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L’héritage de Jim Flaherty

Jeudi 10 avril 2014 à 20 h 04 | | Pour me joindre

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On n’a pas fini d’analyser l’impact de Jim Flaherty dans la vie des Canadiens. L’ex-ministre des Finances, qui a déposé son dernier budget le 11 février et qui a démissionné le 18 mars, est mort jeudi dernier. Sur plusieurs plans, Jim Flaherty aura marqué son époque. Et on peut déjà dire que son passage aux Finances de 2006 à 2014 a changé la vie de milliers de contribuables, travailleurs et retraités.


L’héritage budgétaire

On va parler encore de Jim Flaherty dans 15 ans quand on va se rappeler que c’est lui qui a entrepris d’augmenter l’âge d’accès à la Sécurité de la vieillesse de deux ans. De 2023 à 2029, on va graduellement passer de 65 à 67 ans.

On va aussi parler de Jim Flaherty l’an prochain quand le nouveau ministre des Finances Joe Oliver va dévoiler le budget 2015-2016. Ce sera alors le grand retour à l’équilibre budgétaire, voire au surplus, avec un excédent prévu de 6,4 milliards de dollars. Entre le déficit de 56 milliards en 2009 et le surplus de 2015, le travail effectué aura été celui de Jim Flaherty.

Mais, il faut le dire, ce travail aura été difficile et pénible. Le gel des dépenses et les compressions de plusieurs milliards de dollars dans l’appareil de l’État ont eu des conséquences importantes dans la vie de milliers de travailleurs du gouvernement.

On se souviendra donc de lui pour sa rigueur budgétaire, pour la discipline qu’il a imposée à tous et pour la confiance qu’il avait dans son action pour le contrôle des finances publiques.

Pragmatisme

Jim Flaherty s’est démarqué en 2009 en adoptant un budget pour stimuler fortement une économie en récession, alors que le monde entier subissait les affres de la crise financière. Il a dû mettre de côté l’approche conservatrice des questions budgétaires pour plonger, sans hésitation, dans des mesures keynésiennes : plan d’infrastructures, crédit d’impôt à la rénovation, hausse des semaines d’accès à l’assurance-emploi, etc.

C’est un déficit de près de 56 milliards de dollars qui a été enregistré en 2009-2010, le plus important de l’histoire du Canada.

Parce que le Canada est considéré depuis l’ère Chrétien-Martin comme étant un pays aux finances publiques saines, parce que ses banques sont solides et parce qu’il a bien résisté aux troubles économiques mondiaux, Jim Flaherty s’est imposé auprès de ses collègues du G20 durant la crise. Au point que l’Euromoney magazine l’a nommé meilleur ministre des Finances du monde en 2009!

Baisser vos charges fiscales

Sur le plan fiscal, Jim Flaherty a mené une politique avantageuse pour les familles et les contribuables. Parmi les mesures annoncées au cours de son règne aux Finances :

  • réduction de la TPS en 2006-2007 de 7 à 5 %
  • réduction des impôts des entreprises de 22 à 15 %
  • l’instauration d’un cadeau fiscal : le CELI
  • fractionnement des revenus des retraités

Relations complexes avec les provinces

Avec les provinces toutefois, la relation n’a jamais été au beau fixe. Si les relations personnelles étaient franches, honnêtes et cordiales, comme l’ont exprimé les ministres des Finances du Québec Michel Audet, Monique Jérôme-Forget, Raymond Bachand et Nicolas Marceau, les dossiers litigieux étaient nombreux. Malgré une décision de la Cour suprême, Jim Flaherty continuait de travailler à la mise en place d’une Commission pancanadienne des valeurs mobilières, un projet vivement contesté par plusieurs provinces, dont le Québec.

Jim Flaherty a aussi révisé l’accès à l’assurance-emploi et a revu unilatéralement la formule de calcul pour les transferts en santé, ce qui viendra ultimement réduire les montants octroyés aux provinces pour ce secteur névralgique. Et, au Québec, on se rappellera de la décision d’annuler le crédit d’impôt octroyé aux investisseurs qui choisissent le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN.

Cela dit, Jim Flaherty a conclu des ententes porteuses avec les provinces : l’harmonisation des taxes, avec le Québec notamment et la révision de la formule de péréquation, pour ne nommer que ces dossiers-là.

C’est un héritage important que laisse Jim Flaherty. Pour le meilleur et pour le pire, selon le point de vue qu’on a.

Blanc bonnet, bonnet blanc?

