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L’inquiétant ralentissement

Vendredi 29 août 2014 à 11 h 54 | | Pour me joindre

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Les récentes données sur l’emploi et le PIB soulèvent des inquiétudes sur la solidité de l’économie québécoise. Le gouvernement Couillard doit déjà revoir ses chiffres. On évoque la possibilité de présenter un minibudget à l’automne pour mettre à jour les prévisions et mettre en oeuvre les mesures de révision demandées aux comités sur la fiscalité et les programmes.

Alors qu’on apprend que le gouvernement procède à des compressions au ministère de la Faune, l’austérité est-elle appropriée dans un contexte de faible croissance du PIB et de l’emploi?

Voici deux graphiques, qui parlent :

 

C’est parti, le Québec ira aux urnes le 7 avril. L’heure est donc aux bilans.

Quel est le bilan économique du premier mandat du gouvernement Marois?

Disons, d’entrée de jeu, qu’on ne peut attribuer au seul gouvernement les forces et les faiblesses, les succès et les ratés de l’économie québécoise. Mais tous les gouvernements ont une vision, une stratégie et des priorités. Il est clair que ce cadre influe sur l’évolution économique du Québec.

Résumons le travail gouvernemental au plan économique à cinq points principaux :

  1. Un gouvernement interventionniste : La philosophie du gouvernement Marois est d’intervenir dans l’économie et d’accompagner les entreprises dans leur développement. D’une part, le gouvernement a annoncé des dizaines de subventions, prêts et crédits d’impôt aux entreprises depuis septembre dernier, mais disons que cette façon de faire a été vue aussi sous les libéraux. De façon plus fondamentale, l’interventionnisme de l’État est clairement exprimé dans la stratégie économique du gouvernement, vision exposée l’automne dernier dans ce qu’il a nommé la « Politique économique du Québec – Priorité emploi ». Cette politique se déploie sous quatre grands chapeaux qui couvrent l’ensemble de l’économie : recherche et innovation, secteur industriel, commerce extérieur et électrification des transports.
  2. Un discours pro-pétrole : L’injection de 115 millions de dollars dans l’exploration de l’île d’Anticosti est un fait marquant du mandat de 18 mois du Parti québécois. Cet investissement témoigne encore une fois de l’implication marquée du gouvernement dans les activités économiques, mais surtout de son intérêt pour l’exploitation éventuelle du pétrole. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, la première ministre Pauline Marois a déverrouillé toutes les portes menant à l’or noir. Les plus écologistes de ses ministres (Martine Ouellet, Daniel Breton, Scott McKay) se sont rangés du côté des pro-pétrole et un discours à saveur nationaliste a été mis en place pour susciter l’adhésion des Québécois à l’exploration et à une éventuelle exploitation : « nos ressources », « maîtres et prospères chez nous », « indépendance énergétique », etc.  Le gouvernement du Québec évalue à 45 milliards de dollars les retombées sur 30 ans d’une éventuelle exploitation du pétrole, une projection fragile et hasardeuse, selon plusieurs experts.
  3. Décisions économiques importantes : Dans les premiers jours de son accession au pouvoir, la première ministre Pauline Marois a annoncé la fermeture de Gentilly-2, donc la fin de l’aventure nucléaire du Québec amorcée il y a 30 ans. Aussi, le gouvernement a décidé d’annuler le prêt consenti par les libéraux à l’été 2012 à la mine Jeffrey d’Asbestos. Cette décision signale aussi la fin d’une industrie au Québec, celle de l’amiante.
  4. Déficit zéro reporté : Le ministre des Finances Nicolas Marceau a présenté son budget 2013-2014 en novembre 2012 pour deux raisons : le Parti québécois voulait mettre en place son propre budget et voulait agir rapidement pour éviter de s’exposer à une défaite lors d’un vote sur le budget à l’hiver ou au printemps 2013. Pendant un an, de l’automne 2012 à l’automne 2013, le ministre Marceau a maintenu son objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire au cours de l’exercice 2013-2014. Mais en raison d’une croissance économique plus faible et d’un niveau d’inflation anémique, le gouvernement a dû se résoudre à reporter de deux ans le déficit zéro. Il faut dire aussi que le ministre Marceau avait appuyé son objectif d’équilibrer le budget sur une prévision audacieuse de croissance des revenus de 5 %. Tout de même, le Québec ne vit pas dans un monde à part. La croissance économique en 2013 a été moins forte que prévu un peu partout en Amérique du Nord, particulièrement au Canada. Toutefois, la croissance du Québec demeure plus faible qu’ailleurs : 1,2 % en 2013 par rapport à 1,3 % pour l’Ontario; 1,8 % en 2014 par rapport à 2,2 %; et 2,1 % en 2015 par rapport à 2,7 %. De plus, selon le ministère des Finances du Québec, le PIB par habitant en Ontario demeure plus élevé qu’au Québec, de 14 %.
  5. Des relations difficiles avec le monde des affaires : Il est important de rappeler que les relations entre le gouvernement et le monde des affaires ont été difficiles dès le début. L’annonce d’une hausse de la taxation des gains en capital et d’une hausse de 7 points de pourcentage sur les revenus les plus élevés, de façon rétroactive, a provoqué une levée de boucliers chez les gens les plus nantis. De vifs échanges entre des ministres du gouvernement et des gens des milieux d’affaires ont mené à une révision complète du plan de match gouvernemental : pas de hausse de la taxation des gains en capital, hausse modérée des impôts sur les revenus les plus élevés et annulation de l’abolition de la contribution santé, modulée dorénavant en fonction des revenus.

