Billets classés sous « élections »

Entre les questions d’intégrité, de transparence et de référendum, tous les jours, les partis politiques qui se disputent votre vote le 7 avril prochain font des propositions et prennent des engagements.

Tous les partis ont présenté leur cadre financier :

  • le PQ considère que ce cadre, c’est son budget 2014-2015, annoncé le 20 février dernier;
  • la CAQ a présenté son cadre le 6 mars;
  • Québec solidaire a dévoilé son plan économique le 17 mars, puis son cadre le 18 mars;
  • le PLQ a dévoilé son cadre financier le 18 mars.

J’ai reçu à RDI économie quatre candidats pour parler de leur plateforme financière et économique. Et j’ai mis au défi les quatre représentants de nous expliquer certains enjeux qui méritent des réponses plus claires.

À Nicolas Marceau, du PQ, j’ai demandé comment on pouvait croire que son parti allait pouvoir ramener la croissance des dépenses en santé à seulement 3 %, du jamais vu, alors que les projections du budget 2013-2014 (présenté en novembre 2012) n’ont pas tenu la route. Le gouvernement prévoyait une hausse des dépenses de programmes de 1,8 %. Elles se sont établies, selon la dernière révision, à 2,5 %. Nicolas Marceau prévoyait des revenus autonomes de 51,1 milliards de dollars. Manque à gagner : 3 milliards de dollars.

À Carlos Leitao, du PLQ, j’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé en 26 jours, entre le budget Marceau du 20 février où il était analyste à notre antenne à titre d’économiste en chef de la Banque Laurentienne et le jour de l’entrevue, soit le 18 mars, où il était maintenant candidat libéral. Le 20 février, il prévoyait une croissance du PIB au Québec de 1,8 %. Il jugeait aussi raisonnable la croissance prévue par le gouvernement de 1,9 %. Dans le cadre financier libéral, il est maintenant rendu à 2,1 %.

À Christian Dubé, de la CAQ, j’ai axé l’entrevue sur la faisabilité des compressions de 1,3 milliard de dollars prévues dès cette année, dans le budget 2014-2015, si son parti est porté au pouvoir le 7 avril. Un tel geste est-il réaliste compte tenu de son impact? On coupe où et on coupe qui, puisqu’il s’agit d’un plan à mettre en oeuvre en quelques semaines seulement et non pas sur cinq ans où l’attrition peut réduire l’impact sur les travailleurs du gouvernement.

Et puis, à Amir Khadir, de Québec solidaire, j’ai demandé de nous expliquer comment le Québec pouvait faire passer ses achats en pétrole de 14 milliards de dollars par année à… 0 en 2030, en 15 ans seulement! Si l’objectif de sortir éventuellement du pétrole est partagé par la plupart des politiciens, le réalisme de la proposition de Québec solidaire est discutable.

Voyez ou revoyez ces entrevues ici :

L’entrevue avec Nicolas Marceau

L’entrevue avec Carlos Leitao

L’entrevue avec Christian Dubé

L’entrevue avec Amir Khadir

 

 

Si j’étais à la place de Philippe Couillard, Françoise David, François Legault et Pauline Marois, je récupérerais un vieux truc de la communication politique : un programme en 5 points simples et clairs. Un programme économique en 5 points, qui pourrait avoir l’air de ceci :

  1. Améliorer la productivité et les exportations.
  2. Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population.
  3. Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables.
  4. Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités.
  5. Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population.

En fait, ces 5 points représentent, je pense, les défis économiques du Québec, ceux dont les partis devraient parler et qu’ils vont probablement aborder. Ce sont des enjeux fondamentaux, qui exigent des engagements à long terme. Les politiciens, qui solliciteront votre vote le 7 avril prochain, en sont-ils capables?

Améliorer la productivité et les exportations

La productivité, c’est le niveau de production par heure travaillée. Ce n’est pas travailler plus pour moins. C’est travailler mieux, avec des technologies utiles, avancées, qui permettent d’être plus efficace. Qui a un plan pour améliorer la productivité et aider les entreprises à produire et exporter davantage? Le Québec importe plus qu’il n’exporte. Et le déficit ne fait que grandir. Qui a un projet à long terme pour améliorer ce bilan?

Regardez ces chiffres de HEC Montréal. L’apport à l’économie par heure travaillée au Québec est plus faible qu’ailleurs.

Productivité du travail – 2012

PIB/nombre d’heures travaillées

  • Norvège : 106,24 $
  • France : 72,97 $
  • États-Unis : 72,62 $
  • Allemagne : 71,47 $
  • Canada : 59,56 $
  • Québec : 54,95 $
  • Japon : 49,17 $

source : HEC

Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population

Pour la première fois en plusieurs décennies, il y aura plus de sorties que d’entrées dans la catégorie des 15-64 ans. C’est clair : la population vieillit, la population active va baisser, les coûts de santé ne cesseront d’augmenter. Et donc, la soutenabilité des finances publiques est en jeu. Alors, que faire?

Faut-il générer plus de richesse, plus de revenus, pour éponger les coûts qui augmentent? Est-il possible de trouver de nouvelles sources d’efficacité dans l’appareil public? Ou faut-il penser à revoir le panier de services offerts à la population?

D’autres chiffres, ceux de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques :

Nombre de personnes de 15-64 ans pour chaque personne de 65 ans et plus :

  • 1971 : 9,4
  • 2013 : 4,1
  • 2050 : 2,1

source : Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques

Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables

Les Québécois paient beaucoup d’impôts et de taxes. Mais, en retour, ils ont de généreux services et des programmes uniques comme les garderies à tarif réduit, l’assurance médicaments, les congés parentaux, etc.

