Billets classés sous « environnement »

Climat : le coût de l’inaction

Mardi 15 avril 2014 à 11 h 25 | | Pour me joindre

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Est-ce que c’est la pression de l’argent qui provoquera la « révolution verte » finalement? Alors que, selon le GIEC, les pouvoirs publics ont lamentablement échoué sur le plan environnemental au cours des dernières années, c’est peut-être le marché qui viendra dicter la conduite à adopter pour en arriver à stopper la hausse des émissions de gaz à effet de serre et amorcer un renversement de la tendance.

Dans le dernier volet de son cinquième rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui fait la synthèse de 20 000 études et projections – oui, oui, 20 000! – en arrive à la conclusion que les puissances du monde n’ont pas accompli ce qu’il fallait pour affronter le défi du siècle : le réchauffement climatique. De 2000 à 2010, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,2 % sur la planète comparativement à 0,4 % au cours des trois décennies précédentes. Si rien n’est fait, ce qui est à peu près le cas en ce moment, la température moyenne de la Terre aura grimpé de 2 degrés en 2030. Dépassé ce seuil, tout est possible.

Quand on dit que c’est le marché qui pourrait véritablement sonner l’alarme, nous en avons eu une belle preuve lundi. L’équipe économique de la Banque TD a publié une étude qui constate que, depuis 30 ans, les catastrophes naturelles ont doublé au Canada en moyenne. Autrement dit, on dénombre une vingtaine de catastrophes naturelles par année au pays, la plupart liées à des phénomènes météo. Les changements climatiques ne sont pas étrangers à cette multiplication d’événements souvent meurtriers.

Au rythme où vont les choses, les catastrophes naturelles vont coûter à l’économie canadienne 5 milliards de dollars par année en moyenne en 2020. Cet argent reflète les pertes en infrastructures, les coûts pour le système de santé, la réduction de la productivité des entreprises et les pertes en heures travaillées.

En 2050, ces coûts seront de 4 à 9 fois plus importants : de 21 à 43 milliards de dollars par année. La TD en arrive donc à une conclusion toute simple. Il faut investir dans nos infrastructures pour les protéger, pour les adapter aux risques de catastrophes naturelles. Chaque dollar investi représente, selon l’analyse de la TD, un gain de 9 à 38 $ en dommages évités.

L’expert en questions climatiques Alain Webster, de l’Université de Sherbrooke, est d’avis en tous cas que c’est le monde économique, des entreprises, des banques, des assureurs, qui pourrait provoquer du mouvement. « J’ose espérer que oui, nous a dit Alain Webster lundi soir à RDI économie. Sur le volet environnemental et sur le volet social, on semble indifférent à cela. C’est évident que les catastrophes vont être importantes. Mais, en termes économiques, si on ne bouge pas tout de suite, ça va être très important. »

Malgré les projections pessimistes, malgré les milliers de pages du rapport du GIEC, la lumière rouge n’est pas encore allumée dans le monde de l’assurance selon Warren Buffett. Dans une entrevue à la chaîne CNBC, accordée début mars, il affirme que « les changements climatiques n’ont pas nui au marché des assurances ». Et il ne prévoit pas d’impact dans les trois ou cinq prochaines années. « Ça pourrait changer dans une dizaine d’années », précise-t-il.

Dans cette entrevue, M. Buffet et l’un des animateurs semblent relativiser l’importance de l’enjeu en affirmant que les États-Unis ont été plutôt épargnés par les ouragans depuis cinq ans.

Peut-on reporter encore de 5, 10, 20 ans les décisions en matière d’environnement et s’en remettre finalement au signal du marché?

Le dilemme de l’éolien

Mardi 25 février 2014 à 14 h 46 | | Pour me joindre

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On a longtemps présenté l’éolien comme étant une énergie verte et renouvelable, l’énergie de l’avenir qui allait pouvoir remplacer, à tout le moins partiellement, une partie des énergies fossiles. Puis, on a commencé à exposer les désavantages des éoliennes en affirmant que l’énergie émise était intermittente et que ces grands arbres à pales dérangeaient les populations en raison du bruit et de la vibration qu’ils produisaient.

Aujourd’hui, il y a des gens pour et des gens contre qui ont développé tout un argumentaire pour appuyer leur propos. Les « pour » sont en faveur de l’éolien parce que cette industrie aide au développement régional et parce qu’on la considère comme étant l’une des énergies les moins dommageables pour l’environnement. Les « contre » s’attaquent à l’efficacité de cette filière, à son impact sur les collectivités et à son utilité réelle en certains endroits, comme au Québec.

