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Marx, Piketty et le capital

Mercredi 7 mai 2014 à 16 h 55 | | Pour me joindre

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Thomas Piketty est un économiste français qui roule sa bosse depuis une vingtaine d’années dans les milieux universitaires. Docteur en économie, reconnu par ses pairs, excellent communicateur sur les enjeux socioéconomiques, le chercheur connaît aujourd’hui un succès inattendu avec la publication d’un livre sur les inégalités : Le Capital au XXIe siècle.

Son succès s’est d’abord affirmé chez lui, en France, l’an dernier, mais il s’est accéléré aux États-Unis dans les derniers mois. Son livre s’est retrouvé parmi les meilleurs vendeurs d’Amazon. Il est actuellement numéro 2 et se trouve dans les 100 premiers du palmarès depuis plus de 50 jours. C’est impressionnant puisque les propos de Thomas Piketty ne rejoignent pas nécessairement le courant économique dominant aux États-Unis. Thomas Piketty est de gauche, il est Français et il parle de hausse d’impôts!

L’économiste Éric Pineault, professeur à l’UQAM, lui-même de gauche, a lu le livre et juge qu’il est important pour deux grandes raisons. D’abord, Thomas Piketty reconstitue l’évolution des inégalités de revenus sur plusieurs siècles. Ce travail aide à mettre le contexte actuel en perspective.

Puis, il change le modèle d’analyse des inégalités en s’intéressant aux rapports de force dans l’économie entre travail et capital. Il montre que la rémunération du travail évolue en fonction de la croissance économique, tandis que le capital, lui, ne suit pas cette tendance. Son rendement n’est pas lié à la croissance économique. En temps de forte hausse du PIB, travail et capital peuvent progresser ensemble, mais en période de croissance plus faible, les inégalités semblent se nourrir d’un rendement du capital plus élevé que la croissance économique.

En fait, ce que Thomas Piketty démontre, nous dit Éric Pineault, c’est que l’accumulation de la richesse privée grandit en temps de croissance, au pire stagne en période de décroissance, alors que les états s’appauvrissent. Il n’y a pas de croissance du capital public, explique M. Piketty quand on regarde les données des grands pays industrialisés, dont le Canada, de 1970 à 2010.

L’économiste français dit que les richesses privées ont augmenté plus rapidement en pourcentage du PIB que n’a augmenté la dette publique depuis 20 à 30 ans. Et c’est de ça qu’il faut s’inquiéter selon lui, et non de l’endettement des pays qui a mené, ces dernières années, à des mesures d’austérité qui ont tué la croissance.

Dans une entrevue accordée à Europe 1, Thomas Piketty explique combien l’Europe s’est emprisonnée dans un modèle qui ne favorise pas la croissance. On ne peut pas avoir une monnaie unique et un territoire sans frontière, dit-il, sans avoir une harmonisation fiscale. L’Europe compte 18 systèmes fiscaux différents. C’est intenable. Si on veut taxer le patrimoine privé, il faut harmoniser les politiques fiscales européennes, explique l’auteur.

A-t-on raison de le comparer à Karl Marx, ai-je demandé à Éric Pineault? Non, me dit-il. Mais Thomas Piketty se place lui-même, en plusieurs endroits dans son livre, en dialogue avec Le Capital de Marx. Même s’il emprunte le titre du célèbre ouvrage, il n’est fondamentalement pas marxiste. Thomas Piketty légitime le rendement sur le capital. Il conçoit que le capital puisse être rémunéré.

Dans l’entrevue à Europe 1, il va plus loin : il faut un certain niveau d’inégalités pour assurer une croissance de l’économie. Mais, pas à l’extrême, précise-t-il. Un moment donné, ces inégalités deviennent nuisibles. C’est d’ailleurs ce que vient de constater l’OCDE en appelant en début de semaine à ce qu’on s’intéresse davantage à une forme de « croissance inclusive » plutôt qu’à la seule croissance de la production. Il faut mesurer et encourager la réduction des inégalités et investir en éducation pour lutter contre la pauvreté, dit un rapport publié lundi par l’OCDE.