En terminant, quelques mots sur les tendances économiques :

  • Depuis un an, le taux de chômage est passé de 7,1 à 7,5 % au Québec, mais depuis six mois, la situation s’est améliorée : le taux était à 8,1 % en juillet dernier.
  • Même constat pour le taux d’emploi. En 12 mois, il est passé de 60,7 à 60,4 %, mais il était à 59,8 % l’été dernier. La plupart des emplois créés sont à temps partiel.
  • Compte tenu de la volatilité des données mensuelles de Statistique Canada, de plus en plus d’économistes préfèrent regarder les moyennes sur de plus longues périodes. Ainsi, il s’est ajouté 47 800 emplois au Québec en 2013 en comparant la moyenne des 12 mois de l’année par rapport à la moyenne des 12 mois de 2012. Cela dit, les données de Statistiques Canada sur l’emploi du 1er janvier au 31 décembre 2013 nous donnent une création de 3900 emplois. Du 1er février 2013 au 31 janvier 2014, la hausse est de 10 000 emplois. Durant la même période, l’Ontario a ajouté 53 800 emplois et l’ensemble du Canada, 145 900 emplois.

Voilà pour le bilan. D’ici la fin de la semaine, je vais vous parler des enjeux et des défis économiques de cette campagne.

Et je vous donne rendez-vous tous les jours à 16 h 30 (HNE) dans le cadre d’une nouvelle émission que j’aurai le plaisir d’animer, Calcul électoral, ainsi qu’à 18 h 30 à RDI économie.

Sombres chiffres sur l’emploi

Vendredi 10 janvier 2014 à 15 h 19 | | Pour me joindre

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En lisant les commentaires politisés, pour ne pas dire partisans dans certains cas, de tout un chacun sur Twitter, j’ai le goût de vous offrir ici des chiffres, des faits, des données claires, précises, qui vous permettront de tirer vos propres conclusions sur l’état de l’économie du Québec, du Canada, des États-Unis. Voici donc les chiffres sur l’emploi de décembre et de 2013 de Statistique Canada…

Décembre : 

Canada : -45 900 emplois (taux de chômage de 7,2 %)

Québec : -10 200 emplois (taux de chômage de 7,7 %)

Ontario : -39 300 emplois (taux de chômage de 7,9 %)

2013 :

Canada : +102 000 emplois

+19 200 emplois temps plein

+82 800 emplois temps partiel

Québec : +2100 emplois

-43 800 emplois temps plein

+45 800 emplois temps partiel

Ontario : +24 000 emplois

+29 600 emplois temps plein

-5700 emplois temps partiel

Il s’est ajouté 24 300 personnes dans la colonne des « sans-emploi » au Canada en 2013.

Important : le gouvernement du Québec élabore sa communication sur l’emploi depuis plusieurs années sur le calcul effectué par l’Institut de la statistique du Québec. Ce calcul est le suivant : on fait la moyenne du nombre d’emplois dans l’économie par mois en 2013 et on fait la différence avec la moyenne du nombre d’emplois par mois dans l’économie en 2012. Résultat : il s’est ajouté 47 800 emplois dans l’économie du Québec en 2013 selon ce calcul de l’ISQ.

Statistique Canada et les économistes du secteur privé préfèrent calculer les emplois créés et perdus entre le 1er janvier et le 31 décembre 2013 et regarder l’écart entre décembre 2012 et décembre 2013.

Maintenant, si on s’intéresse aux tendances, voici un autre calcul, celui de Desjardins : la croissance mensuelle moyenne de l’emploi au Québec et en Ontario :

3 derniers mois :

Québec : +10 833

Ontario : -13 400

6 derniers mois :

Québec : +2017

Ontario : -1483

12 derniers mois :

Québec : +175

Ontario : +2000

Pendant ce temps, aux États-Unis, la création d’emplois a été limitée à 74 000 en décembre. C’est largement sous les attentes. Cela dit, le temps froid a probablement perturbé le marché du travail et les heures travaillées selon les économistes, qui s’attendent à un rebond en 2014. Il s’est ajouté 2,186 millions d’emplois chez nos voisins du sud l’an dernier.