Et justement, au Québec, l’éolien suscite de vifs débats. La première ministre Pauline Marois s’appuie sur cette filière pour développer l’économie du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Mais, selon Normand Mousseau et Roger Lanoue, auteurs d’un rapport sur les enjeux énergétiques au Québec, « la stratégie axée sur la construction de nouveaux projets (ouvrages hydroélectriques ou éoliens, notamment) est ruineuse pour le Québec ». Ils proposent qu’on arrête ou suspende les contrats d’approvisionnement en éolien.

Il est déjà prévu de produire 4000 MW d’énergie éolienne supplémentaire. L’industrie en réclame 3200 de plus entre 2017 et 2025. Or, le Québec connaît des surplus importants d’électricité. Les auteurs du rapport calculent que les contribuables devront assumer pour 1,2 milliard de dollars de production excédentaire en 2017.

Ces réalités économiques sont réelles. Pour la suite des choses, il est essentiel de comparer des pommes avec des pommes et de rappeler l’urgence environnementale. D’abord, comme l’expliquait Karel Mayrand dans un texte publié en août dernier, « dans le calcul du coût de la grande hydraulique, Hydro-Québec amortit les investissements sur 100 ans, alors qu’elle demande aux producteurs éoliens d’amortir les leurs sur 20 ans ».

Il est donc clair que l’éolien paraît plus cher que les nouveaux projets d’hydroélectricité avec un tel calcul. Il serait intéressant de mieux mesurer les coûts des deux formes de production afin de les comparer correctement. Ce qu’on sait pour l’instant, c’est que les nouveaux projets d’hydroélectricité et d’éoliennes coûtent plus cher à produire que ce qu’ils rapportent.

Et puis, il faut revenir à l’essentiel : pourquoi doit-on miser sur des énergies renouvelables? Parce que le défi économique du XXIe siècle, c’est le défi écologique. La communauté scientifique est quasi unanime sur ce sujet. Dans les circonstances, n’est-il pas obligatoire de considérer cet enjeu dans chacune de nos décisions énergétiques?

Le Devoir rapporte ce matin les propos de Michel Di Capua, directeur pour l’Amérique du Nord de Bloomberg-New Energy Finance, qui disait lundi lors d’une conférence à Montréal que « les nouveaux investissements en matière d’énergie renouvelable ont reculé de 11 % l’an dernier et avaient reculé de presque autant l’année d’avant ».

Allons-nous dans la bonne direction?

Mégantic : entre incertitude et espoir

Vendredi 22 novembre 2013 à 19 h 00 | | Pour me joindre

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LAC-MÉGANTIC : ENTRE L’INCERTITUDE ET L’ESPOIR

2 REPORTAGES lundi et mardi

RDI économie, 18 h 30, RDI

Le téléjournal, 21 h, RDI

Le téléjournal , 22 h, Ici Radio-Canada Télé

***

Quand je suis allé à Lac-Mégantic il y a quelques jours, j’ai voulu prendre le pouls, faire une photo, saisir le moment, l’ambiance. Ne vivant plus dans la région depuis 20 ans, je ne peux pas capter complètement ce qui habite les gens de l’endroit. Mais j’ai parlé à des gens que je connais, je suis allé voir des gens d’affaires, des décideurs, des connaissances, des amis pour savoir comment ça se passe à Lac-Mégantic un peu plus de quatre mois après la nuit d’enfer du 6 juillet.

Tout est complexe. Depuis que le train de la MMA est venu faucher 47 vies et tout un centre-ville, les citoyens et Lac-Mégantic et leur mairesse Colette Roy-Laroche doivent gérer tous les jours un quotidien rempli d’incertitudes et d’inquiétudes. Depuis le 6 juillet, il y a eu la mort, la peur, la colère, le deuil. Il y a eu le constat de ce qui reste, ce qui est perdu, ce qui est intact, la réorganisation, les appels aux assureurs, les questions sans réponse, les rencontres multiples, les histoires racontées, racontées encore, les rumeurs, les espoirs, les déceptions.

Restons sur l’espoir. Parce que tout le monde qu’on a rencontré, malgré toutes les critiques, les détresses, les incertitudes, tous espèrent retrouver un semblant de vie normale, un centre-ville actif et joyeux, un accès au lac merveilleux, un milieu de vie accueillant et vivant.

Entre maintenant et plus tard, il faut surmonter tous les obstacles à Lac-Mégantic. Et le plus grand défi, il est là. La tragédie est humaine, environnementale, économique, sociale. Mais elle est tellement personnelle à chacun qu’il est essentiel que tout le monde s’appuie, s’entraide, se pardonne et se donne de l’amitié et de l’amour.

