Billets classés sous « environnement »

Taxer le carbone, pas la richesse!

Mercredi 11 juin 2014 à 13 h 38 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le Canada ne fait pas ce qui doit être fait en matière de politiques environnementales, selon l’OCDE. Dans un rapport publié en marge de la Conférence de Montréal, l’organisme expose clairement la faiblesse du gouvernement canadien sur le plan de la taxation du carbone. Comme nous l’a expliqué le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, dans une entrevue qui sera diffusée mercredi soir à 18 h 30 (HAE) à RDI économie, les gouvernements n’aiment pas parler de taxe parce que ce n’est pas très gagnant dans les urnes!

Or, sur 34 pays membres de l’OCDE, le Canada est en queue de peloton avec les États-Unis et le Mexique pour ce qui est de la taxation des émissions de gaz à effet de serre. L’OCDE recommande d’utiliser des « instruments économiques pour tarifer les émissions de carbone ». Idéalement, c’est une taxe carbone qui devrait être adoptée, selon Angel Gurria. Une bourse du carbone est aussi une possibilité, mais l’expérience n’a pas été très concluante jusqu’à maintenant en Europe, rappelle le secrétaire général de l’OCDE.

À RDI économie mardi soir, le professeur Pierre-Olivier Pineau est venu expliquer toutefois que ce marché d’unités de carbone avait du potentiel. Dans la mesure où plusieurs États et provinces devaient se joindre à un marché continental du carbone, l’objectif ultime, qui est celui d’abaisser nos émissions de gaz à effet de serre, pourrait être atteint. Le gouvernement du Québec participe à ce marché depuis janvier. La Californie aussi. Des enchères d’unités ont eu lieu en mai.

Le principe est simple : le gouvernement autorise l’émission d’un nombre précis d’unités de carbone. Ce nombre est appelé à baisser d’année en année, afin de réduire les émissions annuelles. Une entreprise qui émet des gaz à effet de serre à un niveau plus élevé que prévu doit acheter des unités dans le marché organisé. Dans ce même marché, des entreprises peu polluantes peuvent vendre leurs unités à celles qui en ont besoin.

Le Canada a promis de réduire ses émissions de GES de 17 % en 2020 par rapport au niveau de 2005, sans s’engager toutefois sur le plan international, car il s’est exclu du protocole de Kyoto.

Cela dit, si l’OCDE parle de taxe carbone aujourd’hui, il ne faut pas croire que l’organisme vient de tomber en amour avec les impôts et les charges fiscales. À une question sur les solutions proposées par l’économiste Thomas Piketty pour réduire les écarts de richesse, Angel Gurria a clairement dit que l’idée de taxer les patrimoines et les plus riches n’est pas très porteuse. L’OCDE mise sur la croissance inclusive, une croissance qui n’alimente pas les inégalités, mais qui améliore les perspectives pour tous quant à l’emploi, l’éducation et la santé.

Il faut taxer davantage la pollution, mais pas la richesse, nous dit donc l’OCDE. Qu’en pensez-vous?

Le débat demeure entier : peut-on exploiter le pétrole du Québec tout en luttant contre les changements climatiques? Est-ce que ces deux réalités sont incompatibles? Oui, non, ça dépend où on se place.

Chose certaine, il est important d’en débattre. C’est ce qu’on a fait mardi midi à la Maison du développement durable à Montréal avec Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, Steven Guilbault, directeur principal d’Équiterre, et Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Bien sûr, Yves-Thomas Dorval appuyait l’exploitation potentielle du pétrole au Québec et, bien sûr, Steven Guilbault s’y opposait. On a repris l’échange à RDI économie mardi soir.

Mais, au-delà des points de vue de base, il y a des zones de convergence dans le débat et il est important de les établir :

  1. Il faut de nouveaux revenus au Québec pour dénouer l’impasse qui s’amplifie et sortir du « déficit structurel » tel qu’avancé par le ministre des Finances Carlos Leitao.
  2. Si le Québec a atteint les objectifs fixés à Kyoto, il faut continuer de réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est une réalité incontournable.
  3. Environnement et économie vont de pairs : peu de décisions qui s’inscrivent dans le cadre d’un développement durable peuvent se prendre aujourd’hui sans considérer les deux réalités : l’impact écologique, l’impact socioéconomique.

Une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’on peut prétendre lutter efficacement contre les changements climatiques en décidant d’exploiter le pétrole d’Anticosti, et possiblement celui de la Gaspésie et du golfe Saint-Laurent?

