Billets classés sous « équilibre budgétaire »

Déficit de 25 milliards à Ottawa?

Jeudi 14 janvier 2016 à 12 h 21 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Je ne vous dis pas dans quelles circonvolutions nous serions enfoncés, si on avait élu le 19 octobre dernier les conservateurs ou les néo-démocrates avec leur promesse d’atteindre un déficit 0 dès le premier budget. Nous ne sommes pas dans ce psychodrame qui nécessiterait des compressions majeures, parce que les Canadiens ont élu majoritairement un parti et son chef qui ont promis en campagne des déficits budgétaires pendant trois ans pour stimuler l’économie.

Le gouvernement de Justin Trudeau possède donc une grande marge de manoeuvre sur le plan des finances publiques pour deux raisons :

  1.  Le PLC a gagné son élection en expliquant clairement qu’il y aurait des déficits;
  2.  La santé financière du Canada permet au gouvernement Trudeau d’investir massivement pour soutenir l’économie et enregistrer ainsi des déficits.

gigg
C’est dans ce contexte que des économistes, notamment Clément Gignac de l’Industrielle Alliance, ont proposé au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, mercredi après-midi à Toronto, d’évaluer la possibilité de présenter un budget stimulateur de l’économie qui nécessiterait ainsi un déficit de 25 milliards de dollars pour 2016-2017. Un déficit de 15 milliards de plus que prévu dans la plateforme du Parti libéral du Canada durant la campagne électorale.

Comme l’expliquait Clément Gignac à RDI économie mercredi soir, l’état de l’économie nous amène déjà à 10 milliards de déficits, avant même l’entrée en vigueur des nouvelles politiques gouvernementales. En additionnant les mesures promises et un programme de stimulation de l’économie, l’ancien ministre québécois suggère donc au ministre d’aller jusqu’à 25 milliards de dollars de déficit. La situation est grave dit-il. Il faut agir avec conviction, selon lui.

Bien sûr que le gouvernement Trudeau doit viser l’équilibre budgétaire. Mais est-ce possible d’atteindre le déficit 0 avec la chute du pétrole en cours et la glissade interminable du dollar canadien? Sans compressions majeures, la réponse est non.

Est-il possible alors d’imaginer que le Canada puisse éviter une récession, ou à tout le moins une stagnation économique comme l’évoquent plusieurs économistes, sans investissements supplémentaires de la part de l’État? Encore là, on doit répondre non. Le secteur privé, en temps de turbulences et d’incertitudes, ralentit ses investissements. L’inaction de l’État contribuerait davantage à un ralentissement de l’économie qu’à une tentative de relance.

Maintenant, à 25 milliards de dollars, le déficit du gouvernement du Canada représenterait-il un alourdissement de la dette du pays? Pas certain. D’abord, un tel déficit, c’est environ 1,3 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui est plus faible que la grande majorité des pays de l’OCDE, sauf peut-être l’Allemagne, qui fait mieux.

Ensuite, un déficit de 25 milliards ne viendrait pas nécessairement alourdir la dette du Canada par rapport à son PIB, la mesure qui sert de référence pour évaluer la santé financière d’un pays. Malgré des déficits de 10 milliards de dollars par année, le gouvernement Trudeau prévoyait une réduction de la dette de 30 à 28 % de son PIB en 2018-2019, même à 27 % l’année suivante.

Avec les taux d’intérêt qui sont faibles et la note de crédit parfaite du Canada, le gouvernement Trudeau pourrait annoncer un tel déficit sans vraiment endommager sa situation financière.

Cela dit, l’équation n’est pas simple à résoudre. Dans un contexte où le gouvernement ne contrôle pas les prix du pétrole et l’évolution du dollar canadien, dans une économie qui dépend trop des ressources et dont le marché immobilier est globalement surévalué et dans une économie mondiale qui ralentit, des déficits plus grands à Ottawa auront-ils les effets escomptés sur l’économie canadienne? Le gouvernement risque-t-il de s’enliser dans les déficits, ce qui l’obligerait à remonter des taxes et des impôts pour arriver à l’équilibre en 2019-2020?

Donc, se pourrait-il que le gouvernement soit obligé de remettre à plus tard son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2019-2020, d’autant que les économistes nous rappellent ces jours-ci que la probabilité d’une récession aux États-Unis d’ici 2020 est de plus en plus grande?

