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Déficit de 25 milliards à Ottawa?

Jeudi 14 janvier 2016 à 12 h 21 | | Pour me joindre

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Je ne vous dis pas dans quelles circonvolutions nous serions enfoncés, si on avait élu le 19 octobre dernier les conservateurs ou les néo-démocrates avec leur promesse d’atteindre un déficit 0 dès le premier budget. Nous ne sommes pas dans ce psychodrame qui nécessiterait des compressions majeures, parce que les Canadiens ont élu majoritairement un parti et son chef qui ont promis en campagne des déficits budgétaires pendant trois ans pour stimuler l’économie.

Le gouvernement de Justin Trudeau possède donc une grande marge de manoeuvre sur le plan des finances publiques pour deux raisons :

  1.  Le PLC a gagné son élection en expliquant clairement qu’il y aurait des déficits;
  2.  La santé financière du Canada permet au gouvernement Trudeau d’investir massivement pour soutenir l’économie et enregistrer ainsi des déficits.

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C’est dans ce contexte que des économistes, notamment Clément Gignac de l’Industrielle Alliance, ont proposé au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, mercredi après-midi à Toronto, d’évaluer la possibilité de présenter un budget stimulateur de l’économie qui nécessiterait ainsi un déficit de 25 milliards de dollars pour 2016-2017. Un déficit de 15 milliards de plus que prévu dans la plateforme du Parti libéral du Canada durant la campagne électorale.

Comme l’expliquait Clément Gignac à RDI économie mercredi soir, l’état de l’économie nous amène déjà à 10 milliards de déficits, avant même l’entrée en vigueur des nouvelles politiques gouvernementales. En additionnant les mesures promises et un programme de stimulation de l’économie, l’ancien ministre québécois suggère donc au ministre d’aller jusqu’à 25 milliards de dollars de déficit. La situation est grave dit-il. Il faut agir avec conviction, selon lui.

Bien sûr que le gouvernement Trudeau doit viser l’équilibre budgétaire. Mais est-ce possible d’atteindre le déficit 0 avec la chute du pétrole en cours et la glissade interminable du dollar canadien? Sans compressions majeures, la réponse est non.

Est-il possible alors d’imaginer que le Canada puisse éviter une récession, ou à tout le moins une stagnation économique comme l’évoquent plusieurs économistes, sans investissements supplémentaires de la part de l’État? Encore là, on doit répondre non. Le secteur privé, en temps de turbulences et d’incertitudes, ralentit ses investissements. L’inaction de l’État contribuerait davantage à un ralentissement de l’économie qu’à une tentative de relance.

Maintenant, à 25 milliards de dollars, le déficit du gouvernement du Canada représenterait-il un alourdissement de la dette du pays? Pas certain. D’abord, un tel déficit, c’est environ 1,3 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui est plus faible que la grande majorité des pays de l’OCDE, sauf peut-être l’Allemagne, qui fait mieux.

Ensuite, un déficit de 25 milliards ne viendrait pas nécessairement alourdir la dette du Canada par rapport à son PIB, la mesure qui sert de référence pour évaluer la santé financière d’un pays. Malgré des déficits de 10 milliards de dollars par année, le gouvernement Trudeau prévoyait une réduction de la dette de 30 à 28 % de son PIB en 2018-2019, même à 27 % l’année suivante.

Avec les taux d’intérêt qui sont faibles et la note de crédit parfaite du Canada, le gouvernement Trudeau pourrait annoncer un tel déficit sans vraiment endommager sa situation financière.

Cela dit, l’équation n’est pas simple à résoudre. Dans un contexte où le gouvernement ne contrôle pas les prix du pétrole et l’évolution du dollar canadien, dans une économie qui dépend trop des ressources et dont le marché immobilier est globalement surévalué et dans une économie mondiale qui ralentit, des déficits plus grands à Ottawa auront-ils les effets escomptés sur l’économie canadienne? Le gouvernement risque-t-il de s’enliser dans les déficits, ce qui l’obligerait à remonter des taxes et des impôts pour arriver à l’équilibre en 2019-2020?

Donc, se pourrait-il que le gouvernement soit obligé de remettre à plus tard son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2019-2020, d’autant que les économistes nous rappellent ces jours-ci que la probabilité d’une récession aux États-Unis d’ici 2020 est de plus en plus grande?

Les lumières rouges sur le tableau de bord de l’économie canadienne se multiplient. Tellement qu’on peut commencer à se demander si le gouvernement Trudeau ne sera pas obligé d’aller plus loin que prévu dans ses investissements pour stimuler l’économie du pays. Il ne serait pas étonnant, dans les circonstances, que des déficits encore plus grands soient à prévoir. Rappelez-vous que lors de la dernière récession, le déficit du gouvernement Harper avait dépassé les 55 milliards de dollars en 2009. Allons-nous revoir de tels chiffres?

Les inquiétudes sont nombreuses :

  • Le prix du pétrole chute encore et encore. Il se dirige vers les 20 $ le baril aux États-Unis, un niveau sous lequel le prix du pétrole canadien est déjà tombé. Produire, vendre, exporter du pétrole aujourd’hui en 2016 au Canada est une activité non rentable;
  • Le dollar canadien est sur le point de tomber sous les 70 cents américains. Si c’est avantageux pour certains exportateurs, les effets ne seront pas les mêmes que par le passé, en raison d’un manque de compétitivité des entreprises canadiennes. La chute du dollar a un effet négatif sur les importations canadiennes, notamment les prix alimentaires, ce qui touche les ménages;
  • La Banque mondiale a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour le PIB mondial, de 3,3 % à 2,9 % pour 2016. Le Canada et ses ressources dépendent de la demande mondiale;
  • Le bilan des mises en chantier en 2015 est positif. On en compte 193 000 au pays, selon les premières données disponibles. Les économistes ne croient pas qu’un tel niveau pourra être atteint de nouveau en 2016;
  • De toute façon, certains marchés sont en surchauffe, et les autorités expriment de plus en plus d’inquiétudes sur des zones à risque, où les familles sont trop endettées et où les marchés immobiliers sont surévalués.

