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2015 : climat, pétrole, récession

vendredi 18 décembre 2015 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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En venant travailler ce matin, je me disais que c’était donc pratique de marcher jusqu’à l’autobus, puis jusqu’au travail en chaussures et en petit manteau d’automne. J’ai presque sorti mes gants, imaginez! Un matin de décembre à New York ressemble à ça, mais ce n’est pas trop normal pour Montréal, n’est-ce pas?

Un voisin me disait cette semaine qu’il en avait vu, des Noëls sans neige. Et que le phénomène El Nino y est probablement pour quelque chose cette année. N’empêche que d’année en année, on bat des records de températures sur notre belle planète pendant que l’activité humaine ne cesse de réchauffer la Terre.

C’est sur cette note que 2015 se termine. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres enjeux qui nous préoccupent et qui retiennent notre attention. Mais l’enjeu climatique, longuement discuté à Paris au cours des deux premières semaines de décembre et qui a mené à un accord à 195 pays, est certainement le défi économique de notre époque. Et ces jours très doux de décembre semblent nous servir d’exemple ou de rappel de la tâche à accomplir pour limiter les dégâts. Parce que c’est de ça dont il s’agit : limiter le réchauffement et non l’empêcher.

Cette année qui s’achève est donc celle d’un espoir : celui de voir les dirigeants du monde se rassembler autour d’un objectif commun. L’accord de Paris est exceptionnel parce que la planète s’est entendue sur un texte, sur un plan de match. Maintenant, à chacun d’établir ses cibles pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Tous devront en faire plus. Les cibles connues pour l’instant ne permettront pas de limiter le réchauffement à 1,5 ou à 2 degrés Celsius.

1- L’accord de Paris

L’accord de Paris est donc l’événement économique de 2015 à mes yeux. On ne peut pas espérer un développement, une prospérité et une croissance durable sans un programme sérieux en matière d’impact environnemental. Il faut réduire notre empreinte carbone, il faut miser sur les énergies renouvelables et les innovations vertes. La décarbonisation de l’économie est en cours. Des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des économistes l’ont compris.

L’entente conclue à la Conférence des Nations unies servira de guide, de cadre pour la suite des choses. Si elle n’est pas aussi exigeante que plusieurs l’auraient voulu, elle est mieux que l’absence d’accord. Elle réunit le monde sur des objectifs précis. L’engagement vaut cher.

parisIl faut donner au gouvernement français, à François Hollande, à Laurent Fabius et à Ségolène Royal le crédit pour cet accord. Beaucoup d’énergies ont été investies dans la réussite de cette conférence. Si l’accord de Paris est l’événement le plus marquant de l’économie en 2015, les leaders français doivent être considérés comme étant les personnalités économiques de l’année. Cet accord aura plus d’effet et sera franchement plus important sur le plan historique et économique que les événements en Grèce.

2- Le drame grec

Cela dit, ce qui s’est passé en Grèce aura aussi marqué 2015. Un nouveau gouvernement de gauche, qui tient tête au FMI avant de céder aux demandes des créanciers pour être finalement reporté au pouvoir en septembre. La tragédie grecque a été totale. Rocambolesque, elle nous a fourni plusieurs épisodes dans nos bulletins d’informations. Le film, toutefois, est répétitif : la dette grecque est insoutenable, l’austérité exigée est trop difficile à imposer et à supporter, et le drame grec risque de se jouer encore.

3- La chute du pétrole

La chute du pétrole s’est poursuivie en 2015. Et contrairement à ce que les économistes nous ont souvent expliqué, la baisse des prix de l’énergie n’a pas galvanisé l’économie mondiale. Au contraire, cette chute des ressources s’accompagne d’une montée d’incertitude qui ramène les investisseurs vers les actifs américains jugés les plus sûrs. La hausse du taux directeur en décembre par la Réserve fédérale, une première en près de 10 ans, ne viendra qu’accentuer cette ruée vers les actifs américains.

La chute du pétrole pourrait se poursuivre pendant que la Chine continue de décélérer et que l’Arabie saoudite refuse de céder un millimètre sur ses parts de marché. Un bras de fer est engagé avec les États-Unis et la Russie, mais surtout avec l’Iran, qui est de retour dans le marché mondial du pétrole avec la levée des sanctions internationales. L’Arabie saoudite ne veut rien céder et l’offre de pétrole demeure abondante, largement plus élevée que la demande.