L’économiste français mentionne aussi que l’inflation est un poison. C’est une forme de taxe sur les petits patrimoines, tandis que l’impôt sert à taxer davantage les gros patrimoines tout en protégeant les plus pauvres. Thomas Piketty rappelle que, de 1930 à 1980, le taux d’impôt aux États-Unis sur les revenus de plus de 1 million de dollars était de 82 % en moyenne. « Ça n’a pas tué le capitalisme américain », a-t-il déclaré. Avec une hausse du PIB de 4 ou 5 % par an, la montée des inégalités serait plus acceptable, selon lui. Mais pas à 1,5 %, la moyenne des dernières décennies.

M. Piketty fait face à des critiques. La plupart saluent son travail d’analyse, de récolte de données et d’explications. Certains, comme The Economist, sont d’avis que l’application des politiques proposées par l’économiste serait néfaste. Plus d’impôt réduirait les investissements à leur avis. « L’intérêt de M. Piketty à noyer les riches embrasse l’idéologie socialiste, écrit The Economist. Ça explique peut-être pourquoi Capital est un best-seller. Mais c’est un plan de match bien pauvre pour l’action. »

L’Allemagne, la France et l’austérité

Vendredi 27 septembre 2013 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Le gouvernement de François Hollande mise encore sur l’austérité, bien que son ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici préfère ne pas nommer les choses ainsi. Des compressions sont prévues dans les dépenses, des hausses de taxe aussi sont annoncées pour le 1er janvier. Pas de hausse d’impôts toutefois pour les particuliers, et des allègements fiscaux sont offerts aux entreprises. Cela dit, les dépenses de l’État sont abaissées de 1,5 milliard de dollars. Chez nous, au Québec, c’est la croissance des dépenses qui ralentit. En France, ce sont les dépenses tout court qui baissent.

Le président français, François HollandeLe ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici a-t-il raison de poursuivre sur le chemin de l’austérité? On peut se poser la question sérieusement étant donné la très très faible reprise économique en Europe, particulièrement en France. La hausse prévue du PIB pour l’ensemble de 2013 est de 0,1 % et, pour 2014, de seulement 0,9 %. Le taux de chômage est actuellement de 10,5 %.

Cela dit, la dette du pays atteindra un sommet à 95,1 % du PIB. Entre l’obligation de s’assurer à court terme d’une reprise durable et celle de maintenir une politique budgétaire saine et crédible, le ministre doit naviguer dans un canal très serré.

La chancelière allemande Angela Merkel

Pendant ce temps, en Allemagne, Angela Merkel vient d’être réélue à la tête du pays pour un troisième mandat. On s’y attendait, les citoyens de son pays l’aiment beaucoup. La « maman » des Allemands, la dame de fer de l’Europe, la tortionnaire des pays retardataires, tout a été dit et redit sur Angela Merkel, peut-être la femme politique la plus puissante du monde. Mais les raisons de son succès sont-elles bien connues? Savons-nous pourquoi l’Allemagne se tire si bien d’affaire par rapport aux autres pays d’Europe?

Trois grandes raisons expliquent les forces de l’Allemagne :

  1. La faiblesse de l’Euro. Au cours de la crise, en 2009-2010, la valeur de l’euro face au dollar américain a chuté, passant de 1,50 à 1,20 $US. Pour un pays d’exportateurs comme l’Allemagne, c’est très avantageux. Les problèmes économiques des pays voisins ont aussi permis à l’Allemagne de récupérer certains champs d’exportations abandonnés.
  2. Les faibles coûts d’intérêt. Alors que partout autour, particulièrement en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce, les coûts d’emprunt augmentaient de façon spectaculaire, ceux de l’Allemagne sont demeurés extrêmement bas. Le pays était vu comme le facteur de stabilité de la région. Berlin a pu emprunter à des taux d’intérêt faibles lui permettant de maintenir une politique économique et budgétaire normale. En fait, le gouvernement Merkel a bénéficié de coûts d’emprunts plus faibles qu’avant le déclenchement de la crise, lui permettant d’économiser des milliards de dollars en intérêt. Les faibles taux ont aussi stimulé le secteur immobilier.
  3. La réduction du temps de travail. Les Allemands ont travaillé moins d’heures durant les temps de crise, réduction plus importante qu’en France. Cette situation a permis d’éviter une hécatombe dans le marché de l’emploi. L’absence de salaire minimum a aussi contribué au maintien de milliers d’emplois. Le taux de chômage est aujourd’hui à seulement 5,4 % comparativement à 12,1 % dans l’ensemble de la zone euro.