On sait que le Québec et l’Ontario tiendront leur prochain scrutin électoral à trois jours d’intervalle en octobre 2018, et voilà que les deux provinces décident de faire le point sur leurs finances publiques le même jour. L’Ontario a dévoilé sa mise à jour économique à 14 h (HNE) et le Québec, à 15 h. Il est clair que les premiers ministres Philippe Couillard et Kathleen Wynne s’entendent bien, partagent plusieurs convictions mutuelles. Mais, sur le plan budgétaire, l’écart entre le Québec et l’Ontario est franchement important.

Nous avons souvent dit que le Québec était en retard sur l’Ontario, notamment en ce qui a trait à son niveau de vie. C’est peut-être encore vrai aujourd’hui en regard du PIB par habitant. Mais depuis la récession de 2009, le Québec se trouve dans une situation largement plus enviable que l’Ontario sur le plan des finances publiques.

Le Québec a été moins touché par la récession que l’Ontario et a décidé d’adopter une approche plus austère en réduisant la croissance de ses dépenses. Le gouvernement Marois l’a fait en 2012-2013, le gouvernement Couillard l’a aussi fait en 2014-2015 et poursuit sur cette lancée cette année.

Les derniers chiffres dévoilés aujourd’hui le confirment.

D’ailleurs, on vous l’annonce : le Québec est déjà en surplus. Les comptes publics du ministère des Finances ont confirmé un surplus avant versement au Fonds des générations de 136 millions de dollars pour l’exercice 2014-2015 qui s’est terminé le 31 mars dernier. Pour la première fois depuis 2007-2008, le gouvernement du Québec affiche un surplus.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, dans sa mise à jour économique, a confirmé que l’ère des surplus va se poursuivre. Son gouvernement prévoit un excédent de 1,5 milliard de dollars en 2015-2016 et de 2,2  milliards en 2016-2017. Ces projections sont légèrement plus faibles que dans le budget présenté le printemps dernier, en raison d’une croissance économique plus faible que prévu.

Pendant ce temps, en Ontario, le gouvernement Wynne vise 2017-2018 pour revenir à l’équilibre budgétaire, soit trois ans plus tard que le Québec. En 2014-2015, Queen’s Park a enregistré un déficit de 10,3 milliards de dollars. En 2015-2016, on prévoit dans la mise à jour économique un déficit de 7,5 milliards de dollars, ce qui est mieux que prévu en raison de la vente d’actions d’Hydro One. En 2016-2017, le déficit devrait baisser à 4,5 milliards.

Cela dit, le Québec a une dette plus élevée que l’Ontario. La dette nette du Québec est à plus de 51 % du PIB, alors que l’Ontario est à 39 %. Mais le retour à l’équilibre du Québec représente un plan qu’apprécient les agences et qui permet au Québec de maintenir sa cote de crédit. Les difficultés de l’Ontario à juguler son déficit inquiètent en retour ces mêmes agences.

La note de crédit de l’Ontario a été abaissée et pourrait l’être encore par l’agence Moody’s, qui accole une perspective négative à la note de Aa2 de l’Ontario. Les notes de crédits du Québec et de l’Ontario sont aujourd’hui, essentiellement, les mêmes. Et l’Ontario est aujourd’hui bénéficiaire de la péréquation, comme le Québec.

Pour atteindre l’équilibre donc, le Québec a choisi d’imposer des mesures d’austérité, soit des compressions dans tous les secteurs, des réductions de dépenses dans la plupart des missions. Le gouvernement est tellement chiche qu’on constate même dans les comptes publics qu’il a dépensé 1 milliard de dollars de moins que prévu dans le budget 2014-2015. Pendant ce temps, les groupes sociaux et les syndicats manifestent leur désaccord avec des marches dans les rues et des jours de grève.

Je vous disais en début de texte que, sur le plan budgétaire, l’Ontario et le Québec s’étaient éloignés dans les dernières années. Mais on peut penser que la première ministre Wynne est tentée de s’inspirer de ce que fait le Québec. La croissance des dépenses prévue est de 2,4 % cette année, de 0,8 % l’an prochain et de 0,2 % ensuite.

En fait, l’Ontario s’aventure dans l’austérité pendant que le Québec va probablement commencer à s’en extirper à l’approche des élections de 2018. N’oubliez pas que le gouvernement Couillard a promis des baisses d’impôt. Il est en train de se donner la marge de manoeuvre nécessaire pour y arriver, coûte que coûte.

