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La fiscaliste Brigitte Alepin nous disait l’automne dernier qu’on devrait considérer quelqu’un comme étant riche à partir de revenus de 400 000 ou 500 000 $ par année. C’est très subjectif, disait-elle aussi, que d’établir un niveau de richesse. Mais ce qu’elle souhaitait surtout, c’était d’attirer l’attention sur un point crucial : les riches, les « vrais » riches ont beaucoup de moyens pour réduire leurs charges fiscales.

Et donc, on a beau parler des impôts des mieux nantis, et les augmenter, il n’en demeure pas moins qu’une quantité importante de niches fiscales permet à ces gens-là de réduire considérablement leurs impôts. Et c’est à ça que les politiciens devraient s’attaquer. Il est là le « vrai » problème fiscal dans le monde… et on en fait très peu pour améliorer cette situation.

Gerard DepardieuL’affaire Depardieu en France est une histoire qui fait beaucoup de bruit, certes, mais elle est tout à fait révélatrice de la situation réelle des « vrais » riches. Ils sont mobiles! S’ils ne veulent pas subir les hausses d’impôts annoncées en France, au Québec ou aux États-Unis disons, ils peuvent partir, déménager, se trouver une nouvelle adresse pour déclarer leurs revenus. Comme le fait l’acteur Gérard Depardieu, qui partait pour la Belgique et qui est finalement tombé dans les bras de Vladimir Poutine en Russie.

Les paradis fiscaux débordent de milliards de dollars à l’abri de l’impôt. Aussi, les gains en capitaux représentent une quantité importante des revenus des hauts dirigeants d’entreprises qui se font payer en options. Ces gains-là sont beaucoup moins taxés que les revenus de travail.

L’investisseur américain multimilliardaire Warren Buffett affirmait récemment qu’il faudrait exiger un impôt minimal de 30 % sur les revenus dépassant 1 million de dollars par année. Malgré des millions engrangés chaque année, il bénéficie d’un taux effectif d’impôt d’environ 17 %. Mitt Romney, candidat républicain malheureux à la présidentielle américaine de novembre dernier, n’a payé que 14 % d’impôts dans sa dernière déclaration de revenus.

Le 19 novembre dernier, dans le New York Times, Daniel Altman, professeur d’économie de l’Université de New York, écrivait que pour s’assurer une plus grande contribution des plus riches, on devrait taxer la fortune des plus riches et non plus seulement leurs revenus. Un taux d’imposition unique de 1,5 % sur les actifs financiers et autres actifs importants rapporterait plus de 800 milliards de dollars au trésor américain, selon lui. Il propose un taux de 0 % sur les actifs entre 0 et 500 000 $, de 1 % sur les actifs entre 500 000 et 1 000 000 et de 2 % sur le reste.

Au Québec, aux États-Unis, en France ou ailleurs, les mieux nantis sont appelés à contribuer davantage au trésor public. Mais cette solution est loin d’atteindre tous les objectifs. Oui, l’État peut engranger un peu plus d’argent… et encore, c’est assez minime au final. Mais, non, ça ne guérit pas la maladie qui ronge le capitalisme mondial : l’évasion fiscale… et son cousin l’évitement fiscal.

Encore de l’austérité? Vraiment?

Vendredi 28 septembre 2012 à 12 h 46 | | Pour me joindre

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L’économie mondiale continue de ralentir, et la crise ne cesse de prendre de l’ampleur, en Espagne tout particulièrement, quatrième économie d’Europe. La Grande-Bretagne est en récession, plusieurs autres pays de la région le sont aussi. Et la France semble se diriger vers une récession, selon les prévisions de sa banque centrale.

Les budgets pour l’exercice 2013 sont dévoilés un peu partout et comportent encore plusieurs mesures d’austérité. Pourtant, cette austérité a provoqué, dans les dernières années, des chutes de revenus publics plus importantes encore que la réduction des dépenses prévue par plusieurs gouvernements. Comme le chien qui se mord la queue, on tourne en rond et on creuse son trou toujours un peu plus profondément.

