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La flamme éteinte…

Vendredi 7 novembre 2014 à 12 h 39 | | Pour me joindre

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Il n’y a aucune source de réjouissance dans les chiffres sur l’emploi publiés pour le Québec en octobre. Rien ne laisse entrevoir une reprise du marché en ce moment. Depuis janvier 2013, l’emploi stagne. Et depuis janvier 2014, l’emploi chute. Brève reprise durant l’été, mais rien de solide. Le bilan depuis un an, c’est l’ajout de 70 000 emplois à temps partiel au Québec, mais la perte de 100 000 à temps plein. C’est très décevant.

Pendant ce temps, la croissance de l’emploi se poursuit en Ontario, et le total pour l’ensemble du Canada continue d’augmenter. Il s’est ajouté plus de 200 000 emplois au Canada cette année jusqu’à maintenant. L’Ontario  a gagné près de 120 000 emplois depuis décembre.

 

 

Que se passe-t-il au Québec? Qu’est-ce qui explique l’absence de vitalité du marché de l’emploi? Qu’est-il arrivé dans les derniers mois et les dernières années pour que le Québec cesse de créer des emplois? Je sais qu’ici, les discussions deviendront partisanes. C’est la faute aux péquistes, diront certains. D’autres vont ironiser  en disant que c’est « l’effet libéral ».

N’y a-t-il pas des explications un peu plus profondes et structurelles? Sans écarter l’effet des décisions politiques, sur lesquelles il est difficile d’aller sans se faire accuser de pencher d’un bord ou de l’autre, prenons le temps d’analyser certains facteurs et événements qui auraient eu un impact sur l’état de santé du marché de l’emploi depuis un an et demi :

  1. La chute des matières premières. Depuis le début de 2013, les prix des matières premières sont en baisse et plusieurs projets miniers ont ralenti leur développement ou reporté des projets. Que ce soit le « Nord pour tous » ou le « Plan Nord », la dégringolade des prix de l’or et du fer a un impact économique réel.
  2. Le Québec tarde à ressentir les effets de la reprise américaine. La croissance des États-Unis est de plus en plus solide. Les économistes de Desjardins écrivent ce matin qu’il « faudra peut-être attendre 2015 pour en voir les effets concrètement au Québec ».
  3. Le secteur privé en Ontario et dans l’ensemble du pays crée de l’emploi. Depuis un an, il s’est ajouté 140 000 emplois au Canada dans le privé, alors qu’au Québec on a perdu près de 50 000 emplois dans les entreprises privées. Pourquoi? Qu’est-ce qui explique la réticence du secteur privé à créer des emplois au Québec?
  4. Fondamentalement, nous en parlons souvent, la structure démographique du Québec change. Le taux d’activité, c’est-à-dire les gens qui travaillent et ceux qui cherchent de l’emploi par rapport à l’ensemble de la population de 15 ans et plus, baisse au Québec. Ce taux est passé de 65,3 % en janvier à 64,4 % en octobre. Beaucoup de gens partent à la retraite.
  5. Si on devait ajouter un aspect politique, on pourrait évoquer la présence d’un gouvernement minoritaire pendant 18 mois, la menace d’augmenter les impôts en septembre 2012 et, aujourd’hui, les mesures d’austérité du gouvernement qui s’accompagnent d’une réduction du soutien aux entreprises.

 

Difficile de montrer du doigt un, deux ou trois éléments précis. Une chose cependant qu’on peut dire, c’est que le climat de confiance doit être rétabli. Pourquoi une entreprise voudrait-elle investir au Québec, créer de l’emploi ici et vivre au Québec? Pourquoi un entrepreneur déciderait-il de se lancer dans un projet d’entreprise ou un projet d’économie sociale en ce moment au Québec?

Qu’est-ce qui stimule l’économie en ce moment, qu’est-ce qui donne le goût aux femmes et aux hommes du Québec d’aller de l’avant avec leurs projets, leurs innovations, leurs idées de grandeur? Qu’est-ce qui peut rallumer la flamme, dites?

Depuis jeudi soir, l’analyse du débat porte essentiellement sur les gains et les pertes des chefs lors des échanges. Il est clair qu’à deux semaines du scrutin, il est plus qu’important de mesurer l’efficacité des messages des chefs et la perception des électeurs. Mais si la stratégie de vente et de marketing d’un produit est névralgique, ce qu’il y a dans la canette compte aussi!