C’est dans ce contexte que les entreprises canadiennes se montrent de plus en plus inquiètes, et donc de plus en plus prudentes. Dans l’enquête effectuée pour l’hiver 2015-2016 par la Banque du Canada, on apprend que la confiance est en chute. « Les intentions d’investissement et d’embauche atteignent leurs plus bas niveaux depuis 2009, les entreprises tournées vers le marché intérieur et celles exposées au secteur des ressources revoyant leurs plans pour tenir compte du ralentissement de l’activité », écrit la Banque du Canada

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, indiquait la semaine dernière que la transition économique en cours au Canada prendra de trois à cinq ans. Ce passage d’une économie trop dépendante aux ressources à une économie plus diversifiée prendra du temps, ce qui pourrait amputer l’économie canadienne dans les prochaines années.

Vous voyez le tableau : l’économie mondiale ralentit, l’économie canadienne est de plus en plus lente, la confiance des entreprises baisse, les intentions d’embauche s’étiolent. Et on a du mal à trouver des indicateurs qui nous permettraient de croire que cette situation est temporaire. Dans les circonstances, comment doivent réagir les gouvernements, en particulier celui de Justin Trudeau?

Avant même d’avoir baissé les impôts et d’avoir investi des sommes dans l’économie, le nouveau gouvernement a fait le constat que le budget 2015-2016, présenté par le précédent gouvernement, allait être déficitaire et non en surplus. Alors qu’il s’est engagé à plusieurs réformes qui nécessiteront un déficit de 10 milliards de dollars en 2016-2017, le gouvernement Trudeau pourrait devoir assumer un déficit encore plus grand. Il peut le faire, parce que même à 15 ou 20 milliards de dollars, le déficit demeurerait à environ 1 % du PIB et le gouvernement pourrait tout de même réduire sa dette. Mais jusqu’où faut-il aller?

Je vous pose la question autrement : le gouvernement Trudeau a-t-il d’autres choix que d’appuyer davantage son économie? Sommes-nous en train de réaliser qu’un simple investissement général dans les infrastructures ne sera pas suffisant? Est-ce qu’un véritable plan de relance économique doit être envisagé à Ottawa?

Sur les plans économique et financier, l’année 2015 au Canada aura été difficile, il faut se le dire franchement. L’économie ne va pas très bien, les marchés boursiers ont offert un rendement négatif, la création d’emplois est faible et… le Canadien ne sait plus comment faire pour gagner! Mais ça, c’est une autre histoire.

Nous voici aux portes de l’année 2016. Voici 20 choses que vous devez savoir!

FINANCES, FISCALITÉ ET PRIX DES TIMBRES!

  • Baisse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus entre 45 000 $ et 90 000 $ passera de 22 % à 20,5 %;
  • Hausse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus au-dessus de 200 000 $ passera de 29 % à 33 %;
  • Baisse des droits au CELI : en 2016, il vous sera permis de déposer 5500 $ dans votre CELI en plus des droits disponibles des années passées. L’ancien gouvernement avait fait passer ce montant à 10 000 $ pour l’année 2015. Les libéraux ramènent le plafond à 5500 $;
  • Baisse de cotisations à l’assurance parentale au Québec : dès le 1er janvier, réduction de 2 %;
  • Hausse de prestations de la RRQ et du RPC : en 2016, hausse des rentes de 1,2 % au Québec et de 1,3 % pour le Régime de pensions du Canada;
  • Hausse de cotisations à la RRQ : le taux employé/employeur passera en 2016 de 10,50 % à 10,65 %;
  • Changements fiscaux au Québec : dès le 1er janvier, bouclier fiscal pour amoindrir l’effet de l’impôt sur une hausse des salaires et bonification du crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés;
  • Hausse des frais de garderie au Québec : dans votre déclaration de revenus, vous devrez payer les frais supplémentaires exigés avec la nouvelle modulation des tarifs en fonction de vos revenus. Consultez le calculateur du ministère des Finances : http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/outils/garde_fr.asp;
  • Hausse du tarif de base des services de garde subventionnés au Québec : le 1er janvier, le tarif passera de 7,30 $ à 7,55 $ par jour, par enfant;
  • Allocation canadienne pour enfants : une nouvelle prestation pour les familles sera annoncée dans le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau en février ou en mars. Cette allocation remplacera les prestations actuelles pour les ménages avec enfants et ne sera pas imposable, ont promis les libéraux;
  • Crédit d’impôt pour fonds de travailleurs à 15 % : le budget doit nous donner la réponse sur le retour du crédit d’impôt fédéral de 15 % sur les investissements faits dans un fonds de travailleurs, comme le Fondaction CSN et le Fonds FTQ. Les libéraux l’ont promis;
  • Les timbres, au même prix : la hausse prévue pour 2016 des timbres-poste est annulée.

LA BOURSE, LE DOLLAR, LES TAUX, LES BULLES!