Les chiffres d’austérité sont les suivants :

Manifestation à Athènes contre l'austéritéEncore 15 milliards de dollars en Grèce, qui n’en finit plus de mourir. Il faut encore compresser et comprimer. Il faut couper davantage dans la fonction publique et les mesures sociales pour être en mesure d’obtenir une nouvelle tranche d’aide de l’Europe et du FMI.

L’Espagne est plongée dans une crise économique terrible : le quart de sa population active est au chômage. Malgré tout, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy annonce des mesures visant à couper près de 50 milliards de dollars dans ses dépenses. Déréglementations de différents secteurs et compressions dans les programmes sociaux sont prévues.

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault

La France est dans une situation moins périlleuse, mais tout de même préoccupante. Les Français ne sont pas convaincus que leur nouveau président, François Hollande, a les bons remèdes pour redresser la situation. Le budget annoncé aujourd’hui par Paris prévoit des réductions budgétaires de près de 13 milliards de dollars et des hausses d’impôt pour les entreprises et les particuliers de plus de 25 milliards de dollars.

Et puis, il y a l’Allemagne, qui ralentit sérieusement. Alternatives économiques écrit dans son édition de septembre 2012 que « l’économie allemande a tiré profit de la crise grâce à des taux d’intérêt exceptionnellement bas et la baisse du taux de change de l’euro, qui a dopé ses exportations ». Mais, aujourd’hui, l’économie du pays d’Angela Merkel fléchit aussi et pourrait s’approcher du niveau de récession.

Combien de temps cette glissade va-t-elle durer?  Et quelle sera l’ampleur de l’effet sur l’économie mondiale, notamment sur la Chine, qui a besoin de son partenaire européen pour continuer à prospérer? Tout est lié, vous le savez…

Faudrait-il permettre aux pays d’Europe d’investir massivement dans leur économie et de reporter à plus tard la réduction de leur endettement? Ou faut-il continuer sur le chemin douloureux de l’austérité et de la récession avec pour objectif (ou espoir) d’assainir une fois pour toutes les finances publiques?

Le nouveau premier ministre français Jean-Marc Ayrault a nommé Pierre Moscovici au poste de ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur. Il est âgé de 54 ans et a déjà fait partie du cabinet de Lionel Jospin de 1997 à 2002. Il aura pour tâche de ramener l’équilibre budgétaire en 2017 et de s’assurer d’un plan crédible pour la France afin d’éviter une décote supplémentaire. Il doit composer dans un environnement économique difficile : l’économie française stagne, son taux de chômage est à 10 %.

Nous l’avions reçu en avril 2010 à RDI Économie. Je vous propose de voir ou de revoir cette entrevue. Son regard pourrait se poser encore aujourd’hui sur la Grèce et l’Union européenne. Sur les politiques intérieures de la France, ses observations sur la progressivité de l’impôt sont très intéressantes. Et puis, à la fin, vous l’entendrez, Pierre Moscovici nous disait qu’il envisageait la possibilité de se présenter pour diriger la gauche aux élections présidentielles qui ont eu lieu le 6 mai dernier, à moins que… Dominique Strauss-Khan décide de se présenter. Je vous rappelle que nous sommes en avril 2010…

L’impasse partout…

Lundi 14 mai 2012 à 14 h 01 | | Pour me joindre

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C’est l’impasse dans l’affrontement que se livrent pour une quatorzième semaine les étudiants et le gouvernement du Québec. Et il ne semble pas y avoir l’ombre du début d’une sortie de crise dans ce dossier. On a discuté de plusieurs choses sur ce blogue à propos du conflit étudiant dans les derniers mois. Et quelques solutions ont émergé : recul, moratoire, négociation, médiation, états généraux, élection. Lundi soir, on poursuit la discussion avec le ministre des Finances Raymond Bachand, qui vient nous parler de l’économie et de l’emploi au Québec, et à qui on demandera si l’affrontement actuel nuit à l’économie du Québec. Ce soir 18 h 30 (HAE) à RDI.
 
