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Le portrait déformé du chômage

Mercredi 14 mai 2014 à 12 h 04 | | Pour me joindre

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Les médias vous parlent souvent du taux de chômage. Pourtant, ça fait des années que les économistes nous disent que cet indicateur est incomplet et ne donne pas un portrait juste de l’état du marché du travail. La Banque du Canada vient de publier une analyse qui sera utile pour la suite des choses. Et ça vient confirmer notre désir à RDI économie de mettre en lumières davantage les tendances du marché du travail, sur 3 mois, 6 mois et 12 mois, et les indicateurs plus révélateurs comme le taux d’emploi ou le taux d’activité.

Explications.

Il s’est perdu 430 000 emplois au Canada durant la Grande Récession de 2007-2009. Depuis, le Canada a retrouvé plus d’un million d’emplois. Aux États-Unis, c’est 8,7 millions d’emplois qui ont été éliminés. Des économistes nous signalaient récemment que ce trou allait probablement et finalement être totalement comblé ce mois-ci.

Et le taux de chômage au Canada est passé de 5,9 % en février 2008 à 8,7 % en août 2009 pour revenir aujourd’hui à 6,9 %. Aux États-Unis, le taux de chômage (qui, par ailleurs, ne se calcule pas tout à fait de la même façon qu’au Canada) est passé de 4,4 % en mai 2007 à 10 % en octobre 2009 pour retomber aujourd’hui à 6,3 %.

À première vue, tout est rentré dans l’ordre… ou presque! Mais attention, dit la Banque du Canada, « la reprise des marchés du travail demeure incomplète ». À la lumière de sept autres indicateurs, des experts de la banque centrale en arrivent à des observations nuancées sur l’état du marché du travail. Derrière le reflet étincelant du taux de chômage, la Banque du Canada dit que se cachent des éléments importants d’informations, comme :

  • les proportions de personnes sans emploi depuis plus de six mois demeurent « inhabituellement élevées », ce qui s’appelle du « chômage de longue durée »;
  • beaucoup de gens qui travaillent à temps partiel voudraient travailler à temps plein, mais ils n’arrivent pas à améliorer leur sort, une forme de « sous-utilisation de la main-d’œuvre »;
  • la croissance des salaires ralentit : en 2007, elle était de 3,5 % au Canada et de 4 % aux États-Unis; en 2013, elle était de 2,1 % au Canada et de 2 % au sud de la frontière.

En ce moment, environ 20 % des personnes qui n’ont pas d’emploi sont des chômeurs de longue durée. Ce niveau était d’environ 10 % à la fin 2008, début 2009, au Canada. Il a pratiquement doublé et il se maintient à 20 % depuis. Aux États-Unis, on est passé d’environ 17 % à 45 %. Aujourd’hui, c’est 37 % des personnes sans emploi qui sont des chômeurs de longue durée.

Donc, derrière les belles données du chômage se révèle une détérioration profonde de l’état de santé du marché du travail. Qualité des emplois, accessibilité au marché et salaires sont en jeu. C’est sérieux.

Taux d’emploi, taux d’activité

Avec les changements démographiques en cours, il est de plus en plus intéressant et surtout pertinent de regarder de près le taux d’activité. Cet indicateur nous donne la proportion de gens qui travaillent ou qui cherchent un emploi par rapport à la population.

Ce taux était de 66,1 % en avril au Canada, le plus faible depuis 2001. Ce taux exprime clairement les pressions sociodémographiques dans l’économie. Au Québec, ce taux est plus faible et il baisse rapidement. Il était de 64,6 %.

Autre indicateur : le taux d’emploi. Il nous donne, selon Statistique Canada, le nombre de personnes occupées exprimé en pourcentage de la population de 15 ans et plus. Il était de 61,5 % au Canada en avril, de 59,7 % au Québec.