  • Non, on ne fera pas de projections boursières pour 2016. Aucune idée! Tout ce que je peux vous dire, c’est que 2015 a été décevante. Le S&P/TSX à Toronto a perdu 10 % entre le début de l’année et Noël. Le S&P 500 à New York a offert un beau gros 0 %;
  • La chute du prix du pétrole s’est accélérée en fin d’année : baisse de 30 % en 2015 des cours du pétrole, sous les 40 $ le baril. Allons-nous descendre plus bas en 2016, comme l’Arabie saoudite et l’OPEP maintiennent la pression sur le marché? L’offre continue d’augmenter plus rapidement que la demande et ça va se poursuivre avec le retour à la normale dans les exportations de pétrole en Iran;
  • Le dollar canadien est passé de 0,86 à 0,72 $ US en 2015. Plusieurs économistes prévoient qu’il tombera sous les 0,70 $ US en 2016;
  • Selon plusieurs économistes, des hausses de taux d’intérêt sont à prévoir aux États-Unis, mais une baisse est possible au Canada. Question : jusqu’où va-t-on stimuler le marché immobilier? Il y a déjà de dangereuses bulles à Toronto et à Vancouver. Et je ne parle pas de bulles de champagne!

TOUT EST ÉCONOMIQUE ? OU TOUT EST POLITIQUE?  

  • Élections aux États-Unis en novembre 2016 : Hillary Clinton devrait être la candidate démocrate contre Ted Cruz, Marco Rubio, Donald Trump ou qui encore chez les républicains? Cette élection aura un effet sur les relations entre le Canada et les États-Unis. L’accord de Partenariat transpacifique (PTP) pourrait tomber à l’eau si Hillary Clinton est élue et maintient son opposition. Le projet d’oléoduc Keystone pourrait revivre si les républicains sont portés au pouvoir;
  • Après l’austérité, la rigueur et tutti quanti, une année d’investissements? Le Québec est en surplus et le premier ministre Philippe Couillard a clairement dit, dans ses entrevues de fin d’année, que 2016 serait l’année du « réinvestissement ». Au Canada, le nouveau gouvernement Trudeau a prévu d’enregistrer des déficits de 10 milliards de dollars et plus par année pour investir dans les infrastructures, baisser les impôts et stimuler l’économie;
  • Réforme fiscale au Québec? Après le dépôt du rapport Godbout, le gouvernement Couillard a montré de l’intérêt pour un remodelage de la fiscalité au Québec, mais il semble avoir perdu de son élan. Que nous réserve le prochain budget Leitao?
  • Et quelles seront les nouvelles cibles de réduction de gaz à effet de serre au Canada? Le premier ministre Trudeau a promis un plan en 2016.

Joyeux Noël, joyeuses Fêtes, bonne année 2016! Succès, bonheur, paix, santé, prospérité!

On sait que le Québec et l’Ontario tiendront leur prochain scrutin électoral à trois jours d’intervalle en octobre 2018, et voilà que les deux provinces décident de faire le point sur leurs finances publiques le même jour. L’Ontario a dévoilé sa mise à jour économique à 14 h (HNE) et le Québec, à 15 h. Il est clair que les premiers ministres Philippe Couillard et Kathleen Wynne s’entendent bien, partagent plusieurs convictions mutuelles. Mais, sur le plan budgétaire, l’écart entre le Québec et l’Ontario est franchement important.

Nous avons souvent dit que le Québec était en retard sur l’Ontario, notamment en ce qui a trait à son niveau de vie. C’est peut-être encore vrai aujourd’hui en regard du PIB par habitant. Mais depuis la récession de 2009, le Québec se trouve dans une situation largement plus enviable que l’Ontario sur le plan des finances publiques.

Le Québec a été moins touché par la récession que l’Ontario et a décidé d’adopter une approche plus austère en réduisant la croissance de ses dépenses. Le gouvernement Marois l’a fait en 2012-2013, le gouvernement Couillard l’a aussi fait en 2014-2015 et poursuit sur cette lancée cette année.

Les derniers chiffres dévoilés aujourd’hui le confirment.

D’ailleurs, on vous l’annonce : le Québec est déjà en surplus. Les comptes publics du ministère des Finances ont confirmé un surplus avant versement au Fonds des générations de 136 millions de dollars pour l’exercice 2014-2015 qui s’est terminé le 31 mars dernier. Pour la première fois depuis 2007-2008, le gouvernement du Québec affiche un surplus.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, dans sa mise à jour économique, a confirmé que l’ère des surplus va se poursuivre. Son gouvernement prévoit un excédent de 1,5 milliard de dollars en 2015-2016 et de 2,2  milliards en 2016-2017. Ces projections sont légèrement plus faibles que dans le budget présenté le printemps dernier, en raison d’une croissance économique plus faible que prévu.

Pendant ce temps, en Ontario, le gouvernement Wynne vise 2017-2018 pour revenir à l’équilibre budgétaire, soit trois ans plus tard que le Québec. En 2014-2015, Queen’s Park a enregistré un déficit de 10,3 milliards de dollars. En 2015-2016, on prévoit dans la mise à jour économique un déficit de 7,5 milliards de dollars, ce qui est mieux que prévu en raison de la vente d’actions d’Hydro One. En 2016-2017, le déficit devrait baisser à 4,5 milliards.

Cela dit, le Québec a une dette plus élevée que l’Ontario. La dette nette du Québec est à plus de 51 % du PIB, alors que l’Ontario est à 39 %. Mais le retour à l’équilibre du Québec représente un plan qu’apprécient les agences et qui permet au Québec de maintenir sa cote de crédit. Les difficultés de l’Ontario à juguler son déficit inquiètent en retour ces mêmes agences.

