Alors que le gouvernement du Québec impose un moratoire officiel sur le gaz de schiste, les États-Unis sont en train de changer le monde énergétique mondial en misant tous azimuts sur la fracturation hydraulique. La voie est libre, les Américains ont le marché à eux et ils saisissent l’occasion, malgré toutes les incertitudes soulevées sur la sécurité et l’environnement.
À cause de la production américaine de gaz de schiste, le prix du gaz a plongé. Cela a du coup fait plonger le prix de l’électricité dans le marché au grand dam d’Hydro-Québec, qui misait sur ses exportations vers les États-Unis pour augmenter ses revenus et ses dividendes.
La production de gaz naturel aux États-Unis a bondi de 327 % de 2007 à 2011.
Cette technologie de la fracturation est aussi utilisée pour explorer de nouvelles sources de pétrole. Et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonçait dans un rapport mardi que le pétrole de schiste allait propulser les États-Unis au premier rang des producteurs mondiaux en 2015 dans les pays hors OPEP et avant 2020 dans l’ensemble du marché mondial.
En réalité, avec la production américaine, l’offre va monter plus rapidement que la demande! Qui aurait cru une telle avenue il y a quelques années à peine, à une époque où on parlait du pic pétrolier. Les technologies permettent aujourd’hui d’explorer du nouveau pétrole, qui coûte bien plus cher à produire, mais qui est rentable dans le contexte d’un baril à environ 100 $.
Selon l’AIE, ce pétrole de schiste et le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vont créer une « onde de choc » sur la planète au cours des cinq prochaines années, comme la hausse de la consommation pétrolière des Chinois a bouleversé le marché depuis 15 ans.
C’est à se demander si la transformation nécessaire vers des énergies vertes et renouvelables est vraiment en cours. On ne cesse de dire qu’en attendant de passer à de nouvelles sources d’énergie, on a encore besoin de pétrole. Dans ce contexte, et parce que le développement technologique le permet et que les prix sont élevés, on explore et on exploite. Et on continue!
Et vous savez quoi? Avec une telle offensive sur la production, on peut se demander si les prix de l’essence ne sont pas appelés… à baisser plutôt qu’à augmenter! Bien sûr, d’autres facteurs, comme le raffinage et les taxes, influent sur les prix de l’essence.
Après avoir dit pendant des années qu’il fallait se préparer à une hausse des prix de l’essence, ce spectaculaire développement de l’offre pétrolière en Amérique du Nord est-il en train de remettre en question toutes les prévisions?
Pour justifier ces surplus créés par les décisions du gouvernement précédent et un retournement de marché, la première ministre Pauline Marois affirme qu’il s’agit là d’un avantage pour convaincre des entreprises de s’installer au Québec. Elle a ajouté un argument de plus vendredi dernier : ces surplus permettront d’électrifier les transports au Québec.
Selon Jean-François Blain, analyste du secteur de l’énergie, l’électrification du transport des véhicules de promenade permettrait une économie exceptionnelle. Il estime que le coût actuel en essence pour ces véhicules totalise 8,7 milliards de dollars. En électrifiant tout ce parc de véhicules, la dépense serait réduite à 2,2 milliards à un prix de 15 ¢ le kWh. Jean-François Blain affirme que ça permettrait à Hydro-Québec d’augmenter, en plus, ses bénéfices, de 1,4 milliard. Cela permettrait de verser un dividende supplémentaire de 1 milliard au gouvernement du Québec.
Comment en sommes-nous arrivés là? Plusieurs facteurs, selon Jean-Thomas Bernard :