Parce que les dollars ne vont pas suffire. Jeudi, le premier ministre du Canada Stephen Harper est venu à la rencontre des Méganticois pour leur dire que le gouvernement fédéral est là et qu’il allait les accompagner dans les prochaines étapes de la décontamination. La dernière chose qui intéresse les gens de l’endroit, c’est les chicanes entre Québec et Ottawa. Jeudi, on a eu l’impression que les deux gouvernements étaient parvenus à surmonter les différents qui alimentent leur relation.

En ce moment, malgré toute la bonne volonté des autorités, il y a des gens qui se cherchent de l’emploi, il y a des commerçants qui ont hâte de retrouver leur commerce, il y a des citoyens qui espèrent un nouveau pôle commercial pour acheter du pain, du vin, des vêtements, pour faire réparer leurs chaussures ou pour sortir et aller prendre une bière ou un bon repas.

La situation économique de plusieurs ménages est difficile. L’argent de la reconstruction est promis et arrivera en temps et lieu. L’argent de la décontamination permettra de remettre la ville en état. D’ici là, combien le gouvernement peut-il me donner? se demandent plusieurs. Comment vais-je faire pour vivre décemment d’ici à ce que je retrouve un emploi? Et ma vie, pendant ce temps, elle a l’air de quoi?

La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’il faut s’accrocher. Parce que Mégantic est tout simplement magnifique et magique. Grâce à ses montagnes, grâce à ses étoiles, à ses lacs et, surtout, à ses gens.

 

Les questions environnementales et l’acceptation sociale occupent des places très importantes au Québec lorsque vient le temps d’approuver ou de rejeter un projet. Il est essentiel au Québec de tenir des audiences publiques sur un projet d’investissement et de réaliser des études environnementales. Certains projets passent le test. D’autres, non.

Quoi qu’on en pense, les exigences réglementaires, la mauvaise gestion du développement de certains projets comme celui sur le gaz de schiste et la présence de groupes qui s’expriment avec force sur les questions sociales et environnementales donnent une image plutôt négative du Québec face aux investisseurs et aux entreprises d’exploration.

Puits de pétrole près de Tioga, au Dakota du NordC’est du moins l’impression que nous avons en lisant le dernier rapport de l’Institut Fraser, organisme campé à droite et qui fait de la recherche sur les politiques publiques. Fraser publie aujourd’hui une enquête sur les perceptions de 864 dirigeants représentant 762 entreprises du monde dans les secteurs du pétrole et du gaz.

Le titre de son communiqué en français est évocateur de l’irritation de l’Institut Fraser face aux résultats : « Une enquête mondiale met le Québec dans le même panier que la Syrie et la Libye en matière d’investissements pétroliers et gaziers. » Et vlan!

En fait, sur 157 territoires, le Québec se retrouve au 141e rang des endroits où il fait bon investir dans le pétrole et le gaz. Pourquoi le Québec est si loin dans ce classement? Parce que les obstacles seraient trop nombreux pour les entreprises d’exploration selon le groupe de recherche. « Les investisseurs tournent le dos au Québec, affirme l’Institut, à cause des coûts élevés qu’entraînent la conformité aux règlements, le régime fiscal en général et les incertitudes relatives aux zones protégées. […] Malheureusement, la politique énergétique du Québec est truffée de règlements obscurs et incohérents qui empêchent la province d’exploiter le potentiel de ses ressources énergétiques. »

Seulement 5 % des dirigeants sont d’avis que le Québec encourage l’investissement dans le pétrole et le gaz, alors qu’ils sont 53 % à dire que le Québec dissuade l’investissement. Par catégorie, le Québec est au 157e rang sur les 157 juridictions en ce qui a trait à la réglementation environnementale et aux coûts associés à la réglementation.

Les modèles à suivre selon l’industrie sont l’Oklahoma, le Mississippi, la Saskatchewan, le Texas et l’Arkansas. L’Alberta arrive 19e. La Colombie-Britannique recule dans le classement en raison de « l’incertitude politique » qui persiste à propos de deux projets de pipelines et parce que la province a adopté une taxe carbone.

Deux questions pour vous :

  1. Le Québec a-t-il raison d’être exigeant à tous points de vue avec les sociétés gazières et pétrolières, quitte à donner une image négative aux investisseurs?
  2. Le Québec va-t-il trop loin et se trouve-t-il à adopter des politiques contre-productives, nuisibles à l’économie?

Le débat est ouvert!