Faut-il repenser la fiscalité au Québec?

Faut-il baisser les impôts, baisser les taxes?

Ou, au contraire, faut-il poursuivre la hausse de la taxation des mieux nantis?

Et pour les entreprises, doit-on repenser également la fiscalité?

Nos finances publiques permettent-elles de proposer un allègement fiscal aux individus et aux entreprises? En avons-nous les moyens?

Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités

Créer de la richesse est un concept bien relatif. Qu’est-ce que ça veut dire exactement? Est-ce que c’est d’exploiter les ressources du Québec? De baisser les impôts afin que les consommateurs aient plus d’argent à dépenser? D’investir dans l’économie du Québec à l’aide d’incitatifs fiscaux?

Il sera intéressant de lire les propositions des partis pour créer de la richesse. Et comment vont-ils faire pour que l’ensemble de la population profite de cette création de richesse? Nos sociétés occidentales se sont beaucoup enrichies depuis 35 ans, mais les inégalités ont considérablement grandi en parallèle. Est-ce que cette création de richesse est la bonne?

Le Québec est considéré comme l’un des endroits en Amérique du Nord parmi les moins inégalitaires et où la qualité de vie est particulièrement élevée. Comment conserver ces palmes tout en augmentant la richesse des individus, des entreprises et de la collectivité?

Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population

Près de la moitié des personnes de 65 ans et plus ont besoin du supplément de revenu garanti pour arriver à joindre les deux bouts. C’est un signal de pauvreté. Pourquoi? Parce que le Canada est l’un des endroits dans les pays avancés où le remplacement du revenu de travail est le plus faible à la retraite.

Environ le tiers des gens n’ont pas de REER ou d’épargne pour la retraite. Et quatre travailleurs sur cinq dans le secteur privé n’ont pas de régime de retraite complémentaire.

Deux enjeux sur cette question :

  1. Comment améliorer la protection des personnes à la retraite? REER obligatoire? RRQ plus généreux, donc hausse des cotisations?
  2. Et jusqu’où doit-on repenser la capitalisation des régimes de retraite à prestations déterminées? Faut-il poursuivre dans la voie annoncée, qui est celle de demander aux travailleurs du secteur public de contribuer à 50 % de leur régime de retraite et d’abaisser ainsi la contribution de l’employeur? Vaut-il mieux partager les risques?

Le défi de cette élection ne réside pas dans des mesures à court terme, qui pourraient s’apparenter à des bonbons électoraux. Les Québécois attendent des propositions réalistes, structurantes, innovantes. Pour y arriver, il faudra du courage.

C’est parti, le Québec ira aux urnes le 7 avril. L’heure est donc aux bilans.

Quel est le bilan économique du premier mandat du gouvernement Marois?

Disons, d’entrée de jeu, qu’on ne peut attribuer au seul gouvernement les forces et les faiblesses, les succès et les ratés de l’économie québécoise. Mais tous les gouvernements ont une vision, une stratégie et des priorités. Il est clair que ce cadre influe sur l’évolution économique du Québec.

Résumons le travail gouvernemental au plan économique à cinq points principaux :

  1. Un gouvernement interventionniste : La philosophie du gouvernement Marois est d’intervenir dans l’économie et d’accompagner les entreprises dans leur développement. D’une part, le gouvernement a annoncé des dizaines de subventions, prêts et crédits d’impôt aux entreprises depuis septembre dernier, mais disons que cette façon de faire a été vue aussi sous les libéraux. De façon plus fondamentale, l’interventionnisme de l’État est clairement exprimé dans la stratégie économique du gouvernement, vision exposée l’automne dernier dans ce qu’il a nommé la « Politique économique du Québec – Priorité emploi ». Cette politique se déploie sous quatre grands chapeaux qui couvrent l’ensemble de l’économie : recherche et innovation, secteur industriel, commerce extérieur et électrification des transports.
  2. Un discours pro-pétrole : L’injection de 115 millions de dollars dans l’exploration de l’île d’Anticosti est un fait marquant du mandat de 18 mois du Parti québécois. Cet investissement témoigne encore une fois de l’implication marquée du gouvernement dans les activités économiques, mais surtout de son intérêt pour l’exploitation éventuelle du pétrole. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, la première ministre Pauline Marois a déverrouillé toutes les portes menant à l’or noir. Les plus écologistes de ses ministres (Martine Ouellet, Daniel Breton, Scott McKay) se sont rangés du côté des pro-pétrole et un discours à saveur nationaliste a été mis en place pour susciter l’adhésion des Québécois à l’exploration et à une éventuelle exploitation : « nos ressources », « maîtres et prospères chez nous », « indépendance énergétique », etc.  Le gouvernement du Québec évalue à 45 milliards de dollars les retombées sur 30 ans d’une éventuelle exploitation du pétrole, une projection fragile et hasardeuse, selon plusieurs experts.
  3. Décisions économiques importantes : Dans les premiers jours de son accession au pouvoir, la première ministre Pauline Marois a annoncé la fermeture de Gentilly-2, donc la fin de l’aventure nucléaire du Québec amorcée il y a 30 ans. Aussi, le gouvernement a décidé d’annuler le prêt consenti par les libéraux à l’été 2012 à la mine Jeffrey d’Asbestos. Cette décision signale aussi la fin d’une industrie au Québec, celle de l’amiante.
  4. Déficit zéro reporté : Le ministre des Finances Nicolas Marceau a présenté son budget 2013-2014 en novembre 2012 pour deux raisons : le Parti québécois voulait mettre en place son propre budget et voulait agir rapidement pour éviter de s’exposer à une défaite lors d’un vote sur le budget à l’hiver ou au printemps 2013. Pendant un an, de l’automne 2012 à l’automne 2013, le ministre Marceau a maintenu son objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire au cours de l’exercice 2013-2014. Mais en raison d’une croissance économique plus faible et d’un niveau d’inflation anémique, le gouvernement a dû se résoudre à reporter de deux ans le déficit zéro. Il faut dire aussi que le ministre Marceau avait appuyé son objectif d’équilibrer le budget sur une prévision audacieuse de croissance des revenus de 5 %. Tout de même, le Québec ne vit pas dans un monde à part. La croissance économique en 2013 a été moins forte que prévu un peu partout en Amérique du Nord, particulièrement au Canada. Toutefois, la croissance du Québec demeure plus faible qu’ailleurs : 1,2 % en 2013 par rapport à 1,3 % pour l’Ontario; 1,8 % en 2014 par rapport à 2,2 %; et 2,1 % en 2015 par rapport à 2,7 %. De plus, selon le ministère des Finances du Québec, le PIB par habitant en Ontario demeure plus élevé qu’au Québec, de 14 %.
  5. Des relations difficiles avec le monde des affaires : Il est important de rappeler que les relations entre le gouvernement et le monde des affaires ont été difficiles dès le début. L’annonce d’une hausse de la taxation des gains en capital et d’une hausse de 7 points de pourcentage sur les revenus les plus élevés, de façon rétroactive, a provoqué une levée de boucliers chez les gens les plus nantis. De vifs échanges entre des ministres du gouvernement et des gens des milieux d’affaires ont mené à une révision complète du plan de match gouvernemental : pas de hausse de la taxation des gains en capital, hausse modérée des impôts sur les revenus les plus élevés et annulation de l’abolition de la contribution santé, modulée dorénavant en fonction des revenus.

