Billets classés sous « dette »

Les maisons, le pétrole et le PIB

Vendredi 12 décembre 2014 à 14 h 29 | | Pour me joindre

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Il ne faut pas crier au loup pour rien et alarmer la population. Mais la Banque du Canada a quand même choisi de publier les résultats d’une étude cette semaine qui nous apprend que les prix des maisons sont surévalués de 10 à 30 % au pays. Les bas taux d’intérêt ont poussé les Canadiens à s’endetter largement pour investir dans l’immobilier. Et parce que la demande était forte, certains marchés ont connu des hausses marquées du prix des maisons.

Le seul fait que la Banque du Canada sorte sur la place publique, avec un point de presse du gouverneur Stephen Poloz en prime, prouve le sérieux de la situation. Les plus pessimistes se demanderont à quel moment la bulle immobilière va éclater au Canada. Les plus optimistes nous rappelleront que la croissance économique se poursuit et que les risques hypothécaires sont franchement moins importants au Canada que ce qu’on a vu aux États-Unis.

Stephen Poloz a quand même précisé que le ralentissement immobilier au Canada devrait se faire en douceur si la croissance économique se poursuit. Mais un choc, une récession, une forte hausse des taux d’intérêt pourraient entraîner un basculement.

Ce qui est frappant dans le rapport de la Banque du Canada, c’est de voir combien les ménages sont endettés au Canada et que certains sont très endettés. Regardez ce graphique : 12 % des ménages au pays détiennent 40 % de la dette totale. C’est considérable. Ces ménages ont une dette qui représente plus de 250 % de leur revenu disponible. En tenant compte de l’hypothèque, pour chaque 100 $ de revenus disponibles, ces ménages ont une dette de plus de 250 $.

menagesendettes

Cet autre graphique montre bien que la dette des ménages s’est envolée depuis 2004, et que l’écart entre cette dette et le prix des maisons a grandi à partir de 2007-2008.

dettecanada

 

Le risque est réel, même s’il ne faut pas se montrer alarmiste. Et avec la chute du pétrole, il y a fort à parier que la Banque du Canada sera encore plus prudente avant d’augmenter ses taux d’intérêt. Après une croissance de plus de 4 % par année dans les dernières années, la hausse du PIB de l’Alberta va tomber à 2,7 % en 2015 et à 2,3 % en 2016 selon la RBC, à peine un peu plus que le Québec. L’économie canadienne, le marché de l’emploi, le marché immobilier et les finances publiques pourraient en souffrir sérieusement.

On dramatise, oui ou non?

Vendredi 3 octobre 2014 à 15 h 10 | | Pour me joindre

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Pierre Karl Péladeau à RDI économie
Le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau

Le porte-parole du PQ en matière d’économie, Pierre Karl Péladeau, nous a dit jeudi soir à RDI économie que le gouvernement Couillard dramatise la situation budgétaire du Québec. A-t-il raison?

Regardons les faits :

  • La dette du Québec est la plus importante du Canada à 54,3 % du PIB quand on s’intéresse à la dette brute, qui atteint presque 200 milliards de dollars. La dette nette représente 49,9 % du PIB au 31 mars dernier.
  • La prévision pour le déficit du Québec est de 2,35 milliards de dollars en 2014-2015, soit 0,6 % du PIB. Sur les sept provinces qui prévoient un déficit cette année, le Québec est, à égalité avec le Nouveau-Brunswick, celle dont le déficit est le moins important par rapport à son économie.
  • Les cotes de crédit du Québec sont de haute qualité, sauf à S&P, qui la classe au niveau de moyenne qualité supérieure, et le Québec se situe à peu près au milieu des 10 provinces en terme de qualité de crédit :

Moody’s: Aa2 (stable)

Fitch: AA- (stable)

S&P: A+ (stable)

DBRS: A élevé (stable)

  • Selon l’Institut de la statistique du Québec, il n’y aura pas de déclin de population à partir de 2031, comme envisagé il y a 10 ans. Mais, dès 2017, et jusqu’en 2030, le nombre de personnes de 20-64 ans, faisant ainsi partie du groupe officiel des effectifs en âge de travailler, va baisser.

