’émission de gaz à effet de serre (GES), acheter des crédits d’émissions pour compenser ce qu’ils rejettent en trop et réduire à terme leurs GES.

Dans ces circonstances, les distributeurs de carburant auront l’obligation de participer à ce marché. Et ils vont donc refiler la facture à leurs clients, les automobilistes. C’est ainsi que le marché du carbone va fonctionner : toutes les entreprises qui seront soumises au marché trouveront une façon d’incorporer le coût supplémentaire dans leurs prix.

130501_m86m0_essence-prix-station-service_sn635
Québec a décidé d’éliminer la redevance de 1 ¢ que doivent verser les distributeurs au Fonds vert. Cette décision viendra réduire la hausse envisagée par l’entrée en vigueur du marché du carbone. C’est pourquoi, comme l’écrivait Le Devoir en septembre, le ministère de l’Environnement prévoit un prix de 1,9 ¢ le litre, et non de 2,9 ¢.

Selon l’Institut économique de Montréal, le marché du carbone conjoint avec la Californie entraînera une taxe supplémentaire de 10 ¢ le litre d’ici 2020.

Que penser de cette taxe?

  1. Cette taxe carbone est nécessaire pour tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les grandes institutions, comme le FMI et l’OCDE, soutiennent la taxation du carbone.
  2. Toutefois, cette taxe réduit le pouvoir d’achat des consommateurs.
  3. La taxe carbone pourrait favoriser le transport en commun et l’adoption de modes de transport autres que l’automobile.
  4. Cette taxe permettrait également au gouvernement du Québec d’investir les sommes recueillies dans le marché du carbone dans des projets verts, des initiatives de transports durables et des projets qui entraînent une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Il est clair qu’il y a un coût associé aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais il y a un coût également associé à l’absence d’efforts, une sorte d’hypothèque qu’on laisserait aux générations futures. Êtes-vous prêts à payer le prix nécessaire pour réduire votre empreinte carbone?

Voilà, c’est la Banque mondiale qui l’affirme. Les gens dans le déni devront encore se chercher des arguments. Cette institution, qui n’est pas reconnue pour vouer un culte aveugle à Marx, Keynes ou Krugman, nous dit que de lutter contre les changements climatiques, ce sera bon pour l’économie!

Une étude publiée lundi par la Banque mondiale vient s’ajouter au tonitruant consensus scientifique sur les changements climatiques, alors que 97 % des études en reconnaissent l’existence.

« Les coûts grandissants de la dégradation environnementale dans plusieurs pays en développement menacent de plus en plus les objectifs de la Banque mondiale, qui sont ceux de réduire la pauvreté et de mieux répartir la prospérité », peut-on lire dans le rapport.

Selon une étude récente, 5,7 % du PIB de l’Inde en 2009 a été perdu dans la dégradation environnementale, avec environ 3,3 % attribuable aux émissions polluantes atmosphériques. En Chine, l’importante pollution de l’air étouffe le développement socioéconomique régional.

La Banque mondiale évoque trois études de cas portant sur les impacts de politiques législatives et fiscales qui seraient adoptées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour y arriver, l’étude évoque des politiques en matière de transport et d’efficacité énergétique industrielle, électronique et immobilière. Ces études portent sur six régions : les États-Unis, la Chine, l’Union européenne, l’Inde, le Mexique et le Brésil.

Ainsi, ces politiques permettraient d’ajouter de 1800 à 2600 milliards de dollars au PIB annuel mondial en 2030. Environ 94 000 naissances prématurées liées à la pollution de l’air seraient évitées. Ces politiques pourraient également éviter la production de 8,5 milliards de tonnes métriques de CO2 et permettraient l’économie de 16 milliards de kWh d’énergie. C’est comme si on enlevait de la route deux milliards d’automobiles!

« À elles seules, ces politiques représenteraient 30 % de la réduction totale nécessaire en 2030 pour limiter l’élévation de la température de la planète de 2 degrés Celsius. »

En faisant écho à cette étude, le Guardian de Londres a choisi de publier une photo du premier ministre du Canada Stephen Harper, qui disait récemment qu’il était difficile d’imposer des restrictions pour des raisons environnementales, de crainte de nuire à la croissance de l’emploi et de l’économie. L’étude de la Banque mondiale pourrait lui inspirer de nouvelles réflexions sur cet enjeu.

À lire aussi : Les changements climatiques coûteront des milliards aux États-Unis.

Climat : le coût de l’inaction

mardi 15 avril 2014 à 11 h 25 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Est-ce que c’est la pression de l’argent qui provoquera la « révolution verte » finalement? Alors que, selon le GIEC, les pouvoirs publics ont lamentablement échoué sur le plan environnemental au cours des dernières années, c’est peut-être le marché qui viendra dicter la conduite à adopter pour en arriver à stopper la hausse des émissions de gaz à effet de serre et amorcer un renversement de la tendance.