Les succès de l’Allemagne ne signifient pas pour autant moins de pauvreté. Le nombre de personnes qui vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté demeure élevé en Allemagne. Peu importe la statistique utilisée (taux de gens dont le revenu est inférieur à 40 %, 50 % ou 60 % du revenu médian), l’Allemagne affiche des taux de pauvreté plus élevés qu’en Belgique, en France ainsi que dans les pays nordiques. Le pays est essentiellement dépassé par des pays en récession ou en dépression : la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Pologne et le Royaume-Uni. À lire ici : http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

Nous savons que l’Allemagne est venue en aide à ses voisins. Mais les exigences ont été telles que plusieurs de ces pays ont vu leur situation empirer. L’Allemagne a prêté 70 milliards d’euros à ses voisins. Ce n’est pas un don, c’est un prêt. L’Allemagne entend récupérer ses billes.

Derrière la façade, celle d’une économie solide et en santé, il est important de comprendre que l’Allemagne n’est pas, seule, responsable de ses succès.

Impôts, taxes et… tendance!

Lundi 26 août 2013 à 15 h 09 | | Pour me joindre

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Il n’est pas exact de dire que l’option d’augmenter les taxes à la consommation plutôt que les impôts est la tendance en ce moment. Le contraire n’est pas plus vrai! Si le chef du PLQ Philippe Couillard a le projet d’augmenter la taxe à la consommation et de baisser les impôts, il serait préférable pour lui de trouver de nouveaux arguments.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ)Une petite tournée des derniers budgets dans les provinces canadiennes est utile : des hausses d’impôts ont été annoncées au Québec, en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick. Le Manitoba a prévu augmenter sa taxe à la consommation, alors que la Nouvelle-Écosse est en train de la baisser. L’Île-du-Prince-Édouard vient d’introduire une taxe à la consommation.

Par ailleurs, depuis cinq ans, dans la foulée de la crise financière et de la hausse importante de la dette des pays, plusieurs gouvernements ont opté pour des hausses d’impôts visant surtout les mieux nantis. Parmi les pays du G20, la France, l’Inde et les États-Unis sont au nombre des pays qui ont annoncé des hausses d’impôts pour les mieux nantis. Le Mexique songe aussi à augmenter les impôts des plus riches. Plusieurs provinces de l’Argentine augmentent également les impôts. Mais le Japon étudie plutôt la possibilité d’augmenter sa taxe de vente.  Et l’Italie a baissé les impôts pour les plus démunis et prévoit maintenant une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée.

Cela dit, au-delà de la taxe à la consommation ou des taux d’imposition, toutes les juridictions imposent des frais, des tarifs et de nombreuses taxes qui ciblent des biens en particulier : taxe sur l’essence, taxe carbone ou écologique, taxe sur les produits électroniques, tarifs d’électricité, péages, tarifs de stationnement, taxe sur le gain en capital, taxe douanière, frais divers pour obtenir des permis, taxe sur les cigarettes. La liste est longue.

Plusieurs pays du G20 préfèrent cibler leurs interventions sur ces postes budgétaires. C’est le cas du Brésil et de l’Afrique du Sud. C’est le cas aussi en Turquie et en Australie, où on a décidé d’augmenter les taxes sur le tabac. En Allemagne, les taxes et les impôts sont également au cœur des élections parlementaires prévues à la fin du mois de septembre. Les sociaux-démocrates proposent une hausse du taux d’imposition le plus élevé de 42 à 49 %.