Il est clair que la situation budgétaire du Québec est sérieuse et que les défis des prochaines décennies sont importants. Il est clair aussi que le gouvernement du Québec doit contrôler ses dépenses, mais doit également générer davantage de revenus, ce qui passe par une croissance plus forte. Pour l’instant, la hausse du PIB est faible et il se perd des emplois au Québec.

Nous n’avons pas à amplifier les chiffres sur la dette et les défis du Québec pour faire comprendre qu’il est important d’agir. Le président du Conseil du Trésor ne cesse de répéter que si son gouvernement n’avait pas agi, nous allions avoir un déficit de 5,8 milliards de dollars.

Or, cette projection s’appuie sur les données du Secrétariat au Conseil du Trésor qui révélait, au lendemain de l’élection du 7 avril, que les coûts de reconduction des programmes allaient entraîner une hausse des dépenses de 6,1 %. Cette forte hausse se réaliserait seulement si le ministre des Finances et le Conseil du Trésor ne faisaient pas le travail habituel qu’ils doivent faire tous les ans dans la préparation du budget et des crédits : prendre des décisions. Dire oui à un ministère, dire non à un autre, faire des choix pour éviter justement une croissance sans fin des dépenses.

Le problème, c’est que le gouvernement Marois n’a pas déposé les crédits avant l’élection et n’a pas fait les arbitrages habituels. On imagine que si le parti au pouvoir avait été réélu, les décisions habituelles auraient été prises pour contrôler les dépenses.

Tout cela mis en contexte, je vous pose donc la question : le gouvernement Couillard dramatise-t-il la situation budgétaire du Québec?

2 ballons d’essai, 3 milliards de dollars!

Vendredi 19 septembre 2014 à 12 h 05 | | Pour me joindre

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Les ballons d’essai sont à la mode ces jours-ci à Québec. Au moment où tout est en jeu, des congés parentaux aux garderies à tarif réduit, en passant par les conservatoires de musique et les agences de santé, permettez-moi de mettre deux autres concurrents au ballottage :

  • Le Fonds des générations
  • La TVQ

En fait, je veux qu’on se comprenne bien, ce ne sont pas des propositions, mais ce sont des options à envisager si on considère que tout est en jeu pour arriver au déficit zéro. En ce sens, il est, je pense, utile d’explorer d’autres possibilités qui pourront nourrir la réflexion sur ce qui doit être fait pour rétablir l’équilibre. Je peux vous dire cependant qu’en conférence téléphonique vendredi matin, le ministre des Finances Carlos Leitao a rejeté ces deux options.

Le Fonds des générations

Il a été discuté, dans le passé, de fermer le Fonds des générations et d’utiliser cet argent pour réduire la dette. Le Parti québécois était en faveur de cette option, avant de finalement l’abandonner une fois au pouvoir. Si le gouvernement Couillard décidait de mettre fin au Fonds des générations, il pourrait affecter immédiatement à la dette 5,659 milliards de dollars (somme au 31 mars 2014). Deux économies en découleraient :

Réduction des intérêts : environ 300 millions

Récupération de la somme prévue pour le Fonds des générations en 2014-2015 : 1,3 milliard.

La TVQ

Le ministre Leitao a dit qu’il n’était pas question de récupérer le champ fiscal qui serait abandonné par le gouvernement fédéral, qui s’apprête à annoncer des baisses de charges fiscales, baisse d’impôt ou baisse de TPS. S’il le faisait, Carlos Leitao pourrait aller chercher au moins 1 milliard de dollars supplémentaires en ajoutant un point de TVQ.

Il est prévu en 2014-2015 que la TVQ (actuellement de 9,975 %) rapporte au gouvernement la somme de 15,472 milliards. C’est l’équivalent de 1,5 milliard par point de TVQ. En admettant qu’une hausse de taxes réduise la demande, on peut imaginer qu’une hausse d’un point de taxe de vente rapporterait un peu moins que 1,5 milliard.

Gain : 1 milliard à 1,5 milliard 

Voilà deux ballons d’essai : un premier qui prévoit une coupe, le Fonds des générations, et une autre qui prévoit une ponction fiscale supplémentaire, qui n’en serait pas une si on occupait un champ fiscal abandonné par le gouvernement fédéral. Nous venons de déterminer de 2,5 à 3 milliards de dollars potentiels.