L’économie, c’est passionnant…

Jeudi 24 octobre 2013 à 17 h 27 | | Pour me joindre

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J’ai reçu et j’ai lu plusieurs commentaires à la suite du débat des candidats à la mairie de Montréal lundi, seul débat économique de la campagne. Je vous en parle aujourd’hui parce que bien des gens m’ont dit des choses du genre : c’était très intéressant, très dynamique, on ne s’attendait pas à ça d’un débat sur les enjeux économiques.

Mon bon ami François Cormier, journaliste spécialisé dans la couverture de la politique municipale de Montréal, a bien résumé dans son reportage le préjugé qui en habite plusieurs sur l’économie : « Avec comme thème l’économie, le débat aurait pu être ennuyant. Mais, au contraire, c’est celui qui, depuis le début, a soulevé le plus les passions. »

L'ancien 100 $ des États-Unis

Permettez-moi un plaidoyer en faveur de l’économie, de la nouvelle économique et d’un plus grand intérêt pour les questions économiques.

L’économie, c’est quoi? À la racine du mot grec, c’est de gérer son foyer. Alors, c’est quoi gérer ou administrer son foyer? C’est organiser sa vie! L’économie, finalement, c’est toute notre vie. Du petit matin au suivant, du petit déjeuner à la tisane en regardant les nouvelles.

Ainsi, en escaladant la barrière du préjugé, on constate qu’il n’y a pas une décision prise dans ce bas monde sans qu’il y ait un enjeu sous-jacent ou un intérêt économique. Combien ça coûte? Combien ça rapporte? Est-ce rentable? Surtout : est-ce possible?

Bien sûr qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie. Et heureusement d’ailleurs. Mais c’est un enjeu économique qui brille derrière une tonne d’événements de la vie, que ce soit de passer du bon temps à la campagne, de s’offrir un billet de théâtre ou un excellent souper au restaurant, de se permettre une semaine de vacances, une visite chez des amis ou encore de s’abonner au câble, à un club de bowling ou de s’acheter un billet de loto.

En ai-je les moyens? Si je les ai ces moyens, c’est parce que j’ai un bon emploi, je suis bien rémunéré, j’ai de bons avantages sociaux, j’ai bien négocié, j’ai travaillé fort, j’ai fait des heures supplémentaires. Ou si je n’ai pas besoin de beaucoup de choses dans la vie, je mise sur la simplicité volontaire, je consomme peu, je recycle, je composte, je réutilise. Bien, tout ça, ce sont des choix de vie et ce sont aussi des décisions économiques.

Quand on parle des taxes au débat municipal, on parle de votre capacité de payer et de bien vous en sortir. Quand on parle du transport, de la congestion et de l’efficacité du métro, on parle de votre qualité de vie, de ce qui va vous pousser à vivre ici ou ailleurs. Cette question du transport est fondamentale pour l’économie de Montréal : une ville qui est fluide, qui permet des déplacements faciles et rapides, qui pense son transport en fonction des habitations et des lieux de travail, c’est une ville qui développe son économie. C’est prouvé.

Quand je vous parle à RDI économie d’environnement, de culture, de finance, de bourse, d’itinérance, de santé, d’éducation, surtout d’éducation, je vous parle de quoi? D’ÉCONOMIE!

Plus on est formé, plus on se donne les moyens de mieux vivre. Un diplômé, qui s’est donné une formation professionnelle, collégiale ou universitaire, aura de meilleurs revenus durant sa vie, une meilleure santé et vivra plus heureux que celui qui n’a pas de diplôme. C’est une généralité, c’est une moyenne, ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais, dans la plupart des cas, c’est comme ça. Plus de gens formés entraînent une augmentation de la richesse, de la croissance, de la productivité. Si ce n’est pas économique…

Quand Richard Béliveau est venu nous parler des cinq grands problèmes de santé à RDI économie il y a deux ans, il est venu nous parler d’économie. Nos habitudes de vie ont un impact direct sur notre santé, notre système de santé, les dépenses publiques, les finances de l’État et l’économie en général. Santé et économie vont de pair, parlez-en au ministre des Finances.

Demandez aux meneurs montréalais si le dynamisme culturel de la métropole québécoise ne représente pas l’un des piliers économiques principaux de cette ville. Autour d’une salle de spectacles, il y a des restaurants, des commerces divers, une vie économique liée à l’existence d’une offre culturelle. En fait, on pourrait aller plus loin : sans culture, il n’y a pas d’économie. Qui veut vivre dans un monde gris, sans couleur, sans sourire, sans éclat?

Les Journées de la culture quelques suggestions d'activités à faire dans le cadre de la 17e édition des Journées de la culture.
Et puis, l’environnement est un enjeu franchement économique, lui aussi. Pourquoi? Parce que la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) représente un défi de taille pour l’humanité. Combien coûte une décontamination? Quels seront les coûts associés aux changements technologiques nécessaires quand on réalisera que l’environnement ne supporte plus les émissions de GES engendrées par une activité industrielle? La seule incertitude associée aux coûts futurs est un enjeu économique majeur pour une entreprise.