Mardi 18 mars 2014 à 14 h 46 | | Pour me joindre

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Les principaux partis politiques du Québec ont dévoilé leur cadre financier. Premier constat : le PLQ et le PQ présentent un plan de match semblable. J’aurais presque tendance à dire : blanc bonnet, bonnet blanc. Pour arriver à l’équilibre budgétaire l’an prochain, les deux formations politiques proposent un parcours légèrement différent l’un de l’autre. La CAQ prend un raccourci sur le chemin du déficit zéro en prévoyant l’équilibre dès cette année tandis que Québec solidaire annonce l’équilibre pour l’an prochain.

À 48 heures du débat des chefs, voici les chiffres disponibles dans les différents cadres financiers diffusés par les partis pour l’exercice 2014-2015 :

Solde budgétaire

  • PQ : déficit de 1,75 milliard
  • PLQ : déficit de 1,42 milliard
  • CAQ : déficit zéro
  • QS : déficit de 1,5 milliard

Dépenses consolidées

  • PQ : 96,797 milliards (+2,4 %)
  • PLQ : 96,468 milliards (+2,2 %)
  • CAQ : 95,319 milliards (+1 %)

Dépenses en santé

  • PQ : 32,196 milliards (+3 %)
  • PLQ : 32,560 milliards (+4 %)
  • CAQ : 32,196 milliards (+3 %)

Dépenses en éducation

  • PQ : 17,089 milliards (+3 %)
  • PLQ : 17,198 milliards (+3,5 %)
  • CAQ : 17,089 milliards (+3 %)

Prévisions de croissance du PIB en 2014

  • PQ : +1,9 %
  • PLQ : +2,1 %
  • CAQ : +1,9 %

Autres mesures à souligner :

  • Le PQ prévoit augmenter le tarif des garderies subventionnées de 7 à 8 $ le 1er septembre prochain et à 9 $ le 1er septembre 2015.
  • La CAQ prévoit éliminer la contribution santé entre 2015 et 2018.
  • Le PLQ prévoit éliminer la contribution santé entre 2016 et 2020.
  • La CAQ prévoit des compressions de dépenses de 1,3 milliard en 2014-2015.
  • Le PLQ prévoit des compressions de dépenses de 1,3 milliard en 2014-15 et 2015-2016.
  • Le PQ prévoit 124 millions de dollars de compressions dans les ministères autres que la santé et l’éducation. La croissance des dépenses en santé doit passer de 5,1 % à 3 % en 2014-2015. La croissance en éducation doit passer de 2,2 % à 3 % ;
  • Québec solidaire plafonne le Fonds des générations à 10 milliards de dollars et à 1 milliard d’investissements par année.

Derrière l’écran de fumée…

Vendredi 21 février 2014 à 12 h 59 | | Pour me joindre

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À lire les journaux et à écouter la radio, le budget Marceau se résume essentiellement à une hausse du tarif de garderie de 7 à 9 $. Cette mesure va permettre au gouvernement de toucher plus ou moins 100 millions de plus par année. Ce n’est pas grand-chose sur un budget de 75 milliards, et ce n’est rien à côté de ce qui est vraiment important, ambitieux et irréaliste selon certains dans ce budget. En fait, les 2 chiffres les plus importants de cet exercice, c’est 2 et 3.

D’abord, 2 % 

Le ministre des Finances Nicolas Marceau prévoit une croissance des dépenses de programmes de 2 %. En 2012-2013, année où le PLQ et le PQ ont été au pouvoir, la croissance des dépenses de l’État s’est limitée à 1,2 %. Pour l’exercice qui se termine le 31 mars prochain, soit 2013-2014, le gouvernement cible une croissance de 2,5 %.

Revenir à 2 % pour le prochain exercice exigera des compressions budgétaires qui demanderont un courage politique et une conviction sans faille. Le gouvernement Marois s’expose à la critique et à la contestation. Un bras de fer s’engagera avec les fonctionnaires, à qui l’État demandera des concessions, avec les médecins aussi, à qui le gouvernement voudra faire avaler la pilule de revoir l’entente de rémunération conclue avec eux. Un débat va s’engager aussi dans le réseau des commissions scolaires, où le gouvernement veut déterminer au moins 125 millions d’économies.

L’autre chiffre, c’est 3. Seulement 3 % de hausse de dépenses en santé

Depuis l’introduction de la contribution santé, la hausse des dépenses en santé est d’environ 4,6 % par année. Réduire à 3 % la croissance des dépenses dans ce secteur, c’est exiger purement et simplement des compressions importantes dans le système. L’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux évalue à 400 millions de dollars les compressions nécessaires pour l’exercice 2014-2015 dans un tel contexte.