Honnêtement, avant d’augmenter une taxe ou de mettre fin au Fonds des générations, il faut une réflexion profonde sur les conséquences, bien plus détaillée que ces quelques mots dans ce billet. Tous les ballons d’essai, qu’ils viennent du gouvernement, des fonctionnaires ou d’autres sources, n’ont pas franchi l’analyse complexe nécessaire.

C’est ce que font en ce moment les experts de la Commission sur la fiscalité de Luc Godbout. On sera d’accord ou pas avec leurs propositions, on verra bien. Mais elles auront nécessairement le mérite de s’appuyer sur un argumentaire chiffré, recherché, scientifique. Et souhaitons-le, ces propositions s’appuieront sur une perspective à long terme et non pas qu’en regard des deux prochaines années.

En attendant… que pensez-vous de ces deux options?

Carlos Leitao répondra à vos questions jeudi 25 septembre à 18 h 30 (HAE) à RDI économie. Écrivez-nous : rdieconomie@radio-canada.ca

Austérité à Québec?

Vendredi 25 avril 2014 à 12 h 48 | | Pour me joindre

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La campagne électorale n’a pas porté sur les défis du Québec en matière de gestion des finances publiques. François Legault a bien tenté de faire surgir cet enjeu en proposant des coupes immédiates et importantes dans l’appareil de l’État. Les Libéraux ont été plus discrets sur la question, bien que leur cadre financier prévoyait des compressions de 1,3 milliard de dollars sur deux ans.

Aujourd’hui, une fois au pouvoir et une fois le conseil des ministres formé, le nouveau premier ministre Philippe Couillard montre un ton franchement plus inquiet et alarmé sur les finances publiques. En fait, le constat qu’il fait est celui d’une situation financière plus difficile que prévu dans le budget Marceau du 20 février. Et ses solutions annoncent des transformations qui pourraient être majeures.

En présentant un rapport commandé par Philippe Couillard sur les finances publiques, l’économiste et fiscaliste Luc Godbout a dit qu’il est étonnant de voir le Québec s’engluer dans les déficits alors qu’on n’arrête pas de dire, depuis des années, que le Québec a connu une récession beaucoup moins profonde que les autres en 2009. Si l’état des choses était normal, on serait rapidement revenu à des surplus selon lui. Mais des facteurs structurels nous maintiennent en déficit. C’est inquiétant dit Luc Godbout, qui a travaillé avec l’économiste Claude Montmarquette à la rédaction de ce rapport.

Je pense que c’est important de préciser une chose : un déficit de 3,1 milliards de dollars n’est pas un déficit très important. C’est gérable comme dirait Jacques Parizeau. C’est 0,9 % du PIB. Le problème, c’est d’être incapable depuis 2010 de remonter la pente comme l’avaient prévu Raymond Bachand et Nicolas Marceau, qui visaient, tous les deux, le retour à l’équilibre en 2013-2014.

Le vrai problème, c’est le poids de la démographie du Québec. Il y a plus de sorties que d’entrées dans la population active. Autrement dit, des travailleurs expérimentés partent à la retraite et ne sont pas remplacés par des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. C’est moins de croissance pour le Québec, c’est moins de revenus pour le gouvernement, c’est une difficulté fondamentale qui rend difficile l’équilibre des finances publiques.

Les solutions des experts Godbout et Montmarquette sont les suivantes :

  1. « des gestes à court terme » qu’on pourrait considérer comme des mesures d’austérité dans l’appareil de l’État, des efforts de 3,7 milliards de dollars pour atteindre l’objectif de 2014-2015, c’est-à-dire un déficit de 1,75 milliard de dollars;
  2. un examen stratégique des programmes, processus et structures, un peu comme l’a fait le gouvernement Harper à Ottawa, ce qui a mené à des compressions budgétaires de 5,2 milliards de dollars en 2012;
  3. gérer les dépenses sur 3 ans, un cadre qui serait plus transparent, plus prévisible, plus productif;
  4. réexaminer la fiscalité des particuliers et des entreprises : on compte pour 23 milliards de dollars de crédit d’impôt au Québec;
  5. produire un rapport à date fixe AVANT l’élection à date fixe pour faire un état non politisé des finances publiques.