Le président Carolos PapouliasPar ailleurs, c’est aussi l’impasse en Grèce. Et, dans ce cas-ci, l’impact est beaucoup plus large, sur les Grecs, sur la zone euro, sur l’économie mondiale, sur les marchés boursiers et financiers. Il ne semble pas possible pour les partis en place de s’unir pour former un gouvernement d’union nationale. Et, de toute évidence, le président sera obligé de convoquer la population aux urnes, une fois de plus, probablement le 17 juin prochain.
 
La Grèce pourrait donc ne pas respecter ses obligations envers ses créanciers, suspendre certaines mesures d’austérité annoncées, ne plus recevoir le soutien financier du FMI et de l’UE et s’éjecter en bout de piste de la zone euro. Ce n’est pas le scénario souhaité par les Grecs, mais la population est fatiguée et déprimée par plusieurs années de récession et d’austérité. Les acteurs, les observateurs et les experts évaluent avec sérieux la possibilité que la Grèce sorte de la zone rapidement.
 
En fait, soyons francs, tout le travail effectué en Europe dans les dernières années a permis de calmer de façon très temporaire la crise de la dette. Mais le résultat de l’élection du 6 mai en Grèce, l’élection du socialiste François Hollande en France et la baisse du soutien pour le parti CDU d’Angela Merkel en Allemagne obligent les dirigeants de la zone euro à revoir et à repenser leur plan d’action pour sortir de la crise. Ces votes sont l’expression claire d’un désaveu des mesures d’austérité, quoi qu’en disent les chefs européens et les opérateurs de marché.
 
La chancelière Angela Merkel est entourée des députés allemands lors du vote sur le deuxième plan d'aide à la GrèceEn attendant, justement, les marchés chutent depuis près de deux semaines, tout comme l’euro et le pétrole. Les taux d’emprunt de l’Italie et de l’Espagne grimpent. Une annonce en provenance d’Athènes d’une sortie de la Grèce de la zone euro entraînerait, selon les experts, une poussée à la hausse des coûts d’emprunts des pays en difficultés. De nouvelles négociations seront sans doute nécessaires. On risque d’en parler, encore…

Les deux élections de dimanche, celles de France et de Grèce, auront des effets considérables sur la conduite des affaires de la zone euro. Le nouveau président de la France François Hollande pourrait modifier à moyen et à long terme la gestion et l’encadrement de la dette et des budgets des États de la zone, tandis que les législatives tenues en Grèce pourraient provoquer des turbulences à court terme. Les deux élections sont donc importantes.

Des activistes à Berlin, en Allemagne, portent des masques faisant penser à un mariage difficile entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président français élu, François Hollande.« Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage », a écrit le poète Nicolas Boileau. Voilà sans doute ce qui décrit le mieux le nouveau président de la République française. Son ardeur au travail, la rigueur personnelle qu’il s’est imposée pour atteindre le poste le plus élevé de son pays, sa connaissance des dossiers, son intelligence, sa vivacité d’esprit et ses objectifs clairs feront de lui un homme politique incontournable, redoutable et entêté, avec lequel les chefs européens devront négocier et adopter de nouvelles mesures pour stimuler l’économie de la zone euro.

La chancelière allemande Angela Merkel, qui avait exprimé publiquement sa préférence pour Nicolas Sarkozy, guide d’une main de fer les destinées de la zone euro. Depuis près de trois ans, c’est l’austérité qui domine tous les discours, tous les gestes, toutes les décisions de la zone. Cette stratégie, qui a pour objectif de colmater les brèches de l’endettement, a conduit la moitié des pays de la zone euro à un retour en récession. On n’en finit plus d’additionner les chômeurs en Grèce, au Portugal et en Espagne. Nous en avons parlé abondamment dans ce blogue.

François Hollande a nettement indiqué qu’il allait proposer une politique de croissance et d’emploi tout en misant sur un programme de rigueur budgétaire. Éviter une nouvelle récession à la France, dont la croissance est presque à zéro, créer des emplois surtout pour les jeunes, tout en ramenant le déficit à 3 % du PIB l’an prochain et à l’équilibre en 2017, voilà le défi que s’est donné le nouveau président.