Le ministre Marceau demande aux médecins de rouvrir l’entente salariale négociée avec eux. Cet accord prévoit une hausse de rémunération de 540 millions cette année. Si les médecins acceptent de réduire cette augmentation ou de l’étaler sur trois ans, on pourrait atténuer ou éviter d’autres compressions dans le monde de la santé. Mais il est loin d’être acquis que le gouvernement du Québec et les médecins vont s’entende sur une révision de ce qui a été négocié et signé par les deux partis. Et il n’est donc pas impossible de voir les listes d’attente dans les hôpitaux s’allonger.

Un autre chiffre : 613 millions

Si l’État a un travail magistral à faire pour contrôler ses dépenses, il ne doit pas oublier que ses nouvelles entrées de revenus ne viennent pas d’une croissance économique plus forte, mais d’une taxation plus élevée : garderies, hydroélectricité, réduction de l’avantage fiscal de l’investissement dans le Capital régional et coopératif Desjardins.

Surtout, le ministre des Finances Nicolas Marceau peut compter sur de l’argent inespéré : les transferts fédéraux sont 1,2 milliard plus élevés qu’attendu lors de la mise à jour économique de novembre dernier. Pourquoi? Parce que la croissance économique de la plus grande province au Canada, l’Ontario, a été plus forte que prévu. Cette croissance est venue relever la moyenne attendue du niveau de services à rendre par province. Du coup, toutes les provinces qui reçoivent de la péréquation ont vu les montants qui leur étaient destinés augmenter.

Donc, 50 millions de plus pour le Québec en 2013-2014, 613 millions de plus en 2014-2015 et 532 millions de plus l’an prochain, 2015-2016.

Alors, derrière l’écran de fumée de la hausse des tarifs de garderie, le gouvernement appuie son équilibre sur deux piliers fragiles : des compressions en santé et des transferts fédéraux plus généreux.

« Des informations plus détaillées »

Mercredi 19 février 2014 à 11 h 42 | | Pour me joindre

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Quand le ministre des Finances Nicolas Marceau affirme qu’il y aura beaucoup de lecture dans le budget 2014-2015 – c’est ce qu’il a déclaré mardi –, j’ose le croire! J’espère, 18 mois après son premier budget, que ce document essentiel et important sera étayé, touffu et complet, même s’il n’est pas déposé, débattu, ni adopté. Qu’il y ait des élections prochainement ou pas, et peu importe qui est au pouvoir, le Québec fait face à des défis de taille : la productivité, la croissance des dépenses en matière de santé et le vieillissement de la population.

Il nous faut un plan de match générateur de revenus récurrents et qui permet un contrôle serré et sérieux des dépenses. Le ministre Marceau affirme qu’il maîtrise les dépenses, ce que réfute l’opposition. On peut en débattre longtemps, mais je vous dirais que l’état des lieux se résume en bonne partie à un paragraphe essentiel dans le rapport du vérificateur général sur l’analyse de la mise à jour économique du gouvernement Marois.

Page 70 :

« Le contrôle rigoureux et responsable des dépenses est l’une des mesures importantes définies par le gouvernement pour atteindre le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Toutefois, Le Point [ la mise à jour de novembre] ne contient pas d’information permettant de voir comment les dépenses seront contrôlées et quels sont les risques associés à l’objectif ambitieux de faible croissance des dépenses. Compte tenu de l’ampleur des montants en cause, il aurait été pertinent que le gouvernement produise des informations plus détaillées. »

Voilà : « des informations plus détaillées », c’est ce qu’on attend du deuxième budget du ministre Marceau. Il nous faut beaucoup d’informations sur les quatre enjeux suivants :