Dans leurs propositions, les deux économistes sont d’avis qu’on pourrait songer à la possibilité de vendre des actifs et qu’on devrait maintenir la hausse des tarifs de garderie de 7 à 9 $ annoncée par l’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau le 20 février. Déjà, Philippe Couillard a exclu cette option.

Ça fait des mois qu’on discute ensemble de l’importance pour le Québec de contrôler ses dépenses et de générer des revenus plus importants et récurrents. En voulant agir rapidement et avec force, le nouveau gouvernement doit s’assurer de ne pas faire peur aux Québécois avec des mesures draconiennes qui seraient, finalement, contre-productives.

L’action appelle la mesure. Tout un défi. Qu’en pensez-vous?

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Je tiens à faire une précision sur l’austérité. Est-ce que les annonces du gouvernement représentent vraiment des mesures d’austérité? J’aurais tendance à dire oui, compte tenu de l’intention du gouvernement de geler les budgets de tous les ministères, sauf la santé et l’éducation. Un gel des dépenses, c’est, dans les faits, une réduction des dépenses en tenant compte de l’inflation.

Des « efforts budgétaires » de 3,7 milliards, qui sont des « coupes et des remises en question », a dit Philippe Couillard jeudi, représentent aussi des mesures de compressions. J’ai vraiment tendance à croire que c’est de l’austérité.

Mais plusieurs diront qu’en maintenant une croissance générale des dépenses de 2 %, on ne peut pas utiliser ce mot. L’austérité serait alors une vraie baisse des dépenses publiques, comme l’ont fait plusieurs pays d’Europe, notamment la Grèce.

Le Monde écrivait il y a deux jours qu’il « n’existe pas de définition scientifique de rigueur et austérité en matière économique. Ces deux termes désignent de manière générale une politique économique, qui se veut l’inverse de la relance. » Or, il faut le préciser, Philippe Couillard veut augmenter les investissements en infrastructures, crée un nouveau crédit à la rénovation et annonce de nouveaux investissements dans le secteur de la forêt.

Alors, peut-être peut-on parler de « mesures d’austérité » dans un cadre qui n’est pas une « politique d’austérité »? Qu’en pensez-vous?

Pas de résolution? Vraiment?

Mardi 7 janvier 2014 à 14 h 49 | | Pour me joindre

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Chers fidèles à ce blogue, je tiens d’abord à vous remercier sincèrement de lire, de partager, de commenter les billets publiés ici depuis 2006. Vos commentaires, vos questions et les échanges que nous avons me sont devenus essentiels. Pourquoi? Parce que je peux ainsi rester connecté sur les réflexions des gens pour qui on travaille ici à Radio-Canada et aussi parce que ce blogue m’aide à structurer ma pensée, ma recherche, ma préparation. Entre le blogue, RDI économie et mes interventions à la télé et à la radio, il doit y avoir un fil conducteur efficace. C’est souvent ici, dans ce blogue, que ça commence ou que ça se termine!

J’ai à peu près tout débranché durant le temps des fêtes. Pas de bulletin de nouvelles. Pas de journaux, pas d’Internet. De la glace partout, trois pannes de courant, une  grande panne d’Internet (toujours pas réglée d’ailleurs), j’ai à peine capté quelques infos à la radio en auto ou encore en jetant un petit coup d’œil furtif sur un journal tout près de la caisse au magasin général du village. J’ai lu quelques livres, j’ai chauffé le foyer en masse, j’ai joué au scrabble (j’ai gagné deux fois, mais j’ai perdu plusieurs fois), entre amis, en famille. J’ai regardé les branches de mes pins éclater sous la glace, un saule pleureur se briser en deux, trois bouleaux plier comme une perche. On s’est enfilé quelques épisodes de Dexter 8 et j’ai choppé un virus début janvier.

Je ne sais pas trop pourquoi je vous raconte tout ça, ce n’est pas trop mon habitude. Mais il me semble que ça nous change un peu des finances publiques, des taux d’intérêt, des questions de pétrole ou de crédit d’impôt, vous ne trouvez pas?