Le taux de chômage américain est tombé à 6,7 %. C’est plus faible qu’au Canada. Mais, si le Canada utilisait la même méthodologie que les Américains, notre taux de chômage affiché serait de seulement 5,8 %.

Analyse : Le Canada, le Québec et l’Ontario viennent de connaître une année décevante au chapitre de l’emploi. La croissance économique est faible, mais les économistes s’attendent à un rebond en 2014. Ces chiffres sont le reflet d’une économie qui a besoin d’un nouveau souffle. Le Canada présente des perspectives de croissance moins forte qu’aux États-Unis, ce qui fait chuter le dollar canadien. Mais, ce recul du dollar, sous la barre des 91 ¢US aujourd’hui, pourrait justement aider les manufacturiers exportateurs à rebondir en 2014.

Fait à noter : la Laurentienne nous fait remarquer que la cohorte des plus jeunes participant au marché du travail québécois  est devenue inférieure à celle des baby-boomers, c’est fait. Nécessairement, le bassin de main-d’oeuvre disponible est appelé à diminuer à moyen terme.

Alors, qu’en pensez-vous?

La Banque du Canada devrait-elle songer à réduire son taux directeur à la lumière de ces données?

Le Québec va-t-il retrouver le chemin de l’emploi en 2014 après une année décevante?

Un modèle d’une autre époque…

Mercredi 11 décembre 2013 à 11 h 24 | | Pour me joindre

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C’est la fin d’une époque. C’est la fin d’un modèle d’une autre époque en fait.

Plus ça va, pire c’est. Les pertes s’accumulent à Postes Canada trimestre après trimestre. Au rythme où vont les choses, le service postal public va perdre 1 milliard par année en 2020 selon le Conference Board. Et ces pertes vont continuer d’augmenter. Si les postes canadiennes étaient détenues par une entreprise privée, il y a longtemps que les dirigeants auraient réduit et transformé les activités. Si l’entreprise était en bourse, la pression des actionnaires aurait pu entraîner un véritable carnage dans les services, les emplois, les retraites.

Bref, Postes Canada doit tout changer. Et c’est ce qui s’amorce aujourd’hui avec l’annonce d’un plan de transformation majeur au cours des cinq prochaines années.

L’objectif est d’épargner environ 1 milliard de dollars, près de 15 % du budget :

  • fin de la livraison porte-à-porte en milieu urbain, service remplacé par des boîtes communautaires : économies de 400 à 500 millions de dollars;
  • hausse du prix des timbres de 35 à 60 % : les timbres vont passer de 63 ¢ actuellement à 85 ¢ si vous les achetez en rouleaux, à 1 $ si vous les achetez à l’unité : addition de 160 à 200 millions dans les coffres de Postes Canada;
  • concentration des services à la clientèle dans des bureaux situés dans des commerces, comme des pharmacies par exemple : économies de 40 à 50 millions;
  • suppression de 6000 à 8000 postes par attrition, autrement dit des emplois de gens qui partent à la retraite qui ne seront pas comblés. Étant donné que 15 000 travailleurs vont partir à la retraite d’ici cinq ans, il n’y aura pas d’employés mis à la porte. Même qu’on va embaucher! Alors, économies de 100 millions à 150 millions de dollars.
  • Total donc : environ 900 millions de dollars.

Postes Canada fait des gestes qui doivent être faits pour que le service revienne à un niveau socialement acceptable. Si vous vivez en campagne, vous allez déjà chercher votre courrier dans des boîtes et ça se passe très bien. De plus, les courriels, les outils de communication faciles et accessibles et la popularité des achats sur Internet nécessitent des changements radicaux dans le modèle d’affaires de Postes Canada, comme d’autres services de courrier l’ont fait ailleurs dans le monde. Aux États-Unis aussi, les temps changent. La poste est en pleine transformation et tente aussi de réduire ses coûts.

Ce qui risque de compliquer le plan de match de Postes Canada, c’est l’intention de l’entreprise de revoir les conditions salariales et les retraites.

Trois extraits du communiqué (j’ai souligné) :

  • « La Société continuera d’aligner ses coûts de main-d’œuvre sur ceux de ses concurrents, grâce à l’attrition et par la négociation collective au fil des ans. »
  • « Postes Canada prendra également les mesures nécessaires pour régler définitivement les problèmes qui touchent la viabilité de son régime de retraite. »
  • « Postes Canada travaillera à restructurer rapidement le régime de retraite afin d’assurer sa viabilité à long terme. »

Le front avec le syndicat est ouvert : aligner les coûts de main-d’œuvre avec les concurrents, c’est l’équivalent de dire qu’on va revoir les avantages des employés. Baisse de salaire? Réduction de vacances? Révision des avantages sociaux?