4- Au Canada : récession, baisse de taux et chute du dollar

L’effondrement du pétrole a entraîné notre dollar canadien en glissade constante. Selon l’économiste en chef de Desjardins, François Dupuis, le dollar tombera sous les 70 ¢US. Les exportateurs pourraient en profiter, mais ils sont aux prises avec une concurrence de plus en plus vive auprès de leur premier partenaire, les États-Unis, qui se tournent de plus en plus vers les produits chinois.

moreanLe Canada affronte aujourd’hui de nouveaux défis structurels. Et comme me l’écrivait l’économiste Jean-Pierre Aubry il y a quelques jours, la récession qu’a connue le Canada dans la première moitié de 2015 n’est pas un accident, mais un avertissement.

Le Canada dépend trop des ressources naturelles. La productivité est trop faible, la chute du dollar canadien n’est plus le signal automatique d’une formidable reprise pour les manufacturiers et les exportateurs. Et le Canada, et surtout le Québec, connaît un vieillissement marqué de sa population.

Il faut ajouter l’endettement des Canadiens, qui soulève des inquiétudes, et l’apparition d’une bulle immobilière dans certains marchés, des zones à risque, selon le ministre des Finances Bill Morneau et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

La réponse des autorités sera importante pour l’avenir économique du pays. Le nouveau gouvernement veut stimuler l’économie et le moment est sans doute propice à une telle approche. Et la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser de nouveau son taux directeur après l’avoir fait à deux reprises en 2015. Le gouverneur Poloz a même évoqué la possibilité (très peu probable) d’amener le taux directeur en territoire négatif.

5- Les jeunes entrepreneurs

Cette année 2015 nous donne un autre espoir, celui de la place qu’entend prendre la génération Y, les jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans, 25 ans, 30 ans. Les jeunes Québécois veulent se lancer en affaires. Ils ont de bonnes idées, ils sont nés avec les technologies, les applications, ce sont des créateurs de solutions. Ils sont créatifs et ils n’ont pas peur de foncer et de se lancer. Ils n’ont pas de barrières géographiques, mentales, culturelles. Ils respirent en français, travaillent souvent en anglais, apprennent une troisième puis une quatrième langue.

L’indice entrepreneurial du Québec nous apprenait récemment que 20 % des Québécois ont l’intention de se lancer en affaires. C’est probablement l’effet des Taillefer, Archambault, Brown, Dutil et j’en passe. Chez les 18-34 ans, ce taux double à 37 %. C’est phénoménal. J’ai interrogé une entrepreneure de 21 ans à RDI économie cet automne, Frédérique Rioux, qui a fondé Millenya, qui organise des événements.

La génération Y n’est pas individualiste. Elle a une vision de la société différente des autres générations. Elle a un rapport au monde qui n’est pas le même que le mien ou celui de mes parents. Les jeunes habitent le monde, via les médias sociaux, interagissent avec lui, voyagent, s’expriment, s’engagent. Ils sont conscients des vrais défis de notre époque : l’environnement et les inégalités sociales.

Ce genre de choses me rend très optimiste.

Cette petite phrase, on l’entend souvent depuis quelques mois dans les milieux d’affaires, dans le monde de la culture, chez les meneurs des différents secteurs d’activité. Bien des gens sont d’avis que l’élection de Denis Coderre en novembre 2013 a changé le ton, l’attitude, le visage de Montréal. On est passé d’une ville abîmée par les scandales à une métropole qui a le goût de bâtir son avenir.

Montréal fait face à plusieurs défis, mais l’occasion semble belle pour accélérer ce qui va bien et créer des revirements sur ce qui va mal. Mais, pour ça, tous les acteurs doivent travailler dans le même sens. Or, la réduction des crédits d’impôt dans plusieurs secteurs de l’activité économique de Montréal crée beaucoup d’incertitude. Si, à la base, le gouvernement cherche à réduire son intervention et mieux cibler son action, ses gestes pourraient avoir une portée contre-productive, une crainte exprimée maintes fois depuis l’été dernier.