Et si l’on s’intéresse à la substantielle moelle du projet politique des Marois, Couillard, Legault et David, on est resté sur notre faim. Les chiffres de l’emploi, le salaire des médecins ou la date d’un éventuel référendum ne sont certainement pas des sujets à la marge. Néanmoins, derrière chaque affrontement, il y a un enjeu fondamental dont on doit discuter : l’état de l’économie, la gestion des coûts en santé et l’avenir du Québec.

Mais je reviens à mon souhait de début de campagne. C’est un projet sur 10, 15, 20 ans qu’il nous faut pour :

  1. améliorer notre productivité, et donc notre richesse, notre capacité à payer pour nos services publics, pour créer de l’emploi… et du bonheur;
  2. gérer la transformation démographique qui s’amorce avec le départ à la retraite des baby-boomers au cours des 20 prochaines années, ce qui aura un impact important sur l’économie. L’économiste Marc Van Audenrode nous disait jeudi soir à RDI économie que, dans les années passées, l’ajout naturel d’environ 45 000 à 50 000 emplois annuellement augmentait d’un point de pourcentage le PIB. Or, la réduction de la population active dans les prochaines décennies va réduire le PIB de 0,5 point annuellement. Ce n’est quand même pas rien!

Alors, qui a parlé du vieillissement de la population jeudi soir? Qui a proposé un vaste projet misant sur les talents, la créativité, les bonnes idées, les technologies, l’innovation, la productivité? L’électrification des transports de Pauline Marois, le Projet Saint-Laurent de François Legault, le chantier des technologies vertes de Françoise David et le développement du Nord que veut poursuivre Philippe Couillard sont toutes des idées créatrices de richesse. Mises ensemble, elles feraient tout un projet, vous ne trouvez pas?

Je ne sais pas sur quoi vous allez voter le 7 avril prochain. Et je ne sais pas si vous trouvez les réponses à vos questions ou à vos attentes durant cette campagne. Je ne sais pas non plus si c’est moi qui ai un peu de mal à saisir les messages politiques ou qui demeure idéaliste. Mais il me semble que, si l’on s’intéresse à l’évolution socioéconomique du Québec à long terme, il nous en faudrait un peu plus. Beaucoup plus. Vraiment plus.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Emplois et transferts : les chiffres

Vendredi 14 mars 2014 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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On m’a confié l’animation d’une émission économico-politique sur la campagne électorale au Québec. Une bonne partie de mon attention est consacrée aux propositions économiques de la campagne et au calcul stratégique des partis. Et nous recevons, dans nos adresses calcul@radio-canada.ca et rdieconomie@radio-canada.ca, une quantité importante de questions.

D’abord, merci!

Et puis, parmi les questions reçues, deux reviennent régulièrement.

Chiffres sur l’emploi : qui dit vrai?

La chef du Parti québécois affirme qu’il s’est créé 47 800 emplois en 2013 au Québec. Le chef du Parti libéral du Québec déclare, lui, qu’il s’est perdu plus de 66 000 emplois en 2013. Qui a raison?

Pauline Marois utilise le calcul de l’Institut de la statistique. Il s’est ajouté 47 800 emplois dans l’économie en 2013, si on prend la moyenne du nombre d’emplois au cours des quatre trimestres de 2013 et qu’on la compare avec la moyenne des quatre trimestres de 2012. Ainsi, on a un total moyen de 4 032 200 emplois en 2013, une hausse de 47 800 par rapport à l’année précédente.

Philippe Couillard utilise les données brutes à temps plein de janvier à janvier. Autrement dit, au début février 2014, on a dévoilé les chiffres d’emplois créés de janvier 2013 à janvier 2014. Statistique Canada donne aussi la comparaison sur 12 mois. Donc, entre le 31 janvier 2013 et le 31 janvier 2014, il s’est perdu 66 800 emplois à temps plein. C’est le chiffre qu’utilise Philippe Couillard. Ajoutons qu’il s’est créé pendant cette période 76 800 emplois à temps partiel, pour un résultat net de 10 000 emplois créés sur ces 12 mois.