Steven Guilbeault nous dit qu’il faut s’éloigner du pétrole. Il rappelle un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié récemment qui nous indiquait que pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius d’ici 2100, il ne faut pas exploiter deux tiers des réserves de pétrole sur la planète.

La concentration de CO2 était de 280 parties par million avant la révolution industrielle. Nous sommes aujourd’hui à 400 parties par million. Selon les études, à 450 parties par million, nous avons une chance sur 2 de dépasser les 2 degrés Celsius. À 550 parties par million, nous sommes à 3 chances sur 4. La Banque mondiale affirme qu’au rythme actuel, avec les efforts en place, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 4 degrés Celsius en 2100.

Yves-Thomas Dorval affirme, pour sa part, qu’il a le même objectif que le directeur d’Équiterre : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour y arriver, il faut investir dans les énergies renouvelables, et pour investir massivement dans l’économie verte, il nous faut des moyens. Il est d’avis que l’argent généré par les ressources pourrait aider aux investissements dans le développement durable. Il affirme aussi que le modèle social du Québec, pour vivre et survivre, doit obtenir de nouveaux revenus. Il est possible d’exploiter nos ressources, pour lui, de façon responsable.

Quant à Pierre-Olivier Pineau, il s’est placé à mi-chemin entre Yves-Thomas Dorval et Steven Guilbeault. Le problème pour lui n’est pas dans la production, mais dans la consommation. Nous dépensons, au Québec, 1 milliard de dollars par mois en nouvelles voitures. Et les VUS sont de plus en plus populaires.

La solution, c’est dans la réduction de la consommation. Il faut réduire notre consommation pour ralentir la demande en pétrole. L’exemple à suivre, sur la planète, est le Danemark, affirme Pierre-Olivier Pineau. Le Danemark exploite ses ressources et réduit, par la même occasion, ses émissions de gaz à effet de serre. Les Danois réduisent également leur consommation.

J’ai posé la question à Steven Guilbeault : à partir de quel moment l’exploitation du pétrole est-elle acceptable? Soupir, et rire dans la salle. Honnêtement, dans le cadre de fortes balises environnementales, ce serait possible. Mais répondre à cette question, c’est s’éloigner du problème fondamental, nous a-t-il dit : il faut réduire notre consommation et notre production de pétrole, c’est vital.

La demande en pétrole augmente toujours, cela dit. Nous sommes à environ 92 millions de barils par jour sur la planète en ce moment.

Voilà.

Climat : le coût de l’inaction

Mardi 15 avril 2014 à 11 h 25 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Est-ce que c’est la pression de l’argent qui provoquera la « révolution verte » finalement? Alors que, selon le GIEC, les pouvoirs publics ont lamentablement échoué sur le plan environnemental au cours des dernières années, c’est peut-être le marché qui viendra dicter la conduite à adopter pour en arriver à stopper la hausse des émissions de gaz à effet de serre et amorcer un renversement de la tendance.

Dans le dernier volet de son cinquième rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui fait la synthèse de 20 000 études et projections – oui, oui, 20 000! – en arrive à la conclusion que les puissances du monde n’ont pas accompli ce qu’il fallait pour affronter le défi du siècle : le réchauffement climatique. De 2000 à 2010, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,2 % sur la planète comparativement à 0,4 % au cours des trois décennies précédentes. Si rien n’est fait, ce qui est à peu près le cas en ce moment, la température moyenne de la Terre aura grimpé de 2 degrés en 2030. Dépassé ce seuil, tout est possible.

Quand on dit que c’est le marché qui pourrait véritablement sonner l’alarme, nous en avons eu une belle preuve lundi. L’équipe économique de la Banque TD a publié une étude qui constate que, depuis 30 ans, les catastrophes naturelles ont doublé au Canada en moyenne. Autrement dit, on dénombre une vingtaine de catastrophes naturelles par année au pays, la plupart liées à des phénomènes météo. Les changements climatiques ne sont pas étrangers à cette multiplication d’événements souvent meurtriers.

Au rythme où vont les choses, les catastrophes naturelles vont coûter à l’économie canadienne 5 milliards de dollars par année en moyenne en 2020. Cet argent reflète les pertes en infrastructures, les coûts pour le système de santé, la réduction de la productivité des entreprises et les pertes en heures travaillées.

En 2050, ces coûts seront de 4 à 9 fois plus importants : de 21 à 43 milliards de dollars par année. La TD en arrive donc à une conclusion toute simple. Il faut investir dans nos infrastructures pour les protéger, pour les adapter aux risques de catastrophes naturelles. Chaque dollar investi représente, selon l’analyse de la TD, un gain de 9 à 38 $ en dommages évités.

