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Target et la culture du bas prix

Mercredi 18 septembre 2013 à 12 h 40 | | Pour me joindre

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L’arrivée de la multinationale Target au Canada a fait couler beaucoup d’encre dans les derniers mois, et nous avons abondamment parlé de l’intérêt du consommateur dans cette affaire. Mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi l’intérêt des commerçants, des travailleurs et des producteurs canadiens.

Un véritable « bain de sang » est en cours en Ontario pour tous les détaillants, a dit hier lors d’une conférence le PDG de Rona, Robert Sawyer, cité dans le Globe and Mail. « C’est difficile, et ce n’est pas que pour l’industrie de la rénovation. » Des analystes affirment que c’est surtout le secteur de l’alimentation qui est touché. Le consommateur moyen n’a pas plus d’argent à dépenser, mais il a certainement un choix plus grand. Si c’est bon pour le consommateur, ça ne veut pas dire que c’est formidable pour les détaillants, surtout les commerçants plus spécialisés.

Des groupes américains comme Target offrent une gamme de produits : ça va des caleçons aux betteraves, en passant par un petit café, de la pâte dentifrice ou une prescription pharmaceutique! Le nerf de la guerre concurrentielle que se livrent différents détaillants, c’est la valeur ajoutée et les prix. Sur la première stratégie, tout le monde doit être créatif. Sur la deuxième, la guerre est parfois inégale.

Et surtout, dans un monde où on ne cesse de nous dire que c’est le « bas prix » qui compte, il faut connaître les raisons qui expliquent pourquoi une entreprise comme Target peut arriver au Canada et vous promettre des prix plus bas que ses concurrents.

Trois raisons :

  1. Une grande quantité de produits offerts par les Target et Walmart de ce monde sont achetés à l’étranger et viennent d’endroits où les salaires sont très bas et les normes du travail différentes de chez nous. Si ces entreprises se procurent des produits de fournisseurs canadiens, il faut savoir que les fournisseurs en question achètent eux-mêmes quantité de biens à l’étranger.
  2. Les multinationales, de par leur taille, ont un pouvoir de négociation exceptionnel. Ils achètent en gros, ils peuvent donc négocier des prix plus bas. Ils détiennent un pouvoir de négociation important pour faire pression sur les fournisseurs.
  3. Les employés sont souvent payés à un faible salaire. Dans le cas de Target, l’entreprise a repris les baux commerciaux des magasins Zellers, mais a choisi de ne pas conserver les employés de la chaîne. Le syndicat affirme que les anciens employés de Zellers qui ont postulé à Target ont reçu une offre d’emploi avec un salaire plus bas de 3 $ de l’heure et moins d’heures par semaine. « Target n’a pas créé de l’emploi, elle a précarisé l’emploi dans le commerce de détail », a dit Roxanne Larouche du syndicat TUAC, représentant les ex-employés de Zellers.

Alors, comme consommateur, on en profite. Mais à quel prix? Quels commerçants canadiens vont devoir cesser leurs activités avec la venue de Target? Quels producteurs vont perdre des contrats avec les marchés d’alimentation canadiens? Est-ce que des conventions collectives ou des conditions de travail devront être renégociées en raison des marges devenues trop serrées pour les détaillants canadiens?

Il y a plusieurs aspects à considérer dans cette histoire. C’est important de les explorer tous. Et d’être conscient que derrière les bas prix que nous réclamons, il y a des conséquences économiques.

Le commerçant et son client

Vendredi 14 décembre 2012 à 12 h 06 | | Pour me joindre

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Je suis fasciné par les rouages de l’économie. Par les gens qui font et qui animent l’économie. Par les femmes et les hommes qui font en sorte que tous les jours, nous vivons, nous mangeons, nous bougeons, nous avançons, nous évoluons dans l’objectif universel d’être heureux! On est loin d’y arriver tous les jours. Être heureux, ça peut prendre toute une vie pour y arriver. Et encore! Nos petites chimies intérieures et les hauts et les bas de la vie brouillent parfois, et pour plusieurs souvent, nos desseins de bonheur, de paix et de sérénité.

Des clients font la queue à la caisse du magasin de  jouet Toys R Us à Winnipeg vendredi matin.Au Centre Laval, dans les dernières semaines, et jeudi soir lors de notre spéciale des fêtes en direct, j’ai rencontré là des gens que je connais. Je ne veux pas dire que je les connais personnellement. Mais j’ai vu des êtres humains qui m’ont fait penser à d’autres personnes que j’ai connues dans ma vie. Des gens qui travaillent souvent 6 jours semaine, des journées qui peuvent dépasser les 12 heures, des gens qui doivent sacrifier une bonne partie du temps de famille et de loisir pour gagner leur vie.

Les commerçants. Les détaillants. Vos voisins, vos frères et vos soeurs, vos amis, ces gens-là fabriquent, fournissent, vendent des biens et des services que nous achetons et que nous consommons. On le fait par besoin ou par plaisir. Ils le font par nécessité. C’est leur gagne-pain, c’est leur salaire.

Ils sont les deux tiers de l’économie. Près de 70 % du PIB au Québec, au Canada et aux États-Unis reposent sur la consommation. C’est trop? Peut-être, probablement. Le dérapage, de nos jours, si je peux me permettre d’utiliser ce mot, ce n’est pas la consommation. C’est la surconsommation! La conseillère de l’ACEF de l’Île Jésus Eduarda Freitas nous disait jeudi soir en direct à RDI qu’il y a des besoins et des désirs. Il faut obligatoirement s’occuper de l’un et espérer pouvoir combler l’autre.

Mais combler les désirs en s’endettant sans savoir comment rembourser nos cartes de crédit, c’est un aller simple vers l’enfer budgétaire! À 20% d’intérêt, les cartes de crédit peuvent vous faire plonger dans un véritable « précipice budgétaire » pour reprendre une expression à la mode ces jours-ci.

Et notre défi social, il est là. Le vice de notre modèle économique, c’est l’endettement dû à la surconsommation. C’est acheter avec de l’argent qu’on n’a pas et gonfler un peu plus chaque jour la bulle des dépenses et des dettes.

Comment fait-on pour continuer à stimuler l’économie et l’emploi, par la consommation qui, je vous le rappelle, fait vivre une majorité de nos voisins, amis et parents, tout en évitant de crouler sous les dettes et de sombrer dans les dépenses inutiles, irresponsables et contre-productives?

Le monsieur de la caverne d’Ali baba du Centre Laval m’a fait visiter sa jolie boutique jeudi soir. Une partie de sa vie, c’est ce commerce qu’il aime, dont il est fier, qu’il m’a présenté comme l’une des grandes merveilles du monde. Il m’a dit que les affaires étaient relativement bonnes.

J’ai parlé à la propriétaire d’une bijouterie qui, elle, affichait des rabais de 50 % dans sa boutique. Il y a une dizaine de bijouteries dans son petit centre commercial. La concurrence est féroce. Il y a un gros « Target » qui s’en vient au Centre Laval, ça va attirer des gens m’a-t-elle dit.

D’un côté, le commerçant, qui vit d’espoir et d’optimisme, qui attend, qui est patient, qui se doit d’être créatif, ingénieux et original. De l’autre, le consommateur, qui doit faire des choix, qui doit se raisonner, se faire un budget, respecter ses limites et éviter les pièges de l’endettement.

Entre les deux : l’économie. Le rapport social, le lien entre les humains, les besoins, les désirs. Le capitalisme dans ce qu’il y a de meilleur et de pire aussi.