Et puis, « régler définitivement » et « restructurer rapidement » le régime de retraite, c’est un autre chantier de négociations qui sera difficile. Postes Canada proposera sans doute une formule 50-50 : 50 % de l’argent vient de l’employeur,  50 % des employés. D’autres flammèches en vue…

Le gouvernement conservateur exige maintenant des sociétés publiques comme Postes Canada et Radio-Canada de diffuser leurs résultats financiers trimestriels. Cette transparence permet aux Canadiens de mieux mesurer l’état de santé de leurs services publics. La publication des chiffres est un argument béton pour justifier les actions de Postes Canada.

Les temps changent, le marché et les façons de faire aussi. Le bon vieux temps est révolu à Postes Canada. L’entreprise et ses employés n’ont plus le choix. Mais jusqu’où doit-on aller pour mettre fin à la glissade de Postes Canada? Jusqu’où le service public peut-il réduire son offre et revoir les conditions de ses employés?

8 derniers trimestres – 2 dernières années

  • 3e trimestre 2013 : – 73 millions $
  • 2e trimestre 2013 : – 50 millions $
  • 1er trimestre 2013 : + 35 millions $
  • 4e trimestre 2012 : + 135 millions $
  • 3e trimestre 2012 : – 103 millions $
  • 2e trimestre 2012 : – 57 millions $
  • 1er trimestre 2012 : – 59 millions $
  • 4e trimestre 2011 : – 78 millions $

125 priorités, mais…

Jeudi 17 octobre 2013 à 14 h 30 | | Pour me joindre

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Le discours du Trône d’un gouvernement à Ottawa sert à établir les priorités pour la nouvelle session. Stephen Harper a choisi de sortir tous les ingrédients de l’armoire pour le repas du soir et de les poser sur la table. On est loin des cinq mesures phares de 2006, des mesures qui avaient frappé l’imaginaire notamment celle sur la baisse de la TPS. Aujourd’hui, il y en a pour tous les palais.

Sauf que…

Stephen Harper et le gouverneur général David Johnston lors du discours du Trône.

Sauf que parmi les 125 « priorités », il n’y a rien de très structurant pour l’économie canadienne. En fait, comme l’expliquait l’économiste François Delorme mercredi soir à RDI économie, le premier ministre ne s’attaque pas aux problèmes fondamentaux de l’économie. Il saupoudre des mesures qui vont faire plaisir au contribuable-consommateur et citoyen à ses heures, qui répond toujours dans les sondages qu’il étouffe et qu’on lui en demande trop!

Dernière preuve en lice : on demande dans un sondage aux Montréalais ce que devrait être la priorité des élus dans le transport en commun. Une majorité répond le prolongement du métro, la solution la plus chère. Mais la majorité répond aussi : faites-le SVP sans augmenter les taxes et les tarifs, merci beaucoup!

Surtout, dans le discours du Trône, on promet de la magie : réduire les écarts de prix sur les biens entre le Canada et les États-Unis. Le même bien peut coûter 35 % plus cher au Canada qu’aux États-Unis. C’est le marché qui dicte ce prix. Ce n’est peut-être pas normal, moral, acceptable, ou je ne sais trop quoi, mais c’est vous, les consommateurs, qui acceptent de payer ce prix. Et tant que les commerçants pourront compter sur vous pour payer 35 % de plus qu’aux États-Unis, dites-moi pourquoi ils réduiraient leurs prix?

Ce qu’il n’y a pas dans le discours du Trône du gouvernement Harper, c’est une stratégie pour résoudre trois problèmes :

  • la productivité
  • le déclin manufacturier
  • les inégalités sociales

La « maudite » productivité est présentée comme une religion chez les économistes. Mais, dans la vraie vie, ça veut dire quoi? La productivité, c’est la capacité pour une entreprise qui fabrique des meubles, des jeux vidéo ou qui fait de la comptabilité d’améliorer son processus de production afin de réduire ses coûts, augmenter ses marges et embaucher plus de travailleurs. Une entreprise mieux outillée est une entreprise qui a une plus grande capacité de produire, d’accepter des contrats et de créer et distribuer de la richesse.

Or, depuis le début de la décennie, l’amélioration de la productivité n’a cessé de ralentir au Canada, particulièrement en Ontario et au Québec. La faiblesse du dollar canadien a donné un avantage sur le marché de l’exportation à plusieurs entreprises, qui n’ont pas développé le réflexe d’améliorer leurs façons de faire. À parité avec le dollar américain, le dollar canadien n’est plus d’aucune aide pour ces entreprises. Et l’absence d’amélioration de leur productivité est un manque à gagner pour toute une économie.