Ainsi, la Banque du Canada en arrive à la conclusion que le taux de chômage surestime légèrement l’amélioration du marché du travail au Canada et exagère « de façon marquée » l’amélioration de la situation aux États-Unis.

Marx, Piketty et le capital

Mercredi 7 mai 2014 à 16 h 55 | | Pour me joindre

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Thomas Piketty est un économiste français qui roule sa bosse depuis une vingtaine d’années dans les milieux universitaires. Docteur en économie, reconnu par ses pairs, excellent communicateur sur les enjeux socioéconomiques, le chercheur connaît aujourd’hui un succès inattendu avec la publication d’un livre sur les inégalités : Le Capital au XXIe siècle.

Son succès s’est d’abord affirmé chez lui, en France, l’an dernier, mais il s’est accéléré aux États-Unis dans les derniers mois. Son livre s’est retrouvé parmi les meilleurs vendeurs d’Amazon. Il est actuellement numéro 2 et se trouve dans les 100 premiers du palmarès depuis plus de 50 jours. C’est impressionnant puisque les propos de Thomas Piketty ne rejoignent pas nécessairement le courant économique dominant aux États-Unis. Thomas Piketty est de gauche, il est Français et il parle de hausse d’impôts!

L’économiste Éric Pineault, professeur à l’UQAM, lui-même de gauche, a lu le livre et juge qu’il est important pour deux grandes raisons. D’abord, Thomas Piketty reconstitue l’évolution des inégalités de revenus sur plusieurs siècles. Ce travail aide à mettre le contexte actuel en perspective.

Puis, il change le modèle d’analyse des inégalités en s’intéressant aux rapports de force dans l’économie entre travail et capital. Il montre que la rémunération du travail évolue en fonction de la croissance économique, tandis que le capital, lui, ne suit pas cette tendance. Son rendement n’est pas lié à la croissance économique. En temps de forte hausse du PIB, travail et capital peuvent progresser ensemble, mais en période de croissance plus faible, les inégalités semblent se nourrir d’un rendement du capital plus élevé que la croissance économique.

En fait, ce que Thomas Piketty démontre, nous dit Éric Pineault, c’est que l’accumulation de la richesse privée grandit en temps de croissance, au pire stagne en période de décroissance, alors que les états s’appauvrissent. Il n’y a pas de croissance du capital public, explique M. Piketty quand on regarde les données des grands pays industrialisés, dont le Canada, de 1970 à 2010.

L’économiste français dit que les richesses privées ont augmenté plus rapidement en pourcentage du PIB que n’a augmenté la dette publique depuis 20 à 30 ans. Et c’est de ça qu’il faut s’inquiéter selon lui, et non de l’endettement des pays qui a mené, ces dernières années, à des mesures d’austérité qui ont tué la croissance.

Dans une entrevue accordée à Europe 1, Thomas Piketty explique combien l’Europe s’est emprisonnée dans un modèle qui ne favorise pas la croissance. On ne peut pas avoir une monnaie unique et un territoire sans frontière, dit-il, sans avoir une harmonisation fiscale. L’Europe compte 18 systèmes fiscaux différents. C’est intenable. Si on veut taxer le patrimoine privé, il faut harmoniser les politiques fiscales européennes, explique l’auteur.

A-t-on raison de le comparer à Karl Marx, ai-je demandé à Éric Pineault? Non, me dit-il. Mais Thomas Piketty se place lui-même, en plusieurs endroits dans son livre, en dialogue avec Le Capital de Marx. Même s’il emprunte le titre du célèbre ouvrage, il n’est fondamentalement pas marxiste. Thomas Piketty légitime le rendement sur le capital. Il conçoit que le capital puisse être rémunéré.

Dans l’entrevue à Europe 1, il va plus loin : il faut un certain niveau d’inégalités pour assurer une croissance de l’économie. Mais, pas à l’extrême, précise-t-il. Un moment donné, ces inégalités deviennent nuisibles. C’est d’ailleurs ce que vient de constater l’OCDE en appelant en début de semaine à ce qu’on s’intéresse davantage à une forme de « croissance inclusive » plutôt qu’à la seule croissance de la production. Il faut mesurer et encourager la réduction des inégalités et investir en éducation pour lutter contre la pauvreté, dit un rapport publié lundi par l’OCDE.