Si le chef du PLQ avait pris la même période de référence que la chef du PQ, il aurait utilisé les données de décembre à décembre, donc du 31 décembre 2012 au 31 décembre 2013. Le résultat pour cette période : perte de 43 800 emplois à temps plein et gain de 45 800 emplois à temps partiel. Gain net de 2000 emplois.

Combien Québec donne-t-il au fédéral, et combien le Québec reçoit-il du fédéral?

La réponse à cette question se trouve à la page 46 des Comptes économiques des revenus et dépenses du Québec, édition 2013, document publié par l’Institut de la statistique du Québec.

Ainsi, en 2012, en impôts, cotisations, revenus et transferts, le Québec a envoyé à Ottawa une somme totale de 44,554 milliards de dollars. En retour, le fédéral a envoyé au Québec en dépenses, transferts et intérêts un total de 60,815 milliards de dollars. Le gouvernement du Canada a donc versé un montant net supplémentaire au Québec de 16,261 milliards de dollars.

Bonne fin de semaine!

Les données sur l’emploi de février arrivent dans la campagne électorale au Québec comme un cheveu sur la soupe. Un gros cheveu! Le Québec a perdu 25 500 emplois nets en février par rapport au mois de janvier, ce qui représente la chute la plus importante au pays. Ailleurs au Canada, il s’est créé des emplois en Ontario et en Alberta, notamment.

Toutefois, il faut mettre ces données en perspective. Les statistiques mensuelles sont très volatiles et suscitent de plus en plus de suspicion chez les économistes.

Ainsi, les moyennes sur 3, 6 et 12 mois sont très utiles.

Voici donc les chiffres de février : 

Emplois – février 2014

  • Maritimes +4600
  • Québec -25 500
  • Ontario +6100
  • Manitoba -1700
  • Saskatchewan +1100
  • Alberta +18 800
  • Colombie-Britannique -10 400
  • Canada (total) -7000

Emplois – Québec

  • Moyenne 3 mois : -9633 emplois par mois
  • Moyenne 6 mois : +4733 emplois par mois

Emplois – Canada

  • Moyenne 3 mois : -7200 emplois par mois
  • Moyenne 6 mois : +3367 emplois par mois

Avec toutes ces données, on peut commencer à se faire une meilleure idée sur l’état de l’emploi au Québec et au Canada. Cela dit, permettez-moi de vous présenter d’autres données, qui sont peut-être encore plus fondamentales pour comprendre le marché du travail :  l’évolution de l’emploi dans les secteurs privé et public ainsi que le taux d’emploi. On va s’attarder sur les données pour l’ensemble du Canada et le Québec.

Emplois – secteur public – Québec 

  • Février : -14 500
  • Depuis 3 mois : -7200
  • Depuis 1 an : +14 800

Emplois – secteur public – Canada

  • Février : -50 700
  • Depuis 3 mois : -19 300
  • Depuis 1 an : -41 300

Emplois – secteur privé – Québec

  • Février : -13 000
  • Depuis 3 mois : -37 600
  • Depuis 1 an : -26 100

Emplois – secteur privé – Canada

  • Février : +35 200
  • Depuis 3 mois : -8600
  • Depuis 1 an : +128 500

Terminons avec le taux d’emploi. Le taux donné par Statistique Canada, c’est le nombre de personnes en emploi par rapport à la population de 15 ans et plus.

Au Québec, le taux d’emploi était de 60,5 % en février 2013, et de 60,4 % en janvier 2014. Au cours du dernier mois, en février 2014, il est tombé à 60,0 %.

Pour l’ensemble canadien, le taux d’emploi était de 62,0 % en février 2013, et de 61,6 % en janvier, puis en février 2014.

 

sources : Desjardins, Statistique Canada

Légère reprise de l’emploi au Québec

Vendredi 7 février 2014 à 17 h 23 | | Pour me joindre

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C’est vrai qu’on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Mais, en s’intéressant aux tendances, il est difficile de triturer les conclusions. Alors, pour vous permettre de vous amuser un peu en fin de semaine, voici les tendances de l’emploi au pays selon les dernières données publiées vendredi matin par Statistique Canada.

Le mois de janvier

D’abord, les données publiées au début du mois de janvier pour le bilan du mois de décembre nous ont permis de nous rappeler que les statistiques à court terme peuvent être volatiles. Statistique Canada écrit que « si l’estimation publiée est le meilleur indicateur disponible de la valeur réelle, la variation du niveau d’une estimation d’un mois à l’autre peut refléter une variation véritable ou la variabilité d’échantillonnage. » C’est bon à savoir, non?