  1. Contrôle des dépenses : Le gouvernement veut réduire la croissance des dépenses à 2 % par année. Pour l’exercice qui se termine, le ministre vise 2,5 %. Pour les sept premiers mois de cet exercice, nous sommes à 3,1 %. C’est ambitieux de croire qu’on va arriver à limiter la croissance des dépenses à 2 %. Il faut faire des efforts d’économies. Souhaitons que le ministre nous dise comment il va y parvenir, quels seront les moyens adoptés.
  2. Création de richesse : Le gouvernement mise sur une fiscalité active et dynamique pour stimuler les investissements au Québec. Est-ce une bonne stratégie pour créer de la richesse et générer de nouveaux revenus pour le gouvernement? Faut-il baisser les charges fiscales des entreprises pour les pousser à investir davantage? Faut-il taxer davantage certains services?
  3. Vieillissement de la population : Pour la première fois depuis des décennies, il y a plus de gens qui sortent de la catégorie des 15-64 ans qu’il en entre. La population active va baisser, les baby-boomers partiront massivement à la retraite dans les prochaines années. Il y a longtemps qu’il faut un plan de match chiffré et prévisible à ce sujet.
  4. Productivité : Le Canada est en retard sur les États-Unis en matière de productivité, et le Québec est en retard sur le reste du pays sur ce point. Comment stimuler les investissements des entreprises dans du matériel et des technologies innovantes? Faut-il en faire plus pour arrimer la recherche avec les besoins du marché du travail et des entreprises? Comment améliorer la productivité dans la fonction publique?

Et vous, quelles sont vos attentes?

À jeudi 16 h (HNE)!

Retour du déséquilibre fiscal?

Lundi 17 février 2014 à 12 h 28 | | Pour me joindre

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Le budget 2014-2015 du ministre des Finances Jim Flaherty n’était pas le plus passionnant des 10 documents qu’il a déposés depuis 2006. Il est cependant révélateur d’une chose assez claire : la marge de manœuvre financière du gouvernement du Canada ne cesse de grandir. Non seulement les revenus augmentent, mais les dépenses baissent. Ce qu’on appelle les charges de programmes va passer de 13,5 % du PIB en 2013-2014 à 12,4 % en 2018-2019.

Regardez les prévisions du dernier budget. La croissance des revenus sera franchement plus forte que la croissance des dépenses au cours des deux prochaines années. La croissance des deux se rejoindra les deux années suivantes :

Revenus :

  • 2014-2015 : +4,7 %
  • 2015-2016 : +6,2 %
  • 2016-2017 : +4,6 %
  • 2017-2018 : +3,6 %

Dépenses (charges de programmes et intérêts sur la dette) :

  • 2014-2015 : -0,5 %
  • 2015-2016 : +2,8 %
  • 2016-2017 : +4,1 %
  • 2017-2018 : +3,7 %

Comme nous l’indiquait le fiscaliste Luc Godbout la semaine dernière à RDI économie, le directeur parlementaire du budget (DPB) a publié un rapport important à la fin septembre 2013 qui fait le constat suivant : les finances publiques fédérales sont viables à long terme, alors que celles des provinces ne le sont pas. Des déficits successifs et récurrents sont à prévoir.

Pourquoi? Parce que « la marge de manœuvre dégagée [par le fédéral] grâce à la modification du facteur de relèvement du TCS (Transfert canadien en matière de santé) se traduit par un transfert de charge financière vers les provinces » écrivait le bureau du directeur du budget le 26 septembre 2013.

La part du fédéral dans le financement de la santé va baisser au cours des prochaines décennies, même si, en raison « du vieillissement démographique et de la croissance excédentaire des coûts, les dépenses en matière de santé comme proportion du PIB devraient passer de 7,5 % en 2012 à 11,7 % en 2050, puis à 13,8 % en 2087 » selon le DPB.

Ainsi, selon le directeur parlementaire du budget, de façon structurelle, le gouvernement fédéral est appelé à faire des surplus, tandis que les pressions financières devraient entraîner des déficits dans les provinces. Étant donné ce constat, doit-on conclure à une forme de déséquilibre fiscal au Canada?

Luc Godbout est d’avis que c’est le cas et qu’un transfert de point de taxation vers les provinces serait nécessaire pour leur donner de nouvelles ressources. Il est d’avis tout de même que chaque administration doive faire le ménage dans ses finances publiques afin de dégager des marges de manœuvre.

Les économistes Stéfane Marion de la Banque Nationale et Youri Chassin de l’Institut économique de Montréal croient, pour leur part, qu’il n’y a pas de déséquilibre au Canada. C’est aux provinces de rendre leurs finances publiques saines, comme le fédéral l’a fait dans les dernières années. Mardi soir dernier, à Ottawa, Stéfane Marion rappelait que le gouvernement Harper était parvenu à trouver des économies de 23 milliards de dollars depuis 2010.

Qu’en pensez-vous?

On présente le budget Flaherty du 11 février comme étant un budget « transitoire ». Mais il ne faudrait pas en minimiser son importance. Ce budget va préparer le prochain, celui qui nous mènera aux élections générales au Canada en octobre 2015. Il va préparer le terrain pour que le repas soit parfait, que les vents de l’économie soufflent dans la bonne direction ou non.