Pas de résolution non plus pour 2014. Parce que ça ne tient jamais très longtemps. Et parce qu’une résolution, à mon avis, ça peut se prendre à n’importe quel moment de l’année et ça doit s’installer dans notre mode de vie. Épargner (aux 2 semaines). Arrêter de fumer (je ne fume pas!). Faire de l’exercice (tous les jours… ou presque!). Devenir végétarien (pas pour moi!). Etc.

Mais, quand même, si j’avais cinq résolutions à vous et à me proposer, je vous dirais ceci :

  1. Débrancher le téléphone cellulaire intelligent durant vos congés hebdomadaires : ce sera difficile de ne pas, tout de même, jeter des coups d’œil de temps à autre, mais vous le ferez moins souvent, vous serez moins dérangés, interpellés, perturbés!
  2. Mettez de l’argent de côté chaque semaine ou à chaque paie dès maintenant. L’économiste Jean-Luc Landry nous disait en début d’année qu’on devrait épargner 10 $ par semaine dès l’âge de 20 ans, 20 $ à 30 ans, 30 $ à 40 ans, 40 $ à 50 ans, 50 $ entre 60 et 70 ans.
  3. Faites-vous un budget. Vos dépenses, vos revenus sur des périodes comparables. Vous allez voir si vous avez une marge de manœuvre ou pourquoi vous n’arrivez pas!
  4. Remboursez vos dettes aux taux d’intérêt les plus élevés d’abord. Si vous n’êtes pas capable ou si vous n’êtes pas discipliné pour payer le solde de votre carte de crédit tous les mois, ne l’utilisez pas!
  5. Lisez. Informez-vous. Choisissez vos sources d’informations pour apprendre des choses, pour comprendre les enjeux. Il faut le faire, il faut sortir du bruit et du tourbillon pour revenir à l’essentiel, au fondamental, au plus important (c’est songé n’est-ce pas?)

Allez, bonne année!

Nos suggestions de livres

Mercredi 1 janvier 2014 à 12 h 25 | | Pour me joindre

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Chers amis!

Voici les suggestions de lecture de nos journalistes, diffusées dans notre édition spéciale RDI économie – résolutions 2014.

 

Andrée-Anne Saint-Arnaud

  • Economix par Michael Goodwin, illustrations de Dan E. Burr, Éditions Les Arènes, 2013, 304 pages
  • Dette : 5000 ans d’histoire par David Graeber, Éditions Les liens qui libèrent, 2013, 623 pages

Vincent Maisonneuve

  • Arrêtons d’avoir peur! : Insecticides, OGM, alimentation, pollution, radioactivité, énergie nucléaire, antennes de téléphones portables… Ne croyez pas les nouvelles alarmistes par Maurice Tubiana, Éditions Michel Lafon, 2012, 253 pages
  • L’Apocalypse n’est pas pour demain : pour en finir avec le catastrophisme par Bruno Tertrais, Éditions Denoël, 2011, 285 pages

 

Maxime Bertrand

  • Rebâtir l’avenir par Jacques Racine, Éditions Médiaspaul, 2013, 264 pages
  • Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien par Jean-Michel Naulot, Éditions Seuil, 288 pages

 

Mathieu Dion

  • Freakonomics: A rogue economist explores the hidden side of everything par Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, Éditions HarperCollins, 2005, 336 pages (en français, Éditions Folio en 2007)
  • L’économie : les grands concepts expliqués par Collectif, Éditions Marcel Didier, 2013, 352 pages

 

Gérald Fillion

  • Créer et partager la prospérité : sortir l’économie canadienne de l’impasse par Diane Bellemare, préface de Claude Castonguay, Éditions Presses de l’Université du Québec, 2013, 252 pages
  • L’égalité, c’est mieux par Richard Wilkinson et Kate Pickett, préface de Claude Cossette, Éditions Écosociété, 384 pages

Dette du Québec : lunettes roses?

Mercredi 18 décembre 2013 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons écouté Jacques Parizeau cette semaine nous parler des finances publiques du Québec. Pour les uns, c’est un sage qui parle, un très grand connaisseur de la finance et de l’économie du dernier demi-siècle au Québec. Il faut l’écouter.