Peu importe qui est au pouvoir, l’État a besoin de revenus. Le point de vue idéologique de l’administration en place et la conjoncture économique vont orienter les mesures prises pour taxer les citoyens et le niveau des charges fiscales. Mais ne soyons pas dupes : si on vous promet une baisse d’impôt ou de taxe, il y a une autre taxe, un tarif, un frais, ou plusieurs d’entre eux qui vont augmenter. Ou un service qui sera réduit. Elle est là, la tendance!

La fiscaliste Brigitte Alepin nous disait l’automne dernier qu’on devrait considérer quelqu’un comme étant riche à partir de revenus de 400 000 ou 500 000 $ par année. C’est très subjectif, disait-elle aussi, que d’établir un niveau de richesse. Mais ce qu’elle souhaitait surtout, c’était d’attirer l’attention sur un point crucial : les riches, les « vrais » riches ont beaucoup de moyens pour réduire leurs charges fiscales.

Et donc, on a beau parler des impôts des mieux nantis, et les augmenter, il n’en demeure pas moins qu’une quantité importante de niches fiscales permet à ces gens-là de réduire considérablement leurs impôts. Et c’est à ça que les politiciens devraient s’attaquer. Il est là le « vrai » problème fiscal dans le monde… et on en fait très peu pour améliorer cette situation.

Gerard DepardieuL’affaire Depardieu en France est une histoire qui fait beaucoup de bruit, certes, mais elle est tout à fait révélatrice de la situation réelle des « vrais » riches. Ils sont mobiles! S’ils ne veulent pas subir les hausses d’impôts annoncées en France, au Québec ou aux États-Unis disons, ils peuvent partir, déménager, se trouver une nouvelle adresse pour déclarer leurs revenus. Comme le fait l’acteur Gérard Depardieu, qui partait pour la Belgique et qui est finalement tombé dans les bras de Vladimir Poutine en Russie.

Les paradis fiscaux débordent de milliards de dollars à l’abri de l’impôt. Aussi, les gains en capitaux représentent une quantité importante des revenus des hauts dirigeants d’entreprises qui se font payer en options. Ces gains-là sont beaucoup moins taxés que les revenus de travail.

L’investisseur américain multimilliardaire Warren Buffett affirmait récemment qu’il faudrait exiger un impôt minimal de 30 % sur les revenus dépassant 1 million de dollars par année. Malgré des millions engrangés chaque année, il bénéficie d’un taux effectif d’impôt d’environ 17 %. Mitt Romney, candidat républicain malheureux à la présidentielle américaine de novembre dernier, n’a payé que 14 % d’impôts dans sa dernière déclaration de revenus.

Le 19 novembre dernier, dans le New York Times, Daniel Altman, professeur d’économie de l’Université de New York, écrivait que pour s’assurer une plus grande contribution des plus riches, on devrait taxer la fortune des plus riches et non plus seulement leurs revenus. Un taux d’imposition unique de 1,5 % sur les actifs financiers et autres actifs importants rapporterait plus de 800 milliards de dollars au trésor américain, selon lui. Il propose un taux de 0 % sur les actifs entre 0 et 500 000 $, de 1 % sur les actifs entre 500 000 et 1 000 000 et de 2 % sur le reste.

Au Québec, aux États-Unis, en France ou ailleurs, les mieux nantis sont appelés à contribuer davantage au trésor public. Mais cette solution est loin d’atteindre tous les objectifs. Oui, l’État peut engranger un peu plus d’argent… et encore, c’est assez minime au final. Mais, non, ça ne guérit pas la maladie qui ronge le capitalisme mondial : l’évasion fiscale… et son cousin l’évitement fiscal.

Encore de l’austérité? Vraiment?

Vendredi 28 septembre 2012 à 12 h 46 | | Pour me joindre

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L’économie mondiale continue de ralentir, et la crise ne cesse de prendre de l’ampleur, en Espagne tout particulièrement, quatrième économie d’Europe. La Grande-Bretagne est en récession, plusieurs autres pays de la région le sont aussi. Et la France semble se diriger vers une récession, selon les prévisions de sa banque centrale.