L’économiste français mentionne aussi que l’inflation est un poison. C’est une forme de taxe sur les petits patrimoines, tandis que l’impôt sert à taxer davantage les gros patrimoines tout en protégeant les plus pauvres. Thomas Piketty rappelle que, de 1930 à 1980, le taux d’impôt aux États-Unis sur les revenus de plus de 1 million de dollars était de 82 % en moyenne. « Ça n’a pas tué le capitalisme américain », a-t-il déclaré. Avec une hausse du PIB de 4 ou 5 % par an, la montée des inégalités serait plus acceptable, selon lui. Mais pas à 1,5 %, la moyenne des dernières décennies.

M. Piketty fait face à des critiques. La plupart saluent son travail d’analyse, de récolte de données et d’explications. Certains, comme The Economist, sont d’avis que l’application des politiques proposées par l’économiste serait néfaste. Plus d’impôt réduirait les investissements à leur avis. « L’intérêt de M. Piketty à noyer les riches embrasse l’idéologie socialiste, écrit The Economist. Ça explique peut-être pourquoi Capital est un best-seller. Mais c’est un plan de match bien pauvre pour l’action. »

Sombres chiffres sur l’emploi

Vendredi 10 janvier 2014 à 15 h 19 | | Pour me joindre

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En lisant les commentaires politisés, pour ne pas dire partisans dans certains cas, de tout un chacun sur Twitter, j’ai le goût de vous offrir ici des chiffres, des faits, des données claires, précises, qui vous permettront de tirer vos propres conclusions sur l’état de l’économie du Québec, du Canada, des États-Unis. Voici donc les chiffres sur l’emploi de décembre et de 2013 de Statistique Canada…

Décembre : 

Canada : -45 900 emplois (taux de chômage de 7,2 %)

Québec : -10 200 emplois (taux de chômage de 7,7 %)

Ontario : -39 300 emplois (taux de chômage de 7,9 %)

2013 :

Canada : +102 000 emplois

+19 200 emplois temps plein

+82 800 emplois temps partiel

Québec : +2100 emplois

-43 800 emplois temps plein

+45 800 emplois temps partiel

Ontario : +24 000 emplois

+29 600 emplois temps plein

-5700 emplois temps partiel

Il s’est ajouté 24 300 personnes dans la colonne des « sans-emploi » au Canada en 2013.

Important : le gouvernement du Québec élabore sa communication sur l’emploi depuis plusieurs années sur le calcul effectué par l’Institut de la statistique du Québec. Ce calcul est le suivant : on fait la moyenne du nombre d’emplois dans l’économie par mois en 2013 et on fait la différence avec la moyenne du nombre d’emplois par mois dans l’économie en 2012. Résultat : il s’est ajouté 47 800 emplois dans l’économie du Québec en 2013 selon ce calcul de l’ISQ.

Statistique Canada et les économistes du secteur privé préfèrent calculer les emplois créés et perdus entre le 1er janvier et le 31 décembre 2013 et regarder l’écart entre décembre 2012 et décembre 2013.

Maintenant, si on s’intéresse aux tendances, voici un autre calcul, celui de Desjardins : la croissance mensuelle moyenne de l’emploi au Québec et en Ontario :

3 derniers mois :

Québec : +10 833

Ontario : -13 400

6 derniers mois :

Québec : +2017

Ontario : -1483

12 derniers mois :

Québec : +175

Ontario : +2000

Pendant ce temps, aux États-Unis, la création d’emplois a été limitée à 74 000 en décembre. C’est largement sous les attentes. Cela dit, le temps froid a probablement perturbé le marché du travail et les heures travaillées selon les économistes, qui s’attendent à un rebond en 2014. Il s’est ajouté 2,186 millions d’emplois chez nos voisins du sud l’an dernier.