La note de crédit de l’Ontario a été abaissée et pourrait l’être encore par l’agence Moody’s, qui accole une perspective négative à la note de Aa2 de l’Ontario. Les notes de crédits du Québec et de l’Ontario sont aujourd’hui, essentiellement, les mêmes. Et l’Ontario est aujourd’hui bénéficiaire de la péréquation, comme le Québec.

Pour atteindre l’équilibre donc, le Québec a choisi d’imposer des mesures d’austérité, soit des compressions dans tous les secteurs, des réductions de dépenses dans la plupart des missions. Le gouvernement est tellement chiche qu’on constate même dans les comptes publics qu’il a dépensé 1 milliard de dollars de moins que prévu dans le budget 2014-2015. Pendant ce temps, les groupes sociaux et les syndicats manifestent leur désaccord avec des marches dans les rues et des jours de grève.

Je vous disais en début de texte que, sur le plan budgétaire, l’Ontario et le Québec s’étaient éloignés dans les dernières années. Mais on peut penser que la première ministre Wynne est tentée de s’inspirer de ce que fait le Québec. La croissance des dépenses prévue est de 2,4 % cette année, de 0,8 % l’an prochain et de 0,2 % ensuite.

En fait, l’Ontario s’aventure dans l’austérité pendant que le Québec va probablement commencer à s’en extirper à l’approche des élections de 2018. N’oubliez pas que le gouvernement Couillard a promis des baisses d’impôt. Il est en train de se donner la marge de manoeuvre nécessaire pour y arriver, coûte que coûte.

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Les Canadiens ont fait leur choix. Ils ont opté pour le changement, celui qu’incarnent les libéraux, et ce choix est assumé puisque le nouveau gouvernement Trudeau sera majoritaire. Il est clair que les enjeux politiques vont dominer les prochains jours avec la transition du pouvoir, la formation du nouveau Conseil des ministres et les changements à prévoir dans les partis d’opposition. Mais, tôt ou tard, la réalité économique et financière du Canada va rattraper le nouveau gouvernement. Et des choix devront être faits.

Voici les cinq tâches et défis économiques et financiers du nouveau gouvernement :

1- La réalité des chiffres : présenter une mise à jour budgétaire

Nous avons expliqué 100 fois que la révision à la baisse de la prévision de croissance économique pour 2015 allait obliger le gouvernement à revoir à la baisse ses revenus projetés et donc le surplus envisagé dans le budget 2015-2016 à 1,9 milliard de dollars. C’est environ 3 milliards de dollars qui seront manquants, selon les calculs de l’économiste Jean-Pierre Aubry.

Le Parti libéral a clairement dit qu’il allait enregistrer des déficits d’ici 2019 avant de revenir à l’équilibre budgétaire. Il n’a pas donné de précisions sur le solde envisagé pour l’exercice en cours, 2015-2016, qui se termine le 31 mars prochain. Mais il y a fort à parier que le nouveau gouvernement annoncera un déficit pour cet exercice et attribuera tous les torts au gouvernement conservateur précédent.

Cette mise à jour viendra avant Noël et le budget probablement en mars, question de laisser un peu de temps au nouveau ministre des Finances de s’installer et de mettre en oeuvre les priorités de son gouvernement.

D’ailleurs, qui sera le prochain ministre des Finances?

  • Bill Morneau, nouveau député libéral de Toronto-Centre, a étudié à la London School of Economics. Il est administrateur, il a siégé au conseil consultatif sur la retraite du gouvernement ontarien et à l’Institut CD Howe. Il fait partie de la famille qui a fondé Morneau Sheppel, société de conseils en ressources humaines.

  • John McCallum, député de Markham-Thornhill, a notamment été ministre du Revenu, a été aussi économiste en chef de la Banque Royale. Il est vu comme l’un des architectes de la politique keynésienne des libéraux, c’est-à-dire une politique d’investissements massifs de l’État dans l’économie, quitte à faire des déficits.

  • Ralph Goodale, député de Regina-Wascana, a été ministre des Finances du Canada. Il a été élu la première fois à Ottawa en 1974, c’est un vétéran, qui a aussi dirigé les ministères des Ressources naturelles et de l’Agriculture.

  • Jean-Yves Duclos, nouveau député libéral dans Québec, est un économiste qui a fondé récemment la Chaire sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a fait plusieurs recherches sur le financement de la santé. Peu probable qu’il se retrouve aux finances, mais probable qu’il soit au Conseil des ministres.

  • Scott Brison, député dans Kings-Hants, était le porte-parole du PLC en matière de finances dans l’opposition. Il est coprésident du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau. Il a été ministre des Travaux publics et connaît bien le secteur de l’investissement bancaire.

2- Le signal du premier budget

C’est dans ce budget qu’on verra poindre la vision du nouveau gouvernement. Les principes qui guideront les libéraux seront résolument différents sur le plan du développement économique. Les conservateurs misaient sur les baisses d’impôt et le contrôle des dépenses. Les libéraux injecteront des milliards de dollars dans l’économie pour stimuler la construction d’infrastructures, une vieille recette économique qui a pour but d’alimenter la croissance économique et les revenus d’impôt pour le gouvernement.

Il faudra surveiller les bases de projections du nouveau gouvernement. Sera-t-il optimiste sur la croissance du PIB et la remontée des cours du pétrole comme l’était l’ancien gouvernement? Ou jouera-t-il de prudence en adoptant l’approche de la surestimation des déficits afin d’annoncer ensuite de « bonnes nouvelles », autre vieille recette, politique celle-là?