L’expert en questions climatiques Alain Webster, de l’Université de Sherbrooke, est d’avis en tous cas que c’est le monde économique, des entreprises, des banques, des assureurs, qui pourrait provoquer du mouvement. « J’ose espérer que oui, nous a dit Alain Webster lundi soir à RDI économie. Sur le volet environnemental et sur le volet social, on semble indifférent à cela. C’est évident que les catastrophes vont être importantes. Mais, en termes économiques, si on ne bouge pas tout de suite, ça va être très important. »

Malgré les projections pessimistes, malgré les milliers de pages du rapport du GIEC, la lumière rouge n’est pas encore allumée dans le monde de l’assurance selon Warren Buffett. Dans une entrevue à la chaîne CNBC, accordée début mars, il affirme que « les changements climatiques n’ont pas nui au marché des assurances ». Et il ne prévoit pas d’impact dans les trois ou cinq prochaines années. « Ça pourrait changer dans une dizaine d’années », précise-t-il.

Dans cette entrevue, M. Buffet et l’un des animateurs semblent relativiser l’importance de l’enjeu en affirmant que les États-Unis ont été plutôt épargnés par les ouragans depuis cinq ans.

Peut-on reporter encore de 5, 10, 20 ans les décisions en matière d’environnement et s’en remettre finalement au signal du marché?

Le dilemme de l’éolien

Mardi 25 février 2014 à 14 h 46 | | Pour me joindre

Pour me joindre

On a longtemps présenté l’éolien comme étant une énergie verte et renouvelable, l’énergie de l’avenir qui allait pouvoir remplacer, à tout le moins partiellement, une partie des énergies fossiles. Puis, on a commencé à exposer les désavantages des éoliennes en affirmant que l’énergie émise était intermittente et que ces grands arbres à pales dérangeaient les populations en raison du bruit et de la vibration qu’ils produisaient.

Aujourd’hui, il y a des gens pour et des gens contre qui ont développé tout un argumentaire pour appuyer leur propos. Les « pour » sont en faveur de l’éolien parce que cette industrie aide au développement régional et parce qu’on la considère comme étant l’une des énergies les moins dommageables pour l’environnement. Les « contre » s’attaquent à l’efficacité de cette filière, à son impact sur les collectivités et à son utilité réelle en certains endroits, comme au Québec.

Et justement, au Québec, l’éolien suscite de vifs débats. La première ministre Pauline Marois s’appuie sur cette filière pour développer l’économie du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Mais, selon Normand Mousseau et Roger Lanoue, auteurs d’un rapport sur les enjeux énergétiques au Québec, « la stratégie axée sur la construction de nouveaux projets (ouvrages hydroélectriques ou éoliens, notamment) est ruineuse pour le Québec ». Ils proposent qu’on arrête ou suspende les contrats d’approvisionnement en éolien.

Il est déjà prévu de produire 4000 MW d’énergie éolienne supplémentaire. L’industrie en réclame 3200 de plus entre 2017 et 2025. Or, le Québec connaît des surplus importants d’électricité. Les auteurs du rapport calculent que les contribuables devront assumer pour 1,2 milliard de dollars de production excédentaire en 2017.

Ces réalités économiques sont réelles. Pour la suite des choses, il est essentiel de comparer des pommes avec des pommes et de rappeler l’urgence environnementale. D’abord, comme l’expliquait Karel Mayrand dans un texte publié en août dernier, « dans le calcul du coût de la grande hydraulique, Hydro-Québec amortit les investissements sur 100 ans, alors qu’elle demande aux producteurs éoliens d’amortir les leurs sur 20 ans ».

Il est donc clair que l’éolien paraît plus cher que les nouveaux projets d’hydroélectricité avec un tel calcul. Il serait intéressant de mieux mesurer les coûts des deux formes de production afin de les comparer correctement. Ce qu’on sait pour l’instant, c’est que les nouveaux projets d’hydroélectricité et d’éoliennes coûtent plus cher à produire que ce qu’ils rapportent.

Et puis, il faut revenir à l’essentiel : pourquoi doit-on miser sur des énergies renouvelables? Parce que le défi économique du XXIe siècle, c’est le défi écologique. La communauté scientifique est quasi unanime sur ce sujet. Dans les circonstances, n’est-il pas obligatoire de considérer cet enjeu dans chacune de nos décisions énergétiques?

Le Devoir rapporte ce matin les propos de Michel Di Capua, directeur pour l’Amérique du Nord de Bloomberg-New Energy Finance, qui disait lundi lors d’une conférence à Montréal que « les nouveaux investissements en matière d’énergie renouvelable ont reculé de 11 % l’an dernier et avaient reculé de presque autant l’année d’avant ».