Le taux de chômage américain est tombé à 6,7 %. C’est plus faible qu’au Canada. Mais, si le Canada utilisait la même méthodologie que les Américains, notre taux de chômage affiché serait de seulement 5,8 %.

Analyse : Le Canada, le Québec et l’Ontario viennent de connaître une année décevante au chapitre de l’emploi. La croissance économique est faible, mais les économistes s’attendent à un rebond en 2014. Ces chiffres sont le reflet d’une économie qui a besoin d’un nouveau souffle. Le Canada présente des perspectives de croissance moins forte qu’aux États-Unis, ce qui fait chuter le dollar canadien. Mais, ce recul du dollar, sous la barre des 91 ¢US aujourd’hui, pourrait justement aider les manufacturiers exportateurs à rebondir en 2014.

Fait à noter : la Laurentienne nous fait remarquer que la cohorte des plus jeunes participant au marché du travail québécois  est devenue inférieure à celle des baby-boomers, c’est fait. Nécessairement, le bassin de main-d’oeuvre disponible est appelé à diminuer à moyen terme.

Alors, qu’en pensez-vous?

La Banque du Canada devrait-elle songer à réduire son taux directeur à la lumière de ces données?

Le Québec va-t-il retrouver le chemin de l’emploi en 2014 après une année décevante?

Le blocage politique à Washington est à la fois fascinant et déconcertant, vu d’ici. Comment les Américains peuvent-ils se compliquer la vie ainsi, mettant toute une économie à risque de replonger dans l’enfer, alors qu’on peine encore à émerger de la crise de 2008?

Au Canada, si le budget du ministre des Finances est rejeté en Chambre, le gouvernement tombe, le premier ministre se rend chez le gouverneur général, une coalition d’autres partis prend le pouvoir ou on déclenche, comme c’est usuellement le cas, des élections. Pendant ce temps, et même si le budget a été renversé, le financement des activités normales du gouvernement se poursuit tout de même.

Au Canada, si une mesure budgétaire est annoncée et doit entrer en vigueur le lendemain de l’annonce, même si le budget n’est pas encore adopté, le nouveau programme est tout de même disponible pour les contribuables. C’est le cas de la mesure ÉcoRénov, que vient d’annoncer le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau. Ce programme n’a pas reçu encore l’aval législatif à Québec, mais il est tout de même déjà disponible.

Le président Obama entouré du président de la Chambre des représentants, John Boehner, et de la leader de la minorité à la Chambre, la démocrate Nancy Pelosi.Il y a des différences fondamentales entre le système britannique canadien et le système républicain présidentiel des États-Unis. Chez nous, il y a une chambre qui vote les lois et une autre qui les sanctionne. Les députés de la Chambre des communes sont élus, les membres du Sénat sont nommés par le gouvernement. Aux États-Unis, les membres des deux chambres sont élus et les deux entités doivent donner leur appui législatif, avec la sanction du président.

Ces différences établies brièvement, il est consternant de constater le niveau de pouvoir des élus américains sur le fonctionnement normal de l’État et de l’économie. Parce que le Tea Party veut profiter de l’occasion qui se présente pour pousser le président Obama et les démocrates à adopter des mesures draconiennes de réduction des dépenses, et parce que le président Obama a décidé d’en découdre avec la ligne dure des républicains, et parce que nous sommes en présence d’un affrontement politique à 100 % influencé par les élections de mi-mandat l’automne prochain, il y a 800 000 fonctionnaires en chômage technique et une économie qui pourrait plonger en récession si un défaut de paiement est déclaré d’ici la fin du mois.

Vraiment, les États-Unis font-ils bien fonctionner leur démocratie?

Impôts, taxes et… tendance!