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux

Depuis les années Bouchard qui ont mené au déficit zéro, rarement a-t-on vu un tel niveau d’austérité au Québec. Mois après mois, la croissance des dépenses frôle le zéro. On parle en fait de réduction des dépenses, si on tient compte de l’inflation.

La pression est forte pour que le président du Conseil du Trésor atténue les mesures d’austérité. Or, Martin Coiteux semble se nourrir de cette pression pour resserrer toujours un peu plus les goussets de la bourse.

Les chiffres de Finances Québec sont clairs : les dépenses n’augmentent pas, alors que les revenus sont en forte progression malgré une faible croissance de l’économie. Québec ne se dirige pas vers l’équilibre budgétaire, mais plutôt vers de substantiels surplus au rythme où vont les choses. Objectif : dégager des marges de manoeuvre pour baisser les impôts.

C’est important de le rappeler : le gouvernement Couillard le dit haut et fort. Le but de ces mesures d’austérité, c’est de baisser vos impôts. Les offres de 0 et de 1 % d’augmentation pour les travailleurs de la fonction publique, les réductions en éducation, en environnement, dans les soutiens sociaux ont pour objectif de créer des surplus et de baisser les impôts.

En août, les dépenses de programmes ont plongé de 3,2 % au Québec, alors que les revenus autonomes ont grimpé de 1,4 %.

Depuis le début de l’exercice 2015-2016, sur cinq mois, on constate une hausse des dépenses de programmes de 0,3 %, alors que les revenus autonomes ont grimpé de 4,5 %.

Québec a dégagé un surplus de 1,3 milliard de dollars en août, de 1,5 milliard sur cinq mois en route vers son objectif de 1,6 milliard pour l’ensemble de l’exercice avant versement au Fonds des générations.

Bien sûr, ce sont des données partielles. Mais le rythme dans la croissance des dépenses est celui qu’annonce le gouvernement depuis son élection. En tenant compte de la baisse des coûts d’intérêt, les dépenses de l’État depuis le début de l’exercice baissent de 0,1 %. Avec l’inflation d’environ 1 %, la réduction des dépenses réelles est de plus de 1 %. C’est important.

Nous sommes d’accord ou ne sommes pas d’accord avec les objectifs du gouvernement. C’est à vous de décider. Mais compte tenu du débat public vigoureux qui est en cours sur la question des finances publiques, il faut nommer correctement les choses :

  • le gouvernement du Québec réduit ses dépenses dans toutes ses missions, sauf la santé et les services sociaux, où la hausse des dépenses est tout de même plus faible que par le passé;
  • ses revenus progressent rapidement grâce à de plus importantes rentrées d’impôts des sociétés;
  • l’État semble en voie de dégager des surplus importants dans le but de réduire les impôts des Québécois.

Voilà.

Le ministre canadien des Finances, Joe Oliver, présente un budget équilibré, qui comprend des mesures pour séduire les citoyens à quelques mois des élections. Voici les faits saillants de ce premier budget du ministre Oliver :

 

Budget du Québec 2015

Jeudi 26 mars 2015 à 18 h 55 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, annonce le retour au déficit zéro dans le deuxième budget du gouvernement Couillard. Voici donc les faits saillants :

 

Pour voir la vidéo sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Chers fidèles de ce blogue, et à tous les nouveaux qui se joignent à la discussion toutes les semaines, je vous souhaite une belle année 2015, de la santé et du bonheur. Je vous remercie de participer si activement et avec autant d’engagements à ce blogue depuis 2006. C’est grâce à vous que je continue à alimenter ce blogue. C’est grâce à vos idées, vos questions, vos commentaires, votre présence. Tout simplement, merci!

Les derniers jours ont été durs et pénibles avec l’attentat de mercredi dernier à Paris et les prises d’otage vendredi. Dans quel monde sommes-nous entrés? Qu’est-il en train de se passer? Comment combattre le terrorisme, comment déjouer les attaques tout en agissant sur les causes fondamentales du terrorisme? Comment vivre normalement après cette attaque à la liberté, à la liberté d’expression, au cœur de la république et de la démocratie?