Les budgets pour l’exercice 2013 sont dévoilés un peu partout et comportent encore plusieurs mesures d’austérité. Pourtant, cette austérité a provoqué, dans les dernières années, des chutes de revenus publics plus importantes encore que la réduction des dépenses prévue par plusieurs gouvernements. Comme le chien qui se mord la queue, on tourne en rond et on creuse son trou toujours un peu plus profondément.

Les chiffres d’austérité sont les suivants :

Manifestation à Athènes contre l'austéritéEncore 15 milliards de dollars en Grèce, qui n’en finit plus de mourir. Il faut encore compresser et comprimer. Il faut couper davantage dans la fonction publique et les mesures sociales pour être en mesure d’obtenir une nouvelle tranche d’aide de l’Europe et du FMI.

L’Espagne est plongée dans une crise économique terrible : le quart de sa population active est au chômage. Malgré tout, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy annonce des mesures visant à couper près de 50 milliards de dollars dans ses dépenses. Déréglementations de différents secteurs et compressions dans les programmes sociaux sont prévues.

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault

La France est dans une situation moins périlleuse, mais tout de même préoccupante. Les Français ne sont pas convaincus que leur nouveau président, François Hollande, a les bons remèdes pour redresser la situation. Le budget annoncé aujourd’hui par Paris prévoit des réductions budgétaires de près de 13 milliards de dollars et des hausses d’impôt pour les entreprises et les particuliers de plus de 25 milliards de dollars.

Et puis, il y a l’Allemagne, qui ralentit sérieusement. Alternatives économiques écrit dans son édition de septembre 2012 que « l’économie allemande a tiré profit de la crise grâce à des taux d’intérêt exceptionnellement bas et la baisse du taux de change de l’euro, qui a dopé ses exportations ». Mais, aujourd’hui, l’économie du pays d’Angela Merkel fléchit aussi et pourrait s’approcher du niveau de récession.

Combien de temps cette glissade va-t-elle durer?  Et quelle sera l’ampleur de l’effet sur l’économie mondiale, notamment sur la Chine, qui a besoin de son partenaire européen pour continuer à prospérer? Tout est lié, vous le savez…

Faudrait-il permettre aux pays d’Europe d’investir massivement dans leur économie et de reporter à plus tard la réduction de leur endettement? Ou faut-il continuer sur le chemin douloureux de l’austérité et de la récession avec pour objectif (ou espoir) d’assainir une fois pour toutes les finances publiques?

Le nouveau premier ministre français Jean-Marc Ayrault a nommé Pierre Moscovici au poste de ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur. Il est âgé de 54 ans et a déjà fait partie du cabinet de Lionel Jospin de 1997 à 2002. Il aura pour tâche de ramener l’équilibre budgétaire en 2017 et de s’assurer d’un plan crédible pour la France afin d’éviter une décote supplémentaire. Il doit composer dans un environnement économique difficile : l’économie française stagne, son taux de chômage est à 10 %.

Nous l’avions reçu en avril 2010 à RDI Économie. Je vous propose de voir ou de revoir cette entrevue. Son regard pourrait se poser encore aujourd’hui sur la Grèce et l’Union européenne. Sur les politiques intérieures de la France, ses observations sur la progressivité de l’impôt sont très intéressantes. Et puis, à la fin, vous l’entendrez, Pierre Moscovici nous disait qu’il envisageait la possibilité de se présenter pour diriger la gauche aux élections présidentielles qui ont eu lieu le 6 mai dernier, à moins que… Dominique Strauss-Khan décide de se présenter. Je vous rappelle que nous sommes en avril 2010…

L’impasse partout…

Lundi 14 mai 2012 à 14 h 01 | | Pour me joindre

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C’est l’impasse dans l’affrontement que se livrent pour une quatorzième semaine les étudiants et le gouvernement du Québec. Et il ne semble pas y avoir l’ombre du début d’une sortie de crise dans ce dossier. On a discuté de plusieurs choses sur ce blogue à propos du conflit étudiant dans les derniers mois. Et quelques solutions ont émergé : recul, moratoire, négociation, médiation, états généraux, élection. Lundi soir, on poursuit la discussion avec le ministre des Finances Raymond Bachand, qui vient nous parler de l’économie et de l’emploi au Québec, et à qui on demandera si l’affrontement actuel nuit à l’économie du Québec. Ce soir 18 h 30 (HAE) à RDI.
 
