Billets classés sous « étudiant »

Dans une envolée comme seul Rémy Trudel peut le faire, notre collaborateur à l’émission Calcul électoral a déclaré lundi après-midi sur notre plateau que la baisse du crédit d’impôt pour frais de scolarité au Québec se résume à une formule popularisée par l’ancien ministre des Finances Yves Séguin : c’est l’art d’arracher le maximum de plumes à la poule avec le minimum de cris!

Disons que ça décrit bien la situation. L’ancien premier ministre Jean Charest avait annoncé une hausse de 325 $ par année des droits de scolarité pendant 5 ans. La baisse du crédit d’impôt et l’indexation des droits de scolarité décrétées par le gouvernement Marois nous amènent à une hausse de 305 $ sur une année. C’est largement moins important que la proposition de l’ancien gouvernement libéral. Mais la baisse du crédit d’impôt est passée en catimini selon plusieurs étudiants qui nous ont écrit dans les dernières semaines.

Le fiscaliste Stéphane Leblanc, de la firme Ernst & Young, nous a fourni les chiffres suivants pour expliquer la hausse de 305 $ pour les sessions d’automne 2013 et de l’hiver 2014 :

Crédit d’impôt pour frais de scolarité – évolution de 2012-2013 à 2013-2014

  • Droits : hausse de 56 $ (soit 2,6 %), donc de 2168 $ à 2224 $
  • Crédit du Québec :  le crédit passe de 434 $ à 178 $, une perte de 256 $
  • Crédit d’Ottawa :  relativement stable, il passe de 272 à 279 $, un gain de 7 $
  • Droits nets : la vraie facture passe de 1463 $ à 1768 $, une hausse de 305 $ ou 20,8 %

Et, c’est aujourd’hui qu’Hydro-Québec met en œuvre la hausse des tarifs d’électricité, hausse de 4,3 % ou près de 100 $ pour une maison moyenne. Ainsi, ça signifie ceci :

  • Pour un logement de 5 pièces et demie : +2,22 $/mois
  • Pour une maison moyenne : +7,71 $/mois

C’est 418 millions de dollars en revenus supplémentaires pour Hydro-Québec, environ 150 millions de moins que souhaité. La demande tarifaire était de 5,8 %. Selon l’Union des consommateurs, 80 % de la hausse est attribuable au développement du secteur éolien et à l’indexation du tarif patrimonial.

Malgré tout, les tarifs d’électricité demeurent plus faibles à Montréal qu’ailleurs au pays pour chaque tranche de 1000 kWh par mois

Prix moyen – clients résidentiels – par kWh

  • Montréal : 6,87 ¢
  • Vancouver : 8,91 ¢
  • Toronto : 12,48 ¢
  • New York : 21,75 ¢
L’entrevue réalisée avec Stephen Jarislowsky et diffusée hier soir à RDI a suscité de nombreuses réactions. L’investisseur, milliardaire et toujours actif à 86 ans, en avait long à dire sur plusieurs sujets : l’endettement des ménages, l’action des banques centrales, le conflit étudiant, la retraite et l’art. Un texte, diffusé samedi et portant sur le point de vue de Stephen Jarislowsky sur le conflit étudiant, a reçu 200 commentaires et a été recommandé sur Facebook 1400 fois. Il en a dit des choses dans cette entrevue, Stephen Jarislowsky.
 
D’abord, retrouvez l’entrevue ici :
 
 
Et puis, permettez-moi de faire écho à quelques commentaires reçus dans ma boîte de courriels et dans celle de RDI Économie afin d’alimenter la discussion avec vous.
 
Ainsi, à propos du conflit étudiant, alors que Stephen Jarislowsky affirme que les étudiants devraient être reconnaissants que la société soutienne environ 85 % des droits de scolarité, Denyse Gagnon d’Alma écrit qu’il « est tellement vrai de dire que plus on paie quelque chose et plus on le paie cher, plus on y fait attention et on l’apprécie. […] C’était rafraîchissant d’entendre cet homme au lieu des leaders étudiants et des artistes. »
 
Avis contraire de Stéphane-René Gallant de Drummondville, qui est d’avis que l’investisseur montréalais a fait preuve d’incohérence en souhaitant une forte hausse des droits de scolarité tout en dénonçant l’endettement des ménages. « Il dit que c’est par la hausse des droits de scolarité qu’on donnerait une meilleure valorisation des études. Pourtant, on pourrait aussi simplement offrir aux étudiants la gratuité scolaire à la mesure de leurs bonnes notes, sans avoir besoin d’endetter plus de gens qui ne sont pas aussi riches que lui. »
 