Il est clair que les libéraux se sont donné une belle marge de manoeuvre en promettant des déficits et non des surplus budgétaires dès cette année ou l’an prochain. N’importe quel ministre des Finances voudrait bénéficier d’une telle marge de manoeuvre. Le Canada est un pays riche, coté AAA, avec des finances publiques saines et qui peut emprunter à de très faibles coûts. Son défi n’est pas budgétaire. Il est économique.

3- Stimuler l’économie : un plan pour faire face au vieillissement de la population et générer de l’activité économique dans un contexte de lente croissance du PIB

Et c’est ici qu’on attend de l’audace, de la vision et une compréhension fine de l’économie. Les Canadiens méritent qu’on voie venir les coups 5, 10, 15 ans d’avance, dans la mesure du possible bien sûr. Il y aura toujours des impondérables, des guerres, des crises, des événements de toute nature. Mais il y a des tendances que nous pouvons analyser en prospective. Nous savons que le Canada vieillit. Il y a plus d’aînés que d’enfants au Canada. C’est un changement démographique radical, majeur, qui va ralentir l’économie plutôt que de la stimuler, c’est dans l’ordre des choses.

Il faut donc stimuler l’innovation, la productivité, aider les entreprises à exporter, à se développer, à créer et à embaucher. Oui, les infrastructures stimulent l’économie. Mais quelles infrastructures vont modeler notre futur? Ce sont certainement les infrastructures vertes, les bâtiments et les structures fondées sur le développement durable, le transport en commun, un aménagement urbain convivial, efficace, intelligent, qui réduit notre dépendance au pétrole et notre empreinte carbone.

Et n’oublions surtout pas qu’il faudra gérer ces budgets d’infrastructures. S’il y a une chose qu’il faut éviter, c’est le bar ouvert pour les entreprises qui pourraient se magasiner de généreuses primes. On ne veut pas une nouvelle commission Charbonneau.

4- Stimuler l’épargne et améliorer le sort des aînés

Par quel bout commencer? D’abord, le Parti libéral a pris l’engagement d’annuler la bonification du compte d’épargne libre d’impôt (CELI), qui était passé à 10 000 $ sous les conservateurs dans le dernier budget. Le PLC a aussi pris l’engagement de bonifier de 10 % le Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls. Maintenant, il faut faire davantage.

Le Canada fait partie des pays qui assument une faible part des revenus de retraite dans l’OCDE. Faut-il bonifier le Régime de pensions du Canada (et le Régime des rentes du Québec)? Faut-il s’inspirer de l’Ontario, qui veut ajouter un régime public au Régime de pensions en faisant passer de 25 % à 40 % le remplacement par les rentes du revenu de travail à la retraite? Faut-il adopter une stratégie d’épargne solide pour amener les employeurs et les travailleurs à épargner davantage?

Le vieillissement de la population au Canada ralentit la croissance économique et risque d’augmenter l’appauvrissement des aînés. Que va faire le nouveau gouvernement majoritaire de Justin Trudeau?

5- Environnement : adopter un plan audacieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en gardant en tête les répercussions économiques à long terme

Le défi économique du 21e siècle, je l’ai souvent dit et écrit, c’est le défi écologique. Justin Trudeau prévoit aller à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques avec des premiers ministres provinciaux. Il propose d’établir ensuite des cibles précises pour le Canada. Il est non seulement souhaitable que le Canada accélère son travail en matière de réduction de gaz à effet de serre, mais surtout que ces objectifs soient atteints.

Le Canada doit maintenant faire partie de la solution. Mais comment le nouveau gouvernement va-t-il gérer l’essor de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux? Et comment pourra-t-il demeurer cohérent si les prix du pétrole repartent à la hausse et viennent remplir les coffres à Ottawa?

Après la campagne, après les promesses, la réalité économique et financière se dresse devant le nouveau gouvernement. Le PLC va recentrer son action et il y a fort à parier que, malgré des engagements environnementaux plus solides, le gouvernement Trudeau continuera de défendre le développement du pétrole.

Il faut croire aussi que les milliards vont pleuvoir dans les infrastructures, mais que dans l’objectif de ne pas effrayer les Canadiens, le premier ministre désigné voudra revenir à l’équilibre budgétaire plus rapidement que prévu, en 2018-2019 plutôt qu’en 2019-2020. Et attendez-vous à ce que Justin Trudeau approuve le Partenariat transpacifique, avec ou sans compensations pour les secteurs de l’automobile et des producteurs laitiers.

16 promesses libérales

  • Baisse d’impôt de 22 à 20,5 %
  • Hausse d’impôt à 33 % au-delà de 200 000 $
  • Baisse d’impôt pour les PME de 11 à 9 %
  • Infrastructures : 125 milliards de dollars sur 10 ans
  • Allocation canadienne pour enfants
  • Annulation de la bonification du CELI
  • Annulation du fractionnement du revenu entre conjoints
  • Hausse de 10 % du SRG pour les aînés vivant seuls
  • Pas de péage sur le nouveau pont Champlain
  • Nouvelle évaluation environnementale d’Énergie Est
  • Nouveau plan pour la réduction des GES avec les provinces
  • Partenariat transpacifique?
  • Nouvel accord sur les transferts en santé aux provinces
  • Postes : annuler la fin de la livraison à domicile
  • 150 millions de dollars de plus pour CBC/Radio-Canada
  • Conseil des arts du Canada : de 181 à 360 millions de dollars

 

Le cadre financier du Parti libéral

Lundi 28 septembre 2015 à 16 h 10 | | Pour me joindre

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Les conservateurs ont plongé le gouvernement en déficit en 2009 parce qu’une crise financière sans précédent depuis celle de 1929 s’abattait sur le monde. Il fallait agir pour éviter une récession trop profonde au Canada. Comme d’autres gouvernements, même si c’était contre-intuitif pour des conservateurs, l’État canadien s’est endetté pour tenter de stimuler l’économie.