Ce sera difficile d’y arriver, soyons honnêtes, mais ce qui sera encore plus difficile pour lui, c’est de convaincre Angela Merkel qu’il faut conjuguer croissance et austérité, emplois et rigueur budgétaire, et miser sur une nouvelle feuille de route pour relever la zone euro. Déjà, Angela Merkel a indiqué ne pas vouloir renégocier le pacte budgétaire européen. Les analystes s’entendent pour dire que François Hollande et Angela Merkel sont toutefois condamnés à s’entendre.

En fait, Angela Merkel devra peut-être s’y résoudre sous la pression des chefs européens, qui ont commencé à exprimer de l’ouverture à l’approche de François Hollande, sous la pression aussi des agences de notation qui ont dit, il y a quelques mois, que l’austérité ne pouvait pas être la seule réponse à la crise, que des mesures de croissance sont nécessaires pour sortir du cercle vicieux actuel.

Le Parlement grec (archives)Et puis, il y a la Grèce aussi qui obligera les dirigeants européens à se parler, à négocier et à intervenir une fois de plus. Les Grecs, dont le niveau de chômage approche 22 % et dont la récession est devenue malheureusement quasi naturelle, en ont marre de l’austérité et l’ont signifié aux partis proeuropéens lors des élections de dimanche. Ils leur ont retiré leur majorité au parlement aux profits des partis d’extrême gauche et d’extrême droite.

La nouvelle coalition grecque, qui ne sera pas facile à former par ailleurs, voudra un assouplissement des exigences européennes en faveur d’une austérité sévère et abrutissante. Les déclarations de François Hollande, dimanche soir, ont résonné fort en Grèce : « Dans toutes les capitales, au-delà des chefs de gouvernement et des chefs d’État, il y a des peuples qui, grâce à nous, espèrent, regardent vers nous et veulent en terminer avec l’austérité. »

Sarkozy ou Hollande?

Lundi 23 avril 2012 à 14 h 23 | | Pour me joindre

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Le choix des Français, le 6 mai, aura un impact sur l’économie mondiale. Le président de la République a un rôle clé à jouer dans les décisions de la zone euro, et les troubles européens sont au coeur des incertitudes économiques actuelles.
 
C’est important pour nous aussi parce que la France est un partenaire économique important, au coeur des négociations de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Selon le ministère des Relations internationales, « la France est le deuxième investisseur étranger au Québec. Les entreprises françaises au Québec embaucheraient environ 30 000 personnes au sein de leurs 283 filiales. [...] Environ 140 entreprises québécoises sont établies en France, employant quelque 11 000 personnes.
 
La France est le cinquième marché d’exportation du Québec, valeur de 1,1 milliard de dollars, soit 1,9 % du total des exportations. La France est, par ailleurs, le huitième marché d’importation du Québec, pour une valeur totale de 2,4 milliards en 2010. C’est 3,1 % du total des importations québécoises.  
 
Nicolas Sarkozy a établi un contact serré avec le premier ministre du Québec Jean Charest et a une certaine proximité de vue avec le premier ministre du Canada Stephen Harper, étant tous les deux conservateurs avec quelques différences tout de même. Nicolas Sarkozy a conclu une entente avec le Québec sur la mobilité de la main-d’oeuvre et Jean Charest est celui qui a lancé le projet de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Les liens entre le Québec et la France s’appuient davantage aujourd’hui sur des intérêts économiques avec Jean Charest et Nicolas Sarkozy en place.
 
L’économiste Martial Foucault, notre invité ce soir à RDI Économie, m’a fourni une liste des principales propositions économiques des deux candidats qui passent au deuxième tour présidentiel, François Hollande et Nicolas Sarkozy.
 
François Hollande et Nicolas Sarkozy
François Hollande et Nicolas Sarkozy
 
François Hollande :
 
  • projet de création d’emplois axé sur les jeunes; 
  • rémunération des cadres : maximum 20 fois le salaire des employés;
  • réajustement de l’âge de la retraite; 
  • réduction des cadeaux fiscaux et niches fiscales;
  • rémunération de 1 million d’euros et plus : taux d’impôt à 75 %;
  • banques : interdiction d’exercer dans les paradis fiscaux;
  • taxe sur les transactions financières; 
  • favorable aux obligations européennes.
 