Il est important pour trois raisons :

  1. La croissance économique est moins forte qu’attendu au Canada. Les risques qui planent sur l’économie ont grandi : faible inflation, croissance du PIB sous les 2 %, essoufflement du marché de l’emploi, demande incertaine avec les secousses économiques vécues par plusieurs pays émergents.
  2. Le gouvernement conservateur a toujours promis de réduire la taille de l’État. La crise de 2008-2009 l’a ralenti dans ce projet. Aujourd’hui, il se reprend. Jim Flaherty a annoncé, le 12 novembre, qu’il gelait les budgets de fonctionnement des ministères pour 2014-2015 et 2015-2016, ce qui entraînera une baisse de 0,2 % des dépenses de programme cette année. Ça s’appelle de l’austérité, nous a dit l’économiste en chef de Desjardins lundi soir François Dupuis.
  3. Et puis, malgré le ralentissement et compte tenu de l’écart entre la croissance des dépenses et celle des revenus, le déficit budgétaire fond comme neige au soleil. Tellement que le ministre Flaherty serait capable d’annoncer l’équilibre budgétaire dès cette année. Il y a fort à parier toutefois qu’il attendra à l’hiver 2015 pour arriver à l’équilibre, voire à un surplus budgétaire important qui lui permettra d’annoncer de bonnes nouvelles fiscales pour les Canadiens avant l’élection.

Dans la mise à jour économique de la mi-novembre, le ministre nous a dit que la croissance des revenus ne serait pas de 5,9 %, mais de 4,6 % en 2014-2015. Les dépenses, je l’écrivais : -0,2 %. Vous voyez l’écart? C’est absolument phénoménal. Le ministre a une incroyable marge de manœuvre et il contrôle le jeu sur toute la ligne.

Il devrait annoncer l’an prochain la réalisation d’une promesse électorale de 2011, celle de permettre le fractionnement de revenus pour les couples avec enfants. Comme c’est le cas pour les personnes de plus de 65 ans, il sera possible de totaliser les revenus d’un ménage et de les diviser par deux afin de réduire son impôt à payer.

Exemple : Vous faites 100 000 $ par année, votre conjoint fait 20 000 $. Vous additionnez les deux revenus et vous arrivez à 120 000 $. Vous divisez cette somme par deux, ce qui vous permet de déclarer deux revenus de 60 000 $. C’est ainsi que vous allez pouvoir réduire l’impôt à payer. Pourquoi?

Parce qu’à 100 000 $, au Québec, en impôt fédéral, vous payez un total de 14 871 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, à deux, vous payez 15 993 $ en impôt fédéral. Si vous déclarez 60 000 $ de revenus, vous payez en impôt fédéral un total de 7093 $. Multipliez par deux et vous arrivez à 14 186 $. Ainsi, vous réduisez votre impôt de 1807 $.

Autre exemple : Vous faites 30 000 $ par année et votre conjoint fait 20 000 $. Ainsi, à 30 000 $, au Québec, vous payez un impôt fédéral annuel de 2375 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, le total est de 3497 $. Si vous utilisez la méthode du fractionnement de revenus, vous additionnez 30 000 $ et 20 000 $, ce qui donne 50 000 $ et vous divisez par deux. Vous allez donc payer 1749 $ par revenu de 25 000 $ pour un total de 3498 $. Résultat : fractionnement ou pas, vous ne gagnez rien!

Ainsi, pour que cette promesse soit intéressante pour vous, il faut gagner plus que la moyenne et que l’écart entre les revenus soit relativement importants. Le fiscaliste Luc Godbout a bien expliqué le tout, avec ses collègues Suzie St-Cerny et Michaël Robert-Angers dans une étude publiée en 2012, nommée À qui profitera la promesse fédérale de rendre possible le fractionnement du revenu familial.

Les données de l’auteur nous permettent de conclure que les provinces plus riches aux écarts de revenus plus grands et aux tables d’impôts moins progressives vont profiter du fractionnement de revenus. Ainsi, selon Statistique Canada et les calculs des auteurs, en se basant sur les chiffres de 2008, les économies réalisées par les familles seront en moyenne de :

  • 896 $ au Québec
  • 1424 $ en Ontario
  • 1714 $ en Alberta

Pour les 20 % les plus riches, les économies moyennes seront de :

  • 1194 $ au Québec
  • 2179 $ en Ontario
  • 2682 $ en Alberta

Pour les 20 % les moins riches, les économies moyennes seront de :

  • 84 $ au Québec
  • 155 $ en Ontario
  • 567 $ en Alberta

Alors, surveillez bien le budget du 11 février. Tout sera là pour préparer les grandes annonces de 2015.