Le témoignage de Marie Laverdure porte sur la proposition de Stephen Jarislowsky d’augmenter l’âge de la retraite à au moins 69 ans. « J’ai travaillé pendant 43 ans, dit-elle. […] Je n’ai jamais pu gagner plus de 19 000 $ annuellement. Contrairement à ce que Stephen Jarislowsky dit, tout le monde n’a pas pu économiser! […] Moi, je trouve les étudiants qui manifestent présentement très gâtés par rapport à nous. Ils ont toutes sortes de choses, des gadgets coûtant des centaines et des milliers de dollars, et plus encore! »
 
« Son commentaire sur la retraite des enseignants, écrit Daniel Beaudry de Moncton, ne tient pas compte du fait que ce travail reçoit un salaire insuffisant pour pouvoir recruter du talent. Peut-être que la solution serait un salaire beaucoup plus alléchant, quitte à laisser plus de responsabilités aux enseignants quant à la planification de leur retraite. »
 
Même avis de Richard Landry, enseignant de Montréal : « Il critique sans le savoir les enseignants. Il insinue qu’ils ne méritent pas leur retraite. De toute évidence, M. Jarislowsky sous-estime grandement le travail des enseignants. »
 
Jean-François Couture nomme Stephen Jarislowsky, « le Charles Aznavour de l’investissement ». Il se dit en accord « avec lui sur la majorité des sujets sauf sur l’âge de la retraite, particulièrement pour les gens ayant travaillé plus de 40 ans dans des métiers extrêmement exigeants physiquement. Et quand vous avez déploré le manque de moyens pour prendre une retraite le moindrement confortable, il vous a répondu qu’il aurait fallu économiser davantage. J’attendais une sous-question qui n’est pas venue : comment les petits salariés dont les revenus ont gravité autour du salaire minimum toute leur vie auraient-ils pu économiser suffisamment pour se procurer des revenus de retraite capables de leur assurer une qualité de vie? »
 
Hélène Villeneuve nous écrit qu’il est intéressant et rassurant « de voir qu’il y a encore des gens sensés dans notre société. Les idées prônées par M. Jarislowsky sont d’une grande sagesse et démontrent un haut degré d’intelligence. […] Il serait peut-être temps que les parents reprennent leurs responsabilités plutôt que de toujours les laisser aux autres, ou alors faire le choix de ne pas avoir d’enfants! »
 
Alexandre Gagnon de Beaconsfield a été choqué par les propos de Stephen Jarislowsky. « Premièrement, comment un milliardaire peut-il émettre des opinions si polarisées sur les finances du contribuable moyen qui peine à boucler son budget? Réalise-t-il seulement que pour une grande majorité du peuple, économiser pour la retraite n’est tout simplement pas possible dû au coût de la vie? Quand il dit que les Québécois arrivent à la retraite avec pas assez d’épargne, il néglige le fait qu’il est aujourd’hui très difficile avec un salaire moyen de payer les factures associées aux besoins fondamentaux.
 
« Aussi, comment peut-il dire qu’il faudrait que les frais de scolarité soient de 40 000 $ pour que les gens soient reconnaissants? On néglige trop souvent, dans une tentative de comparer notre système d’éducation avec le système américain, que les impôts ne sont pas les mêmes. Comment pourrions-nous payer des études universitaires à 40 000 $ alors que le taux d’imposition est dramatiquement plus élevé qu’aux États-Unis? »
 
Et vous, qu’en pensez-vous?

Conflit étudiant : que fait-on?

vendredi 4 mai 2012 à 10 h 53 | | Pour me joindre

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Tout le monde s’entend et le comprend : la formation professionnelle, technique et générale, ainsi que les études supérieures, permet aux citoyens d’espérer une bien meilleure vie que celle qui les attend s’ils abandonnent l’école avant d’avoir un diplôme. C’est une généralité, chaque cas est particulier, mais disons que ça s’applique à la plupart des gens. L’éducation est donc au coeur de notre société, de notre économie, de notre avenir, collectif et individuel.
 
Depuis plusieurs mois, on a entendu beaucoup de choses sur la hausse des droits de scolarité, décrétée par le gouvernement du Québec. Le conflit qui en a découlé se poursuit toujours et l’on ne semble pas apercevoir à l’horizon un début d’entente entre les principales associations étudiantes et le gouvernement Charest. C’est l’impasse.
 
Et la question qui se pose encore aujourd’hui, c’est : que fait-on?
 
Plusieurs options sont sur la table, des options qui ont été présentées par différents acteurs :
 
1- Les étudiants reculent ou le gouvernement recule.
 
Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins et Léo Bureau-BlouinC’est l’option qui ne se produira probablement pas. Les étudiants et le gouvernement sont rendus trop loin pour reculer. Les sessions sont presque perdues, la session d’été aussi, plusieurs vont rater la possibilité d’avoir un emploi d’été. Il est, de toute évidence, trop tard pour reculer. Le gouvernement, pour sa part, ne veut pas perdre la face et maintient sa décision : la hausse des droits a été annoncée et sera maintenue.
 
Les étudiants sont revenus avec des propositions qui visent le gel des droits de scolarité et, à terme, la gratuité scolaire.
 
À RDI Économie mercredi soir, la chancelière de l’Université de Montréal Louise Roy disait ceci : « Il faut faire appel à la responsabilité des uns et des autres. On a une jeunesse qui s’est mobilisée. C’est l’aspect constructif. Des jeunes qu’on pensait absents et qui nous ont fait valoir leurs aspirations. […]
 
Aujourd’hui, on est dans une situation qui met en péril beaucoup de choses. Et je pense que c’est le temps que les leaders étudiants lancent un appel de retour. […] La proposition que le gouvernement a mise sur la table bonifie de façon très importante l’accessibilité. […] Je pense que les étudiants doivent réaliser qu’ils ont fait des gains importants, ne serait-ce que de nous alerter tous à ces enjeux-là. Ils ont mis également la question de la gestion des universités à l’agenda. Et j’accueille ça avec ouverture. »
 
2- On négocie.
 
Pour négocier, il faut mettre de l’eau dans son vin. Le gouvernement, comme les associations étudiantes, accepterait-il de reprendre la négociation même si publiquement chacun maintient sa position? Une fois la porte fermée, pourrait-on imaginer que chacun revoit ses positions et en arrive à une entente? Ça semble peu probable pour l’instant.
 
3- Nomination d’un médiateur.
 
Plusieurs sont de l’avis que nous en sommes à la médiation. C’est le cas notamment de l’économiste Ianik Marcil, qui demandait dans son blogue la semaine dernière au premier ministre de nommer « sans délai un médiateur pour régler le conflit avec les étudiants, afin d’apaiser les tensions qui en ont découlé depuis ».
 
Claude Castonguay lance un appel au clame dans le conflit étudiant.Claude Castonguay, à RDI Économie le 25 avril, a fait une proposition semblable : « Il faut qu’il se pose un geste qui va débloquer cette impasse qui dure depuis des semaines. Je crois que le premier ministre devrait nommer un médiateur. On s’accuse de part et d’autre. […] On retombe dans le même genre de dynamique qu’on a vécu depuis des semaines. Le premier ministre devrait nommer un médiateur accepté évidemment par les deux parties. »
 
La FECQ et la FEUQ sont ouvertes à la médiation. La CLASSE ne la propose pas, mais l’accepterait. Le premier ministre Charest n’en veut pas, affirmant qu’il n’a pas à sous-traiter ses responsabilités. Il faut savoir aussi que la médiation obligerait toutes les parties à accepter que le résultat ne soit peut-être pas fidèle à leur position actuellement très fixe.
 
4- Suspension de la hausse et forum sur l’éducation.
 
Pour calmer le jeu et espérer ramener tous les étudiants en classe, le gouvernement pourrait suspendre la hausse des droits de scolarité temporairement. Claude Castonguay est d’avis que ça ne brisera pas l’équilibre financier du Québec.
 
Un forum ou des états généraux sur l’éducation permettraient, par ailleurs, de discuter d’enjeux fondamentaux sur le sujet : le décrochage au secondaire, le niveau de fréquentation universitaire et le taux de diplomation au Québec.
 
Après notre entrevue de mercredi, Louise Roy me disait qu’elle serait tout à fait favorable à la tenue d’une telle discussion. Elle pourrait même la présider, qui sait!
 
5- Des élections.
 
Je serai court sur cette option, toute politique : le ministre des Finances Raymond Bachand a dit, en point de presse mercredi, que l’enjeu pourrait finalement se régler lors d’une élection générale d’ici un an.
 
Alors, qu’on soit pour ou contre la hausse des droits, que fait-on pour sortir de l’impasse?

Hausse de 82 % sur 7 ans : le calcul

vendredi 27 avril 2012 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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La nouvelle proposition du gouvernement Charest pour les étudiants prévoit une hausse des droits de scolarité sur 7 ans plutôt que sur 5 ans. La hausse, qui avait été annoncée, tenait compte d’un taux d’inflation de 2 % et se situait donc au total à 1625 $ sur 5 ans, à raison de 325 $ par année. Le nouveau calcul, s’établissant sur 7 ans, tient donc compte de l’inflation également, et totalise ainsi 1779 $. C’est 254 $ par année.
 