Donc, voici les données de janvier, mais veuillez les prendre avec un grain de sel SVP!

  • Canada : +29 400 emplois
  • Québec : +12 700 emplois
  • Ontario : +6000 emplois
  • Nouveau-Brunswick : +2400 emplois
  • Alberta : +9900 emplois

Maintenant, les tendances. Ce sont celles-là qu’il faut suivre nous disent les économistes.

Voici les moyennes mensuelles sur 3, 6 et 12 mois :

3 derniers mois 

  • Canada : +3500
  • Québec : +3900
  • Ontario : – 333
  • Nouveau-Brunswick : +333
  • Alberta : +2700

6 derniers mois

  • Canada : +15 283
  • Québec : +9017
  • Ontario : +467
  • Nouveau-Brunswick :  +83
  • Alberta : +4467

12 derniers mois

  • Canada : +12 158
  • Québec : +833
  • Ontario : +4483
  • Nouveau-Brunswick : +58
  • Alberta : +5800

Conclusions :

  • la création d’emploi est modeste au Canada depuis 12 mois;
  • la création d’emplois a sérieusement ralenti au cours des 3 derniers mois au pays;
  • le Québec et l’Ontario connaissent des séquences inversées : le marché de l’emploi est en panne en Ontario depuis 6 mois, alors que le marché est en reprise au Québec depuis 6 mois.

Et si on s’intéresse à des données très fondamentales, allons donc voir le taux d’emploi. C’est le ratio du nombre d’emplois par rapport à la population totale ou encore du nombre de personnes qui travaille par rapport à l’ensemble de la population en âge de travailler. C’est cette dernière mesure qui est retenue dans les données suivantes :

  • le taux d’emploi au Canada est passé de 61,9 % à 61,6 % de janvier 2013 à janvier 2014;
  • le taux d’emploi au Québec est passé de 60,7 % à 60,4 % de janvier 2013 à janvier 2014;
  • le taux d’emploi en Ontario est passé de 61,3 % à 61 % de janvier 2013 à janvier 2014.

Donc, le taux est en baisse, en raison, selon les économistes, du découragement possible de certains travailleurs et du vieillissement de la population qui commence à se faire sentir. L’impact est plus grand au Québec. On s’arrête ici. On digère tout ça! Bonne fin de semaine, je vous parle mardi d’Ottawa au budget.

sources : Desjardins, Statistique Canada

Jouer avec les chiffres…

Mercredi 13 novembre 2013 à 14 h 04 | | Pour me joindre

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La plus élémentaire des prudences quand on regarde les chiffres de l’emploi, c’est de s’intéresser aux tendances. On s’en est parlé souvent dans cette chronique, c’est comme ça que j’aborde les questions ici et à RDI économie.

Quand on a eu des mois d’emplois négatifs au Québec, on s’est intéressé à la tendance. C’est ce que j’ai fait notamment les 16 août et 20 septembre derniers. Il faut faire la même chose quand on a des mois positifs, des mois de création d’emplois. Et c’est donc en s’intéressant à la tendance qu’on doit observer les données de septembre et d’octobre pour l’emploi au Québec.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas MarceauLe ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a refusé de commenter directement les données sur l’emploi lors de son passage sur notre plateau le 5 septembre dernier. Il s’est contenté de dire que le niveau d’emploi moyen pour les sept premiers mois de 2013 était supérieur au niveau moyen des sept premiers mois de 2012. La tendance, celle depuis le début de l’année, ne l’intéressait pas, encore moins les données mensuelles, trop « volatiles » disait-il avec raison.

Quelle n’a pas été ma surprise de lire le communiqué qu’il a publié le 8 novembre dernier pour se féliciter de l’ajout de 34 100 nouveaux emplois en octobre au Québec, une information qui fait en sorte que « l’économie du Québec démontre sa robustesse » selon le ministre, des données qui « constituent une démonstration évidente de la grande confiance des Québécoises et des Québécois envers leur économie et le marché du travail ».

Pourquoi commenter ces chiffres mensuels « volatiles »?