Comme vous, je réfléchis, je lis, je discute avec des proches de ce qui s’est passé. Bien malins ceux qui croient avoir les réponses à toutes les questions. Mais les autorités politiques, qui se disent aujourd’hui unies pour faire face à la menace terroriste, devront aller jusqu’au bout de cette affirmation de solidarité et adopter les mesures adéquates pour assurer la sécurité de leurs concitoyens. Elles devront aussi et surtout agir à long terme en misant sur l’éducation et la réduction des inégalités économiques.

***

L’année 2014 a été marquée par la chute du pétrole. On verra l’impact sur l’économie réelle de cet effondrement des prix cette année. C’est, pour l’instant, l’enjeu économique prépondérant, qu’on va suivre de près sur ce blogue et à RDI économie.

Par ailleurs, au pays, on va continuer de s’intéresser à la question de finances publiques. La majorité des provinces sont toujours en déficit, mais l’exercice 2015-2016 va marquer le retour – officiel – à l’équilibre budgétaire au Canada et au Québec. À Ottawa, des baisses d’impôt sont à l’ordre du jour, mais la chute des cours du pétrole pourrait venir contrecarrer les projets du gouvernement Harper.

À Québec, pendant ce temps, le gouvernement Couillard continuera d’appliquer des mesures d’austérité pour réduire ses dépenses tout en continuant d’investir dans les infrastructures. On en parlait le 19 décembre dernier, le gouvernement affiche déjà un surplus budgétaire pour les six premiers mois de l’exercice 2014-2015 en raison d’un contrôle serré des dépenses.

Cela dit, il y a une chose dont on a peu parlé et qui mérite toute notre attention. L’économiste Pierre Fortin nous l’expliquait le 21 novembre dernier à RDI économie : même si le gouvernement continue d’investir dans ses infrastructures, il faut noter que ces investissements seront sérieusement réduits dans les prochaines années.

Les dépenses en immobilisations vont représenter cette année 3,1 % du PIB, mais vont tomber à 2 % d’ici deux ans. Les sommes prévues pour les infrastructures vont passer de 11,5 milliards de dollars cette année à 8,5 milliards dans 2 ans, une baisse rapide de 3 milliards. C’est près de 1 % du PIB du Québec. Et c’est donc une baisse considérable d’investissements publics qui pourrait nuire à la croissance économique du Québec, déjà affaiblie par le vieillissement de la population.

www.finances.gouv.qc.cadocumentsAutresfrAUTFR_lepointAut2014.pdf - Google Chrome

source : Finances Québec

Le Québec veut, certes, ralentir son endettement pour réduire les intérêts à payer sur sa dette. Le gouvernement va le faire en revenant à l’équilibre budgétaire, le déficit représentant environ le quart de l’endettement supplémentaire dans une année. Mais le gouvernement Couillard veut le faire aussi réduisant ses investissements en immobilisations, qui représentent les deux tiers de l’endettement nouveau chaque année.

Le Québec a perdu 15 800 emplois en 2014, du 1er janvier au 31 décembre. La perte est de 2300 en comparant la moyenne mensuelle d’une année sur l’autre. Ce résultat est très décevant dans un contexte où les États-Unis sont en croissance et où la chute du dollar canadien favorise l’économie du Québec. Avec la baisse du prix de l’essence, une occasion en or se présente pour relancer l’économie du Québec. Il serait malheureux que le Québec rate cette chance…

Deux tableaux.

Le premier illustre la marge de manœuvre exceptionnelle du gouvernement fédéral. Dire que la marge s’est amincie parce qu’Ottawa a révisé à la baisse sa prévision de surplus en 2015-2016, c’est faire fi des choix politiques qui sont faits par le gouvernement Harper. En baissant les impôts, Ottawa décide de se priver de 3 à 5 milliards de dollars de revenus par année. En excluant la baisse d’impôts annoncée pour les familles et les entreprises, et en excluant la réserve de 3 milliards de dollars inscrite au budget, le gouvernement fédéral est déjà en surplus et les excédents vont grandir encore dans les années à venir.

Pour mieux comprendre comment cette marge de manoeuvre s’est créée, grâce notamment aux compressions budgétaires engagées depuis 2012, voir mon billet précédent.

Le deuxième tableau illustre la situation budgétaire du Québec si le gouvernement cessait de verser une somme annuelle dans le Fonds des générations. Ce fonds a été constitué pour mettre des sommes de côté pour réduire la dette à long terme. C’est une forme d’équité intergénérationnelle. Cela dit, il a déjà été question de cesser de financer ce fonds afin de réduire immédiatement le déficit et éventuellement la dette. C’est un choix politique qui pourrait être fait. Si le gouvernement Couillard décidait de ne plus déposer d’argent dans le Fonds des générations, il serait pratiquement à l’équilibre budgétaire.