La confiance est économique. Si vous avez peur, vous allez moins consommer. Si vous croyez que les choses vont bien aller pour vous et votre société, vous irez de l’avant avec vos projets, qui auront nécessairement des répercussions sur l’économie. La maison de campagne que vous allez acheter, le voyage en Inde que vous vous promettiez depuis longtemps, l’équipement de peinture que vous allez vous procurer pour vos loisirs. Ces gestes que vous allez faire auront des répercussions importantes sur l’économie.

Ne pas se préoccuper de l’économie, c’est, à mon sens, une occasion perdue de mieux comprendre le monde dans lequel on vit. L’économie, ce n’est pas la seule affaire de la Chambre de commerce, des PDG d’entreprises, des amateurs de bourse ou des économistes.

C’est vrai que les questions économiques paraissent parfois complexes ou ardues. Elles sont surtout mal aimées, incomprises, victimes de préjugés tenaces. Il faut élargir notre vision de l’économie, souvent coincée dans une conception étroite de la réalité.

Bref, l’économie, ça vous concerne et fiez-vous sur moi, c’est passionnant!

Plus de pétrole, moins de GES?

Lundi 10 juin 2013 à 15 h 38 | | Pour me joindre

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Il est extrêmement difficile de croire aux avancées environnementales quand on parle aux chefs du monde énergétique. On trouve et on produit plus de pétrole, on cherche à en transporter davantage. La population est en forte croissance, tout comme l’accès à l’électricité. Si on doit se réjouir de voir des millions de personnes accéder à un meilleur niveau de vie sur la planète, il n’en demeure pas moins que tout cela présente un défi écologique majeur.

Dans une entrevue à RDI économie, le secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie, Christoph Frei, et la future présidente du conseil de l’organisme, la Québécoise Marie-José Nadeau, qui est vice-présidente à Hydro-Québec, nous expliquent la complexité dans laquelle nos défis économiques et écologiques se posent.

« D’ici 2050, selon Christoph Frei, les besoins énergétiques vont doubler, sinon tripler. En même temps, il faut diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre. […] C’est très clair que la notion du risque politique est fondamentale. Pourquoi? […] L’argent va là où le risque politique est bien géré. C’est une balance entre trois dimensions. […] Chaque gouvernement doit être capable de fournir des conditions qui mettent en équilibre les soucis de sécurité, les soucis d’environnement et les soucis d’équité. »

Marie-José Nadeau formule les choses ainsi : « Dans tous les développements importants, c’est vrai pour l’hydroélectricité, c’est vrai pour les autres formes d’énergie, il faut à la fois rencontrer un critère économique, donc la santé et la solidité du plan d’affaires, il faut avoir un projet qui tienne la route sur le plan environnemental et qui soit accepté par les communautés. »

En plaçant sur un pied d’égalité les questions de production, d’acceptation sociale et d’environnement, on pourrait croire qu’on s’assure de prendre de bonnes décisions. Mais, du point de vue environnemental, il est clair qu’il est difficile, dans une telle perspective, de penser qu’on puisse atteindre les objectifs de réduction d’émissions si la production ne cesse d’augmenter. En même temps, sur le plan de la sécurité énergétique, il est clair aussi que les enjeux environnementaux pourraient compromettre l’accès à une énergie abordable.

Mais a-t-on le choix? A-t-on le choix de prendre des décisions sensées pour protéger notre environnement alors que l’Agence internationale de l’énergie reconnaît elle-même qu’il est urgent d’adopter de nouvelles mesures pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius? A-t-on le choix d’adopter des mesures fortes en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour éviter des impacts écologiques ET économiques désastreux à l’avenir?

Dans un rapport publié à Londres lundi, la directrice de l’organisme, Maria van der Hoeven, a déclaré que « la question des changements climatiques a été mise en veilleuse dans l’ordre des priorités. Mais, ajoute-t-elle, le problème est toujours là ». Selon l’AIE, au rythme où vont les choses, nous nous dirigeons vers un réchauffement climatique de 3,6 à 5,3 degrés Celsius.

Dans l’entrevue que nous ont accordée Christoph Frei et Marie-José Nadeau, on parle de transition et de transformation de la production et de la consommation énergétique. Sommes-nous vraiment dans cette transition? Des actions sérieuses ont-elles été adoptées pour développer des énergies vertes et renouvelables, qui pourront remplacer petit à petit le pétrole? La découverte du gaz de schiste aux États-Unis devrait permettre d’améliorer le bilan environnemental de nos voisins du Sud, dont la consommation de charbon demeure élevée? La production de pétrole est toutefois en hausse en Amérique et, vous le savez, de nombreux projets sont à l’étude pour permettre de croître encore davantage.