Le président Carolos PapouliasPar ailleurs, c’est aussi l’impasse en Grèce. Et, dans ce cas-ci, l’impact est beaucoup plus large, sur les Grecs, sur la zone euro, sur l’économie mondiale, sur les marchés boursiers et financiers. Il ne semble pas possible pour les partis en place de s’unir pour former un gouvernement d’union nationale. Et, de toute évidence, le président sera obligé de convoquer la population aux urnes, une fois de plus, probablement le 17 juin prochain.
 
La Grèce pourrait donc ne pas respecter ses obligations envers ses créanciers, suspendre certaines mesures d’austérité annoncées, ne plus recevoir le soutien financier du FMI et de l’UE et s’éjecter en bout de piste de la zone euro. Ce n’est pas le scénario souhaité par les Grecs, mais la population est fatiguée et déprimée par plusieurs années de récession et d’austérité. Les acteurs, les observateurs et les experts évaluent avec sérieux la possibilité que la Grèce sorte de la zone rapidement.
 
En fait, soyons francs, tout le travail effectué en Europe dans les dernières années a permis de calmer de façon très temporaire la crise de la dette. Mais le résultat de l’élection du 6 mai en Grèce, l’élection du socialiste François Hollande en France et la baisse du soutien pour le parti CDU d’Angela Merkel en Allemagne obligent les dirigeants de la zone euro à revoir et à repenser leur plan d’action pour sortir de la crise. Ces votes sont l’expression claire d’un désaveu des mesures d’austérité, quoi qu’en disent les chefs européens et les opérateurs de marché.
 
La chancelière Angela Merkel est entourée des députés allemands lors du vote sur le deuxième plan d'aide à la GrèceEn attendant, justement, les marchés chutent depuis près de deux semaines, tout comme l’euro et le pétrole. Les taux d’emprunt de l’Italie et de l’Espagne grimpent. Une annonce en provenance d’Athènes d’une sortie de la Grèce de la zone euro entraînerait, selon les experts, une poussée à la hausse des coûts d’emprunts des pays en difficultés. De nouvelles négociations seront sans doute nécessaires. On risque d’en parler, encore…

Les deux élections de dimanche, celles de France et de Grèce, auront des effets considérables sur la conduite des affaires de la zone euro. Le nouveau président de la France François Hollande pourrait modifier à moyen et à long terme la gestion et l’encadrement de la dette et des budgets des États de la zone, tandis que les législatives tenues en Grèce pourraient provoquer des turbulences à court terme. Les deux élections sont donc importantes.

Des activistes à Berlin, en Allemagne, portent des masques faisant penser à un mariage difficile entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président français élu, François Hollande.« Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage », a écrit le poète Nicolas Boileau. Voilà sans doute ce qui décrit le mieux le nouveau président de la République française. Son ardeur au travail, la rigueur personnelle qu’il s’est imposée pour atteindre le poste le plus élevé de son pays, sa connaissance des dossiers, son intelligence, sa vivacité d’esprit et ses objectifs clairs feront de lui un homme politique incontournable, redoutable et entêté, avec lequel les chefs européens devront négocier et adopter de nouvelles mesures pour stimuler l’économie de la zone euro.

La chancelière allemande Angela Merkel, qui avait exprimé publiquement sa préférence pour Nicolas Sarkozy, guide d’une main de fer les destinées de la zone euro. Depuis près de trois ans, c’est l’austérité qui domine tous les discours, tous les gestes, toutes les décisions de la zone. Cette stratégie, qui a pour objectif de colmater les brèches de l’endettement, a conduit la moitié des pays de la zone euro à un retour en récession. On n’en finit plus d’additionner les chômeurs en Grèce, au Portugal et en Espagne. Nous en avons parlé abondamment dans ce blogue.