Le gouvernement du Québec a demandé à la commission Godbout de trouver 650 millions de dollars d’économies pour l’exercice 2015-2016 (prochain budget!). On comprend bien que la commission aurait pu être libérée de cette mission à court terme si le gouvernement avait décidé d’annuler ou de réduire les versements au Fonds des générations.

On présente le budget Flaherty du 11 février comme étant un budget « transitoire ». Mais il ne faudrait pas en minimiser son importance. Ce budget va préparer le prochain, celui qui nous mènera aux élections générales au Canada en octobre 2015. Il va préparer le terrain pour que le repas soit parfait, que les vents de l’économie soufflent dans la bonne direction ou non.

Il est important pour trois raisons :

  1. La croissance économique est moins forte qu’attendu au Canada. Les risques qui planent sur l’économie ont grandi : faible inflation, croissance du PIB sous les 2 %, essoufflement du marché de l’emploi, demande incertaine avec les secousses économiques vécues par plusieurs pays émergents.
  2. Le gouvernement conservateur a toujours promis de réduire la taille de l’État. La crise de 2008-2009 l’a ralenti dans ce projet. Aujourd’hui, il se reprend. Jim Flaherty a annoncé, le 12 novembre, qu’il gelait les budgets de fonctionnement des ministères pour 2014-2015 et 2015-2016, ce qui entraînera une baisse de 0,2 % des dépenses de programme cette année. Ça s’appelle de l’austérité, nous a dit l’économiste en chef de Desjardins lundi soir François Dupuis.
  3. Et puis, malgré le ralentissement et compte tenu de l’écart entre la croissance des dépenses et celle des revenus, le déficit budgétaire fond comme neige au soleil. Tellement que le ministre Flaherty serait capable d’annoncer l’équilibre budgétaire dès cette année. Il y a fort à parier toutefois qu’il attendra à l’hiver 2015 pour arriver à l’équilibre, voire à un surplus budgétaire important qui lui permettra d’annoncer de bonnes nouvelles fiscales pour les Canadiens avant l’élection.

Dans la mise à jour économique de la mi-novembre, le ministre nous a dit que la croissance des revenus ne serait pas de 5,9 %, mais de 4,6 % en 2014-2015. Les dépenses, je l’écrivais : -0,2 %. Vous voyez l’écart? C’est absolument phénoménal. Le ministre a une incroyable marge de manœuvre et il contrôle le jeu sur toute la ligne.

Il devrait annoncer l’an prochain la réalisation d’une promesse électorale de 2011, celle de permettre le fractionnement de revenus pour les couples avec enfants. Comme c’est le cas pour les personnes de plus de 65 ans, il sera possible de totaliser les revenus d’un ménage et de les diviser par deux afin de réduire son impôt à payer.

Exemple : Vous faites 100 000 $ par année, votre conjoint fait 20 000 $. Vous additionnez les deux revenus et vous arrivez à 120 000 $. Vous divisez cette somme par deux, ce qui vous permet de déclarer deux revenus de 60 000 $. C’est ainsi que vous allez pouvoir réduire l’impôt à payer. Pourquoi?

Parce qu’à 100 000 $, au Québec, en impôt fédéral, vous payez un total de 14 871 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, à deux, vous payez 15 993 $ en impôt fédéral. Si vous déclarez 60 000 $ de revenus, vous payez en impôt fédéral un total de 7093 $. Multipliez par deux et vous arrivez à 14 186 $. Ainsi, vous réduisez votre impôt de 1807 $.

Autre exemple : Vous faites 30 000 $ par année et votre conjoint fait 20 000 $. Ainsi, à 30 000 $, au Québec, vous payez un impôt fédéral annuel de 2375 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, le total est de 3497 $. Si vous utilisez la méthode du fractionnement de revenus, vous additionnez 30 000 $ et 20 000 $, ce qui donne 50 000 $ et vous divisez par deux. Vous allez donc payer 1749 $ par revenu de 25 000 $ pour un total de 3498 $. Résultat : fractionnement ou pas, vous ne gagnez rien!