Nous avons besoin de pétrole, c’est vrai et c’est clair. Mais place-t-on autant d’énergie dans les énergies autres pour atteindre l’objectif ultime qui est celui de réduire notre empreinte sur le climat?

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet
La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet

Derrière le dialogue de sourds qui a meublé le Forum des redevances vendredi à HEC Montréal se cachent des compromis et des tractations de toutes sortes. D’une part, plusieurs des groupes de citoyens représentés (Québec meilleure mine, Nature Québec, Fédération québécoise des municipalités, CSN, Syndicat des métallos, etc.) acceptent l’idée qu’on exploite les ressources minières du Québec. Leur bataille porte davantage sur le « comment » : sécurité, santé, environnement, partage territorial et niveau de redevances. Mais, fondamentalement, tous acceptent qu’on creuse, qu’on explore et qu’on exploite le sol québécois.

D’autre part, l’industrie minière réalise pleinement qu’il faut négocier la hausse des redevances. Le gouvernement a fait son lit : le principe d’une augmentation des redevances est immuable. Mais, quels seront les taux de redevances? Peut-on repenser le soutien financier aux sociétés minières? Tout est négociable à l’intérieur du « principe immuable ».

Deux choses à bien comprendre ici. D’abord, la croissance économique au Canada est très faible, et le Québec est au nombre des provinces qui ralentissent. La première ministre Pauline Marois, représentée par plusieurs membres de son cabinet vendredi au Forum des redevances,  a besoin de projets qui marchent, qui avancent, qui créent des emplois et de la richesse.

Ensuite, les minières menacent d’investir ailleurs si le Québec se montre trop gourmand à leur goût en matière de ponction fiscale. Même si les prix sont élevés sur les marchés, le financement est plus difficile à obtenir ces jours-ci pour les minières, qui doivent aussi composer avec des coûts de production de plus en plus élevés. Mettront-ils à exécution leur menace? Est-ce un bluff?

Dans les circonstances, l’exercice de vendredi était presque futile. Certes, pour un journaliste ou un participant qui a le goût d’entendre les contenus et les arguments des uns et des autres dans un enjeu aussi important que celui de l’exploitation des ressources, la journée de vendredi a été enrichissante. Mais, sur le fond, surtout sur l’objectif, la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet va devoir « arbitrer » le dossier, va devoir décider parce qu’il est clair que les écologistes et les minières n’arriveront pas à un consensus.

Le Forum a permis à chacun d’exposer son point de vue. Les ministres Ouellet et Marceau ont écouté, patiemment. Mais les vraies négociations, les tractations se font ailleurs : dans les couloirs, lors de rencontres privées, dans les bureaux du Parlement entre les ministres des Ressources naturelles et des Finances… et nous savons tous que la décision sur la mise en place d’un nouveau régime de redevances devra nécessairement obtenir l’approbation de Pauline Marois.

Deux ou trois choses sur les oléoducs…

Mercredi 23 janvier 2013 à 11 h 44 | | Pour me joindre

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C’est une avancée importante pour l’industrie du pétrole au Canada que celle de l’approbation par le gouverneur du Nebraska du nouveau tracé pour l’oléoduc que souhaite compléter TransCanada entre l’Alberta et le Texas. À terme, ce projet de 7 milliards de dollars et de 20 000 emplois doit permettre de transporter 830 000 barils par jour vers les raffineries situées en bordure du golfe du Mexique, là où le commerce pétrolier demeure florissant.

Une vue de pipelinesLe président Obama doit donner son accord au projet avant qu’il puisse aller de l’avant. L’aval du Nebraska, qui affirme que l’impact environnemental du projet sera « minime », devrait permettre à Washington d’approuver le projet.

L’industrie pétrolière milite avec vigueur et avec succès également pour le développement massif des oléoducs au Canada, et pour une raison très simple : le manque d’infrastructures provoque des surplus que les pétrolières doivent écouler au rabais. Selon l’analyste et économiste Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura, basée à New York, le prix de vente du pétrole canadien est environ la moitié du prix de vente du pétrole international.