En terminant, quelques mots sur les tendances économiques :

  • Depuis un an, le taux de chômage est passé de 7,1 à 7,5 % au Québec, mais depuis six mois, la situation s’est améliorée : le taux était à 8,1 % en juillet dernier.
  • Même constat pour le taux d’emploi. En 12 mois, il est passé de 60,7 à 60,4 %, mais il était à 59,8 % l’été dernier. La plupart des emplois créés sont à temps partiel.
  • Compte tenu de la volatilité des données mensuelles de Statistique Canada, de plus en plus d’économistes préfèrent regarder les moyennes sur de plus longues périodes. Ainsi, il s’est ajouté 47 800 emplois au Québec en 2013 en comparant la moyenne des 12 mois de l’année par rapport à la moyenne des 12 mois de 2012. Cela dit, les données de Statistiques Canada sur l’emploi du 1er janvier au 31 décembre 2013 nous donnent une création de 3900 emplois. Du 1er février 2013 au 31 janvier 2014, la hausse est de 10 000 emplois. Durant la même période, l’Ontario a ajouté 53 800 emplois et l’ensemble du Canada, 145 900 emplois.

Voilà pour le bilan. D’ici la fin de la semaine, je vais vous parler des enjeux et des défis économiques de cette campagne.

Et je vous donne rendez-vous tous les jours à 16 h 30 (HNE) dans le cadre d’une nouvelle émission que j’aurai le plaisir d’animer, Calcul électoral, ainsi qu’à 18 h 30 à RDI économie.

Il était essentiel de présenter un débat sur les enjeux économiques de Montréal. C’est ce que nous avons fait lundi soir, en collaboration avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Quatre cents personnes ont assisté à l’événement, qui était aussi présenté à RDI. Et il en est ressorti beaucoup de choses intéressantes.

Je tiens à dire que c’était un bel honneur et un vrai plaisir d’animer un débat avec les principaux candidats à la mairie de Montréal. Je souhaitais que cet exercice soit utile pour les Montréalais. Il fallait entendre des propositions, en préciser certaines et s’assurer que ces idées soient mises à l’épreuve, ce qui ne pouvait se faire que par le débat. C’était ma conviction profonde et c’est celle qui m’a habité durant tout le débat. Je vous remercie d’ailleurs pour tous les commentaires durant le débat et après l’émission.

Les quatre candidats à la mairie de Montréal invités au débat organisé par la Chambre de commerce de Montréal.
Les quatre candidats à la mairie de Montréal invités au débat organisé par la Chambre de commerce de Montréal.

À mon avis, il faut retenir des interventions ceci :

1- Les quatre candidats s’engagent à limiter la hausse annuelle des taxes foncières au niveau de l’inflation, qui est particulièrement faible ces jours-ci à Montréal.

2- Aucun candidat ne propose d’abaisser les taxes commerciales pour les entreprises, une demande pressante du milieu d’affaires. Marcel Côté dit que les taxes d’affaires à Montréal sont les plus élevées, mais ne prévoit pas les réduire.

3- Mélanie Joly affirme que Montréal est une « junkie » des taxes foncières, que son budget dépend trop de ses taxes, soit 67 %, et que dans les circonstances, il faut revoir le pacte fiscal avec le gouvernement du Québec et récupérer 0,5 point de pourcentage de la TVQ, valeur d’environ 300 millions de dollars.