Nicolas Sarkozy :
 
  • crédit fiscal pour les entreprises qui embauchent des chômeurs de 55 ans et plus;
  • aide sociale : obligation de travailler au moins 7 heures par semaine;
  • hausse de la TVA sociale accompagnée d’une réduction des cotisations patronales;
  • resserrement des prestations de vieillesse pour les étrangers : 5 ans de cotisations, 10 ans de vie en France;
  • mise en place du « Buy European Act », comparable au « Buy American Act »;
  • taxe sur les transactions financières;
  • révision des accords de Schengen pour, par exemple, exclure un État défaillant;
  • règle d’or d’ici la fin 2012 – interdiction des déficits.
 
Ce soir 18 h 30 (HAE), le professeur Martial Foucault nous explique ces points.
Nicolas Sarkozy a voulu moraliser le capitalisme au lendemain de la crise financière. Voilà que le candidat socialiste à la présidentielle française François Hollande annonce qu’il veut s’attaquer au « monde de la finance », son véritable adversaire, « sans nom et sans visage », un adversaire, a-t-il dit, qui « ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. » C’est ce qu’il a dit hier en lançant sa campagne en vue de l’élection présidentielle d’avril et mai (1er et 2e tour).
 
C’est important de s’intéresser aux propos de François Hollande. Il est en tête dans les sondages en vue de la présidentielle. Et la France, qui vient de subir une décote de la part de l’agence Standard & Poors, est au coeur des décisions les plus importantes dans la gouvernance de la zone euro.
 
François Hollande propose de mettre fin à la spéculation des grands investisseurs en imposant une taxe sur les transactions financières, ce que le président actuel Nicolas Sarkozy a dit qu’il allait faire lui aussi. Le candidat socialiste entend également interdire les activités des banques françaises dans les paradis fiscaux.
 
Ce qui est intéressant dans ses propositions, c’est qu’il identifie des problèmes fondamentaux importants pour la suite des choses. Pour une économie en santé, pour une croissance durable, les gouvernements doivent adopter des plans crédibles et à long terme dans la gestion de leur budget, mais les institutions financières doivent aussi être encadrées et régulées pour éviter que leurs actions sur les marchés alimentent les dérapages fiscaux et économiques.
 
Malgré les promesses de nombreux dirigeants, de Barack Obama à Nicolas Sarkozy, du G8 au G20, la réalité du monde financier n’a pas beaucoup changé depuis 2008. Les produits exotiques, qui s’alimentent aux malheurs des États et des particuliers, existent toujours. La spéculation gagne, sans cesse, en importance dans les transactions financières au quotidien.
 
Les institutions financières peuvent à la fois parier sur le succès et l’insuccès d’une entreprise ou d’un État, peuvent aussi alimenter les mouvements dans la direction souhaitée. CDS, subprimes, swaps, ventes à découvert, il y a une tonne de produits complexes de pari et d’assurance sur les marchés. Ça existe, ça continue d’exister et ça influence énormément l’évolution des marchés et l’impact sur les économies et les budgets.
 
L’attaque de François Hollande contre la finance est-elle sérieuse? Sera-t-elle vraiment suivie de gestes concrets s’il prend le pouvoir ou le candidat cherche-t-il à s’attirer un électorat, de plus en plus large à dénoncer la mainmise des milieux financiers sur l’économie mondiale?
 
À quoi bon de telles propositions s’il n’y a pas de coordination internationale? Si Londres et Washington, avec l’appui d’Ottawa, refusent la taxe sur les transactions financières? Si les sanctions aux institutions faisant affaire dans les paradis fiscaux ne sont qu’esthétiques?

Quand tout le monde en parle…

Mercredi 4 janvier 2012 à 14 h 54 | | Pour me joindre

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Autour d’une table bien garnie, les discussions se croisent : on se donne des nouvelles, on raconte ce qu’on sait, on écoute ce qu’on veut savoir et on parle fort d’actualité. Entre les marrons chauds et la traditionnelle bûche, on parle de DSK bien sûr, aussi de la toute récente réaction ulcérée de la Turquie face à la France et sa loi interdisant de nier tous les génocides, y compris le génocide arménien. Et surtout, on parle de la crise!