François Hollande a nettement indiqué qu’il allait proposer une politique de croissance et d’emploi tout en misant sur un programme de rigueur budgétaire. Éviter une nouvelle récession à la France, dont la croissance est presque à zéro, créer des emplois surtout pour les jeunes, tout en ramenant le déficit à 3 % du PIB l’an prochain et à l’équilibre en 2017, voilà le défi que s’est donné le nouveau président.

Ce sera difficile d’y arriver, soyons honnêtes, mais ce qui sera encore plus difficile pour lui, c’est de convaincre Angela Merkel qu’il faut conjuguer croissance et austérité, emplois et rigueur budgétaire, et miser sur une nouvelle feuille de route pour relever la zone euro. Déjà, Angela Merkel a indiqué ne pas vouloir renégocier le pacte budgétaire européen. Les analystes s’entendent pour dire que François Hollande et Angela Merkel sont toutefois condamnés à s’entendre.

En fait, Angela Merkel devra peut-être s’y résoudre sous la pression des chefs européens, qui ont commencé à exprimer de l’ouverture à l’approche de François Hollande, sous la pression aussi des agences de notation qui ont dit, il y a quelques mois, que l’austérité ne pouvait pas être la seule réponse à la crise, que des mesures de croissance sont nécessaires pour sortir du cercle vicieux actuel.

Le Parlement grec (archives)Et puis, il y a la Grèce aussi qui obligera les dirigeants européens à se parler, à négocier et à intervenir une fois de plus. Les Grecs, dont le niveau de chômage approche 22 % et dont la récession est devenue malheureusement quasi naturelle, en ont marre de l’austérité et l’ont signifié aux partis proeuropéens lors des élections de dimanche. Ils leur ont retiré leur majorité au parlement aux profits des partis d’extrême gauche et d’extrême droite.

La nouvelle coalition grecque, qui ne sera pas facile à former par ailleurs, voudra un assouplissement des exigences européennes en faveur d’une austérité sévère et abrutissante. Les déclarations de François Hollande, dimanche soir, ont résonné fort en Grèce : « Dans toutes les capitales, au-delà des chefs de gouvernement et des chefs d’État, il y a des peuples qui, grâce à nous, espèrent, regardent vers nous et veulent en terminer avec l’austérité. »

Sarkozy ou Hollande?

Lundi 23 avril 2012 à 14 h 23 | | Pour me joindre

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Le choix des Français, le 6 mai, aura un impact sur l’économie mondiale. Le président de la République a un rôle clé à jouer dans les décisions de la zone euro, et les troubles européens sont au coeur des incertitudes économiques actuelles.
 
C’est important pour nous aussi parce que la France est un partenaire économique important, au coeur des négociations de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Selon le ministère des Relations internationales, « la France est le deuxième investisseur étranger au Québec. Les entreprises françaises au Québec embaucheraient environ 30 000 personnes au sein de leurs 283 filiales. [...] Environ 140 entreprises québécoises sont établies en France, employant quelque 11 000 personnes.
 
La France est le cinquième marché d’exportation du Québec, valeur de 1,1 milliard de dollars, soit 1,9 % du total des exportations. La France est, par ailleurs, le huitième marché d’importation du Québec, pour une valeur totale de 2,4 milliards en 2010. C’est 3,1 % du total des importations québécoises.  
 
Nicolas Sarkozy a établi un contact serré avec le premier ministre du Québec Jean Charest et a une certaine proximité de vue avec le premier ministre du Canada Stephen Harper, étant tous les deux conservateurs avec quelques différences tout de même. Nicolas Sarkozy a conclu une entente avec le Québec sur la mobilité de la main-d’oeuvre et Jean Charest est celui qui a lancé le projet de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Les liens entre le Québec et la France s’appuient davantage aujourd’hui sur des intérêts économiques avec Jean Charest et Nicolas Sarkozy en place.
 
L’économiste Martial Foucault, notre invité ce soir à RDI Économie, m’a fourni une liste des principales propositions économiques des deux candidats qui passent au deuxième tour présidentiel, François Hollande et Nicolas Sarkozy.
 