Dans le dernier volet de son cinquième rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui fait la synthèse de 20 000 études et projections – oui, oui, 20 000! – en arrive à la conclusion que les puissances du monde n’ont pas accompli ce qu’il fallait pour affronter le défi du siècle : le réchauffement climatique. De 2000 à 2010, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,2 % sur la planète comparativement à 0,4 % au cours des trois décennies précédentes. Si rien n’est fait, ce qui est à peu près le cas en ce moment, la température moyenne de la Terre aura grimpé de 2 degrés en 2030. Dépassé ce seuil, tout est possible.

Quand on dit que c’est le marché qui pourrait véritablement sonner l’alarme, nous en avons eu une belle preuve lundi. L’équipe économique de la Banque TD a publié une étude qui constate que, depuis 30 ans, les catastrophes naturelles ont doublé au Canada en moyenne. Autrement dit, on dénombre une vingtaine de catastrophes naturelles par année au pays, la plupart liées à des phénomènes météo. Les changements climatiques ne sont pas étrangers à cette multiplication d’événements souvent meurtriers.

Au rythme où vont les choses, les catastrophes naturelles vont coûter à l’économie canadienne 5 milliards de dollars par année en moyenne en 2020. Cet argent reflète les pertes en infrastructures, les coûts pour le système de santé, la réduction de la productivité des entreprises et les pertes en heures travaillées.

En 2050, ces coûts seront de 4 à 9 fois plus importants : de 21 à 43 milliards de dollars par année. La TD en arrive donc à une conclusion toute simple. Il faut investir dans nos infrastructures pour les protéger, pour les adapter aux risques de catastrophes naturelles. Chaque dollar investi représente, selon l’analyse de la TD, un gain de 9 à 38 $ en dommages évités.

L’expert en questions climatiques Alain Webster, de l’Université de Sherbrooke, est d’avis en tous cas que c’est le monde économique, des entreprises, des banques, des assureurs, qui pourrait provoquer du mouvement. « J’ose espérer que oui, nous a dit Alain Webster lundi soir à RDI économie. Sur le volet environnemental et sur le volet social, on semble indifférent à cela. C’est évident que les catastrophes vont être importantes. Mais, en termes économiques, si on ne bouge pas tout de suite, ça va être très important. »

Malgré les projections pessimistes, malgré les milliers de pages du rapport du GIEC, la lumière rouge n’est pas encore allumée dans le monde de l’assurance selon Warren Buffett. Dans une entrevue à la chaîne CNBC, accordée début mars, il affirme que « les changements climatiques n’ont pas nui au marché des assurances ». Et il ne prévoit pas d’impact dans les trois ou cinq prochaines années. « Ça pourrait changer dans une dizaine d’années », précise-t-il.

Dans cette entrevue, M. Buffet et l’un des animateurs semblent relativiser l’importance de l’enjeu en affirmant que les États-Unis ont été plutôt épargnés par les ouragans depuis cinq ans.

Peut-on reporter encore de 5, 10, 20 ans les décisions en matière d’environnement et s’en remettre finalement au signal du marché?

Pétrole… vert?

mercredi 8 janvier 2014 à 17 h 29 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Les signataires du Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole appuient leurs arguments sur des objectifs louables, réels et importants. Mais, pour des raisons de communication ou par conviction réelle, ils enrobent leur discours d’un vernis vert et on se demande si c’est vraiment nécessaire.

Les Bernard Landry, Monique Jérôme-Forget, Françoise Bertrand et Simon Prévost notamment, ex-politiciens et actuels meneurs économiques et politiques, demandent au gouvernement du Québec d’autoriser l’exploration pétrolière, d’engager le débat sur l’exploitation et de finalement aller de l’avant avec l’exploitation « en définissant rapidement un cadre réglementaire qui repose, entre autres, sur de hauts standards de protection de l’environnement ».

Les auteurs écrivent que « les conséquences [des changements climatiques] sont de mieux en mieux documentées et que contrairement à ce que certains pourraient croire, exploiter notre pétrole n’est pas contraire à cette préoccupation qui doit aujourd’hui animer tous les États du monde ». Ils ajoutent qu’ils prennent « position aujourd’hui en faveur d’une exploitation responsable du pétrole québécois ».

Les signataires sont prudents, mais ils ne convaincront personne à associer pétrole et environnement. Explorer et exploiter le pétrole provoquent des gaz à effet de serre. Aucune technologie n’a été trouvée pour neutraliser efficacement le CO2 ou pour réduire les émissions. On peut développer d’autres technologies et d’autres sources d’énergies renouvelables et vertes en parallèle, mais tous ces efforts seront nécessairement amoindris par une exploitation grandissante du pétrole.