Pourquoi considérer que la donnée sur les 34 100 emplois créés en octobre est crédible, alors qu’il fallait prendre avec des pincettes, selon le ministre, celle du mois de juillet, une chute de 30 400 emplois en raison de la baisse trop prononcée selon lui de l’emploi dans le secteur de la santé?

Pourquoi reléguer au dernier paragraphe de son communiqué la donnée que le ministre mettait en évidence il y a quelques semaines à peine, celle qui compare 2013 par rapport à l’année précédente, donnée qui révèle qu’il y a 53 300 emplois de plus pour les mois de janvier à octobre 2013 comparativement aux mêmes mois de 2012?

Pourquoi? Parce que les bonnes données sont plus agréables à mettre en évidence que les mauvaises. Et si on parle des chiffres mensuels tout à coup, c’est que le gain moyen d’emplois année sur année ne cesse de se réduire parce que l’automne 2012 a été très positif au chapitre de l’emploi. Si les mois de novembre et de décembre 2013 au Québec sont moyens, non seulement le ministre ne voudra peut-être pas en parler, mais il pourrait ne plus être en mesure de mettre en valeur la comparaison 2013-2012!

Bref, comme journaliste, je peux vous dire une chose : que le ministre des Finances soit Raymond Bachand ou Nicolas Marceau, quand ça va bien, on le dit et quand ça va mal, on le dit aussi. En ce moment, la tendance, qui était négative, semble se renverser. Espérons que ça dure!

Deux poids, deux mesures, Monsieur le ministre?

L’obsession du « plein emploi »

Vendredi 4 octobre 2013 à 15 h 24 | | Pour me joindre

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Si la première ministre Pauline Marois dit que son obsession, c’est l’emploi, la sénatrice conservatrice Diane Bellemare pourrait dire, elle, que son obsession, c’est le « plein emploi »!

Diane Bellemare a été nommée au sénat par le premier ministre Stephen Harper il y a un peu plus d’un an. Mais, même si elle fait aujourd’hui de la politique, l’économiste, qu’on voyait régulièrement à RDI économie pour commenter les enjeux économiques, a conservé une libre parole. Dans un livre qui paraît ces jours-ci, Créer et partager la prospérité, publié aux Presses de l’Université du Québec, Diane Bellemare aborde avec pragmatisme les questions de protection sociale, de retraite et d’emplois, et lance des propositions qui ne représentent pas nécessairement la position du gouvernement Harper.

Elle nous annonce même que son approche s’appuie sur les principes de John Maynard Keynes, qui n’est pas du tout le préféré des conservateurs. Le Keynésianisme est favorable à l’intervention de l’État dans l’économie pour favoriser le plein emploi.

« Les idéologies alimentent les tensions et font basculer les débats dans l’irrationnel », écrit Diane Bellemare dans les premières pages de son ouvrage. Ce qu’elle annonce, dès le départ, c’est qu’il faut améliorer sensiblement « le système de rémunération », c’est-à-dire les politiques qui encadrent toutes les questions liées à l’emploi, au chômage, aux cotisations sociales, à la retraite et à la formation.

Protections sociales déficientes

« Le chômage élevé divise la société en groupes : les élus et les exclus, écrit Diane Bellemare. Ce phénomène d’exclusion pèse lourd sur les dépenses d’assistance sociale. » À son avis, il faut tout faire pour apporter une meilleure sécurité aux travailleurs et favoriser la création d’emplois et l’intégration des chômeurs et assistés sociaux au marché du travail.

« Au Canada, la protection sociale (rémunération publique) en pourcentage du PIB est inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. En 2010, elle atteint 18,6 % du PIB comparativement à 22 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE. […] Le système de rémunération publique se présente comme un amalgame pas toujours cohérent de programmes provinciaux et fédéraux, souvent peu généreux comparativement à ceux d’autres pays industrialisés. »

De plus, 1 personne sur 2 en chômage au Canada reçoit des prestations d’assurance-emploi. Ce n’est pas acceptable dit-elle parce que le système ne tient pas compte de « l’obsolescence des compétences professionnelles ».

Pour ceux qui sont et qui restent dans le marché du travail, il faut savoir que « les nouveaux emplois se créent aux extrémités de la distribution des revenus, accentuant les inégalités de revenus alors que la moyenne des revenus réels n’augmente guère ». Elle ajoute que, de nos jours, les entreprises font « assumer aux employés davantage de risques que par le passé. Cette réalité est pourtant paradoxale. En effet, le succès des entreprises repose de plus en plus sur la qualité de leurs ressources humaines ».