Allons-nous dans la bonne direction?

Mégantic : entre incertitude et espoir

Vendredi 22 novembre 2013 à 19 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

LAC-MÉGANTIC : ENTRE L’INCERTITUDE ET L’ESPOIR

2 REPORTAGES lundi et mardi

RDI économie, 18 h 30, RDI

Le téléjournal, 21 h, RDI

Le téléjournal , 22 h, Ici Radio-Canada Télé

***

Quand je suis allé à Lac-Mégantic il y a quelques jours, j’ai voulu prendre le pouls, faire une photo, saisir le moment, l’ambiance. Ne vivant plus dans la région depuis 20 ans, je ne peux pas capter complètement ce qui habite les gens de l’endroit. Mais j’ai parlé à des gens que je connais, je suis allé voir des gens d’affaires, des décideurs, des connaissances, des amis pour savoir comment ça se passe à Lac-Mégantic un peu plus de quatre mois après la nuit d’enfer du 6 juillet.

Tout est complexe. Depuis que le train de la MMA est venu faucher 47 vies et tout un centre-ville, les citoyens et Lac-Mégantic et leur mairesse Colette Roy-Laroche doivent gérer tous les jours un quotidien rempli d’incertitudes et d’inquiétudes. Depuis le 6 juillet, il y a eu la mort, la peur, la colère, le deuil. Il y a eu le constat de ce qui reste, ce qui est perdu, ce qui est intact, la réorganisation, les appels aux assureurs, les questions sans réponse, les rencontres multiples, les histoires racontées, racontées encore, les rumeurs, les espoirs, les déceptions.

Restons sur l’espoir. Parce que tout le monde qu’on a rencontré, malgré toutes les critiques, les détresses, les incertitudes, tous espèrent retrouver un semblant de vie normale, un centre-ville actif et joyeux, un accès au lac merveilleux, un milieu de vie accueillant et vivant.

Entre maintenant et plus tard, il faut surmonter tous les obstacles à Lac-Mégantic. Et le plus grand défi, il est là. La tragédie est humaine, environnementale, économique, sociale. Mais elle est tellement personnelle à chacun qu’il est essentiel que tout le monde s’appuie, s’entraide, se pardonne et se donne de l’amitié et de l’amour.

Parce que les dollars ne vont pas suffire. Jeudi, le premier ministre du Canada Stephen Harper est venu à la rencontre des Méganticois pour leur dire que le gouvernement fédéral est là et qu’il allait les accompagner dans les prochaines étapes de la décontamination. La dernière chose qui intéresse les gens de l’endroit, c’est les chicanes entre Québec et Ottawa. Jeudi, on a eu l’impression que les deux gouvernements étaient parvenus à surmonter les différents qui alimentent leur relation.

En ce moment, malgré toute la bonne volonté des autorités, il y a des gens qui se cherchent de l’emploi, il y a des commerçants qui ont hâte de retrouver leur commerce, il y a des citoyens qui espèrent un nouveau pôle commercial pour acheter du pain, du vin, des vêtements, pour faire réparer leurs chaussures ou pour sortir et aller prendre une bière ou un bon repas.

La situation économique de plusieurs ménages est difficile. L’argent de la reconstruction est promis et arrivera en temps et lieu. L’argent de la décontamination permettra de remettre la ville en état. D’ici là, combien le gouvernement peut-il me donner? se demandent plusieurs. Comment vais-je faire pour vivre décemment d’ici à ce que je retrouve un emploi? Et ma vie, pendant ce temps, elle a l’air de quoi?

La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’il faut s’accrocher. Parce que Mégantic est tout simplement magnifique et magique. Grâce à ses montagnes, grâce à ses étoiles, à ses lacs et, surtout, à ses gens.

 

Les questions environnementales et l’acceptation sociale occupent des places très importantes au Québec lorsque vient le temps d’approuver ou de rejeter un projet. Il est essentiel au Québec de tenir des audiences publiques sur un projet d’investissement et de réaliser des études environnementales. Certains projets passent le test. D’autres, non.

Quoi qu’on en pense, les exigences réglementaires, la mauvaise gestion du développement de certains projets comme celui sur le gaz de schiste et la présence de groupes qui s’expriment avec force sur les questions sociales et environnementales donnent une image plutôt négative du Québec face aux investisseurs et aux entreprises d’exploration.