Pour d’autres, Jacques Parizeau est un homme du passé qui regarde les chiffres avec des lunettes anciennes et une analyse qui n’est plus appropriée à la réalité d’aujourd’hui.

Il est clair que le discours de l’ancien premier ministre (1994-1996) et ancien ministre des Finances (1976-1984) détonne des propos habituellement inquiets, préoccupés, alarmistes peut-être, sur l’état de santé des finances publiques du Québec. Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, Jacques Parizeau nous a demandé de cesser de dramatiser la dette, qu’au fond, en nous comparant avec nos pairs, nous sommes « désespérément normaux ».

N’empêche, l’agence de notation Fitch, agence assez dynamique dans la notation des États, est venue, semble-t-il, à un cheveu d’abaisser la note de crédit du Québec. La première ministre Pauline Marois a dû intervenir auprès de l’agence pour expliquer le plan de match de son gouvernement en matière de contrôle des dépenses et de stimulation de l’économie.

L'ancien premier ministre du Québec, Jacques ParizeauLa note sur la dette du Québec est sous surveillance avec perspective négative pour Fitch. Et, selon Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de finances, d’autres agences sont préoccupées et pourraient placer la note de crédit du Québec sous surveillance avec perspective négative. Pour l’instant toutefois, à part Fitch, aucune des institutions n’a exprimé publiquement une inquiétude à propos du plan de retour à l’équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.

Le député Dubé accuse Jacques Parizeau de porter des « lunettes roses ». L’ancien premier ministre nous a dit, en entrevue, qu’il fallait comparer des pommes avec des pommes. Le gouvernement fédéral exprime sa dette en fonction des déficits cumulés, ce qui lui donne un ratio d’un peu plus de 33 % par rapport au PIB. Pourquoi devons-nous, au Québec, toujours attirer l’attention sur la dette brute, qui est à 54 % du PIB? Pourquoi, nous, prenons-nous la dette la plus impressionnante, se demande Jacques Parizeau, alors que les autres ne le font pas?

Définissons les types de dettes :

  • La dette du secteur public représente la dette du gouvernement, des réseaux de santé et d’éducation, la dette d’Hydro-Québec, des municipalités et des autres entités du gouvernement. Total d’environ 260 milliards de dollars, soit 73 % du PIB approximativement.
  • La dette brute représente la dette du gouvernement et le passif net au titre des régimes de retraite et des avantages sociaux futurs. On soustrait les sommes investies dans le Fonds des générations. Total de 192 milliards, soit près de 54 % du PIB.
  • La dette nette, c’est la dette brute à laquelle on soustrait les actifs financiers, soit les investissements en immobilisations (immeubles, biens meubles, etc.). Total de 175 milliards, soit 49 % du PIB.
  • Et puis, la dette représentant les déficits cumulés soustrait également de la dette nette les actifs non financiers, c’est-à-dire les actifs qu’on ne peut pas négocier sur un marché et qui ne rapportent pas de revenus. Donc, en soustrayant tous les actifs de la dette brute, on arrive à la dette représentant les déficits accumulés qui totalise 118 milliards, soit 33 % du PIB.

Jacques Parizeau a raison de dire que pour bien comparer les dettes avec les autres gouvernements, c’est la dernière mesure qui est le plus souvent utilisée. En effet, à la page 319 du dernier budget fédéral, le ministre des Finances Jim Flaherty utilise bel et bien la dette représentant les déficits cumulés en parlant de la dette fédérale. À 608 milliards de dollars, cette dette représente 33,5 % du PIB à la fin de l’exercice 2012-2013 pour le Canada. Au Québec, cette même dette est à 33 %.

Le député Christian Dubé, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de financesCela dit, Christian Dubé me faisait remarquer que les provinces sont responsables d’un niveau d’infrastructures élevé, ce qui n’est pas le cas pour le fédéral. Dans les circonstances, il est d’avis qu’on devrait s’intéresser le plus souvent à la dette nette, qui serait, selon lui, la plus représentative. Il met pourtant en évidence, sur son blogue, ce que la dette la plus « heavy metal », la méga-dette (permettez l’allusion !) qui inclut toutes les dettes de toutes les entités sans tenir compte des actifs. C’est la dette que met toujours en évidence l’IEDM.