La sécurité du revenu à la retraite

La sécurité du revenu à la retraite n’est pas à point selon Diane Bellemare. Il y a trop de gens pauvres à la retraite, reconnaît-elle. « Au Québec, 44 % des personnes de 65 ans et plus reçoivent le Supplément de revenu garanti comparativement à 34 % pour le Canada. » Et un peu plus du tiers seulement des Canadiens et des Québécois ont des régimes de retraite complémentaires. « Les entreprises n’ont pas rempli la mission que la société canadienne leur a confiée », écrit-elle. Il faut repenser les revenus de retraite, à son avis, en déplaçant le « pivot central » du système des régimes complémentaires vers les régimes publics que sont la Régie des rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada.

La sénatrice Bellemare est de ceux et celles qui croient qu’il faut travailler plus longtemps et qu’on devrait « songer à établir un âge flexible pour la mise à la retraite ». Elle croit aussi que les pensions de retraite « devraient être indexées au niveau de vie courant, à la hausse comme à la baisse ». Elle est aussi d’avis qu’il faut bonifier le système de la Régie des rentes du Québec et du Régime de pensions du Canada afin qu’ils « deviennent l’épine dorsale du système de maintien du niveau de vie à la retraite ».

Solution : plein emploi

Il faut que toutes les énergies convergent vers la création d’emplois. Diane Bellemare affirme que « ce n’est pas en uniformisant les règles et en obligeant les gens à déménager à des centaines, voire à des milliers de kilomètres de leur lieu de résidence qu’on réglera le problème ». Et ce n’est pas en coupant dans l’assurance-emploi qu’on règle le problème, selon la sénatrice. Au contraire, une telle avenue crée de la pauvreté.

Le plan de match de Diane Bellemare mise beaucoup sur le « plein emploi ». Ce n’est pas le chômage zéro. Le « plein emploi », c’est de faire en sorte qu’il y ait plus de postes disponibles que de chômeurs. Bien sûr, ces chômeurs ne sont pas prêts ou formés pour pourvoir ces postes.  Mais le principe d’un système qui offre le plein emploi serait ainsi atteint. Diane Bellemare précise toutefois que « le plein emploi, c’est la possibilité d’exercer un emploi rémunéré qui est garantie par la société et non un droit à un revenu à n’importe quelle condition ».

Pour y arriver, l’État doit mettre l’emploi au cœur de ses stratégies et il faut certainement miser sur la formation continue.

« En 2010, écrit Diane Bellemare, les coûts du chômage pour le Canada et le Québec atteignent respectivement 190,1 milliards et 37,4 milliards de dollars ou 11,7 % du PIB. On peut facilement imaginer que dans un contexte de plein emploi, les gouvernements auraient moins de problèmes budgétaires. »

À lire. Excellente lecture de chevet.

Emplois au Québec : qui a raison?

Vendredi 20 septembre 2013 à 9 h 11 | | Pour me joindre

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Les partis d’opposition avancent que le Québec perd des emplois et le gouvernement dit que plus de postes ont été créés par rapport à l’an dernier. Qui croire?

La charte, bonne pour l’emploi?

Mercredi 11 septembre 2013 à 12 h 27 | | Pour me joindre

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« Les balises que nous proposons, à terme, elles vont aider à l’intégration au marché de l’emploi de beaucoup de Néo-Québécois, notamment des Québécois d’origine maghrébine, parce qu’effectivement, les employeurs actuellement ont des craintes. Ils ne savent pas trop comment se gouverner en matière d’accommodement. Et on pense qu’en leur donnant ces balises-là, ça va être beaucoup plus facile pour la suite des choses. »

- Bernard Drainville, ministre, Institutions démocratiques et Participation citoyenne, Québec

Quand Bernard Drainville a prononcé ces paroles en conférence de presse mardi matin, lors de l’annonce des détails sur la Charte des valeurs québécoises, je vous avoue que j’ai un peu sursauté. Honnêtement, je ne sais pas s’il a raison de penser ce qu’il pense. Le temps nous le dira. Mais, ce que je sais, c’est que l’intégration des immigrants au marché du travail québécois est difficile et ça dure depuis plusieurs années. Les chiffres parlent.