Lundi 26 août 2013 à 15 h 09 | | Pour me joindre

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Il n’est pas exact de dire que l’option d’augmenter les taxes à la consommation plutôt que les impôts est la tendance en ce moment. Le contraire n’est pas plus vrai! Si le chef du PLQ Philippe Couillard a le projet d’augmenter la taxe à la consommation et de baisser les impôts, il serait préférable pour lui de trouver de nouveaux arguments.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ)Une petite tournée des derniers budgets dans les provinces canadiennes est utile : des hausses d’impôts ont été annoncées au Québec, en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick. Le Manitoba a prévu augmenter sa taxe à la consommation, alors que la Nouvelle-Écosse est en train de la baisser. L’Île-du-Prince-Édouard vient d’introduire une taxe à la consommation.

Par ailleurs, depuis cinq ans, dans la foulée de la crise financière et de la hausse importante de la dette des pays, plusieurs gouvernements ont opté pour des hausses d’impôts visant surtout les mieux nantis. Parmi les pays du G20, la France, l’Inde et les États-Unis sont au nombre des pays qui ont annoncé des hausses d’impôts pour les mieux nantis. Le Mexique songe aussi à augmenter les impôts des plus riches. Plusieurs provinces de l’Argentine augmentent également les impôts. Mais le Japon étudie plutôt la possibilité d’augmenter sa taxe de vente.  Et l’Italie a baissé les impôts pour les plus démunis et prévoit maintenant une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée.

Cela dit, au-delà de la taxe à la consommation ou des taux d’imposition, toutes les juridictions imposent des frais, des tarifs et de nombreuses taxes qui ciblent des biens en particulier : taxe sur l’essence, taxe carbone ou écologique, taxe sur les produits électroniques, tarifs d’électricité, péages, tarifs de stationnement, taxe sur le gain en capital, taxe douanière, frais divers pour obtenir des permis, taxe sur les cigarettes. La liste est longue.

Plusieurs pays du G20 préfèrent cibler leurs interventions sur ces postes budgétaires. C’est le cas du Brésil et de l’Afrique du Sud. C’est le cas aussi en Turquie et en Australie, où on a décidé d’augmenter les taxes sur le tabac. En Allemagne, les taxes et les impôts sont également au cœur des élections parlementaires prévues à la fin du mois de septembre. Les sociaux-démocrates proposent une hausse du taux d’imposition le plus élevé de 42 à 49 %.

Peu importe qui est au pouvoir, l’État a besoin de revenus. Le point de vue idéologique de l’administration en place et la conjoncture économique vont orienter les mesures prises pour taxer les citoyens et le niveau des charges fiscales. Mais ne soyons pas dupes : si on vous promet une baisse d’impôt ou de taxe, il y a une autre taxe, un tarif, un frais, ou plusieurs d’entre eux qui vont augmenter. Ou un service qui sera réduit. Elle est là, la tendance!

Le gouvernement de Stephen Harper ne cesse d’amoindrir les attentes quant à l’annonce possible d’un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne la semaine prochaine au sommet du G8 en Irlande du Nord. Le premier ministre a déclaré à Londres, mercredi, qu’il n’est pas question pour lui de s’enfermer dans un calendrier artificiel. Même ton au bureau du ministre du Commerce international Ed Fast, la semaine dernière : il n’y a pas de date-butoir, on négocie et ça progresse. Et c’est tout.

Le haut-commissaire auprès du Royaume-Uni Gordon Campbell accueille Stephen Harper à l’aéroport Luton, en Angleterre. Photo : PC/Adrian Wyld

Pourtant, il y a bel et bien urgence pour le gouvernement canadien. Le premier ministre de Grande-Bretagne, David Cameron, a son discours tout prêt en poche pour annoncer au sommet du G8 le lancement officiel des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis.  Et dans ce contexte, déjà, les Européens réévaluent leurs options étant donné leur désir et vif intérêt à conclure un accord de libre-échange avec les États-Unis.