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Sources : pour les deux exemples, ce sont les données pour 2013 calculées par Desjardins. Pour les comparaisons entre les provinces, c’est l’étude Godbout, St-Cerny, Robert-Angers qui se base sur les données de 2008.

Dette du Québec : lunettes roses?

Mercredi 18 décembre 2013 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons écouté Jacques Parizeau cette semaine nous parler des finances publiques du Québec. Pour les uns, c’est un sage qui parle, un très grand connaisseur de la finance et de l’économie du dernier demi-siècle au Québec. Il faut l’écouter.

Pour d’autres, Jacques Parizeau est un homme du passé qui regarde les chiffres avec des lunettes anciennes et une analyse qui n’est plus appropriée à la réalité d’aujourd’hui.

Il est clair que le discours de l’ancien premier ministre (1994-1996) et ancien ministre des Finances (1976-1984) détonne des propos habituellement inquiets, préoccupés, alarmistes peut-être, sur l’état de santé des finances publiques du Québec. Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, Jacques Parizeau nous a demandé de cesser de dramatiser la dette, qu’au fond, en nous comparant avec nos pairs, nous sommes « désespérément normaux ».

N’empêche, l’agence de notation Fitch, agence assez dynamique dans la notation des États, est venue, semble-t-il, à un cheveu d’abaisser la note de crédit du Québec. La première ministre Pauline Marois a dû intervenir auprès de l’agence pour expliquer le plan de match de son gouvernement en matière de contrôle des dépenses et de stimulation de l’économie.

L'ancien premier ministre du Québec, Jacques ParizeauLa note sur la dette du Québec est sous surveillance avec perspective négative pour Fitch. Et, selon Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de finances, d’autres agences sont préoccupées et pourraient placer la note de crédit du Québec sous surveillance avec perspective négative. Pour l’instant toutefois, à part Fitch, aucune des institutions n’a exprimé publiquement une inquiétude à propos du plan de retour à l’équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.

Le député Dubé accuse Jacques Parizeau de porter des « lunettes roses ». L’ancien premier ministre nous a dit, en entrevue, qu’il fallait comparer des pommes avec des pommes. Le gouvernement fédéral exprime sa dette en fonction des déficits cumulés, ce qui lui donne un ratio d’un peu plus de 33 % par rapport au PIB. Pourquoi devons-nous, au Québec, toujours attirer l’attention sur la dette brute, qui est à 54 % du PIB? Pourquoi, nous, prenons-nous la dette la plus impressionnante, se demande Jacques Parizeau, alors que les autres ne le font pas?

Définissons les types de dettes :

  • La dette du secteur public représente la dette du gouvernement, des réseaux de santé et d’éducation, la dette d’Hydro-Québec, des municipalités et des autres entités du gouvernement. Total d’environ 260 milliards de dollars, soit 73 % du PIB approximativement.
  • La dette brute représente la dette du gouvernement et le passif net au titre des régimes de retraite et des avantages sociaux futurs. On soustrait les sommes investies dans le Fonds des générations. Total de 192 milliards, soit près de 54 % du PIB.
  • La dette nette, c’est la dette brute à laquelle on soustrait les actifs financiers, soit les investissements en immobilisations (immeubles, biens meubles, etc.). Total de 175 milliards, soit 49 % du PIB.
  • Et puis, la dette représentant les déficits cumulés soustrait également de la dette nette les actifs non financiers, c’est-à-dire les actifs qu’on ne peut pas négocier sur un marché et qui ne rapportent pas de revenus. Donc, en soustrayant tous les actifs de la dette brute, on arrive à la dette représentant les déficits accumulés qui totalise 118 milliards, soit 33 % du PIB.

Jacques Parizeau a raison de dire que pour bien comparer les dettes avec les autres gouvernements, c’est la dernière mesure qui est le plus souvent utilisée. En effet, à la page 319 du dernier budget fédéral, le ministre des Finances Jim Flaherty utilise bel et bien la dette représentant les déficits cumulés en parlant de la dette fédérale. À 608 milliards de dollars, cette dette représente 33,5 % du PIB à la fin de l’exercice 2012-2013 pour le Canada. Au Québec, cette même dette est à 33 %.