Le déclin manufacturier s’est accéléré depuis le début des années 2000. Depuis 35 ans, sauf un rebond dans les années 90, la part de l’emploi manufacturier dans le PIB canadien a graduellement reculé, passant d’environ 20 % à 10 %. C’est une glissade considérable. Et ce sont des centaines de milliers de travailleurs qui se sont retrouvés au chômage. Le Canada a aussi besoin d’une politique industrielle, comme ce qui vient d’être annoncé au Québec. Une stratégie d’accompagnement, qui favorise l’essor de PME, l’embauche de travailleurs et la création de richesse.

Et puis, les économistes les plus réputés le disent : une société qui voit les inégalités sociales grandir est une société qui s’expose à des troubles sociaux plus nombreux et à une qualité de vie décroissante. Le Canada est au 24e rang des pays les plus égalitaires, derrière plusieurs pays riches, comme le Danemark, le Japon, la Suède, la Norvège, la Finlande, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas. Le rapporteur spécial de l’ONU rappelait en début de semaine que la situation des Autochtones au Canada est « alarmante », qu’il y a une « crise » en cours et que les gestes posés par le gouvernement fédéral pour améliorer leur situation sont « insuffisants ».

Voilà des priorités fondamentales.

Du ketchup et du champagne…

Vendredi 16 août 2013 à 11 h 46 | | Pour me joindre

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La guerre de chiffres entre Raymond Bachand et Nicolas Marceau n’est pas très instructive, soyons francs. De part et d’autres, on s’appuie sur des chiffres qui ne sont pas les meilleurs. Pour deux ministres des Finances, on peut s’attendre à mieux.

Raymond Bachand, porte-parole de l'opposition officielle en matière de financesD’abord, Raymond Bachand appuie son argumentaire sur une seule donnée : la perte de 30 400 emplois au Québec en juillet. Selon Statistique Canada, c’est le Québec qui a connu le bilan le plus triste de l’emploi cet été au pays. Il s’est même perdu 38 000 emplois dans le secteur public au Québec du 1er au 31 juillet. Si le secteur public avait coupé 38 000 emplois au coeur de l’été, « je le saurais » a lancé le ministre des Finances Nicolas Marceau jeudi en point de presse.

S’appuyant sur cette donnée de 30 400 emplois perdus, Raymond Bachand affirme qu’il s’est donc perdu plus de 40 000 emplois depuis le début de l’année. Et il attire notre attention sur plusieurs régions-ressources, qui ont vu leur taux de chômage augmenter sensiblement.

Pourtant, l’Institut de la statistique du Québec nous invite tous à la prudence. Dans l’analyse des données sur l’emploi, l’ISQ précise ceci : « Les estimations mensuelles tirées de l’Enquête sur la population active sont fondées sur un échantillon et ainsi sujettes à une certaine variabilité d’autant plus importante lorsqu’elles sont ventilées selon le sexe, l’âge, les régions, les industries, etc. Les estimations mensuelles se caractérisent également par une plus grande variabilité que les tendances observées sur de plus longues périodes. »

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau

Cela dit, en réponse à Raymond Bachand, il faut dire que Nicolas Marceau ne fait pas beaucoup mieux. Si l’un est fort en ketchup, l’autre est généreux en champagne. « L’emploi va bien au Québec », selon le ministre. Il y a 70 000 emplois de plus dit-il cette année par rapport à l’an dernier. La statistique choisie par le ministre, et qui bien sûr fait son affaire, c’est de comparer deux périodes : les 7 premiers mois de 2013 et les 7 premiers mois de 2012. Résultat : il y a 70 000 emplois de plus cette année.

Cette donnée, qui n’est pas fausse, est utile pour comparer des périodes dans le temps, mais ne nous apprend rien sur la tendance. Bien honnêtement, je crois que nos meneurs sont capables de mieux. Pour notre bénéfice, voici les données sur l’emploi de la dernière année au Québec :

  • Juillet 2013 : -30 400
  • Juin 2013 : -8400
  • Mai 2013 : +20 100
  • Avril 2013 : +2700
  • Mars 2013 : -16 800
  • Février 2013 : -13 100
  • Janvier 2013 : +5500
  • Décembre 2012 : +5800
  • Novembre 2012 : +18 200
  • Octobre 2012 : +20 100
  • Septembre 2012 : +10 600
  • Août 2012 : +32 500

En regard de ces données, nous pouvons, avec prudence, avancer ceci :