Cela dit, les défis du Québec sont multiples : la population active est appelée à baisser avec le vieillissement accéléré de la population. Les coûts de santé iront grandissant. Le CIRANO affirme que la croissance des dépenses va largement dépasser la croissance des revenus. Et le contrôle des dépenses demeure un défi constant, un défi que le ministre Marceau donne l’impression de relever pour l’instant. Mais il ne faut en rien baisser les bras.

Jacques Parizeau a-t-il raison de nous dire que c’est gérable ? Christian Dubé a-t-il raison de s’inquiéter d’une décote de la note du Québec?

« Désespérément normaux! »

Lundi 16 décembre 2013 à 18 h 12 | | Pour me joindre

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Jacques Parizeau lance un appel au calme. Le Québec n’est pas aux prises avec un problème structurel dans ses finances publiques. « Nous sommes désespérément normaux », nous a-t-il dit dans une entrevue qui sera diffusée à RDI économie mardi soir.

Selon l’ancien premier ministre et ancien ministre des Finances du Québec, la croissance habituelle des revenus de l’État devrait permettre d’absorber la hausse des coûts de santé prévus pour les prochaines décennies. Le groupe de recherche CIRANO prévoit que les dépenses en santé vont doubler d’ici 17 ans. Jacques Parizeau répond qu’une somme à 3 % double tous les 23 ans. C’est donc dire que les coûts de santé devraient grimper d’environ 3,5 % au Québec au cours des prochaines années.

Jacques Parizeau dit que la hausse des revenus nominaux du Québec est généralement, sauf en 2013, de 3 à 3,5 %. « C’est gérable », selon lui.

Il nous demande aussi de regarder les bons chiffres sur la dette. La dette brute est de 192 milliards de dollars. Mais il faut tenir compte des actifs financiers et non financiers, qui sont évalués à 74 milliards de dollars. Nous arrivons ainsi à la dette représentant les déficits cumulés, l’indice utilisé par les autres provinces, affirme Jacques Parizeau. Cette dette avoisine les 118 milliards de dollars, soit 33 % du PIB, l’équivalent du gouvernement fédéral.

Notre vrai problème, dit-il, c’est le retard du Québec sur le plan de l’automatisation des PME et sur l’intégration des technologies de l’information. Notre problème de productivité nuit à nos exportations, qui représentent 50 % de notre PIB. Il est là le problème structurel de dire Jacques Parizeau.

Qu’en pensez-vous?

Voici l’entrevue intégrale…

La carotte, le bâton et le huard

Vendredi 13 décembre 2013 à 15 h 06 | | Pour me joindre

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Malgré tous les avertissements, malgré le resserrement des règles hypothécaires et même si l’économie ralentit, les Canadiens continuent de s’endetter. Le niveau d’endettement des ménages monte moins rapidement que par le passé, mais il monte encore. Au troisième trimestre, ce taux est passé de 163,1 à 163,7 %. Autrement dit, pour chaque tranche de 100 $ de revenu disponible, les ménages ont une dette moyenne de 163,70 $, en incluant le crédit à la consommation et les dettes hypothécaires.

Votre dette, c’est la menace principale dans l’économie canadienne selon plusieurs experts. Le FMI nous le dit souvent : le Canada s’expose à des jours difficiles si une bulle d’endettement se forme et éclate avec une éventuelle hausse des taux d’intérêt.

Dans les circonstances, la Banque du Canada peut difficilement envisager une baisse de taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Mais elle ne peut pas non plus les monter compte tenu de la faible croissance du PIB et de l’inflation. C’est un exercice d’équilibrisme intense pour le nouveau gouverneur de la Banque du Canada.

