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Dans l’indifférence…

Mercredi 5 décembre 2012 à 15 h 29 | | Pour me joindre

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Sentez-vous une urgence à répondre efficacement au défi écologique?

Alors qu’on nous annonce à Doha, où se tient la 18e conférence des Nations unies sur les changements climatiques, que la température moyenne mondiale va grimper de 5 degrés Celsius d’ici 2100, les grands enjeux au cœur des discussions des dirigeants mondiaux ne font qu’effleurer les questions écologiques. À raison, diront certains, compte tenu de l’ampleur des problèmes économiques et financiers. À tort, diront d’autres, compte tenu de l’importance des questions environnementales pour l’avenir de la planète.

Conférence sur le climat à DohaEn Europe, tous les yeux sont tournés sur ces gouvernements qui ont du mal à contrôler leurs finances publiques, qui plongent un peu plus chaque trimestre dans la récession et qui provoquent de vifs débats sur l’avenir de la zone euro.

Aux États-Unis, on ne parle plus que du précipice budgétaire et de l’affrontement entre un président démocrate à la Maison-Blanche et un président républicain à la Chambre des représentants. L’objectif : trouver un compromis qui permettra à chacun de ne pas perdre la face et qui fera en sorte d’éviter un choc fiscal de 600 milliards, hausse d’impôts et réduction de dépenses, le 1er janvier prochain.

En Chine, le gouvernement œuvre à réorganiser son économie pour développer une demande intérieure durable. Cela fera en sorte de ralentir et de stopper la hausse des inégalités, et de permettre aussi au pays de réduire sa dépendance aux exportations vers des pays qui sont aujourd’hui en difficulté financière et économique.

Chez nous, au Canada, le pétrole, le gaz et les mines sont au centre des discussions pour développer l’économie. Ottawa soutient le développement de l’industrie pétrolière de l’Alberta et des sables bitumineux. Même Québec s’y intéresse : on discute d’inverser l’oléoduc Sarnia-Montréal pour permettre le transport du pétrole de l’ouest vers l’est. Le gouvernement Marois souhaite aussi développer le pétrole qui se trouve sur son territoire.

Pendant ce temps, comme Le Monde le rapporte mercredi, les négociations de Doha n’ont pas permis de faire des progrès notables. « Le cœur n’y est pas », dit-on en marge des négociations. On maintient l’objectif d’en arriver à un accord d’ici 2015, mais on a l’impression qu’il n’y a pas vraiment de sentiment d’urgence pour en arriver à un accord prochainement.

Comme si on pouvait reporter continuellement à un peu plus tard.

Comme si 2020, 2030, 2050, 2100 étaient des échéances lointaines, très très lointaines.

En fait, comme l’écrivait de nouveau Le Monde le 26 novembre, « les budgets publics sont exsangues, le marché carbone s’est effondré et le débat sur les financements innovants (taxe sur l’aviation notamment) piétine ».

Pourtant, les émissions ne font qu’augmenter sur la planète : hausse prévue de 2,6 % cette année, hausse de 58 % par rapport au niveau de 1990. Les émissions de la Chine sur environ 25 ans (de 2004 à 2030) devraient être deux fois les émissions de l’OCDE. Selon le Global Carbon Project, la Chine est le plus grand pollueur du monde avec 28 % des émissions, suivi des États-Unis à 16 %. Mais les émissions par habitant sont de 6,6 tonnes en Chine et de 17,2 tonnes aux États-Unis.

Pour la suite, la Chine hésite, tout comme les États-Unis d’ailleurs. Le Japon ne veut pas s’engager avec des cibles précises. Le Canada, qui a quitté l’accord de Kyoto, continue à recevoir des prix fossiles pour ses positions jugées rétrogrades en matière d’environnement. Mis à part l’Europe et l’Australie, la volonté politique n’y est pas.

N’est-ce pas inquiétant?