Selon une étude de l’IRIS, publiée en 2012, le taux de chômage des immigrants était deux fois celui des « natifs », des gens qui sont nés au Québec. Le taux de chômage des diplômés universitaires immigrants était trois fois plus élevé que celui des « natifs ».

Selon une autre étude publiée en 2011, du CIRANO celle-là, le taux de chômage des immigrants de 15 à 64 ans était de 12,4 % en 2010 au Québec contre 10,4 % en Ontario et 8,8 % en Colombie-Britannique. Chez les immigrants récents, ceux qui sont ici depuis moins de cinq ans, ainsi que chez les immigrants peu instruits, le taux de chômage frôlait la barre des 20 % au Québec.

À la lumière de ces chiffres, deux réflexions :

  1. Si elle est adoptée, la charte amènera des exigences supplémentaires pour accéder au marché du travail québécois et le ministre l’a lui-même reconnu à la radio ce matin. Les femmes musulmanes portant le voile sont celles qui sont les plus concernées par la mesure interdisant les signes religieux ostentatoires.
  2. En retour, si elle est adoptée, elle amènera, en principe et selon le ministre Drainville, une plus grande clarté sur les éventuelles demandes d’accommodements religieux.

Et sur ce dernier point d’ailleurs, le ministre est d’avis que la charte pourra servir de guide pour les entreprises privées, surtout les petites et les moyennes entreprises. La charte s’appliquera au secteur public, mais les entreprises privées pourront s’en inspirer, a-t-il dit, précisant qu’il y avait un « réel problème » dans la gestion des accommodements religieux pour les entreprises.

Martine Hébert de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante« À ma connaissance, il n’y a pas de réel problème à cet égard-là » a dit Martine Hébert, vice-présidente pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, à RDI économie mardi soir. Son organisme compte 24 000 membres. Elle reçoit environ 8000 appels de ses membres chaque année en moyenne, et elle affirme qu’elle a assez d’une seule main pour compter le nombre de cas liés à des questions d’accommodements religieux.

Le professeur Sébastien Arcand, de HEC Montréal, invité aussi à RDI économie, est même convaincu que la charte aura l’effet inverse sur l’emploi des immigrants : où iront les femmes musulmanes voilées, demande-t-il? Les CPE étaient une sorte de « refuge » dans le monde du travail pour elles, a-t-il déclaré mardi soir à notre antenne. Il se demande si les nouvelles mesures ne viendront pas jeter davantage de confusion dans les entreprises privées face à l’embauche d’immigrants.

Il y a au Québec des problèmes de reconnaissance de diplômes et de pénurie de main-d’œuvre, m’ont dit mes invités. Pour eux, ce sont là les vrais enjeux. On a besoin d’immigrants qualifiés, diplômés et francophones. Ils craignent que la Charte ne vienne entrer en conflit avec ce besoin.

Un téléspectateur m’a écrit et j’ai publié le courriel en ondes hier soir : « Je m’interroge sur le coût économique de la nouvelle charte des valeurs du gouvernement Marois, m’écrit Ilham Skouti, dans le sens où ces minorités visibles décident de quitter le Québec ou encore se tourner vers les prestations d’aide sociale dans le cas d’inaccessibilité à l’emploi pour des raisons de port de signes religieux. »

Qu’en pensez-vous?

L’an 1 du PQ : pressage de citron

Mardi 3 septembre 2013 à 14 h 50 | | Pour me joindre

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La première ministre, Pauline MaroisIl y a un an, le Parti québécois prenait le pouvoir. Pour la première fois dans l’histoire du Québec, une femme allait devenir première ministre. Nous voici donc 12 mois plus tard : quel est le bilan du Parti québécois à la tête du gouvernement? Comment se porte l’économie du Québec? Quels sont les faits marquants sur le plan des mesures économiques et fiscales du gouvernement Marois? Un an plus tard, qu’est-ce qu’on retient?

1- L’état de  l’économie

J’en parlais dans un billet précédent : quand ça va bien, les politiciens au pouvoir aiment bien s’attribuer les succès économiques de leur territoire. Quand ça va mal, l’opposition aime bien faire porter l’odieux au gouvernement. Dans tous les cas, il faut prendre ça avec un grain de sel : l’action du gouvernement a un impact sur l’économie, mais c’est loin d’être la seule donnée en jeu.