  1. La croissance de l’emploi a ralenti depuis l’automne dernier.
  2. En incluant la donnée de juillet, la moyenne de perte d’emplois au Québec depuis le début de l’année est de 5800 emplois par mois. En excluant juillet, qui soulève de sérieuses questions sur son exactitude, nous sommes dans une perte moyenne de 1700 emplois par mois pour les 6 premiers mois de 2013. La moyenne de création d’emplois de juillet à décembre 2012 a été de 9800 postes par mois.
  3. En juillet 2012, il s’est perdu 28 700 emplois au Québec. Cette année : perte de 30 400 emplois. Se passe-t-il quelque chose dans les statistiques de l’Enquête sur la population active qui vient créer une distorsion dans les chiffres de juillet?
  4. Au cours des six derniers mois de 2012, il y a création d’emplois cinq fois sur six. Dans les six premiers mois de 2013, nous sommes à trois fois sur six ;
  5. Et puisque ça amuse les politiciens d’imaginer qu’il y a création ou perte d’emplois à cause de leurs actions et de leurs décisions, depuis que le PQ est au pouvoir (je prends les données à partir d’octobre 2012), il s’est ajouté 3700 emplois nets, soit 370 emplois en moyenne par mois. Puisque les données sur l’emploi sont retardataires, Raymond Bachand revendiquait ce matin à la radio la paternité des bons mois d’octobre et de novembre.

Bref, on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Entre le rose discours de Nicolas Marceau et le bouton panique de Raymond Bachand, la réalité est nuancée.

Jacynthe Côté, Madame Discipline!

Mercredi 14 août 2013 à 11 h 42 | | Pour me joindre

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Quand elle est arrivée dans notre studio lundi, il y avait des travaux d’entretien. Des outils, des ordinateurs ouverts, des objets métalliques… C’est de l’aluminium, vous croyez? « Ah non! me répond Jacynthe Côté. Mais, ça, c’en est peut-être, ajoute-t-elle, en montrant un élément de décors. Il faudrait que je voie de plus près… »

La vie de la chef de la direction de Rio Tinto Alcan tourne autour de trois mots : bauxite, alumine et aluminium. Combien ça coûte? Combien ça rapporte? Chaque jour qui se lève comporte sa série de calculs. Et Jacynthe Côté n’est pas du genre à accepter les approximations et les demi-mesures, son engagement est ferme : cette entreprise doit produire de l’aluminium au plus bas coût possible.

Jacynthe Côté« Alors, nous, ce que ça veut dire, nous a-t-elle dit, c’est de continuer à être un joueur de très bas coûts, de se maintenir vraiment dans la premier quart des coûts de production. C’est pour ça qu’on travaille très fort à baisser nos coûts, année après année, sur l’ensemble de nos actifs. C’est pour ça qu’on prend des décisions difficiles sur notre portfolio. On aura fermé 600 000 tonnes de capacité de hauts coûts au cours des 5 dernières années. Nous serons sortis de 15 différentes installations à travers le monde. Et on continue, grâce à cette discipline-là, à réinvestir dans notre futur. »

Discipline. Ses objectifs, elle les atteint avec discipline et rigueur. Il y a quelques années, au détour d’une conversation, elle m’avait dit qu’étant donné les nombreux voyages qu’elle devait effectuer, notamment plusieurs au siège social de Rio Tinto en Australie, il était essentiel pour elle de s’imposer une discipline de fer. Je ne dirais pas d’aluminium, qui est un métal malléable, mais vraiment de fer. Pas de café, pas de vin, des heures de sommeil strictes.

Le langage non verbal de Jacynthe Côté parle fort. Je ne jouerai pas au psychologue ici, mais il est clair que tout son être dégage une détermination froide, lucide, immuable, presque austère. Elle n’acquiesce pas, elle ne nie pas, elle attend la fin de la question. Son message est clair et il s’adresse d’abord et avant tout aux investisseurs : « Il faut continuer à travailler nos réductions de coûts et nos modernisations. Malgré des conditions extrêmement difficiles de marché, nous avons généré des profits nets au cours du premier semestre. »

Et, « à 1700 $ la tonne, dit-elle, plus de 30 % de l’industrie saigne. Alors, il faut voir qu’à ce prix-là, on va devoir continuer à fermer de la production. [...] On est près des planchers. C’est sûr que c’est extrêmement difficile à soutenir pour l’industrie actuellement. »

C’est la Chine qui change tout. Sa production augmente, les stocks augmentent, mais la croissance de la Chine est de moins en moins forte. C’est en bonne partie ce qui a précipité à la baisse le prix de l’aluminium à la Bourse des métaux de Londres. On est passé, en deux ans, de 2800 à 1800 $ la tonne. Et la baisse pourrait se poursuivre. Depuis l’acquisition d’Alcan en 2007, Rio Tinto a dû radier 25 milliards de dollars en valeur sur les 38 milliards investis dans la transaction. Le marché a changé, la crise a fait très mal et pour arriver à émerger de cette tourmente, l’entreprise mise sur la rigueur, la discipline et la détermination de Jacynthe Côté.