4- Denis Coderre voudrait voir le taux de chômage tomber sous les 7 %. Marcel Côté est d’avis qu’il faudrait voir le chômage tomber sous le niveau de l’ensemble des régions du Québec (7,6 %) et sous celui de Toronto (7,9 %). Le taux de chômage de l’agglomération de Montréal est actuellement de 10 %.

5- Denis Coderre s’est prononcé pour le renversement de l’oléoduc d’Enbrige entre Sarnia et Montréal.

6- Ce n’est pas le maire de Montréal qui fait du développement économique, selon Mélanie Joly, qui précise que le maire est là pour mettre en place des conditions qui vont favoriser le développement économique.

7- Mélanie Joly propose l’amnistie pour les firmes de génie-conseil en échange du remboursement « d’une partie des sommes » qui ont été encaissées incorrectement. Denis Coderre trouve « trop rapide » l’idée d’amnistie. Richard Bergeron dit que la négociation est déjà en cours.

8- Un projet de tramway serait payé par les Montréalais, dit Richard Bergeron, par le budget prévu dans les investissements.

9- Tous s’entendent pour dire qu’il faut continuer la renégociation des régimes de retraite. Mélanie Joly propose que Montréal ait un droit de lock-out.

10- Denis Coderre affirme qu’il faut demander à Air Canada d’amener plus de vols directs internationaux à partir de Montréal.

Et vous, qu’avez-vous retenu?

Voyez ou revoyez le débat!

L’Allemagne, la France et l’austérité

Vendredi 27 septembre 2013 à 15 h 45 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le gouvernement de François Hollande mise encore sur l’austérité, bien que son ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici préfère ne pas nommer les choses ainsi. Des compressions sont prévues dans les dépenses, des hausses de taxe aussi sont annoncées pour le 1er janvier. Pas de hausse d’impôts toutefois pour les particuliers, et des allègements fiscaux sont offerts aux entreprises. Cela dit, les dépenses de l’État sont abaissées de 1,5 milliard de dollars. Chez nous, au Québec, c’est la croissance des dépenses qui ralentit. En France, ce sont les dépenses tout court qui baissent.

Le président français, François HollandeLe ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici a-t-il raison de poursuivre sur le chemin de l’austérité? On peut se poser la question sérieusement étant donné la très très faible reprise économique en Europe, particulièrement en France. La hausse prévue du PIB pour l’ensemble de 2013 est de 0,1 % et, pour 2014, de seulement 0,9 %. Le taux de chômage est actuellement de 10,5 %.

Cela dit, la dette du pays atteindra un sommet à 95,1 % du PIB. Entre l’obligation de s’assurer à court terme d’une reprise durable et celle de maintenir une politique budgétaire saine et crédible, le ministre doit naviguer dans un canal très serré.

La chancelière allemande Angela Merkel

Pendant ce temps, en Allemagne, Angela Merkel vient d’être réélue à la tête du pays pour un troisième mandat. On s’y attendait, les citoyens de son pays l’aiment beaucoup. La « maman » des Allemands, la dame de fer de l’Europe, la tortionnaire des pays retardataires, tout a été dit et redit sur Angela Merkel, peut-être la femme politique la plus puissante du monde. Mais les raisons de son succès sont-elles bien connues? Savons-nous pourquoi l’Allemagne se tire si bien d’affaire par rapport aux autres pays d’Europe?

Trois grandes raisons expliquent les forces de l’Allemagne :

  1. La faiblesse de l’Euro. Au cours de la crise, en 2009-2010, la valeur de l’euro face au dollar américain a chuté, passant de 1,50 à 1,20 $US. Pour un pays d’exportateurs comme l’Allemagne, c’est très avantageux. Les problèmes économiques des pays voisins ont aussi permis à l’Allemagne de récupérer certains champs d’exportations abandonnés.
  2. Les faibles coûts d’intérêt. Alors que partout autour, particulièrement en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce, les coûts d’emprunt augmentaient de façon spectaculaire, ceux de l’Allemagne sont demeurés extrêmement bas. Le pays était vu comme le facteur de stabilité de la région. Berlin a pu emprunter à des taux d’intérêt faibles lui permettant de maintenir une politique économique et budgétaire normale. En fait, le gouvernement Merkel a bénéficié de coûts d’emprunts plus faibles qu’avant le déclenchement de la crise, lui permettant d’économiser des milliards de dollars en intérêt. Les faibles taux ont aussi stimulé le secteur immobilier.
  3. La réduction du temps de travail. Les Allemands ont travaillé moins d’heures durant les temps de crise, réduction plus importante qu’en France. Cette situation a permis d’éviter une hécatombe dans le marché de l’emploi. L’absence de salaire minimum a aussi contribué au maintien de milliers d’emplois. Le taux de chômage est aujourd’hui à seulement 5,4 % comparativement à 12,1 % dans l’ensemble de la zone euro.

Les succès de l’Allemagne ne signifient pas pour autant moins de pauvreté. Le nombre de personnes qui vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté demeure élevé en Allemagne. Peu importe la statistique utilisée (taux de gens dont le revenu est inférieur à 40 %, 50 % ou 60 % du revenu médian), l’Allemagne affiche des taux de pauvreté plus élevés qu’en Belgique, en France ainsi que dans les pays nordiques. Le pays est essentiellement dépassé par des pays en récession ou en dépression : la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Pologne et le Royaume-Uni. À lire ici : http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

Nous savons que l’Allemagne est venue en aide à ses voisins. Mais les exigences ont été telles que plusieurs de ces pays ont vu leur situation empirer. L’Allemagne a prêté 70 milliards d’euros à ses voisins. Ce n’est pas un don, c’est un prêt. L’Allemagne entend récupérer ses billes.