Le député Christian Dubé, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de financesCela dit, Christian Dubé me faisait remarquer que les provinces sont responsables d’un niveau d’infrastructures élevé, ce qui n’est pas le cas pour le fédéral. Dans les circonstances, il est d’avis qu’on devrait s’intéresser le plus souvent à la dette nette, qui serait, selon lui, la plus représentative. Il met pourtant en évidence, sur son blogue, ce que la dette la plus « heavy metal », la méga-dette (permettez l’allusion !) qui inclut toutes les dettes de toutes les entités sans tenir compte des actifs. C’est la dette que met toujours en évidence l’IEDM.

Cela dit, les défis du Québec sont multiples : la population active est appelée à baisser avec le vieillissement accéléré de la population. Les coûts de santé iront grandissant. Le CIRANO affirme que la croissance des dépenses va largement dépasser la croissance des revenus. Et le contrôle des dépenses demeure un défi constant, un défi que le ministre Marceau donne l’impression de relever pour l’instant. Mais il ne faut en rien baisser les bras.

Jacques Parizeau a-t-il raison de nous dire que c’est gérable ? Christian Dubé a-t-il raison de s’inquiéter d’une décote de la note du Québec?

« Désespérément normaux! »

Lundi 16 décembre 2013 à 18 h 12 | | Pour me joindre

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Jacques Parizeau lance un appel au calme. Le Québec n’est pas aux prises avec un problème structurel dans ses finances publiques. « Nous sommes désespérément normaux », nous a-t-il dit dans une entrevue qui sera diffusée à RDI économie mardi soir.

Selon l’ancien premier ministre et ancien ministre des Finances du Québec, la croissance habituelle des revenus de l’État devrait permettre d’absorber la hausse des coûts de santé prévus pour les prochaines décennies. Le groupe de recherche CIRANO prévoit que les dépenses en santé vont doubler d’ici 17 ans. Jacques Parizeau répond qu’une somme à 3 % double tous les 23 ans. C’est donc dire que les coûts de santé devraient grimper d’environ 3,5 % au Québec au cours des prochaines années.

Jacques Parizeau dit que la hausse des revenus nominaux du Québec est généralement, sauf en 2013, de 3 à 3,5 %. « C’est gérable », selon lui.

Il nous demande aussi de regarder les bons chiffres sur la dette. La dette brute est de 192 milliards de dollars. Mais il faut tenir compte des actifs financiers et non financiers, qui sont évalués à 74 milliards de dollars. Nous arrivons ainsi à la dette représentant les déficits cumulés, l’indice utilisé par les autres provinces, affirme Jacques Parizeau. Cette dette avoisine les 118 milliards de dollars, soit 33 % du PIB, l’équivalent du gouvernement fédéral.

Notre vrai problème, dit-il, c’est le retard du Québec sur le plan de l’automatisation des PME et sur l’intégration des technologies de l’information. Notre problème de productivité nuit à nos exportations, qui représentent 50 % de notre PIB. Il est là le problème structurel de dire Jacques Parizeau.

Qu’en pensez-vous?

Voici l’entrevue intégrale…

Le « problème structurel » du Québec

Vendredi 29 novembre 2013 à 13 h 23 | | Pour me joindre

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À première vue, la révision du solde budgétaire de 2013-2014 n’est pas si catastrophique. Un déficit de 2,5 milliards de dollars, c’est 0,7 % du PIB. C’est très peu dans le monde du déficit budgétaire quand on compare le Québec avec d’autres États. Et, comme l’expliquait le ministre des Finances Nicolas Marceau jeudi, le Québec voulait arriver à l’équilibre budgétaire avant les autres. Ce sera finalement en même temps que les autres!

Mais le ministre y arrivera-t-il comme il le prévoit maintenant en 2015-2016?

Le ministre des Finances Nicolas Marceau présente sa mise à jour économique.

La plupart des économistes ont dit à Nicolas Marceau qu’il serait tout à fait intelligent et normal de reporter un peu l’équilibre budgétaire. Quand le PQ est arrivé au pouvoir, le nouveau ministre des Finances a voulu prendre le relais de son prédécesseur Raymond Bachand et maintenir l’objectif d’équilibrer le budget en 2013-2014. La réalité économique l’a toutefois vite rattrapé. La réalité économique et surtout la réalité budgétaire du Québec.

La mise à jour économique de jeudi est un document important. Il est révélateur d’une chose fondamentale : le Québec n’a pas de marge de manoeuvre.