Puits de pétrole près de Tioga, au Dakota du NordC’est du moins l’impression que nous avons en lisant le dernier rapport de l’Institut Fraser, organisme campé à droite et qui fait de la recherche sur les politiques publiques. Fraser publie aujourd’hui une enquête sur les perceptions de 864 dirigeants représentant 762 entreprises du monde dans les secteurs du pétrole et du gaz.

Le titre de son communiqué en français est évocateur de l’irritation de l’Institut Fraser face aux résultats : « Une enquête mondiale met le Québec dans le même panier que la Syrie et la Libye en matière d’investissements pétroliers et gaziers. » Et vlan!

En fait, sur 157 territoires, le Québec se retrouve au 141e rang des endroits où il fait bon investir dans le pétrole et le gaz. Pourquoi le Québec est si loin dans ce classement? Parce que les obstacles seraient trop nombreux pour les entreprises d’exploration selon le groupe de recherche. « Les investisseurs tournent le dos au Québec, affirme l’Institut, à cause des coûts élevés qu’entraînent la conformité aux règlements, le régime fiscal en général et les incertitudes relatives aux zones protégées. […] Malheureusement, la politique énergétique du Québec est truffée de règlements obscurs et incohérents qui empêchent la province d’exploiter le potentiel de ses ressources énergétiques. »

Seulement 5 % des dirigeants sont d’avis que le Québec encourage l’investissement dans le pétrole et le gaz, alors qu’ils sont 53 % à dire que le Québec dissuade l’investissement. Par catégorie, le Québec est au 157e rang sur les 157 juridictions en ce qui a trait à la réglementation environnementale et aux coûts associés à la réglementation.

Les modèles à suivre selon l’industrie sont l’Oklahoma, le Mississippi, la Saskatchewan, le Texas et l’Arkansas. L’Alberta arrive 19e. La Colombie-Britannique recule dans le classement en raison de « l’incertitude politique » qui persiste à propos de deux projets de pipelines et parce que la province a adopté une taxe carbone.

Deux questions pour vous :

  1. Le Québec a-t-il raison d’être exigeant à tous points de vue avec les sociétés gazières et pétrolières, quitte à donner une image négative aux investisseurs?
  2. Le Québec va-t-il trop loin et se trouve-t-il à adopter des politiques contre-productives, nuisibles à l’économie?

Le débat est ouvert!

L’économie, c’est passionnant…

Jeudi 24 octobre 2013 à 17 h 27 | | Pour me joindre

Pour me joindre

J’ai reçu et j’ai lu plusieurs commentaires à la suite du débat des candidats à la mairie de Montréal lundi, seul débat économique de la campagne. Je vous en parle aujourd’hui parce que bien des gens m’ont dit des choses du genre : c’était très intéressant, très dynamique, on ne s’attendait pas à ça d’un débat sur les enjeux économiques.

Mon bon ami François Cormier, journaliste spécialisé dans la couverture de la politique municipale de Montréal, a bien résumé dans son reportage le préjugé qui en habite plusieurs sur l’économie : « Avec comme thème l’économie, le débat aurait pu être ennuyant. Mais, au contraire, c’est celui qui, depuis le début, a soulevé le plus les passions. »

L'ancien 100 $ des États-Unis

Permettez-moi un plaidoyer en faveur de l’économie, de la nouvelle économique et d’un plus grand intérêt pour les questions économiques.

L’économie, c’est quoi? À la racine du mot grec, c’est de gérer son foyer. Alors, c’est quoi gérer ou administrer son foyer? C’est organiser sa vie! L’économie, finalement, c’est toute notre vie. Du petit matin au suivant, du petit déjeuner à la tisane en regardant les nouvelles.

Ainsi, en escaladant la barrière du préjugé, on constate qu’il n’y a pas une décision prise dans ce bas monde sans qu’il y ait un enjeu sous-jacent ou un intérêt économique. Combien ça coûte? Combien ça rapporte? Est-ce rentable? Surtout : est-ce possible?

Bien sûr qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie. Et heureusement d’ailleurs. Mais c’est un enjeu économique qui brille derrière une tonne d’événements de la vie, que ce soit de passer du bon temps à la campagne, de s’offrir un billet de théâtre ou un excellent souper au restaurant, de se permettre une semaine de vacances, une visite chez des amis ou encore de s’abonner au câble, à un club de bowling ou de s’acheter un billet de loto.

En ai-je les moyens? Si je les ai ces moyens, c’est parce que j’ai un bon emploi, je suis bien rémunéré, j’ai de bons avantages sociaux, j’ai bien négocié, j’ai travaillé fort, j’ai fait des heures supplémentaires. Ou si je n’ai pas besoin de beaucoup de choses dans la vie, je mise sur la simplicité volontaire, je consomme peu, je recycle, je composte, je réutilise. Bien, tout ça, ce sont des choix de vie et ce sont aussi des décisions économiques.