Je vois Montréal

L’événement du 17 novembre Je vois Montréal incarne le renouveau, la relance, l’innovation et la créativité de Montréal. Cet événement, initié par les hommes d’affaires Jacques Ménard et Michel Leblanc, a pour objectif de mettre en valeur 200 projets d’entrepreneurs. C’est du concret, du réel, des projets solides qui s’appuient déjà sur des sources de financement autres que le gouvernement.

Les personnes qui ont déposé leurs projets doivent s’engager à réaliser ce qu’ils ont proposé. C’est une signature symbolique, mais c’est un geste d’honneur qui est posé pour Montréal parce qu’ils souhaitent développer cette ville qu’ils aiment profondément. Aux gens de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, j’ai demandé ce qu’ils offraient en retour aux entrepreneurs pour les attirer à proposer un projet à Je vois Montréal. Réponse : rien du tout! Ils sont là parce qu’ils y croient tout simplement. « Il se passe quelque chose à Montréal » et ils ont le goût d’être là au moment où ça compte. Il y a décidément une nouvelle vibration à Montréal.

De gauche et de droite

D’ailleurs, des gens de gauche et de droite participent à Je vois Montréal. Des gens de grandes entreprises, de PME et de groupes communautaires ont dit oui à l’invitation de la Chambre de commerce. Des gens de divers horizons s’unissent pour aller de l’avant pour Montréal : du Chantier de l’économie sociale à la Jeune Chambre de commerce de Montréal, de la Caisse de dépôt et placement du Québec au Regroupement des écoquartiers, en passant par la Brasserie Harricana, Bell, la Banque Nationale, la Place des arts et différentes universités. Les idées fusent de partout, et c’est très rafraîchissant.

Montréal a besoin de soutien

La croissance économique de la métropole est la plus faible des grandes villes au Canada. Montréal a du mal à garder ses diplômés, son chômage est élevé et sa croissance démographique est lente. Selon l’Institut du Québec, présidé par l’ancien ministre Raymond Bachand, « il faut d’abord reconnaître l’importance incontournable de la métropole pour l’économie du Québec. Pour tous les ordres de gouvernements, la santé économique de Montréal doit devenir une priorité de chaque instant. Il s’agit d’un changement de paradigme peu banal qui implique au minimum de renoncer à l’automatisme du « mur-à-mur ».

Et sur ce point d’ailleurs, Raymond Bachand est d’avis que le gouvernement Couillard va dans la mauvaise direction en voulant couper dans les crédits d’impôt, un facteur fondamental de compétitivité pour Montréal. Selon l’organisme Montréal international, les crédits d’impôt ont été structurants pour l’économie de Montréal. L’économie du savoir en a particulièrement profité. L’impact d’un investissement de 100 millions de dollars génère presque quatre fois plus de retombées dans les services scientifiques et techniques et presque trois fois plus dans les systèmes informatiques. « Les secteurs de croissance sont globalement ceux qui sont dotés de secrétariats de grappes et soutenus par des crédits d’impôt », selon Montréal international.

Montréal en concurrence

Surtout, Montréal est en concurrence avec plusieurs villes nord-américaines pour attirer de nouveaux investissements créateurs d’emplois. Toujours selon Montréal international, les incitatifs fiscaux ont doublé aux États-Unis depuis 10 ans, et l’Ontario vient de créer un fonds d’aide directe pour les entreprises de 2,5 milliards de dollars sans couper dans ses crédits d’impôt. D’ailleurs, sur ce point, le crédit d’impôt pour les studios de jeux vidéo est de 40 % en Ontario, alors qu’au Québec, le crédit le plus généreux vient de passer de 37,5 % à 30 %.

Des ailes semblent pousser à Montréal. Des ailes pour construire une ville verte, qui s’appuie sur le développement durable, les transports en commun, une culture riche, des investisseurs, des mécènes, des travailleurs qui veulent rester ici, bâtir une famille ici, vivre ici. « Il se passe quelque chose à Montréal », entend-on tous les jours. Les meneurs économiques et politiques sentent-ils cette vibration?