Voici donc le calcul :
 
– droits de scolarité aujourd’hui : 2168 $
– droits de scolarité après la hausse de 1625 $ : 3793 $
– indexation de l’année 6 : 3793 x 1,02 (2 % d’inflation) = 3869 $
– indexation de l’année 7 : 3869 x 1,02 (2 % d’inflation) = 3947 $
 
Donc, la hausse est de 1779 $ (3947 – 2168), soit 82 % sur 7 ans en prenant en compte un taux d’inflation à 2 %.
 
Sur 5 ans, la hausse prévue était de 75 %, soit :
– 2012 : +15 %
– 2013 : +13 %
– 2014 : +11,5 %
– 2015 : +10,3 %
– 2016 : +9,4 %
 
Sur 7 ans, la hausse prévue est de 82 %, soit :
– 2012 : +11,7 %
– 2013 : +10,5 %
– 2014 : +9,5 %
– 2015 : +8,7 %
– 2016 : +8,0 %
– 2017 : +7,4 %
– 2018 : +6,9 %
 
Voilà. Faites vos jeux. Bonne fin de semaine…

Quelle université voulons-nous?

mardi 10 avril 2012 à 11 h 12 | | Pour me joindre

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Après deux mois de grève dans de nombreux cégeps et universités du Québec, l’impact du mouvement de contestation sur les finances des étudiants, celles des universités, de l’État et de la société en général ne doit pas nous faire oublier l’enjeu fondamental qui émerge de cette longue grève : quel système d’éducation voulons-nous? Voulons-nous miser sur ce système qu’on a bâti ou le transformer en profondeur?

Le débat actuel dépasse maintenant l’enjeu des droits de scolarité. Deux visions s’affrontent : l’une s’appuie sur le principe de l’utilisateur-payeur. C’est la vision du gouvernement qui s’appliquera avec la hausse de 75 % des droits sur cinq ans, faisant passer la part du financement universitaire par les étudiants de 12 % à 17 % de l’enveloppe budgétaire. Cette vision s’exprime aussi par la bonification du programme de prêts étudiants, annoncée jeudi dernier, qui individualise le coût des études, qui responsabilise davantage l’individu qui choisit d’aller à l’université.

L’autre vision, c’est celle des associations étudiantes : le financement de l’éducation doit être public, collectif et massif. Bien que plusieurs sont convaincus que c’est la gratuité scolaire qu’on devrait annoncer au Québec pour aller au bout de cette logique, ils sont nombreux à croire maintenant que, dans le contexte actuel, il faut au moins protéger le minimum, soit le gel des droits.

Mais, à 2000 $ ou à 3500 $ par année de droits de scolarité, la réalité demeure la même. Une grande majorité de la population ne va pas à l’université et la situation ne s’améliore pas ou peu pour les classes les plus pauvres et les moins scolarisées. La question fondamentale est la suivante. Comment amener des jeunes de milieux sociaux démunis et peu scolarisés à entrer à l’université?

Il est normal qu’on veuille investir davantage dans nos universités. Mais, pourquoi? Et pour qui? Pour améliorer les fonds de recherche? Pour améliorer la compétitivité des universités et leur donner plus de moyens pour attirer les meilleurs candidats et les étudiants étrangers, qui paient des droits beaucoup plus élevés au Québec que les personnes nées ici?

Ces objectifs sont louables. Mais, qu’en est-il des jeunes issus des groupes sociaux les moins fortunés, qui forment la majorité des ménages québécois? Qu’en est-il des jeunes qui sont nés dans des familles où les parents n’ont jamais atteint l’université, soit la moitié des adultes au Québec? Que fait-on pour les amener à considérer l’université comme étant un chemin fréquentable? Ce n’est pas le seul, loin de là. Mais c’est une route qui doit sembler disponible, accessible, possible…

L’enjeu de base n’est pas que financier finalement. Il est aussi philosophique. Que doivent considérer les étudiants et leurs parents avant d’envisager une inscription à l’université? La première question qu’ils doivent se poser, est-ce : « Avons-nous les moyens financiers? » Ou encore : « Mon garçon, ma fille, as-tu les notes pour entrer à l’université? »

À court terme, les menaces financières qui planent vont probablement faire bouger les choses. Les étudiants pourraient perdre leur session et des revenus de travail, ce qui pourrait ralentir sérieusement le mouvement de grève. Les recteurs et les directions de cégep, de leur côté, voient leurs coûts augmenter sensiblement, ce qui pousse certains à faire pression sur le gouvernement pour un dénouement prochain. On verra ce qui va se passer.

Surtout, à moyen et à long terme, que restera-t-il du mouvement de protestation qu’on connaît présentement? Et quel signal enverra la hausse de 75 % en cinq ans? Nos universités seront-elles meilleures et plus compétitives? Surtout, l’accessibilité sera-t-elle plus grande?