Quand on parle des taxes au débat municipal, on parle de votre capacité de payer et de bien vous en sortir. Quand on parle du transport, de la congestion et de l’efficacité du métro, on parle de votre qualité de vie, de ce qui va vous pousser à vivre ici ou ailleurs. Cette question du transport est fondamentale pour l’économie de Montréal : une ville qui est fluide, qui permet des déplacements faciles et rapides, qui pense son transport en fonction des habitations et des lieux de travail, c’est une ville qui développe son économie. C’est prouvé.

Quand je vous parle à RDI économie d’environnement, de culture, de finance, de bourse, d’itinérance, de santé, d’éducation, surtout d’éducation, je vous parle de quoi? D’ÉCONOMIE!

Plus on est formé, plus on se donne les moyens de mieux vivre. Un diplômé, qui s’est donné une formation professionnelle, collégiale ou universitaire, aura de meilleurs revenus durant sa vie, une meilleure santé et vivra plus heureux que celui qui n’a pas de diplôme. C’est une généralité, c’est une moyenne, ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais, dans la plupart des cas, c’est comme ça. Plus de gens formés entraînent une augmentation de la richesse, de la croissance, de la productivité. Si ce n’est pas économique…

Quand Richard Béliveau est venu nous parler des cinq grands problèmes de santé à RDI économie il y a deux ans, il est venu nous parler d’économie. Nos habitudes de vie ont un impact direct sur notre santé, notre système de santé, les dépenses publiques, les finances de l’État et l’économie en général. Santé et économie vont de pair, parlez-en au ministre des Finances.

Demandez aux meneurs montréalais si le dynamisme culturel de la métropole québécoise ne représente pas l’un des piliers économiques principaux de cette ville. Autour d’une salle de spectacles, il y a des restaurants, des commerces divers, une vie économique liée à l’existence d’une offre culturelle. En fait, on pourrait aller plus loin : sans culture, il n’y a pas d’économie. Qui veut vivre dans un monde gris, sans couleur, sans sourire, sans éclat?

Les Journées de la culture quelques suggestions d'activités à faire dans le cadre de la 17e édition des Journées de la culture.
Et puis, l’environnement est un enjeu franchement économique, lui aussi. Pourquoi? Parce que la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) représente un défi de taille pour l’humanité. Combien coûte une décontamination? Quels seront les coûts associés aux changements technologiques nécessaires quand on réalisera que l’environnement ne supporte plus les émissions de GES engendrées par une activité industrielle? La seule incertitude associée aux coûts futurs est un enjeu économique majeur pour une entreprise.

La confiance est économique. Si vous avez peur, vous allez moins consommer. Si vous croyez que les choses vont bien aller pour vous et votre société, vous irez de l’avant avec vos projets, qui auront nécessairement des répercussions sur l’économie. La maison de campagne que vous allez acheter, le voyage en Inde que vous vous promettiez depuis longtemps, l’équipement de peinture que vous allez vous procurer pour vos loisirs. Ces gestes que vous allez faire auront des répercussions importantes sur l’économie.

Ne pas se préoccuper de l’économie, c’est, à mon sens, une occasion perdue de mieux comprendre le monde dans lequel on vit. L’économie, ce n’est pas la seule affaire de la Chambre de commerce, des PDG d’entreprises, des amateurs de bourse ou des économistes.

C’est vrai que les questions économiques paraissent parfois complexes ou ardues. Elles sont surtout mal aimées, incomprises, victimes de préjugés tenaces. Il faut élargir notre vision de l’économie, souvent coincée dans une conception étroite de la réalité.

Bref, l’économie, ça vous concerne et fiez-vous sur moi, c’est passionnant!

Plus de pétrole, moins de GES?

Lundi 10 juin 2013 à 15 h 38 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Il est extrêmement difficile de croire aux avancées environnementales quand on parle aux chefs du monde énergétique. On trouve et on produit plus de pétrole, on cherche à en transporter davantage. La population est en forte croissance, tout comme l’accès à l’électricité. Si on doit se réjouir de voir des millions de personnes accéder à un meilleur niveau de vie sur la planète, il n’en demeure pas moins que tout cela présente un défi écologique majeur.

Dans une entrevue à RDI économie, le secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie, Christoph Frei, et la future présidente du conseil de l’organisme, la Québécoise Marie-José Nadeau, qui est vice-présidente à Hydro-Québec, nous expliquent la complexité dans laquelle nos défis économiques et écologiques se posent.