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Payez-vous trop d’impôt?

vendredi 28 mars 2014 à 12 h 59 | | Pour me joindre

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  • Payez-vous trop d’impôt?
  • Saviez-vous qu’avoir des enfants au Québec, c’est une bonne affaire?
  • Saviez-vous aussi qu’une personne qui ne gagne que 5000 ou 10 000 $ par année a tout intérêt à produire une déclaration de revenus?
  • Est-ce que le fisc en demande trop aux entrepreneurs?
  • Quels sont les meilleurs logiciels d’impôt?
  • L’impôt des successions : des changements sont en cours, le saviez-vous?
  • C’est quoi, le fractionnement de revenus?
  • Est-ce qu’on verse trop de crédits d’impôt au Québec?
  • Le crédit d’impôt pour frais de scolarité est passé de 20 à 8 %, le saviez-vous?

Voilà plusieurs des questions qu’on va se poser lundi dans une édition spéciale de RDI économie qui sera diffusée en direct des locaux de l’ESG-UQAM entre 18 h et 19 h (HAE). Notez bien l’heure : lundi, RDI économie dure une heure et commence à 18 h!

Nous serons aussi en direct de l’ESG-UQAM pour présenter Calcul électoral à 16 h 25 avec Liza Frulla, Rémy Trudel, Denise Verreault et Stéphane Leblanc.

Alors, je vous invite en fin de semaine à nous poser des questions en lien avec ce billet. Avez-vous une question sur vos impôts ou sur les sujets évoqués?

Le choix des mots est important. Le ministre des Finances Nicolas Marceau a annoncé il y a quelques jours la création d’un comité de réflexion sur le maintien des sièges sociaux de joyaux de l’entrepreneuriat québécois et l’a nommé : « Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises. » Le ministre a choisi le mot « protection ». Pourquoi?

Nicolas Marceau à QuébecEn fait, il faut protéger quoi et contre qui? Faut-il protéger CGI, Couche-Tard ou Valeant, qui enchaînent les acquisitions à l’étranger? Faut-il protéger Rona d’une offre d’une chaîne américaine et assister passivement à son déclin financier? Ou faut-il, en réalité, donner plus de pouvoirs et de responsabilités aux administrateurs afin qu’ils jugent de façon indépendante de l’intérêt global d’une offre venant d’un groupe étranger?

Faut-il le rappeler, la Caisse de dépôt et placement du Québec investit dans les grandes entreprises du Québec. Et une offre généreuse d’une société étrangère pour une entreprise d’ici pourrait être très payante pour l’ensemble des Québécois.

Yvan Allaire a créé, avec Michel Nadeau, l’Institut sur la gouvernance, une organisation qui a pour objectif de réfléchir aux principes et aux règles, à l’éthique et à la saine gestion des entreprises et des institutions, que ce soit dans le secteur public ou dans le privé. Nicolas Marceau n’a pas jugé bon faire appel à ses lumières. Il n’a pas été consulté et n’a pas été approché pour faire partie du groupe de travail. Pourtant, il est probablement l’un des intellectuels du milieu économique qui a le plus réfléchi au rôle des administrateurs et au maintien des sièges sociaux au Québec.

En entrevue à RDI économie jeudi, il a d’abord précisé que l’enjeu n’est certainement pas de protéger les entreprises québécoises, mais bien de « relever les pouvoirs des conseils d’administration », ce que précise par ailleurs le communiqué annonçant le groupe de travail du gouvernement. « Le titre est inopportun, selon Yvan Allaire. Je pense même que les entrepreneurs québécois ne veulent pas être protégés. Ils veulent avoir les moyens de défendre la propriété de leur entreprise. »

Montréal a perdu beaucoup de ses sièges sociaux au fil du temps. Mais, aujourd’hui, les grandes entreprises québécoises se battent à armes égales avec leurs concurrentes étrangères. Et elles sont nombreuses à faire des acquisitions à l’étranger et à faire croître leur rayonnement à partir de leur siège social à Montréal ou ailleurs au Québec. Évoquer la « protection » des entreprises québécoises n’est-elle pas la représentation d’un sentiment d’infériorité, de repli sur soi, d’inquiétude face à des prétendus envahisseurs, dévoreurs de petits Québécois?