Ainsi, pour que cette promesse soit intéressante pour vous, il faut gagner plus que la moyenne et que l’écart entre les revenus soit relativement importants. Le fiscaliste Luc Godbout a bien expliqué le tout, avec ses collègues Suzie St-Cerny et Michaël Robert-Angers dans une étude publiée en 2012, nommée À qui profitera la promesse fédérale de rendre possible le fractionnement du revenu familial.

Les données de l’auteur nous permettent de conclure que les provinces plus riches aux écarts de revenus plus grands et aux tables d’impôts moins progressives vont profiter du fractionnement de revenus. Ainsi, selon Statistique Canada et les calculs des auteurs, en se basant sur les chiffres de 2008, les économies réalisées par les familles seront en moyenne de :

  • 896 $ au Québec
  • 1424 $ en Ontario
  • 1714 $ en Alberta

Pour les 20 % les plus riches, les économies moyennes seront de :

  • 1194 $ au Québec
  • 2179 $ en Ontario
  • 2682 $ en Alberta

Pour les 20 % les moins riches, les économies moyennes seront de :

  • 84 $ au Québec
  • 155 $ en Ontario
  • 567 $ en Alberta

Alors, surveillez bien le budget du 11 février. Tout sera là pour préparer les grandes annonces de 2015.

—–

Sources : pour les deux exemples, ce sont les données pour 2013 calculées par Desjardins. Pour les comparaisons entre les provinces, c’est l’étude Godbout, St-Cerny, Robert-Angers qui se base sur les données de 2008.

Déficit 0 : c’était trop beau…

Jeudi 28 novembre 2013 à 14 h 08 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a finalement confirmé ce qu’on savait déjà : le déficit zéro, ce n’est pas pour cette année.

 

                              Automne 2013                 Budget 2013-2014

2013-2014              -2,5 milliards $                0 (1,1 milliard $ au Fonds des générations)

2014-2015              -1,75 milliard $                0 (1,4 milliard $ au Fonds des générations)

2015-2016              0                                                  0 (1,9 milliard $ au Fonds des générations)

 

Ça s’explique pour une raison fondamentale : la croissance économique n’est pas au rendez-vous. Moins de croissance, moins de production, moins de taxes et d’impôts, moins de revenus. Résultat : le déficit 0, qui s’appuyait sur des fondations optimistes, est tombé comme un château de cartes. Rangez le champagne au sous-sol, c’est pour une autre fois!

 

                                    Automne 2013          Budget 2013-2014         4 premiers mois 2013-2014

Dépenses             +2,5 %                              +1,9 %                               +4,0 %

Revenus              +2,6 %                              +5,2 %                              +0,6 %

 

En fait, le Québec est l’exemple parfait des répercussions d’une économie sans inflation. Et c’est une situation qui nuit directement aux finances publiques. Le ministre des Finances Nicolas Marceau a raison d’établir l’inflation comme étant l’une des principales causes de ses malheurs.

La Banque du Canada vise une inflation moyenne de 2 %. Autrement dit, pour assurer une croissance stable de l’économie, la hausse des biens et services doit se limiter à environ 2 % par année. En ce moment, depuis le début de l’exercice budgétaire 2013-2014 du gouvernement du Québec, l’inflation sur 12 mois est anémique :

 

Inflation par rapport au même mois l’an dernier

Octobre : 0,2 %

Septembre : 0,9 %

Août : 0,8 %

Juillet : 1,1 %

Juin : 1,0 %

Mai : 0,7 %

Avril : 0,4 %

 

Le gouvernement fait des prévisions de croissance de ses revenus en fonction de la croissance économique, de la croissance des dépenses, de la demande et donc de ses revenus de taxation et d’impôts. S’il n’y a pas ou peu d’inflation, ça veut donc dire que la demande est faible, que les détaillants peuvent difficilement augmenter leurs prix. Et des prix qui n’augmentent pas, ce sont des revenus de taxe qui n’augmentent pas.

En mars dernier, lors de la première mise à jour du ministre des Finances à la veille de l’entrée en vigueur de son budget (1er avril 2013-31 mars 2014), Nicolas Marceau avait revu à la baisse sa prévision de revenus en provenance de la taxe de vente du Québec de 437 millions. Aujourd’hui, il retranche encore 505 millions de dollars dans la deuxième mise à jour de son budget 2013-2014. Révision donc totale de près de 1 milliard de dollars.