Non seulement le ministre doit-il parfaitement contrôler ses dépenses, ce qu’il réussit le mieux, bien que la croissance des dépenses pour 2013-2014 sera plus élevée que prévu, mais il doit surtout trouver de nouveaux revenus. Or, il ne peut pas hausser les taxes et les impôts. Au fil des années, « on est peut-être allé trop loin » sur les taxes nous a dit en entrevue Nicolas Marceau. En plus, le ministre a révisé à la baisse ses prévisions de hausse du PIB pour les prochaines années et ses prévisions de croissance des revenus autonomes.

Surtout, le ministre admet que le Québec a un « problème structurel » qui lui pend au bout du nez. Dans cinq ans, le ministre des Finances devra composer avec une réalité difficile, complexe et franchement inquiétante. Une réalité qui pourrait nous mener à une situation où, qu’on soit en croissance ou en récession, le Québec serait coincé avec un déficit récurrent, structurel, impossible à éviter à moins d’une réduction majeure du financement des services publics.

Voici ce qu’il nous a dit jeudi soir à ce sujet : « Je pense qu’on va être confronté à un problème structurel dans les années suivantes [suivant 2015-2016]. [...] À moyen et à long terme, il y a un problème structurel, il faut le dire, qui vient de la croissance de nos dépenses en santé, de notre vieillissement de la population et du fait que le gouvernement fédéral a décidé de plafonner sa contribution dans les transferts en santé [ce qui va] nous mettre dans une situation où, structurellement, on va avoir des problèmes. »

Cela dit, le « problème structurel » existe-t-il déjà? Oui, répondait l’économiste Pierre Fortin dans une étude en 2011, donc bien avant l’arrivée du gouvernement Marois. Il affirmait que « la majeure partie du problème financier du gouvernement est de nature structurelle ».

Selon lui, « au début de 2009, la perspective d’un déséquilibre croissant du budget du Québec est soudainement apparue, après 10 ans de conformité à la Loi provinciale sur l’équilibre budgétaire et une croissance des dépenses de programmes parmi les plus modérées de toutes les provinces canadiennes. Ce déséquilibre était de nature structurelle. Il ne découlait pas principalement de la récession de 2008-2009, laquelle a été plutôt modérée au Québec. »

Le vrai débat sur les revenus et les dépenses est-il sur le point de commencer?

Alors qu’on constate ces jours-ci que l’austérité à court terme n’était peut-être pas la meilleure solution dans un contexte aussi exceptionnel que celui de l’après-crise financière de 2007-2009, les gouvernements du Canada et du Québec multiplient, pour leur part, les compressions budgétaires. La croissance économique est pourtant faible au pays, particulièrement au Québec. Malgré tout, l’austérité règne.

Dans les budgets présentés en 2012 et en 2013, dans l’objectif d’atteindre l’équilibre en 2015-2016, le gouvernement Harper a dévoilé une série de mesures qui visent à réduire ses dépenses. C’est de l’austérité de « déficit zéro » pourrait-on dire et non pas de l’austérité de dernier recours comme le vivent la Grèce et le Portugal. Le Canada et le Québec choisissent d’appliquer des mesures d’austérité alors que ces mesures en Europe sont associées à une aide et à des exigences du FMI notamment.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas MarceauAu Québec, le gouvernement Charest avait ciblé 2013-2014 pour retrouver l’équilibre budgétaire et le Parti québécois, au pouvoir depuis septembre dernier, a décidé de maintenir cette cible. Mais l’économie ralentit, les revenus ne sont pas à la hauteur des attentes et le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard se sont lancés dans une série de compressions et de révisions de budgets qui touchent plusieurs ministères et organismes.

Si l’austérité a eu un effet dépressif sur les économies européennes, le bureau du Directeur parlementaire du budget à Ottawa nous permet de savoir ce que des mesures de compressions auront, en principe, sur le potentiel économique du pays. Ainsi, dans son rapport du 29 avril, la directrice par intérim du bureau Sonia L’Heureux évalue que les compressions annoncées en 2012 et 2013 vont réduire de 0,5 % environ le PIB au Canada en 2015, 2016 et 2017. Sonia L’Heureux calcule aussi que, sans les compressions des deux derniers budgets, le Canada compterait 62 000 emplois de plus en 2016 et 67 000 de plus en 2017.

Quel serait le résultat d’une telle analyse au Québec avec les multiples compressions annoncées par le gouvernement Marois? Ne serions-nous pas mieux servis par le travail d’un directeur parlementaire du budget à Québec aussi, chose pourtant promise par le PQ en campagne électorale?