« D’ici 2050, selon Christoph Frei, les besoins énergétiques vont doubler, sinon tripler. En même temps, il faut diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre. […] C’est très clair que la notion du risque politique est fondamentale. Pourquoi? […] L’argent va là où le risque politique est bien géré. C’est une balance entre trois dimensions. […] Chaque gouvernement doit être capable de fournir des conditions qui mettent en équilibre les soucis de sécurité, les soucis d’environnement et les soucis d’équité. »

Marie-José Nadeau formule les choses ainsi : « Dans tous les développements importants, c’est vrai pour l’hydroélectricité, c’est vrai pour les autres formes d’énergie, il faut à la fois rencontrer un critère économique, donc la santé et la solidité du plan d’affaires, il faut avoir un projet qui tienne la route sur le plan environnemental et qui soit accepté par les communautés. »

En plaçant sur un pied d’égalité les questions de production, d’acceptation sociale et d’environnement, on pourrait croire qu’on s’assure de prendre de bonnes décisions. Mais, du point de vue environnemental, il est clair qu’il est difficile, dans une telle perspective, de penser qu’on puisse atteindre les objectifs de réduction d’émissions si la production ne cesse d’augmenter. En même temps, sur le plan de la sécurité énergétique, il est clair aussi que les enjeux environnementaux pourraient compromettre l’accès à une énergie abordable.

Mais a-t-on le choix? A-t-on le choix de prendre des décisions sensées pour protéger notre environnement alors que l’Agence internationale de l’énergie reconnaît elle-même qu’il est urgent d’adopter de nouvelles mesures pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius? A-t-on le choix d’adopter des mesures fortes en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour éviter des impacts écologiques ET économiques désastreux à l’avenir?

Dans un rapport publié à Londres lundi, la directrice de l’organisme, Maria van der Hoeven, a déclaré que « la question des changements climatiques a été mise en veilleuse dans l’ordre des priorités. Mais, ajoute-t-elle, le problème est toujours là ». Selon l’AIE, au rythme où vont les choses, nous nous dirigeons vers un réchauffement climatique de 3,6 à 5,3 degrés Celsius.

Dans l’entrevue que nous ont accordée Christoph Frei et Marie-José Nadeau, on parle de transition et de transformation de la production et de la consommation énergétique. Sommes-nous vraiment dans cette transition? Des actions sérieuses ont-elles été adoptées pour développer des énergies vertes et renouvelables, qui pourront remplacer petit à petit le pétrole? La découverte du gaz de schiste aux États-Unis devrait permettre d’améliorer le bilan environnemental de nos voisins du Sud, dont la consommation de charbon demeure élevée? La production de pétrole est toutefois en hausse en Amérique et, vous le savez, de nombreux projets sont à l’étude pour permettre de croître encore davantage.

Nous avons besoin de pétrole, c’est vrai et c’est clair. Mais place-t-on autant d’énergie dans les énergies autres pour atteindre l’objectif ultime qui est celui de réduire notre empreinte sur le climat?

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet
La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet

Derrière le dialogue de sourds qui a meublé le Forum des redevances vendredi à HEC Montréal se cachent des compromis et des tractations de toutes sortes. D’une part, plusieurs des groupes de citoyens représentés (Québec meilleure mine, Nature Québec, Fédération québécoise des municipalités, CSN, Syndicat des métallos, etc.) acceptent l’idée qu’on exploite les ressources minières du Québec. Leur bataille porte davantage sur le « comment » : sécurité, santé, environnement, partage territorial et niveau de redevances. Mais, fondamentalement, tous acceptent qu’on creuse, qu’on explore et qu’on exploite le sol québécois.

D’autre part, l’industrie minière réalise pleinement qu’il faut négocier la hausse des redevances. Le gouvernement a fait son lit : le principe d’une augmentation des redevances est immuable. Mais, quels seront les taux de redevances? Peut-on repenser le soutien financier aux sociétés minières? Tout est négociable à l’intérieur du « principe immuable ».

Deux choses à bien comprendre ici. D’abord, la croissance économique au Canada est très faible, et le Québec est au nombre des provinces qui ralentissent. La première ministre Pauline Marois, représentée par plusieurs membres de son cabinet vendredi au Forum des redevances,  a besoin de projets qui marchent, qui avancent, qui créent des emplois et de la richesse.