Si l’inflation est faible, si les revenus de taxes et d’impôts sont moins élevés qu’attendu, c’est que la croissance économique générale est faible. Encore là, le Québec n’est pas isolé. Partout en occident, la hausse du PIB a été révisée à la baisse. Chez nous aussi. À tel point que la Banque du Canada laisse entendre qu’elle pourrait même baisser ses taux d’intérêt, ce qui, par ailleurs, fait chuter le dollar canadien ces jours-ci. Croissance plus faible, manque à gagner dit le ministre d’environ 750 millions.

Cela dit, il y a des questions à se poser à la suite du dépôt de la mise à jour du ministre Marceau :

- pourquoi le déficit est-il si important, alors que nous ne sommes même pas en récession?

- pourquoi les Québécois consomment-ils moins que prévu? La confiance est-elle en baisse?

- et comment va-t-on arriver au déficit zéro dans deux ans? Il y a encore 1 milliard à trouver pour y arriver…

Nicolas Marceau répond à nos questions à 18 h 30 à RDI économie.

L’austérité au Québec

Vendredi 6 septembre 2013 à 12 h 57 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Au moment où on constate que la croissance économique est faible au Québec et qu’il se perd des emplois depuis le début de l’année, la question que se posent plusieurs groupes sociaux, des syndicats et des économistes, c’est de savoir s’il ne serait pas préférable pour le gouvernement Marois de reporter à plus tard l’équilibre budgétaire, prévu pour cette année, pour l’exercice 2013-2014.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, en entrevue avec Gérald FilionAfin d’atteindre cet objectif, le ministre des Finances Nicolas Marceau a annoncé dans son budget de novembre dernier des hausses de taxes et d’impôts. Les exigences imposées à Hydro-Québec pourraient bientôt entraîner également une hausse marquée des tarifs d’électricité.

Surtout, le gouvernement a annoncé une série de mesures pour réduire la croissance des dépenses, ce que le ministre a qualifié de « contexte d’austérité » dans une entrevue réalisée deux mois après le budget à RDI économie. C’était le 17 janvier dernier.

Dans le cadre d’une autre entrevue réalisée à RDI économie, ça se passait jeudi soir, le ministre a retourné sa veste pour dire que, non, il n’y a pas d’austérité au Québec. Les dépenses sont en hausse et les investissements dans les infrastructures sont massifs. Le conseiller de Pauline Marois Stéphane Gobeil en a rajouté après l’entrevue en m’interpellant sur Twitter afin d’attirer mon attention vers son blogue : « Austérité, mon oeil! » écrit-il. L’austérité, selon lui, c’est une « réduction, souvent très importante », des dépenses publiques.

Définition bien courte, à mon avis, de l’austérité. Le fait de réduire la croissance des dépenses a un effet décélérateur sur l’économie et l’emploi. Et bien que le Québec ne soit pas la Grèce et n’ait pas à se soumettre un régime minceur du même acabit, le dernier budget est bel et bien un exercice d’austérité. Dans le budget des dépenses des ministères et organismes, presque tous les crédits ont été réduits ou augmentés à un plus faible taux que l’inflation, ce qui équivaut finalement à une réduction.

L’économiste François Delorme a évalué sur nos ondes que, sans ces mesures, il y aurait 15 000 emplois de plus dans l’économie du Québec. Il comprend l’objectif du ministre de vouloir atteindre l’équilibre rapidement, mais estime que tout est une question de « timing et de dosage ». Selon lui, il faut du « pragmatisme ». En avril dernier, il recommandait déjà au ministre de reporter le déficit zéro d’un an.

Si vous souhaitez une réduction importante de l’appareil de l’État et des coupes massives dans le nombre de fonctionnaires, il est clair que, pour vous, ce qui se passe, ce n’est pas de l’austérité. Si vous êtes au gouvernement, que vous voulez atteindre le déficit zéro rapidement et que vous devez composer en même temps avec un contexte économique difficile, il est évident que vous ne voulez pas vous faire dire : « Hé! vos coupes budgétaires nuisent à l’économie! »

Loin des intérêts des uns et des autres, il faut nommer les choses telles qu’elles sont, comme le ministre des Finances l’a fait le 17 janvier dernier : le Québec évolue en ce moment dans un « contexte d’austérité » afin d’atteindre l’équilibre budgétaire cette année. Pour le meilleur et pour le pire…