Yvan Allaire affirme qu’il y a 24 entreprises québécoises en bourse qui pourraient être visées par une tentative d’acquisition étrangère. Ce qu’il faut selon lui, c’est d’élargir le mandat des administrateurs et d’exiger que toute décision prise dans le cadre d’une offre d’acquisition s’appuie sur l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes : actionnaires, employés, fournisseurs, société civile. Dans le cas de Rona, par exemple, la question des fournisseurs était essentielle : est-ce que l’Américaine Lowe’s aurait maintenu le même réseau de fournisseurs (dont plusieurs sont Québécois) que Rona si l’offre d’acquisition déposée avait été acceptée?

Aussi, le président de l’Institut sur la gouvernance ne comprend pas très bien pourquoi le gouvernement Marois forme un comité sur cette question, alors que l’Autorité des marchés financiers du Québec tente de convaincre les différentes commissions des valeurs mobilières dans les provinces canadiennes d’adopter de nouvelles règles pour augmenter les pouvoirs des administrateurs.  Une entente pancanadienne aurait du poids, puisqu’elle forcerait Ottawa a modifié la loi. Sur les 24 entreprises québécoises exposées, 16 sont incorporées sous la loi fédérale et 8 sous la loi québécoise.

Le tabou de la richesse

lundi 28 janvier 2013 à 12 h 35 | | Pour me joindre

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Il est difficile de parler d’argent et de richesse, c’est connu. En fait, il est surtout difficile pour ceux qui sont riches de parler de « leur » richesse et de « leur » argent. Dès qu’une personne apparaît « en moyens », on ressent un peu de gêne ou de l’envie. D’un coup, le ton change, le regard porté sur la personne nantie devient à la fois admirateur et interrogateur, suspicieux et respectueux.  

Ça m’a frappé vendredi soir dernier. Je reçois un homme d’affaires, l’entrepreneur Louis Têtu, qui a bâti plusieurs entreprises et qui a vendu récemment sa société Taléo pour 2 milliards de dollars à l’Américaine Oracle. Je lui parle de sa richesse et il me parle de son équipe sur le ton de la modestie.

Moi : Mais, vous êtes riche, quand même! Vous avez réussi, vous venez de vendre votre entreprise Taléo pour 2 milliards de dollars à Oracle. Vous êtes même peut-être milliardaire! 

Louis Têtu : Non, pas du tout! Il est vrai qu’on a créé de la richesse, on l’a créé pour un ensemble d’actionnaires, d’abord. Nos entreprises, c’est l’œuvre d’une équipe, moi je travaille avec une équipe, je ne suis pas un cavalier seul, du tout, du tout! […] On a créé de la richesse pour des actionnaires d’ici. Certains sont plus connus que d’autres. Et on a créé cette richesse-là qu’on réinvestit présentement dans la création d’autres entreprises parce qu’on a une recette qu’on pense qui peut fonctionner.

Après l’émission, j’ai reçu des courriels de gens me disant qu’il y a eu un malaise quand j’ai évoqué le fait qu’il était riche. L’entrevue était très intéressante, me dit-on gentiment, mais il aurait été préférable de ne pas lui dire qu’il est riche. C’était déplacé ou mal posé, semble-t-il.

Peut-être! Mais pourquoi ne pas en parler, au fait? Pourquoi ne peut-on pas parler de richesse, d’argent et de ce que l’on en fait surtout? Que fait-on avec 1 million de dollars? Avec 1 milliard? Que fait-on quand on réussit, qu’on a du succès? On crée des emplois, on se paie des grosses maisons sans doute, on achète une autre entreprise, on donne à des organismes, on investit dans l’art, on fait quoi? C’est fantastique d’avoir ce choix dans la vie, de vouloir et de pouvoir se faire du bien et faire du bien aux autres. Pourquoi ne pas en parler? 

Il me semble que c’est tout à fait d’intérêt. D’ailleurs, on a réalisé toute une émission avec l’entrepreneur Alexandre Taillefer, émission présentée à RDI Économie au début du mois de janvier, sur la richesse et sur ce qu’elle permet : créer des entreprises, stimuler l’emploi, développer des projets, soutenir les artistes, collectionner, etc.    

L'entrepreneur Alexandre Taillefer en compagnie de Gérald FillionVous êtes riche? Et puis après? Ce n’est pas une insulte! Ce n’est pas non plus une salve d’applaudissements! C’est le constat qui me permet d’ouvrir la porte et d’aller là où il faut aller avec les gens qui se sont bâti une fortune : vous en faites quoi de cet argent? Quels sont vos rêves? Quels projets deviennent possibles avec cet argent? Quel est votre impact? Vous donnez, vous redonnez à qui et comment? 