Ensuite, les minières menacent d’investir ailleurs si le Québec se montre trop gourmand à leur goût en matière de ponction fiscale. Même si les prix sont élevés sur les marchés, le financement est plus difficile à obtenir ces jours-ci pour les minières, qui doivent aussi composer avec des coûts de production de plus en plus élevés. Mettront-ils à exécution leur menace? Est-ce un bluff?

Dans les circonstances, l’exercice de vendredi était presque futile. Certes, pour un journaliste ou un participant qui a le goût d’entendre les contenus et les arguments des uns et des autres dans un enjeu aussi important que celui de l’exploitation des ressources, la journée de vendredi a été enrichissante. Mais, sur le fond, surtout sur l’objectif, la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet va devoir « arbitrer » le dossier, va devoir décider parce qu’il est clair que les écologistes et les minières n’arriveront pas à un consensus.

Le Forum a permis à chacun d’exposer son point de vue. Les ministres Ouellet et Marceau ont écouté, patiemment. Mais les vraies négociations, les tractations se font ailleurs : dans les couloirs, lors de rencontres privées, dans les bureaux du Parlement entre les ministres des Ressources naturelles et des Finances… et nous savons tous que la décision sur la mise en place d’un nouveau régime de redevances devra nécessairement obtenir l’approbation de Pauline Marois.

Deux ou trois choses sur les oléoducs…

Mercredi 23 janvier 2013 à 11 h 44 | | Pour me joindre

Pour me joindre

C’est une avancée importante pour l’industrie du pétrole au Canada que celle de l’approbation par le gouverneur du Nebraska du nouveau tracé pour l’oléoduc que souhaite compléter TransCanada entre l’Alberta et le Texas. À terme, ce projet de 7 milliards de dollars et de 20 000 emplois doit permettre de transporter 830 000 barils par jour vers les raffineries situées en bordure du golfe du Mexique, là où le commerce pétrolier demeure florissant.

Une vue de pipelinesLe président Obama doit donner son accord au projet avant qu’il puisse aller de l’avant. L’aval du Nebraska, qui affirme que l’impact environnemental du projet sera « minime », devrait permettre à Washington d’approuver le projet.

L’industrie pétrolière milite avec vigueur et avec succès également pour le développement massif des oléoducs au Canada, et pour une raison très simple : le manque d’infrastructures provoque des surplus que les pétrolières doivent écouler au rabais. Selon l’analyste et économiste Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura, basée à New York, le prix de vente du pétrole canadien est environ la moitié du prix de vente du pétrole international.

Le pétrole négocié sur la planète et dont le prix se situe autour de celui du Brent à Londres, donc autour de 110 $, est de bonne qualité et il est accessible. Celui des États-Unis vise un marché un peu plus restreint, plus captif, et se vend autour des 90 $. Mai, celui du Canada ne se rend pas de façon efficace aux raffineries du golfe du Mexique, et il souffre d’un manque d’infrastructures qui permettrait au Canada d’exporter son pétrole vers l’Asie. Confinée au marché américain, l’industrie canadienne du pétrole a peu d’emprise sur le prix négocié sur le marché.

La Banque du Canada affirme que « la congestion persistante des infrastructures de transport [ont] porté les décotes du pétrole brut lourd canadien à des niveaux records ».

Donc, du point de vue strictement commercial, et sans égard à l’impact important des sables bitumineux sur l’environnement, le Canada a besoin d’oléoducs vers le sud, l’ouest et l’est. Comme vous le savez, plusieurs projets sont sur la table : Keystone vers le sud, Northern Gateway vers l’ouest et celui de permettre le transport du pétrole jusqu’au Québec et vers le nord-est américain, porte d’entrée sur le marché international occidental.

La question qui surgit souvent est celle-ci : si le pétrole de l’Alberta est en ce moment la moitié du prix du pétrole fixé par le Brent, qu’on achète au Québec, pourquoi ne consomme-t-on pas le pétrole de l’Alberta? Réponse : les infrastructures ne le permettent pas en ce moment.

Alors, pourquoi ne pas bâtir les infrastructures qui permettraient au Québec de consommer le pétrole des sables bitumineux? Réponse : le projet est à l’étude. Mais soyons clairs, il n’est pas dit que le Québec va réduire sa facture en pétrole en achetant celui de l’ouest. Pourquoi? Bien, parce que le développement d’oléoducs vers le sud, vers l’ouest et vers l’est permettra au Canada de devenir un fournisseur de pétrole efficace et important sur la scène internationale…

Et vous l’aurez compris, le prix de vente remontera sensiblement pour rejoindre le WTI américain, peut-être même le Brent londonien. Ainsi, le bénéfice qu’on croyait faire dans l’est du pays pourrait disparaître.