C’est un changement radical, un virage à 180 degrés, du développement de l’économie qui s’amorce au Québec. Les Bachand, Gignac, Hamad et Arcand du Parti libéral, qui avaient une approche pro-entreprises de l’économie, laissent la place aux Marceau, Ouellet, Breton et Zakaïb, au Parti québécois, pour qui l’écologie est une préoccupation de tous les instants.

cabinet_MaroisAutrement dit, l’économie passera par le filtre écologique dans chaque décision à venir. Si le défi écologique est le plus important de notre époque et de notre siècle, on ne peut pas ignorer que le nouveau gouvernement va donner un grand coup de volant au plan de match pour l’économie du Québec et devra le faire rapidement. Le PQ n’a pas de majorité et n’a pas beaucoup de temps pour mettre sa stratégie en place et faire en sorte que ça fonctionne!

Alors que l’environnement est toujours considéré comme un ralentisseur économique à Ottawa, à Washington et dans les milieux d’affaires, la nouvelle première ministre, Pauline Marois, a choisi des écologistes — Daniel Breton, Martine Ouellet et Scott MacKay — pour orienter les décisions en matière de développement au Québec. C’est un signal clair, c’est une approche franchement différente de ce qu’on a connu depuis 15 ans. D’ailleurs, déjà ce matin, Martine Ouellet a annoncé qu’il n’y aurait pas d’exploitation des gaz de schiste au Québec.

Ces gens travailleront avec Nicolas Marceau, aux Finances et à l’Économie, un économiste de centre gauche, issu de l’UQAM, sensible aux enjeux environnementaux. « C’est un collègue que je respecte, a dit hier sur nos ondes l’ex-ministre des Finances, Raymond Bachand. Maintenant, il est entouré de collègues radicaux (…). Dans l’équipe économique, il y a une promotion des spécialistes du gel et des moratoires », a dit le député libéral, faisant référence à Martine Ouellet, qui sera en charge des Ressources, et à Daniel Breton, à l’Environnement.

Cette approche fait peur aux milieux d’affaires, qui n’ont cessé d’exprimer des craintes face aux objectifs du Parti québécois : plus d’environnement, plus de taxes, plus de règles sur le respect du français. Plusieurs se sont permis de dire que l’équipe économique du PQ était peu compétente étant donné l’absence de gens d’affaires parmi les élus.

Là-dessus, c’est important de poser une question : est-ce que les gens d’affaires affirment que l’équipe économique du PQ est faible parce qu’elle ne correspond pas finalement à leur vision de l’économie? Ce que propose le PQ, en fait, c’est une autre approche du développement de l’économie. Est-ce que ça veut dire que l’équipe est faible? Je vous laisse juger.

Par ailleurs, un mot sur Montréal. Raymond Bachand était le ministre responsable de la région métropolitaine. Au Parti québécois, on a choisi Jean-François Lisée pour chapeauter Montréal. La première ministre a beaucoup insisté hier sur la nécessité de tisser des liens avec les anglophones, mais a très peu parlé des défis économiques de Montréal.

Or, la région métropolitaine a besoin d’un leader à Québec qui saura donner une impulsion à la région métropolitaine, où le taux de chômage est élevé, surtout chez les immigrants, et où les structures administratives ralentissent l’économie, aux dires des milieux d’affaires. Jean-François Lisée écrit dans son blogue : « J’ai indiqué combien nous comptions nous appuyer sur les consensus déjà établis et les accompagner. » Souhaitons une démarche audacieuse pour Montréal!

Ses derniers mots, écrits le 20 août, résument la vision socio-économique de Jack Layton. Dans une vibrante et touchante lettre, il dit aux jeunes Canadiens : « Plusieurs défis vous attendent, de l’accablante nature des changements climatiques à l’injustice d’une économie qui laisse tant d’entre vous exclus de la richesse collective, en passant par les changements qui seront nécessaires pour bâtir un Canada plus solidaire et généreux. Votre énergie, votre vision et votre passion pour la justice sont exactement ce dont ce pays à aujourd’hui besoin. »

 

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