Il me semble que c’est tout à légitime, non?

Les entrepreneurs, source de richesse

vendredi 15 juin 2012 à 10 h 34 | | Pour me joindre

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Il y a peu plus d’une semaine, l’OCDE publiait un rapport qui en arrivait à la conclusion que l’entrepreneuriat est très certainement l’une des avenues les plus prometteuses pour relancer l’économie mondiale. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques, c’est une façon de freiner la montée du chômage. Les pays développés doivent donc faciliter le démarrage d’entreprise avec des incitatifs fiscaux.

L’OCDE proposait aussi de stimuler l’entrepreneuriat féminin, puisque les entreprises dirigées par des femmes ont des taux de survie supérieurs et créent plus d’emplois en moyenne que celles dirigées par des hommes.

Il y a des gens pour qui les propositions de l’OCDE sonnent comme une douce musique à leurs oreilles. Marc Dutil et Nathaly Riverin, de l’École d’entrepreneurship de Beauce, travaillent depuis des années à maintenir la culture entrepreneuriale des Québécois. À la relancer, diront certains, en regard des statistiques publiées au cours des dernières années.

D’ailleurs, à ce propos, il faut lire le livre de mon collègue journaliste Pierre Duhamel. En s’appuyant sur toutes les données disponibles et des dizaines d’entrevues pertinentes et poussées, l’auteur du livre L’avenir du Québec – les entrepreneurs à la rescousse dresse un bilan historique et factuel de la situation des gens qui se sont lancés en affaires et qui le font encore aujourd’hui.

Pierre Duhamel exprime son opinion sur la richesse au Québec. Cependant, il laisse beaucoup plus de place à la parole des experts et des entrepreneurs, aux mises en contexte, aux statistiques et faits. Il est sorti du discours souvent entendu que le Québec vit dans l’immobilisme, que les contestataires bloquent tout.

Si la fibre entrepreneuriale semble faiblir au Québec, il n’en demeure pas moins que 23 % des sociétés à 2 employés et plus au Canada sont au Québec, soit l’équivalent du poids démographique de la province dans le pays. C’est quand même très bien, nous a-t-il dit en entrevue mercredi, tout en soulignant que nous avons le défi au Québec d’appuyer davantage les entrepreneurs.

Pourtant, les soutiens sont nombreux : comme le dit l’économiste Pierre Fortin, le Québec est « la république des crédits d’impôt à la R&D », le gouvernement du Québec verse 54 % du total des subventions accordées par tous les gouvernements provinciaux au Canada, le taux d’impôts des entreprises au Québec est parmi les plus bas d’Amérique et le Québec est « le champion canadien du capital de risque ».

Néanmoins, « en même temps, nous a dit Pierre Duhamel mercredi, on pourrait dire que les taxes sur la masse salariale sont beaucoup plus élevées que dans le reste du pays, que les entreprises québécoises paient 50 % de la masse salariale du pays alors qu’elles constituent environ 20 % des entreprises [au Canada]. C’est un non-sens que les tracasseries administratives et bureaucratiques sont probablement beaucoup plus élevées au Québec qu’ailleurs. […] En faisant ça, on favorise certaines entreprises et certains secteurs vis-à-vis d’autres entreprises et d’autres secteurs ».

Les entrepreneurs font partie de la solution, selon l’OCDE et selon Pierre Duhamel. Vous, si le coeur vous en dit, si vous avez l’âme entrepreneuriale, qu’attendez-vous pour vous lancer?

Les révélations de ma collègue Marie-Maude Denis, qui a obtenu copie du rapport de l’Unité anticollusion, ont peut-être eu et auront peut-être un impact sur l’économie québécoise.

Pas de chiffres totaux sur les excédents (ce qu’on appelle les extras) systématiquement inclus dans les contrats d’ingénierie et de construction. Centaines de milliers de dollars, millions, milliards, l’évaluation n’est pas faite. Mais ce qu’on comprend déjà, peu importe les sommes en jeu, c’est que c’est énorme, c’est contre-productif et c’est nécessairement mauvais pour l’économie, à tous points de vue.

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