François Hollande et Nicolas Sarkozy
François Hollande et Nicolas Sarkozy
 
François Hollande :
 
  • projet de création d’emplois axé sur les jeunes; 
  • rémunération des cadres : maximum 20 fois le salaire des employés;
  • réajustement de l’âge de la retraite; 
  • réduction des cadeaux fiscaux et niches fiscales;
  • rémunération de 1 million d’euros et plus : taux d’impôt à 75 %;
  • banques : interdiction d’exercer dans les paradis fiscaux;
  • taxe sur les transactions financières; 
  • favorable aux obligations européennes.
 
Nicolas Sarkozy :
 
  • crédit fiscal pour les entreprises qui embauchent des chômeurs de 55 ans et plus;
  • aide sociale : obligation de travailler au moins 7 heures par semaine;
  • hausse de la TVA sociale accompagnée d’une réduction des cotisations patronales;
  • resserrement des prestations de vieillesse pour les étrangers : 5 ans de cotisations, 10 ans de vie en France;
  • mise en place du « Buy European Act », comparable au « Buy American Act »;
  • taxe sur les transactions financières;
  • révision des accords de Schengen pour, par exemple, exclure un État défaillant;
  • règle d’or d’ici la fin 2012 – interdiction des déficits.
 
Ce soir 18 h 30 (HAE), le professeur Martial Foucault nous explique ces points.
Nicolas Sarkozy a voulu moraliser le capitalisme au lendemain de la crise financière. Voilà que le candidat socialiste à la présidentielle française François Hollande annonce qu’il veut s’attaquer au « monde de la finance », son véritable adversaire, « sans nom et sans visage », un adversaire, a-t-il dit, qui « ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. » C’est ce qu’il a dit hier en lançant sa campagne en vue de l’élection présidentielle d’avril et mai (1er et 2e tour).
 
C’est important de s’intéresser aux propos de François Hollande. Il est en tête dans les sondages en vue de la présidentielle. Et la France, qui vient de subir une décote de la part de l’agence Standard & Poors, est au coeur des décisions les plus importantes dans la gouvernance de la zone euro.
 
François Hollande propose de mettre fin à la spéculation des grands investisseurs en imposant une taxe sur les transactions financières, ce que le président actuel Nicolas Sarkozy a dit qu’il allait faire lui aussi. Le candidat socialiste entend également interdire les activités des banques françaises dans les paradis fiscaux.
 
Ce qui est intéressant dans ses propositions, c’est qu’il identifie des problèmes fondamentaux importants pour la suite des choses. Pour une économie en santé, pour une croissance durable, les gouvernements doivent adopter des plans crédibles et à long terme dans la gestion de leur budget, mais les institutions financières doivent aussi être encadrées et régulées pour éviter que leurs actions sur les marchés alimentent les dérapages fiscaux et économiques.
 
Malgré les promesses de nombreux dirigeants, de Barack Obama à Nicolas Sarkozy, du G8 au G20, la réalité du monde financier n’a pas beaucoup changé depuis 2008. Les produits exotiques, qui s’alimentent aux malheurs des États et des particuliers, existent toujours. La spéculation gagne, sans cesse, en importance dans les transactions financières au quotidien.
 
Les institutions financières peuvent à la fois parier sur le succès et l’insuccès d’une entreprise ou d’un État, peuvent aussi alimenter les mouvements dans la direction souhaitée. CDS, subprimes, swaps, ventes à découvert, il y a une tonne de produits complexes de pari et d’assurance sur les marchés. Ça existe, ça continue d’exister et ça influence énormément l’évolution des marchés et l’impact sur les économies et les budgets.
 
L’attaque de François Hollande contre la finance est-elle sérieuse? Sera-t-elle vraiment suivie de gestes concrets s’il prend le pouvoir ou le candidat cherche-t-il à s’attirer un électorat, de plus en plus large à dénoncer la mainmise des milieux financiers sur l’économie mondiale?
 
À quoi bon de telles propositions s’il n’y a pas de coordination internationale? Si Londres et Washington, avec l’appui d’Ottawa, refusent la taxe sur les transactions financières? Si les sanctions aux institutions faisant affaire dans les paradis fiscaux ne sont qu’esthétiques?