Les libéraux auraient probablement fait la même chose. Malgré cela, dans le cadre financier que la formation politique a présenté samedi matin, les libéraux écrivent ceci : « En 2008, [Stephen Harper] a promis un budget équilibré, puis a immédiatement changé son fusil d’épaule et a annoncé un déficit. »

C’est vrai que les conservateurs ont hésité longtemps avant de plonger la main dans la bourse pour investir dans l’économie. Mais ils l’ont fait. Le gouvernement minoritaire de Stephen Harper a même failli être renversé par l’opposition à l’automne 2008.

Les libéraux n’hésitent pas, eux, à proposer aux Canadiens une série de déficits d’ici 2019. Pourtant, nous ne sommes pas en crise. La récession de la première moitié de 2015 est probablement terminée, elle aura été faible et courte.

Dans le but d’investir massivement dans les infrastructures, le parti de Justin Trudeau prévoit un déficit de 9,9 milliards de dollars en 2016-2017, de 9,5 milliards en 2017-2018 et de 5,7 milliards en 2018-2019. Un surplus de 1 milliard est envisagé en 2019-2020.

À noter que la plateforme libérale est muette sur le solde de l’exercice 2015-2016 qui se termine le 31 mars prochain.

Nous en avons souvent parlé, un déficit de 5 à 10 milliards par année sur une économie de 2000 milliards de dollars, ce n’est pas grand-chose. C’est moins de 0,5 % du PIB canadien. Même que durant cette période de déficit, le gouvernement pourrait tout de même continuer à réduire sa dette par rapport à la taille de son économie. C’est important de remettre cela en perspective.

Il est important aussi de noter que les très faibles taux d’intérêt représentent une occasion exceptionnelle pour les gouvernements de mettre à jour, à bas coûts, leurs infrastructures. C’est ce que les libéraux proposent.

Mais a-t-on besoin d’investir autant pour stimuler l’économie canadienne? Avons-nous besoin de quatre années de déficits supplémentaires pour alimenter l’économie canadienne? Pourquoi pas une année ou deux seulement? Pourquoi reporter le retour à l’équilibre à 2019-2020?

Contrairement au NPD et aux Verts, et comme l’a fait le Bloc québécois, les libéraux appuient leurs projections économiques sur les données révisées à la baisse par le Directeur parlementaire du budget. Bonne chose, on est dans la réalité!

Fait remarquable aussi dans le cadre financier du PLC, on soustrait 600 millions de dollars aux revenus supplémentaires prévus avec l’augmentation des impôts des personnes gagnant plus de 200 000 $ par année. Une prudence élémentaire qu’on voit rarement dans  un cadre financier.

Le cadre financier du Parti libéral du Canada est clair, appuyé et réaliste. Mais ça ne veut pas dire que de ramener le Canada en déficit soit pour autant une politique nécessaire et bien étayée. Bien que le Canada soit engagé dans une lente croissance, il n’est pas clair qu’il est approprié d’utiliser tout  de suite une politique aussi stimulatrice.

LE PROGRAMME DU PARTI LIBÉRAL EN CINQ POINTS :

  1. Déficit budgétaire en 2016-2017, 2017-2018, 2018-2019 et surplus en 2019-2020
  2. Programme d’infrastructures de 125 milliards sur 10 ans
  3. Hausse d’impôt sur les revenus dépassant 200 000 $ avec un nouveau taux à 33 % | baisse pour les revenus de 45 000 à 90 000 $
  4. Fin du fractionnement de revenu | baisse de 50 % du plafond CELI
  5. Remplacement des prestations pour les familles par une allocation canadienne aux enfants

Surplus… et puis après!

Lundi 14 septembre 2015 à 11 h 32 | | Pour me joindre

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Ottawa annonce un surplus de 1,9 milliard de dollars pour son exercice 2014-2015 au lieu d’un déficit de 2 milliards tel qu’annoncé dans le budget du printemps dernier. Au cœur de la campagne électorale, les partis politiques vont se saisir de ces chiffres et les utiliser à des fins partisanes.

Voici huit éléments qui vous aideront à comprendre pourquoi cette annonce ne mérite pas toute l’attention que nous allons y porter aujourd’hui :

  1. Le PIB du Canada est de 2300 milliards de dollars canadiens. Un déficit de 2 milliards ou un surplus de 2 milliards, ce n’est que 0,1 % du PIB du pays;
  2. Le budget du gouvernement du Canada totalise des charges de 280 milliards de dollars canadiens. Deux milliards de plus ou de moins, c’est 0,7 % du total budgétaire du Canada;
  3. La cote de crédit du Canada est de AAA, parmi les meilleures notations de crédit de la planète. Annoncer un surplus de 2 milliards au lieu d’un déficit de 2 milliards ne va pas améliorer la note de crédit du pays. Avec l’Australie, le Danemark et la Suisse, le Canada est un des endroits les plus sûrs pour investir dans le monde;
  4. Les coûts d’emprunt du Canada sont extrêmement faibles : le Canada n’offre qu’un taux de 1,5 % sur une obligation 10 ans. Comme on l’expliquait dans un billet de blogue précédent, ne pas profiter de ce marché sans intérêt ou presque pour investir dans les infrastructures, l’innovation et la productivité est une véritable occasion ratée;
  5. Bien que la croissance économique soit modérée, le taux de chômage est relativement faible à 7 %. Le Canada crée des emplois, soit environ 13 000 postes de plus par mois;
  6. La dette du Canada ne cesse de baisser par rapport à son économie. Elle est la plus faible des pays du G7. Le ratio de la dette nette est passé de 36 % du PIB en 2013-2014 à 34,8 % du PIB en 2014-2015. Cette dette nette est de loin la plus faible, si on tient compte en plus des obligations au titre des régimes de retraite non capitalisés des pays du G7;
  7. Les frais de la dette publique ne représentent que 9,5 % des dépenses. On était à 30 % dans les années 90;
  8. Les revenus du gouvernement sont en hausse : de 3,8 % sur les impôts des particuliers, de 7,8 % sur les impôts des sociétés, de 1,1 % sur les revenus de TPS. Les revenus totaux en 2014-2015 ont grimpé de 3,9 % par rapport à l’exercice précédent.