Le pétrole négocié sur la planète et dont le prix se situe autour de celui du Brent à Londres, donc autour de 110 $, est de bonne qualité et il est accessible. Celui des États-Unis vise un marché un peu plus restreint, plus captif, et se vend autour des 90 $. Mai, celui du Canada ne se rend pas de façon efficace aux raffineries du golfe du Mexique, et il souffre d’un manque d’infrastructures qui permettrait au Canada d’exporter son pétrole vers l’Asie. Confinée au marché américain, l’industrie canadienne du pétrole a peu d’emprise sur le prix négocié sur le marché.

La Banque du Canada affirme que « la congestion persistante des infrastructures de transport [ont] porté les décotes du pétrole brut lourd canadien à des niveaux records ».

Donc, du point de vue strictement commercial, et sans égard à l’impact important des sables bitumineux sur l’environnement, le Canada a besoin d’oléoducs vers le sud, l’ouest et l’est. Comme vous le savez, plusieurs projets sont sur la table : Keystone vers le sud, Northern Gateway vers l’ouest et celui de permettre le transport du pétrole jusqu’au Québec et vers le nord-est américain, porte d’entrée sur le marché international occidental.

La question qui surgit souvent est celle-ci : si le pétrole de l’Alberta est en ce moment la moitié du prix du pétrole fixé par le Brent, qu’on achète au Québec, pourquoi ne consomme-t-on pas le pétrole de l’Alberta? Réponse : les infrastructures ne le permettent pas en ce moment.

Alors, pourquoi ne pas bâtir les infrastructures qui permettraient au Québec de consommer le pétrole des sables bitumineux? Réponse : le projet est à l’étude. Mais soyons clairs, il n’est pas dit que le Québec va réduire sa facture en pétrole en achetant celui de l’ouest. Pourquoi? Bien, parce que le développement d’oléoducs vers le sud, vers l’ouest et vers l’est permettra au Canada de devenir un fournisseur de pétrole efficace et important sur la scène internationale…

Et vous l’aurez compris, le prix de vente remontera sensiblement pour rejoindre le WTI américain, peut-être même le Brent londonien. Ainsi, le bénéfice qu’on croyait faire dans l’est du pays pourrait disparaître.

Dans l’indifférence…

Mercredi 5 décembre 2012 à 15 h 29 | | Pour me joindre

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Sentez-vous une urgence à répondre efficacement au défi écologique?

Alors qu’on nous annonce à Doha, où se tient la 18e conférence des Nations unies sur les changements climatiques, que la température moyenne mondiale va grimper de 5 degrés Celsius d’ici 2100, les grands enjeux au cœur des discussions des dirigeants mondiaux ne font qu’effleurer les questions écologiques. À raison, diront certains, compte tenu de l’ampleur des problèmes économiques et financiers. À tort, diront d’autres, compte tenu de l’importance des questions environnementales pour l’avenir de la planète.

Conférence sur le climat à DohaEn Europe, tous les yeux sont tournés sur ces gouvernements qui ont du mal à contrôler leurs finances publiques, qui plongent un peu plus chaque trimestre dans la récession et qui provoquent de vifs débats sur l’avenir de la zone euro.

Aux États-Unis, on ne parle plus que du précipice budgétaire et de l’affrontement entre un président démocrate à la Maison-Blanche et un président républicain à la Chambre des représentants. L’objectif : trouver un compromis qui permettra à chacun de ne pas perdre la face et qui fera en sorte d’éviter un choc fiscal de 600 milliards, hausse d’impôts et réduction de dépenses, le 1er janvier prochain.

En Chine, le gouvernement œuvre à réorganiser son économie pour développer une demande intérieure durable. Cela fera en sorte de ralentir et de stopper la hausse des inégalités, et de permettre aussi au pays de réduire sa dépendance aux exportations vers des pays qui sont aujourd’hui en difficulté financière et économique.

Chez nous, au Canada, le pétrole, le gaz et les mines sont au centre des discussions pour développer l’économie. Ottawa soutient le développement de l’industrie pétrolière de l’Alberta et des sables bitumineux. Même Québec s’y intéresse : on discute d’inverser l’oléoduc Sarnia-Montréal pour permettre le transport du pétrole de l’ouest vers l’est. Le gouvernement Marois souhaite aussi développer le pétrole qui se trouve sur son territoire.

Pendant ce temps, comme Le Monde le rapporte mercredi, les négociations de Doha n’ont pas permis de faire des progrès notables. « Le cœur n’y est pas », dit-on en marge des négociations. On maintient l’objectif d’en arriver à un accord d’ici 2015, mais on a l’impression qu’il n’y a pas vraiment de sentiment d’urgence pour en arriver à un accord prochainement.

Comme si on pouvait reporter continuellement à un peu plus tard.

Comme si 2020, 2030, 2050, 2100 étaient des échéances lointaines, très très lointaines.