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Petit lundi pour la suite des choses…

Lundi 12 décembre 2011 à 11 h 34 | | Pour me joindre

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Les décideurs politiques mondiaux semblent donner raison aujourd’hui à ceux qui accusent les gouvernements de manquer de courage et de vision, de manquer tout simplement à leurs responsabilités.

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Avec raison, on se demande encore aujourd’hui ce que l’agence de notation Standard and Poor’s cherche vraiment à faire en menaçant d’abaisser à court terme la notation de 15 des 17 pays de la zone euro. L’agence pousse le bouchon un peu plus en affirmant que la France est plus à risque encore : on pourrait vous arracher votre note parfaite et, en plus, on pourrait l’abaisser de deux crans!

AFP

Quelle intervention étrange de l’agence Standard and Poor’s, n’est-ce pas? Et que dire du choix du moment? La Grèce et l’Italie viennent d’adopter des mesures d’austérité jugées satisfaisantes par les autorités européennes.

L’aide négociée avec la Grèce est versée normalement et un soutien semble s’organiser pour appuyer l’Italie. Les dirigeants français et allemand annoncent des mesures pour resserrer l’encadrement des budgets de la zone, préconisent la mise en activé du fonds de stabilité financière dès 2012 et appellent à la négociation d’un nouveau traité européen dans les prochains mois.

Et un sommet de la zone euro est prévu jeudi et vendredi pour parler de tout ça.

Pourquoi l’agence Standard and Poor’s choisit-elle d’intervenir maintenant? Et pourquoi s’acharner ainsi sur la France? Le pays a déjà adopté deux plans d’austérité, en août et en novembre, qui totalisent près de 20 milliards d’euros. Il en faut plus? Plus d’austérité, dans un pays où la croissance est presque nulle, où le chômage approche les 10 %? Plus d’austérité, vraiment?

Standard and Poor’s donne l’impression d’intervenir dans le jeu politique, de façon stratégique, pour imprimer son autorité et bousculer la rencontre de la fin de la semaine. C’est le constat, en tout cas, de plusieurs intervenants politiques, économiques et financiers en Europe.

Michael Fuchs, le numéro deux du CDU, le parti d’Angela Merkel, parle d’un « calcul d’ordre politique » d’une agence de notation américaine qui a pour but de détourner l’attention des États-Unis et de leur propre problème d’endettement. Même constat dans l’opposition en Allemagne. Rainer Brüderle, ancien ministre de l’Écologie et membre du parti libéral FDP affirme que « quelquefois, il est difficile de se défaire de l’impression que certaines agences de notation et certains gestionnaires de fonds américains travaillent contre la zone euro ».

Dans les banques centrales, l’étonnement est tout aussi grand. Ewald Nowotny, membre de la Banque centrale d’Europe et gouverneur de la Banque d’Autriche, affirme « qu’il s’agit d’une déclaration politique liée au sommet [de la fin de la semaine] ».

Christian Noyer, gouverneur de la Banque centrale de France, exprime la même suspicion. « La méthodologie [de Standard and Poor's], explique-t-il, a évolué et est maintenant plus liée à des facteurs politiques qu’aux fondamentaux économiques. [Cette décision] arrive, une nouvelle fois, complètement à contre-temps, au lendemain d’un accord franco-allemand sur un paquet de gouvernance extrêmement puissant. »

Le ministre des Finances d’Allemagne Wolfgang Schäuble refuse de tomber dans la théorie du complot. Selon lui, c’est la « meilleure motivation possible pour le sommet de cette semaine. [...] Je ne peux rien imaginer de plus efficace », a-t-il déclaré.

Sur le front politique, la tension qui grandit dans la zone euro est en train de jeter un froid dans la relation franco-allemande. Et, à un peu plus de cinq mois de la présidentielle (premier tour : 22 avril), cette tension provoque la pagaille dans le débat politique français.

Sources : Le Monde, Libération, cbanque.com