La seule chose qui semble remettre en question une annonce de David Cameron la semaine prochaine serait un blocage du gouvernement français, qui exige que la notion de l’exception culturelle soit déjà en place et adoptée avant même d’entamer des discussions. La culture n’est pas une marchandise pour la France (et pour le Québec aussi, d’ailleurs) et ne doit pas faire partie des négociations. Cet aspect est crucial et pourrait retarder l’annonce du début des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis.

Mais, sinon, on est sur la ligne de départ. Et plus on s’approche de ces négociations États-Unis / Europe, plus on semble s’éloigner d’un accord Canada / Europe. L’opposition officielle à Ottawa craint même que, pour sauver la face et arriver rapidement à un accord, le gouvernement Harper soit prêt à céder sur certains principes et conclure une entente bâclée.

L’ex-premier ministre du Québec Jean Charest nous vendait encore cette entente le 3 juin dernier à RDI économie, comme s’il craignait qu’elle ne soit pas signée. Et voilà qu’à Ottawa, on fait tout pour minimiser les attentes sur la conclusion rapide de l’accord.

Une question très sérieuse se pose aujourd’hui : les Européens ont-ils encore un intérêt pour un accord de libre-échange avec le Canada?

Emplois au Québec : du contexte

Vendredi 10 mai 2013 à 16 h 37 | | Pour me joindre

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En économie, il faut souvent se décoller le nez de la fenêtre, prendre un ou deux pas de recul pour mieux comprendre ce qui se passe. Il faut du contexte. Des économistes comme Pierre Fortin ou François Delorme, Bernard Élie, Luc Godbout et j’en passe viennent régulièrement à RDI économie pour nous aider à mettre un peu de lumière sur les enjeux.

Pour notre émission spéciale du 20 mai, jour de la fête des Patriotes, de Dollard et de la Reine, nous allons vous présenter une entrevue avec l’économiste Pierre Fortin, observateur de la scène économique québécoise depuis cinq décennies. Nous sommes allés chez lui ce matin pour réaliser cette entrevue qui, je pense, va beaucoup vous intéresser.

Il m’a donné un graphique pour vous, que je reproduis ici :

Alors que le Québec voit son taux de chômage augmenter depuis le début de l’année, il est passé de 7,1 à 7,8 %, le taux d’emploi du Québec demeure encore plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart qui s’était resserré avec l’Ontario ne s’est que très légèrement agrandi. Le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15 ans et plus.

Ainsi, selon Statistique Canada, le taux d’emploi en Ontario était de 61,2 en janvier. Il est à 61,3 en avril. Au Québec, il était à 60,7 en janvier. Il est à 60,2 aujourd’hui. On a raison de dire que le bilan québécois est moins bon que celui de l’Ontario dans les derniers mois. Mais il faudra attendre encore pour établir des tendances lourdes et évaluer si le Québec est en train de recommencer à prendre du retard sur l’Ontario.

Il s’est ajouté 44 000 emplois au Québec en avril 2013 par rapport à avril 2012. En Ontario, c’est un ajout de 71 000. La croissance économique est faible dans les deux provinces. Comme l’expliquent les économistes de Desjardins, « il faut reconnaître que depuis janvier, le bilan du marché du travail est plutôt terne. Il est vrai que sur le plan des données économiques, c’est un début d’année hésitant qui caractérise le continent nord-américain. Avril ne présente pas de surprise. […] D’ici l’été, le marché du travail devrait afficher un meilleur score que les quatre premiers mois de l’année qui se sont soldés négativement. »

Il ne faut pas amoindrir le message que nous envoient les statistiques. Comme le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty l’exprimait hier à Londres, il est à souhaiter que les pays occidentaux vont orienter leurs politiques et leurs priorités vers la croissance et l’emploi. Nous sommes largement dépendants de la croissance mondiale, surtout américaine.

 

C’est donc Krugman qui avait raison?