Et les employés d’Alcan dans tout ça? Après les réductions de production et les fermetures à Beauharnois, Arvida et Shawinigan, et malgré un marché peu encourageant, Jacynthe Côté sourit enfin. « Tout le monde travaille très fort dans les usines. Et ça donne des résultats. Ce qui est important de voir, c’est que ça, ça permet de continuer à investir dans notre [technologie] AP-60, dans Kimitat [en Colombie-Britannique] pour préparer, dans le fond, notre avenir pour les prochains 20 ans. Alors, on prend des décisions difficiles. Mais on continue de s’occuper de l’avenir. »

Ajoutons un mot : conviction. Il semble y avoir une profonde conviction chez Jacynthe Côté que l’avenir passe par l’AP-60, une technologie de production apparemment plus efficace et moins énergivore. Si cette conviction est aussi ferme que sa détermination, les employés d’Alcan peuvent-ils dormir tranquilles?

Emplois au Québec : du contexte

Vendredi 10 mai 2013 à 16 h 37 | | Pour me joindre

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En économie, il faut souvent se décoller le nez de la fenêtre, prendre un ou deux pas de recul pour mieux comprendre ce qui se passe. Il faut du contexte. Des économistes comme Pierre Fortin ou François Delorme, Bernard Élie, Luc Godbout et j’en passe viennent régulièrement à RDI économie pour nous aider à mettre un peu de lumière sur les enjeux.

Pour notre émission spéciale du 20 mai, jour de la fête des Patriotes, de Dollard et de la Reine, nous allons vous présenter une entrevue avec l’économiste Pierre Fortin, observateur de la scène économique québécoise depuis cinq décennies. Nous sommes allés chez lui ce matin pour réaliser cette entrevue qui, je pense, va beaucoup vous intéresser.

Il m’a donné un graphique pour vous, que je reproduis ici :

Alors que le Québec voit son taux de chômage augmenter depuis le début de l’année, il est passé de 7,1 à 7,8 %, le taux d’emploi du Québec demeure encore plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart qui s’était resserré avec l’Ontario ne s’est que très légèrement agrandi. Le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15 ans et plus.

Ainsi, selon Statistique Canada, le taux d’emploi en Ontario était de 61,2 en janvier. Il est à 61,3 en avril. Au Québec, il était à 60,7 en janvier. Il est à 60,2 aujourd’hui. On a raison de dire que le bilan québécois est moins bon que celui de l’Ontario dans les derniers mois. Mais il faudra attendre encore pour établir des tendances lourdes et évaluer si le Québec est en train de recommencer à prendre du retard sur l’Ontario.

Il s’est ajouté 44 000 emplois au Québec en avril 2013 par rapport à avril 2012. En Ontario, c’est un ajout de 71 000. La croissance économique est faible dans les deux provinces. Comme l’expliquent les économistes de Desjardins, « il faut reconnaître que depuis janvier, le bilan du marché du travail est plutôt terne. Il est vrai que sur le plan des données économiques, c’est un début d’année hésitant qui caractérise le continent nord-américain. Avril ne présente pas de surprise. […] D’ici l’été, le marché du travail devrait afficher un meilleur score que les quatre premiers mois de l’année qui se sont soldés négativement. »

Il ne faut pas amoindrir le message que nous envoient les statistiques. Comme le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty l’exprimait hier à Londres, il est à souhaiter que les pays occidentaux vont orienter leurs politiques et leurs priorités vers la croissance et l’emploi. Nous sommes largement dépendants de la croissance mondiale, surtout américaine.

 

Le Cirque dans nos vies…

Jeudi 17 janvier 2013 à 13 h 52 | | Pour me joindre

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Les Québécois aiment le Cirque du Soleil et son fondateur Guy Laliberté. Avec Bombardier, CGI et Céline Dion, le Cirque du Soleil fait partie des Québécois qui ont su se tailler une place sur la scène mondiale et qui suscitent une grande fierté dans la population.

TotemDans le cas du Cirque du Soleil, les médias ont toujours démontré un grand intérêt pour le succès de Guy Laliberté. Le Cirque, c’est un joyeux mélange de créativité, d’art, d’affaires et  d’entrepreneuriat. Les images sont belles, le fondateur est spectaculaire, les caméras et les micros ont été présents à toutes les étapes de l’évolution de cette entreprise.

Mercredi, le Cirque, pour l’une des rares fois de son histoire, avait de très mauvaises nouvelles à annoncer. Près d’un employé sur 10 sera mis à la porte cet hiver, la plupart au siège social de Montréal. Guy Laliberté, le fondateur, et Daniel Lamarre, le PDG, ont rencontré les employés pour leur expliquer ce qui se passe, mais ont refusé de rencontrer les médias, laissant la directrice des communications faire les entrevues et le point de presse.