Cela dit, force est de constater que le vent ne souffle pas du bon bord pour le Parti québécois. À son arrivée au pouvoir, l’emploi était en croissance. Mais, depuis la fin de 2012, la croissance est de plus en plus faible et les mois de pertes d’emplois s’additionnent. Depuis octobre 2012, soit 2 semaines après l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, il s’est créé 3700 emplois au Québec.

Il s’est créé en moyenne 9800 emplois par mois de juillet à décembre 2012. Il s’est perdu 5800 emplois en moyenne de janvier à juillet 2013.

Le PIB du Québec croît lentement. En fait, le printemps dernier, le produit intérieur brut a reculé de 0,2 % en mars et de 0,2 % en avril avant de se stabiliser en mai, ce qui veut dire que la croissance était à zéro. La donnée pour le mois de juin pourrait être décevante, elle aussi, puisqu’il y a eu grève dans le secteur de la construction.

D’ailleurs, ce secteur ralentit au Québec en raison notamment des mises en chantier qui se font moins nombreuses. Selon la SCHL, le nombre de mises en chantier sera à son plus bas en une décennie au Québec cette année.

2- Les mesures fiscales et économiques du gouvernement

La grande priorité du gouvernement Marois, c’est l’atteinte de l’équilibre budgétaire en 2013-2014. Aucune décision en ce moment ne résiste au filtre de cet objectif. Dans un contexte de très lente croissance économique, c’est en quelque sorte une politique du pressage de citron qui est appliquée par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir. Et une réduction importante et rapide de la hausse des dépenses gouvernementales, jumelée à une hausse de tarifs et d’impôts, a un impact décroissant sur l’économie du Québec.

L’économiste François Delorme nous expliquait le 8 mai à RDI économie que les mesures d’austérité du gouvernement Marois allaient réduire le nombre d’emplois créés au Québec. Il y aurait, selon son analyse, 15 000 emplois de plus dans l’économie du Québec en 2014 sans les mesures d’austérité.

En résumé, le gouvernement a adopté les mesures suivantes :

  • Hausse des tarifs d’électricité et dégel du tarif patrimonial;
  • Hausse des taxes scolaires;
  • Hausse indexée des droits de scolarité, bonification des prêts et bourses;
  • Hausse des impôts des mieux nantis;
  • Maintien et hausse pour les mieux nantis de la taxe santé;
  • Compressions dans les dépenses, notamment la recherche, les CPE et l’aide sociale;
  • Exigences d’un rendement plus élevé des sociétés d’État;
  • Fermeture de Gentilly-2, fonds de 200 M$ pour la diversification de l’économie du Centre-du-Québec et de la Mauricie;
  • Fin de l’amiante, fonds de 50 M$ pour la diversification de l’économie de la MRC des Sources;
  • Moratoire sur le gaz de schiste;
  • Annulation de projets d’infrastructures et de minicentrales;
  • Québec et le Fonds de solidarité FTQ participent à la relance d’une partie des activités d’Aveos;
  • Déblocage de projets éoliens (qui pourraient se traduire par une plus forte hausse des tarifs d’électricité à partir du 1er avril 2014);
  • Politique de souveraineté alimentaire;
  • Crédits d’impôt pour favoriser le mécénat culturel.

Il est important de noter que les projets créateurs de richesse pour l’État et l’économie du Québec n’ont pas donné les résultats attendus ou promis :

  • La Banque de développement ne suscite pas l’adhésion de l’opposition, et il semble de moins en moins probable qu’elle verra le jour;
  • Faible hausse des droits miniers;
  • Abandon de la réforme de la taxation du gain en capital.

Le déficit zéro sera probablement atteint grâce à une gestion froide des dépenses publiques : réduction de la croissance des dépenses, nouveaux revenus d’impôts et de tarifs. En retour, la stratégie de croissance économique est encore à élaborer. Que deviendra la Banque de développement économique du Québec? Est-ce que le gouvernement va finalement miser sur Investissement Québec et lever l’incertitude qui pèse sur l’institution?

À surveiller : la politique industrielle que le gouvernement doit déposer cet automne ainsi que les conclusions des commissions en cours sur les mines, les régimes de retraite et le prix du livre.