Vendredi 26 avril 2013 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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« Paul Krugman a gagné » annonçait sur son blogue mercredi l’ancien analyste financier de la CIBC et de Merrill Lynch, Henry Blodget, dont la carrière s’est écroulée avec l’éclatement de la bulle techno au début des années 2000. Il anime aujourd’hui The Daily Ticker sur Yahoo et dirige The Business Insider. Mais, c’est une autre histoire.

Concentrons-nous sur Paul Krugman. Il a gagné quoi au juste?

Selon le blogueur, et selon plusieurs observateurs, cinq ans après le début de la crise, force est de constater que les tenants de l’austérité avaient tort. La crise européenne ne cesse de prendre de l’ampleur, tandis que plusieurs pays endettés ont été obligés d’imposer de sévères mesures d’austérité, qui ont réduit considérablement le niveau de vie des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, notamment. L’austérité n’a rien réglé.

Ajoutons à cela les États-Unis avec un endettement qui dépasse les 100 % du PIB, mais qui ont du mal à générer des revenus nouveaux et durables au moment où la reprise est extrêmement timide. Paul Krugman a toujours dénoncé les coupes budgétaires américaines. Il affirmait qu’il fallait continuer à stimuler l’économie pour assurer une reprise durable, des revenus supplémentaires et à une réduction de la dette à long terme.

« Il est rare que des débats économiques se terminent par un K.-O. technique, écrit le chroniqueur Paul Krugman dans le New York Times ce matin. Mais le grand débat des dernières années entre les keynésiens, qui militent en faveur de dépenses gouvernementales durables et en croissance durant les temps de dépression, et les pro-austérité, qui exigent des réductions de dépenses immédiates, s’achève, du moins dans le monde des idées.

« En ce moment, poursuit Krugman, la position de ceux qui favorisent l’austérité a implosé. Non seulement leurs prédictions touchant le monde réel ont complètement échoué, mais la recherche scolaire sur laquelle ils appuyaient leur position était finalement truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques discutables. »

Le chroniqueur fait référence aux économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, qui ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Un pays qui arrive à un niveau d’endettement représentant 90 % de son PIB ne voit pas sa croissance baisser de 0,1 %, comme ils l’affirmaient, mais croître plutôt de 2,2 % en moyenne. L’étude des deux économistes avait largement été citée par les pays occidentaux pour justifier les mesures d’austérité. Les experts qui ont découvert l’erreur dans le tableau Excel de Rogoff et Reinhart s’entendent tout de même avec eux pour dire qu’un endettement grandissant à long terme n’est pas soutenable pour les finances publiques.

Il faut ajouter qu’en début d’année, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait à titre personnel, de concert avec un autre économiste du FMI Daniel Leigh, que les experts avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance. Leur déclaration a fait grand bruit.

Pourquoi tant d’austérité alors? Pourquoi ce discours est-il encore très présent malgré un affaiblissement de sa domination dans les derniers mois?

Paul Krugman affirme qu’une « partie de la réponse repose certainement sur le désir très répandu de considérer les questions économiques comme un jeu moral, comme une histoire d’excès et de conséquences. Nous visons au-dessus de nos moyens, l’histoire se répète, et maintenant nous payons le prix inévitable ».

Selon lui, on peut expliquer longtemps que des dépenses supplémentaires vont réduire le chômage, « on s’en fout, bien des gens ont la profonde impression que nous vivons dans le péché et que la rédemption viendra de la souffrance ».

Voilà où nous en sommes. Depuis 2010, on annonce année après année une reprise durable de l’économie américaine et de l’économie mondiale. Nous sommes en 2013 et les prochains mois seront encore décevants selon les prévisionnistes. Mais, encore là, il y a de l’espoir parce que les signaux sont encourageants aux États-Unis.