Derrière la façade, celle d’une économie solide et en santé, il est important de comprendre que l’Allemagne n’est pas, seule, responsable de ses succès.

Obama : un bilan mitigé

Vendredi 2 novembre 2012 à 11 h 20 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Si on ne fait que regarder les chiffres, ils ne sont pas très bons. Mais si vous me permettez une image tirée tout droit du baseball, Barack Obama est arrivé au pouvoir début 2009, comme s’il arrivait au milieu de la septième manche et que c’était 6-0 pour l’autre équipe! Vous comprendrez que la pente était raide à remonter!

Le président sortant Barack Obama répond aux questions des citoyens américains lors du deuxième débat télévisé. Relancer une économie ravagée par une crise sans précédent depuis 1929 n’était pas de tout repos. Au final, les États-Unis ont perdu 624 000 emplois sous Barack Obama, mais il faut dire que la chute de l’emploi s’était amorcée avant son arrivée. Par rapport à la fin 2007, il y a environ 4 millions d’emplois en moins aux États-Unis.

La reprise du marché du travail n’a pas été à la hauteur des attentes des Américains. Depuis la crise de 1929, jamais un président n’a affiché un bilan aussi négatif. Même le rebond de 171 000 emplois du mois d’octobre, qui pourrait rassurer le président Obama, ne change pas la donne. Il en faut plus pour se convaincre d’une reprise durable.

  • Emplois : -624 000
  • Déficit : 1100 milliards $ (+151 %)
  • Dette : 70 % du PIB (c’était 35 % en 2009)
  • Croissance annuelle moyenne : 0,7 % (3,1 % depuis 1953)
  • Revenu médian : 50 678 $ (+0,2 %)
  • Pouvoir d’achat pour le ménage médian : -8,2 %
  • Décote de la dette du pays par Standard and Poors à AA
  • Sources : Desjardins, Bloomberg Business Week

Cela dit, le mandat du président se termine tout de même sur une note d’espoir. La hausse de l’emploi est plus forte qu’attendu et dépasse la moyenne mensuelle des deux dernières années. De plus, le marché immobilier semble être en reprise et la confiance des Américains est à son plus haut en cinq ans. Il y a là des signaux encourageants.

Et, il faut le dire, après la chute spectaculaire des marchés, ce qui a le plus profité des investissements publics et de l’intervention massive de la Réserve fédérale dans le marché obligataire, c’est la bourse! Le S&P 500 a repris environ 70 % de sa valeur depuis son creux de 2009.

Lundi : les perspectives économiques, ainsi que les programmes de Barack Obama et de Mitt Romney.

Les 5 grands défis de Pauline Marois

Mercredi 5 septembre 2012 à 12 h 53 | | Pour me joindre

Pour me joindre

La soirée électorale s’est terminée tragiquement la nuit dernière au rassemblement du Parti québécois à Montréal. L’enquête nous en dira plus long sur les circonstances de cet événement. J’offre mes plus sincères condoléances à la famille de l’homme qui a perdu la vie.

La nouvelle première ministre du Québec, Pauline MaroisPour la suite des choses, les défis qui se présentent à la nouvelle chef du gouvernement du Québec sont de taille. Et ils le seront encore plus dans un gouvernement minoritaire, qui détient seulement une avance de quatre sièges sur la nouvelle opposition officielle du Parti libéral.

Qui aurait cru en janvier que Pauline Marois allait être première ministre neuf mois plus tard, alors que ses appuis à l’interne et dans l’ensemble du Québec fondaient comme neige au soleil? Qui aurait cru que le Parti libéral allait revenir si fort dans l’opposition après neuf ans de pouvoir et quantité d’allégations de corruption?

Le résultat, c’est un gouvernement qui n’aura pas du tout les coudées franches pour mettre en œuvre son plan de match socioéconomique. Mais souhaitons que les partis d’opposition et le nouveau gouvernement collaborent sainement et sincèrement pour faire avancer l’économie du Québec dans le bon sens, une économie qui, je vous le rappelle, ralentit sérieusement.

Alors, les cinq grands défis économiques de Pauline Marois, première ministre, sont les suivants :

  • Continuer à viser le déficit zéro afin de ne pas alimenter les craintes exprimées par certains quant au maintien de la note de crédit du Québec au niveau actuel. Cet objectif doit tenir malgré l’annulation des hausses de tarifs prévues (électricité, scolarité, contribution santé) et dans un contexte de ralentissement économique;
  • revoir le pacte entre employés et municipalités, entre les Québécois et la RRQ, afin d’assurer la viabilité des régimes de retraite;
  • préciser la politique du gouvernement sur le Plan Nord et le régime des redevances, la protection des sièges sociaux et le rôle de la Caisse de dépôt et placement, ce sont des changements majeurs qui étaient prévus dans la plateforme du Parti québécois;
  • à plus long terme, établir une stratégie réaliste pour faire face au vieillissement de la population : combler le manque à venir de main-d’œuvre, prolonger la vie au travail des Québécois, améliorer la productivité et surtout favoriser l’éducation des Québécois en misant sur la formation continue et la diplomation;
  • revoir le pacte fiscal avec Montréal pour lui donner une structure plus simple, stimuler son économie, faire baisser le chômage et redonner à la ville centre un attrait qui s’étiole au profit des banlieues.