En fait, comme l’écrivait de nouveau Le Monde le 26 novembre, « les budgets publics sont exsangues, le marché carbone s’est effondré et le débat sur les financements innovants (taxe sur l’aviation notamment) piétine ».

Pourtant, les émissions ne font qu’augmenter sur la planète : hausse prévue de 2,6 % cette année, hausse de 58 % par rapport au niveau de 1990. Les émissions de la Chine sur environ 25 ans (de 2004 à 2030) devraient être deux fois les émissions de l’OCDE. Selon le Global Carbon Project, la Chine est le plus grand pollueur du monde avec 28 % des émissions, suivi des États-Unis à 16 %. Mais les émissions par habitant sont de 6,6 tonnes en Chine et de 17,2 tonnes aux États-Unis.

Pour la suite, la Chine hésite, tout comme les États-Unis d’ailleurs. Le Japon ne veut pas s’engager avec des cibles précises. Le Canada, qui a quitté l’accord de Kyoto, continue à recevoir des prix fossiles pour ses positions jugées rétrogrades en matière d’environnement. Mis à part l’Europe et l’Australie, la volonté politique n’y est pas.

N’est-ce pas inquiétant?

C’est un changement radical, un virage à 180 degrés, du développement de l’économie qui s’amorce au Québec. Les Bachand, Gignac, Hamad et Arcand du Parti libéral, qui avaient une approche pro-entreprises de l’économie, laissent la place aux Marceau, Ouellet, Breton et Zakaïb, au Parti québécois, pour qui l’écologie est une préoccupation de tous les instants.

cabinet_MaroisAutrement dit, l’économie passera par le filtre écologique dans chaque décision à venir. Si le défi écologique est le plus important de notre époque et de notre siècle, on ne peut pas ignorer que le nouveau gouvernement va donner un grand coup de volant au plan de match pour l’économie du Québec et devra le faire rapidement. Le PQ n’a pas de majorité et n’a pas beaucoup de temps pour mettre sa stratégie en place et faire en sorte que ça fonctionne!

Alors que l’environnement est toujours considéré comme un ralentisseur économique à Ottawa, à Washington et dans les milieux d’affaires, la nouvelle première ministre, Pauline Marois, a choisi des écologistes — Daniel Breton, Martine Ouellet et Scott MacKay — pour orienter les décisions en matière de développement au Québec. C’est un signal clair, c’est une approche franchement différente de ce qu’on a connu depuis 15 ans. D’ailleurs, déjà ce matin, Martine Ouellet a annoncé qu’il n’y aurait pas d’exploitation des gaz de schiste au Québec.

Ces gens travailleront avec Nicolas Marceau, aux Finances et à l’Économie, un économiste de centre gauche, issu de l’UQAM, sensible aux enjeux environnementaux. « C’est un collègue que je respecte, a dit hier sur nos ondes l’ex-ministre des Finances, Raymond Bachand. Maintenant, il est entouré de collègues radicaux (…). Dans l’équipe économique, il y a une promotion des spécialistes du gel et des moratoires », a dit le député libéral, faisant référence à Martine Ouellet, qui sera en charge des Ressources, et à Daniel Breton, à l’Environnement.

Cette approche fait peur aux milieux d’affaires, qui n’ont cessé d’exprimer des craintes face aux objectifs du Parti québécois : plus d’environnement, plus de taxes, plus de règles sur le respect du français. Plusieurs se sont permis de dire que l’équipe économique du PQ était peu compétente étant donné l’absence de gens d’affaires parmi les élus.

Là-dessus, c’est important de poser une question : est-ce que les gens d’affaires affirment que l’équipe économique du PQ est faible parce qu’elle ne correspond pas finalement à leur vision de l’économie? Ce que propose le PQ, en fait, c’est une autre approche du développement de l’économie. Est-ce que ça veut dire que l’équipe est faible? Je vous laisse juger.

Par ailleurs, un mot sur Montréal. Raymond Bachand était le ministre responsable de la région métropolitaine. Au Parti québécois, on a choisi Jean-François Lisée pour chapeauter Montréal. La première ministre a beaucoup insisté hier sur la nécessité de tisser des liens avec les anglophones, mais a très peu parlé des défis économiques de Montréal.

Or, la région métropolitaine a besoin d’un leader à Québec qui saura donner une impulsion à la région métropolitaine, où le taux de chômage est élevé, surtout chez les immigrants, et où les structures administratives ralentissent l’économie, aux dires des milieux d’affaires. Jean-François Lisée écrit dans son blogue : « J’ai indiqué combien nous comptions nous appuyer sur les consensus déjà établis et les accompagner. » Souhaitons une démarche audacieuse pour Montréal!