Peu importe ce qu’en disent les chefs politiques, l’équilibre budgétaire est atteint au Canada. Quelques milliards de plus ou de moins ne changeront rien à l’enviable réalité financière du pays.

Déficit : du calme!

Lundi 31 août 2015 à 14 h 52 | | Pour me joindre

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Il est certainement avantageux d’afficher l’équilibre budgétaire. C’est ce que souhaite le gouvernement que dirige le premier ministre Stephen Harper. S’ils sont portés au pouvoir, c’est ce qu’envisagent Thomas Mulcair en 2016-2017 et Justin Trudeau en 2018-2019.

Loin de moi l’idée de suggérer qu’il faille poursuivre dans la lignée des déficits. Mais, comme l’expliquent souvent les économistes, il faut viser les surplus en temps de croissance économique, et il n’est pas incongru d’afficher des déficits en temps de récession ou de ralentissement économique. Dans ces moments-là, les revenus de l’État sont en baisse et les gouvernements ont tendance à dépenser plus d’argent pour stimuler l’économie.

Quand les chefs politiques, actuellement en élection au Canada, parlent de finances publiques, ils le font comme si une crise nucléaire attendait le Canada si les déficits durent encore. Il est important de remettre les pendules à l’heure.

Trois choses :

  1. La cote de crédit du Canada est AAA. Le Canada fait partie des pays les plus solides financièrement sur la planète. Le Canada a souvent été cité comme étant un modèle.
  2. Les coûts d’emprunt du Canada sont extrêmement faibles, parmi les plus bas dans le monde et parmi les plus faibles historiquement.
  3. La situation budgétaire et financière du Canada est franchement meilleure qu’il y a 30 ans. L’économiste François Delorme me rappelle qu’en 1984, les taux dépassaient encore les 15 %, et tout déficit représentait une plongée majeure pour le pays. Les intérêts sur la dette représentaient encore le tiers des revenus autonomes du gouvernement. À 32 milliards de dollars en 1983-84, le déficit représentait 7,7 % du PIB. En 2009, le monde entier vivait une crise financière. Nous connaissions la pire crise depuis les années 30. Le déficit a atteint 56 milliards de dollars en 2008-09, soit près de 4,5 % du PIB. Aujourd’hui, en 2015, un déficit de quelques milliards de dollars, avec des taux d’intérêt de 1 ou 2 %, ce n’est presque rien, quelque chose entre 0 et 0,5 % du PIB. Les intérêts sur la dette représentent environ 10 % des revenus autonomes.

Que le gouvernement atteigne un surplus de 1,4 milliard de dollars cette année comme prévu ou que l’État soit en déficit de 1, 2, 3, 4 ou 5 milliards de dollars, dans tous les cas, c’est essentiellement la même chose. Les finances publiques sont en équilibre! Les trois chefs peuvent en parler calmement…

Investir dans les infrastructures stimule l’emploi et l’économie. C’est une équation assez simple, normale et reconnue. Les gouvernements doivent bâtir des routes, entretenir les viaducs, installer des ponceaux, refaire des canalisations. Ils doivent mettre des milliards de dollars chaque année dans la construction et la réfection d’infrastructures.

Dans la campagne électorale en cours, les partis en présence font des promesses d’investissements dans les infrastructures. Les conservateurs ont proposé dans leur dernier budget d’ajouter 750 millions de dollars de plus aux investissements en infrastructures au pays à partir de l’exercice 2017-2018. Le NPD promet d’ajouter 1,5 milliard avant la fin d’un éventuel premier mandat gouvernemental. Et les libéraux proposent de doubler les sommes prévues sur 10 ans, pour les faire passer de 65 à 125 milliards de dollars.

Quel est l’effet d’une hausse des investissements dans les infrastructures sur la situation budgétaire du gouvernement?

Pour financer les infrastructures, le gouvernement emprunte sur les marchés financiers. Par le truchement des obligations qui sont émises et que, vous, concitoyens, vous pouvez acheter pour épargner, le gouvernement finance ses investissements. Ainsi, la dette totale du gouvernement augmente lorsque l’État injecte des milliards dans ses infrastructures. Dans le budget, si la dette augmente, les coûts en intérêt vont augmenter, à moins que les coûts d’emprunt soient en baisse, ce qui pourrait amoindrir les coûts d’intérêt. Alors, oui, la dette augmente, mais sur le plan budgétaire, l’incidence est modeste.

Est-ce que d’investir dans les infrastructures stimule vraiment l’économie?

C’est une vieille recette pour les gouvernements. Quand ça va mal, l’État injecte plus d’argent dans les infrastructures pour soutenir l’économie. On peut inscrire cette façon de faire dans une approche keynésienne de l’économie : l’État investit, agit, intervient pour soutenir l’économie et pour suppléer au manque d’investissements privés. Barack Obama l’a fait dans la foulée de la Grande Récession. Jean Charest l’a fait aussi, dans un contexte différent toutefois : le Québec avait bien besoin en 2008-2009 d’investissements dans ses infrastructures croulantes!