En marge de ces défis, le futur ministre des Finances, probablement Nicolas Marceau, doit préparer un plan de relance économique, comme le gouvernement du Canada le fait en ce moment aux dires du ministre des Finances Jim Flaherty, en cas de ralentissement marqué de l’économie mondiale et de l’économie québécoise.

Compte tenu du contexte économique et politique, je crois qu’on peut dire que la tâche sera ardue.

Les économistes ne sont pas des gens ennuyants. Oui, ils sont sérieux, aiment beaucoup les chiffres, portent souvent la cravate, travaillent pour des grosses banques ou des universités, ou encore à la maison, à la pige. Mais plusieurs ont bien compris comment il fallait communiquer, expliquer, rendre accessible des concepts qui font souvent peur aux gens. Certains adorent les médias, d’autres plongent dans l’action et se lancent même en politique.

En 12 ans, j’ai rencontré plusieurs de ces économistes. Et bon nombre d’entre eux sont des mordus de politique. Ce n’est pas très surprenant puisque l’économie est une science sociale. Les économistes s’intéressent donc aux interactions qui meublent nos vies, aux échanges qui font notre quotidien, aux rôles de tout un chacun, dont le gouvernement, dans le fonctionnement de l’économie.

Nommons quelques-uns de ces économistes, pour qui la politique occupe une place centrale dans leur vie, dans leur travail ou leurs analyses. Attention, ce n’est pas exhaustif. J’en nomme quelques-uns seulement.

Parmi les économistes qui ont fait le saut en politique…

Clément Gignac

CLÉMENT GIGNAC était très présent dans les médias avant de se lancer en politique avec le PLQ. Économiste en chef de la Banque Nationale, il était très disponible pour répondre aux questions des journalistes. Bon vulgarisateur, imagé, on était plusieurs à croire qu’un jour, il allait se lancer en politique. Il l’a fait dans une élection partielle en juin 2009 en disant qu’il voulait réduire l’écart de richesse entre l’Ontario et le Québec afin de laisser à ses petits enfants un Québec en meilleure santé. C’est un passionné de finances publiques, qui croyait avant de faire son entrée en politique à la création d’une commission pancanadienne des valeurs mobilières. Cette conviction a disparu depuis!

NICOLAS MARCEAU a été vu à RDI Économie à plusieurs reprises aussi avant de faire le saut avec le PQ lors d’une élection partielle, lui aussi en septembre 2009. Professeur d’économie à l’UQAM, il s’est fait remarquer pour son approche nuancée de l’économie. La politique partisane ne lui colle pas trop à la peau. Il a dû réaligner certaines de ses positions avec celles du Parti québécois, mais sa vision de l’économie est franchement plus harmonieuse avec celle de sa chef que ce pouvait l’être entre Pauline Marois et François Legault. On dit que Raymond Bachand et Nicolas Marceau ont beaucoup de respect l’un pour l’autre. Des pragmatiques, pas trop partisans…

ALAIN PAQUET a été un collègue de Nicolas Marceau à l’UQAM. Il est entré en politique avec le PLQ au même moment que les Libéraux ont pris le pouvoir en 2003. Il a une longue feuille de route comme chercheur et consultant. On ne l’a pas beaucoup remarqué dans les neuf dernières années, malgré les qualités qu’on lui attribue comme économiste. Il a présidé la Commission des finances publiques à l’Assemblée nationale, a été adjoint parlementaire du ministre des Finances puis du premier ministre avant de devenir ministre délégué aux Finances l’an dernier. Il se bat pour sa survie politique contre Maud Cohen de la CAQ et Léo Bureau-Blouin du PQ.

Jean-Martin Aussant

JEAN-MARTIN AUSSANT s’est révélé en devenant chef d’Option nationale, parti qu’il a fondé. Mais c’est un homme plutôt calme et discret. Au Parti québécois, on le voyait peu. C’est un expert du monde financier, il a été vice-président de Morgan Stanley à Londres de 2003 à 2005, puis gestionnaire de portefeuilles pour PSP, l’organisme qui gère les caisses de retraite de la fonction publique fédérale, de l’armée canadienne et de la GRC. Il a livré une entrevue remarquée dans le cadre de la campagne électorale à RDI Économie le 14 août dernier, où il a paru en pleine connaissance des répercussions économiques d’une éventuelle souveraineté du Québec.

DANIEL PAILLÉ est un homme de bonne humeur, vif d’esprit, qui sait comment imager son propos. On l’invitait à RDI Économie du temps qu’il enseignant à HEC Montréal. L’appel de la politique, qu’il avait abandonnée dans les années 90, est revenu et il est aujourd’hui chef du Bloc québécois. Dans les dernières années, avant l’élection de mai 2011, il s’amusait à critiquer, avec beaucoup de verve, le ministre des Finances Jim Flaherty, avec qui il partage un petit côté pince-sans-rire, à la réplique incisive et souriante. Il a occupé de hautes fonctions dans l’économie québécoise, notamment comme vice-président de la Caisse de dépôt et de la SGF.

Et parmi ceux qui pourraient se lancer, auraient pu le faire ou ne préfèrent pas, mais qui aiment bien la chose politique quand même…

PIERRE FORTIN  est l’une des références parmi les économistes du Québec. Depuis plusieurs décennies, il aborde les questions de finances publiques avec rigueur et lucidité. Il nous éclaire! Et il est drôle, ce Pierre Fortin. Venu de nulle part, paf, il lève le ton, sort un mot surprise, une image bien mordante pour qu’on comprenne bien ce qu’il veut nous dire. C’est un économiste qui a toujours su parler des politiques publiques à un large public. Les ministres des Finances le consultent. Il se dit à la retraite, ce qui lui donne peut-être un peu plus de temps pour travailler finalement! Et on ne s’en plaindra pas!