Que faire? Les autorités politiques et économiques doivent encore se poser la question aujourd’hui et continuer de tirer des leçons de ce qui est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a, dans les pays développés, 26 millions de jeunes de 15 à 24 ans qui sont au chômage ou qui ne sont pas à l’école selon The Economist. C’est inquiétant. Comment réagir? Compte tenu des espoirs de reprise, doit-on poursuivre sur la voie de l’austérité ou stimuler l’économie pour asseoir cette reprise?

Déficits et dettes : les chiffres

Mardi 16 avril 2013 à 17 h 05 | | Pour me joindre

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Amateurs de chiffres, bonsoir!

Voici les prévisions du FMI en matière de déficit budgétaire et de dette publique pour plusieurs États du monde pour 2013.

Pour consultations et discussions!

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Déficit budgétaire (en pourcentage du PIB)

Japon : 9,8
Inde : 8,3
Irlande : 7,5
Royaume-Uni : 7,0
Espagne : 6,6
États-Unis : 6,5
Portugal : 5,5
Grèce : 4,6
France : 3,7
Canada : 2,8
Italie : 2,6
Chine : 2,1
Brésil : 1,2
Allemagne : 0,3
Russie : 0,3

Dette publique (en pourcentage du PIB)

Japon : 245,4
Grèce : 179,5
Italie : 130,6
Portugal : 122,3
Irlande : 122,0
États-Unis : 108,1
Royaume-Uni : 93,6
France : 92,7
Espagne : 91,8
Canada : 87,0
Allemagne : 80,4
Brésil : 67,2
Inde : 66,4
Chine : 21,3
Russie : 10,4

Ce qui a déjoué l’Alberta…

Vendredi 8 mars 2013 à 15 h 37 | | Pour me joindre

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Si l’Alberta voit ses revenus de ressources chuter autant ces jours-ci, c’est parce que l’essor pétrolier et gazier des États-Unis est tout simplement spectaculaire. Dans son budget présenté hier pour l’exercice 2013-2014, le gouvernement Redford à Edmonton indique que les revenus pétroliers seront de 6,2 milliards de dollars moins élevés qu’attendu en 2013-2014. Pourquoi?

Pétrole de schisteUne bonne partie de la réponse se trouve dans un rapport du Service de recherche du Congrès américain, publié il y a une semaine.  On apprend ainsi que la production totale américaine de pétrole a atteint 6 208 200 barils par jour en 2012, une hausse de 11,6 % par rapport à l’année précédente, de 24,1 % par rapport au niveau de 2008.

On apprend aussi que la production de gaz naturel a totalisé 23,966 milliards de pieds cubes en 2012, une hausse de 1,6 % comparativement à 2011, de 20,1 % par rapport à 2007.

Dans les deux cas, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une hausse de la production au cours des prochaines décennies. Plusieurs observateurs s’attendent à ce que les États-Unis atteignent l’indépendance énergétique dans une ou deux décennies.

Ainsi, la demande américaine pour le pétrole albertain est de moins en moins forte, ce qui fait pression sur le prix de vente du bitume albertain. Le prix international du pétrole, le BRENT, est à plus de 110 $. Le prix américain du WTI est à 90 $. Et celui de l’Alberta se situe entre 60 et 70 $ en ce moment.

Il y a aussi l’exploitation massive des gaz de schiste aux États-Unis qui a provoqué une hausse importante de la production de gaz naturel, ce qui a fait pression à la baisse sur les prix.

Alors, les prévisions albertaines ne tiennent plus la route. Et la province, qui comptait sur ces revenus pour éponger la hausse de ses dépenses, provoquée notamment par une croissance démographique majeure,  doit refaire ses devoirs.

Edmonton refuse d’utiliser l’espace fiscal disponible : pas de taxe de vente, pas de hausse d’impôts. Le gouvernement coupe donc dans les dépenses, emprunte sur le marché et s’endette pour financer ses projets. Et il espère que ses projets d’oléoducs (vers le sud, vers l’ouest et vers l’est) seront bientôt approuvés.