Pour le Canada, est-ce la solution?

Dans la mesure où le Canada glisse possiblement en récession, investir dans les infrastructures est sans doute une solution économique éprouvée. De plus, augmenter la dette au Canada n’est pas un enjeu névralgique parce que le ratio dette/PIB du Canada est parmi les plus bas du G7. Et bien que le surplus annoncé dans le dernier budget Oliver ne tienne qu’à un fil, un déficit de 2,5 ou 10 milliards à ce moment-ci ne représente que de la petite monnaie comparativement à une économie de plus de 2000 milliards de dollars de PIB!

Si on s’endette davantage pour investir dans les infrastructures, ça change quoi pour le Canada sur le plan économique?

À court terme, ça stimule l’économie. Mais, à moyen et à long terme, on peut se demander ce que ça change aux problèmes fondamentaux de l’économie canadienne que nous avons commencé à aborder dans mon billet de mercredi dernier. La croissance du Canada est lente depuis plusieurs années, que le pétrole soit élevé ou non. Et les revenus budgétaires du Canada dépendent trop des ressources, dont les prix sont en baisse et dont la hausse n’est pas prévisible à court terme.

La productivité, c’est-à-dire l’amélioration de la valeur de production par heure de travail, stagne au pays. L’enjeu fondamental, c’est de rendre notre économie plus compétitive, plus concurrentielle, plus efficace et diversifiée, plus verte aussi, peut-être moins dépendante des aléas internationaux. Ces enjeux-là sont les vraies priorités du Canada.

Dans un texte qu’ils nous ont fait parvenir ce matin, le gestionnaire de placements Benoit Durocher et l’économiste Richard Beaulieu, d’Addenda Capital, citent le professeur d’économie Richard Thaler, de l’Université de Chicago, qui prononçait un discours à Montréal en mai dernier : « C’est une tragédie de voir les gouvernements ne pas emprunter à des taux d’intérêt en ce moment négatifs pour financer des projets d’infrastructures. » Benoit Durocher et Richard Beaulieu ajoutent qu’on devrait profiter des taux faibles pour investir dans les infrastructures qui génèrent de nouvelles innovations et qui stimulent la productivité.

Et donc…

Si le prochain gouvernement du Canada veut retrouver un équilibre budgétaire durable, non seulement il devra éviter d’amputer ses revenus en réduisant les taxes et les impôts, mais il devra travailler à une plus grande stabilisation de ses revenus budgétaires. Depuis plus d’une décennie au Canada, on se comporte comme si le prix du pétrole allait toujours augmenter.

Alors, comment générer une nouvelle croissance économique et plus de revenus pour l’État? Si la dette augmente parce qu’on investit, il faut nécessairement plus de croissance et plus de revenus. Espérons que les partis qui veulent notre confiance nous présenteront bientôt un cadre fiscal à long terme crédible.

 

Le premier minstre britannique David Cameron quitte sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace.
Le premier ministre britannique David Cameron quittant sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace. (archives). Stefan Wermuth / Reuters

S’il y a un gouvernement qui assume pleinement ses politiques d’austérité, c’est bien celui du Royaume-Uni : compressions, ventes d’actifs, privatisations, coupes de services, réductions d’emplois. Le gouvernement britannique a considérablement réduit ses dépenses depuis 2011 et annonce maintenant un nouveau plan d’austérité dans le but de revenir à l’équilibre budgétaire en 2018-2019.

Le gouvernement de David Cameron charcute dans les activités de l’État et se sent autorisé à poursuivre cette oeuvre après avoir été réélu, cette fois majoritaire, aux élections du 8 mai dernier. Les conservateurs ont l’impression, probablement bien réelle, d’avoir les coudées franches.

Ainsi, Londres a annoncé jeudi son intention de vendre ses actions restantes dans la poste britannique, soit 30 % de la Royal Mail, ce qui va rapporter 3 milliards de dollars dans les coffres publics. La privatisation de la poste au Royaume-Uni est complète quoi qu’en pense la population, qui doit payer beaucoup plus que par le passé pour les timbres. Le Royaume-Uni fait partie des pays qui ont le plus augmenté le tarif des timbres au cours des dernières années.

Le gouvernement britannique a aussi annoncé de nouvelles compressions évaluées à 5 milliards de dollars. Et il dit devoir encore trouver près de 60 milliards de dollars d’économies pour atteindre le déficit zéro comme prévu dans trois ans.

Au cours du mandat 2011-2015 de David Cameron, à la tête d’une coalition gouvernementale avec les libéraux démocrates, Londres a procédé à des coupes majeures. Ces compressions ont eu lieu en bonne partie dans les deux premières années du mandat. Une austérité sévère qui se résume ainsi :

  • Réduction du déficit structurel de 5 points de PIB en 1 an et demi
  • Dépenses publiques de 2010 à 2014 : -6 %
  • Financement de l’enseignement supérieur de 2011 à 2015 : -40 %
  • Emplois dans la fonction publique de  2009 à 2014 : -15 % (-743 000 emplois)
  • Gel des salaires de 2010 à 2012 dans la fonction publique
  • Hausse de la TVA de 17,5 % à 20 %

Contrairement au Québec, le Royaume-Uni est aux prises avec un déficit important, avec lequel il est difficile de conjuguer. Par rapport à son économie, le Royaume-Uni part de loin.

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