LUC GODBOUT est économiste et fiscaliste, on le voit fréquemment à notre antenne. Il a participé à des mandats des gouvernements péquiste et libéral sur le « déséquilibre fiscal» et le vieillissement de la population. Il publie régulièrement des études, avec l’économiste Pierre Fortin notamment, sur des questions d’affaires publiques : les garderies à contribution réduite, la taxe de vente du Québec, la fiscalité des familles, les droits de scolarité et le financement des universités. Bien que certains l’ont associé aux libéraux dans les dernières années, ses différents travaux et commentaires confirment une approche non partisane, nuancée, fouillée et éloquente. C’est un économiste très engagé dans la chose publique… et il ne serait pas étonnant de le voir plonger un jour en politique! Quand?

IANIK MARCIL se révèle sur Twitter, d’abord et avant tout. Il discute, publie, réfère des textes pertinents sur un ton toujours posé. Économiste de gauche, pas idéologue, il adore discuter avec des intervenants qui ne pensent pas comme lui. Il vient faire son tour au « club écono » à l’occasion à RDI Économie. On peut le lire aussi sur www.voir.ca. Son regard d’économiste sur la politique est perspicace, souvent perplexe, voire déçu. Encore récemment, sur nos ondes, il se désolait de ne pas avoir pu déceler une vraie vision de l’économie de la part des partis politiques. Pas certain qu’il se lancerait en politique, celui-là! Je le crois trop attaché à la liberté que lui procure la vie qu’il a  choisie : économiste indépendant, « punk à cravate » comme il se décrit, chez lui, devant son ordinateur…

MARTIN COITEUX s’est présenté les premières fois à RDI Économie pour venir nous parler de l’économie d’Amérique latine. Depuis son arrivée sur Twitter, il a progressivement politisé ses interventions en questionnant avec insistance les souverainistes et les gens de gauche. Il n’hésite pas à donner son opinion, à écrire de longs textes sur son blogue pour expliquer un concept économique, pour répondre à un intervenant avec qui il est en désaccord ou pour contester la méthodologie d’une étude, comme il l’a fait ce printemps à propos du travail de Pierre Fortin et de Luc Godbout sur l’impact financier pour le gouvernement des garderies à 7 $. Il écrit fréquemment dans La Presse et est chroniqueur à CHOI-FM.  Il sait comment expliquer clairement une situation, il est un très bon vulgarisateur. Son style est précis, concis, direct. Compte tenu de ses nombreuses interventions sur la politique, je le croyais prêt à se lancer. La prochaine fois, peut-être?

JEAN-PIERRE AUBRY ne cesse de réfléchir aux finances publiques. Dort-il? La campagne électorale l’a tenu bien occupé. Il n’accepte pas les chiffres qu’on lui donne, il fait ses propres calculs. Il est disponible et n’hésite pas à donner un éclairage sur une situation complexe. Il n’hésite pas aussi à nous référer à d’autres textes, d’autres économistes pour vérifier ce qu’il avance.

J’ai du mal à voir s’il est de droite ou de gauche! Suis-je naïf? J’ai l’impression qu’il cherche les nuances et que ce qui l’intéresse, c’est de découvrir les résultats, peu importe à qui ça sert! En politique, M. Aubry? C’est un homme qui aime conseiller, informer, dans l’ombre, mais il dit toujours oui à nos invitations à RDI Économie! Professeur à l’Université d’Ottawa, très respecté de ses pairs.

Je pourrais vous parler aussi de Serge Coulombe, de l’Université d’Ottawa ou de François Delorme, ancien président de l’Association des économistes, qui sont venus récemment nous expliquer avec brio ce qu’est le « mal hollandais ». Ces gens-là nous donnent une image claire et nuancée, fouillée, appuyée, solide de la réalité économique. Je pourrais vous parler aussi de plusieurs économistes associés à des instituts de recherche, qui écrivent beaucoup sur les politiques publiques et qui alimentent nos débats tous les jours.

Il y a aussi les économistes des banques qui s’intéressent aux politiques publiques, mais avec une certaine réserve, je dirais, préférant analyser les statistiques économiques publiées tous les jours que de mettre le pied en terrain politique, parfois un peu glissant. Tellement qu’en cette période électorale, on s’est fait répondre chez Desjardins il y a quelques jours qu’on préférait ne pas commenter les données sur le PIB du Québec en période électorale.

Chose certaine, c’est bon de voir des économistes s’intéresser à la politique parce que plusieurs décisions de nos gouvernements guident souvent l’économie. Pour le meilleur, c’est leur intention, mais parfois aussi pour le pire.

Quand la bulle électorale aura éclaté au petit matin du 5 septembre, on constatera que la réalité économique du Québec, du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de la Chine n’a rien à voir avec les milliards de dollars en promesses de notre campagne électorale.

Le défi budgétaire du Québec, celui qui se dressera devant nous au cours des deux prochaines décennies avec le vieillissement de la population, le poids des régimes de retraite et l’absence d’amélioration de notre productivité, ce défi à relever n’a pas trouvé de réponses convaincantes lors de cette campagne. Ou bien les partis ont peu de vision, ou bien ils n’ont pas voulu nous dire la vérité!