Il faut ajouter que produire et consommer, c’est deux choses. Si on produit, notre bilan carbone se détériore. Et on ne peut pas dire que ça s’annule sur le plan de la consommation parce qu’il y a différents types de pétrole. Nous importons en ce moment du pétrole conventionnel que nous voudrions remplacer par du pétrole qui nécessiterait plus de coûts et plus d’énergie à produire.

Le perdant, si le Québec décidait d’exploiter son pétrole, ce serait assurément l’environnement. Un perdant de taille, mais peut-être le seul. Les auteurs du manifeste gagneraient à concentrer leur message sur les gains possibles du Québec s’il y avait exploitation de cette ressource :
  • des revenus supplémentaires pour les finances publiques;
  • la constitution d’un Fonds des générations bien plus riche en s’inspirant de l’exemple norvégien;
  • une réduction de la dépendance aux importations étrangères de pétrole et donc une réduction du déficit commercial;
  • et, comme l’expliquait Bernard Landry en entrevue, la possibilité de maintenir la protection du tissu social du Québec.

Les vrais gains sont là. Qu’ils le disent. Parce que sur l’environnement, ils n’ont pas grand-chose à gagner.

Plus de pétrole, moins de GES?

lundi 10 juin 2013 à 15 h 38 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Il est extrêmement difficile de croire aux avancées environnementales quand on parle aux chefs du monde énergétique. On trouve et on produit plus de pétrole, on cherche à en transporter davantage. La population est en forte croissance, tout comme l’accès à l’électricité. Si on doit se réjouir de voir des millions de personnes accéder à un meilleur niveau de vie sur la planète, il n’en demeure pas moins que tout cela présente un défi écologique majeur.

Dans une entrevue à RDI économie, le secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie, Christoph Frei, et la future présidente du conseil de l’organisme, la Québécoise Marie-José Nadeau, qui est vice-présidente à Hydro-Québec, nous expliquent la complexité dans laquelle nos défis économiques et écologiques se posent.

« D’ici 2050, selon Christoph Frei, les besoins énergétiques vont doubler, sinon tripler. En même temps, il faut diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre. […] C’est très clair que la notion du risque politique est fondamentale. Pourquoi? […] L’argent va là où le risque politique est bien géré. C’est une balance entre trois dimensions. […] Chaque gouvernement doit être capable de fournir des conditions qui mettent en équilibre les soucis de sécurité, les soucis d’environnement et les soucis d’équité. »

Marie-José Nadeau formule les choses ainsi : « Dans tous les développements importants, c’est vrai pour l’hydroélectricité, c’est vrai pour les autres formes d’énergie, il faut à la fois rencontrer un critère économique, donc la santé et la solidité du plan d’affaires, il faut avoir un projet qui tienne la route sur le plan environnemental et qui soit accepté par les communautés. »

En plaçant sur un pied d’égalité les questions de production, d’acceptation sociale et d’environnement, on pourrait croire qu’on s’assure de prendre de bonnes décisions. Mais, du point de vue environnemental, il est clair qu’il est difficile, dans une telle perspective, de penser qu’on puisse atteindre les objectifs de réduction d’émissions si la production ne cesse d’augmenter. En même temps, sur le plan de la sécurité énergétique, il est clair aussi que les enjeux environnementaux pourraient compromettre l’accès à une énergie abordable.

Mais a-t-on le choix? A-t-on le choix de prendre des décisions sensées pour protéger notre environnement alors que l’Agence internationale de l’énergie reconnaît elle-même qu’il est urgent d’adopter de nouvelles mesures pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius? A-t-on le choix d’adopter des mesures fortes en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour éviter des impacts écologiques ET économiques désastreux à l’avenir?

Dans un rapport publié à Londres lundi, la directrice de l’organisme, Maria van der Hoeven, a déclaré que « la question des changements climatiques a été mise en veilleuse dans l’ordre des priorités. Mais, ajoute-t-elle, le problème est toujours là ». Selon l’AIE, au rythme où vont les choses, nous nous dirigeons vers un réchauffement climatique de 3,6 à 5,3 degrés Celsius.

Dans l’entrevue que nous ont accordée Christoph Frei et Marie-José Nadeau, on parle de transition et de transformation de la production et de la consommation énergétique. Sommes-nous vraiment dans cette transition? Des actions sérieuses ont-elles été adoptées pour développer des énergies vertes et renouvelables, qui pourront remplacer petit à petit le pétrole? La découverte du gaz de schiste aux États-Unis devrait permettre d’améliorer le bilan environnemental de nos voisins du Sud, dont la consommation de charbon demeure élevée? La production de pétrole est toutefois en hausse en Amérique et, vous le savez, de nombreux projets sont à l’étude pour permettre de croître encore davantage.

Nous avons besoin de pétrole, c’est vrai et c’est clair. Mais place-t-on autant d’énergie dans les énergies autres pour atteindre l’objectif ultime qui est celui de réduire notre empreinte sur le climat?