Pourquoi? Pourquoi ne pas venir expliquer aux Québécois, qui ont toujours soutenu Guy Laliberté et sa merveilleuse aventure, ce qui se passe dans le monde du Cirque?

Non seulement les médias ont été présents pour raconter les succès du Cirque, mais le gouvernement du Québec a appuyé le Cirque dès le départ. Pas besoin de vous dire que c’est votre argent qui a permis le démarrage du Cirque en 1984. Guy Laliberté était alors parvenu à convaincre le premier ministre de l’époque René Lévesque de soutenir son projet à hauteur de 1 million de dollars. On connaît la suite…

Un succès planétaire, des dizaines de spectacles, 5000 employés qui ont permis au fondateur Guy Laliberté de devenir l’un des hommes les plus riches du Québec, parmi les 500 personnes les plus fortunées du monde avec un magot évalué à 2,6 milliards de dollars.

Par respect pour ses employés, Guy Laliberté leur a parlé personnellement mercredi. Parce qu’il y a un peu de nous autres dans le génie de Guy Laliberté, n’aurait-il pas dû venir nous expliquer ce qui se passe avec cette formidable aventure?

Obama ou Romney, donc?

Lundi 5 novembre 2012 à 13 h 40 | | Pour me joindre

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L’élection présidentielle est cruciale pour l’avenir socioéconomique des États-Unis. Le pays doit retrouver le chemin de la croissance pour espérer relancer un marché de l’emploi fort et solide. Pour l’instant, la croissance de l’emploi est trop faible et les emplois créés sont moins rémunérateurs et moins sûrs que ceux qui ont été perdus dans la foulée de la grande récession.

Comment stimuler l’économie américaine? Comment dégonfler le déficit, qui dépasse en ce moment les 1000 milliards de dollars par année? Comment amoindrir les écarts de richesse qui provoquent des inégalités sociales exceptionnelles? Et comment les États-Unis peuvent-ils réduire leur dépendance au pétrole étranger et surtout au pétrole tout court?

Barack Obama de passage à Springfield en Ohio

Les principales mesures économiques de Barack Obama

  • Hausse d’impôts pour les plus fortunés (taux de 33 % à 36 %, taux de 35 % à 39,6 %).
  • « Buffett rule » en référence au taux d’impôt de Warren Buffett plus faible que celui de sa secrétaire : taux réel d’impôt de 30 % pour les millionnaires.
  • Investissements : infrastructures, éducation, innovation.
  • Coupes dans la défense.
  • Crédit d’impôt pour les entreprises qui rapatrient des emplois aux États-Unis.
  • Développement du gaz naturel.
  • Fin des subventions au secteur pétrole, mais développement tout de même.
  • Augmenter le nombre de diplômés.

Mitt Romney, prenant une pause au cours d'une visite dans une usine de Worthington, en Ohio.

Les principales mesures économiques de Mitt Romney

  • Baisse d’impôts pour les ménages : réduction de 20 % de tous les taux marginaux.
  • Baisse du taux le plus élevé pour les entreprises de 35 à 25 %.
  • Équilibre budgétaire : coupes sociales et l’assurance maladie (Obamacare).
  • Oui à l’oléoduc Keystone (entre l’Alberta et le Texas).
  • Développement énergétique (réduction de la réglementation).
  • Amélioration des programmes de formation.
  • Plus de dépenses dans la Défense.
  • Des éléments de politiques extérieures (affrontement possible avec l’Iran, sanctions possibles contre la Chine) pourraient avoir des répercussions économiques.

 

Peu importe le gagnant, il souhaitera certainement avoir les coudées franches pour mettre en place son plan de match économique, et donc compter sur un Congrès qui lui est favorable. Le prochain président devra :

  1. Éviter le choc fiscal qui pourrait survenir le 1er janvier avec l’annulation automatique des baisses d’impôt annoncées par George W. Bush et la réduction instantanée de plusieurs dépenses publiques, qui stimulent en ce moment l’économie.
  2. Composer avec une économie mondiale qui ralentit : Europe en récession, croissance chinoise toujours un peu moins forte.
  3. Stimuler l’économie intérieure par des mesures ciblées dans le secteur manufacturier notamment, des mesures que plusieurs considèrent comme étant une approche protectionniste, qui semble toutefois permettre aux États-Unis de regagner du terrain dans le secteur de la fabrication.
  4. Et développer une stratégie énergétique efficace : comment se libérer du pétrole, toujours plus difficile à extraire, se libérer du pétrole étranger de plus en plus orienté vers la demande des émergents, surtout la Chine, développer des énergies plus propres comme le gaz naturel et l’éolien?

Alors, vos pronostics?

Sources : Pierre Fournier (Banque Nationale), Francis Généreux (Desjardins), Frédérick Gagnon (UQAM)