Au lieu de promesses, de cadeaux et de cadres financiers parfois douteux, les partis politiques auraient mieux fait de nous offrir un programme axé sur la prudence et le réalisme.

Que nous réserve l'avenir, en économie?
Le savent-ils que l’économie et l’emploi stagnent depuis plusieurs mois au Québec?

Réalisent-ils que les prix des minéraux, qui sont censés nous aider à rembourser notre dette, sont en chute de 15 à 25 % depuis leur dernier sommet et que plusieurs entreprises commencent à revoir leurs projets?

Sont-ils conscients que la Chine ne cesse de décélérer et que l’économie de l’Europe, des États-Unis, du Canada, l’économie mondiale finalement, dépend de sa demande, d’abord et avant tout?

Entendent-ils les appels de Mark Carney et de Jim Flaherty, qui demandent aux entreprises de redonner de l’argent aux actionnaires, d’investir dans l’économie, de la stimuler et de cesser de s’appuyer sur leurs 525 milliards de dollars en liquidités? En passant, peut-on leur en vouloir si l’économie mondiale ralentit?

Ont-ils lu le rapport du Bureau du budget du Congrès américain, qui s’inquiète d’un retour en récession en 2013 aux États-Unis avec les compressions prévues l’an prochain et l’expiration d’allégements fiscaux? Cette crainte est justifiée compte tenu du blocage politique en cours aux États-Unis, blocage qui va perdurer au moins jusqu’en janvier, au moment où sera investi le prochain président des États-Unis (Romney ou Obama). La croissance est déjà faible aux États-Unis et demeure largement appuyée sur la consommation.

Sont-ils au fait de l’impact négatif potentiel des cours élevés du pétrole, alimentés par les craintes d’un conflit armé avec l’un des plus gros producteurs de pétrole du monde, l’Iran?

Savent-ils que l’enjeu principal en ce moment, c’est de savoir si la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale d’Europe vont de nouveau intervenir pour soutenir les marchés financiers, par l’achat d’obligations et de bons du Trésor?

Je sais que les Christian Dubé, Nicolas Marceau, Raymond Bachand, Jean-Martin Aussant et les leaders économiques des partis sont au courant de cette situation. N’auraient-ils pas dû en tenir compte dans leur plan de match et dans leur cadre financier? Et tout au long de la campagne? Tout cela peut sembler conjoncturel. Mais ça fait plus de quatre ans que la crise financière est en cours. Ses effets se font toujours sentir et on ne sait absolument pas quand tout cela va se terminer.

Dans le cadre de la campagne électorale, je poursuis la présentation des principales mesures des plateformes économiques des cinq partis représentés à l’Assemblée nationale.

Lundi, on a jeté un œil sur les propositions de la CAQ. Une entrevue a été réalisée à RDI Économie avec Christian Dubé, candidat dans Lévis pour la Coalition avenir Québec. Vous pouvez voir ou revoir l’entrevue sur ici.radio-canada.ca/elections-economie.

Un jeune parti, Option nationale, et son chef, Jean-martin Aussant.

Mardi, nous recevons le chef d’Option nationale, candidat dans Nicolet-Bécancour, Jean-Martin Aussant à RDI Économie à 18 h 30 (HAE). Voici les principales propositions fiscales, financières et économiques d’Option nationale :

  • Nationalisation des ressources naturelles : direction par une société d’État, majorité des profits « à la population du Québec »;
  • Nationalisation de la filière éolienne; fin de l’énergie nucléaire;
  • Création d’un fonds souverain pour « compenser à long terme la disparition des ressources non renouvelables»;
  • Moratoire sur le gaz et le pétrole de schiste; possible exploitation après études;
  • Charte du bois pour en favoriser l’utilisation;
  • Création de Pharma Québec, société d’État qui gérerait les produits pharmaceutiques au Québec;
  • Accélération de la reconnaissance des professionnels de la santé issus de l’immigration, élargissement du rôle des infirmiers et infirmières, des pharmaciens et pharmaciennes;
  • Plan de souveraineté alimentaire, fonds de pension pour les travailleurs de l’agroalimentaire;
  • Projet de monorail électrique suspendu;
  • Création d’une Banque du Québec qui regrouperait Investissement Québec, les CLD, les SADC et d’autres organismes;
  • La Caisse de dépôt devrait soutenir davantage l’économie du Québec;
  • Internet haute vitesse partout au Québec;
  • Création des « conseils régionaux » qui regrouperaient les agences de santé, les commissions scolaires et les conférences régionales des élus; les dirigeants seraient élus au suffrage universel;
  • Fonds d’indemnisation pour aider les victimes de crimes économiques, financé par l’industrie financière et les épargnants;
  • Les fonds de pension des travailleurs auraient la priorité en cas de liquidation d’actifs d’une entreprise;
  • Gratuité scolaire « de la maternelle au doctorat »
  • Révision du financement des réseaux d’éducation francophone et anglophone et mise en place d’un réseau « universel, public et laïc »;
  • Instruction obligatoire jusqu’à 18 ans;
  • Système de formation et de perfectionnement pour les travailleurs qui perdent leur emploi;
  • « Mesures fiscales incitatives visant à développer l’offre culturelle québécoise par l’acquisition d’œuvres, par l’aide à la production et à la diffusion d’événements ainsi que par l’aide à l’exportation de produits culturels québécois »;
  • Financement public des partis;
  • Nominations des PDG d’Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt devront être entérinées par l’Assemblée nationale.

Alors, que pensez-vous des propositions d’Option nationale?