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, et Gérald Fillion, à droiteD’ailleurs, en entrevue à RDI économie jeudi, Stephen Poloz a admis sans gêne que la banque centrale a joué un rôle dans l’embellie immobilière au pays. Une étude de la Deutsche Bank nous apprenait cette semaine que c’est au Canada que le marché est le plus surévalué dans le monde en raison de la hausse des prix à Toronto et à Vancouver principalement. « C’est vrai que c’est surévalué, a dit Stephen Poloz, mais c’est l’une des conséquences prévisibles de notre politique qui était celle d’avoir plus de dépenses des ménages pour contrebalancer le manque d’exportations durant la récession. »

Stephen Poloz a clairement changé la ligne directrice à la Banque du Canada, tandis que l’économie a montré des signes de faiblesse depuis l’été dernier. Sous Mark Carney, stratégie du bâton, on cherchait à freiner les élans de l’endettement en maintenant une menace de hausse de taux d’intérêt. Sous Stephen Poloz, stratégie de la carotte, on laisse poindre la possibilité de baisser les taux, ce qui a pour effet de faire chuter le dollar canadien.

La banque centrale tente de transférer une partie du soutien à l’économie du consommateur vers l’exportateur qui, en principe, devrait bénéficier d’une baisse du dollar canadien face au dollar américain.

Sur ce sujet-là aussi, Stephen Poloz ne passe pas par quatre chemins : « Nous sommes plus clairs, plus honnêtes, nous avons des incertitudes autour du taux d’inflation et de la trajectoire pour retourner à 2 %. » Et le marché capte le message!

Pour résumer, si Jim Flaherty ne réussit pas à ralentir l’endettement des Canadiens en resserrant les règles hypothécaires et si la Banque du Canada ne peut pas vraiment freiner la consommation, que reste-t-il? Le dollar canadien! Et c’est sur la devise que semble travailler la Banque du Canada pour tenter d’équilibrer et de consolider les sources de croissance pour l’économie canadienne.

Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine Le patron de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke est en mode « sortie de crise ». Son objectif : réduire progressivement l’intervention de la banque centrale dans les marchés financiers sans nuire à la reprise économique qui semble s’installer. La Fed achète encore pour 85 milliards de dollars d’obligations chaque mois en ce moment. Elle a injecté plus de 2300 milliards de dollars depuis le début de la crise financière. Cette intervention exceptionnelle doit, un moment donné, arriver à son terme. On s’en approche…

Chez nous, le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz doit tout faire pour éviter de poser des gestes qui accentueraient les problèmes structurels qui se sont installés dans l’économie canadienne au cours des dernières années. On a beaucoup misé sur le consommateur au Canada pour soutenir l’économie. Aujourd’hui, ce consommateur-citoyen-travailleur-contribuable est très endetté! Peut-être trop d’ailleurs…

Et c’est pour ça que Stephen Poloz mise sur les exportateurs et une hausse des investissements des entreprises, qui dorment sur des centaines de milliards de dollars en liquidités, pour relancer l’économie. Le consommateur a assez donné, nous dit la Banque du Canada. On lui en a assez demandé. L’endettement des ménages atteint des sommets et cet endettement représente aujourd’hui la menace la plus importante qui plane sur l’économie canadienne.

Ce qui se passe au Canada et aux États-Unis est particulier. Depuis des années, les États-Unis se démènent pour tenter de relancer leur croissance de façon durable et faire baisser le chômage. Pendant ce temps, le Canada a claironné sur tous les toits que sa recette était la meilleure : des banques stables, des assises financières solides, une économie forte stimulée par la construction et les ressources.

Maintenant, ils sont de plus en plus nombreux parmi les experts à reconnaître que les dépenses publiques, l’intervention de la Réserve fédérale et l’évitement du « mur budgétaire » ont permis aux États-Unis d’éviter une chute encore plus brutale de leur économie et de reconstruire une croissance qui apparaît un peu plus solide.

Au Canada, parce que la récession a frappé moins fort qu’ailleurs, on s’est cru et on se croit peut-être encore à l’abri d’intempéries. Mais, est-ce le cas? Notre croissance est moins forte qu’aux États-Unis, les indicateurs économiques expriment un peu partout au pays, notamment au Québec, qu’il y a un ralentissement en cours. Quantité d’experts du FMI, de la Banque du Canada et même jusqu’à Paul Krugman expriment une réelle inquiétude quant à l’impact éventuel du niveau d’endettement des ménages.

De toute évidence, le vent ne souffle pas dans la même direction au nord et au sud de la frontière…